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lundi, 25 avril 2022

Contrastes aveyronnais

   Le second tour de l'élection présidentielle française n'a pas donné lieu à beaucoup de surprises... mais l'interprétation des résultats a parfois manqué de rigueur.

   Si l'on se fie aux chiffres publiés sur le site du ministère de l'Intérieur, le civisme est globalement resté de mise en Aveyron, neuvième département du pays en terme de participation : 77,45 % (contre 71,99 % à l'échelle nationale). La palme revient au Gers, avec un taux de participation de 78,95 %, devant les Côtes-d'Armor, la Lozère, l'Ille-et-Vilaine... Au premier tour, sauf erreur de ma part, l'Aveyron était en sixième position, avec 80,03 % de participation.

   Au niveau des suffrages exprimés, la victoire d'Emmanuel Macron est claire et nette, avec environ 60 % des bulletins. C'est toutefois en forte baisse par rapport à 2017 : le futur président avait obtenu près de 73 % des suffrages et surtout 109 000 voix, contre 90 000 dimanche dernier. Entre temps, Marine Le Pen est passée de 27% à 40 % et de 41 000 à 60 000 voix.

Castelmary.jpg

   C'est à Castelmary, petite commune située aux confins de l'Aveyron et du Tarn (Rodez étant coloriée en noir sur toutes les cartes), qu'Emmanuel Macron a obtenu son meilleur score départemental : 75,68 %. Le contraste est saisissant avec Mirandol-Bourgnounac, la commune tarnaise voisine (en bleu sur la carte ci-dessus), où Marine Le Pen a obtenu 50,46 % des suffrages exprimés. Pas très loin de Castelmary se trouvent Bournazel (dans l'ouest du département), avec 74,87 % et Mounes-Prohencoux (plein sud), où le président sortant a obtenu 74,45 % des voix. Au passage, ces résultats sont en contradiction avec certains commentaires (y compris de responsables du RN, jamais avares de désinformation) : de nombreuses communes rurales ont placé Emmanuel Macron largement en tête. A l'inverse, parmi les communes (minoritaires) qui ont voté majoritairement pour Marine Le Pen, on trouve des communes du bassin (urbain) decazevillois : Aubin, Cransac et Viviez.

Arnac.jpg

   Néanmoins, en pourcentage, c'est dans une toute petite commune rurale (située à la frontière de l'Hérault et du Tarn) que la candidate du RN a réalisé son meilleur score : Arnac-sur-Dourdou (qui, du coup, porte bien son nom) : 84,62 % pour Marine Le Pen, soit... 55 des 65 suffrages exprimés. La notion de raz-de-marée est ici toute relative.

Florentin-la-Capelle.jpg

   Je termine par une autre curiosité des résultats aveyronnais : l'égalité parfaite (100 voix chacun) à Florentin-la-Capelle, une commune limitrophe de l'Aubrac (où il a été aussi dénombré 26 bulletins blancs et 4 nuls).

   P.S.

   Dans l'Aveyron, entre le premier et le second tour, Marine Le Pen est passée de 34 357 à 59 789 voix, soit une progression de 74 %. Dans la grande majorité des communes du département, cette progression fut moindre (le plus souvent comprise entre 40 et 70 %). Ainsi, à Rodez, entre les deux tours, le score de Marine Le Pen n'a augmenté "que" de 64 % (de 1626 et 2760 voix).

   Dans le bassin decazevillois, on peut faire d'autres constatations. A Aubin, la candidate d'extrême-droite a progressé de 80 % entre les deux tours. A Cransac, de 88 %. A Decazeville, de 78 % (mais, dans ce dernier cas, cela n'a pas suffi à faire passer Marine Le Pen devant Emmanuel Macron). J'ai oublié de préciser que, dans ces trois communes, au premier tour, c'est Jean-Luc Mélenchon qui était arrivé en tête (parfois largement).

   Se pose donc la question de l'attitude des électeurs mélenchonistes du premier tour. Certains ne se sont pas déplacés (d'où l'augmentation de l'abstention, indéniable mais pas spectaculaire). D'autres ont voté blanc/nul (d'où la forte augmentation du nombre de bulletins de ce type). Mais d'autres, aussi voire plus nombreux, ont visiblement fait le choix du pire... alors que le candidat de LFI avait exclu cette possibilité. Il est fort possible qu'une partie des électeurs de Jean-Luc Mélenchon se contrefiche de ses consignes de vote (ce qui est tout à fait leur droit). (C'est d'ailleurs sans doute aussi le cas de celles et ceux qui viennent des partis de la gauche de gouvernement, qui ont "voté utile" au premier tour -c'est-à-dire Mélenchon plutôt que Jadot, Roussel ou Hidalgo- mais qui vont peut-être réintégrer le bercail à l'occasion des législatives.) Je n'ose imaginer qu'il y ait une autre explication, à savoir que des cadres LFI auraient officiellement rejeté le vote Le Pen au second tour, tout en l'encourageant secrètement, localement...

Commentaires

Voilà une analyse fouillée et argumentée, qui ne se content pas de "cumuler des pourcentages" mais qui rentre dans le détail des valeurs absolues (la base de tout), bravo.
Effectivement, la "presse" (la télé) est bien incapable d'exposer ce niveau de détail... sur chacun des 100 départements!

Écrit par : tadloiducine | samedi, 30 avril 2022

Répondre à ce commentaire

Merci.

Globalement, je trouve l'analyse du scrutin souvent superficielle (y compris dans la presse écrite, qui dispose pourtant de plus de temps pour réagir). Dans "Le Monde", je recommande plutôt les pages thématiques consacrées à telle région ou telle agglomération, qui entrent dans le détail des chiffres, alors que la plupart des articles de la rubrique "politique" sont peu fouillés... et surtout très orientés.

Le vote Mélenchon est très divers, j'ai pu le constater autour de moi. On a les mélenchonistes de toujours, anciens électeurs PS ou PCF qui ont abandonné leur formation d'origine. On a des jeunes en quête de rébellion. On a des personnes plus âgées, un peu dégoûtées de tout. On a aussi, en 2022, des électeurs "opportunistes" (écologistes, socialistes, communistes, radicaux...), qui ont simplement voulu éviter un second tour Macron - Le Pen.

Le plus cocasse dans cette histoire est que les cadres de LFI, après avoir appelé au "vote utile", s'estiment désormais propriétaires de la totalité des suffrages qui se sont portés sur Jean-Luc Mélenchon au premier tour.

Je pense que, du côté de LFI, on risque de connaître une grosse désillusion lors des législatives. Les candidats de l'Union populaire sont en général bien moins charismatiques que J-L Mélenchon et, en face, outre les macronistes et les lepénistes, ils trouveront des élus de gauche non insoumis parfois bien implantés.

Quant au RN, clairement, il ne vise pas la cohabitation. Sinon, Marine Le Pen aurait tenté de former une "grande alliance des droites". Je pense qu'une cohabitation ne lui conviendrait pas du tout, ne serait-ce que parce qu'il lui faudrait bosser beaucoup, tout en ayant le président Macron dans les pattes... Le RN veut tout au rien, la présidence et le parlement ou le retour au statut (confortable) d'opposant qui ne prend pas de risque et attend que le fromage tombe tout seul dans son bec.

Écrit par : Henri G. | samedi, 30 avril 2022

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