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mercredi, 22 septembre 2021

Sans signe particulier

   L'intrigue de ce film mexicain tourne autour de quatre femmes, quatre mères. On commence par suivre deux d'entre elles, deux paysannes semi-illettrées à la recherche de leurs fils, dont elles sont sans nouvelle depuis qu'ils ont décidé de tenter ensemble l'aventure du Rêve américain. La troisième mère vient d'un milieu plus privilégié, mais elle est confrontée à la même incertitude macabre. La quatrième est l'ultime secours des mères éplorées : la Vierge Marie, en laquelle le petit peuple des villes comme des campagnes place ses derniers espoirs, quand la police ne peut plus rien.

   Nous sommes au Mexique, au XXIe siècle. L'archaïsme des mœurs y côtoie le progrès technologique... et c'est le premier qui semble avoir le dessus : la rationalité des médecins-légistes, bien qu'appuyée sur des tests ADN, est d'un faible secours face au déchaînement d'une violence parfois inexplicable.

   La concernant, la réalisatrice Fernanda Valadez (une inconnue bourrée de talents) choisit d'avancer de biais. Ce ne sont pas tant les actes de violence qui sont l'objet de la mise en scène que leurs conséquences et la perception que les personnages principaux en ont. À l'écran, cela donne une ambiance tantôt faussement calme (on se croirait dans un documentaire), tantôt digne d'un film d'horreur, dans lequel les héros seraient confrontés à une puissance maléfique.

   La deuxième partie du film montre le périple de Magdalena, l'une des mères, en quête de vérité dans le Mexique profond. Elle va y faire une rencontre enrichissante, celle d'un autre désespoir solitaire. (Tout ce qui se passe entre ces deux personnages est d'une beauté limpide.)

   Pour découvrir le fin mot de l'histoire, il lui faudra franchir un gigantesque lac de barrage et entrer en contact avec un mystérieux vieillard ne parlant pas un mot d'espagnol. Son récit coloré n'a toutefois pas besoin de traduction... jusqu'au coup de théâtre que je ne révèlerai pas.

   C'est filmé avec talent, le style documentaire alternant avec l'onirisme. Les spectateurs attentifs remarqueront que certains interlocuteurs de Magdalena n'ont pas de visage, ce qui suscite interrogations voire incompréhension. C'est la manière choisie par la réalisatrice pour nous faire comprendre le ressenti de l'héroïne, une femme entre deux âges, mal à l'aise dans le monde moderne, mais opiniâtre.

   Mon palmarès 2021 vient de s'enrichir d'un nouveau long-métrage.

samedi, 18 septembre 2021

One Lane Bridge

   La chaîne franco-allemande vient d'achever la diffusion de la première saison de la mini-série One Lane Bridge ("Le Pont à voie unique"), dont les six épisodes sont disponibles en ligne jusqu'à la mi-novembre.

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   Nous sommes en Nouvelle-Zélande, en zone rurale. Ariki Davis, jeune inspecteur de police, débarque à Queenstown. Il est Maori (ses ancêtres viennent des îles Cook), mais, jusqu'à présent, a toujours vécu à Auckland. Il a accepté cette mutation pour pouvoir travailler sous les ordres d'une "pointure", Stephen Tremaire, qui dirige le commissariat local. Faute de logement disponible dans la commune, il va d'ailleurs être hébergé chez son supérieur hiérarchique, dont l'épouse ne se déplace plus qu'en fauteuil roulant.

   Peu de temps après son arrivée, un cadavre est découvert sous le fameux pont, qui en a déjà vu beaucoup d'autres. Mais, cette fois-ci, c'est plus personnel, puisque le mort était un ami de Tremaire... et qu'il était aussi lié à son épouse.

   L'enquête va conduire le jeune Davis à découvrir les secrets des habitants de cette petite ville provinciale, au risque de se fâcher avec son supérieur... et même de ruiner sa carrière.

   Au centre des regards se trouve une famille de paysans, dont l'exploitation est sur le point de fêter ses cent ans. Le grand-père (veuf) est atteint de démence sénile, tandis que ses enfants se déchirent pour savoir quoi faire de la ferme (qui n'est plus rentable). À l'arrière-plan évoluent des investisseurs chinois et un couple de nouveaux riches néo-zélandais, pas toujours bien perçus par les locaux.

   Une once de fantastique est introduite par des visions, celles d'Ariki qui, quand il s'approche du pont, "perçoit" des choses, du passé comme de l'avenir. Au fil des épisodes, on comprend que ce pont, en plus d'avoir mauvaise réputation, est peut-être une fenêtre sensorielle sur l'espace-temps.

   J'ai tenté cela un soir, pour voir (en version originale sous-titrée, c'est mieux)... et je n'ai pas décroché avant d'avoir avalé les six épisodes (comme pour Bron), ce qui a quelque peu écourté ma nuit. Je n'ai pas tout aimé dans la série (en particulier le personnage d'une mère alcoolique -très bien interprété- irritante au possible), mais le suspens est intense, prenant. C'est de plus bien joué, avec de très beaux plans de la campagne néo-zélandaise. Cela m'a un peu rappelé Mystery Road et Top of the Lake (une série de Jane Campion, avec Elisabeth Moss). C'est dire.

vendredi, 17 septembre 2021

Les branleurs de Villefranche

   C'est ce que m'a inspiré la lecture d'un article de l'hebdomadaire Le Villefranchois, paru jeudi 16 septembre 2021. Ce "papier" évoque une brusque poussée du nombre d'arrêts maladie parmi le personnel de l'hôpital local, situé dans l'Ouest Aveyron, à Villefranche-de-Rouergue. Cette "épidémie" coïncide avec l'entrée en vigueur de l'obligation vaccinale pour les personnes travaillant dans les établissements de santé.

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   L'article estime qu'entre 10 % et 20 % du personnel est concerné (donc une minorité), l'incertitude tenant au fait que certains arrêts maladie peuvent être justifiés. Mais, comme nombre d'entre eux ont été signés par le même médecin urgentiste de l'hôpital... lui aussi en arrêt maladie (et opposé à l'obligation vaccinale), cela suscite de légitimes soupçons.

   C'est dommage pour l'image de l'hôpital de Villefranche, un établissement modeste, utile à l'équilibre du territoire et dont la qualité du travail a déjà été remarquée au niveau du soin de la thyroïde, de la spécialité cataracte et de la lutte contre les infections nosocomiales.

   Les pseudo-rebelles de l'établissement se voient pourvus d'un arrêt maladie de... deux mois ! C'est-y pas beau ? Huit semaines de congés supplémentaires, payés par les contribuables (assujettis sociaux, pour être plus précis), quasiment au même salaire. (J'ai calculé que le cumul des indemnités journalières pouvait permettre à une personne payée 2000 euros par mois de gagner presque autant.)

   J'ajoute que certains de ces pseudo-rebelles ont envoyé un courrier menaçant à la direction de l'hôpital. Pour moi, le plus consternant dans cette histoire est le manque d'éthique de cette minorité du personnel soignant. Ne pas nuire devrait être un de leurs mots d'ordre... surtout quand on sait comment des milliers de personnes ont été contaminées par le covid. Ainsi, dans certains EHPAD, des patients seuls dans leur chambre, ne recevant aucune visite, ont quand même chopé la maladie... transmise par qui, d'après vous ? Les extraterrestres ? La 4G ? Ce serait (presque) drôle si ce n'était pas tragique.

   Ne parlons pas du surcroît de travail que l'absence de ces pseudo-rebelles va faire peser sur les épaules de leurs collègues soucieux (eux) du bien commun. La qualité des soins dispensés dans cet hôpital risque de se dégrader.

   Si les informations publiées par l'hebdomadaire aveyronnais sont confirmées, j'espère que de lourdes sanctions vont être prises contre les membres du personnel qui trahissent leur mission.

mercredi, 15 septembre 2021

Code 7500

   C'est le titre d'un téléfilm germano-américain, qu'Arte vient de diffuser et qui est encore accessible pendant quelques jours en mode rattrapage. (Il sera rediffusé le 23 septembre prochain.)

   Pendant 1h22, on suit, en temps réel, le vol d'un avion effectuant le trajet Berlin-Paris, de l'embarquement à... la fin, que je ne dévoilerai pas ici.

   Peu de temps après le décollage, le cockpit est attaqué par quatre terroristes islamistes. Un seul membre d'équipage survit. C'est Tobias Ellis, le copilote (d'origine américaine), interprété par Joseph Gordon-Lewitt. Les autres personnages semblent être tous allemands, à l'exception de quelques passagers que, dans la version originale, on entend parler français.

   À partir de là commence un huis-clos tendu à l'extrême, Tobias étant parvenu à conserver les commandes de l'avion, que les terroristes tentent par tous les moyens de lui reprendre. Le héros se retrouve face à un dilemme : doit-il suivre la procédure d'urgence à la lettre (et ne plus tenir compte de ce qui se passe en dehors du poste de pilotage, quoi que les terroristes fassent subir aux passagers)... ou bien doit-il tenter quelque chose ? Le fait que que sa compagne soit présente dans l'avion rend ce choix particulièrement cornélien.

   La scénario est excellent et s'inspire visiblement de ce qui est arrivé au Vol 93, le 11 septembre 2001, auquel Paul Greengrass a jadis consacré un bon film.

   Au cours de cette brève histoire, certains personnages évoluent. Au départ, le jeune copilote (âgé de 31 ans) paraît un peu tendre, pas taillé pour affronter ce genre de situation. Il va devoir rapidement s'endurcir. En face, l'un des quatre pirates de l'air (le plus jeune) révèle une personnalité moins monolithique que celle de ses comparses.

   Je n'attendais pas grand chose de ce téléfilm. Finalement, ce n'est pas mal du tout.

samedi, 11 septembre 2021

Boîte noire

   Même si son aspect extérieur est rouge, on continue à appeler ainsi le système d'enregistrement en vol, dont la récupération (en bon état) est un enjeu majeur des enquêtes succédant à un accident aérien.

   Il convient d'être attentif dès le début, durant la séquence tournée à l'intérieur de l'avion (avec un beau travelling arrière). En apparence, il s'agit d'un vol ordinaire (entre Dubaï et Paris), avec certes quelques turbulences, mais a priori rien de grave. Dans la suite de l'histoire, on entend et réentend la partie son de cette séquence, sous différents angles, au fur et à mesure que les enquêteurs tentent de décrypter tous les bruits émis dans l'appareil.

   Avant cela, on découvre le fonctionnement du B.E.A. (Bureau d'enquêtes et d'analyses), de manière quasi documentaire. Le réalisateur Yann Gozlan réussit à rendre passionnante la vision d'un travail administratif souvent fastidieux. Les technologies numériques sont très bien intégrées à l'intrigue : on constate la place qu'elles prennent aussi bien dans la vie privée que dans le travail des personnages principaux.

   Le début plante aussi le décor, présentant de manière claire les relations entre les différents protagonistes. Pierre Niney incarne avec sobriété Matthieu Vasseur, un jeune enquêteur minutieux, doté d'une ouïe extraordinaire. C'est une autre qualité à porter au crédit du film : la mise en scène du travail sur le son, au cours d'une enquête. Parfois, on n'est pas très loin du Chant du loup. En raison de la manière dont le héros exploite le moindre détail du corpus audio qu'il analyse, certains cinéphiles seront tentés de penser aussi au Blow up d'Antonioni ou au Blow out de Brian de Palma.

   À la lecture de ces prestigieuses références, vous aurez compris que j'ai été emballé par ce film. C'est d'abord un excellent polar. On se demande longtemps quelle est la cause réelle du crash : une défaillance technique ? un attentat islamiste ? autre chose ? Dessus se greffe une enquête sur la disparition du supérieur hiérarchique du héros (très bien incarné par Olivier Rabourdin, vu récemment dans Benedetta). On sent Matthieu devenir petit à petit un brin paranoïaque, à tel point qu'on se demande, à l'instar de certains de ses collègues, s'il ne s'est pas fourvoyé.

   Les réponses à de nombreuses questions seront trouvées dans une mystérieuse maison, où Matthieu est amené à se rendre à deux reprises.

   C'est prenant, haletant même dans la dernière demi-heure. Les seconds rôles sont très bien interprétés, par une foultitude de guests (André Dussolier, Aurélien Recoing, Gregori Derangère...). Si vous ajoutez à cela une musique intrigante sans être trop présente, vous obtenez l'un des meilleurs films de l'année.

22:54 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 08 septembre 2021

Délicieux

   Dans les années 1780, en France (peu avant la Révolution, donc), le chef cuistot d'un duc auvergnat va connaître la disgrâce, dans des circonstances que je me garderai de raconter. Replié sur la ferme familiale, poussé par des proches qui croient en son talent, il va lancer un des premiers restaurants « modernes ».

   Entendons-nous bien. Il était déjà possible de se nourrir en dehors de son domicile, et ce depuis des siècles. Ainsi, il y a près de 2000 ans, à Pompéi, les citadins pressés pouvaient bénéficier des services d'un ancêtre du fast-food. En France, depuis la Renaissance, les voyageurs profitaient des arrêts aux relais de poste pour se restaurer dans une auberge. Le personnage principal de notre histoire va lui inventer un lieu où l'on vient spécifiquement pour se nourrir, à une table séparée, en choisissant dans un menu préétabli.

   Ce personnage bourru et talentueux a les traits de Grégory Gadebois (vu récemment dans Présidents), qu'on dirait fait pour le rôle. Certains déploreront peut-être qu'il soit fait d'un seul bloc. Mais c'est contrebalancé par le jeu de sa partenaire, Isabelle Carré (formidable), qui incarne la mystérieuse Louise, l'apprentie opiniâtre qui cache de douloureux secrets.

   Notons que la distribution réunit une kyrielle d'acteurs qui se sont déjà croisés dans L'Esprit de famille, le précédent film d'Eric Besnard : outre I. Carré, Guillaume de Tonquédec, Jeremy Lopez, Marie-Julie Baup... Le réalisateur fait montre des mêmes qualités que celles observées l'an dernier, avec quelques plans somptueux de la campagne française et des natures mortes évocatrices. La manière dont les plats sont préparés est particulièrement bien mise en scène : en sortant de là, on a envie de faire chauffer la carte bleue pour s'offrir un gastro... ou, faute de mieux, de dévaliser le frigo ! J'ajoute que le scénario est coécrit par Nicolas Boukhrief, auteur, entre autres, de Made in France (toujours d'actualité, hélas), de Cortex et du Convoyeur.

   L'époque du XVIIIe siècle finissant est bien restituée. Le premier repas gastronomique chez le duc donne lieu à des joutes verbales qui ne sont pas sans rappeler celles de Ridicule. C'est aussi l'occasion de montrer les écarts de puissance et de richesse dans la France monarchique. Au-delà de l'hommage à la (bonne) cuisine, au-delà d'une histoire d'amour prévisible, ce film est d'abord le portrait d'une France très inégalitaire (bien plus qu'aujourd'hui), où la violence politique est sur le point de se déchaîner.

dimanche, 05 septembre 2021

Wonder Woman 1984

   En raison de la pandémie de covid (et de la prudence excessive des distributeurs), les cinéphiles n'ont pas eu la possibilité de découvrir ce long-métrage en salles. C'est donc dans une chambre d'hôtel (celui-ci abonné à une chaîne cryptée) que je me suis récemment "fait une toile".

   Ce film est censé être la suite de Wonder Woman, dont l'action se déroule majoritairement pendant la Première Guerre mondiale. Paradoxalement, cela démarre par un retour en arrière. On y voit Diana préadolescente, désireuse de remporter une prestigieuse compétition entre jeunes Amazones... quitte à contourner les règles. La séquence, bien construite, n'est pas sans rappeler certains épisodes de la saga Harry Potter. Elle aurait mérité une vision sur très grand écran.

   Ensuite, direction 1984 et l'Amérique reaganienne, en pleine Guerre froide contre l'ogre soviétique. Les femmes n'y étaient pas aussi bien considérées qu'aujourd'hui. Y compris dans le musée où elle travaille, Diana Prince tranche par son assurance... et sa faculté à se déplacer avec grâce sur de hauts talons. (Comme quoi, le mannequinat peut parfois servir à quelque chose.) Je n'ai pas trop compris où se situait la réalisatrice Patty Jenkins sur ce sujet. Au début, on perçoit de la réprobation vis-à-vis de ce code vestimentaire imposé par une vision machiste de la société. Mais, finalement, j'ai eu l'impression que le fait d'arriver à se déplacer sans problème avec ces horribles chaussures était porté au crédit des personnages.

   C'est sur le registre comique que je trouve le film plus réussi (moins toutefois que le précédent). Un personnage (interprété par Chris Bite Pine) surgit du passé de Wonder Woman. Il s'extasie sur la modernité de l'époque (les années 1980)... alors que, pour les spectateurs du XXIe siècle, ce monde a un côté vintage. Ces retrouvailles nous valent une belle scène en avion, jusque dans l'espace. Là encore, le grand écran aurait été justifié... tout comme dans la meilleure séquence d'action du film : la bagarre au sein de la Maison Blanche. Le personnage incarné par Gal Gadot (toujours aussi sensuelle...) y découvre ses faiblesses.

   Cependant, dans l'ensemble, le film est décevant. Au cœur de l'intrigue se trouve une mystérieuse pierre antique, capable d'exaucer le vœu le plus cher de la personne qui la touche. Locales au départ, les conséquences vont devenir planétaires. J'ai trouvé cela un peu gros (et un peu con), même s'il était intéressant de confronter la super-héroïne à des antagonistes qui sont, au départ, des individus ordinaires. J'ai aussi trouvé savoureux que l'on nous montre la bêtise de certains individus, lorsqu'ils ont l'occasion de réaliser leur vœu le plus cher. Mais le souci de réalisme est passé au second plan, sans parler de l'impression de se retrouver, parfois, face à un jeu vidéo. Enfin, last but not least, si Gal Gadot est impeccable dans les scènes d'action et les moments de comédie, elle est moins crédible dans les scènes d'émotion (même en V.O.). Du coup, je suis sorti de là assez partagé.

   P.S.

   Le caméo qui interrompt le générique de fin est un clin d'œil au passé télévisuel du personnage principal.

Chers camarades !

   Moins d'un an après l'étonnant Michel-Ange, Andrey Konchalovsky ressuscite une nouvelle fois le passé, cette fois soviétique. Il s'est inspiré du massacre de Novotcherkassk (en juin 1962) pour construire une fiction à caractère documentaire, imprégnée de tragédie classique.

   Le tout début met en scène un couple de quadragénaires, dans une chambre à coucher. On comprend rapidement que tous deux sont des cadres du Parti communiste local. On est au réveil et la caméra suit Lioudmila (ou son reflet dans une glace) en train de s'habiller. Dans le même temps, une discussion de plus en plus tendue s'engage entre les deux amants. Il faut regarder avec attention cette scène : on n'est pas près de revoir cette femme aussi belle et sûre d'elle. Avant de sortir de l'appartement, elle aura empilé des vêtements et arrangé sa coiffure d'une manière qui contribue à l'enlaidir. Pour l'extérieur, la camarade adopte un profil austère. Guettez toutefois la phrase qu'elle prononce, juste avant de sortir : elle donne un sel particulier à ce que l'on vient de voir...

   La séquence suivante témoigne du même savoir-faire dans la mise en scène. L'héroïne se rend dans un magasin d'alimentation ("ΓΑCTPONOM" dans la langue de Vladimir Poutine) qui peine à contenter ses clients. Mais, quand on appartient à la nomenklatura locale, l'épicière se montre beaucoup plus accommodante...

   Bien que relativement privilégiée par rapport au reste de la population, Lioudmila est dans une situation familiale délicate. Elle a perdu son amour de jeunesse au cours de la Seconde Guerre mondiale. Elle vit désormais avec sa fille, une lycéenne de 18 ans, et son père (veuf), qui a connu la Guerre civile au début des années 1920... et qui conserve précieusement (outre son vieil uniforme) une icône de la Vierge, cachée au fond d'une valise.

   La relation mère-fille est houleuse. La jeune adulte rejette les conventions imposées par sa mère et la société soviétique... et elle fréquente des ouvriers rebelles de l'usine de locomotives voisine. Ceux-ci protestent contre l'augmentation des prix des produits alimentaires et les nouvelles cadences mises en place à l'usine. Nous sommes à la fin du printemps 1962, juste avant le déclenchement de la crise des missiles de Cuba. Le pouvoir soviétique ne veut pas entendre parler de mouvements de protestation. La situation va dégénérer.

   L'un des intérêts du film est de nous en proposer une vision de l'intérieur du Parti communiste. Plusieurs autorités sont mêlées à la crise : la direction de l'usine, la municipalité, le PC local et régional, la milice, l'armée régulière... et le KGB. Ici, le réalisateur, qui semblait avoir jusque-là un point de vue distancié, prend position dans l'analyse du déclenchement du massacre.

   La seconde partie de l'histoire voit Lioudmila partir à la recherche de sa fille (dans la rue, chez des amis, à la morgue, à l'hôpital, dans un cimetière...), se rapprochant d'un officier du KGB compréhensif et séduisant (il a un petit air de Jean Marais, je trouve). Serait-on en pleine science-fiction ?

   Quoi qu'il en soit, les acteurs principaux sont formidables, en particulier Yuliya Vysotskaya, qui porte le film sur les épaules et passe par tous les états émotionnels. La mise en scène est d'une grande rigueur, les plans étant construits avec soin. Outre les scènes déjà citées, je recommande le dialogue entre la mère et le grand-père, un soir, dans la cuisine, autour d'une bouteille d'alcool fort. Ou encore la perquisition menée par l'officier du KGB (dans l'appartement), durant laquelle on sent que le personnage change petit à petit d'opinion.

   Le noir et blanc, sans être d'une beauté bouleversante, est un bon choix pour accompagner ce drame du passé, au cœur duquel une communiste sincère se trouve face à des choix cornéliens.

   C'est à voir absolument.

dimanche, 29 août 2021

Amaryllis Fox

   Cet ancienne agent de la CIA est le sujet du dernier numéro de l'émission radiophonique "Espions, une histoire vraie", diffusée cet été le samedi sur France Inter. L'auteure et présentatrice, Stéphanie Duncan, est une "ancienne" de la radio publique et des émissions historiques. Elle a participé à "2000 ans d'histoire" (sous la direction de Patrice Gélinet), avant de créer ses propres programmes, "Les femmes, tout une histoire", puis "Autant en emporte l'histoire".

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   Pour raconter la vie de l'ex-espionne états-unienne, elle s'est beaucoup inspirée de son autobiographie Undercover, avoir vingt ans à la CIA (publiée sans l'imprimatur de l'Agence).

   L'émission de France Inter résume bien le bouquin, en y ajoutant un habillage sonore et des extraits d'archives radiophoniques ou télévisuelles.

   Je recommande néanmoins aussi de lire le livre, d'environ trois cents pages. Cela se dévore comme un roman d'espionnage, même si de nombreux passages sont consacrés à la vie personnelle d'Amaryllis Fox (peu abordée dans l'émission radiophonique). Dans le livre, on découvre qui étaient ses parents (la mère étant d'origine britannique)... et l'une de ses grands-mères, assez atypique. On suit aussi davantage la formation de celle qui ne fut, au départ, qu'une sorte d'employée de bureau, avant que ses talents (qu'elle ne cherche pas du tout à dissimuler) n'incitent ses supérieurs à l'envoyer sur le terrain.

   Les missions de l'espionne l'envoient en Tunisie, en Irak, au Pakistan, en Chine, en Indonésie... et même en France (pays dont elle parle la langue). Une rencontre secrète s'est déroulée à Lyon. Notre pays et sa culture sont d'ailleurs présents à plusieurs reprises dans le parcours de l'agent. Lors de sa formation, à Langley, elle semble avoir été en contact avec un collègue d'origine française (spécialiste du déguisement). Plus tard, en Chine (à Shanghai), elle et son compagnon se font servir des crêpes par un Français ! Enfin, je laisse à chacun le plaisir de découvrir quel usage l'apprentie espionne, alors simple étudiante, fait de stylos Bic en Birmanie...

   Le lectorat français sera peut-être surpris de la franchise avec laquelle l'auteure relate sa vie privée, analysée de manière quasi clinique... une vie qui n'était en réalité plus vraiment privée, à partir du moment où elle est entrée dans l'Agence. Avec l'un de ses partenaires, elle s'est quasiment comportée comme ces couples d'espions russes infiltrés aux États-Unis.

   C'est bien écrit, passionnant à lire, sauf peut-être à la fin, quand elle évoque sa reconversion et son amour de l'humanité. L'ancienne agent aux nerfs d'acier est devenue une militante pour la paix, bien sous tout rapport, puisqu'elle a épousé l'un des rejetons de la famille Kennedy. Bientôt une carrière politique ?

samedi, 28 août 2021

Meurtres en Berry

   Ce samedi soir, France 3 diffuse un épisode inédit de sa collection Meurtres à... qui se déroule dans le Berry. Comme il est déjà accessible en ligne, j'ai pu le visionner. Même s'ils ne sont pas toujours bien joués (il y a peu de prises pour chaque scène), j'aime ces polars du terroir, qui font découvrir une région française et s'appuient souvent sur une légende locale. C'est encore le cas ici, même si la référence culturelle majeure est un roman de George Sand (La Mare au diable).

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   J'ai tenté le coup en raison de la présence au générique d'Aurélien Wiik, un acteur que j'apprécie et que j'ai déjà vu dans d'autres "policiers du samedi soir".

   Comme d'habitude, le scénario croise l'intrigue criminelle avec les difficultés de la vie personnelle des enquêteurs, en saupoudrant le tout d'un début de romance. Le cahier des charges est respecté. Je signale toutefois que, pour goûter toute la saveur de l'intrigue, il faut accepter l'introduction d'un peu de "fantastique", puisqu'il est question de magnétiseurs-guérisseurs...

   A. Wiik incarne un capitaine de police basé à Bourges qui, pour les besoins d'une enquête, retourne dans son village d'origine, avec lequel il a coupé les ponts, en raison d'un passé douloureux. Bien évidemment, ce passé va refaire surface au cours de ses investigations. Même si certaines scènes auraient mérité d'être rejouées, j'ai globalement apprécié cette fiction, les personnages secondaires étant bien campés.

   Les téléspectateurs aveyronnais seront particulièrement attentifs à l'arme du premier crime (présentée ci-dessous dans la salle d'autopsie) :

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   C'est fou comme le couteau Laguiole se marie bien avec les séries policières. Rappelez-vous, j'avais déjà signalé sa présence dans Les Experts (Las Vegas), Profilage, Elementary et Cherif (dont l'un des acteurs figure au générique : François Bureloup, dans le rôle du médecin légiste). Tout récemment, j'ai même pu en voir un exemplaire dans le film Profession du père, dans la main du personnage incarné par Benoît Poelvoorde.

   P.S.

   À lire, dans Le Monde, un article mettant en valeur, parmi les produits "made in France", le célèbre couteau aveyronnais.

vendredi, 27 août 2021

Reminiscence

   On doit ce film de science-fiction aux influences multiples à Lisa Joy, la créatrice de la série Westworld. De prime abord, c'est la référence aux polars des années 1940-1950 qui frappe. La voix-off (trop présente, hélas) pourrait être celle d'un détective privé qui raconte sa dernière affaire, celle qui lui a permis de rencontrer LA femme, qu'il ne pourra jamais oublier.

   Faute de détective privé, on a Nick, un ancien marine, blessé à la jambe, devenu "entrepreneur de souvenirs". Musclé, tatoué et pas rasé, Hugh Jackman prête son physique avenant à ce personnage un peu agaçant. Un jour, presque par hasard, une nouvelle cliente (chanteuse de cabaret) pénètre timidement dans sa boutique. Rebecca Ferguson (remarquable dans Mission impossible 5) est chargée d'incarnée Mae, la femme fatale, portant des robes échancrées qui ne permettent pas d'ignorer à quel point elle est bien gaulée. Immédiatement, on constate que Nick n'est pas insensible à son charme : il a les yeux exorbités, sa langue descend jusqu'aux chevilles et une bosse suspecte apparaît au creux de son pantalon...

   Avant que je ne cause de leur amourette, je dois préciser que l'action se déroule dans un contexte post-apocalyptique : le changement climatique a provoqué une forte montée des océans, la ville de Miami se trouvant désormais à moitié sous l'eau. Cela nous vaut plusieurs plans extérieurs superbes... et, beaucoup plus tard, une scène aquatique visuellement emballante, dans le rez-de-chaussée d'une bâtisse à moitié engloutie.

   L'aspect science-fiction tient à l'enregistrement des souvenirs personnels et à la possibilité de les revivre, si l'on est un client fortuné... ou l'ami du patron. Les vieux cinéphiles amateurs de ce genre d'histoire y verront une parenté avec Strange Days, de Kathryn Bigelow.

   Le problème est que, si les décors et la mise en scène sont de qualité, les dialogues sont trop nombreux, parfois inutiles ou maladroits. On aurait surtout dû couper dans les parties de monologue. Quant à l'histoire d'amour, assumée d'abord comme un cliché, elle ne m'a pas transporté. La "scène de sexe" entre les deux amants n'est pas la plus réussie du film.

   Heureusement, la partie polar reprend le dessus. Figurez-vous que la femme fatale disparaît, au grand désespoir du héros, qui va se mettre en quatre pour la retrouver. Il va fouiller dans sa "banque de souvenirs"... voire carrément dans la mémoire de sujets non consentants. J'ai bien aimé cette enquête cérébrale, même si les scènes de baston auxquelles elle donne naissance auraient mérité quelques ajustements.

   Sur le plan formel, je me dois de signaler une faiblesse du film : la plupart du temps, les souvenirs sont représentés non pas comme la vision (subjective) de la personne qui les a en mémoire, mais comme une vue objective des événements dont elle se rappelle. Cet artifice était nécessaire à l'accomplissement du scénario puisque, bien entendu, des indices sont visibles dans certaines de ces scènes, indices dont la personne qui revit ses souvenirs n'a pas forcément conscience.

   En dépit de ses faiblesses, j'ai été pris par cette histoire follement romantique, avec ses personnages victimes d'une machination dont on découvre les mécanismes petit à petit.

16:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 26 août 2021

Good Doctor, saison 4

   L'an dernier, j'avais été plutôt déçu par la troisième saison de la série Good Doctor, en dépit d'un final réussi. J'ai retenté le coup avec l'épisode double qui inaugure la quatrième saison, en pleine pandémie.

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   Les scénaristes ont tiré parti du contexte sanitaire des États-Unis pour redonner goût à un programme qui commençait à ronronner. C'était aussi un choix esthétique, que n'ont pas fait la majorité des producteurs de fictions, outre-Atlantique comme en Europe : quand les tournages ont repris, entre deux confinements, la plupart du temps, on a fait comme si l'action ne se déroulait pas en temps de covid-19. Une des rares exceptions est la série Most Wanted Criminals (dérivée de FBI), dont la diffusion a été interrompue par TF1. On a quand même pu voir, dès le premier épisode de la saison 2, les protagonistes masqués :

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   Mais revenons à la saison 4 de Good Doctor. En raison du contexte, dans le premier épisode, la vie personnelle du médecin autiste passe un peu au second plan... et c'est tant mieux. Les scénaristes ont choisi d'illustrer, à travers une multitude de personnages, les difficultés de la vie quotidienne en période pandémique. Ainsi, de nombreuses familles sont divisées, d'autres cohabitent pour le meilleur et pour le pire ; quelques-uns se retrouvent isolés. Et une minorité voit mourir l'un de ses proches.

   Durant le deuxième épisode, diffusé mercredi soir, l'aspect dramatique s'intensifie. De plus en plus de personnes décèdent de la maladie, à l'hôpital. Le personnel médical fait de son mieux (la série lui rend un bel hommage), mais on comprend que c'est dur, aussi bien physiquement que psychologiquement. Au début de chaque histoire, on remarquera l'insertion d'un panneau qui vaut tous les discours :

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   J'ai particulièrement aimé deux intrigues annexes : la recherche effectuée par Claire (qui est encore sous le coup du décès du docteur Melendez, dont elle était secrètement amoureuse) et l'attention particulière portée par le docteur Park à une femme enceinte (touchée par le covid), qui n'a personne pour la soutenir.

   Je rassure tout le monde : après une période de drames, la situation s'améliore. Certains des malades que l'on a suivis pendant ces deux épisodes vont s'en sortir.

samedi, 21 août 2021

Attention au départ !

   Plusieurs couples d'adultes entre deux âges (30-45 ans) mettent en commun leur progéniture pour les vacances d'été, prévues dans le sud-est de la France. Le père de l'un des garçons est volontaire pour encadrer la petite troupe, à condition qu'une seconde personne l'épaule. Curieusement, les autres parents ont un agenda hyper-chargé... mais un grand-père (sans doute veuf) est disponible... au grand désespoir de sa fille. Un montage judicieux nous fait comprendre la cause de l'inquiétude de la maman : alors que le papy rappelle à quelles occasions il s'est déjà bien occupé de certains des enfants, à l'écran, une tout autre version des faits nous est proposée.

   André Dussollier incarne avec gourmandise ce grand-père imaginatif, pas coincé pour deux sous. À ses côtés Jerôme Commandeur interprète le père au foyer rondouillard, gentil, dont presque tout le monde se moque, enfants compris. L'un des intérêts de l'histoire est de voir lui pousser une paire de couilles, ce qui va lui permettre de résoudre certains problèmes épineux.

   Il faut dire qu'ils sont nombreux à se poser au cours de ce trajet en train, le premier étant l'absence des adultes, les deux accompagnants ayant raté le départ, dans des circonstances que je laisse à chacun le plaisir de découvrir. À partir de ce moment, l'intrigue alterne les allers et retours entre l'intérieur du train (où les gamins vont en faire voir de toutes les couleurs à un contrôleur psychopathe) et le "convoi des adultes" (qui vont tout tenter pour les rejoindre à chaque arrêt). Ce convoi très spécial est composé des deux accompagnants, auxquels s'est joint un ado (forcément en crise) amené en retard par sa mère (Nils Othenin-Girard, vu récemment dans Le Sens de la famille), puis un fêtard complètement ivre, dont les deux autres pensent "emprunter" la voiture.

   À un moment, tout part en sucette, quelque part entre les films des Charlots et ceux avec Louis de Funès. Tous les gags ne sont pas réussis, mais je trouve qu'il y a une belle énergie dans cette comédie sociétale, un poil surréaliste, que j'ai trouvée meilleure que les récents C'est la vie et C'est quoi ce papy ?!

21:50 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 19 août 2021

Baby Boss 2 : une affaire de famille

   Quatre ans après la sortie du premier volet des aventures du héros en couches, revoilà les (anciens) enfants terribles sur nos écrans. Ils ont pris un petit coup de vieux. L'aîné, Tim, s'est marié et a eu deux filles, la dernière ne parlant pas encore (du moins, c'est ce que croient ses parents). C'est un père au foyer, un peu rêveur, un peu emprunté. Son cadet, le percutant Ted, est toujours célibataire (sans enfant). Il a réussi dans les affaires, s'est beaucoup enrichi. Ses nièces l'admirent, surtout l'aînée, une élève modèle qui fréquente une école privée aussi prestigieuse que mystérieuse.

   Deux des meilleures scènes se trouvent dans la première partie de l'histoire. On assiste tout d'abord à la transformation physique des deux hommes adultes, qui retrouvent (de manière aussi rocambolesque que cocasse) leur corps d'enfant. Vient peu après une délirante poursuite en ville, complètement invraisemblable, mais très emballante.

   Dans la salle, les bambins adorent et les parents sont rassurés : les petites transgressions insérées dans l'intrigue conservent son aspect grand public au film... et puis il y a les clins d'œil destinés aux adultes. Au hasard d'un plan, on reconnaît (entre autres) un film d'épouvante pour ados et un célèbre passage du Seigneur des anneaux.

   Pour éviter que l'histoire ne tourne trop autour des protagonistes masculins, on a développé les personnages des filles/nièces : l'élève bûcheuse et douée d'un côté, la bébé cachottière de l'autre. Le choix de doter les enfants de très grands yeux est excellent, avec un bon potentiel comique au niveau des expressions.

   L'intrigue a deux versants. Sur le plan familial, il est question de ressouder les liens entre tous les membres de la tribu. La relation entre le père et sa fille aînée prend petit à petit le dessus, même si la réconciliation des frangins demeure le fil rouge. L'autre aspect est sociétal. Insidieusement, le scénario dénonce la pression mise sur les épaules des enfants et la volonté de certains parents d'en faire des singes savants. S'ajoute à cela un portrait de la réussite sociale assez contrasté : l'argent du riche tonton est le bienvenu, mais il ne garantit pas le bonheur.

   Il y a donc pas mal de clichés dans ce film d'animation, mais, techniquement, il est réussi et l'heure trois-quarts passe sans qu'on s'en rende compte.

00:35 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 16 août 2021

Pil

   Ce film d'animation français a un petit goût de Sud-Ouest. Sa production a d'ailleurs été subventionnée par Toulouse Métropole et le Conseil régional de Midi-Languedoc. On ne s'étonnera donc pas d'y croiser une duchesse d'Aquitaine prénommée Aliénor, vivant sans doute au XIIe siècle, à une époque où ce duché était plus vaste que le comté de Toulouse, légèrement décalé vers l'est par rapport à la région  actuelle :

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   Le blason du royaume fictif n'est d'ailleurs pas sans évoquer celui du comté toulousain... ainsi que celui du Rouergue (qui fut jadis sous sa dépendance) : l'association "rouge et or" est présente dans les deux cas, tout comme sur les armoiries de Lugan, commune de l'Ouest Aveyron :

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   Pourquoi diable me suis-je intéressé à cette commune, peuplée de moins de 400 habitants ? Parce que l'un des personnages de l'intrigue, un ménestrel (entendez : un troubadour) porte ce nom. L'acteur qui lui prête sa voix s'est arrangé pour qu'en l'entendant, on pense à Francis Cabrel (originaire du Lot-et-Garonne, pas très éloigné de là... et surtout situé sur le territoire de l'ex-duché).

   Si vous ajoutez à cela le fait que l'un des protagonistes, le soldat piéton Crobar, ne cesse de s'exclamer "Coquarel !" à tout bout de champ (ce que, dans la région, chacun identifiera comme un décalque de "Macarel !"), vous aurez une idée de la couleur locale donnée à cette histoire.

   Pil est une intrépide enfant des rues, orpheline peinant à manger à sa faim. Elle partage son quotidien avec deux fouines, Griffue et Touffue (l'une des deux me donnant l'impression d'être une hermine), bientôt rejointes par Gloutonne (qui ressemble à un putois).

   Dans des circonstances que je ne vais pas révéler, Pil apprend qu'un complot a été ourdi par le régent contre l'héritier du trône, bientôt transformé en... chat-poule ! On n'est pas au bout de nos surprises, puisqu'un peu plus tard, on assiste à la naissance d'un... dragon-chien !

   À l'ambiance médiévale se superposent donc de la sorcellerie... et une chasse au trésor. Pour sauver le royaume, Pil et ses amis vont connaître de nombreuses aventures. Ainsi, pour récupérer une grosse... crotte de Licorne, ils devront affronter le redoutable Garou (pas le chanteur, je vous rassure), avant de résister à l'agression d'une bande de soudards payés par le régent. (Le Garou en question est sans doute béarnais.)

   Dans le même temps, on assiste à la formation d'une sorte de tribu familiale, composée de Pil, Crobar, Rigolin (un amuseur public pas drôle) et de la ménagerie qui les accompagne. C'est rythmé, souvent drôle, émaillé de clins d'œil à destination des adultes. L'histoire met l'accent sur des valeurs positives... et elle se finit bien.

   Cerise sur le gâteau : l'animation est soignée. C'est très joli à voir... et parfois brillant au niveau de la mise en scène, dès le plan-séquence du début.

   J'ai passé un très bon moment, tout comme les bambins (pas trop petits) de la salle.

Sentimental

   Le générique du début laisse entendre que le titre de ce film espagnol est une sorte de mot-valise, signifiant quelque chose comme "Raison et sentiment" (dans l'ordre inverse). C'est (je pense) une allusion à la différence de tempérament au sein du couple de héros. Lui est un prof de musique très autosatisfait, tandis qu'elle est une quadra angoissée, qui a "de beaux restes" comme on dit. Lui est incarné par Javier Cámara (vu récemment dans L'Oubli que nous serons), elle par Griselda Siciliani. Le couple n'est pas des plus solides. La première partie met bien en scène (quoique de manière un peu scolaire) la distance et la tension qui sont apparues entre les deux.

   L'arrivée des voisins du dessus (invités à dîner par l'épouse) relance l'intrigue. Entre les deux duos, il y a pas mal de non-dits, que cette soirée est censée "purger" (de manière civilisée). Si les deux couples se définissent comme "progressistes", au niveau des mœurs, un fossé les sépare, tant les voisins du dessus se révèlent, au fur et à mesure que la conversation progresse, libertaires. Le contraste avec leurs interlocuteurs, pourtant à peine plus âgés qu'eux, est frappant. J'ai remarqué que l'épouse de l'étage du dessus est interprétée (avec pétulance) par Belén Cuesta, remarquée cette année dans Une Vie secrète.

   Cette confrontation de couples, sur le mode comique (grinçant), adaptée d'une pièce de théâtre, n'est pas sans rappeler Carnage de Roman Polanski. Malheureusement, derrière la caméra, Cesc Gay n'a pas le talent de l'auteur de J'accuse. Il a du mal à tenir la distance, certains personnages faisant mine à plusieurs reprises de sortir de l'appartement, avant forcément d'y revenir (sinon le film se serait terminé au bout d'une heure, à tout casser). Je pense qu'il aurait fallu rajouter des plans extérieurs, bref faire preuve d'un peu d'innovation par rapport à la pièce de théâtre.

   Il reste quand même plusieurs moments savoureux, avec de bons dialogues... et une analyse de la crise d'un couple, assez touchante. Mais ce sera vite oublié.

09:44 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 15 août 2021

Free Guy

   On a beaucoup comparé ce film à Ready Player One (en raison de l'interpénétration de deux intrigues, une dans le monde réel, l'autre dans le monde virtuel) et à The Truman Show (à cause du héros qui ne sait pas -au départ- qu'il fait partie d'un programme de divertissement). On a souvent oublié les (nombreuses) références à La Grande Aventure Lego... eh, oui ! Le héros est un chic type, un peu naïf, qui trouve tout super génial (du moins au début). Il va s'enticher d'un personnage féminin très badass et se révéler à lui-même, au cours d'aventures extraordinaires.

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   Guy est d'abord le narrateur de l'histoire. La première séquence, l'une des plus belles du film, présente le monde merveilleux dans lequel il vit. Chaque jour, le héros suit sa routine, du réveil au bureau jusqu'au retour chez lui, en passant par ce délicieux café, brûlant à l'excès, à tel point que Guy s'exclame que "C'est comme perdre sa virginité, mais dans la bouche !" C'est une indication du double (voire triple) niveau de lecture qu'il faut adopter avec cette histoire. Celle-ci est donc visible par différents publics, les allusions sexuelles étant peu nombreuses et pas trop apparentes (si l'on veut protéger les oreilles chastes des propos grivois).

   Dans le monde réel, l'intrigue repose sur un vol de propriété intellectuelle et un amour inassouvi. Dans le monde virtuel, c'est d'inégalité et d'aliénation qu'il est question. Deux types d'individus y évoluent : les joueurs (qui ont un équivalent dans le monde réel) et les PNJ, "personnages non-joueurs" (NPC, "non-player characters" dans la V.O.), autrement dit les créations des programmeurs. Ils ont l'habitude de se faire frapper, détrousser, assassiner, dans la joie et la bonne humeur. Cela nous vaut de savoureux contrastes entre le premier plan (souvent d'une gaieté appuyée, du moins dans la première partie) et l'arrière-plan, beaucoup plus agité.

   C'est là qu'il faut prendre le film au sens métaphorique. Les PNJ sont l'équivalent des citoyens ordinaires, habitués (selon les scénaristes) à se laisser "entuber" par les gagnants du système, les "héros", qui évoluent dans l'univers virtuel avec d'étranges lunettes de soleil. Mais, grâce à Guy, la révolte n'est peut-être pas loin...

   Sur le plan visuel, je suis partagé. Incontestablement, c'est spectaculaire, avec beaucoup de couleurs vives. Mais, parfois, l'esthétique de jeu vidéo m'a agacé. Cela passe néanmoins grâce au rythme de l'action (élevé) et à l'intérêt que suscite le scénario. L'humour aussi est souvent présent, comme quand la vie réelle et la vie virtuelle se télescopent (les véritables individus ressemblant souvent très peu physiquement à leur avatar...) ou quand, à l'occasion d'une péripétie, on nous gratifie d'un clin d'œil à certaines productions Marvel ou à Star Wars. (Comme c'est une production Century Fox, qu'une partie des effets spéciaux a été réalisée par LucasFilm et que le film est distribué par Disney, on peut dire que cela reste en famille !)

   Au niveau de l'interprétation, j'ai surtout été marqué par Ryan Reynolds (qui coproduit, un bon moyen de s'assurer les meilleures répliques) et Taika Waititi, pas mal du tout dans son rôle de gourou informatique âpre au gain.

   Cela donne un bon divertissement, dont la leçon finale est que la vraie vie ne se trouve pas dans le virtuel.

16:58 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Escape Game 2

   En 2019, la sortie du premier Escape Game avait été une agréable surprise... et une appréciable source de profits pour les producteurs. Voici donc la suite, tournée par le même réalisateur, écrite par la même scénariste.

   Au risque de divulgâcher, je me dois de préciser que les deux vainqueurs de la précédente épreuve sont présents dans cette histoire. La demoiselle en particulier veut régler son compte à l'organisation Minos, qui crée des divertissements meurtriers pour gens friqués en mal de sensations.

   Sans surprise, le duo de jeunes adultes se trouve à nouveau pris au piège, en compagnie de quatre autres personnes, dans une rame de métro spécialement aménagée à leur intention. C'est l'occasion de préciser que, si vous ne faites pas semblant de croire qu'il est possible de dépenser des centaines de millions de dollars pour construire, dans le plus grand secret, cinq salles de jeu remplies de pièges dans les sous-sols de New York, ce film n'est pas pour vous.

   Une fois ce présupposé accepté, on peut jouir du spectacle. Comme dans le premier opus, les décorateurs et le réalisateur font montre de leur savoir-faire (bien épaulés, il est vrai, par les effets spéciaux... juste ce qu'il faut). Du coup, on suit les concurrents (six, puis cinq...) dans la rame de métro, le hall d'une banque (la meilleure séquence, à mon goût), une station balnéaire, une fausse rue de New York... et une chambre d'enfant. C'est bien foutu, trépidant... à déconseiller toutefois au jeune public : dans la salle où je me trouvais, une famille entière était venue voir ce film, les parents et trois enfants, mais le petit dernier n'a visiblement pas tout compris (sans parler des cauchemars qu'il a sans doute dû faire par la suite).

   La caractérisation des personnages n'est toujours pas le point fort de l'histoire, qui insiste sur la nécessaire collaboration des protagonistes pour s'en sortir. Mais, comme le scénario est malin et qu'à l'écran, c'est assez joli à voir, on passe un bon moment, pour peu qu'on aime ce genre de cinéma.

   P.S.

   Celles et ceux qui ont vu le premier film ne seront pas surpris de constater que la fin ménage la possibilité d'une suite...

10:22 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 13 août 2021

Rouge

   À la lecture de ce titre, les "vieux" cinéphiles auront tendance à penser à un film de Krzysztof Kieslowski datant de plus de vingt ans. Il n'en est rien, puisque le long-métrage auquel est consacré ce billet vient juste de sortir, même s'il fait partie de la promotion (maudite) de Cannes 2020 (le festival qui n'a pas eu lieu). La majorité de la sélection a débarqué dans nos salles ces derniers mois. Rétrospectivement, on se rend compte d'ailleurs que c'était une promotion de qualité, puisqu'elle comptait des œuvres comme Teddy, Des Hommes, Les Deux Alfred, Nadia, Butterfly et L'Oubli que nous serons.

   Rouge bénéficie d'une bonne critique presse, qui le compare souvent à Dark Waters. On est donc tenté de penser qu'il s'agit d'un "film-dossier", d'autant qu'il s'appuie sur un scandale bien réel, celui des "boues rouges de Gardanne". Mais, plus qu'un pamphlet sociétal, Rouge est d'abord selon moi un film psychologique, qui s'apparente au drame familial.

   L'intrigue tourne autour de deux personnages principaux, Slimane, ouvrier-syndicaliste (sans doute CGT) de l'usine d'aluminium Arkalu (un décalque d'Alteo) et Nour, sa fille, infirmière qui vient de quitter l'hôpital pour intégrer l'entreprise où son père travaille depuis près de trente ans. Dans cette boîte, elle va avoir pour collègues les amis de la famille, mais aussi son futur beau-frère.

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   Outre l'ambiance de travail, le réalisateur (Farid Bentoumi) réussit à mettre en scène le conflit d'allégeance qui tenaille Nour (Zita Hanrot, formidable) : soit elle reste la fille à son père (Sami Bouajila, tout aussi excellent) et elle renie une partie de sa vocation d'infirmière, soit elle demeure fidèle à son engagement professionnel (sauver des vies) et, dans ce cas, elle entre en conflit avec ceux qu'elle aime.

   Le résultat, qui pourrait être platement manichéen, est d'une remarquable subtilité. Même le personnage du patron de l'usine (interprété par Olivier Gourmet, une fois de plus impeccable) a droit à une vision nuancée. On découvre un monde ouvrier divisé, d'abord entre titulaires et intérimaires, ensuite entre "Français de souche" racistes (ou pas), Français d'origine immigrée et étrangers. Qu'est-ce qui maintient l'unité ? L'envie de garder son boulot.

   Les seconds rôles sont au poil et contribuent à nuancer le tableau, de la journaliste écolo (Céline Sallette) à la sœur de Nour (Alka Balbir), en passant par les anciens ouvriers basculés au service restauration, les cadres de la boîte, le député du coin et des militants écologistes plus ou moins regardants sur les  méthodes.

   Dans le même temps, Slimane prépare le mariage de sa fille aînée. J'ajoute qu'à l'usine tout le monde redoute la venue d'une inspection, dont l'avis est indispensable pour obtenir le droit de rejeter à nouveau des déchets en mer. Dans le dernier tiers de l'histoire, l'ambiance de thriller prend le dessus... et c'est prenant.

   Je conseille de se jeter sans délai sur ce film, parce qu'il risque de disparaître rapidement de nos écrans. Ce n'est pas le genre d'histoire que les Français ont envie de voir au cinéma en ce moment. C'est pourtant l'un des plus beaux films sortis ces dernières semaines.

   P.S.

   L'avenir de l'usine Alteo (la vraie) n'est toujours pas assuré. Des améliorations ont été apportées au processus de fabrication d'aluminium, mais l'entreprise est en difficulté, en quête de repreneur.

mardi, 10 août 2021

C'est quoi ce papy ?!

   Deux ans après le succès du médiocre C'est quoi cette mamie ?! (un million deux cent mille entrées tout de même), Gabriel Julien-Laferrière revient avec la suite (le troisième volet d'un triptyque, en fait). Les petits-enfants ont plus ou moins grandi, les parents pas vraiment changé... et la grand-mère pète toujours le feu ! Chantal Ladesou bénéficie des meilleurs saillies écrites par les dialoguistes, qui ont néanmoins réservé quelques perles à un nouveau venu, le grand-père (présumé), interprété par Patrick Chesnais.

   C'est en raison de sa présence au générique (et grâce à une bande-annonce percutante) que je me suis lancé dans cette aventure. La première partie joue sur l'amnésie de l'héroïne, suite à un accident survenu au cours d'une de ces bamboches qu'affectionne Aurore. J'ai été agréablement surpris par tout ce qu'il se passe à l'hôpital... où elle est censée se reposer... (Notons que cet institut s'appelle "Julien-Laferrière-Mounier", des noms des deux scénaristes !)

   L'intérêt pour l'histoire vient aussi de l'évolution des personnages des petits-enfants. Dans le lot, on a une ribambelle de têtes à claques, entre la féministe extrémiste, le végan, le noir homosexuel intersectionnel, la bonne sœur, le flic "bogosse" et le youtubeur fumeur de joints. Les scénaristes aiment visiblement leurs jeunes personnages... toutefois pas au point de totalement les épargner. Ainsi, le défenseur de la nature doit accepter de voyager en véhicule polluant, la féministe de "sécher" une manif', le policier d'enfreindre la loi, le Noir de jouer au "petit nègre", la bonne sœur de "s'ouvrir" au monde séculier (je n'en dis pas plus)... Ma préférée reste Clara (Violette Guillon, fille de... avec du talent), pas la plus âgée mais la cheville ouvrière de la tribu de petits-enfants, qui s'est donné pour mission de faire recouvrer la mémoire à Aurore.

   Pour cela, ils comptent sur ses retrouvailles avec ce qu'ils présument être son amour de jeunesse, un certain Gégé. Caché au fin fond des Cévennes, cet éleveur de moutons n'est pas submergé de joie quand débarque la petite troupe. Plus attendue, cette partie est savoureuse pour la confrontation entre le vieil anar et les jeunes bobos, qui ont sans doute des valeurs en commun, mais avec deux générations d'écart. (Je laisse à chacun.e le plaisir de découvrir quels animaux de la ferme ont été nommés Lénine, Staline, Mao, Méluche et... Sarko !)

   En revanche, je trouve le côté sentimental (la renaissance de l'amour entre les deux "aînés") complètement raté. Là, on sent que Chesnais se fait un peu chier. Il est un autre aspect de l'histoire qui m'a semblé très maladroit : la grossesse de Juliette (la féministe). Au début du film, on distingue à peine son petit bidon, alors qu'elle est censée être enceinte de huit mois. En quelques jours, on la voit prendre des seins et du ventre de manière impressionnante ! (Cela m'a rappelé un passage du récent Old, qui, lui, est étiqueté film fantastique...) La séquence de l'accouchement (dans une grange, en présence d'un âne...) accumule les clichés, sans le second degré d'OSS 117, hélas. Mais, comme les deux vieux cons tiennent bien la barre, l'ensemble n'est pas déplaisant, loin de là.

14:27 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 09 août 2021

Ice Road

   Sic transit gloria mundi... Il fut un temps où la sortie d'un film avec Liam Neeson était un événement et occupait une impressionnante combinaison de salles. Le problème est que, depuis au moins dix ans, l'ancienne gloire irlandaise enchaîne les films d'action potables et les navets, le public ayant de plus en plus de mal à s'y retrouver. Ajoutez à cela les conséquences de la pandémie de covid (en particulier la sortie en rafales des films stockés depuis des mois dans les cartons des distributeurs) et vous comprendrez pourquoi, à part dans les métropoles, il est très difficile d'avoir accès à ce long-métrage.

   Pourtant, le sujet est porteur. Le scénario s'appuie sur une réalité : le transport de marchandises, au Canada, sur des "routes de glace" (des pistes aménagées notamment sur des lacs gelés). Cela a même donné naissance, au début du XXIe siècle, à une émission de télé-réalité, "Le Convoi de l'extrême", qui a peut-être inspiré ce film.

   C'est principalement une histoire de burnes. Le début nous fait découvrir le travail de mineurs couillus, dans le Grand Nord canadien. Certains de ces valeureux prolétaires vont se retrouver piégés au fond de la mine, après un "coup de grisou". Le matériel nécessaire à leur sauvetage se trouve à des centaines de kilomètres de là et, vu sa taille, il ne peut être livré que par camion. Le problème est qu'on est au début du printemps et qu'à cette époque de l'année, beaucoup de chauffeurs routiers sont en vacances. Surtout, les routes de glace sont de moins en moins sûres.

   Pour ce convoi à risque, le patron couillu de la boîte de transport (Laurence Fishburne le bien nommé) a du mal à trouver du personnel compétent... et volontaire. Il sélectionne deux frères, Mike et Gurty, le premier parce qu'il en a une énorme paire (il est bien entendu interprété par Liam Neeson), le second (vétéran d'Irak atteint de stress post-traumatique) parce qu'il est un mécanicien de génie. Complètent l'équipe un cadre de la compagnie minière et... une délinquante, aux ovaires solidement arrimés. (Est-il nécessaire de préciser qu'Amber Midthunder est belle comme un camion ?) Comme, en plus, elle est issue d'une tribu indienne, on se dit que les quotas de minorités sont respectés. 

   À partir du moment où les trois camions sont lancés sur la piste glacée, c'est prenant. Les péripéties, mécaniques comme climatiques, sont mises en scène avec un indéniable savoir-faire... parce que péripéties il y a. Vous vous doutez bien que rien ne va se passer comme prévu, d'abord parce que la préparation d'un transport aussi risqué à la dernière minute ne peut être optimale... mais aussi parce que de curieux "incidents" vont se produire sur le parcours. Un complot est à l'œuvre, que nos vaillants conducteurs vont devoir déjouer.

   Je ne vais pas survendre ce film : certaines péripéties sont un peu téléphonées et les corps à corps ne sont pas très bien chorégraphiés. (Ceci dit, les fans de Liam Neeson verront avec plaisir ce quasi-septuagénaire venir à bout d'un mercenaire surentraîné qui a trente ans de moins que lui...) Mais, dans une salle obscure, sur grand écran, la chaleur estivale revenant, c'est rafraîchissant.

12:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 08 août 2021

Profession du père

   C'est l'histoire d'un homme, André Choulans, marié, père de famille provincial, frustré dans sa vie professionnelle, aigri par la politique française et qui a tendance à voir des complots partout. Eh non, il ne s'agit pas d'un de ces manifestants antivax... puisque l'intrigue débute en 1961, au moment du putsch des généraux en Algérie.

   Le film repose beaucoup sur le talent de Benoît Poelvoorde, qu'on a déjà vu dans des rôles de perdant magnifique. Ici, le père de famille en apparence débonnaire va petit à petit dévoiler un côté psychopathe de plus en plus inquiétant.

   Son fils, Émile (incarné jeune par le surprenant Jules Lefebvre) ne sait pas trop comment renseigner la ligne "profession du père", le jour de la rentrée des classes (au collège). Doit-il écrire "chanteur" ? (Son père prétend avoir fait partie des membres fondateurs des Compagnons de la chanson.) Doit-il écrire "agent secret" ? (Le meilleur ami de son père, Ted, serait membre de la CIA.) Doit-il écrire "joueur de football" ? "professeur de judo" ? "parachutiste" ?... Son père ne cesse de lui raconter des  histoires, au propre comme au figuré. Comment démêler le vrai du faux, dans ce magma auquel la mère (Audrey Dana, très bien) a renoncé à apporter un minimum de cohérence ?

   La première partie du film met en scène le "bourrage de crâne" familial, sous les yeux d'une épouse qui reconnaît de moins en moins l'homme charmant qu'elle a jadis épousé. Rappelons que nous sommes au début de la Ve République, à Lyon, dans un ménage de "Français moyens". À la maison, c'est l'homme qui commande, au besoin par la force... même (surtout ?) si c'est sur les épaules de madame que repose le foyer.

   La deuxième partie de l'intrigue renforce l'intérêt du film : le gamin se met à son tour à inventer des histoires. On a bien compris qu'il ne croit pas à tout ce que lui raconte son père mais, comme lui, il développe une propension à la mythomanie pour rendre son quotidien plus supportable. Il s'imagine membre actif de "l'organisation" (l'O.A.S.). Je ne vais pas en dire plus, mais sachez que cela va très loin, surtout à partir du moment où débarque au collège un jeune pied-noir (Tom Levy, lui aussi très bien), dont Émile cherche à devenir l'ami.

   Au-delà du contexte de la Guerre d'Algérie (le film adapte un roman de Sorj Chalandon, en partie autobiographique), c'est une réflexion sur l'influence qu'ont les parents sur leurs enfants et comment leurs délires peuvent en faire des individus névrosés, voire dangereux. Je trouve que c'est d'une étonnante actualité.

   P.S.

   Les spectateurs aveyronnais doivent être particulièrement attentifs à la première scène de repas familial, au début de l'histoire. On y voit André Choulans déplier un célèbre couteau de poche (avec tire-bouchon)...

vendredi, 06 août 2021

Nadia, Butterfly

   Tourné en 2019 pour sortir en 2020, au moment des Jeux de Tokyo (durant lesquels est censée se dérouler l'action), ce film a subi le même sort que les compétitions olympiques : le report. Son arrivée dans les salles obscures françaises est opportune à plusieurs titres, d'autant qu'il aborde un sujet qui a récemment fait l'actualité (à propos de la joueuse de tennis Noami Osaka et de la gymnaste Simone Biles) : la difficulté d'être une sportive professionnelle et la charge mentale qui pèse sur les jeunes femmes. (Les Frenchies auront tendance à faire le lien avec le cas Laure Manaudou.)

   Cette fiction à caractère documentaire revêt donc plusieurs intérêts. Notons que les quatre actrices principales sont nageuses de formation. Dans l'intrigue, elles constituent une équipe de relais canadien, où l'on trouve "l'ancienne" (qui approche la trentaine !) en fin de carrière, deux nageuses confirmées plus jeunes et le grand espoir national (encore mineure). Trois sont québécoises, la quatrième anglophone stricte.

   L'héroïne est Nadia, spécialiste du papillon (d'où le titre). À 23 ans, elle est un pilier de l'équipe nationale et l'une des meilleures spécialistes mondiales de sa discipline. On la suit tout d'abord à l'entraînement, avec de superbes plans de piscine. Un regard extérieur aurait tendance à la voir comme une machine : la jeune femme aux larges épaules et aux cuisses musculeuses enchaîne les longueurs avec une apparente impassibilité. En réalité, cela bouillonne dans sa tête : elle a décidé d'arrêter la natation et de reprendre ses études après les Jeux. Cela suscite beaucoup d'incompréhension dans son entourage où, curieusement, on note l'absence totale des membres de sa famille (même en communication à distance).

   La compétition, à Tokyo, est filmée de manière classique. Notons que le scénariste avait quasiment prévu l'exact podium du relais (dont la finale s'est déroulée le 1er août dernier) ! En alternance, on nous montre les à-côtés de la vie des sportifs du village, entre soirées, obligations médiatiques et découverte du Japon. La scène qui voit Nadia tenter de gagner une peluche (de la mascotte olympique) à un jeu de capture est symbolique de ce que vit la jeune femme, qui peine à obtenir ce qu'elle veut... pour finalement changer d'avis. Elle ne sait plus trop où elle en est.

   Les Jeux sont aussi l'occasion de faire des rencontres... du moins quand sa part de compétition est achevée. Deux des membres du relais vont s'offrir une soirée déjantée, avec maquillage, godasses de "poulette", musique, alcool fort et mecs dispos. Cette séquence devrait rayonner de bonheur... mais le mal-être n'est pas loin.

   Nadia, qui a consacré la majeure partie de son temps à la natation depuis l'âge de dix ans, a l'impression d'être passée à côté de sa jeunesse. La période des Jeux est celle des choix, non sans regrets, contre lesquels elle tente de se prémunir à l'aide de son smartphone. (Soyez attentifs à ce qu'elle fait avec.)

   J'ai trouvé cette histoire très touchante, avec des interprètes authentiques et une caméra près des corps, mais sans impudeur.

Le Soupir des vagues

   Sous ce titre ressort en France un film du Japonais Koji Fukada. Depuis deux-trois ans, ses œuvres arrivent sur nos écrans, un peu dans le désordre. Leur qualité est d'ailleurs inégale. Si j'avais apprécié L'Infirmière, l'an dernier, j'ai globalement été déçu cette année par Hospitalité (son premier long métrage, moins maîtrisé que les suivants), qui nous a été un peu survendu par la critique.

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   Il y a deux ans, au mois de juin, le cinéma CGR de Rodez avait programmé plusieurs films japonais (parfois en avant-première), sur deux semaines. C'est à cette occasion que j'avais pu voir L'Homme qui venait de la mer... qui ressort donc sous un nouveau titre. Je ne vais pas réécrire le billet. Pour lire ma recension, il suffit de cliquer sur le lien précédent. Ce film mérite vraiment le détour.

00:35 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 05 août 2021

Benedetta

   J'ai rechigné à aller voir ce film, tant le battage fait autour de certains aspects (supposés) provocateurs m'a paru artificiel. Et puis, récemment, j'ai profité d'un déplacement pour m'offrir la séance, dans un cinéma qui le programme depuis sa sortie à Cannes. À ma grande surprise, la salle fut aux trois quarts pleine, avec comme public un océan de tempes argentées (plutôt féminines), dans lequel s'étaient noyés un étudiant et quelques actifs en goguette.

   Commençons par l'aspect technique : c'est bien filmé, avec de bons décors. Le contexte de l'Italie du Nord du début du XVIIe siècle (à peine sortie du Moyen-Âge...) est assez bien planté, quoique de manière sommaire.

   Les scènes les plus intéressantes sont (pour moi) celles qui se déroulent à l'intérieur du couvent. Plus que le confinement, c'est la promiscuité qui a été mise en scène, avec ces pseudo-cellules monastiques qui ne sont séparées que par un rideau pas tout à fait opaque. Le mystère et le désir qui accompagnent cette fausse étanchéité sont quasiment palpables.

   À cela s'ajoute la prestation des acteurs. J'ai été davantage convaincu par les deux principales interprètes féminines (Virginie Éfira et Daphne Patakia) que par les deux "anciens" (Lambert Wilson, juste correct dans le rôle du nonce, Charlotte Rampling très à la peine). Heureusement, une pléiade de seconds rôles bien campés (notamment par Olivier Rabourdin et Louise Chevillotte) donne de la consistance à la distribution.

   Reste le propos global. Bien que Verhoeven s'en défende, il a construit une œuvre anticléricale, provocatrice (un peu tape-à-l'oeil) et dans l'air du temps pro-LGBT. Cela ne me dérange guère, à ceci près qu'il a déformé l'histoire (réelle) de cette religieuse homosexuelle (bisexuelle sans doute) pour la faire cadrer avec ses idées.

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   Contrairement à ce que j'ai parfois lu et entendu, le livre dont s'est inspiré Paul Verhoeven n'est pas un roman. C'est une étude universitaire rigoureuse, parue il y a plus de trente ans et que les éditions Gallimard ont fort opportunément décidé de republier (pas en collection de poche, toutefois... il n'y a pas de petit profit). De plus, le film n'est pas la simple adaptation du livre. Il y a eu réécriture de l'histoire, au profit d'un scénario en partie fictif... et ce n'est a priori pas forcément un mal.

   L'ouvrage de l'universitaire états-unienne mérite le détour pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il présente beaucoup mieux le contexte, évoquant notamment la place de la "déviance" sexuelle dans la société de l'époque... ainsi qu'au sein de l'Église. Le livre est beaucoup plus intéressant que le film par l'analyse détaillée qu'il fait des enquêtes ecclésiastiques. La hiérarchie toscane s'est demandée si Benedetta n'avait pas rêvé, puis si ses visions relevaient de l'extase ou du ravissement... et surtout si ce n'était pas Satan qui était derrière.

   À la lecture de l'étude, on comprend mieux quels étaient les enjeux de pouvoir, entre les autorités locales et régionales, entre les hommes et les femmes, entre les riches et les pauvres. Durant 90 % de l'ouvrage, l'historienne se garde de prendre position, se contentant de rendre compréhensibles par un public du XXe siècle (époque de la première publication) les mentalités de l'époque. Ce n'est qu'à la toute fin qu'elle semble trancher au niveau de la réalité des visions et de la relation nouée entre Benedetta et sa "protégée". Le livre n'est pas toujours facile à lire, mais il est passionnant. Il contient en outre de précieuses annexes traduites.

mardi, 03 août 2021

OSS 117 : alerte rouge en Afrique noire

   Cela fait plus de douze ans que les cinéphiles attendent la suite des aventures d'Hubert Bonisseur de la Bath, que l'on avait laissé du côté de Rio, en galante compagnie. Je connais des fans qui redoutaient le changement de réalisateur. Mais, comme le scénario et les dialogues sont restés de la main de Jean-François Halin, le passage de témoin s'est fait sans heurt.

   Nicolas Bedos a gardé les éléments identitaires des précédents films : le pastiche/hommage à des films de genre et la mise en scène d'une franchouillardise qu'on est censé prendre au second (troisième ? quatrième ?) degré. Le générique de début est d'ailleurs un montage de plans faisant référence à plusieurs James Bond. C'est assez joliment réalisé... et Jean Dujardin est toujours aussi bon.

   Le vieillissement de son personnage fait partie des réussites du film. On le sent moins svelte qu'auparavant... et moins "vigoureux" au lit. (Je recommande vivement toutes les scènes de chambre à coucher !) On le voit porter des lunettes de lecture et se mettre à l'informatique. Surtout, l'arrivée à ses côtés de l'agent "1001" (Pierre Niney, très bien) contribue à le ringardiser. L'association de ces deux tempéraments, issus de deux générations différentes, est une autre réussite du film.

   Les dialogues sont souvent savoureux. Halin a pris plaisir à placer dans la bouche du héros des répliques qui, soit sont d'une consternante beaufitude, soit sont à double-sens. Même quand il essaie de passer pour un type bien, le héros finit par sortir des énormités. Mais c'est un bon agent de terrain. Sa mission en Afrique noire subsaharienne est riche en péripéties, parfois spectaculaires, comme l'intrusion des deux espions français dans la cache des trafiquants d'armes.

   Culturellement, l'histoire baigne dans la fin des années 1970 et le début des années 1980 (avec notamment le célèbre générique de la Gaumont, en introduction). Cela aura comme un petit goût de madeleine de Proust pour les spectateurs entre deux âges. Toutefois, en fil rouge sous-jacent, ce sont plutôt des questionnements contemporains que l'on trouve. Le duo Bedos-Halin s'amuse du "politiquement correct" à la française et de ses dérives... tout en dénonçant (gentiment) la "Françafrique".

   Pour un film de divertissement grand public, ce n'est déjà pas si mal.

   P.S.

   La toute fin laisse présager une suite, sous la forme d'une dernière référence cinématographique, cette fois-ci à La Revanche des Sith !

23:19 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 02 août 2021

Jungle Cruise

   Et c'est parti pour un nouveau blockbuster de l'été !... avec encore une production Disney, au moins ma troisième de la saison, après le surprenant Cruella et et le bastonnant Black Widow.

   C'est un film d'aventures, bourré d'effets spéciaux, inspiré paraît-il d'une attraction d'un des parcs d'attractions de la Mickey Company. Les spectateurs pas trop mous du bulbe remarqueront aussi des ressemblances avec Pirates des Caraïbes (les conquistadors espagnols remplaçant les écumeurs des mers) et avec Indiana Jones (le vilain prince allemand semblant être un précurseur des nazis opposés à l'homme au fouet). Les plus âgés se souviendront d'autres œuvres de fiction (cinématographiques ou télévisuelles) ayant pour cadre une forêt tropicale.

   Attention toutefois : il n'est pas question ici de présenter les peuples indigènes comme de redoutables sauvages... même si le film s'amuse à jouer avec les clichés (le cannibalisme et la réduction des têtes). On a aussi modernisé la caractérisation des personnages, avec la présence (parmi les protagonistes) d'un homosexuel et une romance interraciale. Ceci dit, ces éléments ont été insérés avec une relative finesse.

   Ainsi, l'histoire d'amour entre le baroudeur très musclé et l'entreprenante exploratrice britannique met du temps à émerger... et c'est tant mieux. Dans ces deux rôles, Dwayne Johnson et Emily Blunt (délicieux accent britannique en V.O.) font merveille.

   En 1916, une petite expédition s'enfonce dans la forêt amazonienne, à la recherche d'un arbre miraculeux. Les Britanniques sont poursuivis par de méchants Allemands (leur chef étant une caricature vivante). Ils doivent aussi échapper à de dangereux fantômes, qui hantent la forêt... mais seulement à proximité du fleuve. Celui-ci recèle bien d'autres menaces, dont doivent se méfier de riches touristes de passage, limite inconscients.

   Aux manettes se trouve Jaume Collet-Serra, qui a déjà prouvé qu'il sait mettre en scène un film d'action (récemment dans The Passenger). On ne s'ennuie pas une seconde, avec quelques séquences particulièrement spectaculaires, comme la première poursuite avec le sous-marin et le périple dans une grotte mystérieuse. L'humour (familial) est très présent, notamment à travers les chamailleries entre les deux héros. À ce sujet, à titre exceptionnel, j'aurais tendance à recommander plutôt la VF, si l'on n'a pas une bonne maîtrise de l'anglais : Frank Wolff / Dwayne Johnson ne cesse de balancer des calembours plus ou moins réussis, au grand désespoir de son entourage. D'après ce que j'ai vu des traductions, ils m'ont l'air plus savoureux en français qu'en anglais !

   J'ai passé un très bon moment.

23:26 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Les Sorcières de l'Orient

   Entre 1960 et 1982, le Japon fut une nation majeure du volley-ball féminin, avec deux titres olympiques, trois de championnes du monde et cinq places de finaliste, toutes compétition confondues.

   Ce documentaire, tourné par le Français Julien Faraut, rend hommage à la première génération de volleyeuses championnes, celle des années 1960, surnommée par les Soviétiques "les sorcières de l'Orient". Le film entremêle les séquences tournées au XXIe siècle, des extraits de manga (apparemment de la série Les Attaquantes, même si j'ai parfois eu l'impression de revoir Jeanne et Serge) et des images d'époque (actualités, reportage sur les joueuses et extraits de matchs).

   Pour qui a déjà pratiqué le volley-ball, il est évident que les adaptations animées manquent de réalisme (contrairement aux versions papier, paraît-il). Toutefois, le choix des extraits est pertinent, parce que ceux-ci font écho à ce qu'on peut voir dans les images d'archives ou celles tournées très récemment. Le montage a été judicieux.

   Le documentaire est particulièrement évocateur lorsqu'il s'appuie sur les films tournés dans les années 1960, auxquels sont juxtaposés les témoignages de celles qui sont désormais souvent grands-mères (quand elles sont encore en vie). La plus jeune devait avoir, au moment du tournage, autour de 75 ans ! Deux d'entre elles font encore beaucoup d'efforts pour rester en forme, l'une continuant à promouvoir son sport de prédilection auprès des jeunes générations.

   À ce sujet, le contraste entre les années 1960 et notre époque est flagrant au niveau de l'entraînement (même si les groupes filmés n'évoluent pas au même niveau). À celles et ceux qui l'ignoreraient, le documentaire montre quels sacrifices il faut être prêt(e) à faire pour jouer au très haut niveau. On a d'ailleurs eu tendance à estimer que le charismatique entraîneur des Japonaises avait quasiment fait œuvre de maltraitance auprès des joueuses. C'était oublier un peu vite les conditions dans lesquelles ces jeunes femmes vivaient, à l'époque. La majorité avait perdu son père très jeune (surtout à cause de la Seconde Guerre mondiale). Presque toutes ont découvert le volley-ball au lycée et ont continué une fois devenues actives. C'étaient des ouvrières du textile. Je pense qu'on peut considérer que, vu la place des femmes au Japon à cette époque et vu leur situation professionnelle, s'engager dans la compétition sportive de haut niveau a été perçu comme une forme d'ascension sociale et d'épanouissement personnel. (On pourrait comparer cela à l'épopée des Verts au football, en France, dans les années 1960-1970.) L'emploi du temps des joueuses n'en était pas moins effrayant ! Quoi qu'il en soit, l'équipe est devenue très populaire, parce qu'elle a contribué au regain de fierté nationale d'un pays qui cherchait à retrouver le lustre passé (celui d'avant 1945).

   Sur le plan cinématographique, ce n'est pas particulièrement emballant. La réalisation est très classique. Mais quel sujet !

samedi, 31 juillet 2021

C'est la vie

- M'sieur l'producteur ! M'sieur l'producteur !

- Oui Julien ?

- J'voudrais faire une comédie sociétale, avec plein d'acteurs connus à la tél...

- ... J't'arrête tout de suite, bonhomme, on en a déjà plein des comme ça !

- ... Oui, mais celle-là, elle sera pas chère !

- Je t'écoute.

- Imaginez cinq femmes sur le point d'accoucher. Elles ont des âges différents et sont issues de milieux hétérog... euh très variés !

- Oui ? Et ?...

- Ben, on aurait une pédégère quadragénaire, maîtresse femme soutenue par un mari dévoué et qui arrive à jongler entre toutes ses obligations !

- Pas mal, ça. C'est bien de briser le plafond de verre au cinéma ! Continue, mon garçon !

- Il y aurait aussi un couple recomposé, la femme attendant son deuxième enfant, sous le regard d'une mère très envahissante...

- C'est pas un peu trop cliché, ça ?

- Oui, mais, j'ai ajouté un truc : le jour où sa compagne accouche, le mari apprend le décès de son propre père ! C'est pas génial ?

- Mouais... Faut voir comment c'est joué. Quoi d'autre ?

- L'une des femmes arrive seule à la maternité. L'enfant a été conçu avec un type trouvé sur une appli de rencontre. C'est trop moderne !

- Mouais... On espère que les spectateurs oublieront que, lors de ce genre de rencontre, les adultes responsables sont censés avoir des capotes sous la main...

- Pensez donc ! Le public est prêt à croire n'importe quoi ! Y en a même qui défilent contre la vaccination !

- T'as raison, bonhomme. Certains de nos compatriotes sont de grosses truffes.

- Ah, pis j'ai mis de la diversité aussi : un couple lesbien, dont l'un des membres est "d'ascendance africaine" !

- Bien joué ! C'est toujours mieux avoir les assoc' de son côté. Et puis tu connais le petit monde du cinéma...

- Pour l'émotion, j'ai prévu une naissance prématurée, les parents étant séparés par une grande distance. Ce sera le fil rouge de l'histoire : le père parviendra-t-il à assister à la naissance de son premier enfant ? Suspens...

- Aaaah, ça j'aime ! N'oublie pas de souligner ces "moments d'émotion" à coups de musique d'ascenseur. Ça coûte que dalle et ça tire toujours des larmes dans les chaumières !... Finalement, tu m'as l'air d'avoir bien préparé ton affaire. Que te manque-t-il ?

- Six millions !

- Tu les as !

21:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 30 juillet 2021

The Suicide Squad

   En ajoutant l'article défini, la Warner retente le coup avec son équipe d'anti-super-héros, cinq ans plus tard. De la distribution principale d'origine ne restent que Viola Davis (en directrice d'agence sans scrupule), Joel Kinnaman (en boy-scout bodybuildé), Jai Courtney (un délinquant adepte du boomerang) et, surtout, Margot Robbie, de nouveau dans la peau d'Harley Quinn, un an après Birds of Prey.

   L'histoire débute dans une prison, dans une cour de promenade, où l'on découvre l'un des personnages "à haut potentiel". J'aime beaucoup la manière dont cette scène est réalisée : ce n'est pas parce que la prod' a dépensé des dizaines de millions en effets spéciaux qu'il ne faut pas travailler la mise en scène ! Et puis... cela se conclut de manière "politiquement incorrecte". À un moment, on comprend que le personnage a une idée en tête. Les scénaristes ont-ils osé ? se demande-t-on. Oui !

   C'est à l'image du film, à la photographie chiadée et au ton mal élevé. Ainsi, une délicate petite brune évoque la possibilité d'introduire des rats dans l'anus d'un scientifique, tandis qu'Harley Quinn n'hésite pas à révéler la cause de son retard : un passage par les toilettes, pour la grosse commission... Amis de la délicatesse, bonjour ! Comme les messieurs ne sont pas en reste (l'un d'entre eux se baladant le soir en slip kangourou), c'est assez fendard.

   Tout en recyclant les codes du film de super-héros, celui-ci se positionne comme un anti-Marvel (ce qui ne manque pas de sel, quand on sait que le réalisateur, James Gunn, est celui des Gardiens de la galaxie). Ainsi, c'est un Noir et non un Blanc qui va diriger l'équipe, dans laquelle on distingue une sorte de Captain America (le mal nommé Peace maker)... mais en nettement moins sympathique. Il est incarné par John Cena, dont les gros muscles sont aussi à l'affiche de Fast & Furious 9.

   De son côté, au vu de la sorte d'armure qu'il porte, l'ancien tueur à gages Bloodsport (Idris Elba, chargé de remplacer Will Smith, qui n'a pas rempilé) pourrait être un succédané d'Iron Man. Complètent le groupe un homme-requin aussi balèze qu'Hulk (mais anthropophage) et un type indéfinissable, qui balance... des pastilles !

   Attention toutefois : le début est trompeur. Les spectateurs sont (presque) mis dans la position des habitants d'une île. Dans un premier temps, on nous immerge dans un arc narratif... que l'on finit par voir sous un autre angle, un peu à l'image de ce qui est présenté dans Deadpool 2 (le plus DC des Marvel).

   Le scénario est narquois à un point tel que je ne peux pas raconter en détail. Sachez néanmoins que, lorsque l'équipe finale est constituée, elle engage son premier véritable combat contre un adversaire sur lequel elle se trompe grandement. C'est savoureux, après coup !

   L'humour est souvent présent, en particulier quand Harley Quinn est à l'écran. J'ai adoré la parodie de romance entre la garce blonde et le nouveau dictateur... ainsi que sa conclusion. Il vaut mieux ne pas contrarier l'ex-patineuse, qui a des valeurs ! Quant à son évasion, c'est est une véritable symphonie sanguinaire...

   Les amateurs de crânes éclatés, de membres arrachés et de giclées de sauce tomate sont servis par les péripéties de l'intrigue. La petite armée d'un dictateur centre-américain fournit une pelletée de victimes convenables. (Au passage, le scénario, s'il ridiculise les combattants latinos, dénonce la politique étrangère états-unienne.) Cependant, au sein d'une tour fortifiée, se trouve un ennemi autrement plus dangereux : une créature extra-terrestre, jusque-là prisonnière, mais qui, bien entendu, va parvenir à se libérer.

   Le combat final est mi-héroïque mi-parodique, les membres du commando affrontant une créature aussi gigantesque que ridicule... mais bigrement redoutable. (Je pense que la séquence du combat, en zone urbaine, est un décalque ironique d'un des Avengers, alors que les avatars de la créature sont une référence à Alien.) Cette dernière partie est assez prévisible (en particulier concernant le rôle joué par Harley Quinn), mais on passe toujours un bon moment.

   P.S.

   La musique, plutôt rock'n'roll, est sympa !

   P.S. II

   Deux scènes supplémentaires encadrent le générique de fin. Chacune voit le retour à la vie d'un des personnages présumés décédés...

00:02 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films