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samedi, 15 juin 2019

L'Homme qui venait de la mer

   Quinzaine japonaise, acte III. L'homme dont il est question semble assez jeune (âgé de 25-30 ans). Il émerge un jour sur une plage indonésienne, dans la province d'Aceh, sur l'île de Sumatra. Son identité est inconnue (d'autant qu'au début il ne parle quasiment pas), mais il porte des vêtements qui ressemblent à ceux d'un touriste japonais qui a récemment disparu, mais dont personne ne sait à quoi il ressemble.

   Pour éclairer ce mystère, les habitants de la région comptent sur une Japonaise installée là depuis des années. Elle vit avec son fils, issu d'un mariage mixte. Elle est sur le point d'accueillir sa nièce, en provenance du Japon. Dans le même temps, on suit une jeune Indonésienne musulmane qui, en compagnie d'un ami d'enfance, interroge les habitants de l'île, notamment ceux qui ont connu le terrible tsunami de 2004.

   L'intrigue entremêle donc deux propos. D'un côté, il est question des relations entre Indonésiens et Japonais. Pour les plus jeunes habitants de l'île, ceux-ci sont d'abord des touristes issus d'un pays riche. Pour les plus âgés, ce sont des ressortissants d'un ancien envahisseur, dont la "sphère de coprospérité orientale" n'a pas laissé de très bons souvenirs dans la région.

   L'autre versant de l'intrigue est d'ordre surnaturel. L'arrivée de "l'homme de la mer" suscite d'abord la curiosité, puis le trouble. Des phénomènes inexpliqués se produisent. Le voilà qui se met à parler (même si c'est de manière laconique et souvent sibylline), en japonais et en indonésien. De plus, il semble pouvoir se déplacer très rapidement, voire se trouver à deux endroits en même temps, il peut même marcher sur l'eau et... réalise ce qui ressemble à des miracles ! Dans une province très conservatrice, où s'applique la charia et où le principal personnage féminin indonésien déclare sans la moindre gêne qu'il n'est pas question qu'elle épouse un non-musulman, il y a de quoi perturber !

   Mais qu'on imagine pas un propos sociologisant lourdingue. La plupart des choses sont suggérées. Le réalisateur est d'évidence un formaliste, qui construit ses plans dans un objectif d'abord contemplatif. C'est perceptible dès le début, avec la vision de l'homme qui sort progressivement de l'eau, puis nous est montré vu du ciel, étendu sur la plage, à côté des vagues qui viennent lécher le sable.

   Le film ne dure qu'1h25. Il constitue une belle expérience esthétique... et (à mon avis) un acte militant en faveur du "vivre ensemble".

11:15 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Civisme japonais

   Il a beau être devenu un lieu commun de souligner la dignité du comportement des Japonais en général et des supporteurs japonais en particulier, je ne vois pas pourquoi je me priverais de signaler à nouveau le civisme dont font preuve les habitants du pays du soleil levant.

   Les Français sont actuellement particulièrement bien placés pour faire ce constat, en raison de la coupe du monde féminine de football, organisée dans l'Hexagone. L'équipe nipponne, tenue en échec par l'Argentine lundi dernier, s'est rattrapée hier en battant l'Ecosse. Mais le spectacle était aussi dans les gradins, comme l'a signalé hier soir le compte twitter de la FIFA :

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   Ce supporteur-là semble être un soutien assidu des équipes nationales, puisque l'an dernier, il était déjà présent en Russie, lors de la coupe du monde masculine, durant laquelle il a fait preuve du même civisme :

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   Si l'on remonte dans le temps, quelle que soit la compétition à laquelle les Japonais ont participé (par exemple au Brésil en 2014), le comportement de leurs supporteurs semble avoir été toujours exemplaire... et ce n'est une surprise ni pour les Français en général (s'ils ont un peu de mémoire), ni pour moi en particulier, puisque j'ai pu l'observer en 1998, à l'occasion de la coupe du monde qui s'était déroulée dans notre pays. A l'époque, je connaissais des personnes qui s'étaient (pour diverses raisons) trouvées dans l'un des stades (ou à proximité) à l'occasion des matchs de l'équipe japonaise, dont c'était la première participation. A l'extérieur, les supporteurs faisaient preuve d'une discipline exemplaire. A l'intérieur du stade, ils s'étaient distingués notamment par leur respect des locaux : ils étaient venus avec leur repas et ont remporté tous les déchets dans des sacs en plastique... qu'ils ont aussi remplis en nettoyant les abords de leurs places. A Nantes et à Toulouse, je pense qu'on s'en souvient encore : les gradins étaient plus propres après leur départ qu'à leur arrivée !

vendredi, 14 juin 2019

Ne coupez pas !

   Quinzaine japonaise, acte II. Cette fois-ci, j'ai vu un film avec de vrais acteurs. Cette petite production nipponne, sortie en France en avril dernier, fait beaucoup parler d'elle. Son titre est à double sens : il s'agit bien entendu d'une expression propre au domaine cinématographique (et l'un des personnages la prononce au cours du film)... et c'est une allusion à certaines péripéties, qui font intervenir des morts-vivants... et une hache.

   Nous voilà plongés dans le tournage d'un film d'horreur bon marché. Le site est une ancienne station d'épuration, dont on finit par apprendre que, des années auparavant, elle a été un centre d'expérimentations de l'armée japonaise. Très vite, cela dérape : d'authentiques zombies débarquent et s'attaquent à l'équipe de tournage.

   Je ne peux pas en dire trop, mais sachez qu'à cette première mise en abyme succède une autre, puis encore une autre. La première partie prend la forme d'un unique plan séquence de trente minutes environ... et ce que l'on voit à l'écran est très mauvais. C'est une caricature de tout ce que l'on peut rassembler comme clichés sur un film d'horreur. Cela m'a d'ailleurs inquiété. La suite serait-elle du même tonneau ?

   Heureusement non. La deuxième partie de l'histoire est un retour en arrière, qui nous raconte la genèse du film, de l'écriture du scénario aux répétitions du plan-séquence, en passant par le choix des comédiens, parfois dû au hasard. C'est une vision ironique du monde du cinéma, avec ses coquetteries et ses jalousies.

   Mais le meilleur vient avec la troisième partie. On revoit le navet du début, mais du point de vue des coulisses. On découvre comment le plan-séquence a été tourné et, là, cela devient franchement drôle. Tout ce qui paraissait bizarre, mal fagoté voire incompréhensible au début s'éclaire sous un jour nouveau, en général comique. C'est un joli tour de force, qui incite les spectateurs à la patience et à la modestie : ce qui de prime abord ressemblait à un épouvantable nanard se révèle une oeuvre expérimentale plutôt ingénieuse.

14:18 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 13 juin 2019

Maquia - When the promised flower blooms

   Dans le cadre de la quinzaine japonaise des cinémas CGR (les Saisons Hanabi), j'ai découvert ce film d'animation, dont l'intrigue s'inscrit dans un univers d'heroic fantasy, où l'on perçoit l'influence de l'oeuvre de Tolkien. L'action se déroule dans un Moyen Age fantasmé, urbain et rural, avec des châteaux-forts, des chevaliers, des auberges, des marchands et des paysans.

   On y croise des êtres fabuleux, comme les Renatos, sortes de dragons ailés, et le peuple Iolph, à l'extraordinaire longévité : quand les humains vieillissent de 10 ans, eux gagnent l'équivalent d'un ou deux ans. Maquia est l'une d'entre eux. Comme la plupart des femmes de son peuple, elle vit isolée du reste du monde et consacre ses journées à tisser d'impressionnantes étoffes, qui racontent les destins des êtres.

   Cette quiétude est chamboulée par l'intrusion des soldats du royaume voisin, qui massacrent la population pour ne garder que quelques femmes. La meilleure amie de Maquia est dans ce cas, tandis que l'héroïne réchappe par miracle à la tuerie... et s'entiche d'un bébé dont les parents ont été tués.

   A partir de ce moment, l'intrigue se dédouble. On suit Leilia retenue prisonnière au royaume, mariée de force à l'héritier de la couronne, tandis que meurent peu à peu les derniers Renatos, pour une raison mystérieuse. Dans le même temps, Maquia mène sa petite vie de mère célibataire, d'abord à la campagne, où elle se fait des amis, puis en ville. Au bout de quelques années, elle se force à migrer, pour éviter que les humains qu'elle côtoie ne se demandent comment il se peut qu'elle ne vieillisse pas, alors que son bébé devient un enfant, un adolescent, puis un jeune adulte.

   Le fond de l'histoire est donc riche. La jeune Iolph va comprendre pourquoi on leur interdisait de vivre parmi les humains : ceux-ci peuvent se montrer agressifs avec ce qu'ils ne comprennent pas et tout Iolph est destiné à voir rapidement vieillir et mourir les personnes qu'il/elle aime. C'est aussi une réflexion sur la maternité et l'éducation des enfants. Signalons que l'auteur, Mari Okada, est une femme, scénariste de formation.

   Le graphisme n'en est pas moins très élaboré. Certains plans sont une véritable splendeur, comparables à ce qu'on peut voir dans les meilleures oeuvres d'Hayao Miyazaki.

   J'ai donc beaucoup apprécié ce film, en dépit de ses longueurs et de l'aspect un peu trop mélo de la seconde partie. Celle-ci est aussi parfois trépidante, avec l'assaut du château principal par des rivaux des kidnappeurs du début.

   Je recommande vivement cette oeuvre originale, parfois captivante.

17:43 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 12 juin 2019

X-Men : Dark Phoenix

   Ce film vient mettre un point final à la deuxième vague d'adaptations de la meilleure série BD de Marvel... avant sans doute un nouveau reboot, la Fox ayant été rachetée par Disney, dont les crânes d'oeuf  veulent intégrer les aventures des mutants à l'univers cinématographique Marvel (le MCU, dans la langue de Donald Trump).

   Exit Bryan Singer (sans doute pour des raisons non artistiques...), l'un des plus brillants metteurs en scène de sa génération, qui avait donné vie aux X-Men (en 2000) et qui avait repris en mains la série de films jusqu'à X-Men Apocalypse. C'est l'un de ses scénaristes, Simon Kinberg, qui a été chargé de parachever l'oeuvre relancée en 2011 avec X-Men - Le Commencement.

   Au niveau des effets spéciaux, on a visiblement mis le paquet. C'est assez impressionnant, mais pas toujours bien inséré dans l'intrigue. J'ai eu l'impression qu'on cherchait à m'épater pour masquer les faiblesses du film. La réalisation est quelconque, le scénario poussif et l'interprétation moyenne. Seule la séquence d'attaque du train en marche sort de l'ordinaire.

   Je suis particulièrement déçu par le scénario. On a visiblement voulu éviter les redites avec la première trilogie... mais on a aussi presque totalement négligé le matériau d'origine, une série d'épisodes de la bande dessinée, datant de 1982-1983, publiés en France par les éditions LUG dans la revue Spécial Strange :

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   Dans l'histoire originelle, le phénix noir est responsable d'un génocide interplanétaire et sa vie est l'enjeu d'un combat de héros, l'équipe des X-Men étant opposée aux champions des autres galaxies, qui veulent les vaincre pour venger la mort des habitants victimes de la démesure du Phénix. Ça a une autre gueule que les chicayas terrestres de ce film. On a beau avoir épicé l'affaire avec la mort d'un des membres de l'équipe, l'ensemble témoigne d'une faible inventivité.

   De plus, c'est trop verbeux. On se mange des tunnels de dialogues sans intérêt (et j'ai vu le film en version originale sous-titrée...). De surcroît, le déroulement de l'intrigue ne charrie aucune émotion. C'est bien trop prévisible. Et nombre de scènes semblent factices.

   C'est peut-être parce qu'une partie des interprètes n'est pas au niveau. Je persiste à penser que James McAvoy est un mauvais choix pour incarner le professeur Xavier. Quant au jeu de Tye Sheridan (Cyclope), il a autant de saveur qu'une escalope non cuite. Je lui décerne la palme de l'insignifiance avec Sophie Turner, d'une affligeante platitude dans le rôle-titre. (Rendez-nous Famke Janssen !) Un conseil aux directeurs de casting : arrêtez de penser que, parce qu'un bogosse ou une midinette a figuré dans Game of Thrones, c'est un.e comédien.ne de génie !

   Aux amateurs de comics, je conseille plutôt de se replonger dans la BD, ou d'attendre la Fête du cinéma, afin que cette séance médiocre ne pèse pas trop sur leur budget sorties.

19:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 11 juin 2019

Ma

   C'est le surnom de Sue Ann, une quadragénaire afro-américaine qui vit apparemment seule dans une maison isolée, dans une petite ville d'un coin perdu des Etats-Unis (dans l'Ohio). Son métier (assistante vétérinaire) lui a fait connaître un peu tout le monde. Elle n'hésite pas à rendre service à son prochain, à l'occasion.

   L'histoire commence avec l'emménagement d'une mère (Erica) et de sa fille (Maggie), en provenance de Californie. On apprend bientôt que, pour la mère, c'est un retour aux sources : elle a vécu dans cette petite ville, où sont restés la plupart de ses camarades de lycée. Sa propre fille se met d'ailleurs à fréquenter les enfants de certains d'entre eux.

   Le problème pour ces jeunes est de trouver à quoi occuper leurs loisirs. Il n'y a pas de véritable attraction dans les parages, à part des ruines où certains se réunissent pour picoler. Le but est de se procurer de l'alcool, dont la vente est interdite aux moins de 21 ans.

   C'est là que Ma intervient. Elle accepte de jouer les intermédiaires, puis propose que les soirées alcoolisées se déroulent dans la grande cave de sa maison. Les jeunes ne doivent par contre sous aucun prétexte monter dans les étages.

   Elle a beau être sympa, cette Sue Ann est parfois un peu flippante. Il lui arrive de surgir de nulle part. De plus, elle commence à s'incruster dans la vie d'un de ces groupes d'ados, par l'intermédiaire des smartphones et des réseaux sociaux. Et puis il y a cette coupe de cheveux démodée, qui lui donne parfois un aspect inquiétant, surtout quand elle a des sautes d'humeur.

   La première heure est une lente montée en tension. Petit à petit, des indices ténus éveillent l'inquiétude de Maggie, plus méfiante que ses camarades de beuverie. Pour les spectateurs, on a ajouté des retours en arrière. On comprend que, vingt ans plus tôt, au lycée, il s'est passé quelque chose qui lie certains des habitants de la ville. Les quarante dernières minutes font basculer le film dans quelque chose de plus conventionnel, d'une violence nette et sans bavure.

   C'est très bien réalisé, avec beaucoup d'ambiguïté dans la première partie, de manière plus frontale dans la seconde. On connaît le réalisateur Tate Taylor pour La Couleur des sentiments (film qui a véritablement lancé Octavia Spencer, formidable ici en Ma), Get on up et La Fille du train. Ce n'est pas un chef-d'oeuvre, mais un très bon film de genre, avec de surcroît un arrière-plan sociétal.

ATTENTION !

LA SUITE RÉVÈLE DES ÉLÉMENTS CLÉS DE L'INTRIGUE.

   Dans tout bon film d'épouvante nord-américain s'exerce une sorte de justice immanente. Soit le groupe de personnages qui se fait trucider a commis des "fautes" au début de l'histoire, soit il s'agit d'un passé honteux qui ressurgit.

   Ici, c'est l'ancienne lycéenne afro-américaine complexée qui va se venger des Blancs dominants. C'est donc la revanche d'un membre des "minorités visibles" et d'une jeune femme opprimée, que l'introversion et l'obésité ont contribué à éloigner des "gens normaux". Au sens symbolique, l'intrigue voit la revanche du second rôle sur les (anciennes) vedettes. Avant que sa carrière ne décolle, ces 8-10 dernières années, Octavia Spencer était cantonnée dans des personnages annexes, parfois caricaturaux. Ici, c'est elle qui mène la danse, face à une ancienne gloire comme Juliette Lewis et un mâle dominant comme Luke Evans.

11:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, flms

lundi, 10 juin 2019

La Cité de la peur

   Vingt-cinq ans après sa sortie officielle, le "film de Les Nuls", réalisé par leur comparse Alain Berbérian, est de nouveau sur les écrans français, dans une version restaurée. A Rodez, le cinéma CGR a organisé une séance spéciale, dimanche soir, à 19h45. Le film a eu les honneurs de la salle 1, la plus grande, la seule dotée d'un projecteur 4K, ainsi que l'a précisé dans sa présentation Yann Marie, le directeur de l'établissement. (Au cas -improbable- où certains pontes de CGR liraient ce billet, je me permets de leur suggérer d'équiper d'autres salles ruthénoises de cette technologie.)

   Le public allait-il répondre présent à ce "plan culte" un peu spécial ? Compte tenu de ma dernière expérience de séance particulière (c'était pour le documentaire Lourdes, qui a fait salle comble), je suis arrivé un peu en avance... et j'ai bien fait : je n'ai pas eu à jouer des coudes parmi la centaine de milliers quinzaine de spectateurs présents.

   En guise de hors-d'oeuvre, nous avons eu droit à un petit questionnaire sur le film. Une bonne réponse donnait droit à l'affiche de celui-ci, accompagnée d'un magnifique... sac à vomi (référence au personnage de Simon Jérémi, interprété par Dominique Farrugia) :

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   En réalité, il s'agit plutôt d'un sac à pop-corn, mais qui n'est pas utilisé dans ce cinéma, où les portions sont vendues dans d'énormes gobelets.

   Quoi qu'il en soit, même si le public a semble-t-il apprécié la séance, aucun des spectateurs n'a été a priori victime du même syndrome que celui qui frappe Simon Jérémi... Les sièges et la moquette leur en sont infiniment reconnaissants !

   Dans ce sac se trouvaient un stylo à l'effigie d'un film à grand spectacle (dont je parlerai bientôt) et un drôle de petit paquet, sur lequel je vais laisser planer le mystère :

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   J'ai donc réussi à répondre juste à l'une des quatorze questions posées. Pour être franc, je dois reconnaître que je n'aurais pas fait un sans-faute. J'avais notamment oublié le record olympique battu par Serge Karamazov au cours d'une mémorable poursuite. (Honte à moi !)

   Notons que le directeur du cinéma de Rodez a fait les choses en grand. Il avait recruté une (très) jeune mannequin, prénommée Capucine, qui, durant un bon quart d'heure, a cavalé de haut en bas, de bas en haut, de gauche à droite et de droite à gauche de l'amphithéâtre de la salle 1 pour distribuer les prix des vainqueurs. Nul ne peut douter que, d'ici quelques années, cette jeune athlète s'illustrera dans une compétition sportive et que, peut-être, elle redorera le blason du tennis national, dont les représentants franco-suisses ont une fois de plus sombré à Roland-Garros cette année.

   A ces réjouissances a succédé la projection du film, que plusieurs (jeunes) personnes présentes dans la salle n'avaient encore jamais vu. Je n'ai pas boudé mon plaisir à redécouvrir la Carioca sur grand écran (mieux exécutée qu'à Cannes cette année), ainsi que les répliques cultes d'Odile Deray, Serge Karamazov ou encore du commissaire Bialès. J'ai aussi senti un petit pincement au coeur lorsqu'est arrivé le passage rendant hommage au quatrième larron de la bande, Bruno Carette. Précocement décédé en 1989, celui qui participa dès le début à l'aventure des Nuls incarna entre autres l'incommensurable Misou-Mizou.

   Si l'on prend un peu de recul cinéphilique, on se rend compte que la bande d'humoristes a réalisé un film authentiquement français... nourri principalement de références au cinéma anglo-saxon, des Griffes de la nuit à Terminator, en passant par Vendredi 13, Basic Instinct (mais aussi Le Cuirassé Potemkine et Les 400 Coups).

   P.S.

   Aux amateurs de quizz, je signale qu'il en existe plusieurs sur La Cité de la peur, notamment celui-ci.

22:22 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 09 juin 2019

En hommage à Simone

   Cela fait plus de onze mois que la dépouille de Simone Veil est entrée au Panthéon de Paris, presque un an jour pour jour après son décès, survenu le 30 juin 2017. A cette occasion, je m'étais procuré ses Mémoires, dont j'ai signalé l'intérêt.

   Je ne savais pas qu'il avait été décidé d'imprimer une pièce de deux euros en son honneur. L'une d'entre elles est récemment entrée en ma possession. En voici l'avers (le côté face, si vous préférez) :

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   Outre l'année de gravure, la pièce comporte les années de naissance et de décès, auxquelles il faut ajouter deux autres mentions numériques : 1975 et 78 651. La première est l'année d'entrée en application de la loi légalisant l'IVG en France. La seconde est le matricule qui a été tatoué sur le bras gauche de la jeune Simone Jacob. Il était déjà présent sur son épée d'académicienne.

   On aurait aussi pu faire figurer 1979, année de la première élection du Parlement européen au suffrage universel direct, assemblée dont Simone Veil assura la présidence pendant trois ans.

Rocketman

   Je suis britannique, d'origine modeste (sans être pauvre). Très tôt, on m'a découvert des dons artistiques. J'ai rapidement voulu changer d'identité pour faire carrière et j'ai longtemps été un homosexuel honteux. Je suis... eh, non ! Pas Freddy Mercury ! Pourtant, les ressemblances entre les deux parcours sont frappantes. Il est d'autant plus étonnant que moins de sept mois après la sortie de Bohemian Rhapsody, cet autre demi-biopic nous soit proposé.

   C'est un demi-biopic parce que l'histoire s'arrête au moment où Elton John devient sobre. Les 25-30 dernières années en sont donc exclues. La forme prise par le film est aussi déroutante : c'est une "comédie" musicale, dont le passage le plus entraînant se trouve dans la première partie, lorsqu'il est question de la soirée de folie que passe le jeune adulte. La musique claque, les chorégraphies sont au poil et c'est filmé avec une touche d'inventivité.

   Le problème est que, si l'on excepte la séquence au Troubadour, c'est, pour moi, le seul moment du film où l'aspect comédie musicale tient la route. Il est vrai qu'à la base, je n'aime pas trop le genre. Mais, franchement, dans le reste du film, ça "bande mou". Les chansons d'Elton sont réinterprétées par l'acteur principal (Taron Egerton, très bon dans le rôle) ou d'autres personnages. Déjà, dans la bouche d'Elton, la plupart de ses titres ne me branchaient pas, alors dans la bouche d'autres, moins doués... De surcroît, les chansons ne sont pas insérées dans l'ordre chronologique de leur composition, ce qui enlève une partie de sa force au caractère biographique du film.

   J'ai quand même bien aimé les scènes de création artistique, au piano. Le jeune Reginald semble doté de l'oreille absolue, si bien qu'il aurait pu envisager une carrière classique. Il est fort bien interprété par deux garçons (à deux âges différents), le premier se révélant (si l'on se fie aux photographies montrées à la fin du film) le quasi-sosie du jeune artiste.

   Il n'y a non plus rien à reprocher à l'interprétation. De Taron Egerton à Richard Madden (doté d'un curieux accent dans la version originale... parce que son personnage est d'origine écossaise !), en passant par Bryce Dallas Howard (méconnaissable dans le rôle de la mère indigne), on peut dire que le boulot est bien fait. Mais l'ensemble manque souvent de rythme et, paradoxalement, de folie. Le film souffre de la comparaison avec Bohemian Rhapsody, réalisé il est vrai par Bryan Singer.

samedi, 08 juin 2019

Amazing Grace

   Ce documentaire réalisé par le jeune Sydney Pollack n'avait jamais pu sortir en salles, faute de montage adéquat. Tourné en 1972 dans une église baptiste de Los Angeles, il montre les préparatifs, les à-côtés et le déroulement de deux mini-concerts de gospel donnés par Aretha Franklin.

   Jusque dans les années 1980 je ne savais pas grand chose de celle-ci. J'avais quelques "tubes" en tête, comme Respect et Think. J'ai découvert la personne à l'occasion de duos, l'un avec Eurythmics (Sisters are doin' it for themselves), l'autre avec George Michael (I knew you were waiting). 

   Le titre du film est à double sens. Cette "grâce exceptionnelle" est, de prime abord, le talent d'Aretha Franklin, au timbre de voix unique. Mais c'est aussi un célèbre cantique (chez les Anglo-Saxons). Comme les concerts sont filmés dans une église, on doit tenir compte de la signification religieuse : cette grâce est divine, c'est un don qui distingue la chanteuse de la masse... et qu'elle utilise ici pour faire la promotion de l'église tenue par un pasteur qu'elle connaît depuis l'enfance. Dans le même temps, elle enregistre un disque de gospel, qui s'est d'ailleurs très bien vendu... Ou comment concilier le spirituel et le temporel.

   Le réalisateur met en valeur l'interprète, dont la qualité du chant est stupéfiante. (Rappelons que le son est en prise directe, sur bandes magnétiques !) On voit que la jeune femme se donne à fond. Rapidement, des gouttes de transpiration apparaissent sur son visage (alors qu'elle ne fait que chanter et -parfois- jouer du piano, sans danser). Plusieurs gros plans bénéficient d'un effet quasi miraculeux : le visage d'Aretha est baigné de gouttes de sueur et du reflet des lumières sur les petits éclats de verre dont est piquetée sa robe blanche (le premier soir).

   Mais le spectacle est aussi dans la salle. Lors du premier concert, elle est à moitié remplie, presque exclusivement garnie de spectateurs noirs (avec des coupes "afro" à la pelle). Ce sont des fidèles de l'église, parmi lesquels ont dû se glisser quelques incroyants amateurs de musique soul. Ils savent qu'ils sont filmés et enregistrés. Du coup, beaucoup sont venus sur leur trente-et-un et certains n'ont pas un comportement très naturel devant la caméra. Mais il ne faut pas croire que l'agitation que le concert provoque soit factice. C'est ainsi que le culte se passait et nombre de fidèles vivent à travers la musique religieuse une véritable expérience spirituelle.

   Le second soir, la salle est pleine à craquer... et plus multi-ethnique. Dans l'assistance, on remarque la présence de Mick Jagger (14 ans avant la reprise de Jumpin' Jack Flash), d'abord tout au fond, puis beaucoup plus près de la scène. Le discours prononcé par le père d'Aretha (un pasteur, comme son hôte) est émouvant.

   Au-delà de la musique, au-delà de la voix, au-delà de la religion, ce documentaire présente un intérêt historique. Il nous replonge au début des années 1970, peu de temps après la fin officielle de la ségrégation (à laquelle il est plusieurs fois fait allusion), quelques années aussi après les violentes émeutes de Watts, quartier dans lequel est situé le bâtiment qui sert de salle de concert. On réalise que les églises protestantes ont constitué un moyen d'ascension sociale pour certaines familles afro-américaines et le cadre idéal pour l'émergence de talents vocaux (Aretha annonçant nombre de "divas" contemporaines, comme Whitney Houston). Plus prosaïquement, on se dit aussi que la mode vestimentaire a (heureusement) beaucoup changé...

   L'ensemble, hétéroclite, forme, pour moi, un beau documentaire musical, de surcroît pas très long (1h25).

vendredi, 07 juin 2019

Aladdin

   Disney continue sur sa lancée de mise à jour de sa collection de films d'animation, avec cette fois des acteurs en chair, en os... et en pixels. Beaucoup de pixels. Le précédent opus du même genre n'est autre que le Dumbo  de Tim Burton.

   La trame traditionnelle est respectée, dans les grandes lignes. C'est une histoire d'amour contrarié entre une princesse et un voleur de basse extraction. C'est aussi une lutte pour le pouvoir, avec un vizir qui aspire à devenir sultan à la place du sultan. C'est enfin un conte moral, sur l'amitié, l'honnêteté et l'ambition.

   La distribution est de qualité inégale. Naomi Scott fait une princesse Jasmine très convaincante... sauf quand elle beugle l'une de ces insupportables chansonnettes dont on a parsemé le film. C'est un personnage "moderne" : au fur et à mesure qu'elle prend de l'assurance (et gagne en indépendance), cette musulmane "oublie" de porter le voile... et elle songe à mettre fin à la règle archaïque qui veut que seuls les fils accèdent au trône. (Good point for you, Guy Ritchie !)

   Face à elle, Mena Massoud fait pâle figure en Aladdin. Quand on pense que les noms de Riz Ahmed (remarqué dans Les Frères Sisters) et de Dev Patel (rappelez-vous : Slumdog Millionaire) ont circulé pour l'attribution du rôle, on est sidéré que ce gars l'ait décroché. Il m'a donné l'impression d'avoir été recruté sur la base d'une publicité pour dentifrice...

   Fort heureusement, il y a un méchant très convaincant (Marwan Kenzari)... et un génie qui dépote : Will Smith, en forme, de surcroît très bien doublé par Anthony Kavanagh dans la version française, qu'il contribue à sauver du naufrage. 

   La plus belle séquence du film est d'ailleurs sans doute celle de la caverne, qui voit le héros découvrir la fameuse lampe magique... et son génie, qui nous gratifie d'une chorégraphie entraînante, nourrie d'effets spéciaux, bien dans l'esprit surréaliste des classiques de chez Disney. Hélas, par la suite, cela se gâte. L'une des séquences les plus ridicules est celle du banquet, qui tourne au battle dance, Aladdin évoluant sur la piste tel un pantin entre les mains du génie.

   C'en est au point que j'attendais avec impatience l'apparition à l'écran des personnages secondaires : le singe, le tigre... et le tapis volant, une excellente trouvaille, animée avec talent. C'est l'occasion de signaler que les effets spéciaux sont de qualité. Ils sont hélas surchargés et donnent à l'ensemble l'aspect d'une grosse meringue, que l'assaisonnement de chansons mièvres contribue à rendre limite écoeurante.

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jeudi, 06 juin 2019

Venise n'est pas en Italie

   C'est le premier film d'Ivan Calbérac que je vois. C'est le duo Poelvoorde-Bonneton qui m'a attiré dans la salle, ainsi qu'une histoire qui s'annonçait un brin déjantée.

   C'est d'ailleurs le ton de la comédie qui l'emporte dans la première moitié du film. On commence par découvrir les parents, Annie et Bernard. La mère livre des paniers-repas bio dans sa petite fourgonnette. Bernard est VRP en systèmes de serrurerie. Chacun est très investi dans son domaine : Bernard a un bagout d'enfer (le rôle semble avoir été écrit pour Poelvoorde) et Annie est une militante écolo qui fait ingurgiter à son fils de la nourriture macrobiotique dès le petit-déjeuner. C'est aussi une adversaire résolue du téléphone portable... ce qui la rend éminemment sympathique à mes yeux.

   L'autre versant de l'intrigue porte sur les émois adolescents d'Emile, le second fils du couple, dont les parents s'évertuent à teindre les cheveux en blond. C'est un garçon introverti, plutôt bon élève. Il ne semble pas avoir beaucoup d'amis, le principal étant un rockeur glandeur (personnage très caricatural, soit dit en passant). Un jour, au lycée, il croise la route de Pauline... et cela change sa vie.

   Les vacances venues, la famille Chamodot s'embarque pour l'Italie du Nord, dans un vieux break Volvo qui peine à tracter leur caravane. Le but officiel du voyage est de permettre à Emile de répondre à l'invitation de Pauline. Le but officieux est de permettre à Bernard de regagner les faveurs d'Annie, qui, des années plus tard, se rappelle encore de ce voyage de noces qui n'a jamais eu lieu.

   La deuxième partie de l'histoire voit donc le quatuor embarqué pour un périple routier riche en péripéties. Dès le départ, rien ne se passe comme prévu, puisque le fils aîné débarque à l'improviste et s'incruste dans le convoi. Il est remarquablement interprété par Eugène Marcuse, qui crève l'écran dans le rôle de ce jeune adulte à fleur de peau, à la fois charmeur et brut de décoffrage.

   D'autres invités vont marquer le voyage, comme le covoitureur franco-indien, le motard imprudent et Natacha, une Française de passage en Italie, sorte de routarde altermondialiste qui va s'intégrer à notre famille dysfonctionnelle.

   A partir du moment où le groupe s'installe dans le camping vénitien, l'humour cède la place plutôt à l'émotion. Emile se retrouve au centre de l'action, qui va culminer dans un repas suivi d'une soirée dansante.

   Autant ne pas se mentir : c'est une comédie plutôt anodine. J'ai ri (mais pas aux éclats) surtout dans la première partie. Un spectateur attentif décèlera quelques fautes de raccord, comme dans ces plans de l'intérieur de la voiture (lors du départ) : à deux secondes d'intervalle, on voit Poelvoorde, quasiment dans la même position, sans puis avec la ceinture de sécurité. Plus loin, c'est quand les deux frères se retrouvent sur une moto qu'on se demande d'où sort le second casque, qui n'est jamais apparu à l'écran auparavant. Si l'on est moins chicaneur, on peut se contenter d'admirer les paysages italiens, superbes.

   On sort de là de bonne humeur.

22:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 31 mai 2019

Mystery Road

   Cette mini-série australienne nous est proposée par Arte. Les trois premiers épisodes ont été diffusés jeudi 30 mai. Les trois derniers suivront jeudi 6 juin. L'intrigue met en scène un enquêteur aborigène, Jay Swan (Aaron Pedersen, formidable), envoyé de la ville dans l'outback du Nord pour y résoudre une affaire de meurtre. Ce personnage est déjà apparu dans deux longs-métrages, Goldstone et Mystery Road, à ma connaissance jamais sortis en France.

   Le premier épisode débute par de superbes plans d'un 4x4 abandonné en plein désert, moteur allumé. Bientôt, les phares s'éteignent et la nuit l'enveloppe. Il n'est découvert que plusieurs jours plus tard. Ses deux passagers (deux jeunes hommes, un Blanc et un Aborigène) ont disparu. On pense d'abord à un enlèvement, mais on redoute le pire.

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   Un duo d'enquêteurs se forme pour dénouer les fils de l'intrigue. A ma gauche se trouve Jay, le citadin aborigène, qui vient de démanteler un gang de motards. Il est du genre mutique et franc-tireur, un peu asocial sur les bords. Les Blancs se méfient de lui et les Aborigènes ont tendance à le voir comme un traître. Au cours des épisodes, on découvre que sa vie familiale est plutôt chaotique.

   A ma droite se trouve Emma James, cheffe du poste de police local, femme, blanche, issue d'une riche famille locale... et progressiste. Elle n'en est pas moins très attentive à faire respecter son autorité. Elle a appris à concilier respect de la loi et coutumes aborigènes. Elle est incarnée par Judy Davis, qui s'est illustrée notamment chez Woody Allen, dans les années 1990-2000. (On l'a aussi vue dans L'Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, de Jean-Pierre Jeunet.)

   Autour d'eux gravitent de multiples personnages secondaires que les scénaristes ont pris soin de développer. Au commissariat, Emma côtoie deux adjoints, l'un d'origine indienne, l'autre de tendance redneck, un peu bourrin, mais fidèle à la patronne.

   Mais les principaux seconds rôles sont tenus par des Aborigènes, de la serveuse de bar à l'ancien condamné, en passant par un jeune sportif, des grands-mères et un chef de communauté ambitieux. Même si l'histoire est centrée sur l'enquête des deux policiers, les six épisodes permettent de découvrir plus en détail la personnalité des autres protagonistes.

   Les concernant, une conclusion s'impose : presque tout le monde ment, ce qui ne va pas faciliter la tâche des enquêteurs. L'intrigue est assez complexe, mêlant un ancien viol au trafic de drogue, à la gestion de l'eau et à la possession de la terre.

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   Le rythme est plutôt lent, mais cela cadre parfaitement avec cette ambiance de western de l'hémisphère Sud. La musique est chouette et l'image parfois magnifique, une excellente surprise pour une série télévisée, qui nous propose de superbes vues paysagères et d'audacieux plans aériens, de jour comme de nuit.

   C'est à voir absolument.

jeudi, 30 mai 2019

Lourdes

   Ce documentaire est sorti le 8 mai dernier, de manière assez confidentielle, mais il poursuit sa route, un peu partout en France, à coups de séances spéciales organisées avec le concours d'associations catholiques. Comme en plus il est recommandé par les autorités du sanctuaire de Lourdes, on se doute bien que le ton est très éloigné de celui du Miraculé de Jean-Pierre Mocky.

   Dès le début, on sent que les auteurs n'ont pas voulu se contenter de réaliser un documentaire ordinaire. On nous propose une succession de plans de mains caressant la paroi rocheuse du sanctuaire. Ces mains sont aussi bien masculines que féminines, jeunes qu'âgées, blanches que colorées... C'est superbe. La suite fait preuve de moins d'audace, mais cela reste néanmoins très correctement filmé, avec, entre autres, de superbes plans aériens (diurnes comme nocturnes) de la foule de pèlerins.

   Le reste du film (l'essentiel, en fait) est consacré aux malades qui viennent à Lourdes, de la préparation du voyage à son accomplissement final, jusqu'à la veille du retour. C'est ainsi que l'écran se trouve occupé par des personnes qui n'ont pas souvent les honneurs du cinéma. Tel homme vient pour son fils, dont la croissance s'est interrompue. Tel autre, gravement handicapé depuis qu'il a été victime d'un accident de la route, est accompagné par sa mère. Tel autre, souffrant d'une maladie orpheline incurable, place ses derniers espoirs en la Vierge. Certains, handicapés, sont presque des habitués. Depuis des années, ils espèrent (ou on leur fait espérer) un miracle. On rencontre aussi d'autres types de visiteurs : une adolescente obèse, des "gens du voyage", des prostitué.e.s... et des militaires.

   Je rassure les incroyants de base. Si on laisse de côté une photographie floue, on ne voit aucun événement surnaturel dans ce documentaire, qui traite plutôt de la foi, de la souffrance et de l'espérance. C'est aussi un hommage aux accompagnants, discrets et dévoués, dont on nous suggère (plus qu'on nous montre) les difficultés de la tâche. C'est révélateur de la méthode des auteurs : ils ont de l'empathie pour ceux qu'ils filment, mais, de temps à autre, ils laissent passer quelques éléments qui montrent qu'ils sont capables de recul critique (même si cela reste limité). Il y a par exemple l'entretien avec le handicapé qui avoue que la foi ne l'aide pas vraiment dans sa situation, qui ne s'est pas améliorée malgré les pèlerinages. 

   Pourquoi revenir alors ? Il y a bien cette croyance irrationnelle (mais pas totalement injustifiée au vu de l'existence de guérisons inexpliquées) en un possible miracle. Il y a aussi plus prosaïquement le plaisir, quand on est sévèrement handicapé, d'effectuer un voyage bien encadré. Cela doit changer du quotidien. J'ai en mémoire ces plans de la foule agglutinée au moment d'une messe en plein air. Les croyants fervents prient, beaucoup d'autres assistent à la cérémonie de manière passive, peut-être seulement contents d'être là.

   Le film se révèle donc plus riche qu'il n'en a l'air. Il contient en outre de beaux moments de comédie, autour de situations de la vie quotidienne qui prennent un tour cocasse.

   P.S.

   Pour promouvoir le film, il est affirmé que c'est "le premier documentaire sur Lourdes au cinéma". Nombre d'Aveyronnais savent que c'est faux, puisqu'en 1955 est sorti Lourdes et ses miracles, de Georges Rouquier, auteur notamment de Farrebique et Biquefarre.

samedi, 25 mai 2019

Sacré Quentin !

   Le 21 mai, Quentin Tarantino et l'équipe de tournage ont présenté Once upon a time... in Hollywood au Festival de Cannes. Cette présentation a fait l'objet d'un sujet diffusé dans l'émission "Quotidien", de Yann Barthes. Lors de la conférence de presse, le jeune reporter Azzeddine Ahmed-Chaouche a pu poser sa question à la brochette de vedettes réunies pour l'occasion :

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   Il leur a été demandé s'ils préféraient l'époque du film (1969) où l'actuelle. A tout seigneur tout honneur (sauf celui d'être placé au centre), c'est le producteur David Heyman qui a commencé à répondre (en anglais) à la question posée en français, Brad Pitt (dont les enfants parlent français) ayant eu la délicatesse de traduire pour ses camarades avant même qu'ils n'aient installé leur oreillette. (Ils croyaient sans doute qu'on leur poserait toutes les questions dans la langue de Donald Trump. Impérialisme culturel quand tu nous tiens...)

   C'est la réponse du réalisateur qui m'a marqué. Quand on lui demande à quelle époque il voudrait vivre, il déclare : "I prefer anytime before cellphones." (Je préfère n'importe quelle époque précédant celle des téléphones portables.) Quentin, je t'adore !

   Le plus piquant dans l'affaire est que la déclaration du réalisateur a été saluée par une ovation et des applaudissements. Mais regardez ce qu'on a pu voir juste après :

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   Une partie des crétins présents dans l'assemblée n'a visiblement pas compris l'incohérence qu'il y avait à saluer l'homme qui dénonce le poids pris par les smartphones dans notre vie quotidienne et le fait de mitrailler l'équipe du film avec ce genre d'équipement...

   P.S.

   Je ne sais pas si l'oeuvre de Tarantino va être au palmarès. En tout cas, un membre de l'équipe a déjà été récompensé : la chienne Brandy, qui a reçu la Palme dog, succédant aux canidés de Dogman... ainsi (rappelez-vous) qu'à Uggy de The Artist.

Terres d'Aubrac

   Le septième numéro du magazine édité par le Bulletin d'Espalion vient de paraître, juste avant le début de la transhumance de ce week-end (l'un des événements de l'année sur l'Aubrac).

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   Comme ses prédécesseurs, ce numéro bénéficie d'une superbe mise en page, sur papier glacé, avec de nombreuses photographies de qualité. Mais, au-delà des vues (superbes) de l'Aubrac, le magazine mérite aussi le détour pour certains articles.

   Le premier d'entre eux traite du méthaniseur d'Argences-en-Aubrac, un projet remontant à 2011, entré en fonctionnement l'an dernier. Dans la foulée, le magazine évoque l'an II du parc naturel régional Aubrac, dont les actions se développent de plus en plus.

   Une grande partie du numéro est consacré à l'alimentation, sous différents angles. Claude Petit revient sur l'histoire de l'aligot (plat emblématique de la région), en ruinant quelques légendes. En complément, un autre article évoque la production de pommes de terre (base, avec la tome de Laguiole, du fameux plat). C'est sur la partie lozérienne du plateau qu'une production locale a été lancée, limitée pour l'instant à quelques tonnes. Une fois récoltées, elles partent dans les restaurants locaux.

   L'artisanat n'est pas oublié, avec des pages consacrées à un coutelier, un bottier (originaire des Pyrénées) et une bijoutière. Le portrait le plus développé est celui d'un vétérinaire de Nasbinals, Alpha Wann, originaire de... Guinée ! Il est complété par celui d'un médecin de campagne et celui d'une infirmière, fille d'éleveurs.

   Au niveau anecdotique, sachez que le célèbre taureau de Laguiole devrait avoir bientôt une compagne... ou plutôt un pendant, à Nasbinals, où il est prévu d'installer une statue de vache Aubrac (à taille réelle), en bronze.

   Ce n'est qu'un florilège. D'autres articles attendent les curieux, dans un numéro (commandable en ligne) qui coûte 8 euros.

   P.S.

   En bonus, au dos de la quatrième de couverture, est fixée une carte dépliable de l'Aubrac.

vendredi, 24 mai 2019

"Le Villefranchois" n°2050

   Le dernier numéro de l'hebdomadaire ouest-aveyronnais est paru jeudi 23 mai et il contient plusieurs articles d'un grand intérêt.

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   L'un des articles principaux porte sur la présence du loup en Aveyron. Plus personne ne peut contester que plusieurs meutes sévissent dans notre département, dont elles menacent, à terme, une partie de l'agriculture extensive de qualité, comme l'a démontré un rapport de l'INRA. Sur le site de l'ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage), on peut même suivre l'évolution de la présence du prédateur. Voici ce qu'il en était en 2005-2006 :

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   A l'époque, seule une commune (du moins d'après ce que l'on a pu observer) de l'extrême sud-est du département a eu à subir la présence occasionnelle du prédateur : Saint-André-de-Vézines. Voyons ce qu'il en était sept ans plus tard (en 2012-2013) :

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   Cette fois-ci, c'est la commune de Millau (à l'époque la plus vaste du département) qui est la seule où la présence du loup a été (occasionnellement là aussi) observée. Et maintenant comparons avec la situation en 2016-2017 :

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   C'est une catastrophe. Non seulement le nombre de communes où la présence du prédateur a été observée au moins une fois a fortement augmenté, mais, dans au moins deux parties du département, cette présence est devenue permanente : sur l'Aubrac (pas que dans l'Aveyron d'ailleurs) et le Larzac. L'animal a même été observé sur le Lévézou (à Pont-de-Salars et Prades-Salars)... ainsi que dans l'ouest du département (dans une commune qui doit être Lugan).

   L'article du Villefranchois rappelle l'importance de la présence passée du carnivore, pour la mort duquel des primes étaient versées (par exemple sous la Révolution, en 1795 et 1797, puis sous la IIIe République avec la loi de 1882). Dans la première moitié du XIXe siècle, il est fort probable que plusieurs milliers de loups aient été abattus rien que dans l'Aveyron.

   Pourquoi cela ? Eh bien, à cause de leurs attaques, tout simplement. Sous la Révolution, environ 10 % du cheptel ovin était victime des loups, qui n'hésitaient pas non plus à s'en prendre aux vaches Aubrac... ainsi qu'aux humains, notamment quand ils étaient enragés :

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   Cette carte, publiée sur le site de l'historien (spécialiste du loup) Jean-Marc Moriceau met hélas en valeur l'Aveyron, qui fut, entre la fin du XVIe et celle du XIXe siècle, l'un des départements les plus touchés par les attaques de loups enragés. Fort heureusement, au début du XXe siècle, l'animal avait complètement disparu de notre contrée. Le sujet a d'ailleurs inspiré le caricaturiste du Villefranchois :

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   La lecture de cet hebdomadaire est souvent d'un grand intérêt. Chaque semaine, les journalistes ne se contentent pas de publier les nouvelles locales. Ces dernières années, on a eu droit régulièrement à des pages spéciales consacrées à la Première Guerre mondiale. Cette semaine (dans le cadre d'un jeu concours organisé par une grande surface), on peut lire une page dédiée aux ponts de la région. Dans le second cahier (celui réservé aux infos des communes), on découvre un article sur la présence néandertalienne dans le Bas-Rouergue et, toujours, en bas à droite de l'avant-dernière page, un extrait du Narrateur (l'ancêtre du Villefranchois), publié cent ans plus tôt.

   En tournant la page, on tombe sur un papier consacré à l'abbaye de Loc-Dieu, où, en 1940, une partie des collections du Louvre trouva refuge (en particulier La Joconde, de Léonard de Vinci).

   Bref, le journal essaie de concilier proximité et information culturelle, ce qui lui permet d'être le premier hebdomadaire départemental (La Volonté paysanne exclue), le 65e de France dans sa catégorie, avec environ 6 200 exemplaires vendus chaque semaine. Il devance Le Journal de Millau (77e avec environ 5 500 exemplaires), Le Progrès Saint-Affricain (non classé par l'association qui gère le site auquel mène le lien précédent, mais qui, selon le syndicat de la presse hebdomadaire régionale, a une diffusion d'environ 5 200 exemplaires), le Bulletin d'Espalion (92e avec environ 4 900 exemplaires)... et L'Hebdo nouvelle mouture qui, selon le SPHR, a une diffusion d'environ 1 600 exemplaires.

   On note que ces journaux (à l'exception peut-être de L'Hebdo) connaissent tous une érosion des ventes, passées en quatre ans (pour Le Villefranchois) de presque 7 700 à 6 200 exemplaires, soit une baisse de près de 20 %. (En 2011, il se vendait même à 8 500 exemplaires.) Dans le même temps, Le Journal de Millau et le Bulletin d'Espalion n'ont perdu que 9 à 10 % de leur lectorat.

jeudi, 23 mai 2019

John Wick Parabellum

   John Wick (Keanu Reeves, en forme olympique malgré ses 54 balais... enfoiré !) aspirait à une retraite paisible, baignant dans le souvenir de sa femme disparue. Le voilà embarqué dans une véritable guerre contre la Grande Table, la redoutable organisation criminelle qui l'a autrefois employé.

   Autant le dire tout de suite : si l'on ôte de ce film les scènes d'action (principalement des bagarres), il doit rester un gros quart d'heure sur les 2h10 survitaminées. Cela commence presque calmement, artisanalement, dans une immense bibliothèque. Opposé à un géant vicelard, le héros nous prouve que certains livres, en plus d'être assommants, peuvent se révéler mortels !

   Notre ami a à peine le temps de se faire recoudre qu'il doit affronter un redoutable gang chinois, dans un musée des armes. C'est à la fois spectaculaire... et tordant, l'humour venant souvent couronner les scènes sanguinolentes. Dans la foulée, John enchaîne dans une écurie puis, à cheval (Keanu très classe), contre des motards qui vont évidemment en prendre plein la figure.

   Vous avez compris : le scénario ne s'embarrasse pas de subtilités... et c'est très bien comme cela. Tout tourne autour du héros, les invités prestigieux (Anjelica Huston, Halle Berry, Laurence Fishburne, Lance Reddick et Ian McShane) n'étant là que pour jouer les faire-valoir... ce qu'ils font bien, du reste.

   Cerise sur le gâteau : c'est très correctement réalisé. Au bout du troisième film (le premier étant sorti en 2014), Chad Stahelski connaît son affaire. J'apprécie toujours autant les vues urbaines nocturnes. Dans cet épisode, je signale aussi deux séquences faisant intervenir des vitres plus ou moins apparentes, dans l'un des salons privés de l'hôtel Continental de New York. Le long affrontement dont il est le théâtre, à la fin, est chorégraphié avec un incontestable brio.

   Voilà. Cela ne va pas révolutionner le cinéma. C'est de surcroît parfois invraisemblable, mais c'est du bon spectacle, pour qui aime voir un héros quasi invulnérable dézinguer quantité de criminels. Dans une grande salle, on prend son pied.

22:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 22 mai 2019

Le jeune Ahmed

   Deux ans et demi après La Fille inconnue, les frères Dardenne sont de retour avec un sujet brûlant, celui de l'extrémisme musulman en général et de la radicalisation de jeunes éduqués dans un pays occidental en particulier. On peut présumer que les attentats qui ont frappé la Belgique ou mis en cause certains de ses ressortissants ont poussé les réalisateurs à se pencher sur la question.

   Ce film s'inscrit dans une veine qui commence à être fournie, avec les Britanniques de We are four lions, les Marocains des Chevaux de Dieu, les Tunisiens de Mon cher enfant et surtout les Français.es de La Désintégration, Made in France, Les Cowboys et Le Ciel attendra (liste non exhaustive).

   Ici, on sent que les Dardenne veulent sortir des clichés. L'adolescent en voie de radicalisation est un garçon issu d'un couple mixte. Dans la famille proche, Ahmed est le seul à s'engager dans cette voie (où il essaie d'entraîner son frère). Au départ, c'est un garçon timidou, sérieux à l'école sans être brillant, accro à sa console de jeux. Mais il est en quête d'une figure paternelle et se pose peut-être des questions sur son identité. Le voilà pris dans les filets d'un imam rusé, qui n'est pas sans rappeler le recruteur de La Désintégration. Signalons que le "héros" est formidablement interprété par Idir Ben Addi. Les autres comédiens sont au diapason.

   L'histoire est prenante parce que c'est une sorte de thriller. Pourtant, on n'y voit ni explosion, ni poursuite en voiture, ni grosse bagarre. Juste des garçons tombés sous la coupe d'un extrémiste manipulateur, qui profite des difficultés familiales pour entrer dans la tête d'ados mal dans leur peau. C'est filmé près des corps, caméra à l'épaule (façon Rosetta) ou en plans serrés. On est plongé dans la dérive du jeune homme, sans forcément le comprendre.

   A la suite d'une première partie animée, dont je ne raconterai pas le déroulement, Ahmed se retrouve en centre éducatif fermé. De temps à autre, il est envoyé travailler dans une ferme. Comme le garçon est mutique, on se demande ce qu'il pense vraiment. Est-il en voie de recouvrer ses esprits ? Ou bien cet adolescent en apparence inoffensif n'est-il pas en train de se jouer de tout le monde ? Les scènes tournées dans l'exploitation agricole font partie des meilleurs moments du film, notamment quand la jeune Victoria Bluck (qui incarne la fille du paysan) est à l'écran.

   Dans la dernière partie, l'intrigue bascule à nouveau, dans un sens que je me garderai bien de révéler. Jusqu'au bout, les auteurs maintiennent l'incertitude quant à la conclusion de leur histoire, aussi surprenante que (malgré tout) logique.

   Cannes vient de nous livrer sa première pépite.

dimanche, 19 mai 2019

Ei Reino

   J'ai enfin pu voir ce polar signé Rodrigo Sorogoyen, auteur il y a deux ans de l'excellent Que Dios nos perdone, dont on retrouve d'ailleurs ici une partie de la distribution. Le "royaume" dont il est question est bien sûr celui d'Espagne. Au sens figuré, c'est le petit monde politique dans lequel gravitent les personnages principaux, en particulier Manuel, sorte de plaque tournante des magouilles auxquelles se livre le parti au pouvoir. Dans le rôle, Antonio de la Torre (aussi à l'affiche de Companeros) est formidable... mais il n'est pas le seul. Quasiment tous les acteurs sont excellents (même si j'ai quelques réserves sur celle qui incarne la journaliste). Pour moi, l'une des plus belles prestations est fournie par Luis Zahera, dans le rôle d'un entrepreneur véreux, flambeur et au verbe haut. Sa diatribe sur le balcon de l'immeuble où se trouvent les bureaux de son entreprise mérite à elle seule le détour.

   En dépit de toutes ces qualités, le début ne m'a pas emballé. Je l'ai trouvé trop allusif. On nous plonge dans la vie au quotidien des permanents du parti au pouvoir, qui pourrait être aussi bien le PPE de Mariano Rajoy (l'un des principaux personnages féminins étant à mon avis calqué sur l'une des élues PPE) que le PSOE de Felipe Gonzalez, le jeune "M. Propre" ressemblant à José Luis Rodriguez Zapatero. (De surcroît, l'action est censée se dérouler en 2008.)

   Le réalisateur a choisi de dérouler son intrigue plutôt du point de vue du corrompu Manuel. Il le suit donc souvent caméra à l'épaule. A partie du moment où il est mis sur la sellette par les révélations médiatiques, d'autres angles de prise de vue, plus inattendus, obliques parfois, apparaissent. Cela suscite le trouble, voire l'inquiétude. Manuel ne serait-il pas victime d'un complot ? Ne tente-t-on pas de lui faire porter le chapeau ?

   Le polar va quasiment se muer en thriller... parce que Manuel ne veut pas se laisser faire. Comme le réalisateur est malin (et qu'il ne veut pas que l'on s'identifie trop au personnage  principal), il distille petit à petit les révélations dérangeantes. On comprend que Manuel n'était pas un mari modèle et qu'il est bien plus mouillé dans les scandales que ce qu'il veut reconnaître. Mais, en voulant sauver sa peau, il devient une menace pour ses collègues. Le scénario est suffisamment élaboré pour maintenir le suspens jusqu'au bout, l'action culminant dans une séquence autoroutière nocturne particulièrement réussie.

   D'un point de vue politique, l'histoire trouve sa conclusion dans une scène de télévision à double sens, puisque, dans un premier temps, les spectateurs sont tentés de penser que les deux interlocuteurs sont de connivence. La suite va prouver que non. C'est bien foutu, même si je regrette la tendance au "tous pourris".

   P.S.

   On aimerait que le cinéma français abandonne un peu les autofictions nombrilistes et les comédies bas-de-gamme pour embrasser ce genre de sujets. L'histoire de la Ve République est suffisamment riche en scandales politico-financiers pour que des scénaristes intelligents puissent en tirer de jolies histoires...

vendredi, 17 mai 2019

Les Témoins de Lendsdorf

   J'ai récemment enfin pu voir ce film israélien, construit autour d'une histoire vraie, celle d'un massacre de Hongrois juifs à la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'action se déroule de nos jours. Alors que, dans le village autrichien où a eu lieu le massacre (et où se trouve encore la fosse commune, jamais découverte), un projet prévoit l'aménagement d'une zone commerciale, un juif orthodoxe se jure de retrouver les ossements des victimes. Dans le même temps, en enquêtant sur le passé, il tombe sur un document concernant sa mère. Il n'est pas au bout de ses surprises.

   L'histoire est dure de prime abord. Fort heureusement, le réalisateur a ménagé quelques moments de comédie. Je pense à la première scène entre la mère juive et son fils (chez qui elle est installée). De manière générale, l'attitude énigmatique du héros (fort bien interprété par Ori Pfeffer) est parfois source d'amusement. Ce juif orthodoxe (qui aime circuler en vélo, un superbe casque vissé au-dessus de ses papillotes...) se pose des questions sur son identité, en même temps qu'il enquête sur le passé autrichien.

   C'est la plus grande réussite du film : avoir créé une ambiance de polar autour de la Shoah, sans que rien ne soit excessif ou déplacé. Le héros va-t-il retrouver la fosse commune à temps ? Le massacre a-t-il bien eu lieu dans cette commune ? N'y en-a-t-il pas plutôt eu deux ? Et, surtout, que sont devenus les survivants de l'époque (juifs et non juifs) ? Pourquoi les habitants les plus âgés de la commune, qui ont connu l'époque du massacre, prétendent-ils ne se souvenir de rien ? Qu'est-il arrivé aux deux témoins, convoqués au tribunal des années auparavant, et qu'on a retrouvés morts ?

   C'est prenant, passionnant, rempli de "pâte humaine". C'est l'un des films à voir en ce moment.

   P.S.

   Le scénario ne tient pas compte d'une nouvelle hypothèse concernant le massacre : une soirée entre nazis et collabos hongrois, qui aurait dégénéré.

   P.S. II

   J'ai vu ce film dans le cadre du printemps du cinéma israélien, un festival promu par l'association Hebraïca. Les projections ont lieu principalement dans l'agglomération toulousaine. Cela s'étend jusqu'à Montauban au nord, Albi à l'est (pas l'Aveyron, hélas...) :

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mardi, 14 mai 2019

Un sénateur "monsantesque" ?

   Je crois que vous avez compris qu'il va être question de Pierre Médevielle, sénateur UDI de Haute-Garonne, dont l'entretien accordé à La Dépêche du Midi a soulevé une intense polémique. Il a d'abord provoqué une extraordinaire onde de choc médiatique, quantité de journalistes relayant les propos du sénateur sans effectuer la moindre vérification. La douche froide est venue dès le lendemain, notamment du Monde. Grosjean comme devant, Pierre Médevielle a essayé de faire endosser la responsabilité de ses propos au journaliste de La Dépêche (qui, soit dit en passant, aurait dû croiser ses sources avant de publier...), mais celui-ci avait pris ses précautions.

   Du coup, je me suis intéressé au sénateur. Il est pharmacien de profession. Tiens, tiens... Monsanto, entreprise à laquelle nous devons le glyphosate, a longtemps possédé une division pharmaceutique, aujourd'hui rattachée à Pfitzer. Et puis chacun sait que Monsanto a été récemment rachetée par Bayer, un groupe très présent dans les produits chimiques.

   Cependant, à première vue, il n'entretient pas de lien avec les grosses firmes du secteur. Sa déclaration d'intérêts et d'activités à la haute Autorité pour la transparence de la vie politique ne contient rien de suspect.

   On en apprend davantage en consultant sa fiche sur le site nossenateurs.fr. A plusieurs reprises, il est intervenu dans la Haute Assemblée quand il était question du glyphosate, toujours en faveur de l'herbicide. De manière générale, s'intéresser à l'historique de ses votes permet de mieux cerner le bonhomme. C'est d'abord un ardent défenseur de la chasse... et du maintien de la réserve parlementaire, qui a longtemps entretenu le poison du clientélisme dans nos campagnes.

   Plus récemment, il s'est prononcé (tout comme les Aveyronnais Jean-Claude Luche et Alain Marc) en faveur de la loi sur le secret des affaires, qui menace la liberté d'informer. Il s'est par contre opposé (tout comme Alain Marc) à la loi imposant 20 % de produits bio dans les cantines d'ici 2020.

   Quel pedigree !

lundi, 13 mai 2019

Armistice ou capitulation ?

   Chaque année, il m'arrive de sursauter à la lecture de certains articles ou à l'audition de certaines radios. Immanquablement, certains journalistes traitent ce "marronnier" par-dessus la jambe, et emploient le mot armistice, alors que le 8 mai 1945, l'armée allemande a capitulé.

   Cela a commencé tôt le matin, avec le billet de Daniel Morin, sur France Inter. En général, j'apprécie l'humour un brin graveleux de l'ancien animateur de La Morinade. Mais là, il m'a agacé :



podcast

   Dans la journée, le groupe TF1 a enchaîné avec une belle bourde, sur LCI :

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   L'épidémie d'inculture historique atteint une prestigieuse école, dont on penserait de prime abord que le site internet éviterait de laisser passer ce genre d'erreur... eh bien non :

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   De Saint-Cyr au ministère des Armées, il n'y a qu'un pas (cadencé), qui a hélas été franchi en ce tragique 8 mai 2019 :

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   Le pouvoir national n'est pas le seul à avoir été touché. Sur la Toile et dans la presse, ici et là, on peut trouver des exemples d'élus locaux dont la langue a fourché, comme celle du maire de Créon, en Gironde :

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   Les journaux aveyronnais ne sont pas en reste. Centre Presse a dégainé dès le 9 mai, à propos de la cérémonie de Villefranche-de-Rouergue :

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   Le 11 mai, que ce soit dans La Dépêche du Midi ou dans Midi Libre (dont les articles locaux sont désormais presque tous identiques), la cérémonie de Sainte-Radegonde est évoquée avec la même erreur :

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   Fort heureusement, il est des communes où le correspondant local des quotidiens aveyronnais a évité de s'emmêler les pinceaux, comme à Salles-Courbatiès ou Decazeville. Il reste le cas atypique d'Aubin, commune à laquelle est consacré un article qui parle de "capitulation", mais dont le titre évoque "l'armistice"...

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   A ceux qui trouveraient ce débat quelque peu futile, je recommande la lecture d'une récente mise au point des Clionautes.

   Terminons en mode ludique, avec un petit quizz sur le 8 mai 1945 (fourni par le site du ministère des Armées).

dimanche, 12 mai 2019

La Chinoise

   Pendant des années, le samedi, en début d'après-midi, j'ai eu l'habitude de repasser mon linge en écoutant, sur France Inter, l'émission de Patrick Pesnot Rendez-vous avec X. Le programme s'est malheureusement arrêté en 2015, sans que le mystère sur le personnage de "Monsieur X" ait été totalement levé.

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   La bonne nouvelle est que les éditions Glénat ont récemment lancé une série de bandes dessinées inspirée de l'émission de radio. Le premier volume s'appuie sur celle qui a été diffusée pour la première fois le 17 février 2001. Ce n'est pas un simple décalque du programme radio. Comme c'est la première BD (mais que ce n'était pas la première émission diffusée), les auteurs ont choisi d'y mettre en scène la rencontre entre le journaliste Pesnot et le fameux Monsieur X, alors que celle-ci a été évoquée dès la première émission de radio, consacrée (en 1997) à La Cinquième Colonne.

   L'action démarre en 1964 (et se poursuit jusqu'à nos jours), principalement en Chine. Entre Guerre froide et amour de la Chine, l'employé de l'ambassade de France Bernard Boursicot (dont, curieusement, la page Wikipédia en anglais est plus développée que son homologue française...) et l'artiste Shi Pei Pu vont vivre une étrange relation, qui conserve encore aujourd'hui une part d'obscurité.

   C'est au point que les auteurs de la bande dessinée ont choisi de garder les pseudonymes que Patrick Pesnot avait utilisés dans l'émission de radio : Pierre (Bernard dans la BD) Prudhon et Xian Djuan. A l'époque (en 2001), les deux protagonistes étaient encore vivants.

   L'histoire est prenante, bien mise en image, avec un incontestable savoir-faire au niveau des décors. Le style rappelle celui de la peinture à l'eau. C'est assez classique dans la forme. La couleur de l'arrière-plan (rouge, gris, jaune...) change en fonction du lieu ou de l'époque.

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   A la fin se trouve un cahier historique, qui présente plus en détail le contexte de l'histoire... ainsi que les véritables protagonistes. Les auteurs ne vont pas toutefois jusqu'à nommer l'ambassadeur de France en Chine, que les bons connaisseurs de l'époque décrivent comme très très très proche de Pékin. Pourtant, son identité n'est pas secrète : il s'agit d'Etienne Manac'h, décédé en 1992.

   A celles et ceux qui souhaitent en savoir plus sur l'espionnage chinois, je conseille la lecture d'un livre régulièrement réédité et augmenté, Les Services secrets chinois de Mao à nos jours, de Roger Faligot. Une vingtaine de pages est consacrée à l'affaire.

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   P.S.

   Quant au fameux "Monsieur X", il reste (partiellement) entouré d'un parfum de mystère. La manière dont il est représenté dans la bande dessinée rappelle l'aspect qu'il avait lorsqu'il a accepté, en 2015, de s'exprimer au micro de France Inter :

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   De nombreuses hypothèses ont été émises à son sujet. Il me semble évident qu'il s'agit d'un acteur, qui interprète un texte écrit pour lui par Patrick Pesnot, ce que ce dernier a fini par reconnaître, il y a quelques années, sur RTL. Il reste à découvrir le nom de cet acteur brillant, qui a su rendre vivant (et crédible) ce personnage d'ancien espion érudit.

mercredi, 08 mai 2019

Sunset

   C'est le titre du deuxième film du réalisateur hongrois Laszlo Nemes, auquel on doit l'une des plus belles oeuvres sur la Shoah, Le Fils de Saul, sortie il y a trois ans et demi. Le crépuscule auquel il nous convie est celui de l'Empire austro-hongrois, à la veille de la Première Guerre mondiale.

   L'intrigue est construite sur la base d'une forte dichotomie. D'un côté, on découvre un monde en effervescence, prospère, dominé par des hommes "bien nés" (issus de la noblesse ou de la haute bourgeoisie). La reconstitution est soignée et fait écho à la "nostalgie habsbourgeoise", qui voit dans cette Europe centrale multiculturelle une sorte de paradis perdu, avant que la Première Guerre mondiale ne vienne tout chambouler.

   D'un autre côté, le film montre les grandes inégalités qui existaient à cette époque. La majorité de la population vivait dans des conditions très précaires, conditions que l'héroïne Irisz va découvrir, bien qu'étant issue de la bourgeoisie dominante. L'incendie du commerce de chapeaux de sa famille (et la mort de ses parents) a provoqué son déclassement social, même si le nouveau propriétaire (qui a peut-être été l'amant de sa mère) lui accorde beaucoup de considération. A travers les yeux d'Irisz, on découvre aussi le sort réservé aux femmes. Dans la haute société, tout est dit à mots couverts, mais la domination masculine n'en est pas moins prégnante. Dans les catégories plus modestes (et notamment dans la bande de voyous que dirigerait son frère), on est plus franc du collier... Un mystère plane sur le magasin de chapeaux : pourquoi les modistes qui y travaillent sont-elles toutes de ravissantes jeunes femmes ?

   L'intrigue prend la forme d'une (en)quête. Qu'est réellement devenu le frère d'Irisz, que presque tout le monde croit (ou fait semblant de croire) mort ? Que s'est-il passé des années auparavant ? La caméra près du corps, le réalisateur suit les déambulations quasi somnambuliques de son héroïne, qui prend beaucoup de risques pour tenter de retrouver son frère, dont elle ne connaît même pas le visage. Du coup, plusieurs des hommes qu'elle rencontre pourraient être ce frère, qui se garde bien de révéler son identité. A moins que... Irisz, la cervelle un peu dérangée, n'imagine une partie de ce qui nous est montré à l'écran.

   C'est lié au style du réalisateur. La forme de caméra subjective qu'il utilise a été la marque de fabrique du Fils de Saul. C'était particulièrement approprié au type d'histoire qu'il racontait dans ce film. Ici, certains spectateurs ont eu une impression de déjà-vu, que le réalisateur ne se foulait pas et ressortait les mêmes recettes que celles qui avaient contribué au succès de son précédent film.

   En réalité, la caméra est semi-subjective. Il y a bien quelques scènes qui sont filmées comme perçues par les yeux d'Irisz. Mais, la plupart du temps, la caméra filme l'héroïne en gros plan ou plan serré (souvent de dos), le reste apparaissant flou, à l'inverse de ce que le cinéma contemporain pratique. En effet, de nos jours, dans les oeuvres commerciales, quand une scène prétend proposer le point de vue d'un personnage, à l'écran tout est net. C'est ainsi plus "regardable" pour les spectateurs lambda. Mais le style de Nemes est plus proche de la réalité. Dans la vraie vie, quand on déambule dans une rue, on ne voit nettement que ce sur quoi on est concentré, le reste étant périphérique, flou, ce que rend très bien la mise en scène, bien que de manière quelque peu exagérée.

   Cela fait de ce film un "polar de recherche", assez prenant, même si le rythme n'est pas trépidant. Il reste à parler des vingt dernières minutes, qui changent profondément le point de vue que l'on peut avoir sur l'histoire qui nous est racontée.

 

ATTENTION ! LA SUITE RÉVÈLE DES ÉLÉMENTS CLÉS DE L'INTRIGUE, QU'IL VAUT MIEUX NE PAS CONNAÎTRE AVANT D'AVOIR VU LE FILM.

 

   Globalement, je trouvais que l'actrice principale manquait de charisme. Après réflexion, je pense qu'on lui a dit de jouer de la manière dont elle incarne son personnage, qui est une sorte de somnambule. C'est peut-être tout simplement parce qu'il souffre de troubles mentaux.

   Les interrogations des spectateurs naissent quand Irisz Leiter, pénétrant à nouveau (déguisée) dans l'antre de la bande de voyous révolutionnaires (interdit aux femmes), est reconnue comme le chef. Sa présence au moment des attaques menées par les rebelles se comprend alors non pas parce qu'elle est un témoin privilégié (intouchable parce que soeur du patron), mais parce qu'elle est le chef. Ce serait un personnage androgyne (voire un.e hermaphrodite), qui finit d'ailleurs par être mobilisé.e dans l'armée austro-hongroise, en 1914. Cela donnerait un autre sens aux scènes où Irisz se retrouve dans la pension des modistes du commerce de chapeaux. On lui donne la chambre où a séjourné son frère, dont les habits se trouvent dans la malle... SA malle en réalité. Souffrant de troubles de la personnalité, Irisz quitte ses vêtements d'homme quand sa part féminine prend le dessus. Je surinterprète peut-être, mais cela vaudrait la peine de revoir le film avec cette grille d'analyse en tête.

mercredi, 01 mai 2019

Alpha - The Right to kill

   Le cinéaste Brillante Mendoza a déjà pas mal de films au compteur, mais c'est le premier que je vois. L'intrigue s'insère dans le contexte politico-social philippin, celui de la présidence Duterte, marquée par un discours martial et une grande latitude laissée aux forces de l'ordre pour lutter contre la délinquance en général, le trafic de drogue en particulier.

   On nous met d'ailleurs immédiatement dans le bain. Dans un premier temps, on découvre le duo de personnages principaux, composé d'un sergent d'une sorte de police de proximité et de son indicateur, son "alpha", un petit délinquant qui connaît les rues de Manille comme sa poche... et veut éviter de retourner en prison.

   La suite est une séquence emballante, d'une grande virtuosité : l'organisation et le déroulement d'une opération coup-de-poing contre un gros trafiquant. D'un côté, la caméra suit au corps les différentes unités de la police qui interviennent (le SWAT, les Stups, la Criminelle...). D'un autre, on nous gratifie d'étonnantes vues aériennes du dédale de ruelles du bidonville, situé à quelques encablures du CBD ultra-moderne. On n'est pas très loin de La Cité de Dieu.

   Bien que réunies sous une direction unique et (en apparence) soudées dans la lutte contre le crime, les différentes unités de la police fonctionnent chacune en vase clos... et en plusieurs langues. C'est l'une des surprises de la version originale : on constate que, dans leur vie professionnelle, les policiers mélangent une sorte de globish à des termes espagnols et un vocabulaire de base (sans doute) en tagalog.

   Cette nuit-là, les policiers vont réaliser un gros coup : mettre hors d'état de nuire tout une bande, son chef y compris. Mais leurs prises semblent un peu modestes. Un sac à dos a disparu, avec son contenu. Des ripoux n'auraient-ils pas profité de l'occasion ?

   Là, le propos se fait politique. Derrière la brillante façade de lutte contre le crime se cachent pas mal d'approximations, voire d'erreurs, dont pâtissent des innocents. La corruption est très répandue. Le film mérite aussi le détour pour la vision qu'il donne de l'autre camp. Tous les trafiquants ne sont pas d'impitoyables ordures. Certains, comme l'indic Elijah, cherchent juste à nourrir leur famille. Ils font parfois preuve d'une étonnante imagination, utilisant des pigeons voyageurs... voire les couches de leurs enfants pour faire passer la drogue en petites doses. La ville étant quadrillée par la police, déployée en unités de vigilance (mobiles) au niveau des quartiers, l'étau se resserre autour des trafiquants... et du policier ripou.

   C'est un excellent polar, servi par de très bons acteurs. C'est la révélation du moment, qui complète utilement un autre film philippin, Metro Manila, sorti il y a quelques années.

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mardi, 30 avril 2019

Menaces sur la gare de Rodez

   La mauvaise nouvelle est récemment tombée : les horaires d'ouverture des guichets de la gare SNCF de Rodez vont être considérablement réduits à partir du 1er mai 2019. Pour bien comprendre quelle est la nature de la saignée, voici tout d'abord les horaires actuels (valables jusqu'à ce soir) :

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   Et voici les nouveaux, communiqués depuis plusieurs jours aux voyageurs sur un petit papier disposé à l'accueil :

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   Faisons le calcul. En semaine, on va passer de 15 heures et 15 minutes à 11 heures d'ouverture quotidienne des guichets. Le samedi, ce sera pire, puisqu'on passera de 15 heures et 15 minutes à 6 heures et 25 minutes, soit moins de la moitié de l'amplitude actuelle. Les dimanches, la perte est moindre (mais réelle) : on va passer de 9 heures et 30 minutes à 7 heures et 15 minutes d'ouverture.

   Un autre problème est que les guichets ne seront plus ouverts tôt le matin (pour les trains partant avant 8 h), ni tard le soir (après 19 h). Cela va compliquer la vie des actifs qui ne peuvent pas facilement venir à la gare en semaine.

   Sans surprise, on incite les clients à se diriger vers les distributeurs de billet TER (un seul en gare de Rodez, sauf erreur de ma part, et pas toujours opérationnel), leur téléphone portable "intelligent" et internet. Les personnes âgées et les pauvres ne seront pas avantagés.

   Derrière cette réorganisation, il y a des objectifs budgétaires évidents. Replongeons-nous dans les calculs. Jusqu'à ce soir, chaque semaine, en gare de Rodez, au moins un guichet est ouvert durant 101 heures. A partir de demain, la durée d'ouverture sera limitée à 79 heures et quarante minutes. La différence est d'un peu plus de 21 heures (21h20). Multiplions ce résultat par 4 (semaines) et nous obtenons une diminution de plus 85 heures (85h20) en 28 jours. Sur un mois complet de 30 jours, en n'ajoutant que deux dimanches (où la perte est plus faible), on obtient une diminution d'environ 90 heures (sans doute plus de cent en réalité)... pour un guichet. Or, il y en a deux à la gare de Rodez. (Et sept des douze mois comptent 31 jours.) Certes, ils ne sont pas toujours ouverts ensemble, mais il me semble que, la plupart du temps, c'est le cas. J'estime que la diminution du volume d'heures de fonctionnement des guichets est comprise entre 1,5 et 2 fois 100/120 heures, soit entre 150 et 240 heures par mois... soit  l'équivalent de un à deux postes à temps plein. Cela, rien que pour la gare de Rodez.

   Je pense que la SNCF est sur le point de supprimer plusieurs centaines (milliers ?) de postes de guichetier... et ce, a priori, sans licencier aucun personnel sous statut. Comment se fait-ce ? Ben, on va supprimer un paquet de CDD et ne pas renouveler les postes des partants à la retraite. Cela risque de ne pas suffire. Il est donc fort possible que l'on propose des mutations et des reclassements (en interne) aux employés sous statut.

   Cette réorganisation ne survient pas par hasard. Il y a environ deux mois, Guillaume Pepy, le PDG de ce qui était autrefois un service public, a annoncé le projet d'autoriser les bureaux de tabac à vendre des billets de train. (En cela, il ne fait qu'imiter la stratégie de La Poste.) Cette initiative pourrait être la cause de la disparition programmée d'environ 2 000 postes à la SNCF.

   On a récemment appris que c'est en juin prochain que l'expérimentation va commencer, dans seulement quatre régions... dont le nom n'a pas, pour l'instant, été révélé. Par peur des réactions ? En tout cas, l'hypocrisie du PDG de la SNCF est patente : il prétend vouloir favoriser l'accès à la billetterie pour 5 % de la population, mais, dans le même temps, il restreint ce même accès pour les 95 % restants !

lundi, 29 avril 2019

La Miséricorde de la jungle

   Cette jungle est une forêt équatoriale, celle qui occupe une partie de la République Démocratique du Congo, l'ex-Zaïre (ancien Congo belge), voisin du Rwanda. C'est de ce pays-ci qu'est originaire le réalisateur Joël Karelezi, rescapé du génocide de 1994. L'intrigue se déroule en 1998, entre les régions Kivu et Kasaï :

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   On suit les pérégrinations de deux soldats rwandais. A ma gauche se trouve Xavier, un sergent engagé il y a des années de cela. C'est un Rwandais de l'extérieur, sans doute tutsi, qui a presque toujours vécu dans un camp de réfugiés et qui a rejoint le FPR de Paul Kagamé, qui a fini par prendre le pouvoir en 1994. Il est resté dans l'armée pour poursuivre les génocidaires hutus qui se sont enfuis dans les pays voisins, en particulier en RDC. Dans le rôle, Marc Zinga (vu récemment dans Nos Patriotes et Bienvenue à Marly-Gomont) est formidable.

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   A ma droite voici Faustin, un jeune paysan dont presque toute la famille a été exterminée en 1994. Il vient de se marier mais n'a pas de quoi assurer la survie de son ménage. Stéphane Bak, jusque ici cantonné à des seconds rôles, réussit à incarner assez subtilement un personnage en évolution.

   Le troisième personnage principal est la forêt dense, humide. On y croise (ou entend) des animaux sauvages, on y souffre de la faim, de la chaleur, de la fatigue, de la soif... et des moustiques. Mais les prédateurs les plus dangereux sont sans conteste les humains. Nos deux soldats pourchassent les fuyards hutus, tout en affrontant les troupes congolaises (et leurs alliées angolaises et zimbabwéennes) ou, à l'occasion, les rebelles de l'est du pays, qui leur sont tout aussi hostiles. C'est, qu'au-delà des rivalités nationales et ethniques, il est question du contrôle des ressources naturelles.

   Le film se révèle intelligent à plusieurs niveaux. Tout d'abord, il évite de déresponsabiliser les protagonistes africains en chargeant les Occidentaux de tous les maux. Ensuite, il tente de démontrer que, quel que soit le camp, cette guerre conduit les hommes qui la mènent à commettre des horreurs. Les personnages les plus positifs sont les paysans (non combattants), ceux du village qui recueillent les deux soldats perdus et ceux que l'on voit à la toute fin.

   Entre temps, on aura suivi les déambulations de Xavier et Faustin. Au départ, le sergent expérimenté mène la vie dure au petit nouveau, assez imprudent et pas très résistant. Le troufion va s'endurcir et se révéler utile à son chef. Je ne peux pas tout dire ici, mais sachez que l'histoire est un peu celle d'un passage de témoin. La compréhension de l'avant-dernière scène (un peu absconse à première vue) donne tout son sens à la fin du film.

 

ATTENTION ! LA SUITE RÉVÈLE DES ÉLÉMENTS QU'IL VAUT MIEUX NE PAS CONNAÎTRE AVANT D'ALLER VOIR LE FILM.

 

   La scène du début est tronquée. Elle montre un soldat en treillis pourchassant (avec difficulté) un fuyard armé, qu'il finit presque par rejoindre. 1h20 plus tard, on en découvre les tenants et les aboutissants. Une nuit, au camp rwandais que Xavier et Faustin ont fini par rejoindre, des coups de feu éclatent. Comme les adversaires congolais, angolais et zimbabwéens ne se trouvent pas loin, on est tenté de penser que les gardiens retrouvés morts ont été abattus par ces ennemis. Xavier se lance à leur poursuite... et on ne voit qu'un seul fuyard, dont on finit par apercevoir le visage : il s'agit de Faustin, que les militaires rwandais avaient tabassé lorsqu'il était arrivé au camp. Il s'est donc échappé de l'infirmerie et a tué les gardes. Voilà pourquoi, lorsqu'il le reconnaît, Xavier baisse la garde et se laisse tirer dessus. Voilà pourquoi aussi le fuyard, lorsqu'il s'approche de son adversaire à terre, ne l'achève pas.

dimanche, 28 avril 2019

Monrovia, Indiana

   Pendant plusieurs mois, le documentariste Frederick Wiseman a filmé les habitants d'une toute petite ville de l'Etat d'Indiana, dans le Middle West, au sud-ouest d'Indianapolis.

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   Le document de présentation nous dit que, peuplée d'environ 1400 habitants, la cité compte 96 % de Blancs d'origine européenne, massivement protestants... et républicains. En 2016, alors que Donald Trump  a été minoritaire en voix au niveau national, en Indiana, il avait recueilli plus de 57 % des suffrages exprimés. Mais, si les habitants d'Indianapolis avaient placé Hillary Clinton en tête, les comtés ruraux (comme celui de Morgan, auquel appartient Monrovia) ont massivement apporté leurs voix à D. Trump :

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   A Monrovia même, le candidat républicain a recueilli plus de 76 % des suffrages exprimés. Ajoutons que le gouverneur (élu en 2016 avec 51 % des voix... 66 % dans le comté de Morgan) est républicain et, qu'en 2016 comme en 2018, on a assez largement voté pour des parlementaires (représentant et sénateur) républicains. Pour compléter le tableau politique, je signale que, lorsque les électeurs sont consultés (lors de référendums locaux), ils participent en masse et ont voté à près de 80 % une proposition en faveur du droit de chasser et de pêcher (en 2016) et à plus de 70 % la nécessité d'avoir des budgets en équilibre (en 2018).

   Frederick Wiseman s'est fait le plus discret possible. Sa méthode est la suivante : il filme beaucoup, ne pose pas de question, puis passe des mois au montage, sans ajouter de commentaire ni de musique. Il n'apparaît jamais à l'écran. Il a su se faire accepter des habitants du coin, qu'il filme au café, chez le coiffeur, la tatoueuse, le marchand d'armes, dans la supérette, au sein du conseil municipal, du Lions Club, du lycée, du temple protestant, de l'association cultuelle... et même chez les Francs-Maçons !

   C'est donc d'abord une leçon d'éducation civique qui nous est donnée. Comment, au sein d'un conseil municipal, décide-t-on l'aménagement de telle ou telle zone ? Quels problèmes sont liés à l'adduction d'eau ? (L'eau potable destinée aux particuliers n'arrive pas par les mêmes canalisations que celle aboutissant aux bornes d'incendie !) Qu'est-ce qui pousse le Lions Club à financer l'installation de bancs publics ? Pourquoi tel paysan vient-il acheter une arme ? Comment aide-t-on les habitants à gérer certains problèmes personnels ?

   Bien entendu, le réalisateur a d'autres idées en tête. Il veut comprendre comment une communauté prospère (dont le revenu moyen est supérieur à la moyenne des Etats-Unis et de l'Indiana), composée de "gens normaux", a pu massivement apporter ses suffrages à un type comme Trump.

   Ces "gens normaux" ne s'habillent pas très bien (sauf pour les cérémonies religieuses), ne mangent pas très sainement, semblent consommer beaucoup de sodas et d'alcools forts. La quasi-totalité des adultes est en surpoids ou obèse.

   Le plus étonnant est qu'en dépit des milliers d'heures tournées, il n'est jamais question de politique. Pourtant, dans plusieurs commerces, une télévision est allumée. Mais les habitants ne discutent pas des affaires du pays, pas plus que de celles du monde, auquel ils ne s'intéressent pas. Ils parlent de leurs voisins, de leurs soucis de santé, de l'arrivée ou du départ d'une personne, des affaires communales. On est dans un entre-soi presque caricatural. On le sent poindre dans certaines réunions du Conseil municipal : les élus sont divisés entre ceux qui veulent favoriser l'installation de nouveaux habitants, pour augmenter les ressources fiscales de la commune et ainsi pouvoir financer de nouveaux projets, et ceux qui veulent que rien ne change et qui redoutent l'arrivée d'inconnus. On discute beaucoup d'un précédent quartier aménagé, source de délinquance selon l'une des élus, contredite par sa voisine (dans la salle). Au bout de 2h20, on n'aura jamais vu la police en action (ni entendu la moindre sirène), pas plus que le moindre tag dans la ville, ni de détritus par terre. C'est propre et calme comme tout !

   L'autre élément marquant est la place tenue par la religion. Dans les conversations quotidiennes, elle est en général absente, sauf dans la bouche de personnes particulièrement croyantes. Par contre, le culte réunit beaucoup de monde et, lors des cérémonies particulières (mariage, baptême, décès), la salle est comble. La religion est clairement le secours de ces personnes simples, qui cherchent des réponses dans la Bible. L'un des pasteurs locaux semble particulièrement doué. Pour des funérailles, il a concocté un prêche (intégralement filmé) très structuré, aussi habile d'un discours électoral.

   Alors, oui, c'est long, pas toujours passionnant. Mais le réalisateur a eu besoin de cette longueur pour laisser parler ses "personnages", pour leur donner leur chance sans les juger. Le résultat n'en pas moins frappant.

vendredi, 26 avril 2019

Avengers : #Meetoo & BlackLivesMatter

   La grosse, l'énorme, la gigantesque meringue marvellienne commence paradoxalement par une véritable scène de cinéma : on retrouve l'un des membres de l'équipe, en famille... et bracelet électronique au pied. Cette entame bucolique est plutôt bien vue, d'autant qu'elle se conclut de manière à faire le lien avec Infinity War

   La suite voit la tentative menée par quelques rescapés pour reconstituer une équipe de super-héros digne de ce nom avec, en renfort, le retour du plus petit d'entre eux, qui a une idée géniale en tête. La reformation d'une bande est un intelligent retour aux sources. Elle produit aussi un énorme effet comique quand on découvre ce qu'est devenu Thor, cinq ans après. Je ne peux pas trop en dire, mais sachez que, dépressif, le dieu du Tonnerre n'a pas arrêté de se gaver de bières et de nourriture riche en graisses... (Rien que pour cela, je conseille à tous mes lecteurs mâles hétérosexuels chez qui l'âge, le manque d'exercice et/ou une alimentation déséquilibrée ont eu des conséquences disgracieuses d'emmener l'élue de leur coeur voir ce film !)

   Dans Infinity War, par l'intermédiaire de Dr Strange, les spectateurs les moins stupides avaient compris qu'il y aurait un "match retour", avec univers parallèle ou voyage dans le temps à la clé. Là, le scénario bifurque (et l'on s'éloigne du grand film pour rester dans les sentiers balisés de la grosse production à succès) : au lieu de poursuivre l'histoire dans un monde "délesté" d'un peu moins de 4 milliards de Terriens (situation dont s'accommoderaient très bien Tony Stark et Bruce Banner, par exemple), les auteurs ont appuyé sur la touche "replay". Une nouvelle équipe finit par se former. Elle va se diviser en petits commandos, chacun ayant une cible spécifique dans le passé... et, comme par hasard, chacun de ces moments révolus fait allusion à l'un des précédents films de la saga. C'est qu'ils sont malins, chez Disney ! Par contre, pour ceux qui n'en ont pas vus au moins quelques-uns, ces retours en arrière risquent de manquer de saveur.

   Bien entendu, tout ne va pas se passer comme prévu. La situation des héros se complique. La solution va venir, en partie, des personnages féminins, mis sur un véritable pied d'égalité avec les héros masculins. On avait vu le coup venir avec le récent Captain Marvel mais, ici, certaines scènes ont visiblement été spécifiquement tournées dans une optique féministe. Je pense notamment à l'un des moments de la loooongue séquence de baston (quelque chose comme 40 minutes dans le dernier tiers du film), qui montre plusieurs héroïnes prendre le relais de messieurs dépassés par les événements. Ceci dit, la présence à l'écran de cet aréopage de femmes ravissantes, au caractère bien trempé, dans des costumes très seyants, cognant sans retenue sur des méchants, n'est pas pour me déplaire. Et attention messieurs les gentils : un geste déplacé peut vous valoir un méga coup de genou dans les roustons !

   Quant aux "minorités visibles", elles sont presque toutes là une fois que la population est ressuscitée. Les Afro-américains sont particulièrement représentés. On pense bien sûr aux personnages de Black Panther... mais une colossale surprise est réservée aux spectateurs patriotes (américains) en fin d'histoire...

   La grosse bataille que tous les adolescents et jeunes adultes présents dans la salle attendent finit par arriver... et elle ne déçoit pas, pour peu qu'on ne se lasse ni de l'explosion de violence ni du déluge d'effets spéciaux. Cette guerre intergalactique se conclut par une émouvante cérémonie, qui réunit sans doute la plus coûteuse distribution jamais recrutée pour un film. Pour avoir une idée de qui va survivre et qui va périr, il faut se fier aux bandes-annonces des prochains films et aux projets en cours de développement : cherchez les absent.e.s.

   P.S.

   Bien que très charpenté, le scénario souffre de quelques faiblesses. Il y en a une (ou deux), énorme(s).

 

ATTENTION DIVULGÂCHAGE(S) !

 

   Dans l'un des arcs narratifs se déroulant dans le passé, Iron Man, Captain America et Ant-Man mettent la main sur le sceptre de Loki mais échouent, dans un premier temps, à récupérer une autre des six pierres (qui atterrit d'ailleurs dans les mains de Loki). Le trio se sépare, Ant-Man retournant dans le temps présent avec le sceptre, les deux autres s'embarquant pour un nouveau voyage dans le temps, a priori sans retour. Cela nous vaut une belle séquence rétro, au cours de laquelle Tony Stark rencontre... son père. C'est aussi le moment où Captain America récupère la pierre qui leur avait échappé auparavant (mais plus tard dans la trame historique). Le problème est que cette prise aurait dû changer la suite et donc rendre la récupération du sceptre de Loki impossible... 

  Un autre problème survient au cours du combat final. Je ne vais pas aller jusqu'à divulguer la supercherie qui permet à l'un des Vengeurs de duper Thanos, mais, franchement, compte tenu de ce qu'on a vu dans ce film et les précédents, c'est peu vraisemblable. Mais je reconnais que cela débouche sur un effet théâtral. Soyez indulgent, public chéri !

23:16 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films