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jeudi, 19 mai 2016

Mr. Holmes

   Revoilà Sherlock, mais un Sherlock nonagénaire, qui a survécu à la Seconde guerre mondiale et vit reclus dans une maison perdue dans la campagne anglaise, pas très loin de la côte toutefois. Les seuls humains qu'il rencontre régulièrement sont sa gouvernante et le fils de celle-ci, un gamin débrouillard auprès duquel il joue le rôle de grand-père, mais aussi d'inspirateur. Le problème est que le célèbre détective commence à perdre un peu la boule : Alzheimer le guette. Avant de perdre totalement ses facultés, Sherlock voudrait résoudre une affaire qui, semble-t-il, lui a jadis échappé.

   Dans le rôle titre, Ian McKellen est excellent, tout comme Laura Liney en gouvernante. J'ai retrouvé avec plaisir l'actrice de The Truman Show, Dr. Kinsey (réalisé par Bill Condon, qui est aussi aux manettes de Mr. Holmes) et, plus récemment, Week-end royal. Il faudra suivre aussi Milo Parker, très prometteur en gamin éveillé.

   L'enquête inachevée sur laquelle Sherlock se repenche n'est pas le seul mystère du film. Il doit aussi comprendre la rancune qu'éprouve un Japonais à son égard... et découvrir ce qui arrive à ses abeilles, dont le nombre ne cesse de diminuer. Ce n'est pas l'enquête la plus aisée à mener ! Les amateurs de la série Elementary (qui met en scène un Sherlock contemporain et installé à New York) auront remarqué le point commun entre l'homme âgé de ce film et le jeune détective du XXIe siècle : ce dernier élève des abeilles sur le toit de l'immeuble où il loge (ce qui est conforme aux romans d'Arthur Conan Doyle).

   Attention toutefois : le rythme n'est pas du tout le même que celui des séries contemporaines (que ce soit Elementary ou le Sherlock de la BBC). Les investigations sont menées par un homme très âgé, qui prend son temps et se perd parfois dans les détails. En dépit de l'intérêt que l'on peut porter aux mystères de l'intrigue, le coeur du sujet est la perte de mémoire de l'ancien détective, qui est plus touchant qu'époustouflant. Si l'on est conscient de cela, on peut passer un bon moment en compagnie de personnages bien campés.

   P.S.

   Le scénario est l'adaptation d'un roman publié en 2005 et paru en français en 2007.

18:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 18 mai 2016

Hana et Alice mènent l'enquête

   Cette animation japonaise sort de l'ordinaire, d'abord parce qu'elle est une nouvelle adaptation d'une histoire qui a déjà été filmée en images réelles par le réalisateur Shunji Iwai, il y a quelques années. Au niveau du style, cela ne ressemble guère à ce que le Japon produit habituellement. Tantôt on a l'impression d'être en face d'une oeuvre picturale, de style aquarelle, tantôt on pense qu'il s'agit d'un décalque numérique et colorisé de scènes tournées par de vrais acteurs. Quoi qu'il en soit, c'est assez joli à regarder, et parfois virtuose, en particulier quand certains personnages dansent.

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   Mais c'est l'intrigue qui est la plus captivante. Un mystère plane dans un collège, d'où un élève a disparu il y a quelques mois. Dans le même temps, des histoires circulent à propos d'un certain Judas et de ses quatre épouses. Voilà qui suscite l'intérêt de la petite nouvelle, Alice, obligée de déménager à cause du divorce de ses parents. (Dans l'histoire, elle n'est d'ailleurs pas la seule dans ce cas. Le scénario est assez fouillé et nous offre quelques perspectives intéressantes sur la société japonaise contemporaine.)

   On notera que l'adolescente paraît beaucoup plus mûre que sa mère, une gamine attardée qui fout un peu la honte à sa fille. D'autres problèmes se présentent à Alice, en particulier son intégration au collège, d'où le harcèlement n'est pas absent.

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   Petit à petit, l'héroïne va découvrir que les choses et les personnes sont parfois différentes de ce qu'elles paraissent. De plus, elle va nouer une relation avec la très étrange voisine d'en face, Hana, qui vit cloîtrée depuis de terribles événements (qu'on découvre plus tard dans l'histoire). Piquées par la curiosité, les deux ados vont former un improbable duo d'enquêtrices amatrices... en fait une belle paire de pieds nickelés ! Cela nous vaut plusieurs savoureux moments de comédie, dans lesquels les téléphones portables jouent un rôle non négligeable.

   Alice et Hana vont donc partir à l'aventure et faire quelques rencontres. Cela donne un ensemble très agréable, qui réussit à parler de l'adolescence sans niaiserie ni vulgarité.

19:10 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 15 mai 2016

Café Society

   A 80 balais, Woody continue à tourner et nous livre chaque année au moins une comédie. Je n'ai pas vu celle de l'an dernier, m'étant arrêté à Magic in the Moonlight, plutôt pas mal mais pas transcendante. Ici, l'action est partagée entre New York et la Californie. Bobby (Jesse Eisenberg, sobre) est évidemment un double du réalisateur, juif de Manhattan qui étouffe dans la Grosse Pomme et pense que son avenir est à l'ouest. C'est peut-être aussi ce qu'a pensé Woody Allen dans sa jeunesse. En tout cas, il nous propose une vision colorée de la Californie des années trente (sans doute aidé par un nouveau chef opérateur, l'expérimenté Vittorio Storaro)... exempte de la moindre allusion à la Grande Dépression et à la politique de Franklin Roosevelt. A l'écran, c'est superbe à voir. On sent qu'un gros travail a été fourni au niveau des éclairages et du décor.

   C'est d'abord une bonne comédie, qui joue sur les stéréotypes. Le comique de répétition fonctionne à merveille avec le personnage du frère du héros, Ben (Corey Stoll excellent... avec plein de cheveux !). Celui-ci est un homme d'affaires, qui se trimbale souvent avec une liasse de gros billets en poche. On comprend rapidement que, lorsqu'il dit qu'il doit "discuter" avec quelqu'un, pour le "convaincre", le "faire changer d'avis"... cela se termine par un corps coulé dans une chape de béton !

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   Allen pratique aussi beaucoup l'autodérision, sur la communauté juive new-yorkaise. La mère est sans doute d'origine européenne et lâche de temps à autre des mots ou expressions en yiddish. Quant au père, il s'offusque du mode de vie des cousins de Californie, pas du tout religieux voire débauché. Le plus drôle est la scène où la famille découvre que l'un des membres s'est converti au christianisme. La mère finit même par regretter que le judaïsme (contrairement au christianisme) n'ait pas développé la croyance en une vie après la mort, ce qui lui aurait permis... "d'avoir plus de clients" (costumers) ! (Les dialogues sont évidemment à savourer en version originale sous-titrée.)

   Incidemment, le réalisateur montre que cette Amérique chatoyante n'était pas exempte de cruauté. Ainsi, quand le héros fait la rencontre d'une superbe divorcée, originaire de l'Oklahoma, celle-ci lui apprend que, dans son Etat d'origine, on interdit aux jeunes filles WASP de fréquenter les juifs ! A un moment, Bobby fait semblant d'aller dans le sens des clichés antisémites qui circulent abondamment à l'époque : lorsque son interlocutrice fait allusion à la supposée puissance financière des juifs, le jeune homme lui répond qu'effectivement "on contrôle tout" !

   Plus discrètement, le scénario pointe la ségrégation qui sévit à cette époque. Le petit monde d'Hollywood est principalement peuplé de Blancs (catholiques, protestants et juifs). On voit très peu de Noirs à l'écran... sauf quand certains personnages ont envie d'écouter du très bon jazz. Ils se rendent dans un club interlope où, scandale, un public mélangé écoute de brillants musiciens "de couleur"...

   La musique est d'ailleurs omniprésente dans le film, qu'elle rythme les scènes ou qu'elle soit l'objet des conversations des personnages. Comme Woddy Allen, le héros Bobby est un inconditionnel de ce genre musical, qui commence à percer.

   Aussi surprenant cela puisse-t-il paraître, le fond de l'histoire est romantique. Le jeune New-yorkais part en Californie en espérant y faire son trou, quitte à revenir fonder une famille à New York. En réalité, il va surtout rencontrer l'amour et c'est à New York qu'il va professionnellement s'épanouir. Mais le jeu de l'amour et du hasard réserve bien des surprises. L'intrigue se noue autour d'un triangle amoureux et de ses déclinaisons. Il n'est donc pas étonnant que ce soit une femme qui occupe le premier plan, au début de l'histoire. Kristen Stewart est brillante en secrétaire dévouée, comédienne ratée (dans le film), femme indépendante et amoureuse indécise. C'est pour moi une découverte... à la consternation des djeunses de mon entourage, qui se désolent de mon ignorance : pensez donc, c'est l'actrice qui incarna Bella dans la saga Twilight ! Ah, ces vieux cons !...

   Son personnage s'efface un peu dans la seconde partie de l'histoire, au profit de celui de Bobby. Jesse Eisenberg, dont le talent a éclaté au grand jour dans The Social Network, s'est parfaitement coulé dans le moule "allénien". C'est sans doute l'un des rares acteurs à pouvoir débiter rapidement et sans hachures les répliques écrites par le papy de Manhattan. Certains trouveront que son personnage manque de relief. Il faut dire qu'il est entouré par tellement de fortes personnalités. Lui, son truc, c'est la douceur et la persévérance.

  L'histoire s'achève sur une fin ouverte, dans un New York reconstitué, qui forme un cadre tout aussi romantique que les berges parisiennes.

14:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 14 mai 2016

Accusations opportunes

   Le week-end est souvent pour moi l'occasion de trier les journaux... et, éventuellement, de relire tel ou tel article, à la lumière des jours ou semaines qui ont suivi. Voilà pourquoi je me suis replongé dans un papier paru le 20 avril dernier dans Le Monde. Il est consacré au départ de Denis Baupin d'Europe Ecologie Les Verts, un événement intersidéral auquel je n'avais à l'époque guère prêté attention. Au-delà de ce que je pouvais penser du vice-président de l'Assemblée nationale, l'article confirmait le sectarisme de ces supposés écologistes, de surcroît plus adeptes des jeux politiciens que de l'action concrète.

   Mais cette relecture m'a fait tiquer parce qu'auparavant, je m'étais plongé dans Le Canard enchaîné de mercredi dernier. Or, page 2, se trouve un encadré intitulé "Duflot et Mélenchon à la manoeuvre". Il y est fait mention de courriels datant du 4 mai (émanant de l'entourage des deux susnommés), annonçant pour bientôt des révélations sur le harcèlement sexuel en France. Le 10 mai éclatait l'affaire Baupin. Etonnant, non ?

   Soyons clairs : il n'est pas question ici de dédouaner Denis Baupin de quoi que ce soit. S'il est avéré qu'il s'est comporté comme un porc, je souhaite qu'il soit condamné avec sévérité. Mais, alors qu'il apparaît que les écarts de comportement du député étaient connus d'un assez grand nombre de personnes (et ce depuis plusieurs années), il est sidérant de constater que c'est deux semaines après son départ d'EELV que l'histoire a pris une tournure judiciaire.

   Conclusion : soit les auteurs des courriels évoqués par le Canard ont seulement bénéficié d'un "tuyau" juste avant que l'affaire n'éclate, soit certains apparatchiks d'EELV ont fermé les yeux pendant des années sur le comportement de Denis Baupin, pour ne les rouvrir que quand ça les arrangeait. (De sordides calculs politiciens seraient derrière cela : il faut empêcher les écologistes gouvernementaux de se renforcer, dans le but de torpiller la candidature Hollande en 2017.)

   Et que dire de l'attitude de sa compagne, Emmanuelle Cosse ? Elle n'est peut-être qu'une femme trompée comme tant d'autres, c'est-à-dire la dernière à être au courant, malgré les soupçons qu'elle nourrissait. J'ai quand même du mal à le croire. Et que dire de leur mariage en 2015 ? Etait-ce pour la galerie ? Leur relation fonctionnait-elle sur la base de l'amour libre ? Ou bien s'agit-il là d'un énième couple de façade, uni surtout par l'ambition politique ?

vendredi, 13 mai 2016

Emmanuel et Jeanne

   Le ministre de l'Economie s'est illustré lors de la seconde fête nationale française, celle du patriotisme, qui rend hommage à Jeanne d'Arc et -on l'a souvent oublié- a été instaurée en 1920. Quand elle tombe le 8 mai (c'est-à-dire quand celui-ci est le deuxième dimanche du mois), on la confond avec la commémoration de la capitulation allemande, en 1945. Des dizaines d'années de désinformation du Front national ont aussi fait croire que c'était le premier mai qu'il fallait rendre hommage à la Pucelle. (Rappelons que l'extrême-droite n'a fixé cette date que pour contrecarrer les manifestations de salariés organisées le premier mai.)

   On l'a aussi oublié, mais il est prévu qu'un représentant de l'Etat (éventuellement membre du gouvernement) assiste la commémoration de la délivrance d'Orléans. La présence d'Emmanuel Macron ne résulte donc pas d'un caprice, mais plutôt du désintérêt de ses collègues pour la chose. (Et ça le rapproche un peu de Nicolas Sarkozy...) Le discours qu'il a prononcé est plutôt bien tourné, même si l'on comprend assez vite qu'à travers Jeanne, c'est sa propre cause qu'il défend.

   Certains caricaturistes ont sauté sur l'occasion pour comparer les deux personnages, dont les préoccupations ont pourtant l'air si éloignées les unes des autres. Voilà donc Emmanuel Macron traité à la sauce johannique. Vu la jalousie qu'il suscite jusque dans son camp, on ne s'étonne pas que certains de ses "camarades" souhaitent le voir finir sur un bûcher. Ornikar voit plutôt Manuel Valls y mettre le feu :

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   ... alors que Nono, dans Le Télégramme, est d'avis que c'est François Hollande lui-même qui pourrait avoir envie de se débarrasser du jeune ambitieux :

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   Notez l'inscription qui figure sur le socle de la statue, dont le dessin évoque celle qui se trouve non pas à Orléans, mais à Paris, place Saint-Augustin :

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   Ce rapprochement est tout sauf innocent, puisque c'est à cet endroit qu'en 2016, Marine Le Pen a choisi de célébrer la Pucelle, laissant la place des Pyramides aux groupies de son père (qui comptaient peut-être sur une nouvelle intervention des Femen....). C'est d'ailleurs la statue d'un autre Emmanuel (Frémiet) qui semble avoir inspiré Le Canard enchaîné (dans le numéro sorti le 11 mai) :

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   ... à moins que ce ne soit plutôt une image de propagande nazie (Le Porte-drapeau), célébrant Adolf Hitler. Vous allez voir, la ressemblance est troublante (et, si l'intention est confirmée, c'est vraiment minable de la part du dessinateur du Canard) :

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   Les statues nous mènent immanquablement à l'armure, un détail vestimentaire qui ne va pas trop mal au ministre de l'Economie, que ce soit sur un site droitier...

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   ... ou un autre, plus neutre :

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   Cette fois encore, la statuaire johannique est mise à contribution... et de manière plus rigoureuse que ci-dessus, puisque la tête du ministre a été placée au sommet de la très belle statue de la place du Martroi, à Orléans. (Concernant cette oeuvre, l'histoire se fait ironique, puisqu'elle aurait été sculptée dans un bronze issu... de canons anglais !)

   Une fois vêtu comme Jeanne, il n'est pas étonnant que le ministre se mette lui aussi à entendre des voix, comme l'imagine Zonz :

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   A ceux qui trouveraient cette posture familière, je précise qu'elle est calquée sur celle de l'actrice Ingrid Bergman qui, en 1948, incarna la paysanne lorraine dans un film réalisé par Victor Fleming :

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   Plus terre-à-terre, Lacaï fait le lien avec le petit comité d'accueil hostile qui s'est exprimé lors de la venue d'Emmanuel Macron :

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   Très majoritairement, les caricaturistes dénoncent la tentative de récupération, que ce soit à pieds...

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   ... ou à cheval :

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   A ma connaissance, une seule personne a suggéré (par le dessin) que le ministre pouvait avoir perdu la tête :

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   Mais, après tout, pourquoi ne serait-il pas (au moins un peu) sincère ? Pourquoi un ministre du XXIe siècle ne pourrait-il pas "en pincer" pour la révoltée du XVe ? C'est ce qu'a imaginé l'un des caricaturistes de Charlie Hebdo (qui s'appuie aussi sur le fait que l'épouse d'Emmanuel Macron soit beaucoup plus âgée que lui) :

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   P.S.

   Une âme charitable m'a signalé que le prénom Emmanuel, d'origine hébraïque, signifie "Dieu avec nous". Voilà qui le lie encore plus à Jeanne d'Arc. De surcroît, il me semble que le prénom a aussi été utilisé pour désigner le Messie. Macron sera-t-il celui de la gauche ?

mercredi, 11 mai 2016

Inculture américaine

   Lundi soir, France 2 a diffusé l'avant-dernier épisode de la saison 5 de la série Rizzoli & Isles. On y découvre que le médecin-légiste, interprété par la charmante Sasha Alexander (qui fit jadis les beaux jours de NCIS), a été nommée présidente de l'ordre des médecins de la Nouvelle-Angleterre (la région située dans le nord-est des Etats-Unis) :

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   En son honneur, ses amis ont organisé une petite sauterie, au cours de laquelle se produit un de ces couacs culturels qui marque, aux yeux du téléspectateur américain moyen, l'écart qui sépare l'intello bourgeoise Maura Isles de ses collègues et amis du commissariat de Boston :


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   Pour être juste, il faudrait faire l'expérience en France. Quelle proportion de gens ordinaires ignore que Nemo est le nom de l'un des plus célèbres héros de Jules Verne, un capitaine ombrageux qui apparaît dans Vingt mille lieues sous les mers et L'Ile mystérieuse ?

   Pour les médecins de Boston, Nemo est l'acronyme de l'association médicale. Pour les autres, c'est juste un poisson coloré, héros d'un film d'animation, l'un des premiers gros succès des studios Pixar.

lundi, 09 mai 2016

Politiquement correct à Londres

   La récente campagne des élections municipales de Londres a placé au centre de l'attention générale le candidat (finalement élu) du parti travailliste Sadiq Khan. On a lu et entendu un peu tout et n'importe quoi à son sujet. Qu'en retenir ?

   Tout d'abord (et c'est le plus important), qu'un enfant d'immigrés, dont les parents sont chauffeur de bus et couturière, est devenu maire de la plus grande ville du pays (et l'une des plus puissantes du monde). Mais point n'est besoin de s'esbaudir. En 2014, les Parisiens ont fait encore plus fort, élisant pour la première fois une femme au poste de maire, et pas n'importe laquelle : Anne Hidalgo, une immigrée, née en Andalousie, dont les parents, ardents républicains, exerçaient des métiers modestes (ouvrier et couturière). Mais elle n'est pas musulmane... Les médias avaient besoin de ce symbole, qui donne une image positive d'un croyant sincère, mais moderne, aucunement intégriste.

   Pourtant, durant la campagne, ses adversaires ont laissé entendre qu'il avait côtoyé de drôles de zigues dans sa jeunesse, notamment quand il était avocat. Sadiq Khan l'a reconnu, mais affirme avoir coupé les ponts avec toute cette engeance intégriste. A voir sa compagne et ses filles, habillées à l'occidentale, on est tenté de croire à cette version, en dépit des tentatives de désinformation relevées par Le Monde.

   La deuxième erreur est de présenter le nouveau maire comme un perdreau de l'année. C'est au contraire un politicien déjà expérimenté : il est devenu conseiller municipal dès 1994 (à 24 ans), député en 2005 (à 35 ans) et ministre en 2008 (à 38 ans). En 2010, il a aidé Ed Miliband à prendre le contrôle du Labour et il a occupé un poste (virtuel) de ministre dans son "cabinet fantôme" (sorte de contre-gouvernement mis sur pied par le principal parti d'opposition, au Royaume-Uni).

   Une autre question qui se pose à propos de Sadiq Khan est son attitude vis-à-vis des juifs. Ses anciennes fréquentations (notamment son soutien au prédicateur extrémiste Louis Farrakhan) ont pu jouer contre lui. Mais il a condamné sans réserve les dérives antisémites de certains membres de son parti, y compris les propos (très) tendancieux de l'ancien maire de Londres Ken Livingstone. Un journal comme le Times of Israel (peu suspect de complaisance dans ce domaine) a dressé un portrait plutôt flatteur du candidat travailliste.

   Cela nous mène à son principal adversaire, Zac Goldsmith, présenté dans le même article. C'est fou comme les Anglo-Saxons n'ont pas les mêmes prudences que nous ! Durant la campagne, jamais je n'ai lu ou entendu un-e journaliste français évoquer le fait que le candidat conservateur est issu d'une famille judéo-chrétienne. Le plus souvent, on s'est contenté d'opposer socialement les deux hommes (le fils du conducteur de bus contre le fils de milliardaire).

   Les journalistes ont peut-être redouté d'alimenter certains clichés antisémites, qui ont récemment fait l'actualité dans notre pays. Mais, refuser l'assimilation juif = riche est une chose, admettre que certains juifs sont riches en est une autre. Je reconnais toutefois qu'il n'est pas aisé de rester nuancé sur le sujet, surtout quand, sur la Toile, quelques abrutis déversent leur bile antisémite. De surcroît, à ma connaissance, Zac Goldsmith n'est pas du tout religieux et il n'a jamais publiquement revendiqué ce pan de la culture familiale. Cette information aurait cependant éclairé le public français : elle permet de comprendre l'engouement que la candidature de Sadiq Khan a suscité dans certains milieux, qui voulaient surtout faire perdre un Zac Goldsmith.

dimanche, 08 mai 2016

Le Broussy à l'honneur

   Chaque samedi, Centre Presse et Midi Libre (édition de Rodez) publient (sous la plume de Jacques Boutet) un petit article rétro (illustré) à propos d'un lieu, d'une rue ou d'une activité du chef-lieu aveyronnais. Il me semble qu'il y a quelques mois, le jour de parution de la chronique était le dimanche. Depuis le basculement au samedi, je dois avouer que j'achète Midi Libre ce jour-là, d'abord parce que le magazine télé vendu avec Centre Presse le samedi ne m'intéresse aucunement, ensuite parce que, dans Midi Libre, la chronique est en couleurs. (Ceci dit, c'est aussi désormais le cas de Centre Presse.) Elle a pour titre Hier encore, peut-être en référence à une chanson de Charles Aznavour.

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   Bien que construit en 1891, c'est entre les deux guerres mondiales que l'hôtel-restaurant a pris la physionomie qui a fait sa réputation, sous l'impulsion de l'architecte André Boyer, un ami de Pierre Broussy, avec lequel il chassait. A ce sujet, je conseille vivement la lecture du livre Combarel, 1919-1939, publié dans le cadre d'une passionnante exposition organisée au musée Fenaille en 2013-2014.

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   On y découvre qu'André Boyer avait projeté de transformer le quartier du Foirail, en le reliant à une nouvelle gare, qui aurait été aménagée aux environs de la halte Paraire, pas très loin de l'un des viaducs ferroviaires. Cela aurait donné naissance à une grande perspective jusqu'à la cathédrale :

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   Mais revenons au Broussy. L'hôtel et le café ont vu leurs destins se séparer. L'hôtel a connu des difficultés financières. Il me semble qu'il a subi une liquidation judiciaire, avant d'être racheté (en 2007)... par le groupe Ruban Bleu. Son nom a été changé. L'établissement est devenu l'hôtel Mercure Cathédrale, dont le confort se serait nettement amélioré grâce aux travaux engagés depuis une dizaine d'années. La récompense n'a pas tardé : en 2012, l'hôtel a obtenu une quatrième étoile (un classement qu'il faudra confirmer en 2017).

   Quant au café, resté "Le Broussy", il continue sa vie atypique dans le paysage ruthénois. Pensez donc : on ne s'y fait pas flinguer les tympans par un tintamarre diffusé à pleins tubes. Ici règne la musique classique, en fond sonore, parfois entrecoupée de morceaux de jazz. Côté boissons, le café est connu pour l'excellence de son chocolat chaud et la variété de ses thés. Il est tenu par un couple emblématique, très sympathique... et âgé ! Même s'ils ne sont pas seuls, il faut reconnaître qu'ils ont bien du courage. Ils ont d'ailleurs mis en vente l'établissement. Je crois avoir compris qu'ils ne souhaitent pas le céder à n'importe qui.

   De plus, il a récemment pris une valeur supplémentaire. Un arrêté du 16 octobre 2014 a inscrit l'hôtel et le café à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Parmi les parties protégées, outre les mosaïques, on remarque le salon de l'hôtel, garni de toiles de Maurice Bompard, un peintre orientaliste (né à Rodez) auquel une exposition avait été consacrée en 2013 par le musée Denys-Puech de Rodez et celui de Millau.

   Terminons par les illustrations. La chronique de Jacques Boutet en contient deux. La première pourrait dater des années 1970, au vu du style des voitures :

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   La seconde est beaucoup plus récente. Elle est signée José Torres. Elle est reprise d'un article paru l'an dernier dans Centre Presse :

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   P.S.

   La petite renommée de l'établissement n'a pas que des conséquences positives. Certains touristes indélicats pénètrent sans vergogne dans la salle, jettent un coup d'oeil, parfois prennent une photographie... et repartent sans consommer ne serait-ce qu'un modeste café ! Bande d'abrutis !

samedi, 07 mai 2016

High-Rise

   Ce film adapte un roman d'anticipation satirique des années 1970, sans le mettre au goût du jour : il dresse le portrait d'une société futuriste telle qu'on la concevait il y a quarante ans. Voilà pourquoi les téléphones portables sont absents, les portes s'ouvrent avec des clés et les téléviseurs ont un tube cathodique. Même au niveau des décors et des vêtements, on a gardé une touche vintage : ce qui nous est montré à l'écran représente une vision datée du futur. Il reste les comportements humains, un invariant sur lequel le scénario s'appuie sans complexe.

   La première partie de l'histoire montre la découverte de l'immeuble d'avant-garde par un nouvel occupant, un médecin qui préfère s'installer dans cette petite ville en hauteur plutôt que dans une banlieue résidentielle ennuyeuse. Dans le rôle, Tom Hiddleston (devenu célèbre grâce à son interprétation de Loki dans Avengers) est très bon. On nous présente plutôt la partie "haute" de l'immeuble, celle occupée par les classes privilégiées, même si l'on a un aperçu de la partie "basse". Dans celle-ci, on remarque un couple, incarné par deux jeunes acteurs très prometteurs : Luke Evans (remarqué dans Le Hobbit et surtout Dracula Untold) et l'Aveyronnaise Sarah Vidal Elisabeth Moss (vue récemment dans Truth). Chacun vit dans un entre-soi où il n'est pas facile de s'intégrer. La mise en scène des inégalités et des circonstances dans lesquelles elles se font particulièrement sentir est vraiment réussie.

   Evidemment, on attend que tout cela dérape. A l'image du vernis de civilisation qui commence à se craqueler, l'immeuble se dégrade. L'étincelle est l'occupation de la piscine, située à un étage intermédiaire, tout comme la grande surface. Si, au début, j'ai trouvé réjouissante cette débauche d'énergie destructrice, à la longue, c'est devenu lassant. L'accumulation de sang, de sexe et de saleté (au "propre" comme au figuré) n'a pas de sens : on ne voit pas où le réalisateur veut en venir. C'est juste le plaisir de l'autodestruction qui guide cette partie de l'histoire. (Faut-il y voir l'influence de Peter Greenaway ?) Ceci dit, c'est plutôt bien filmé. Derrière la caméra, on a Ben Wheatley, associé à sa scénariste attitrée (et compagne) Amy Jump. C'est à ce duo que l'on doit deux autres oeuvres borderline : Kill List et Touristes, qui témoignent de leur goût pour le dérangeant, le scabreux.

   C'est donc à réserver à un public averti, amateur de sensations fortes... et indulgent.

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vendredi, 06 mai 2016

Du bruit autour des éoliennes

   Ce bruit est d'abord celui d'une série d'articles parus ce vendredi dans La Dépêche du Midi, sur une double page. Ils sont illustrés par une carte (fort instructive) des implantations d'éoliennes dans l'Aveyron (en service, en attente, en cours d'instruction) :

LaDépêche 06 05 2016.jpg

(Une version grand format est disponible dans l'édition papier.)

   Que constate-t-on ? Que l'ouest, le nord-ouest et le nord du département sont exempts d'implantation. Pour le nord, on n'est pas étonné, puisque les promoteurs aveyronnais du PNR Aubrac n'en veulent pas (contrairement  à certains de leurs voisins lozériens). Concernant les installations en attente, on remarque que sont concernées les communes proches de la partie est de la RN88 et (surtout) celles du Sud Aveyron, le projet le plus important portant sur la commune de Mélagues. Le quotidien oublie de rappeler qu'une discrète décision de justice (relayée, à ma connaissance, uniquement par L'Hebdo) entrave la réalisation dudit projet.

   Cette énergie renouvelable semble ne plus avoir le vent en poupe dans le département : le commissaire-enquêteur désigné pour évaluer à nouveau le dossier de Bertholène vient de rendre un avis défavorable. Notons que cela ne clôt pas l'affaire : il y a trois ans, un autre commissaire-enquêteur, analysant la première version du dossier, avait donné un avis favorable, ce qui n'avait pas empêché le projet d'être bloqué. (Le quotidien publie un autre papier utile pour comprendre les méandres de la procédure.)

   Bien conçue, la double-page de La Dépêche s'efforce d'aborder le plus grand nombre d'aspects possible. Ce sont surtout les aspects négatifs qui sont évoqués, notamment dans un entretien avec un opposant au projet des Palanges. C'est intéressant parce que c'est argumenté, à l'exception toutefois de la question touristique. J'aimerais bien connaître l'identité de ces "professionnels du secteur du tourisme installés au Lévézou" qui auraient cessé leur activité à cause de la mauvaise image des éoliennes. Là, on est dans l'exagération.

   Il faut aussi revenir sur certaines affirmations, notamment celles portant sur la supposée dévalorisation du patrimoine immobilier à cause de l'implantation d'éoliennes à proximité. Voilà qui mériterait une argumentation chiffrée, qui s'appuierait, par exemple, sur les données rassemblées par les notaires. Rendez-vous compte ! Des bourgeois s'offrent une chaumière dans une campagne dynamique, comptant la revendre avec un joli bénéfice ! On est loin des ruraux bien implantés, dont la maison, véritable patrimoine familial, n'est pas destinée à être vendue, mais léguée aux enfants.

   Tout cela n'empêche pas qu'il faille rester vigilant quant au développement de l'éolien, à mon avis indispensable. Mais il doit s'effectuer en suivant des règles strictes, qui concilient notre avenir énergétique avec le bien-être des habitants.

jeudi, 05 mai 2016

Tracks

   Ce film nous vient des antipodes. Il raconte le périple (réel) accompli il y a une quarantaine d'années par une jeune femme, dans le désert australien, accompagnée de dromadaires et d'un chien. La distribution s'appuie notamment sur deux jeunes acteurs très prometteurs : Mia Wasikowska et Adam Driver. Ce dernier est connu (presque) du monde entier depuis qu'il a endossé l'habit de Kylo Ren dans le dernier Star Wars. On l'a aussi vu dans Inside Llewyn Davis et le récent Midnight Special

   Mais le principal atout du film est incontestablement Mia Wasikowska qui, outre sa ressemblance physique avec Robyn Davidson, incarne à la perfection cette jeune femme indépendante, douce en apparence mais dotée d'une volonté de fer. Les cinéphiles n'auront pas été surpris de lire ce que je viens d'écrire : l'actrice s'est déjà fait remarquer à plusieurs reprises pour la justesse de ses compositions, en particulier dans Albert Nobbs et Maps to the stars. Ici, on sent qu'elle s'est beaucoup impliquée dans le rôle.

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   La première partie de l'histoire nous expose les préparatifs du voyage. La jeune femme doit apprendre à gérer une petite troupe de dromadaires... et se procurer des fonds. Sa chance est de rencontrer un photographe américain intéressé par les Aborigènes. Tombé sous son charme, il va plaider sa cause auprès du National Geographic, qui accepte de financer le périple, à condition que Robyn se prête régulièrement à des séances de photographie, qui nourriront les articles du magazine. Les scènes qui voient la solitaire rencontrer son photographe attitré sont souvent source de comédie. On voit aussi, petit à petit, leur relation évoluer.

   Mais les "personnes" auxquelles la jeune femme adresse le plus la parole sont ses dromadaires, qu'elle sait désormais plutôt bien gérer. Les animaux qui sont utilisés dans le film sont vraiment extraordinaires, notamment le vieux mâle, un peu caractériel, qui passe très bien à l'écran !

   A ceux que la présence de ces camélidés en Australie surprendrait, précisons qu'ils y pullulent. Introduits par les Européens au XIXe siècle, la plupart sont depuis retournés à l'état sauvage... et ils ne sont vraiment pas commodes ! On estime leur nombre à un million. Ils représentent désormais une menace pour l'équilibre écologique du désert... et même pour celui de la planète !

   Stupéfiant aussi est le comportement du chien Diggity, interprété par deux animaux différents. Dans le générique de fin on apprend que les bêtes se nomment "Special Agent Gibbs" et "Ziva", celle-ci ayant été utilisée lors des scènes de cascade ! (Ce sont évidemment des références à la série NCIS.)

   J'ai aussi beaucoup apprécié les scènes de désert, très bien filmées, de jour, de nuit, à l'aube, au crépuscule. Les (rares) rencontres qu'elle fait sont marquantes. On pense bien sûr aux Aborigènes, avec lesquels les relations sont un peu compliquées, mais très enrichissantes. Les plus pénibles sont cependant les touristes, appâtés par l'histoire de celle que l'on surnomme la Camel Lady. Grâce aux articles parus dans le National Geographic, elle devient de plus en plus connue. Elle redoute désormais l'approche des villes, ces moments où elle voit débarquer des groupes humains dont l'intelligence et la délicatesse ne sont pas les principales qualités.

   C'est vraiment un film superbe, à voir.

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dimanche, 01 mai 2016

Robinson Crusoé

   Ce dessin animé belge est a priori plutôt destiné aux enfants. Il n'a pas été bâclé pour autant. On y retrouve à l'oeuvre une partie de l'équipe technique du Manoir magique : Domonic Paris a travaillé au scénario des deux et le réalisateur Ben Stassen a produit Crusoé. C'est d'une grande qualité graphique, dans un style toutefois différent des productions Disney-Pixar et DreamWorks.

   D'un point de vue visuel, le personnage le plus réussi est le perroquet que Robinson va surnommer Mardi. Son plumage est superbe et ses mouvements (aussi bien ceux des ailes, ceux de la tête que ceux des pattes) sont rendus avec un talent certain, qui n'est pas sans rappeler Rio :

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   Les autres personnages animaliers sont bien campés. Les enfants peuvent facilement s'identifier à eux et ils sont sources de gags. Par contre, du côté des humains, si j'ai trouvé les pirates assez bien réussis (très classiques), j'ai été un peu déçu par Robinson, qui manque de relief. Autre regret : le rôle de méchants dévolu aux chats... moi qui aime tant les félins ! Bon, ceux-là sont vraiment laids et insupportables, mais quand même...

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   Le scénario est bien ficelé. Il ne fait que s'inspirer de l'oeuvre de Daniel Defoe. Les scénaristes ont visiblement voulu donner une coloration "roman d'aventures" et c'est réussi. (Notons que c'est le perroquet -et non l'humain- qui est le narrateur.) L'action est rythmée, soulignée par des mouvements de caméra "comme dans un vrai film". En dépit d'un drame survenu dans la première partie de l'histoire, le ton est globalement à la drôlerie. On passe un bon moment, on sourit souvent mais sans gros éclat de rire.

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vendredi, 29 avril 2016

Antisémitisme ordinaire

   Hier, dans La Dépêche du Midi (mais l'information est parue dans d'autres journaux), une petite colonne, située en bas à gauche de la page 7, portait le titre : "Passé à tabac car juif et donc... riche". On pourrait se contenter de hausser les épaules et se dire que, dans le torrent de violence et d'incivilités qui marque notre époque, ce n'est qu'une goutte d'eau supplémentaire. Certains "esprits forts" pourraient même suggérer la prudence, puisque, ces dernières années, quelques unes (très rares) des agressions rapidement qualifiées d'antisémites se sont révélées fausses. (On pense notamment à la jeune femme du RER, en 2004, et à l'enseignant marseillais, en 2015.)

   Mais l'affaire qui nous occupe (et qui remonte à novembre 2015, pour l'agression) est éclairante à bien des égards. Elle est d'abord révélatrice des préjugés antisémites qui existent au sein d'une partie de la population française : l'employé de la serrurerie était présumé riche car juif. On retrouve ici le même type de préjugés que ceux qui ont été à l'oeuvre dans l'enlèvement puis le meurtre d'Ilan Halimi, en 2006. (Notons que la plupart des agresseurs sont déjà sortis de prison...) Le pire est que l'homme n'est pas juif, mais a été supposé tel parce que son patron avait fait de la publicité sur Radio J. Là, c'est révélateur d'un mode de raisonnement communautaire, une autre des plaies de notre époque : les juifs avec les juifs, les musulmans avec les musulmans etc.

   Le troisième élément qui saute aux yeux est une absence : celle de la moindre allusion à l'origine ou la culture des accusés. Les deux principaux sont qualifiés d'adolescents (ils ont 16 ans, mais en avaient 15 lors de l'agression). Ils habiteraient Bussy-Saint-Georges (ils sont scolarisés dans le lycée local), une ville de la banlieue parisienne, située dans une partie de la Seine-et-Marne proche de la Seine-Saint-Denis. Vous voyez où je veux en venir : on se demande si les agresseurs ne seraient pas musulmans. L'affirmer, à ce stade, est faire preuve de préjugés... mais aucun élément n'a été publié dans la presse permettant de se faire une idée sur la question (ni prénom, ni initiales, ni lieu d'habitation ou situation familiale). Je sais bien qu'il faut protéger l'identité des mineurs, mais là, il me semble que l'excès de précaution masque quelque chose...

   P.S.

   Le jeune homme agressé a récemment témoigné sur Europe 1.

mercredi, 27 avril 2016

Le (vrai) Livre de la jungle

   La sortie de la nouvelle adaptation de Disney m'a incité à me (re)plonger dans l'oeuvre de Rudyard Kipling, dont on parle souvent sans l'avoir lue. Dans ma jeunesse, je n'ai eu entre les mains qu'une version en bande dessinée du Livre de la jungle. Ce week-end, ce fut donc une quasi-découverte.

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   La première surprise est de constater que les aventures de Mowgli ne constituent qu'une partie du livre, une centaine de pages sur l'ensemble, qui est un recueil de "contes coloniaux". Les héros en sont le plus souvent des animaux, qui parlent. Ainsi, on suit les aventures d'un phoque blanc intrépide, puis d'une mangouste courageuse, d'un jeune dresseur d'éléphants et enfin de plusieurs petits troupeaux au service de l'armée britannique.

   Le plus étonnant est que ce n'est pas dans le premier, mais le second tome que les scénaristes du film ont puisé l'un des arguments principaux, à savoir la "trêve de l'eau", déclenchée quand un rocher apparaît à l'air libre dans un lac.

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   D'autres différences existent entre la version livresque et le film. Ce n'est pas Bagheera (la panthère) qui apporte le garçon aux loups. De plus, celle-ci est un ancien animal de cirque. Elle est présente dès la première réunion importante des loups (tout comme Baloo, l'ours). Ce sont d'ailleurs ces deux personnages emblématiques qui défendent la cause de Mowgli. L'ours devient rapidement l'instructeur du garçon, un instructeur autrement plus intransigeant que ce qui est montré dans les adaptations cinématographiques.

   Du côté des loups, on remarque que deux mâles adultes (et non pas un) jouent un rôle important : Akela le chef et Père Loup, le compagnon de la mère qui prend en charge Mowgli. D'autres personnages sont absents de l'adaptation : le chacal Tabaqi (proche du tigre Shere Khan) et le vautour Chil. On a aussi minoré les apparitions des éléphants (une excellente trouvaille du film d'animation de 1967) et coupé une partie de l'histoire concernant les singes.

   Mais le principal changement intervient au niveau des "méchants", Shere Khan et Kaa le python. Le premier n'est pas borgne, mais boite. Il apparaît finalement moins dangereux que le serpent, qui joue un rôle important dans la cité des singes. La récente adaptation a simplifié l'intrigue et fait de Shere Khan une sorte de serial killer, qui meurt dans des circonstances différentes, mais qui mettent tout autant en valeur l'ingéniosité de Mowgli. Dans la nouvelle, celui-ci devient vite très débrouillard... et il effectue un séjour chez les humains, avant de retourner dans la jungle. Peut-être nous garde-t-on cela pour un prochain film...

   Pour savoir ce qu'est devenu Mowgli, il faut lire le "prequel" (littéraire) Dans la jungle, écrit par Kipling avant les deux autres. On y découvre un jeune homme qui a grandi dans les bois et qui entre en contact avec des agents britanniques chargés de la gestion de la forêt.

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mardi, 26 avril 2016

Eva ne dort pas

   Cette Eva est Eva Peron, l'épouse du président argentin Juan Domingo Peron et véritable icône des classes populaires argentines encore aujourd'hui. Cette Eva, malgré les apparences, ne dort pas, parce qu'elle est morte (en 1952). Mais son cadavre embaumé donne l'impression qu'elle est toujours en vie. Quoi qu'il en soit, il fait l'objet de toute l'attention de la junte conservatrice qui a renversé Peron en 1955.

   Le début nous montre "Evita" vivante, avec la force du tribun politique que l'ancienne actrice était devenue. Le choix de discours qui stigmatisent le capitalisme financier et les "oligarques" argentins qui le soutiennent n'est à mon avis pas le fait du hasard : le réalisateur Pablo Aguero veut montrer que, par certains aspects, la situation de l'époque n'est pas sans évoquer celle du monde actuel.

   Comme l'intrigue est centrée sur le devenir de la dépouille d'Eva Peron, les paradoxes du "péronisme" ne sont pas abordés. Pour nous Français, cela semble être un mélange de gaullisme et de chavisme. Cela pourrait rappeler aussi le mouvement qui s'était constitué, sous la IIIe République, autour du général Boulanger. Peron lui-même était pétri de paradoxes : admirateur du premier Mussolini, en très bons termes avec Franco, il a laissé des milliers de nazis se cacher en Argentine, après la Seconde guerre mondiale. Dans le même temps, le pays s'orientait vers une véritable démocratie, avec (sous l'impulsion de son épouse, dit-on) le droit de vote pour les femmes et une série de mesures en faveur des classes populaires.

   Voilà pourquoi le narrateur de l'histoire, un officier conservateur, est aussi ordurier à propos d'Eva Peron. Ce contraste joue en faveur de la jeune femme, bien que ce narrateur soit incarné par Gael Garcia Bernal (que l'on a vu récemment dans Desierto).

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   La première partie traite de l'embaumement du corps. Il est effectué quasiment en catimini, par un personnage qui ne semble pas particulièrement apprécier la dame, de prime abord. Il ne va pas moins réaliser un travail remarquable. Signalons que c'est une actrice (Sabrina Macchi) et non un mannequin articulé qui incarne la défunte. Elle a dû subir un entraînement rigoureux pour pouvoir rester de longues minutes en immobilité totale (ou sans réagir quand elle est plongée dans un grand aquarium), le film étant tourné en plans-séquences. De ce point de vue, c'est assez virtuose.

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   La partie la plus pittoresque est le transport du corps momifié, de nuit, dans un camion anonyme, par un colonel qui a vu du pays. Le scénario (de manière volontairement erronée) en fait un ancien d'Indochine, sans peur et sans reproche. Il a les traits de Denis Lavant, vraiment excellent :

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   Dans son périple, il va côtoyer un jeune soldat argentin, qui a l'air bien innocent face au vieux briscard. Leur cohabitation va se révéler pleine de surprises.

   La dernière partie évoque la recherche de la dépouille d'Eva Peron. Des groupes révolutionnaires veulent mettre la main dessus. Ils ont enlevé l'ancien président anti-péroniste, Pedro Arumburu, qu'ils veulent juger. (Le film ne dit pas que ces péronistes de gauche voulaient sans doute aussi éviter qu'un éventuel retour au pouvoir de Peron ne se traduise par un rapprochement avec la droite, auquel travaillait Arumburu.) C'est à mon avis la partie la moins convaincante. L'idée du huis-clos est bonne, mais il aurait fallu rejouer certaines scènes.

   L'histoire se conclut avec le narrateur, au moment où la junte militaire a repris le pouvoir en Argentine (dans les années 1970). Bien que le corps ait été enterré sous plusieurs mètres de béton, le mythe d'Eva Peron est resté vivace.

   P.S.

   Le film, assez bref (il dure moins d'1h30), omet certains détails concernant le décès de la jeune femme (à 33 ans). La maladie qui l'a abattue est le cancer du col de l'utérus. Les derniers mois, elle souffrait tellement qu'on lui a fait subir une lobotomie, dont des traces auraient dû être visibles sur le front du cadavre. Dans le film, on n'en voit rien... peut-être parce que cela ferait surgir d'autres questions, plus polémiques encore. Un récent article avance l'hypothèse que la lobotomie avait aussi pour but de "calmer" Eva Peron, dont le tempérament révolutionnaire semblait s'intensifier avec la progression de la maladie. Il se pourrait même que l'intervention chirurgicale ait hâté sa fin...

   L'autre aspect passé sous silence est l'origine du cancer de l'utérus. Il est dû à des papillomavirus, transmis lors de rapports sexuels non protégés. Alors, soit Eva Duarte a contracté la maladie alors qu'elle était actrice (avant de rencontrer Peron), soit elle lui a été transmise par son mari... dont la première épouse est décédée du même mal... tiens donc ! De là à penser que l'officier avait jadis attrapé une "chose triste" en fréquentant un bordel et qu'il l'aurait transmise à ses deux épouses successives...

   De fil en aiguille, j'ai été amené à m'intéresser à la prostitution en Argentine. Je suis tombé sur un passionnant article, disponible sur le site d'une ONG (mondefemmes). On y apprend que, de 1875 à 1935, des "maisons de prostitution" (gérées par des femmes) ont eu pignon sur rue. On peut compléter cette lecture par celle d'un article de Slate qui, il y a un peu moins de trois ans, évoquait la situation d'Européennes de l'Est juives. Entre la fin du XIXe siècle et la Seconde guerre mondiale, des milliers d'entre elles ont été exploitées en Amérique du Sud.

dimanche, 24 avril 2016

Fritz Bauer, un héros allemand

   Ce film met l'accent sur une personne qui n'apparaissait qu'au second plan dans un autre film historique allemand, sorti en 2015, Le Labyrinthe du silence. Ici, ce n'est pas le procès des crimes commis à Auschwitz qui est au coeur de l'intrigue, mais la traque d'Adolf Eichmann, dans le contexte de la RFA au tournant des années 1950-1960.

   J'ai été frappé par le souci de reconstituer l'ambiance sociétale de l'époque. On est certes en pleine Guerre froide (après le blocus de Berlin mais avant la construction du Mur), mais on est surtout à une époque où règne une sorte d'ordre moral chrétien-démocrate auquel il vaut mieux ne pas déroger. Ainsi, le procureur Fritz Bauer cumule les handicaps, aux yeux de la "bonne société" : il est socialiste, juif... et homosexuel. De surcroît, il a fui le pays à l'époque nazie, pour ne revenir qu'en 1949. Mais il a du bagout, une réputation de sérieux et de gros bosseur. Il semble aussi plutôt bien passer à la télévision.

   Pourtant, le film n'en fait pas un modèle intouchable. Il fume comme un pompier, sans se soucier de la gêne que cela peut provoquer, boit beaucoup d'alcool et traite les gens assez durement. Bref, il est plutôt antipathique. Il a sous ses ordres une brochette de jeunes procureurs ambitieux... mais en général très prudents : ils sont prêts à le suivre jusqu'à un certain point. Le plus courageux d'entre eux semble être le beau gosse à la carrure d'athlète, marié à la (ravissante) fille d'un industriel qui n'a pas pâti du régime nazi... Peut-il s'en faire un allié ?

   C'est d'autant plus nécessaire que les magistrats finissent par comprendre qu'ils sont espionnés par la police de leur pays ! Est-il besoin de préciser que celle-ci est en partie composée d'anciens nazis, qu'on espère pas trop compromis dans le régime déchu ?

   Le côté "roman d'espionnage" est donc très développé, dans une ambiance jazzy assez étonnante, mais qui se marie bien avec l'obscurité présente dans de nombreuses scènes. On découvre ainsi Francfort by night, avec ses cabarets interlopes, où l'on contourne la législation en place... tant que la police le tolère.

   Tout est bouleversé à partir du moment où surgit un renseignement sur la résidence d'Adolf Eichmann, qu'on a cru voir un peu partout dans le monde. En fait, il se trouvait en Argentine, un pays qui, sous le gouvernement de Juan Peron, a accueilli beaucoup de nazis en fuite...

   Je vous laisse découvrir la suite de la traque, entre le pôle judiciaire allemand, le gouvernement du Land de Hesse, le Mossad israélien, le rôle trouble de la police et les péripéties argentines. Personne n'est sorti indemne de cette histoire, très forte et bien rendue à l'écran.

samedi, 23 avril 2016

Le Livre de la jungle

   La surprise n'est pas que Disney produise une adaptation avec acteur réel (on a déjà vu notamment Into the Woods et surtout Maléfique). La surprise est qu'elle en confie la direction à Jon Favreau (réalisateur, entre autres, d'Iron Man), dont les compétences se limitent généralement à la mise en images de bastons numérisées. C'est qu'ici on est dans un entre-deux, moitié film réel, moitié film en images de synthèse. On a capturé les mouvements des animaux et fabriqué des marionnettes à taille réelle de ceux-ci. Pour cela, on a eu recours au savoir-faire de la Jim Henson Company, qu'on a déjà vue à l'oeuvre par exemple dans Max et les maximonstres.

   Sans surprise, l'intrigue est calquée sur celle du film d'animation de 1967, avec quelques nuances. Ainsi, alors que le dessin animé baignait dans une ambiance bon enfant, pleine d'humour et de chansons, la nouvelle adaptation de l'oeuvre de Rudyard Kipling est plus sombre (et donc plus fidèle à l'original). Si l'humour n'en est pas absent, l'histoire est assez dure et comporte plusieurs épisodes violents. C'est donc à déconseiller aux tout petits.

   Du côté du casting, on ne peut que se féliciter du choix du jeune Neel Sethi pour incarner Mowgli. Il bouge très bien et m'a paru très convaincant en gamin débrouillard de la forêt. Je n'ai quasiment rien à reprocher aux voix de doublage (celles de la version française, que j'ai vue). Lambert Wilson est très bon en Baloo, le personnage qui apporte les plus franches touches d'humour. Il est de surcroît visuellement particulièrement réussi. Face à lui se détache aussi Eddy Mitchell, excellent en roi des singes Louie. (D'ailleurs, je me demande s'il n'aurait pas été tout aussi bon dans le rôle de Baloo.) Chez les dames, la composition de Leïla Beikhti (en serpent Kaa) m'a plus marqué que celle de Cécile de France, plus classique en mère-louve. La séquence qui confronte le python à la "grenouille" est l'un des plus beaux moments du film.

   Quant à la panthère Bagheera, elle est doublée par Bernard Gabay, l'acteur qui assure la voix française de Robert Downey Jr. Du coup, je n'ai pas arrêté de penser à ce dernier pendant le film... et ça m'a un peu gâché le plaisir, parce que je trouve que cela ne correspond pas trop au personnage de la panthère, que par ailleurs j'aime beaucoup. (Qui plus est, visuellement, ce n'est pas le plus réussi.)

   Le scénario est linéaire, limpide, s'éloignant quand il le faut de ce que Kipling a écrit. Les puristes regretteront le manque de respect de l'oeuvre littéraire, les autres se réjouiront que l'histoire soit accessible au jeune public. Cela donne un film d'aventures, rythmé, avec des rebondissements. Là, Jon Favreau est à l'aise et l'on comprend le choix de Disney. Dans une grande salle, on prend beaucoup de plaisir, avec, à l'écran, des images très soignées.

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vendredi, 22 avril 2016

The Lady in the van

   Cette "lady" est une clocharde SDF assez âgée pour être à la retraite, viscéralement attachée à sa fourgonnette brinquebalante. (Par la suite, on découvre qu'elle en possède une seconde, plus récente, qu'elle a réussi à se faire payer par une bourgeoise compatissante... mais peu désireuse de la voir fréquenter son quartier.) Elle est incarnée par Maggie Smith qui, pour les jeunes générations, est l'inoubliable Minerva McGonagall dans la saga Harry Potter. Pour les cinéphiles confirmés, c'est une vieille connaissance, vue notamment dans des adaptations de pièces shakespeariennes et de romans d'Agatha Christie. Cette grande actrice n'hésita pas non plus à se commettre dans des productions grand public, comme le péplum Le Choc des Titans (celui de 1981), où elle prêta ses traits à la déesse Thétis :

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   C'est l'occasion de rappeler au jeune public que des comédiennes aujourd'hui grisonnantes et ridées ont souvent été jadis de (très) jolies femmes. Cela me rappelle une conversation que j'ai eue avec une adolescente, qui, sans doute influencée par certaines éructations médiatiques, sa gaussait du contraste entre le nom et l'apparence physique d'Eva Joly. Sachez mesdemoiselles à la peau douce, à la taille mince et aux chairs fermes, que la fleur de votre beauté se fanera un jour (peut-être pas si lointain) et que telle personnalité dont vous vous plaisez à vous moquer n'est pas plus laide que ce que vous deviendrez.

   Mais revenons à notre "lady". Le terme confine à l'antiphrase, tant le manque de propreté et le sans-gêne de Mary/Margareth la rapprochent peu (de prime abord) d'une personne distinguée. Notons toutefois qu'elle s'exprime dans une langue relevée, que l'on apprécie d'autant plus que le film est distribué en version originale sous-titrée. C'est un véritable bonheur que d'entendre parler du bon anglais, et pas cette bouillie mondialisée qui en est issue et qui nous est trop souvent servie par les médias anglo-saxons.

   Dans la première partie de l'histoire domine le ton de la comédie, avec l'irruption de cette mégère dans un quartier bourgeois de Londres. Comme les habitants se piquent de morale, ils n'osent pas la faire expulser. (Parmi ceux-ci, on reconnaîtra Roger Allam, alias l'inspecteur Thursday, le supérieur du jeune Morse dans la série qui raconte les débuts du célèbre enquêteur d'Oxford.) De temps à autre, ils lui font même de petits cadeaux, espérant qu'elle choisira de garer son fameux van à l'autre bout du quartier. Le plus drôle est que la "lady" ne leur en est nullement reconnaissante ! Elle va finalement échoir à un écrivain célibataire, très "maniéré" et qui reçoit de jeunes hommes tard le soir... à tel point que Mary se demande si un complot communiste n'est pas en train de se monter ! (L'action se déroule dans les années 1970-1980... et rappelons que c'est inspiré d'une histoire vraie)

   Concernant l'écrivain, la réalisation se fait originale, juxtaposant deux versions du personnage à l'écran, une vivant les épisodes racontés, l'autre les écrivant. C'est la source de nombreux gags, les deux versions de l'écrivain divergeant souvent sur la manière de se comporter avec la vieille dame !

   La seconde partie de l'histoire est plus riche en émotion. On en apprend davantage sur le passé de l'héroïne, qui fut infirmière, bonne soeur... et même pianiste. On comprend que sa vie n'a pas été souvent heureuse. De son côté, Alan (l'écrivain) culpabilise parce qu'il s'est trop peu soucié de sa mère, désormais veuve et touchée par une maladie neuro-dégénérative. On s'achemine tout doucement vers une conclusion prévisible, très émouvante. (Par moments, j'ai pensé à Philomena, même si le contexte est très différent.) Fort heureusement, le scénario s'achève sur une pirouette qui nous remet du baume au coeur.

   Et quelle actrice !

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jeudi, 21 avril 2016

Une "nouvelle" statue-menhir

   Elle a été découverte à la frontière du Tarn et de l'Aveyron (côté tarnais), dans la commune de Montirat, située grosso modo à mi-chemin de Villefranche-de-Rouergue et d'Albi :

Carte.jpg

   A ma connaissance, c'est Centre Presse qui a sorti l'information en premier, dans son numéro de mardi :

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   L'article nous révèle deux autres choses, d'abord que la véritable découverte est beaucoup plus ancienne, ensuite que c'est parce qu'il était venu au (superbe) musée Fenaille qu'un chasseur du coin a compris l'importance de l'objet. (On peut aussi déplorer que ce modeste paragraphe n'ait pas été relu avec plus d'attention...)

   Pour savoir à quoi ressemble la statue-menhir, on peut se rendre sur le site de France 3 Midi-Pyrénées, qui en a parlé le même jour que Centre Presse (mais plus tard, dans l'après-midi) :

2016 a.jpg

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   On nous dit que la statue aurait environ 5 000 ans et qu'elle serait inachevée. La courte vidéo montre un archéologue examinant l'objet. Il penche pour une statue féminine, bien qu'il manque nombre de détails. Peut-être qu'après son nettoyage d'autres éléments (même ténus) apparaîtront.

   P.S.

   Rappelons qu'en 2013 une autre statue-menhir avait été découverte, à la limite de l'Hérault et du Tarn. A l'époque, on en a beaucoup parlé parce qu'elle a été trouvée enterrée (ce qui pourrait fournir de précieuses informations sur le contexte de sa création) et parce qu'elle comporte une bouche (ronde), une première chez une statue masculine :

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   P.S. II

   Quelques années auparavant (en 2010 ?), une autre statue avait été découverte dans le Tarn, à Montalet (du côté de Lacaune), pas très loin des rives du lac où la précédente était enfouie. Elle a fait l'objet d'une analyse détallée par Jean Gasco et Michel Maillé.

mercredi, 20 avril 2016

Cauval au bord du gouffre ?

   Le groupe d'ameublement français ne cesse de défrayer la chronique (économique). Il y a quelques années, on en a beaucoup parlé dans l'Aveyron, jusqu'à la déconfiture de l'usine de Sévérac-le-Château, au profit (pensait-on) de celle de Bar-sur-Aube. Les difficultés n'ont cependant pas cessé, avec, l'an dernier, un conflit avec les enseignes But à la clé. Du côté de la Champagne, on a aussi pu constater la baisse progressive des effectifs.

   Le patron Gilles Silberman était à la recherche de nouveaux partenaires et semblait avoir trouvé le bon, une société portugaise qui évolue dans le même secteur... mais qui s'est finalement désistée. Faute d'apport financier, le groupe a été placé en redressement judiciaire, dans l'attente d'un (ou plusieurs) repreneur(s). Les candidatures ne se sont pas fait attendre. On a parlé de six puis de dix repreneurs potentiels, aucun ne s'engageant à garder l'intégralité des sites, à l'exception de deux anciens cadres de Cauval, soutenus par un  fonds d'investissement.

   Certains (comme le suédois Hilding Anders ou Arcole Industries) semblent avoir peu de chances. On s'étonne aussi de voir figurer la holding Verdoso, contrôlée par... l'un des fondateurs de Cauval (Franck Ullmann). De très mauvaises langues se demandent s'il n'y aurait pas là une manoeuvre concertée avec G. Silberman, pour conserver le groupe Cauval après l'avoir "dégraissé" à moindres frais. Autre surprise : la candidature du portugais Aquinos... le partenaire avec lequel Cauval envisageait tout récemment de se "marier" ! Là, on se demande si le secteur de l'ameublement n'est pas devenu un lac aux requins. Aquinos est-il de bonne foi et a-t-il renoncé à l'alliance avec Cauval pour de bonnes raisons (la crainte d'avoir affaire à un partenaire peu scrupuleux) ? Ou bien le groupe portugais n'est-il qu'un opportuniste, qui a jugé que, devant les difficultés de Cauval, mieux valait laisser pourrir la situation, pour n'en garder que les bons morceaux ? C'est difficile à dire, d'autant plus qu'il est possible que les deux soient vrais !

   Cependant, il semble que ce soit un autre candidat qui tienne la corde : le groupe sud-africain Steinhoff. Il y a moins d'un mois, Le Monde a consacré un portrait plutôt flatteur à Christoffel Wiese, le premier actionnaire du groupe. Celui-ci est à la manoeuvre en France depuis au moins le début des années 2010, quand il a racheté Conforama au groupe Pinault (PPR). Cela a d'ailleurs contribué à dégrader la situation de Cauval, dont c'est l'un des principaux clients, qui s'est désormais davantage fourni ailleurs. On a récemment reparlé de Steinhoff, qui tente de souffler Darty à la FNAC. Pour la petite histoire, précisons que la FNAC est une autre ancienne pépite du groupe PPR (aujourd'hui Kering), dont le premier actionnaire reste la holding Artemis, qui gère les intérêts de la famille Pinault.

   Pour compléter ce mécano industriel, ajoutons que Darty est à l'origine une entreprise française, passée (dans les années 1990) sous la coupe du britannique Kingfisher... tout comme But, autre entreprise tricolore (et le principal concurrent de Conforama en France, après Ikea). Les deux ont été intégrées dans une filiale, Kesa, qui s'est séparée de But en 2008.

   L'autre indice qui me fait penser que c'est Steinhoff qui tient la corde dans la reprise de Cauval est que le groupe sud-africain a amélioré son offre (sur des conseils venus de France ?) : alors qu'il proposait, à l'origine, de ne reprendre que trois des usines, il est monté à quatre puis à cinq. Par contre, il ne garderait qu'un peu plus de la moitié des employés. C'est dû au fait qu'il laisse de côté le principal site de Cauval, l'usine de Bar-sur-Aube qui, malgré toutes les aides publiques versées depuis moins de dix ans, risque donc de fermer définitivement. Chez Cauval, c'est le secteur des matelas (et les marques) qui intéresse les éventuels repreneurs, pas celui des canapés et fauteuils.

   Un autre site est menacé de fermeture : celui de Flaviac, en Ardèche. Il y a quelques années, Cauval y avait arrêté la fabrication de matelas Simmons. Une soixantaine d'emplois avaient été maintenus grâce à la reconversion du site, devenu Ecoval, avec un projet innovant (autour du recyclage)... financé par de l'argent public, le groupe Cauval s'étant là encore débarrassé des locaux en les vendant à la communauté de communes.

   Qu'est-ce qu'il ressort de tout cela ? Que la gestion du groupe Cauval n'est pas des plus limpides. Même si le secteur de l'ameublement traverse une période difficile, il y a sans doute des causes internes aux problèmes du groupe. L'arrivée de Steinhoff pourrait se révéler bénéfique, si elle assure davantage de débouchés aux produits des usines. Mais peut-être vaudrait-il mieux que ce soit une équipe qui connaisse l'entreprise qui la reprenne. Il faudrait voir le détail du projet des anciens cadres, jugé crédible par la CGT.

   A une échelle beaucoup plus réduite, à Sévérac-le-Château, dans l'Aveyron, le site a naguère été relancé par d'anciens employés, qui ont fondé ITA Moulding Process. Il va de son bonhomme de chemin et communique, de temps à autre. Il sera partenaire du ROC Laissagais 2016, qui servira de support au championnat du monde de VTT marathon :

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Centre Presse, 19 avril 2016

   P.S.

   Pour en savoir plus sur le site de Sévérac-le-Château (et l'entreprise qui l'occupe actuellement), on peut lire les articles qui viennent de paraître dans Centre Presse.

   D'après un encadré présent dans la version papier, un livre et un DVD sont en préparation.

mardi, 19 avril 2016

Midnight Special

   Voici donc le dernier film de celui qui est présenté comme le nouveau prodige du cinéma états-unien, Jeff Nichols. Le scénario pourrait (largement) tenir sur une demi-feuille de format A4. Les parents d'un garçon doté de pouvoirs extraordinaires tentent de préserver celui-ci pour ce qu'ils croient être sa "mission". Face à eux se dressent les membres d'une secte millénariste (pour qui le môme est le nouveau Messie) et le gouvernement des Etats-Unis, qui voit dans le gamin un potentiel à exploiter. Et puis il y a une quatrième catégorie d'intervenants, mal définie au départ, mais qui prend de l'importance au fur et à mesure que l'on progresse dans l'histoire.

   C'est diablement bien filmé. Compte tenu de l'état du garçon (affublé d'un horrible prénom : Alton... non mais franchement, cette quête de l'originalité à tout prix est vraiment pathétique), les fuyards voyagent de nuit, ce qui nous vaut de magnifiques scènes bleutées ou ocres, auxquelles s'ajoutent parfois les lumières issues du corps de gamin. Le tout baigne dans une ambiance musicale étrange et fascinante. (Le compositeur est David Wingo.)

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   Est-il besoin de préciser que les acteurs (y compris le garçon) sont très bons ? Le père est incarné par Michael Shannon, une "gueule" habituée des seconds rôles... mais aussi l'acteur fétiche du réalisateur. Sa compagne est jouée par une Kirsten Dunst méconnaissable : elle a pris quelques kilos (je sais : je suis un goujat) et on l'a habillée avec des fripes qu'on a dû trouver dans une solderie... Bref, on a voulu en faire une mère américaine (très) moyenne. Mission accomplie ! Mais, surtout, elle nous touche par la justesse de son jeu.

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   Comme le temps passe un peu lentement, on a tout loisir d'observer les autres personnages, interprétés par des figures souvent connues mais sur lesquelles on n'arrive pas forcément à mettre un nom, à l'exception du scientifique un peu "geek", qui a les traits d'Adam Driver, plus convaincant que dans le dernier épisode de Star Wars.

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   Attention toutefois : Jeff Nichols est une sorte d'anti-Spielberg. Alors que celui-ci (quand il nous livre une oeuvre de science-fiction) utilise une vision stéréotypée de la famille et des rapports humains pour appuyer une intrigue en général assez fouillée, Nichols s'appuie sur un cadre fantastique sommaire pour faire l'éloge de la paternité (et de la maternité), dans une société oppressante. Cela donne une oeuvre originale, souvent prenante, mais un peu trop sentencieuse à mon goût.

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lundi, 18 avril 2016

Truth : Le Prix de la Vérité

   Ce film nous replonge dans la présidence Bush (fils), plus précisément à la jonction de ses deux mandats, quand l'enquête menée par certains journalistes de télévision menaçait de faire basculer un scrutin qui s'annonçait serré (avec le démocrate John Kerry). C'est donc un hommage au travail du "quatrième pouvoir", cette fois-ci incarné par l'audiovisuel (et pas la presse écrite). On sent néanmoins les références aux Hommes du président, d'autant plus que les deux oeuvres ont en commun la présence de Robert Redford au générique.

   Mais c'est une femme qui occupe le premier plan, la journaliste et productrice Mary Mapes, incarnée par la sublime Cate Blanchett :

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   Au passage, si vous allez voir le film, quand vous serez à ce moment de l'action, vous trouverez sans doute la beauté de l'actrice encore plus grande. Il semblerait que quelques retouches numériques aient été pratiquées, afin de masquer les imperceptibles traces que le temps qui passe a laissées sur le visage encore superbe de Catounette.

   Mais elle n'est pas que belle à tomber. C'est une femme de tête, intelligente, qui se bat pour ses convictions, tout en tentant de mener de front sa vie de famille, en compagnie d'un mari compréhensif et d'un enfant adorable.

   La première partie de l'histoire nous conte la marche quasi triomphale d'une improbable équipe d'enquêteurs vers ce qui semble être le scoop de l'année : non seulement George W. Bush s'est fait pistonner pour éviter d'être envoyé au Vietnam, mais il a de plus sans doute déserté son poste pour travailler pour le compte d'un élu républicain.

   La réalisation, assez plate, se contente de mettre en valeur les principaux personnages, les journalistes bien sûr, mais aussi les témoins (plus ou moins volontaires) et les autres acteurs importants de la chaîne CBS, du PDG à la juriste en passant par le directeur de l'information. C'est assez instructif sur la manière dont fonctionne (à l'époque, en 2004) une grosse machine médiatique.

   Puis vient le retournement. On connaît déjà la fin de l'histoire (la réélection de Bush). On se demande donc comment tout a pu "capoter". On découvre la contre-attaque républicaine, la violence des commentaires sur internet (déjà), l'oppressante présence des caméras jusque dans la vie privée et le lynchage médiatique orchestré... sans oublier les pressions sur les témoins. Le documentaire se fait polar, pour notre plus grand plaisir. (Fort heureusement, de temps en temps, le personnage joué par Dennis Quaid apporte de plaisants moments d'humour.)

   Notons aussi que, même si le scénario accorde la part belle aux journalistes, il ne cache pas leurs maladresses voire leurs erreurs. Les arguments des adversaires font parfois mouche, même si l'on comprend que leur but n'est pas de faire éclater la vérité mais de protéger le président sortant.

   Dans la dernière partie, cela tourne quasiment au film judiciaire, puisque les enquêteurs vont subir une sorte de procès en sorcellerie déontologie journalistique. Symptomatiques sont les scènes qui confrontent Mary/Cate à la commission, exclusivement masculine... et presque entièrement d'obédience républicaine. La conclusion est assez pessimiste : à la télévision, l'infotainment remplace l'enquête de terrain. Soyez aussi attentifs à la toute fin, qui évoque le devenir de l'héroïne.

   P.S.

   Aussi étrange cela puisse-t-il paraître, l'Aveyron n'est pas absent de cette oeuvre américanissime. Ainsi, au cours de leur enquête, les journalistes vont trouver un document dans lequel il est question d'une fête agricole, avec des vaches Simmental (celles dont le lait constitue l'essentiel de la matière première du fromage Laguiole). Et puis, tout au long du film, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à la troisième adjointe du maire de Rodez, Sarah Vidal,  chaque fois qu'est apparue à l'écran Elisabeth Moss, qui interprète l'un des membres de l'équipe d'enquêteurs :

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dimanche, 17 avril 2016

Grimsby, agent trop spécial

   Depuis The Dictator, Sacha baron Cohen me manquait un peu. Le voilà de retour au scénario et dans la peau du personnage principal, une sorte de Tuche britannique, fan de foot, alcoolique et bedonnant, défiguré par des rouflaquettes que même le plus ringard des fans de rock n'ose plus porter. Fidèle à son style, SBC joue sur le double langage : on peut aussi bien s'identifier à ce personnage débile (mais gentil, au fond) que jouir (avec mépris) de ses travers et de sa bêtise. Sa compagne est bien dans le t(h)on : elle est incarnée par Rebel Wilson, l'obèse vulgaire qui a réussi à faire croire à des Américains que le manque d'amour-propre pouvait faire office de talent. Mais je reconnais qu'elle est plutôt bien utilisée dans le film, en tout cas mieux que dans le dernier volet de La Nuit au musée. Je ne vais pas m'étendre sur les enfants du couple, dont les coupes de cheveux ont de quoi faire frémir les plus stupides footballeurs de Ligue 1.

   L'intrigue fonctionne sur l'effet de contraste entre les scènes d'action très bien foutues (le Frenchie Louis Leterrier est aux manettes) et les scènes d'humour trash, souvent drôles, parfois ratées... et parfois géniales. On en a un avant-goût dès les premières minutes du film, durant lesquelles on découvre le couple de beaufs en pleine action, puis le frère cadet du héros (Mark Strong, excellent) en agent secret impitoyablement efficace.

   On n'a vraiment pas mégoté sur les scènes d'action, qui dépotent, avec notamment l'utilisation de ce qui ressemble à des caméras gopro. Notons que les effets spéciaux sont très réussis. De son côté, l'aîné nous impressionne par sa capacité à faire intervenir un pénis, un vagin ou un anus... voire tout cela à la fois. J'ai évidemment goûté la parodie de Basic instinct, tout comme la séquence de "sucions". Mais les meilleurs moments sont sans conteste ceux passés aux côtés d'un troupeau d'éléphants. Je ne peux pas trop en dire, mais sachez que les gags y sont vraiment ENORMES !... dans tous les sens du terme !

   Je mets toutefois deux bémols à mon enthousiasme : le doublage n'est pas terrible et les retours en arrière sont trop premier degré. Si, dans un premier temps, on peut percevoir la volonté de tourner en ridicule un procédé scénaristique éculé, à la longue, on sent que le réalisateur y croit et tente d'ajouter (maladroitement) quelques touches d'émotion à son histoire. On aurait pu s'en passer, mais il est vrai que, même avec ces scènes sans intérêt, le film n'atteint pas l'heure et demie.

   A part cela, que dire d'autre ? Que le prolétariat britannique est vraiment mal barré dans la vie (que le Royaume-Uni soit dans l'UE ou pas). Que les méchants sont vraiment très méchants et que le foot est un sport qui abrutit les masses.

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vendredi, 15 avril 2016

Desierto

   Ce thriller franco-mexicain confronte un groupe de migrants clandestins pénétrant aux Etats-Unis à une série de menaces dont on aurait de la peine à déterminer quelle est la plus grande. Est-ce ce fameux désert (situé du côté de la Californie), peuplé de serpents venimeux et où règnent régulièrement des températures caniculaires ? Est-ce ce red neck américain, vieux solitaire qui ne se sépare presque jamais de son fusil à lunette ou bien n'est-ce pas plutôt son chien, un agile berger allemand, très bien dressé ?

   Les paysages de ce désert rocheux sont superbement filmés et les acteurs sont globalement bons. On a beaucoup parlé de Gael Garcia Bernal, jadis découvert dans Carnets de voyage et revu dans La Science des rêves et Babel. J'ai été davantage marqué par les prestations d'Alondra Hidalgo et de Jeffrey Dean Morgan (que l'on a pu voir notamment dans Hôtel Woodstock, Prémonitions et surtout The Salvation).

   C'est un bon suspense, marqué par plusieurs scènes très violentes, sans fard, et qui aborde une question sensible : la détresse des migrants économiques. Mais il le fait de manière assez prévisible, l'intrigue ne comportant guère de surprises pour un "vieux" cinéphile. De surcroît, le fiston Cuaron (eh, oui : papa a réalisé Gravity !) abuse des "juste-à-temps". On pourrait se dire qu'il s'agit là d'un péché de jeunesse, ou la conséquence de l'influence mal digérée de la mécanique hollywoodienne. Mais c'est aussi une marque de fabrique du style de papa...

   Autre défaut du film, son côté manichéen, dans plusieurs sens d'ailleurs. Ainsi, il n'y a pratiquement aucun recul sur les meurtres perpétrés par le cowboy alcoolique. Ce personnage de "loup solitaire" n'est pas assez creusé : on ne sait pas vraiment ce qui l'a conduit à se muer en tueur en série des frontières. De leur côté, les victimes sont rarement présentées avec empathie. On pourrait se féliciter que le réalisateur n'ait pas un point de vue angélique sur les migrants. En réalité, il défend mordicus leur cause, mais uniquement à travers les deux personnages les plus séduisants... Encore Hollywood ! (Il s'est aussi bien gardé d'évoquer les sévices que ces mêmes migrants ont pu subir du côté mexicain de la frontière...)

 

ATTENTION : LA SUITE EVOQUE DES ELEMENTS CLES DE L'INTRIGUE, QU'IL VAUT MIEUX NE PAS CONNAITRE AVANT D'ALLER VOIR LE FILM.

 

   L'un des paradoxes de la réalisation est de rendre la mort du chien (pourtant auparavant montré comme une impitoyable bête traqueuse) plus touchante que celle des migrants. Dans le même ordre d'idée, le renversement de position (auquel on s'attend : le chasseur devient la proie) est un peu téléphoné et n'est pas très bien géré. On sent que le réalisateur n'a pas trop su sur quel ton tourner certaines scènes.

   Je suis donc sorti de là un peu mitigé, satisfait malgré tout d'avoir vu une oeuvre bien filmée, comportant de bons moments de tension, mais pas tout à fait aboutie.

   P.S.

   Pour la petite histoire, sachez que Tracker (le chien) est incarné par trois canidés différents, nommés (d'après le générique de fin) Gaston, Neron et Kraken !

   P.S. II

   Ce n'est pas la seule information donnée par la bande défilante. On y apprend aussi que les acteurs principaux ont été accompagnés de gardes du corps sur les lieux du tournage... au Mexique. Ainsi, dans la réalité, le pays le plus violent n'est peut-être pas celui que l'on croit.

22:26 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 10 avril 2016

Merci patron !

   Le documentaire militant de François Ruffin est enfin arrivé à Rodez, pour une petite semaine de projection. C'est l'occasion de découvrir pourquoi cette piqûre de moustique (un film à diffusion confidentielle ayant coûté moins de 200 000 euros) a pu subir à sa sortie ce qui ressemble à une forme de censure médiatique... qui l'a finalement bien servi.

   C'est d'abord un film social, qui évoque la condition des ménages ouvriers des "Hauts-de-France" comme il faut dire maintenant. Ruffin et son équipe sont partis à la rescousse d'un couple d'ouvriers licenciés. Au passage, on découvre (ou pas) l'un des paradoxes de notre économie : l'un de ses fleurons du luxe (LVMH) a bâti sa prospérité sur l'exploitation d'une main-d'oeuvre mal payée, d'abord française, aujourd'hui polonaise ou autre. A cet égard, je conseille la scène qui voit le réalisateur essayer un costume dans une boutique du groupe, tout comme celle tournée dans une usine polonaise. Tendez l'oreille pour saisir les chiffres, en particulier l'écart entre le coût de la main-d'oeuvre et le prix d'un costume...

   C'est aussi une satire politique, la "gauche de la gauche" ne se privant pas d'égratigner au passage la "gauche de gouvernement" (le PS), à travers la personne d'un élu socialiste, très proche de Bernard Arnault et bien vu de François Hollande.

   Mais c'est surtout une excellente comédie satirique, dans laquelle, le plus souvent, Ruffin adopte l'antiphrase et se fait passer pour un benêt (faussement) admirateur de Bernard Arnault, aussi bien devant l'ancienne déléguée CGT que devant les employés de LVMH. Il y a comme une parenté avec le style de l'humoriste Guillaume Meurice. On sent aussi l'influence de Pierre Carles.

   Au coeur du film se trouve une grosse entourloupe, la menace proférée par le couple d'ouvriers de lancer une campagne médiatique contre Bernard Arnault s'il ne les aide pas à rompre la spirale de l'endettement. Ce ménage, dont les ressources plafonnent à quelques centaines d'euros, en a des milliers à payer, la maison, construction d'une vie, risquant d'être saisie. Les deux ouvriers se prêtent de bon coeur à la manoeuvre de François Ruffin, qui a placé des caméras et des micros à leur domicile.

   Cela nous vaut certaines des plus belles scènes du film, avec une sorte d'homme à tout faire du groupe LVMH, un ancien policier engagé pour gérer les problèmes d'image qui peuvent se poser. Au départ méfiant, l'homme finit par s'exprimer avec une franchise déconcertante devant un couple qu'il sous-estime. Il n'est d'ailleurs lui-même pas méchant au fond. Il est le sbire d'un homme puissant, qu'il sert sans état d'âme, ce qui ne l'empêche pas d'être lucide.

   C'est donc drôle, militant, rageant parfois, accompagné d'une musique entraînante, d'où se détache une chanson méconnue des Charlots.

   P.S.

   Une soirée débat est programmée au Cap Cinéma de Rodez lundi 11 avril, à 20h :

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(La Dépêche du Midi, 8 avril 2016)

vendredi, 08 avril 2016

Gods of Egypt

   C'est le péplum du moment, réalisé par Alex Proyas, pas un spécialiste du genre, mais quand même auteur de Dark City et I, Robot. Au niveau du casting, on n'a pas cherché à faire preuve d'originalité : les mecs ont passé des heures sur le banc de musculation et les femmes portent d'invraisemblables tenues, qui ne permettent pas d'ignorer à quel point elles sont super bien gaulées.

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   Les acteurs les plus jeunes ne me sont pas connus. Il semblerait qu'ils se soient révélés dans des séries télévisées que je ne regarde pas. Du côté féminin, notons la présence d'une ravissante Frenchie, Elodie Yung, très crédible en déesse de l'amour.

   D'autres interprètes sont plus familiers aux "vieux" cinéphiles. L'architecte du dieu-roi est incarné par Rufus Sewell, découvert jadis dans Dark City. Le méchant Seth a les traits de Gerard Butler, vu naguère dans 300. On retrouve aussi avec plaisir Chadwick Boseman, remarqué dans Get on up, le biopic consacré à James Brown. Tous ces acteurs sont bons. Le personnage du méchant est particulièrement réussi, même si j'ai trouvé les scènes avec l'érudit et orgueilleux Thot (Boseman) plus savoureuses. La séquence qui se déroule dans sa cité-bibliothèque est excellente et le personnage en lui-même mérite le détour. J'ai par contre été déçu par la prestation de Geoffrey Rush, très poussif dans le rôle du dieu Râ.

   L'intrigue est des plus classiques. C'est une histoire d'amour(s) et de pouvoir. On la suit à deux niveaux : celui des dieux et celui des humains, qui s'entremêlent, au grand étonnement des divinités, peu habituées à frayer au quotidien avec ces créatures inférieures. A l'écran, c'est rendu par la juxtaposition de deux plans, qui permet de faire figurer ensemble des personnages aux tailles différentes, les dieux et déesses étant 1,5 à 2 fois plus grands que les humains. C'est évidemment une source de gags, notamment quand les deux héros masculins sont de la partie. J'ai beaucoup aimé ce duo improbable, formé par Horus le borgne et Bek le voleur, tous deux amoureux et courageux.

   Mais le principal atout du film est sans conteste ses effets spéciaux. Ajoutés aux costumes, aux décors et à la joaillerie, ils donnent beaucoup d'éclat aux scènes urbaines et, surtout, ils permettent d'introduire de spectaculaires moments d'action. Cela rend indulgent pour la faiblesse de certains dialogues et pour la médiocrité de certains scènes, dont on comprend immédiatement qu'elles ont été tournées devant un fond vert.

   Franchement, je n'ai pas vu les deux heures passer. Même si le film n'est pas du niveau d'un Gladiator ou d'Exodus, il est meilleur que le récent Pompéi et constitue un agréable divertissement, sans prise de tête.

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jeudi, 07 avril 2016

Remember

   Se souvenir est l'enjeu principal de cette histoire, dont le "héros" est frappé de sénilité (à éclipses). Chaque matin, il se réveille en cherchant son épouse, décédée depuis peu. Mais la mémoire est aussi celle d'un passé beaucoup plus lointain, qui remonte au début des années 1940, en Allemagne et en Pologne : Zev et son ami Max sont les derniers survivants d'un "block" d'Auschwitz. Les responsables de la mort des membres de leurs familles n'ont jamais été retrouvés... jusqu'à aujourd'hui.

   Max étant handicapé moteur, c'est Zev qui est chargé de "rendre justice". Comme il perd régulièrement le fil de ses pensées, Max lui a écrit un petit mémo, qu'il conserve dans la poche intérieure droite de sa veste... et qu'il doit relire régulièrement. L'autre problème est l'incertitude qui pèse sur l'identité du principal bourreau, qui s'est jadis enfui aux Etats-Unis, où il entré sous un faux nom. A la suite d'une longue enquête, Max est parvenu à resserrer les fils : il reste quatre candidats potentiels. Ce sont ces quatre personnes que Zev est chargé de contacter, l'une d'entre elles étant vouée à la mort.

   Il s'agit donc d'un film à suspens, d'autant plus prenant que le nouvel ange exterminateur évolue à son rythme. Bien qu'encore vaillant et déterminé, il commet quelques bévues, qui nuisent à sa mission. Il est quand même suffisamment malin pour passer la douane entre les Etats-Unis et le Canada et pour se faire accepter partout où il va sonner.

   L'un des intérêts de l'intrigue réside dans les rencontres que fait le héros. Les scènes tournées avec les jeunes enfants (le garçon dans le train, la fille à l'hôpital) sont assez touchantes. Mais on attend surtout la rencontre avec les quatre cibles potentielles. Qui est l'ancien SS d'Auschwitz ? Le père du policier raciste ? L'ancien militaire ? Le papy gâteau ? Le malade en phase terminale, cloué sur son lit ? Aucune des rencontres ne se déroule comme prévu. Le scénario est vraiment bien conçu (on découvre le passé par morceaux, comme dans un puzzle), ménageant des surprises, jusqu'à l'avant-dernière séquence, qui a tellement choqué certains critiques, mais qui est cohérente avec le reste de l'histoire.

   Au niveau de l'ambiance, on oscille entre l'humour, l'émotion et la tension. Atom Egoyan (le réalisateur) et Christopher Plummer (Zev) nous font ressentir ce que vit le héros, que la moindre contrariété dans le déroulement de sa vie quotidienne peut plonger dans un abyme de perplexité. L'angoisse du survivant de la guerre nous est transmise à travers certains éléments (pas toujours judicieusement choisis) : le pommeau d'une douche (...), la sirène d'alarme d'une carrière, les aboiements d'un berger allemand... Beaucoup de choses passent par les images. Il faut quand même rester vigilant, Egoyan étant passé maître dans les faux semblants. (Rappelez-vous Captives.)

   Cela donne un "thriller du troisième âge", très tendu et remarquablement interprété.

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dimanche, 03 avril 2016

La Passion d'Augustine

   Les religieuses sont à l'honneur sur le grand écran, ces temps derniers. A ceux qui ne l'auraient pas encore vue, on peut conseiller de se précipiter à une projection des Innocentes, une excellente coproduction franco-polonaise. Ici, il s'agit d'une histoire québécoise, dont l'action se situe dans les années 1960, après le concile Vatican II. Les héroïnes sont les religieuses et les adolescentes d'un couvent réputé pour sa formation musicale, une orientation choisie jadis par la nouvelle mère, soeur Augustine, incarnée avec talent par Céline Bonnier.

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   La caméra s'attarde donc sur ces enseignantes et travailleuses du couvent, aux personnalités affirmées. Il y a bien sûr Augustine, dont la passion mêlée de rigorisme pour la musique masque un passé trouble. Il y a soeur Lise, plus pète-sec et traditionaliste... et donc l'objet des moqueries des élèves les plus rebelles. Il y aussi une soeur syndicaliste (la meilleure amie d'Augustine), une autre un peu farfelue (particulièrement bonne dans la scène de jeu de ballon et celle du cirage du parquet !), une autre cuisinière perfectible etc. Cela compose un tableau assez pittoresque de femmes finalement assez modernes pour leur époque... au contraire de la nouvelle mère supérieure de l'ordre auquel elles appartiennent.

   Cela nous mène aux menaces qui pèsent sur le couvent. Les plus sérieuses viennent apparemment du gouvernement laïc, prêt à investir dans l'enseignement public et donc désireux de récupérer certains élèves... notamment les jeunes filles. Mais, au cours de l'histoire, on découvre qu'il y a matière à négociations... La direction de l'ordre du Sacré-Coeur ne semble pas aussi flexible. Le couvent dirigé par Augustine est un peu trop hors-normes et l'héroïne est elle-même perçue comme un électron libre, que l'on veut soumettre. Les difficultés financières de l'ordre vont être le prétexte à une reprise en mains.

   Le salut pourrait venir des parents d'élèves, certains très fortunés (et influents). Le couvent mêle toutefois des publics divers, certaines filles étant d'origine modeste, souvent issues de familles nombreuses et croyantes, sur lesquelles pèse une juridiction inflexible, l'avortement étant considéré comme un crime. (Ce fut le cas jusqu'en 1988.)

   L'intrigue met ainsi au premier plan tour à tour les religieuses et les adolescentes, elles aussi très bien interprétées. On a beaucoup parlé de Lysandre Ménard, pianiste exceptionnelle que l'on voit à l'oeuvre, comme ses camarades, sans aucun trucage. C'est la force de ce film que d'insérer dans l'histoire des morceaux de musique classique, dont les airs sont connus du grand public, même s'il ne sait pas toujours mettre un nom ou un titre sur chaque morceau.

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   Et puis il y a les affres de l'adolescence. Ces jeunes femmes ont entre 15 et 18 ans. Elles sentent que leur corps change. Elles sont attirées par les garçons, qu'elles croisent à de rares occasions, notamment à la messe, où l'on voit officier un curé qui aurait pu figurer dans La Vie est un long fleuve tranquille. L'arrivée d'Alice sert de détonateur : la rebelle talentueuse apporte une bouffée d'air frais dans l'internat-caserne, contribuant à épanouir le vilain petit canard du groupe, une brune complexée qui bégaie. Cette dernière est jouée par une jeune actrice remarquable, souvent drôle ne serait-ce que par les expressions de son visage... et qui nous réserve une belle surprise (chantée) dans la dernière partie du film.

   Bref, j'ai été emballé par ce film qui ne rentre dans aucune case... et c'est très bien ainsi !

   P.S.

   Pour en savoir plus, on peut lire le dossier de presse mis en ligne par le distributeur KMBO.

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samedi, 02 avril 2016

Good Luck Algeria

   Voilà un titre anglais pour un film français traitant de "l'algéritude". En voyant la bande-annonce, j'ai immédiatement pensé à Rasta Rockett. Une fois dans la salle, d'autres similitudes me sont apparues, notamment avec Ma Petite Entreprise et Mémoires d'immigrés. Du coup, parfois, les "vieux" cinéphiles auront comme une impression de déjà-vu. L'assemblage des styles et des thématiques n'en demeure pas moins original, d'autant plus que le scénario s'appuie sur une histoire vraie, celle du frère du réalisateur Farid Bentoumi.

   C'est d'abord l'histoire d'une PME qui se retrouve au bord de la faillite. Notons que la vie des employés au quotidien est très bien mise en scène. On sent l'amour du travail bien fait (la fabrication de skis haut-de-gamme), dans une ambiance pas tout à fait familiale, mais où règne une grande proximité entre les différents membres de l'entreprise. Les passages par la banque ne manquent pas non plus de saveur, sans être caricaturaux. Les acteurs sont bons. Sami Bouajila (Sam) se détache, lui qu'on avait déjà apprécié il y a quelques années dans Hors-la-loi et Omar m'a tuer.

   C'est aussi une bonne comédie, surtout dans la première partie. Les débuts des deux acolytes (Sam et Stéphane, dont les skis portent le nom) dans la préparation des Jeux Olympiques d'hiver sont souvent cocasses. Il y a bien sûr la difficulté de l'entraînement. Il y a aussi, dans un premier temps, les efforts déployés pour masquer leur projet. Il y a encore la participation aux épreuves de coupe du monde et (enfin) la rencontre avec l'Algérie réelle (le pays d'origine du père du héros, pour lequel il va tenter de concourir). L'une des séquences balance quelques "piques" bienvenues sur la bureaucratie et la corruption du régime boutéflikien.

   Cela nous amène au "sous-texte" de l'intrigue : le fait d'être à cheval sur deux mondes, le français urbain et l'algérien rural. Pour le père (formidablement joué par un inconnu, Bouchakor Chakor Djaltia), c'est le pays des racines qui prime, même si la famille passe avant tout. Il a rallié son épouse française (Hélène Vincent, impeccable) à ses vues. Par contre, ses deux enfants, le garçon comme la fille, se sentent français et regardent les projets de leur père comme de dangereuses lubies. Un séjour "au pays" va débloquer pas mal de choses.

   Et la pratique du ski dans tout ça ? Elle fait l'objet de plusieurs scènes. Il faut reconnaître que voir de grands gaillards en costumes moulants glisser plus ou moins habilement sur de la neige n'est pas des plus passionnants. Mais, derrière, il y a l'enjeu de la qualification pour les Jeux et celui de la notoriété d'une entreprise au bord du gouffre. C'est une belle histoire, moins hilarante que celle de La Vache, mais plus ancrée dans la réalité.

21:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 31 mars 2016

The Assassin

   Je pense que l'on peut aborder ce film de deux manières extrêmement différentes : soit, de crainte de n'y rien comprendre, on se renseigne un maximum avant la séance, et, durant celle-ci, l'on s'efforce de suivre attentivement les méandres de l'intrigue politique, soit on décide de ne pas chercher à tout comprendre et l'on se laisse porter par la mise en scène et l'interprétation.

   Il est vrai que cette histoire de rébellion n'est pas présentée de manière limpide. Il en est de même du versant sentimental, jusqu'à ce qu'une scène d'exposition un peu plan-plan ne vienne éclaircir la lanterne des spectateurs lambdas... au bout de trois quarts d'heure. S'ajoutent à cela une crise de couple, sur fond d'intrigues de cour... et diverses péripéties pas toujours compréhensibles. Comme, de surcroît, plusieurs personnages (féminins et masculins) se ressemblent physiquement, vous réalisez quel peut être le désarroi des spectateurs un peu mous du bulbe (ou tout simplement fatigués par une journée de boulot).

   Malgré ce refus de la simplicité de Hou Hsiao Hsien, il reste les images magnifiques, les plans brillamment construits, certains mouvements de caméras comme d'acteurs étant orchestrés avec brio, en particulier lors des affrontements au sabre et au poignard.

   Il faut souligner le talent de ces acteurs, sans doute formés au théâtre, en particulier Shu Qi, sorte de samouraï chinoise vouée à la solitude et à la mélancolie... mais combattante redoutable qui, malgré son tout petit couteau, met leur race à toute une floppée de mâles un peu trop fiers de leurs grands sabres dressés....

   Au-delà du plaisir que l'on éprouve à visionner cette oeuvre contemplative, il y a l'intérêt de pouvoir suivre plusieurs grilles de lecture. Au premier degré, ce n'est que la mise en images d'un drame historique. En réalité, c'est bien plus que cela. Je regrette quand même le rythme un peu trop lent.

21:57 Publié dans Chine, Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films