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dimanche, 23 avril 2017

La revanche de François Bayrou

   Il n'était pas candidat à cette élection et pourtant, on peut affirmer (même s'il convient de ne pas vendre la peau de l'ourse lepéniste) que le centre risque fort de sortir vainqueur du scrutin présidentiel (mais pas forcément des législatives qui vont suivre).

   Celui que l'UMP (puis LR), Nicolas Sarkozy en tête, a tenté d'effacer de la scène politique, celui dont la main tendue a été repoussée par François Hollande en 2012, mais aussi celui qui aurait dû s'allier à Ségolène Royal en 2007, a finalement réussi à damner le pion aux partis de gouvernement qui ont longtemps écrasé le centre, sous la Ve République.

   Toutefois, soyons lucides. La défaite de LR et du PS est d'abord due à eux-mêmes. Marine Le Pen (tout comme Emmanuel Macron) ne serait pas au second tour si les partis de gouvernement avaient présenté des candidats vertueux et compétents. A droite, la première erreur a été de préférer Fillon à Juppé, dans un mouvement de droitisation où l'on sentait bien le regret de ne pouvoir soutenir à nouveau Nicolas Sarkozy, le chouchou des militants LR, mais complètement démonétisé en-dehors de son parti. Choisir Alain Juppé aurait coupé l'herbe sous le pied d'Emmanuel Macron. De surcroît, le maire de Bordeaux avait adopté un profil de rassembleur, ce dont le pays a besoin par les temps qui courent. Enfin, compte tenu de son âge (bientôt 72 ans), il n'aurait accompli qu'un mandat présidentiel, sans se soucier de sa réélection.

   La deuxième erreur de la droite a été de ne pas oser aller à l'encontre de l'entêtement de son candidat (François Fillon), une fois que l'ampleur du discrédit qui le touchait s'est avérée insurmontable. Compte tenu de la mobilisation de l'électorat de droite (plus discipliné que l'électorat de gauche), le remplacement, même tardif, de François Fillon par Alain Juppé, François Baroin ou un autre aurait sans doute suffi pour donner le coup de rein nécessaire à une qualification pour le second tour.

   Du côté de la gauche, le sectarisme n'a pas plus payé. Le primaire a débouché sur une victoire à la Pyrrhus, celle des opposants internes durant le quinquennat de François Hollande. Alors que la gauche de gouvernement n'est même pas majoritaire dans notre pays, comment certains ont-ils pu penser qu'en tirant un trait sur le bilan de Hollande ils pourraient l'emporter ? On voit là qu'à gauche, le sens des réalités n'est pas la qualité la mieux partagée. Cela se confirme avec l'extrême-gauche. Si finalement Jean-Luc Mélenchon a bien mené sa barque, il va terminer assez près de la qualification pour le second tour. Les querelles d'appareil et de personnes expliquent sans doute qu'aucun accord n'ait pu être trouvé avec Benoît Hamon, mais il est incontestable que leur union aurait pu déboucher sur autre chose que ce qui va rester comme un double échec.

   Quant au Front National, il progresse, mais pas spectaculairement. Si la participation se confirme à 77 % et si l'on envisage une part de bulletins blancs et nuls d'environ 3 %, un score de 21-22 % des suffrages exprimés correspondrait à 7-7,5 millions de voix pour Marine Le Pen. En 2012, elle en avait recueilli 6,4 millions. En face, le candidat LR (Fillon, contre Sarkozy en 2012) aura perdu quelque chose comme 3 millions de voix. CQFD.

Corporate

   Cette fiction explore une partie du monde entrepreneurial, celui du siège parisien d'une firme transnationale, à la tête duquel se trouve Stéphane Froncart, un ancien prof de fac devenu une sorte de gourou managérial (Lambert Wilson, excellent, dans un rôle qui n'est pas sans ressemblance avec celui qu'il a interprété dans Tout de suite maintenant).

   L'héroïne Emilie (Céline Sallette, encore plus étonnante que dans Cessez-le-feu) est un pur produit de l'élitisme français. Très diplômée, polyglotte, classieuse et rigoureuse à l'extrême, elle rappelle un peu la Miss Sloane récemment incarnée par Jessica Chastain. Elle veut tout contrôler, des plis de son chemisier aux mèches de sa coiffure, en passant par le début de transpiration qui apparaît à la mi-journée. Maigre et droite comme un I, elle nous est, de prime abord, présentée comme l'exacte opposée de l'inspectrice du travail (Violaine Fumeau, plus douce, aux formes voluptueuses) qui vient enquêter après le suicide d'un employé que la direction cherchait à pousser vers la sortie.

   Grosso modo, c'est un portrait uniquement à charge de la gestion d'une partie du personnel (les cadres), l'intrigue ne lésinant pas sur les facilités pour faire progresser l'action dans le sens voulu. Mais c'est vraiment bien joué, par les "têtes d'affiche" comme par les "seconds couteaux".

   Il y a quand même parfois un peu de subtilité. L'une des premières scènes montre la DRH en plein "entretien d'évaluation comportementale", celui-ci ayant pour but de pousser l'employée mise sur le gril dans la voie choisie pour elle. Tout est dans le non-dit et dans l'emploi des formules calibrées. Une autre scène marquante est le faux entretien d'embauche que l'héroïne fait passer à son conjoint, un soir, au siège. Elle utilise son langage professionnel codé pour tenter de faire passer son ressenti à son époux... qui finit par comprendre (mais après les spectateurs, toutefois).

   Ces quelques moments brillants rehaussent l'intérêt du film, qui s'inspire visiblement d'au moins deux traditions cinématographiques. On peut y déceler la trace du film sociétal à la française (Ressources humaines, L'Emploi du temps, De bon matin, L'Outsider...) mais aussi l'influence du cinéma hollywoodien, notamment dans le dénouement de l'intrigue. Je pense que ce n'est évidemment pas un hasard s'il est sorti en pleine campagne présidentielle...

samedi, 22 avril 2017

Cessez-le-feu

   Le titre évoque la fin des combats (au cours de la Première guerre mondiale). Mais, si la séquence introductive (dans les tranchées) dure moins de dix minutes, les conséquences de ce qu'ont vécu les soldats s'étendent sur tout le film. La majorité de ceux qu'on va voir à l'écran sont revenus en apparence intacts (physiquement), mais ravagés sur le plan intérieur. Il y a une dizaine d'années, la même thématique était au coeur des Fragments d'Antonin.

   Des trois frères, deux sont revenus vivants, Georges et Marcel. Le premier (Romain Duris, meilleur encore que dans La Confession), le plus dynamique, l'ancien officier, a préféré quitter la France pour l'Afrique, où il côtoie un ancien camarade des tranchées, tirailleur sénégalais à l'impressionnante faconde (Wabinlé Nabié remarquable). Le deuxième, Marcel (Grégory Gadebois, un habitué des seconds rôles), est inexplicablement devenu sourd-muet et dépressif, au désespoir de sa mère, qui a aussi perdu son mari.

   Nous voilà projetés en 1923. Trois personnes vont tenter de redonner le goût de vivre à Marcel. Il y a tout d'abord Hélène, une infirmière sur le point de divorcer, imaginative et pétulante. Céline Sallette (déjà remarquée dans La French, Saint Amour et Corporate) excelle à incarner ce personnage déroutant, forte et fragile à la fois. Le coeur de Marcel va balancer entre elle et une jeune veuve de guerre, tendre et délicate, parfaitement incarnée par Julie-Marie Parmentier, aperçue il y a quelques années dans Les Adieux à la reine.

   Là-dessus, voilà que débarque Georges, qui a connu des déboires en Afrique. (Il va falloir plusieurs retours en arrière pour qu'on en connaisse tous les détails.) Lui, c'est avec son caractère abrupt et fantasque qu'il tente de surmonter le traumatisme de la guerre. Le retour en famille va provoquer des étincelles, de colère mais aussi de bonheur.

   Cela donne un film avec des ruptures de ton. On passe de l'émotion au rire, aux larmes, de la sensualité à la colère. C'est très bien filmé, dans des genres différents. La partie introductive (dans les tranchées) est formidable, sous la forme d'un habile plan-séquence. La suite, qui se déroule en Afrique, est brillante, avec d'excellents figurants. Le retour en France métropolitaine est mis en scène de manière plus classique mais, comme c'est très bien interprété, cela reste très agréable à suivre.

   Face à la pléiade de "comédies" bas-du-plafond qu'on nous propose actuellement, ce film redore le blason d'un cinéma français souvent peu imaginatif.

   P.S.

   Le dossier de presse mis en ligne propose des entretiens très instructifs.

jeudi, 20 avril 2017

La Jeune Fille et son aigle

   Ce documentaire (un brin fictionné) a pour cadre les confins de la Mongolie, de la Chine et du Kazakhstan, dans cette Asie rurale et montagneuse où survivent des (semi) nomades qui perpétuent des traditions millénaires. Parmi celles-ci, il y a la chasse à l'aigle, prérogative des mâles.

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   Cet animal fascine Aisholpan... qui est une fille, mais dont le père n'est pas obscurantiste. Convaincu par la ténacité de sa progéniture, il décide de l'initier au dressage des aigles avec, en ligne de mire, la participation à un concours renommé.

   Toute la partie documentaire est fascinante. Dans un premier temps, on découvre le mode de vie des héros... et une scène étonnante : le retour à la liberté d'un animal qui a bien servi son maître, pendant sept ans. Celui-ci le traite avec beaucoup de respect.

   Très vite intervient la séquence de capture de l'aiglon (une aiglonne, en réalité), suivie de la période de dressage. Mais le moment le plus marquant est sans conteste le concours d'aigles, qui attire des spectateurs des milliers de kilomètres à la ronde. Il reste une ultime séquence marquante, celle de la première chasse réelle de l'animal dressé, en milieu extrême.

   Dans une grande salle, confortablement installé, on se régale. Malheureusement, ce plaisir est gâché par la médiocrité de la version française. Le commentaire est dit sur un ton fade et les personnages ont des voix d'Occidentaux, ce qui sonne terriblement faux ! Enfin, l'aspect ethnographique est très édulcoré, notamment par rapport à des fictions comme Le Chien jaune de Mongolie, Le Mariage de Tuya ou encore Tulpan. Quant à la qualité filmique, elle m'a semblé un peu moins bonne que dans le récent L'Aigle et l'enfant.

   Cela reste un film à voir, bien qu'il s'agisse à mon avis d'un produit de niche destiné à un public occidental amateur d'exotisme.

23:13 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 17 avril 2017

Jackpot pour le futur agriculteur aveyronnais

   Il y a deux semaines, au jeu "Les 12 coups de midi", on avait quitté le jeune Timothée Cros avec un capital d'un peu plus de 65 000 euros et un record de "coups de maître" consécutifs. Il a bien progressé depuis, puisque, aujourd'hui, grâce à la découverte de "l'étoile mystérieuse" (dont l'image n'était plus masquée par aucune case), il a atteint les 145 000 euros de gains, ce qui le place dans les vingt meilleurs joueurs de l'histoire de l'émission. Au passage, remarquons que la personnalité à découvrir était bien celle dont le nom circulait sur les réseaux sociaux, à savoir Annie Girardot :

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   Que dire de cette émission du lundi de Pâques, sinon que tout a concouru au succès de l'Aveyronnais ? Lors du face-à-face (le "coup fatal"), il a affronté la moins redoutable des trois concurrents du jour. La première (une étudiante en biologie) avait été rapidement éliminée et le deuxième (un gérant d'hôtel) a tenté un duel qui a tourné au bénéfice de la troisième candidate, tombée sur une question facile. Ce n'est peut-être que le fait du hasard, mais, là encore, il a bien fait les choses. Après tout, il aurait été injuste qu'un-e autre candidat-e bénéficie des efforts fournis par le jeune Timothée lors des précédentes émissions.

   Pour lui, l'aventure continue !

samedi, 15 avril 2017

Le Breton de Macron vient d'Aveyron

   Présent dans l'ombre jusqu'au troisième trimestre 2016, Richard Ferrand est depuis passé sous les projecteurs. Le secrétaire général du mouvement d'Emmanuel Macron (En Marche !) est né à Rodez, une information qui circulait déjà dans la presse aveyronnaise, sans que cela suscite davantage de développement.

   Dès novembre dernier, dans Libération, on a pu lire un portrait du député PS du Finistère. Sans guère s'attarder sur la biographie de Richard Ferrand, la journaliste détaille le passage de l'authentique homme de gauche du côté de l'ex-banquier social-libéral. Elle évoque ses relations avec ses collègues socialistes et les tiraillements que le penchant libéral de Macron peut provoquer.

   A la fin de mars 2017, ce fut au tour du Monde d'évoquer le parcours de Richard Ferrand. Sa biographie est un peu plus détaillée, avec la précision de sa naissance à Rodez. L'article parle davantage de la cuisine interne d'En Marche, notant la forte présence de jeunes très diplômés. Mais le plus intéressant est la confiance absolue qui semble régner entre les deux hommes (Ferrand et Macron), le premier servant visiblement de "doublure" au second, dans nombre de meetings de Province.

   Le 9 avril dernier, il était l'un des deux invités de l'émission Questions politiques, sur France Inter. Dès le début, il a été accueilli par un portrait (de Carine Bécard) pas franchement cire-pompes (mais courtois). Cela m'a un peu rappelé une ancienne matinale (en février dernier, je crois), sur la même radio : le désormais candidat Macron n'avait pas été traité avec des gants. (De manière générale, on sent que, sur la radio publique, les journalistes et animateurs hésitent entre Hamon et Mélenchon...) De surcroît, par un curieux hasard, au cours de ladite émission, aucun des auditeurs qui sont passés à l'antenne n'était favorable à Emmanuel Macron...

   Mais revenons à Richard Ferrand. Sur France Inter, il m'est apparu assez balancé, faisant l'éloge des militants et des élus locaux du PS, mais pointant l'inefficacité (il aurait pu dire la médiocrité) de sa direction. Derrière son propos, il y a clairement l'idée que, si l'on veut une gauche de gouvernement (c'est-à-dire si l'on reste sur la démarche qui a été celle de François Mitterrand, qui a sorti les socialistes du ghetto d'opposition où certains voudraient les ramener aujourd'hui), c'est Emmanuel Macron qu'il faut soutenir. Il n'a toutefois pas été très convaincant sur la question portant sur la centralisation du mouvement En Marche ! Il est clair que, sans Macron, le mouvement ne signifie plus grand chose. Aussi étonnant cela puisse-t-il paraître, la démarche d'Emmanuel Macron n'est pas sans rappeler celle du Charles de Gaulle de la IVe République, au-dessus des partis, avec un RPF que l'on pouvait rejoindre tout en adhérant à un autre parti.

   Toujours sur France Inter, Richard Ferrand a été pertinent sur plusieurs sujets : la vague de ralliements à Emmanuel Macron, sa future (éventuelle) majorité parlementaire, la désignation des candidats et la montée (dans les sondages) de Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier sujet nous a valu un petit moment d'humour, en raison du lapsus commis par Richard Ferrand (qui ne s'est pas démonté) :


podcast

   De manière générale, j'ai apprécié le calme et la pondération du secrétaire général d'En Marche ! On est loin de l'excitation, de l'aigreur et des mensonges de nombre des concurrents d'Emmanuel Macron.  

   Il manquait à notre connaissance des informations locales. Elles nous ont été fournies cette semaine, dans un bon article de Centre Presse. On y apprend ses liens avec la région baraquevilloise, son bac passé en Allemagne (s'il est devenu germanophone, c'est un atout de plus), ses petits boulots (notamment pour la presse). Il a acquis une connaissance du public et du privé et c'est un bon technicien du processus parlementaire. C'est plutôt le genre de personne qui redonne confiance en la chose publique.

jeudi, 13 avril 2017

François Balkany

   La droite ne s'y attendait sans doute pas, mais le gendre idéal Macron est en train de se muer en véritable compétiteur politique. Cela implique de donner des coups, en particulier quand on en reçoit.  Du côté de Les Républicains, on semble avoir renoncé aux rumeurs de bas étage et aux caricatures nauséabondes pour concentrer les attaques selon un axe : présenter le candidat d'En Marche comme l'héritier de François Hollande. D'où le surnom qui lui a été affublé : Emmanuel Hollande. Pourquoi pas François Macron me demanderez-vous ? Il ne vous aura pas échappé que, dans le camp d'en-face, le candidat se prénomme lui aussi François.

   Ce dernier se plaisant à utiliser ce drôle de surnom, Emmanuel Macron a répliqué en le qualifiant de François Balkany. D'après l'article auquel mène le lien précédent, on peut constater qu'Emmanuel Macron a utilisé une figure de style, la prétérition ("Je ne l'appellerai pas..."). On peut aussi noter qu'un argument bien plus dérangeant pour François Fillon a été énoncé : le fait que celui-ci a été pendant cinq ans le Premier ministre de Nicolas Sarkozy et que donc on puisse lui attribuer autant qu'à l'ancien président de la République l'échec du précédent quinquennat.

   La réaction de François Fillon ne manque pas de sel. D'un côté, il adopte la posture présidentielle, pointant le supposé manque de contrôle de son adversaire. D'un autre, il se montre très méprisant pour Patrick Balkany. Le problème est que Patrick Balkany est un élu LR, réputé certes plutôt proche de Nicolas Sarkozy. L'an dernier, dans un premier temps, il avait obtenu l'investiture LR pour les législatives 2017, malgré son passif judiciaire. A l'époque, le vertueux François Fillon s'en accommodait fort bien. Mieux encore : le député des Hauts-de-Seine a donné son parrainage au candidat Fillon, ainsi qu'on peut le lire sur le site du Conseil constitutionnel (page 92 du document) :

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   C'est terrible à dire, mais, plus j'en apprends sur François Fillon, plus je le trouve pathétique.

Split

   Depuis le très décevant Phénomènes, je n'avais plus vu un film de Shyamalan. Mais là, après plusieurs semaines, comme le bouche-à-oreille est bon et que les extraits que j'ai vus sont convaincants, j'ai tenté l'expérience.

   Le titre fait allusion à l'éclatement de la personnalité du "héros" en une multitude d'identités, la plupart du temps concurrentes les unes des autres. Je dois reconnaître que James McAvoy (pourtant peu convaincant en professeur Xavier jeune, chez les X-Men) réussit avec brio cet exercice de style, qui consiste à incarner ces identités à l'écran. On ne voit pas les 23, mais pas loin d'une dizaine... et il y a l'identité-mystère, dont on se demande si elle existe... et à quoi elle pourrait correspondre dans le film.

   L'intrigue ne tiendrait pas la route si les autres interprètes n'étaient pas au niveau. Deux femmes se distinguent : Betty Bucklet excelle en psychiatre intuitive ; Anya Taylor-Joy (révélée par The Witch) nous éblouit en adolescente perturbée, qui va se montrer particulièrement tenace face à l'adversité.

   Au passage, notons que les trois jeunes femmes que l'une des identités de Kevin enlève sont plutôt canons. Hasard du scénario, l'une d'entre elles va rapidement se retrouver en petite culotte, une autre en soutien-gorge. Est-il besoin de préciser qu'elle est dotée d'une poitrine généreuse ? Quant à la troisième, Casey (Anya), elle conserve un haut moulant, pigeonnant et translucide, qui ne laisse pas ignorer combien elle est bien gaulée.

   On le voit, M. Night Shyamalan a dû se plier à certains codes hollywoodiens. On note d'ailleurs, vers la fin, un petit recours au "juste à temps". On pourra aussi regretter qu'un scénario au départ très maîtrisé se conclue de manière aussi traditionnelle, alors que beaucoup d'éléments de la première partie incitent les spectateurs les plus futés à chercher un possible retournement. Hélas, l'aboutissement des retours en arrière (sur l'enfance de Casey), pour utile qu'il soit à l'histoire, est décevant.

   Il reste quand même la mise en scène de Shyamalan. Dès le début, on retrouve sa "patte" de géomètre. On sent qu'on a affaire à un type qui sait où placer sa caméra. La présentation du huis-clos qui pèse sur les trois victimes est brillante (et n'est pas sans rappeler le récent 10 Cloverfield Lane). On en regrette d'autant plus que son style maîtrisé, dépouillé, propre à utiliser de petits riens pour susciter l'angoisse, sombre plus tard dans la démesure.

   Cela nous vaut un film inégal, mais où l'on retrouve un peu du talent dont le réalisateur a su jadis faire preuve.

   P.S.

   La toute fin nous offre une petite surprise, avec le retour d'un personnage issu d'un précédent film de Shyamalan. Il y a de la suite dans l'air...

01:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 11 avril 2017

Chantons sous la pluie

   Est-ce lié au récent succès de La La Land ? Toujours est-il que la célèbre comédie musicale est de retour dans les salles obscures. Pour les amateurs, c'est l'occasion de (re)découvrir ce qui est considéré par beaucoup comme un modèle du genre... de surcroît, sur grand écran.

   Je n'avais que des souvenirs lointains de ce film. Je crois que je l'ai vu pour la première fois à la télévision, soit dans le "Cinéma de minuit" (à l'époque sur FR3), soit dans le "Ciné-club" (diffusé sur ce qui s'appelait alors Antenne 2). J'ai dû le revoir étant étudiant, à l'occasion d'une semaine consacrée aux comédies musicales. Mais cela fait plus de vingt ans...

   Que m'en restait-il ? Evidemment, la chanson interprétée par Gene Kelly, sous une pluie artificielle. Quand j'étais gamin, j'adorais sauter dans les flaques. Le jour où j'ai vu qu'un comédien avait intégré cette pratique à sa chorégraphie, j'ai kiffé grave ! J'avais aussi en mémoire l'horrible voix nasillarde de la "méchante" de l'histoire. (Rendons-lui justice : l'actrice s'appelait Jean Hagen et sa carrière a été écourtée par un cancer.) Et puis je me rappelais la prestation de Cyd Charisse en danseuse fatale, muette mais terriblement efficace.

   Fort heureusement, j'ai retrouvé tout cela en revoyant le film. Mais c'est la première partie qui m'a le plus surpris. Il s'y trouve une satire assez virulente des moeurs d'Hollywood. C'est particulièrement visible lorsque le héros, Don Lockwood (Gene Kelly, impeccable), résume sa vie devant les journalistes. Il y a un contraste évident (et comique) entre ce qu'il dit et ce que les images montrent aux spectateurs (sous la forme de retours en arrière).

   J'ai aussi pu apprécier combien les numéros de danse étaient bien orchestrés... et mis en scène. Pour une oeuvre grand public, classée dans un genre mineur, c'est très inventif et parfois presque virtuose. Pour moi, la séquence la plus emballante est celle au cours de laquelle le héros va ouvrir son coeur à la petite Cendrillon qui tente de percer à Hollywood (et avec laquelle, évidemment, les premiers contacts n'ont pas été très amicaux). Dans un hangar, petit à petit, Don déploie une partie de la machinerie dont se servent les artisans de Hollywood... tout ce "cinéma" pour avouer sa flamme ! Classieux (et très bien joué, bien que la chanson soit mièvre, un défaut qui me semble hélas inhérent à la comédie musicale).

   Cela nous mène au principal personnage féminin, Kathy Selden, interprétée avec brio par une certaine Debbie Reynolds. Ce nom vous dit quelque chose ? Peut-être parce qu'on a beaucoup parlé d'elle en décembre dernier, à l'occasion de son décès. Il se trouve qu'elle est morte un jour après sa propre fille... oui, Carrie Fisher, l'héroïne de Star Wars, qu'on avait pu revoir dans Le Réveil de la Force.

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   Au niveau de la distribution, il faut aussi souligner la performance d'un second rôle masculin, Donald O'Connor, qui incarne un musicien facétieux, meilleur ami du héros... et lui aussi excellent danseur. Il est franchement drôle et a droit à son "moment de bravoure" dans la première partie de l'histoire.

   65 ans après sa sortie, Chantons sous la pluie procure un plaisir intact. C'est un film plein d'entrain, marqué toutefois par son époque : les femmes y sont de jolis objets, parfois capricieux. (Seule l'héroïne a une personnalité un peu développée.) Et Dieu qu'elles sont belles !

mercredi, 05 avril 2017

Baby Boss

   Produite par DreamWorks, cette animation a été réalisée par Tom McGrath, un type chevronné mais pas toujours bien inspiré. (On lui notamment la série des Madagascar.) L'originalité tient au scénario, inspiré d'un roman. Il est question des craintes d'un enfant face à l'arrivée d'un petit frère dans la famille. Evidemment, l'intrigue prend des détours pour traiter cette question sensible.

   Le biais le plus évident est celui de l'humour. Comme il est question de bébés, on s'attend à du pipi-caca-prout-vomi... et l'on n'est pas déçu ! Le fameux trou-de-balle est même au coeur de deux gags assez bien vus, le premier sur la fixation d'une tétine, le second sur la sortie d'une baudruche géante...

   Le début est tout mignon, avec cette usine à bébés, qui n'est pas sans rappeler Cigognes et compagnie... sauf qu'ici, les enfants ne sont pas livrés par les airs ! Le petit nouveau va débarquer... en taxi. (Plus tard, lorsque son nouveau grand frère Tim lui explique à voix basse, à l'oreille -pour que les bambins présents dans la salle ne puissent pas entendre- de quelle manière les bébés seraient réellement conçus -selon ses parents, il suscite une réaction de dégoût chez Baby Boss.)

   On est rapidement parti pour une confrontation entre le nouveau et Tim, qui ne supporte pas de voir ses parents consacrer désormais plus de temps à son petit frère. Il finit par découvrir qu'un complot se trame. Cela nous vaut de savoureux moments de bagarre enfantine. Mais le plus intéressant est que, pour une raison que je me garderai bien de révéler, les rivaux du jour vont finir par s'allier. Cela permet à l'intrigue de rebondir.

   Il y a quand même quelques temps morts, au coeur du film. Le personnage du chef d'entreprise (qui pourrait s'inspirer de Donald Trump) est assez superficiel. De plus, il m'a semblé que la partie intrigue policière manquait d'intensité par rapport à l'enjeu des rapports familiaux.

   Au niveau de l'animation, la qualité est au rendez-vous. Franchement, pour une comédie familiale, c'est très réussi. Les mouvements des personnages sont très travaillés, les décors souvent superbes, avec de jolis effets de transparence ou de déformation. Et puis il y a ces scènes fantasmagoriques, qui tentent de traduire à l'écran l'imagination enfantine. Les transitions fiction/réalité sont gérées avec beaucoup d'habileté.

   Bref, sans que cela soit le chef-d'oeuvre de l'année, ce film bien conçu fait passer un agréable moment.

23:57 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 04 avril 2017

Raid dingue

   J'ai fini par me décider à aller voir la nouvelle comédie de Dany Boon, dans laquelle (à l'image de ce que fait Tom Cruise dans Mission impossible) son personnage passe un peu au second plan, derrière celui de l'héroïne Joséphine, incarnée par Alice Pol. Celle-ci ne manque pas d'abattage et le but de l'histoire est évidemment de démontrer que la petite cruche pistonnée du début peut se muer en agent efficace du RAID.

   Pour en arriver là, il faudra qu'elle passe par une série d'humiliations, résultat des gaffes qu'elle commet à intervalle régulier. C'est là le problème. Si plusieurs scènes de gaffe sont drôles, en général, elles ont suscité en moi un certain malaise, tant le personnage est ridiculisé. Je pense notamment à la scène de "planque", dans un van banalisé. L'héroïne s'y comporte presque comme une débile mentale, avant de finalement contribuer à dénouer l'affaire. C'est assez représentatif de l'ensemble du film.

   Cela tient la route parce qu'Alice Pol est entourée d'une pléiade d'acteurs convaincants. On pense bien sûr à Dany Boon, mais aussi à François Levantal (excellent en patron du RAID), Michel Blanc (dans un rôle visiblement inspiré de L'Exercice de l'Etat), Sabine Azéma (un peu caricaturale) et surtout Yvan Attal, surprenant en terroriste serbe. A son sujet, je ne peux pas en dire trop, mais sachez qu'avec un acolyte, il est au coeur d'une séquence hilarante se déroulant pendant la Gay Pride. Et que dire du final dans le château de Vaux-le-Vicomte !

   Cette séquence est d'ailleurs fort bien mise en scène, avec visiblement de gros moyens. Cela donne un côté à la fois spectaculaire et paillettes à l'intrigue. D'autres éléments m'incitent à penser qu'on a produit ce film dans la perspective d'une exploitation internationale. A plusieurs reprises, la "qualité française" apparaît à l'écran, à travers les produits de luxe (bonjour le placement de marques !), les vues de Paris (en particulier de la Tour Eiffel) ou encore celles du château et du jardin de Vaux.

   Le film n'est toutefois pas exempt de recul critique. Déjà, il déconstruit les préjugés machistes (même si c'est d'une manière censée convenir aussi bien aux féministes qu'aux misogynes). Mais surtout, à l'occasion de plusieurs séquences, il se permet d'égratigner certains travers de notre époque. C'est tout d'abord la course à l'audience des chaînes d'info en continu qui est dénoncée, à travers le comportement de reporters de LCI... qui est une chaîne du groupe TF1, coproducteur du film ! Bien que ce soit visiblement l'attitude de BFM TV que l'on vise, il est intéressant de constater que Dany Boon semble avoir eu les mains relativement libres au niveau du scénario.

   Plus loin, dans la séquence de Vaux-le-Vicomte, ce sont les fastes de la République, réservés aux puissants de ce monde et aux happy few qui figurent sur la liste des invités, qui sont (discrètement) pointés du doigt. De manière plus évidente, ce film fait l'éloge de l'engagement civique (celui des policiers du RAID), qui dépasse les préoccupations carriéristes et l'appât du gain. Pour une comédie populaire a priori sans ambition, ce n'est déjà pas si mal.

02:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 03 avril 2017

Ghost in the shell

   Entre hommage et pompage, cette superproduction internationale s'inspire d'un des plus célèbres mangas, objet déjà de deux adaptations en long-métrage d'animation, que beaucoup considèrent comme des chefs-d'oeuvre.

   Le début est un décalque du premier de ces films, puisqu'il nous montre la (re)naissance du personnage principal, le Major, mélange de femme et d'androïde de dernière génération. Il manque la musique hypnotique de l'original, dont on peut entendre quelques bribes dans le film et un extrait un peu plus long dans le générique de fin. Décalquée aussi est la scène qui montre la première intervention de l'héroïne, qui se laisse tomber du haut d'un immeuble.

   Du coup, même si l'intrigue est travaillée (avec cette quête des origines qui vaut mieux que ce qu'on en a dit), pour les vieux fans comme moi, cela a un air de déjà-vu. Je reconnais néanmoins que les effets visuels sont parfois splendides... et, pour une fois, la 3D doit apporter quelque chose au film. La mégapole illuminée et grouillant de publicités holographiques est un personnage à elle seule.

   Cependant, je n'ai pas été convaincu par l'interprétation de Scarlett Johansson. On sent qu'elle a fait de gros efforts pour rendre crédible son personnage. Mais elle n'est pas assez grande pour le rôle et, surtout, elle dégage peu de mystère.

   Il reste quand même les scènes d'action, spectaculaires, l'intrigue policière, assez prenante, et les effets visuels. C'est tout à fait correct, mais cela n'a pas la magie de l'original. Aux jeunes spectateurs, je conseillerais de voir d'abord ce long-métrage, pour préserver le plaisir de la nouveauté, mais d'ensuite visionner (en V.O. sous-titrée) les films d'animation (surtout le premier), qui sont d'un autre niveau.

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dimanche, 02 avril 2017

Un (futur) agriculteur à l'honneur

   ... et c'est un Aveyronnais ! Depuis un peu plus d'une semaine désormais, Timothée Cros, un étudiant originaire de la commune de Cantoin, en plein Nord-Aveyron, casse la baraque aux 12 coups de midi, un jeu animé par Jean-Luc Reichmann et diffusé quotidiennement sur TF1.

   Ce n'est pas le premier candidat aveyronnais à s'y distinguer. Il y a quelques années de cela, Pierre-Marie Roques, originaire de Flagnac (une commune proche de Decazeville), avait tenu plus d'un mois, empochant au total près de 200 000 euros !

   Le fils d'agriculteur de l'Aubrac n'en est pas encore là, mais, au moment où j'écris je tape ces lignes, il a déjà gagné plus de 65 000 euros, battant au passage le record de "coups de maître" (sans-faute à l'avant-dernière épreuve du jeu) d'affilée : 7 en autant de participations. Bravo, jeune homme ! Sa réussite a même fait un peu perdre les pédales à Centre Presse, qui a titré un peu vite après sa huitième victoire :

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   Or, si Timothée Cros a bien remporté sa huitième victoire d'affilée vendredi 31 mars, il n'a pas réalisé de "coup de maître" cette fois-ci.

   Cela n'enlève rien au mérite du jeune homme, dont la soudaine popularité n'est pas liée qu'à ses brillants résultats. Il est sympathique et simple... et c'est un fils d'agriculteurs, une profession dont les difficultés font régulièrement l'actualité. Attention toutefois : au vu de ce qu'il a dit au cours des émissions précédentes, je ne pense pas que l'exploitation de ses parents soit une de celles qui rencontrent les plus grandes difficultés. Lui-même n'est sans doute pas tout à fait l'incarnation moyenne du futur jeune agriculteur : il termine une école d'ingénieur, après avoir naguère décroché un bac S avec mention. Si son parcours est révélateur des changements qui traversent la société agricole (les exploitants sont de plus en plus diplômés), il se situe quand même plutôt au niveau de l'élite. Nombre de ses futurs collègues en sont restés à un bac pro, éventuellement complété par un BTS ou une formation proposée par une Chambre d'agriculture.

   Quoi qu'il en soit, ce candidat de Cantoin dispose d'une solide culture générale, aussi bien en littérature, cinéma, sports qu'en sciences, histoire et géographie. Il me semble doué aussi de bonnes capacités de déduction, une qualité indispensable à la réussite dans ce genre de jeux.

   Et puis, parfois, la chance, voire la Providence, s'en mêle. Ainsi, ce brillant candidat a failli passer à la trappe dès le 27 mars. A deux reprises, dans la première partie de l'émission, il est tombé sur des questions qui ne l'ont pas inspiré. (Soyons honnêtes : je n'aurais peut-être pas fait mieux... et, surtout, je ne serais pas arrivé jusque-là !) Le voilà donc lancé dans un duel (pour conserver sa place dans la partie). Il a défié une autre candidate, qui est tombée sur une question de... football :

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   La question était d'une difficulté telle que je peux affirmer sans crainte de me tromper que la très grande majorité des téléspectateurs ne connaissait pas la bonne réponse. D'après la FIFA (tout comme d'après L'Equipe), à l'origine se trouverait un sport... chinois, même si l'on attribue l'invention du football moderne aux Anglais. La candidate s'est logiquement trompée, permettant à notre petit Aveyronnais de continuer à jouer.

   Quand on regarde un paquet d'émissions, on se rend compte que ces questions de duel ont beau être de difficultés assez inégales, en général, elles ne sont pas les plus ardues du jeu. Du coup, ce sont les personnes défiées (celles qui ont répondu juste au premières questions de l'émission) qui s'en sortent le plus souvent, comme cela est d'ailleurs arrivé à Timothée à plusieurs reprises. Ici, on se dit que 99 % des candidats auraient répondu faux. La question était donc conçue pour faire perdre la personne sur laquelle elle tomberait. Mais ce n'est peut-être que le fait du hasard...

   Il n'en fait pas moins curieusement bien les choses. Ainsi, aujourd'hui samedi, le fils d'agriculteurs aveyronnais (qui a fait montre de la même formidable culture générale que les jours précédents) a dû répondre à quelques questions diablement piégeuses pour lui :

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   Même si la première question est assez difficile, on ne peut pas nier qu'il y a quand même de fortes chances qu'un habitant de l'Aveyron, qui plus est cultivé, en connaisse la réponse. La deuxième et la troisième sont de véritables cadeaux, ce qui est surprenant à ce niveau du jeu. De surcroît, les deux premières questions ont été posées pendant le face-à-face, où parfois, la partie étant serrée, le moindre élément compte.

   On va dire que je vois le mal partout. Peut-être n'est-ce que le résultat d'un tirage au sort. Mouais... En tout cas, cette suite de hasards heureux bénéficie au candidat aveyronnais, et c'est tant mieux pour lui. Il est en train de se constituer un joli pactole pour démarrer dans la vie. Cerise sur le gâteau, il donne une excellente image de l'Aveyron et des jeunes agriculteurs. N'est-ce pas l'essentiel ?

   P.S.

   Sur la Toile, dans les tréfonds des réseaux sociaux, il se murmure qu'il a poursuivi son parcours et qu'il aurait déjà gagné une vingtaine de fois. (Rappelons que les émissions sont enregistrées à l'avance.) Concernant l'image de l'étoile mystérieuse, il se dit qu'elle cacherait une actrice française aujourd'hui décédée et qui aurait eu quelques problèmes avec l'alcool...

samedi, 01 avril 2017

The Lost City of Z

   James Gray s'est lancé dans le récit de la vie adulte de Percy Fawcett, officier et explorateur britannique, qui a voué sa vie à la quête d'une mystérieuse cité, non pas faite d'or, mais incarnation d'une ancienne civilisation amazonienne.

   Dans le rôle-titre, Charlie Hunnam (très bon au demeurant) apparaît comme un succédané de Brad Pitt, dont la participation fut un temps envisagée (et qui s'est "contenté" de produire le film). A ses côtés, on trouve l'excellente Sienna Miller, que les mâles hétérosexuels (cinéphiles) en rut ont récemment pu apprécier dans American Sniper et High-Rise. Blague à part, son personnage revêt une importance capitale. A travers elle, on mesure (au cas où on l'ignorerait) à quel point la place de la femme dans la bonne société britannique du début du XXe siècle était contrainte. Pourtant, c'est elle qui aide le héros à monter son projet et c'est encore elle qui fait une découverte capitale (un texte qui apporte un semblant de fondement aux théories de son mari). Malgré cela, lors des conférences de la Royal Society of Geography, elle est confinée à l'écart, en compagnie des autres femmes...

   Au niveau de la mise en scène, c'est plutôt réussi. De nombreuses scènes "britanniques" ressuscitent l'ambiance intimiste que James Gray sait si bien camper. Par contre, la séquence de guerre (qui se déroule en 1916, sur la Somme) est assez convenue. Certes, l'atmosphère mêlée de courage et de trouille est bien restituée mais, au cours de l'attaque qui nous est montrée, les combattants de Sa Majesté se "mangent" la mitrailleuse, les obus, le lance-flamme et les gaz... a little too much, indeed.

   Fort heureusement, dès que l'action a pour cadre l'Amérique du Sud, c'est excellent. La direction d'acteurs est au poil et certains plans témoignent d'un grand savoir-faire. Le premier morceau de bravoure est l'attaque de piranhas. Mais mon moment préféré est cette cérémonie initiatique nocturne, dont on ne sait pas où elle va nous mener. Fascinant et mystérieux.

   Sur le fond, on a un peu de mal à cerner le héros. Il a un petit côté illuminé. Mais je le comprends. Rejeton de la bonne société (mais pas de la haute aristocratie, ce qu'on lui fait bien sentir), il ne se résigne pas à une vie de notable rangé, époux attentionné et bon père de famille. Il a besoin d'autre chose. De plus, intellectuellement parlant, il est consterné par la fermeture d'esprit de nombre de ses contemporains.

   Ses aventures en Amérique du Sud font clairement référence à des mythes et à des films connus. On pense à Aguirre, à El Dorado, à Apocalypse now... et aussi à Don Quichotte. Même si le film souffre de certaines longueurs, je trouve que c'est une oeuvre intéressante, qui ne se limite pas à l'évocation de la vie méconnue d'un explorateur obstiné (qui a même inspiré un personnage de L'Oreille cassée à Hergé).

jeudi, 30 mars 2017

Paula

   Sous ce titre se cache un biopic germanique, signé Christian Schowchow, auquel on doit notamment De l'autre côté du mur. Cette fois-ci, le cinéaste a porté son attention sur Paula Modersohn-Becker, une peintre méconnue en France, mais célèbre outre-Rhin, en dépit de sa brève carrière.

   La première partie nous fait découvrir une jeune femme issue de la bourgeoisie de province, qui aspire à autre chose qu'un mariage conventionnel ou un emploi rébarbatif en ville. Douée pour le dessin, elle côtoie de petits peintres locaux, qui parfois se prennent pour de grands artistes. La réalisation est très académique. Ce que l'on voit à l'écran est très joli (en particulier les paysages, qui semblent sortis de tableaux impressionnistes), mais cette vie suinte l'ennui, sentiment qui gagne hélas le spectateur.

   Le rythme (et la photographie) changent dans la deuxième partie de l'histoire, au cours de laquelle on suit l'héroïne (brillamment interprétée par Carla Juri) dans sa tentative pour percer à Paris, à la toute fin du XIXe et au début du XXe siècle. Elle va croiser quantité d'artistes plus ou moins connus, dans la Ville-lumière, véritable carrefour culturel de l'époque. Se détachant du classicisme de sa formation (en même temps qu'elle adopte un mode de vie beaucoup plus libre qu'auparavant), elle va trouver son style. La réalisation s'adapte au ton de cette partie, plus gai et plein de vie.

   L'ambiance change à nouveau dans la troisième partie, que je n'ai guère appréciée. Des longueurs se font sentir. A mon humble avis, il aurait fallu remonter certains éléments. Du coup, je suis sorti de là un peu déçu, alors que c'est incontestablement un film qui mérite le détour.

   P.S.

   Les amateurs de clins d'oeil et d'anecdotes tendront l'oreille, vers la fin. Confronté à de grandes difficultés, l'un des personnages s'exclame (dans la version originale) : "Wir schaffen das". Pour tout germanophone et/ou germanophile qui se respecte, cette formule est une allusion à la chancelière Angela Merkel, qui l'a employée notamment à propos de l'accueil des réfugiés syriens migrants originaires d'Afrique et d'Asie. Cela peut se traduire par "On va y arriver" ou "On va gérer le problème". Par dérision, certains commentateurs se sont mis à l'utiliser pour parler d'un problème dont la solution pourrait tarder à venir...

00:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, art, peinture

mardi, 28 mars 2017

Alibi.com

   Philippe Lacheau (auquel on doit notamment Babysitting) revient avec ses acteurs fétiches (lui-même, mais aussi Julien Arruti, Tarek Boudali, Vincent Desagnat, Elodie Fontan), ainsi qu'une brochette d'invités assez savoureux, parmi lesquels je distingue Philippe Duquesne (un habitué), Kad Merad et surtout Chantal Ladesou, dont le numéro de vétérinaire mérite à lui seul le détour.

   C'est la même recette que dans les précédents films du réalisateur : marier l'ancien et le moderne, la comédie traditionnelle à la française et l'humour graveleux (pas toujours très fin) venu d'outre-Atlantique. La jeune scène comique française (représentée par Nawell Madani, une ancienne du Jamel Comedy Club) rencontre de vieux routiers comme Didier Bourdon et Nathalie Baye (celle-ci bien meilleure que celui-là).

   L'histoire démarre sur les chapeaux de roues avec ces exemples de clients dissimulateurs qui ont recouru aux services de l'agence dirigée par le héros Greg, jeune patron mais vieux célibataire. Bien entendu, il va craquer pour la non moins endurcie (et séduisante) Flo... mais dont le père infidèle est le tout dernier client d'Alibi.com...

   Entre mensonges, dissimulation et quiproquos, la suite embraye sur un excellent rythme. On découvre pourquoi le portrait de la mère de Flo est régulièrement trouvé de biais. On apprend comment simuler un selfie avec un faux zèbre... et l'on réalise, si besoin était, à quel point il peut être dangereux de s'en prendre à la communauté des gens du voyage... Mais mon préféré est sans conteste le combat de sabres-lasers tubes de néon (à l'intérieur d'une caravane en mouvement !), auquel répond, un peu plus tard, un son caractéristique émis par un malade sous assistance respiratoire...

   La technique de l'imbroglio est éprouvée, mais elle fonctionne. Ici ou là, on peut voir quelques clins d'oeil aux "comédies de papa". Ainsi, le périple de Nathalie Baye et Didier Bourdon en voiturette n'est pas sans rappeler de mémorables scènes des Gendarmes (avec De Funès/Cruchot et soeur Clotilde, interprétée par l'inoubliable France Rumilly). Du côté de l'humour djeunse, scabreux, on note le rôle des animaux de compagnie, parfois à leur corps défendant. Toutefois, si le chien passe brutalement du statut de compagnon à celui de ballon de football, le chat fait bien comprendre à deux automobilistes que c'est lui le patron... au besoin en s'en prenant aux parties intimes de leur anatomie...

   C'est vrai que, parfois, c'est un peu facile et vulgos, mais j'ai été emporté par le rythme et le culot de cette histoire. On retrouve aussi le soin d'insérer de bonnes scènes d'action (autour des véhicules). Le film s'achève sur une pépite : une parodie de chanson de R'N'B, aux paroles d'une affligeante bêtise.

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Grave

   C'est l'un des événements cinématographiques de ce trimestre. Il s'agit d'un premier long-métrage de fiction, qui a pour cadre une école vétérinaire et le bizutage d'une promotion au sein de laquelle figure l'héroïne Justine, fille de vétos, dont la soeur aînée est déjà présente dans les locaux.

   Je conseille d'être très attentif à la scène du début, qu'on ne comprend pas bien dans l'immédiat, mais qui prend tout son sens par la suite.

   De là on passe au bizutage des reçus du dernier concours. Justine est une jeune fille sage, genre première de la classe, végétarienne jusqu'à l'excès... tout comme ses parents (Laurent Lucas, très bien), qui nous sont présentés comme formant un couple de bobos. Certaines des scènes ont de quoi rebuter les âmes sensibles, entre le sang versé sur la tête des bizuts et les choses suspectes qu'on leur fait avaler. S'ajoutent à cela les réveils nocturnes, la mise à sac des chambres et la consommation obligatoire d'alcools forts. Cette partie a l'immense avantage de nous faire percevoir ce que peut être un régime fasciste en formation, le tout avec une autosatisfaction confondante de la part des abrutis anciens.

   A ma grande surprise, le coeur de l'intrigue est occupé par la relation trouble entre les deux soeurs. Tour à tour, chacune prend l'avantage sur l'autre... et on ne voit pas tout venir, même si l'on est parfois à deux doigts (un doigt ?) de tout comprendre. Les avanies subies par Justine vont avoir des conséquences insoupçonnées.

   Côté macabre, on ne nous épargne pas grand chose, entre le surgissement d'un eczéma très envahissant, le vomi, le sang, les morsures, le sexe "agité"... et la première épilation d'une foufoune. Cela m'a un peu rappelé certaines oeuvres de Peter Greenaway (comme Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant), en moins apprêté. L'ambiance n'est pas sans évoquer aussi le récent White Dog.

   Les actrices principales sont très engagées dans leur rôle. J'attribue une mention spéciale à Garance Marillier, qui réussit à faire croire à toutes les facettes de son personnage, aussi bien la jeune femme coincée que la rebelle perturbée (mais qui prend de l'assurance) ou encore la demi-dingue qui part en vrille.

   Notons que la musique n'est pas omniprésente. Elle est assez fascinante et bien dosée. Elle accompagne efficacement une mise en scène qui, pour être discrète, n'en est pas moins extrêmement soignée. Si les soirées murge sont filmées de manière assez classique, les tensions qui rongent l'héroïne sont très bien rendues, tout comme les rapports de force entre les personnages, traduits par l'angle des prises de vue et les mouvements de caméra.

   Cela donne un film tendu, brillant, parfois d'une mordante drôlerie, très au-dessus de la moyenne des productions françaises contemporaines. Sa réalisatrice, Julia Ducournau, est à suivre.

   P.S.

   Une révélation finale vient donner une profondeur supplémentaire à l'histoire, ce qui nous incite à revoir certaines scènes du début sous un autre jour.

00:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 26 mars 2017

Un couteau "élémentaire"

   Le vendredi soir est actuellement consacré, sur la chaîne de télévision M6, à la (re)diffusion d'épisodes de la série Elementary. Les intrigues sont contemporaines et s'éloignent, en général, de l'ambiance des romans et nouvelles d'Arthur Conan Doyle. Cela n'empêche pas les scénaristes-dialoguistes d'introduire, de temps à autre, de petits clins d'oeil, comme celui qui figure dans l'épisode 17 de la saison 4.

   En général, je me contente de regarder les épisodes inédits. Mais il m'arrive de replonger dans les anciens, en replay. Elementary, comme NCIS ou auparavant Les Experts, fait partie des séries dont la richesse des intrigues, la qualité du jeu des acteurs et l'ambiance visuelle justifient amplement un deuxième voire un troisième visionnage. C'est l'occasion de relever certains détails qui m'avaient échappé la première fois, tant j'étais pris par l'action.

   Ainsi, ces dernières années, j'ai remarqué que le couteau Laguiole est parfois mis à contribution par les scénaristes, comme instrument de crime (le plus souvent) ou tout simplement comme objet décoratif. En France, à ma connaissance, l'apparition du célèbre couteau est assez rare. Je l'ai repéré dans Profilage et dans Cherif... ainsi que chez Groland, dans une fausse pub et dans une historiette graveleuse.

   Mais c'est dans les séries américaines que le couteau aveyronnais a acquis ses lettres de noblesse télévisuelle. A trois reprises au moins, dans Les Experts (ceux de Las Vegas, les vrais), cet ustensile des arts de la table s'est retrouvé au coeur d'une enquête, la dernière fois en 2015, dans un épisode de la saison 14.

   Quelques mois plus tard était diffusé en France l'épisode 8 de la saison 3 d'Elementary (reprogrammé vendredi dernier). Vers la fin apparaissent brièvement à l'écran des photographies prises par la police lors de la découverte de la planque d'une bande de trafiquants d'armes et de drogues :

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   Dans l'arsenal saisi figurent plusieurs couteaux aux formes caractéristiques !

samedi, 25 mars 2017

Le Concours

   La documentariste Claire Simon est revenue se plonger dans la Fémis (dont elle a naguère dirigé le département réalisation), plus précisément au moment du concours de recrutement... des concours devrais-je dire, puisque les candidats postulent à l'un des sept "départements" (réalisation, scénario, production, image, son, montage et décor), lorsqu'ils présentent ce que l'on appelle le "concours général". Vu le profil de certaines personnes filmées, je pense qu'on peut y ajouter le "concours international" (qui ne recrute qu'en réalisation, scénario et montage).

   Environ mille personnes ont brigué l'une des quelque 60 places mises au concours. Il n'était évidemment pas question de nous présenter l'intégralité des futurs reçus (à supposer que, candidats, ils aient accepté de se laisser filmer pendant les oraux), encore moins un panorama représentatif de l'ensemble des postulants. Qui plus est, pour "donner sa chance" (à l'écran) à chacun d'entre eux, il fallait monter des séquences assez longues, ce qui a limité le nombre de profils. Ajoutez à cela la volonté de montrer les jurys au travail, face aux candidats et hors de leur présence, et vous aurez une idée de l'ampleur de la tâche que la réalisatrice s'était confiée.

   Résultat ? Un film long, très instructif (pas toujours à l'avantage de l'école, d'ailleurs), regorgeant de pépites, mais parfois ennuyeux. On suit le parcours des candidats, des premiers écrits (avec projection d'un extrait de Shokuzai) aux résultats des oraux d'admission. Au niveau des oraux "techniques" (il s'agit d'entretiens portant sur des productions, écrites ou non, des candidats), je pense que la plupart des spectateurs ne peuvent pas saisir toutes les subtilités sans connaître un peu le fond, tel qu'il est décrit dans le rapport 2014.

   Sinon, on peut s'intéresser à la personnalité des candidats. Ils sont d'une assez grande diversité (de tempérament), certain-e-s attachant-e-s, d'autres agaçant-e-s... tout comme les membres des jurys. (Amis rouergats : une candidate semble être originaire de l'Aveyron, puisqu'elle appuie sa candidature sur un stage effectué à Millau. Son enthousiasme et sa fraîcheur vont séduire une partie du jury.) Leurs discussions sont animées... et l'on sent poindre, de temps à autre, leurs préjugés. De ce pont de vue, la réalisatrice n'a pas cherché à filmer une enluminure.

   Qu'en conclure ? Que de belles personnes présentent ce concours. Que les métiers auxquels forme la Fémis sont plus variés qu'on ne le pense. Que les membres des jurys sont parfois un peu trop représentatifs du petit monde nombriliste du cinéma français. Mon principal regret est que, finalement, il soit assez peu question de cinéma vécu dans ce documentaire.

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vendredi, 24 mars 2017

Clin d'oeil holmsien

   M6 poursuit la diffusion de la saison 4 de la série Elementary. Elle se révèle toujours aussi intéressante, en particulier grâce à l'interprétation de Jonny Lee Miller. Celui-ci excelle à incarner un Sherlock devenu new-yorkais, assez différent de celui que joue (le non moins excellent) Benedict Cumberbatch dans la version britannique des aventures contemporaines du célèbre détective.

   Ce vendredi, l'épisode 17 a été l'occasion de croiser l'ancien et le moderne. L'intrigue tourne autour de citoyens ordinaires tentés de jouer aux super-héros. L'un d'entre eux, qui se prend pour le "Midnight Ranger", a été assassiné. Sherlock se demande s'il ne faut pas chercher la clé de l'énigme dans les bandes dessinées publiées au cours de plusieurs dizaines d'années. Voici la conclusion à laquelle il arrive :


podcast

   La cinquième manière dont le super-héros est décédé (celle qui a la faveur du détective) fait écho à un épisode des aventures de Sherlock Holmes rédigé par Arthur Conan Doyle. En effet, dans Le Dernier Problème, le détective affronte le redoutable Moriarty, les deux finissant par tomber dans les chutes du Reichenbach, en Suisse.

   P.S.

   Le coeur de l'intrigue (le meurtre d'un citoyen ordinaire vêtu d'un costume de super-héros) n'est pas sans rappeler un épisode de la saison 2 des Experts Manhattan.

jeudi, 23 mars 2017

Kong : Skull Island

   Moins de douze ans après la version de Peter Jackson, revoilà le gros gorille sur les écrans, dans une histoire reformatée pour s'insérer dans une trilogie (inaugurée par le dernier Godzilla, dont l'action se déroule pourtant après celle de ce film... ne partez surtout pas avant la fin du générique).

   D'un point de vue scénaristique, j'ai apprécié que l'on fasse débuter l'intrigue vers la fin de la Seconde guerre mondiale et qu'on la fasse rebondir pendant le conflit vietnamien. Cela nous vaut une belle séquence introductive, un peu comique, et qui nous donne l'eau à la bouche. (Un peu plus tard, on se rend compte que l'impression transmise par cette séquence est volontairement trompeuse.)

   Comme dans beaucoup de films de ce genre, on va suivre une troupe hétéroclite, où se côtoient militaires, scientifiques, aventuriers, des lâches comme des héros, des gens sensés comme de vrais dingues. Petit à petit, leurs défauts vont se révéler... et ils vont faire plein de bêtises.

   La première est de se rendre sur cette "île du crâne", dont le sous-sol regorge de surprises. La seconde est d'y balancer des joujoux explosifs qui vont réveiller de dangereuses bébêtes... et mettre le roi des Kongs de mauvaise humeur. (Ce pitoyable calembour m'a été imposé par la Guilde des Blogueurs Amateurs de Jeux de Mots Faciles.)

   Bref, si le déroulement des événements suit une trame qu'on qualifiera gentiment de prévisible, les scènes d'action dépotent. De la traversée de la tornade aux affrontements mettant en scène les bébêtes, on en prend plein la vue. Même en 2D, les effets spéciaux sont impressionnants et le gorille est très réussi, à la fois puissant et expressif.

   On ne voit quasiment pas passer les deux heures. J'ai très agréablement digéré mon repas... et fait un gros pipi après la séance.

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samedi, 18 mars 2017

Etre préfet en Aveyron (1935-1955)

   Vendredi 17 mars a été donnée une passionnante conférence dans l'amphithéâtre des Archives départementales de l'Aveyron. Bien qu'assez copieusement remplie, la salle n'accueillait pas autant de spectateurs qu'en novembre dernier, quand la Société des Lettres aveyronnaise a célébré ses 180 ans.

   Pourtant, l'intervenant n'était pas n'importe qui. Marc-Olivier Baruch, ancien élève de Polytechnique et de l'ENA (promotion "Droits de l'Homme"), est surtout connu comme historien de la haute fonction publique et du gouvernement de Vichy. Il a mis ses connaissances et ses compétences au service d'une galerie de portraits qu'il a su rendre vivants.

   Après un aperçu bibliographique, l'auteur a présenté de manière synthétique l'ensemble des titulaires du poste entre 1935 et 1955 (à l'aide d'un tableau ma foi bien conçu). On remarque que la majorité avait effectué des études de droit, à la rigueur de lettres. Dans la liste, quelques parcours détonnent, comme celui d'un ingénieur agronome ou celui d'un officier de cavalerie (dont nous allons reparler). A l'époque, la préfecture aveyronnaise était classée "de troisième catégorie". On y envoyait des débutants dans la fonction, la plupart ayant été secrétaire général auparavant.

   Dans un second temps, Marc-Olivier Baruch a mis un coup de projecteur sur trois d'entre eux, Jean Moulin, Charles Marion et Louis Dupiech, dont le parcours est lié, d'une manière ou d'une autre, à la Seconde guerre mondiale.

   L'auteur n'a pas fait de révélation fracassante à propos de Jean Moulin (pour ceux qui connaissent un peu son histoire). Il a rappelé ses liens avec Pierre Cot (devenu ministre du Front populaire), qui lui ont permis de cumuler la direction de son cabinet avec son premier poste dans l'Aveyron. Le conférencier, bon connaisseur des rouages de l'administration française, a évoqué un détail de règlement qui explique le parcours de Jean Moulin. Pour pouvoir être nommé préfet hors-cadre (et se voir ainsi attribuer des missions plus intéressantes que la gestion au quotidien d'un département qu'on n'a pas choisi), il fallait avoir occupé au moins trois postes. D'où la bougeotte qui a parfois saisi certains hauts fonctionnaires... Marc-Olivier Baruch a évidemment rappelé l'antagonisme qui avait opposé, à ses débuts, le plus jeune préfet de France (de gauche) à certains élus (très) conservateurs (ainsi qu'à la presse qui les soutenait) de la "petite Vendée du Massif Central". Au départ de Moulin, cet antagonisme avait cédé la place à un incontestable respect mutuel. La preuve que les qualités de Jean Moulin étaient reconnues bien au-delà de son obédience politique est qu'en 1940, le ministre de l'Intérieur de Pétain a un temps songé à lui pour occuper un nouveau poste, comptant sur son sérieux et son sens des responsabilités, malgré son orientation politique pas franchement maréchaliste.

   Peu connu des profanes âgés de moins de 90 ans, Charles Marion n'en a pas moins laissé son empreinte sur l'Aveyron, où il a officié pendant plus de trois ans, par la grâce du gouvernement de Vichy (dont il était un chaud partisan). Mais, avant d'en arriver aux aspects peu reluisants du personnage, le conférencier nous l'a présenté à travers deux anecdotes, révélatrices de son franc-parler. Ainsi, un jour, en entendant une ravissante jeune femme lui répondre qu'elle n'avait pas encore d'enfant, le représentant de l'Etat se serait exclamé que, décidément, "on ne faisait pas pouliner les plus belles pouliches" ! Précisons que le parcours du préfet n'a pas été sans influence sur son goût pour la métaphore, puisque, d'après sa fiche Wikipédia, il fut un excellent cavalier, médaillé aux Jeux Olympiques de 1928 (Amsterdam) et de 1932 (Los Angeles). La deuxième anecdote met encore en scène le préfet avec une femme, celle-ci mère de famille nombreuse (10 enfants !). En apprenant cela, Charles Marion aurait déclaré : "Mais votre mari est un vrai pistolet à répétition !" On ignore trop souvent que la préfectorale abrite de grands poètes...

   Charles Marion est d'abord un militaire de carrière : il a été camarade de promotion du futur général de Lattre de Tassigny (à Saint-Cyr ou plutôt à l'école de cavalerie de Saumur ?). Dans l'Aveyron, il est devenu proche d'Henri Bousquet qui, à l'époque, se trouvait à la tête de la Société des lettres aveyronnaise. Ardent propagandiste de la Révolution nationale de Pétain (et antisémite forcené), il avait de bonnes relations avec le général de Castelnau... mais pas avec le docteur Ayrignac, fondateur de la Corporation paysanne.

   Au cours de ses recherches, dans les archives parisiennes comme aveyronnaises, Marc-Olivier Baruch a fait quelques découvertes. Son propos a été illustré de nombreux documents originaux (souvent des textes), projetés sur le grand écran de la salle. Le plus étonnant d'entre eux est peut-être une image, trouvée, un jour, dans un cahier consulté à Rodez :

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   On peut la trouver aussi aux Archives départementales de Savoie. La Savoie, où, avant-guerre, Jean Moulin fut directeur de cabinet du préfet, avant de devenir le plus jeune sous-préfet de France, à Annecy. Quelques années plus tard, Moulin était nommé à Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, un département que Charles Marion rejoignit après avoir quitté l'Aveyron, en 1943. Comme quoi, des parcours très différents peuvent se croiser, dans la préfectorale. (M-O Baruch a d'ailleurs projeté un document faisant état de mutations, parmi lesquelles se trouvaient celles de Jean Moulin et de... René Bousquet, alors jeune loup du radical-socialisme.)

   Après la conférence, la fin de Charles Marion a fait l'objet d'une question d'un membre du public. Celui-ci se demandait si le préfet n'avait pas été littéralement écartelé par des résistants savoyards. Cette rumeur infondée fut démentie par le conférencier... à raison : on sait que Charles Marion est mort fusillé... et pas de manière glorieuse.

   Le troisième préfet objet de l'attention particulière de Marc-Olivier Baruch est Louis Dupiech, en poste en 1944. D'abord légaliste (en 1940), il a progressivement basculé en faveur de la Résistance. Il est mort en déportation. Notons qu'en dépit de son arrestation par les Allemands, après guerre, quand il a été question de rendre hommage au préfet, son action a fait l'objet d'une enquête minutieuse. Signalons que son dévouement semble avoir déteint sur son fils Guy. Celui-ci, après avoir suivi des études dans le Sud-Ouest (y compris à Rodez, au lycée),  a intégré la toute jeune ENA et suivi une brillante carrière préfectorale.

   Dans la seconde partie de son exposé, Marc-Olivier Baruch a accéléré le rythme et traité de thèmes transversaux. Son propos a évoqué des aspects de la vie professionnelle des préfets. Il a ainsi été question de leur niveau de vie. Le conférencier estime leur revenu mensuel moyen (en 1945) à l'équivalent de 5000 de nos euros... ce qui ne semble pas avoir changé. Le coût d'une tenue était d'environ 1800 euros 2017. C'était beaucoup, pour un préfet... mais c'est finalement assez peu, en comparaison du prix des costumes que s'est fait offrir un certain François Fillon. Marc-Olivier Baruch serait-il un brin facétieux ?

   Un préfet, ça rencontre du monde. Et parfois ça invite. A Rodez, le restaurant Le Cheval noir, tenu par la veuve Bastide, a été le théâtre d'agapes mémorables. (On nous a parlé d'un gueuleton à 70 couverts...) Le conférencier s'est demandé ce qu'était devenu le restaurant en question, une incertitude à laquelle aucune des personnes présentes dans l'assistance n'a mis fin. (Et pourtant, on sentait que quelques-uns d'entre eux avaient envie de prouver à quel point ils sont cultivés, au besoin au détriment de M-O Baruch.)

   Ne reculant devant aucun sacrifice pour satisfaire la curiosité des érudits aveyronnais qui se ruent sur ce blog, je me suis mis en quête de cet établissement. Sachez qu'il existe toujours, mais sous un autre nom. Il est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Une idée ?... Ah, je vois le petit monsieur chauve du troisième rang qui s'agite sur son siège... Doucement, monsieur ! Un arrêt cardiaque est si vite arrivé ! Eh, oui, vous avez raison : il s'agit de l'Inter Hôtel, dit aussi hôtel de la Tour Maje.

   La conférence s'est poursuivie au rythme des anecdotes, souvent savoureuses. Il n'est pas possible ici de rendre compte de la richesse du propos. Mais sachez que Marc-Olivier Baruch a évoqué le prolongement d'une ligne ferroviaire aveyronnaise, les débuts de Pierre Baudis (papa de Dominique) en politique (sous les couleurs du RPF) et la propagande dans les premières années de la Guerre froide, s'appuyant (dans ce cas) sur une affiche qui manie le calembour :

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   Quant à ceux qui ont raté l'événement, il leur reste à guetter un prochain numéro des Etudes aveyronnaises, où le conférencier devrait livrer une version écrite de son propos d'hier soir.

mercredi, 15 mars 2017

Chez nous

   Lucas Belvaux est un réalisateur qui dose son effort : il a livré une quinzaine de films en 25 ans. Il est responsable de certains de mes plus grands émois cinéphiliques, avec sa trilogie Un Couple épatant - Cavale - Après la vie. Plus récemment, on a pu voir de lui 38 témoins.

   Ici, il se lance dans le film politique, tout en gardant sa "patte" sociétale. Ce n'est pas tant un brûlot anti-FN qu'un portrait de ceux qui votent pour lui, militent pour lui voire se présentent pour lui. Si Rosetta Emilie Dequenne, mère-courage et infirmière dévouée, attire le regard et la sympathie, c'est incontestablement André Dussolier qui tire la couverture à lui en Philippe Berthier, militant de longue date de l'extrême-droite, patriote sourcilleux, médecin attentif... et manipulateur habile. Par contre, j'ai été moyennement convaincu par la prestation de Catherine Jacob en Agnès Dorgelle (alias Marine Le Pen).

   La fachosphère s'est rapidement déchaînée contre un film qu'elle n'avait pas vu (comme il y a deux ans contre Un Français). Elle a eu tort. Le propos est nuancé. Si le portrait de certains militants ou sympathisants est grinçant, on sent l'empathie du réalisateur pour ceux qui sont cassés par la vie, quelles que soient leurs opinions. Derrière la polémique politique, Belvaux place le contexte social : les classes populaires et une partie des classes moyennes blanches se sentent larguées dans notre époque, abandonnées par ceux qui étaient censés les aider.

   C'est donc un film à thèse. Concernant le Bloc patriotique (alias le FN), Belvaux veut montrer qu'il n'a pas coupé tous les liens qui le relient aux néo-nazis qui ont nourri ses débuts. L'un des personnages-clés est Stanko (Guillaume Gouix, très bien), ancien petit ami de l'héroïne Pauline, que celle-ci recroise par hasard... et dont elle découvre les nouveaux tatouages, assez explicites sur le plan politique. Pourtant, ce militant "identitaire" va se révéler plus complexe qu'au premier abord. Sa relation avec l'héroïne pourrait le tirer vers le haut. Dans son comportement avec les garçons, il apparaît comme une figure paternelle à la fois autoritaire et bienveillante.

   Belvaux n'a cependant pas totalement réussi sa fin. L'intrigue politique se dénoue de manière assez prévisible, mais avec une pirouette (il faut bien regarder les affiches). C'est l'épilogue que je n'ai pas aimé. La réapparition (peu plausible) de certaines images refait basculer la vie intime de Pauline. Cette séquence alourdit inutilement le film, qui aurait dû se conclure sur les conséquences des choix de l'héroïne.

mardi, 14 mars 2017

La Poste du Faubourg en pleine déliquescence

   Cet après-midi, je me suis arrangé pour quitter le boulot plus tôt, histoire de passer à la Poste de mon quartier avant la fermeture. Quand je suis arrivé devant l'entrée, quelle ne fut pas ma surprise de trouver le rideau de fer baissé, avec pour seule explication cette pancarte :

14 03 2017.jpg

   C'est hélas la continuation d'un assez macabre feuilleton, celui de la marche vers la fermeture possible de ce bureau de Poste de proximité. La rumeur a commencé à courir en janvier 2016. Les craintes se sont confirmées l'été dernier : pour la première fois, le bureau a été fermé pendant un mois et demi !

   En décembre, les syndicats ont alerté les élus locaux, comme on a pu le lire dans La Dépêche du Midi puis dans Centre Presse :

CPresse 22 12 2016 b.jpg

   La menace s'était précisée en février dernier.

   Non mais, franchement, pour les personnes qui travaillent, qui partent au boulot tôt le matin et qui n'ont pas la possibilité de revenir au Faubourg avant 13 heures, ces nouveaux horaires d'ouverture ne sont d'aucune utilité ! C'est juste bon à contenter les retraités, les femmes au foyer et les chômeurs. Les actifs (qui financent pourtant la chose...) peuvent aller se brosser !

   Et vive le service public !

dimanche, 12 mars 2017

La La Land

   Je me suis enfin laissé traîner dans une salle obscure pour aller voir ce qui est, selon les Oscar, le meilleur film des douze derniers mois. Au moins, j'ai choisi la version originale sous-titrée. Cela commence plutôt brillamment, avec ce plan-séquence autoroutier, hommage aux comédies musicales d'antan. Il est un peu à l'image du film : techniquement réussi, mais dégageant peu (voire pas...) d'émotion. Damien Chazelle nous prouve encore son habileté un peu plus loin, avec cette scène tournée dans l'appartement occupé par les jeunes femmes.

   Soyons honnêtes : c'est bien joué, avec une mention particulière pour les deux interprètes principaux : Ryan Gosling (qui, de La Faille à The Nice Guys, mène intelligemment sa carrière) et Emma Stone (qui, de La Couleur des sentiments à Birdman, possède déjà une belle filmographie). Quand on pense qu'ils n'étaient pas les premiers choix du réalisateur ! Pour le film, Gosling est devenu un pro du piano. Quant à Emma Stone, elle nous montre tout son savoir-faire à l'occasion des scènes de casting. Elle est censée échouer à (presque) toutes... et pourtant, lors de la première tentative, elle est vraiment excellente. (Cela ne suffisait cependant pas, pour moi, pour qu'elle ait l'Oscar, qu'Isabelle Huppert méritait davantage.)

   Je mets un bémol aux parties dansées-chantées qui font intervenir les deux personnages principaux. Ce n'est pas mauvais, mais c'est souvent médiocre, comme la première fois où ils se retrouvent seuls sur les hauteurs de Los Angeles, la nuit. Il paraît que c'est voulu... Et puis le contenu des chansons est quand même extrêmement sirupeux. J'ai plus apprécié le fond jazzy, qui se marie bien avec l'ambiance nocturne, mais pas tellement avec la comédie musicale.

   Il reste l'intrigue : le désir des héros de réaliser leurs rêves est-il compatible avec leur amour naissant ? La première partie est construite sur le schéma de la montée en intensité du sentiment. Evidemment, les choses vont se gâter par la suite, mettant les héros à l'épreuve au niveau de leur engagement personnel comme au niveau de leur réalisation professionnelle. L'alchimie fonctionne bien entre Stone et Gosling. On est touché par cette histoire, y compris quand on nous propose, pendant quelques instants, la vision de ce qu'aurait pu être leur vie, si les choses s'étaient passées autrement.

   C'est donc un bon film, résultat d'un gros travail. Mais quand on apprécie modérément les séquences chantées, il perd une partie de son intérêt.

11:59 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 11 mars 2017

La Confession

   Ce film de Nicolas Boukhrief est une nouvelle adaptation du roman de Béatrix Beck, Léon Morin, prêtre. Pour le réalisateur du Convoyeur, de Cortex et de Made in France, cela représente un défi. Il change de style et s'est lancé dans l'adaptation d'un roman, au lieu de partir d'un scénario original.

   L'arrière-plan documentaire (l'occupation allemande) est très soigné. On sent bien que la faim tenaille les habitants de cette petite ville de la moitié nord de la France métropolitaine. On comprend aussi que, face à l'occupant, les habitants ont des comportements... variés. A part à peu près égale, le réalisateur nous présente les accommodements (voire la collaboration) et les actes de résistance. Il a aussi veillé à ce que le portrait des soldats de la Wehrmacht ne soit pas unilatéral. Les personnages secondaires sont d'ailleurs très bien campés, en particulier les collègues de Barny, jouées par Anne Le Ny, Solène Rigot (vue récemment dans Saint Amour), Amandine Dewasmes et Lucie Debay (remarquée dans Un Français).

   L'héroïne Barny penche nettement du côté de la Résistance. Employée des PTT, elle détourne une partie des lettres anonymes envoyées à la Kommandantur. Chez elle, elle cache des juifs et elle semble liée à une filière qui passe par une ferme perdue dans les bois. C'est aussi (et surtout) une fervente communiste, athée jusqu'au bout des ongles (qu'elle a un peu trop jolis, petit détail gênant). Dans le rôle, Marine Vacht est sen-sation-nelle ! Comme son personnage connaît une assez forte évolution, on peut la voir jouer sur au moins deux registres très différents. Elle est parfaitement crédible dans les deux (même si je la préfère en matérialiste). Elle est de surcroît très jolie, avec un visage expressif qui prend bien la lumière. On sent que Boukhrief a pris beaucoup de plaisir à filmer cette actrice.

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   Face à elle se dresse le nouveau curé, un homme beaucoup plus jeune que son prédécesseur, qui vient de décéder. Il semble de surcroît plus moderne que lui, lit beaucoup de livres profanes. A demi-mots (et à l'aide de quelques détails visuels distillés à l'intention des spectateurs), on comprend que, s'il accorde sans remords les derniers sacrements aux miliciens, il est un chaud partisan des Alliés. Il est incarné par Romain Duris.

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   Autant le dire tout de suite : je suis réservé sur son interprétation. Oh, c'est incontestablement un bon acteur ; là n'est pas la question. Mais il est un peu vieux pour le rôle. De plus, s'il excelle à incarner un prêtre cultivé, habile et séducteur (pour arriver à ses fins prosélytiques), il parvient mal à faire passer le trouble qui finit par gagner le curé, évidemment séduit par cette mère courage rebelle. C'est dommage, parce que le film perd un peu en force. Je suis aussi déçu par la fin, d'où se dégage surtout une grande tristesse.

10:19 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 10 mars 2017

Logan

   Des années après l'époque glorieuse des X-Men, les héros sont bien fatigués. Wolverine/Serval (Hugh Jackman... jackmannissime) n'est plus que l'ombre de lui-même : il boite, tente de se débarrasser d'une mauvaise toux et a du mal à sortir ses griffes (ce que les mauvais esprits interprèteront comme des difficultés d'érection). Au quotidien, il est chauffeur de maître, façon Uber. Mais il a un petit "jardin secret", dans le désert.

   C'est la grande originalité de cet épisode des aventures des héros Marvel. Ici, point de costume voyant ni de collant moule-burnes. Les mutants (comme leurs adversaires) sont plongés dans le quotidien déprimant d'un futur proche où il vaut mieux fuir au Canada si l'on veut sauver sa peau, dans cette Amérique post-apocalyptique qui est comme une vision de ce que la présidence Trump pourrait laisser du pays.

   On a donc droit à Logan/Wolverine en voiture, Logan en ville, Logan à la campagne, dans le désert, à la montagne, en forêt... Cette collection de vignettes pourrait sembler artificielle. En réalité, elle donne un cadre parfois bucolique à une intrigue d'une folle intensité.

   La première trouvaille est celle du refuge de Logan, que je ne vais pas décrire ici, histoire de laisser le plaisir de la découverte. Le héros y retrouve une connaissance et un très vieil ami, incarné par Patrick Stewart (tellement plus convaincant que James McAvoy). Bientôt, on va lui flanquer une gamine entre les pattes. En apparence, c'est une autiste, enfant traumatisée. Mais c'est une bombe atomique en puissance. Dans le rôle, Dafne Keen est une révélation.

   Très vite, on nous propose des scènes de baston. Le film contient quatre moments de bravoure : le combat entre Wolverine et les loubards, l'attaque du refuge par les méchants, le premier duel avec le redoutable X-24 et le combat final, qui fait intervenir un nouveau groupe de personnages que Marvel destine sans doute à un brillant avenir...

   Au niveau de la mise en scène, c'est emballant. James Mangold, auquel on doit Identity, 3h10 pour Yuma et Wolverine, le combat de l'immortel, sait y faire. Les mouvements des personnages sont quasiment chorégraphiés. Même la jeune Laura (sans doute très bien doublée pour les cascades) virevolte. Du côté des blessures, on est dans l'hyperréalisme. Les habitués ne seront pas (trop) choqués par la cruauté des protagonistes ni l'ampleur des dégâts. C'est quand même diablement sanguinaire... et parfois comique.

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   Le film est aussi réussi car les scènes de transition ne sont pas que du remplissage entre deux bastons. Il y a tout d'abord les rapports entre Xavier et Logan, de vieux amis qui forment presque un couple, avec ses scènes de ménage. Il y a aussi (et surtout) la relation très chaotique qui s'instaure entre la gamine Laura et le vieux briscard. C'est drôle, remuant... et finalement très touchant.

   P.S.

   A un moment, les trois personnages en fuite se retrouvent dans une chambre d'hôtel luxueuse. Sur le très grand écran de télévision est diffusé un western, Shane (L'Homme des vallées perdues), dont le parcours du héros entre évidemment en résonance avec celui de Logan.

   P.S. II

   Dans la même thématique :

   X-Men origins : Wolferine

   X-Men - Le Commencement

   X-Men - Days of Future Past

   X-Men - Apocalypse

12:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 08 mars 2017

Miss Sloane

   Ce mercredi soir, il y avait mieux à faire que d'assister à la déconfiture d'une équipe de football qatarie. En l'honneur de la journée des droits de la femme, je suis allé voir ce film consacré à une lobbyiste américaine chevronnée, intelligente, machiavélique et déterminée, incarnée à la perfection par Jessica Chastain. Celle-ci, depuis L'affaire Rachel Singer, ne cesse de me surprendre. Quel que soit le rôle qu'elle endosse, elle est marquante, aussi bien dans La Couleurs des sentiments que dans Zero Dark Thirty ou encore Interstellar.

   Elle n'est pas toute seule. La distribution compte d'autres "pointures" comme Mark Strong et Sam Waterston (l'ancien substitut du procureur de New York Police Judiciaire, ici dans un rôle à contre-emploi). On remarque aussi la prestation de Gugu Mbatha-Raw, vue récemment dans Free State of Jones.

   Au niveau du scénario, c'est du lourd. On nous a bâti un polar alambiqué, qui s'appuie sur la description des mécanismes du pouvoir législatif, intimement lié à la pratique du lobbying (l'action des groupes de pression). A ce sujet, le discours du film est ambigu. D'un côté il dénonce la corruption du système, le pouvoir de l'argent et l'action souvent néfaste de ces brillants entremetteurs que sont les lobbyistes. D'un autre, il montre que le sens de l'intérêt général, couplé à un peu de vice, peut venir à bout de bien des difficultés. En tout cas, on ne nous épargne aucun coup fourré.

   C'est aussi l'histoire de la transformation d'une femme (ou plutôt de sa révélation). La froide et impitoyable Elizabeth Sloane va se découvrir plus humaine qu'elle et son entourage ne le pensent, à l'issue d'une série de péripéties qui donnent un côté haletant au récit.

   La réalisation se veut très chic, à l'image de son héroïne apprêtée. La musique est très hollywoodienne, soulignant les moments importants. Cela passe. La surprise est que, dans cet univers feutré, Miss Sloane tranche par son absence de scrupule, sa considérable force de travail et sa franchise brutale, jusqu'à la grossièreté.

   Ce film n'attire hélas pas les foules. Pourtant, j'ai passé un excellent moment. L'histoire s'achève sur un plan magnifique de Jessica Chastain, sortant d'un lieu que je ne peux pas nommer.

23:42 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 06 mars 2017

Colony

   C'est le nom d'une nouvelle série américaine d'anticipation, qui débarque ce mardi sur TF1, avec trois épisodes. Pour lancer le tout, la chaîne a eu l'excellente idée de proposer en "préplay" le premier épisode, Derrière le mur, visible en ligne depuis quelques jours. Signalons que cette technique de promotion n'est pas nouvelle, puisque M6 y a naguère recouru pour lancer la série Elementary.

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   Le début nous fait découvrir une charmante petite famille, composée d'un papa mécanicien, d'une mère en apparence au foyer, de deux enfants (un garçon et une fille)... et d'un chien ! Dans le rôle du père, les téléphages reconnaîtront Josh Holloway, le Sawyer de (la très surfaite) Lost : les disparus. Plus récemment, dans Intelligence, il a incarné un agent spécial dont le cerveau a été numériquement renforcé.

   On se rend vite compte que le tableau idyllique cache une situation difficile. A cette famille il manque un enfant, disparu depuis la prise du pouvoir par de mystérieux extraterrestres. Los Angeles s'est retrouvée coupée en deux par un gigantesque mur. Le centre-ville, où circulent beaucoup plus de vélos que de voitures, porte encore les stigmates d'un affrontement armé... à moins que ce ne soient les traces d'attentats terroristes :

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   C'est l'occasion de signaler la grande qualité des images, avec un soin particulier apporté à la photographie et des effets spéciaux vraiment pas dégueus pour une série. Ce n'est pas aussi beau que dans Fringe, mais, incontestablement, ça a plus de gueule que beaucoup de productions destinées au grand public.

   Nos héros vont croiser d'autres humains, certains trafiquants, certains résistants, d'autres collabos. En effet, les extraterrestres évitent d'entrer directement au contact des Terriens. On en voit juste patrouiller dans les airs, à l'écart. Et puis il y a ce mystérieux décollage nocturne, réalisé à intervalle régulier, dans une direction inconnue.

   J'ai été appâté par cet épisode. J'attends avec impatience les suivants. Notons que les saisons sont relativement brèves, pour une série américaine : elles sont composées de 10-12 épisodes, loin des 20-25 auxquels on nous a habitués. On a peut-être voulu privilégier la qualité.

Les Anglais aiment notre fromage

   Ce dimanche, en première partie de soirée, France 3 a commencé la diffusion de la quatrième saison de la série policière britannique Les Enquêtes de Morse. (En deuxième partie de soirée, les épisodes anciens sont rediffusés depuis déjà quelques semaines.)

   Dans "Echec et mat", il a été question d'un célèbre fromage aveyronnais. Cela se passe vers le début de l'histoire. Le jeune enquêteur de la police oxfordienne se rend sur une scène de crime, où se trouve déjà le médecin légiste :

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   Celui-ci lui conseille de ne pas trop s'approcher. Il poursuit par une remarque assez caustique, un genre dont il est coutumier, mais qui, cette fois-ci, fait référence à un fromage de brebis, qui donc était déjà très connu outre-Manche dans les années 1960 (période à laquelle se déroulent les événements) :

podcast


   A part cela, les deux épisodes diffusés ce dimanche sont très bons, avec des intrigues fouillées, qui réservent des surprises jusqu'au bout.

   P.S.

   L'an dernier, c'est dans un épisode des Enquêtes de Murdoch qu'il avait été question du "roi des fromages".