samedi, 17 octobre 2009

Les ânes font-ils de la politique ?

   J'aime bien la randonnée. Mais que diable la politique vient-elle faire là-dedans ? Eh bien, il s'avère que ce samedi, j'ai avalé un sympathique parcours dans le Cantal, pas très loin de l'Aveyron, puisqu'il s'agit de la partie cantalienne de l'Aubrac (la moins riche, disent les mauvaises langues).

   En tout début d'après-midi, le temps était couvert et, au sommet des collines, je peux vous dire qu'on entendait siffler le vent ! Le temps s'est éclairci par la suite. J'aime bien ce parcours de randonnée, prévu pour durer 4 heures (mais que je termine en 3h15 - 3h30, pauses incluses... y a pas de raison que je ne me vante pas un peu, hein).

   On passe par des prés, on croise des bovins si typiques :

Rando A (8).JPG

   Jolie scène, non ? Pour continuer la marche, il me fallait longer la clôture, à droite. J'ai fait un petit détour, sous le regard étonné des autres bovidés du pré.

   Parfois, je me réjouis de ne pas avoir à en traverser un, vu le regard que l'on me jette :

Rando A (2).JPG

   Tout ça pour dire que le coin est magnifique et que, quand on se retrouve en hauteur, la vue est imprenable :

Rando A (6).JPG

   Là, on est proche du départ. On distingue bien le bourg de Chaudes-Aigues.

Rando b10.JPG

   A ce moment-là, on a atteint le premier sommet et on amorce la première descente, qui va mener à la confluence du Remontalou (le cours d'eau communal) et de la Truyère (LA célébrité de la région) :

Rando b13.JPG

   En remontant, on a une intéressante vue du barrage de Lanau :

Rando b16.JPG

   Dans la partie boisée, on entend ou voit fréquemment des animaux. Aujourd'hui, il m'a semblé percevoir les mouvements d'un cervidé, en fuite. Je n'ai pas tardé à comprendre pourquoi : j'ai vite croisé la route d'un chasseur du samedi, accompagné de deux chiens. Plus loin, c'est même une battue qui était organisée... J'espère qu'ils n'ont pas attrapé la bête. Plus loin, quand on revient sur Chaudes-Aigues, on croise notamment des ânes :

Rando b25.JPG

   Celui-ci était assez timide. Par contre, le cheval qui était avec lui dans le pré s'est approché puis, quand il a vu que je n'avais rien à lui donner à manger, s'est désintéressé de moi.

   J'ai retrouvé des ânes en toute fin de randonnée, quand je suis retourné sur le parking où je m'étais garé. J'étais en train de me changer quand j'ai été abordé par une vieille dame, qui m'a demandé si j'avais vu son mari, qu'elle m'a décrit. Je lui ai répondu que non. Nous avons ensuite engagé la conversation. Elle m'a dit qu'elle devait le retrouver ici. Il était en train de promener leur chien et devait la rejoindre pour nourrir les ânes.

   Nourrir les ânes ??? En effet, derrière le parking, dans un petit pré fermé par du grillage haut, trois ânes venaient d'arriver. Ils observaient les humains (pas très nombreux) présents sur le parking. Au loin, une bande de papys rigolards jouait à la pétanque. Deux femmes sont venues ranger leurs courses dans leur voiture... provoquant une manifestation particulièrement bruyante des équidés aux longues zoreilles !

   Peu de temps après est arrivé le mari, qui a laissé le chien à sa femme et s'est approché du grillage. Il a dénoué un sac en plastique et a tendu un quignon de pain à l'âne gris (doté d'une robe magnifique, comme vous allez pouvoir le constater plus bas) en lui disant : "Allez Sarko, viens !" Et l'âne gris s'est approché !!!!!

   Là, j'ai éclaté de rire !

   La grand-mère était un peu gênée. Elle m'a dit que le surnom ne venait pas d'eux. Ce sont des habitants du coin qui, un jour, voyant son mari apporter de la nourriture aux ânes, lui auraient dit : "Alors, tu vas donner à manger à Sarko ?"

   Il est donc temps de vous présenter l'animal en question. sachez tout d'abord qu'il est très sensible aux médias :

Rando b34.JPG

   Quand il m'a vu dégainer mon appareil photo numérique, il s'est empressé de prendre la pose !

Rando b35.JPG
   Vous noterez son envie de passer avant les autres ânes...
Rando b36.JPG
   ... au besoin en poussant un peu du museau.
   Il paraît aussi que, lorsque "Sarko" n'est pas content, il pique une crise et qu'on l'entend des kilomètres à la ronde !
   Vraiment, les gens sont médisants !
   Pour les amateurs de mauvais esprit :

dimanche, 06 septembre 2009

Un Français au service des Etats-Unis

   C'était un diplomate du Quai d'Orsay, qui, alors que Charles de Gaulle était président de la République, a décidé de renseigner la C.I.A., en particulier sur le projet de de Gaulle de quitter le commandement militaire intégré de l'O.T.A.N..

   J'ai appris l'existence de cet homme par l'émission Rendez-vous avec X du samedi 5 septembre 2009. On peut la réécouter sur le site de France Inter. Cependant, dans cette émission, le fameux "Monsieur X" ne donne pas le nom du traître, tout en laissant des indices susceptibles de permettre à qui le veut d'en retrouver l'identité. Il dit notamment qu'il portait un nom à particule. Je me suis donc livré à de menues recherches, qui m'ont mené au site du Point, qui propose un long article sur les archives secrètes de la C.I.A.. Un journaliste-enquêteur français, Vincent Nouzille, les a exploitées et en a tiré un livre, Des secrets si bien gardés, les dossiers secrets de la Maison Blanche et de la C.I.A. sur la France et ses présidents, 1958-1981.

   Au fait, le diplomate s'appelait Jean de La Grandville.

mardi, 30 juin 2009

L'aube, le soir ou la nuit

   Il s'agit bien entendu du livre écrit par Yasmina Reza à partir des notes qu'elle a prises durant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007. Je n'ai acheté le bouquin que très récemment, à sa sortie en poche. A la base, je ne pensais pas apprendre grand chose sur une période que j'ai bien suivie dans la presse.

   Confirmation : ce court livre ne révèle pas de secret, enfin rien qui ne soit connu de ceux qui s'intéressent à la politique française... rien sauf le lien qu'a entretenu l'auteure avec un rival de l'actuel président. En effet, à plusieurs reprises il est fait mention d'un certain "G", homme influent, conscient de son importance, dont Y. Reza parle avec une tendresse indéniable. Au départ, vu le profil, j'ai songé à Dominique de Villepin. Mais ça ne collait qu'à moitié. Et puis je me suis souvenu que la dramaturge est "de gauche" (la gauche caviar, faut pas déconner non plus !). Mon attention s'est donc portée sur un autre gros queutard, que l'on peut rattacher à l'initiale G : Dominique (Gaston) Strauss-Kahn. La confirmation est venue du blog de Pierre Assouline.

   Voilà pour la chronique "pipol" (encore que... cela nous donne un éclairage supplémentaire sur la nomination de D.S.K. au F.M.I.). Passons au contenu du livre à présent. Il est peu volumineux. Y. Reza a choisi d'évacuer les déboires conjugaux de N. Sarkozy, mais aussi tous ces attouchements qui font le sel d'une campagne (ça nique dans les entourages de candidats !). Elle a aussi, je crois, choisi de laisser de côté tout ce qui pouvait entamer la crédibilité du personnage. Entendons nous bien : elle ne passe pas sous silence les nombreux défauts de l'ancien ministre de l'Intérieur, mais les aborde systématiquement de manière positive, rendant presque le personnage attachant.

   Elle a visiblement succombé au charme, passant du vouvoiement au tutoiement. C'est honnête de sa part de ne pas le cacher. Elle le fait comprendre en nuance : au début elle écrit vouloir s'attacher au voussoiement (pour garder de la distance), mais très vite, on comprend qu'elle est passée au tutoiement. Par contre, on peut lui reprocher de ne pas avoir pris de recul par rapport à sa propre évolution. Comme elle a écrit son livre quelques semaines après la fin de la présidentielle, elle aurait pu apporter quelques éléments de réflexion sur sa propre incapacité à rester distanciée.

   C'est devenu tel qu'elle prend fait et cause pour son poulain quand la presse ou les intellectuels le dénigrent. Je ne citerai pas ici les attaques systématiques dont elle gratifie Michel Onfray. Je préfère aborder le cas de deux journaux. Il est d'abord question du Canard enchaîné. A la page 75 (de l'édition de poche), il est écrit : "La visite de Madrid a été en partie gâchée par un article infamant et dérisoire du Canard enchaîné." Bigre ! Voilà que la "probité" de l'ancien maire de Neuilly est remise en cause. L'article en question, publié dans l'édition du 28 février 2007, traite de l'appartement de l'île de la Jatte. Le voici :

Jatte Canard.JPG

   Depuis, l'affaire a fait l'objet d'une enquête préliminaire... prestement close...

   Toujours aussi courageuse, Y. Reza s'en prend ensuite à une tribune anti-Sarkozy, publiée dans Libération le 30 avril 2007. A vous de juger, rétrospectivement, si l'on peut se contenter d'évoquer la "faiblesse du texte" (page 118).

   Quelques mots sur le style, pour terminer. La volonté de ne pas trop réécrire les notes prises sur le fait (ou de laisser cette impression) est évidente. Entre la posture pseudo-surréaliste (garder le matériau brut) et la tentation du Verbatim à la Jacques Attali, l'auteure penche plutôt pour l'intello-reportage, délaissant la plupart du temps les guillements, ce qui donne un texte parfois confus, où il est difficile de démêler ce qui revient à telle ou telle personne. Je ne sais pas si c'est volontaire ou l'expression de l'inconscient, mais cela traduit assez bien la proximité trouble de Yasmina Reza avec son sujet.

mercredi, 10 juin 2009

Petit mensonge de la soirée électorale

   Petit, mais très souvent répété ! Sur le coup, je n'ai pas vraiment fait attention. Par la suite, je me suis bien dit que le propos, répété en choeur par presque tous les intervenants U.M.P., qui avaient bien appris leur leçon, méritait que l'on s'y attarde.

   De quoi s'agit-il ? Tout simplement de l'affirmation que les élections européennes de 2009 auraient vu, pour la première fois, la victoire du parti présidentiel depuis qu'elles s'effectuent au suffrage universel direct (c'est-à-dire depuis 1979, ce qui ne nous rajeunit pas). En fait, plusieurs des intervenants que j'ai entendus à la radio (Nadine Morano, Rachida Dati et Xavier Bertrand notamment) ont joué sur l'ambiguïté de la formule : est-ce la première fois tout court ou est-ce la première fois depuis les élections de 1979 ?

   Evidemment, ce n'est pas la vraie première fois. En 1979, la liste menée par Simone Veil était arrivée en tête lors du scrutin européen... ce qui, incidemment, avait sans doute contribué à l'arrivée de l'ancienne ministre à la tête du Parlement européen. Or, elle conduisait une liste estampillée U.D.F., le parti du président Valéry Giscard d'Estaing. A l'époque, elle avait dû faire face aux attaques virulentes des colistiers de Jacques Chirac (ancien Premier ministre), qui lui menait une liste R.P.R. ...

   Au passage, on notera que, 5 ans plus tard, c'est sous la direction de l'ancienne magistrate que les deux frères ennemis de la droite concourent aux élections européennes de 1984. La mémoire est parfois injuste. On n'a souvent retenu de ce scrutin que l'émergence du Front National, qui, sous la houlette de Jean-Marie le Pen, avait recueilli un peu moins de 11 % des suffrages exprimés. On a un peu vite oublié l'écrasante victoire de la liste conduite par Simone Veil, qui avait réuni 43 % des voix, le P.S. étant loin avec un peu moins de 21 %. Avouez que cela avait autrement plus de gueule que les poussifs 27 % des listes U.M.P. en 2009 !

   En 1989, rebelote !... Pas totalement en réalité. Si une liste d'union R.P.R.-U.D.F. arrive bien en tête à l'occasion des élections européennes, elle a subi la concurrence d'une liste centriste, menée par Simone Veil. "Momone" n'a pas hésité à se présenter contre son ancien mentor, V.G.E., qui conduisait la liste d'union. Du coup, la victoire de "l'ex" a été assez étriquée.

   Bon, tout ça pour dire que nos journalistes ont manqué quelque peu de répartie quand ils ont recueilli les réactions des politiques. J'ai bien entendu, sur France inter (France info ?) je crois, un des animateurs reprendre Nadine Morano quand elle s'est mise à débiter sa leçon, mais j'aurais aussi apprécié que le recul critique s'appuie sur une meilleure connaissance des scrutins passés. C'est tout de même leur boulot !

   Pour terminer, on peut ajouter que la volonté de comparer le résultat des élections européennes au bord politique de l'occupant de l'Elysée n'est pas toujours pertinente... en particulier en période de cohabitation. Ainsi, on peut estimer que la victoire de la liste menée par Dominique Baudis en 1994 confirmait la domination des duettistes R.P.R.-U.D.F., au pouvoir depuis 1993 (avec le gouvernement Balladur). La même réflexion peut être faite à propos du scrutin de 1999. La liste socialiste arrive en tête, alors que le pays est dirigé depuis déjà deux ans par la coalition de "gauche plurielle". Plus qu'avec l'orientation du président, c'est avec la tendance gouvernementale qu'il faut comparer les résultats... quitte à froisser quelques susceptibilités.

jeudi, 25 décembre 2008

Qui est Philippe Marini ?

   En voila une question qu'elle est bonne ! Et d'abord, pour quoi me la posè-je ? Jusqu'à novembre dernier, je ne m'étais pas intéressé à cet homme politique, mais sa proposition d'amendement visant à permettre à certains épargnants de déduire de leurs impôts une partie de leurs pertes à la bourse m'a sidéré. On peut trouver une présentation (plutôt favorable) de ce projet (qui avait été adopté par la commission des finances du Sénat) sur le site du Figaro :

http://www.lefigaro.fr/impots/2008/12/08/05003-20081208AR...

   Je ne possède pas d'actions cotées en bourse, mais j'ai discuté de la chose avec des personnes qui en ont et elles ont trouvé cette proposition abracadabrantesque : d'abord parce qu'elles assument les risques de leurs placements boursiers, ensuite parce que les "petits" porteurs ont massivement conservé leurs titres. Il leur reste à attendre la remontée des cours... (Tant pis pour les blaireaux qui ont cédé à la panique !)

   Du coup, je me suis connecté au (très bon) site internet du Sénat (http://www.senat.fr/). Je me suis intéressé à la biographie de P. Marini ainsi qu'à ses propositions de loi.

   Ce n'est pas un nouveau né en politique : il est maire de Compiègne depuis 1987 (il précise sur son site qu'il est conseiller municipal depuis 1977) et sénateur de l'Oise depuis 1992 (il a été réélu en 2001, pourra l'être à nouveau en 2011... oui, n'oubliez pas, le calendrier a été décalé d'un an... ce qui, soit en dit en passant, ne se justifiait réellement que pour la série de 2007,  renouvelée finalement en 2008).

   A la base, c'est un inspecteur des finances, passé par Sciences Po et l'E.N.A. Une fois au palais du Luxembourg, il s'est donc logiquement dirigé vers la commission des finances, dont il est le rapporteur général. (N'oubliez pas que cette commission a voté sa proposition sur les "moins-values" boursières.)

   En un peu plus de 15 ans, il est l'auteur d'une quarantaine de propositions de loi. Six d'entre elles ont un objet directement lié à la bourse :

- créer des fonds de pension (1992-1993)

- améliorer l'information des actionnaires (1995-1996)

- les pactes d'actionnaires (1996-1997)

- les offres publiques d'acquisition (1998-1999)

- l'adaptation du droit boursier (2001-2002)

- le développement de l'épargne-retraite (2007-2008)

   J'ai aussi remarqué son intérêt pour les questions liées aux "gens du voyage". Plusieurs propositions abordent ce sujet :

- une sur le stationnement des "gens du voyage" (session de 1994-1995)

- une sur la procédure d'expulsion en cas de stationnement illégal (session de 2001-2002)

- une l'occupation illégale de terrains affectés à une activité économique (session de 2007-2008)

   Concernant cette dernière, j'ai l'impression qu'elle est une sorte de nouvelle charge sur le même sujet, les deux précédentes ayant été déclarées caduques.

   Au total, 25 de ses propositions sont désormais "caduques". En général, cela veut dire que, au début de la troisième session qui suit celle où elles ont été déposées, le Sénat n'a toujours pas statué dessus. (http://www.senat.fr/role/caducite.html)

   Je ne voudrais pas paraître médisant, mais on dirait que la majorité des petits camarades de P. Marini (qui siège dans le groupe U.M.P.) ne semble pas souvent s'intéresser à ses idées. Encore que... Il convient de nuancer, en observant le devenir des propositions qui ne sont pas caduques. Certaines ont été adoptées par le Sénat, voire même sont devenues lois :

- un texte sur les candidatures multiples aux élections cantonales (avec des visées un peu plus larges toutefois), de la session 1997-1998, devenu une loi en 2000 (voyez le temps qu'il faut...) ; je remarque au passage que l'une des suggestions phares du texte, qui visait à harmoniser les règles de présentation des candidats au second tour des différentes élections, n'a pas été retenue ; du coup, aux législatives, il faut toujours recueillir 12,5 % des inscrits, contre 10 % aux cantonales... et 10 % des exprimés aux municipales (dans les communes peuplées de 3 500 habitants et plus) ; P. Marini voulait infléchir les scrutins dans un sens majoritaire (qui n'est pas le sens du courant... le système a au contraire besoin de davantage de proportionnalité), imposant partout la barre de 15 % des inscrits ; comme je suis un peu mauvais esprit, je pense que, vu le contexte dans lequel cette proposition avait été faite, P. Marini avait peut-être dans la tête l'idée de limiter la capacité de nuisance du Front national, qui était grande à l'époque

- un texte sur la création d'un Conseil des prélèvements obligatoires (session de 2004-2005)

- un texte sur les fiducies (même session, même si la loi n'a été définitivement votée qu'en 2007... champagne !)

- une résolution sur l'adoption d'un texte européen (session de 2006-2007... loi de 2008)

   Le sénateur de l'Oise semble donc disposer de plus d'influence depuis l'année 2004 environ. De surcroît, une de ses anciennes propositions est devenue une loi du gouvernement Fillon. En effet, durant la session 1999-2000, P. Marini avait proposé la création du R.M.A. "revenu minimum d'activité", adopté par le Sénat, mais pas par l'Assemblée nationale (majorité de "gauche plurielle" oblige). Ce R.M.A. me paraît être un peu l'oncle du R.S.A. créé en 2008.

mardi, 23 septembre 2008

L'Aveyron, département sismique

   Rassurez-vous, il ne va pas être question d'une quelconque résurgence de l'activité volcanique dans le plus beau département de France (avec peut-être, je le concède, la Dordogne). Vu l'endroit où ce billet est posté, vous vous doutez bien qu'il va être question des récentes élections sénatoriales... eh oui, on vote pour désigner les membres de la plus coûteuse maison de retraite de France !

   Depuis les législatives de 2007, l'Aveyron suit une courbe qui tend à rapprocher ce département furieusement conservateur modéré des autres départements de la région Midi-Pyrénées. Les municipales et cantonales de 2008 ont accentué la tendance. Les votes de dimanche 21 septembre suivent, aussi étonnant cela puisse-t-il paraître, la même pente.

   Pensez donc : les deux sortants étaient de droite, un seul (celui des deux qui était estampillé U.M.P.), à savoir Jean Puech, ex-omni-président du Conseil général (entre autres... il fut aussi ministre de l'Agriculture de Balladur), se représentant. A ses côtés, le parti dirigé il y a peu encore par Nicolas Sarkozy avait investi Jacques Godfrain, un vieux routier du gaullisme (c'est l'ancien maire de Millau, qui a abandonné sa circonscription de député) pas franchement progressiste (il fut trésorier du S.A.C.). Deux divers droite connus dans le département concouraient aussi : Marc Censi, ancien maire de Rodez, et Gérard Descrozaille.

   En face, la gauche "modérée" soutenait Alain Fauconnier (sorte de VRP multicarte de la social-démocratie à la sauce aveyronnaise, il est maire de Saint-Affrique et vice-président du Conseil régional de Midi-Pyrénées... Va falloir choisir les fauteuils !) et, de manière officieuse, Anne-Marie Escoffier, bien connue dans l'Aveyron puisqu'elle en a été la préfète de 1999 à 2002 (à l'époque, les socialos l'y auraient nommée un peu pour faire chier J. Puech, disent les mauvaises langues). Notons que la dame a, dès cette année 2008, mis les pieds dans le plat en se présentant dans l'ancien canton de Jean Puech (celui de Rignac)... et en y étant élue dès le premier tour !!!

   A ce petit monde s'ajoutaient deux candidats communistes, deux Verts et un F.N.. Le scrutin est majoritaire. Au premier tour, la participation est très forte : 98 % des grands électeurs se sont déplacés et seuls deux d'entre eux ont voté blanc ou nul. Aucun des candidats ne recueille la majorité absolue. Mais, ô surprise, kikicé qu'arrive en tête ? L'ancienne préfète ! Devant le socialiste, qui lui-même précède d'une centaine de voix les deux ténors vieillissants de la droite aveyronnaise. Tempête sous les crânes ! Bien vite, les autres candidats de droite se désistent, et l'on se dit que, comme ils apportent environ 260 voix et que les "petits" candidats de gauche (qui, une fois de plus, doivent se résigner à jouer le rôle de supplétifs du P.S.... Faut dire, pour une fois qu'ils ont l'occasion de frapper un grand coup !) ne "valent" que 100 voix, Puech et Godfrain pourraient très bien sauver in extremis la situation.

   Arrive le second tour, opposant les quatre candidats ayant recueilli le plus de voix. La participation est encore plus forte : 99,3 % ! Les bulletins exprimés sont 4 de plus ! Quel suspense ! Et que dire du résultat final :

Escoffier Anne-Marie : 489 voix

Fauconnier Alain : 484 voix

Puech Jean : 342

Godfrain Jacques : 348

   Les deux candidats soutenus par le P.S. sont donc élus. Les deux vaincus n'atteignent même pas le score du premier tour de leurs adversaires. De surcroît, entre les deux tours, l'ancienne préfète a gagné 123 voix, le maire de Saint-Affrique 126, soit, à eux deux, 249 voix, bien plus que le réservoir de voix de la gauche dans le corps des grands électeurs. En fait, dès le premier tour, nombre de "sans étiquette" se sont portés sur eux. Depuis quelques années, ils voient avec angoisse les cantons ruraux perdre ou risquer de perdre les services publics (maternité, tribunal, trésorerie, commissariat, classes de lycée...). Fauconnier est connu pour sa défense de ceux-ci. Quant à Jean Puech, que tout le monde pensait indéboulonnable, il a beaucoup perdu de son influence depuis qu'il a laissé les rênes du Conseil général à Jean-Claude Luche. Dans le secret de l'isoloir, des dizaines de "divers droite" ont basculé du côté obscur de la Force... Ces élus locaux sont d'une ingratitude !...

 

http://www.ladepeche.fr/article/2008/09/21/476858-Senator...

vendredi, 06 juin 2008

Bertrand Delanoë à Rodez

   J'en avais entendu parler, mais je n'y avais guère prêté attention. Et puis, ce soir, après le boulot, je suis allé faire un tour dans la vieille ville. En passant, je suis entré dans la (bonne... très bonne même) librairie La Maison du livre (dont le directeur, Benoît Bougerol, préside le S.L.F., syndicat de la librairie française). J'ai été étonné d'y voir régner une telle animation vu l'heure. De surcroît, la librairie est encore en pleins travaux (ils seront bientôt terminés... et le résultat est assez joli : l'intérieur est plus lumineux).

   Cette (relative) animation était due à la présence de l'actuel maire de Paris, venu dédicacer son livre :

Delanoé.jpg

    Vous aurez remarqué à quel point la photographie de couverture est travaillée. A mon avis, il y a eu quelques retouches au niveau du bronzage et du capillaire... Pour l'anecdote, il est assez piquant qu'un ouvrage dont le titre fait référence aux paroles prononcées jadis par le Jacobin Danton (un enfant de la classe moyenne, comme Berty, qui, en 1792, tentait par ce biais de stimuler le zèle révolutionnaire des Français menacés par une invasion autrichienne) soit édité chez Robert Laffont. Danton, précurseur du "social libéralisme" ?

   Vous vous demandez sans doute ce que le maire de Paris peut trouver à la préfecture aveyronnaise (selon moi, il n'a pas vraiment besoin de ce genre de séances pour faire vendre son livre). Eh bien sachez que le petit Bertrand a été scolarisé à Rodez... chez les curés, faut pas déconner non plus (ça tombe bien : la librairie La Maison du livre a comme un petit côté "catho de gauche"). Il a même été surveillant, dans un bahut public cette fois-ci (le lycée Monteil, aujourd'hui établissement général et technologique plus "populaire" que le select lycée Foch, public lui aussi). C'est à peu près à cette époque qu'il a adhéré au Parti Socialiste. Comme tout bon Aveyronnais de Paris, il a gardé des attaches (des amis mais aussi sa soeur, qui habite à Rodez).

    Le nouveau maire de Rodez, Christian Teyssèdre, est venu faire coucou à la librairie. Du coup, Delanoë s'est retrouvé avec le gratin du socialisme ruthéno-aveyronnais. J'ai laissé traîner un peu mes oreilles pour écouter de quoi qu'ils pouvaient bien causer. Officiellement, de la droite et de la gauche. Il ne fait plus aucun doute que Delanoë veut être candidat en 2012. Il semble avoir compris que l'électorat "de gauche" veut une victoire nationale, que le candidat (ou la candidate...) se déclare "libérale" ou pas. Du coup, notre petit maire de Paris a besoin du soutien des fédérations socialistes dans sa conquête du Parti. Peut-être vient-il câliner les roses Aveyronnais dans cet objectif. Il en a sans doute aussi profité pour causer du projet de musée Soulages (beurk !) avec Teyssèdre (qu'il avait soutenu lors de la récente campagne des municipales).

 

lundi, 10 mars 2008

Séisme électoral à Rodez

              Il y a au moins deux avantages au résultat : je peux organiser mon dimanche prochain comme je le veux puisque je n’aurai pas à me déplacer pour un second tour et, de ce fait, cette élection fait faire quelques économies.

            On va commencer par la liste arrivée quatrième et dernière, « La nouvelle génération avec Marc Censi »… ledit Censi (il est là depuis 1983… et même depuis 1971 en tant qu’adjoint !) ayant plus de 72 balais : bonjour le renouvellement ! Les électeurs ne se sont pas laissé abuser par la tromperie : on avait mis un gamin en tête de liste (un C.S.P.+ comme nombre de ses colistiers) et le maire sortant Censi n’en occupait que la dernière place ; tout le monde a compris que Censi comptait sur des négociations d’entre deux tours, peut-être pas pour redevenir maire mais, qui sait, pour garder la communauté d’agglomération.

            Censi (ex-U.D.F.) s’est aussi relancé dans la compétition pour une raison « culturelle ». La liste officielle estampillée (même discrètement) « U.M.P. » (plutôt une liste d'ex-R.P.R. ?) a dans son programme l’organisation d’un référendum local pour décider de la construction (ou pas…) d’un musée Soulages… une cochonnerie de snobinards qui pourrait nous coûter la peau des fesses… (C’est le contribuable ruthénois qui cause, là.) et dernière lubie de Censi, qui a déjà bien vécu sur la bête avec ses projets limite pharaoniques. Régine Taussat n’a pas eu le courage d’annoncer franchement la couleur et de dire que ben son projet de musée Soulages, Censi, il peut se le rouler en boule et le ranger où il veut… Pour être honnête, il faut dire que le programme de la liste U.M.P.-mais-pas-trop prévoyait des travaux gigantesques (et inutiles...) au centre de Rodez. Ouf ! On a échappé à cela ! A la fin du dépliant-programme, Régine Taussat avait pris soin de faire figurer quelques photographies de sa modeste personne en compagnie des huiles U.M.P… Le problème est que certaines de ces photos doivent dater de 10 ou 15 ans ! Le top du délire est celle qui montre Régine en compagnie de Nicolas Sarkozy : en gros, seule la coupe de cheveux permet de reconnaître la candidate ! La palme de l'hypocrisie est attribuée à... la photo sur laquelle figurent notre Régine et le député Yves Censi (oui, le fiston de l'autre), auquel elle s'était opposée aux législatives de 2002, quand il s'était agi de récupérer la place laissée vacante par la retraite de Jean Briane. Quant à sa liste, au-delà de quelques lampistes, c’est un échantillon caricatural de la "bonne bourgeoisie" : « cadre de banque », « chargée des ressources humaines », « chef d’entreprise clinique privée », « commerçante », « chef d’entreprise »,  « médecin psychiatre », « employée de banque », « négociateur immobilier », « conseiller financier », « employée de banque » (une de plus), « kinésithérapeute », « décoratrice », « chirurgien dentiste »… Notez la surreprésentation des professions médicales (libérales, faut pas déconner non plus). Les électeurs n’ont pas voulu de cette ordonnance… d’autant plus que, aussi bien à droite qu'à gauche, à Rodez, ils sont nombreux à admettre que Régine Taussat n’était pas très crédible en future maire.

            La deuxième place est revenue à une liste-surprise, menée par le président du Conseil économique et social. Il s’affichait « social-démocrate » et son dépliant le montrait en compagnie de Martin Malvy, le président (socialiste) du Conseil régional. Le problème est que celui-ci soutenait la liste socialiste. La même méthode a été appliquée avec une notabilité locale : l’ancien directeur d’un lycée du coin figure lui aussi sur une photographie en compagnie de J.-L. Chauzy. Il a fait publier un démenti dans la presse locale. Voilà des procédés qui ne sont ni sérieux, ni honnêtes. En fait, cette liste est un fourre-tout qui n’a pas osé prendre l’étiquette  Modem. Elle réunit une brochette d’ex-U.D.F. et des personnes plutôt classées « à gauche », des notables C.S.P.+ et un nombre non négligeable de représentants du monde enseignant. Le mariage de la carpe et du lapin n’a convaincu les électeurs qu’à moitié.

            La vraie surprise est venue de la victoire, dès le premier tour, de la liste P.S.-P.C.-Verts-P.R.G.-M.R.C. (ça y est, on a tout le monde ?)  menée par l’éternel opposant Christian Teyssèdre. A la base, ce candidat passait plutôt mal auprès de la population : il n’a pas vraiment de charisme et il a depuis longtemps la réputation du râleur systématique, une sorte de don Quichotte aveyronnais luttant vainement contre les moulins à vents du Conseil général et de la mairie de Rodez. Alors, qu’est-ce qui peut bien expliquer sa franche victoire en 2008 ? Sa liste est plurielle : elle accueille, outre les militants politiques des partis la soutenant, quelques figures locales pas spécialement marquées. Le plus étonnant est que cette liste « de gauche » est assez peu ciblée « fonction publique ». En outre, je pense que le gros travail de terrain (du porte-à-porte notamment) a porté ses fruits. Teyssèdre a pu voguer sur la déception vis-à-vis de la droite, à la fois nationale et locale, et du désir de changement des électeurs. Le dépliant-programme est assez bien foutu, même si on peut sincèrement douter de la réalisation de ce catalogue de bonnes intentions. D’ailleurs, l'ambiguïté est entretenue sur la construction du musée Soulages « Nous organiserons une promotion active de nos musées présents et à venir »… On comprend pourquoi Marc Censi, une fois les résultats proclamés, ne s'est pas montré attristé de voir ses adversaires de toujours prendre le contrôle du piton ruthénois. Dire qu’il faut se taper soit les snobs de droite soit ceux de gauche…

 

samedi, 15 décembre 2007

Yvan Colonna, coupable, innocent ou faux-cul ?

   J'ai suivi le procès à travers la presse et la radio. Franchement, le cas Colonna, je m'en fous un peu. C'est la mort de Claude Erignac que je regrette. D'où l'importance du jugement de ses assassins présumés... de TOUS les assassins, car le tireur n'est pas le seul responsable, c'est toute une idéologie sectaire (le nationalisme corse), adepte de la violence extrême, qui a créé les conditions de ce meurtre.

   La tactique des avocats de Colonna était claire : instiller le doute. Ils y sont parfois arrivés, il faut le reconnaître : je pense qu'on n'a pas abordé tout le fond de l'affaire... cela dérangerait-il du monde ? Commençons par procéder à une véritable reconstitution. Les avocats de Colonna ont aussi, de manière moins explicite, défendu l'idée qu'il s'agit d'un règlement de compte de "l'Etat colonisateur" contre le pauvre petit peuple corse (du coup, ils se sont évertués à prononcer "Colonn", à la corse, et pas "Colonna"). Cela nous a donné l'occasion de bien rigoler. Mais c'est tout de même insultant pour la grande majorité des Corses, qui ne sont pas des crapules.

   Deux moments ont été pour moi particulièrement éclairants : ceux qui ont vu l'interrogatoire des épouses des membres du commando déjà condamnés puis celui de leurs époux. On sentait que des pressions avaient été exercées. Ce sont d'abord des familles qui sont victimes de cette affaire... à commencer par la famille Erignac. Mais, de l'autre côté, on a fini par se rendre compte qu'au-delà du militantisme politique puéril, il y a avait le foyer et les femmes et enfants dont on serait séparé pendant des années, puisque, cette fois-ci, le pouvoir politique parisien ne semble pas avoir pesé en faveur de l'indulgence dont ont trop longtemps bénéficié les excités de la cagoule. Je comprends parfaitement le désarroi des épouses, auquel s'ajoutent les pressions locales. Je conseille de (re)lire les comptes-rendus des audiences : on réalise que ces femmes, qui avaient d'abord mentionné la présence d'Yvan Colonna, n'étaient pas très sereines au tribunal.

   Reste le cas du présumé tireur. Ses avocats étaient chargés de déminer cet aspect de l'affaire. Il fallait, pour éviter une condamnation, déjouer aussi les accusations de participation au commando. Colonna savait qu'il jouait gros (il risque à son tour d'être séparé de sa famille pendant un long moment), d'où la manière dont il a apostrophé un des membres de l'équipe. Vraiment, à la lecture du dialogue, on sent que l'un essaie de faire pression sur l'autre.

   Je ne suis donc pas totalement convaincu qu'Yvan Colonna était le tireur, mais je suis persuadé qu'il a participé à l'opération. (Avec une cavale bien organisée ma foi ce mec avait des choses à se reprocher.) Rien que pour cela, il mérite une condamnation lourde. Mais, visiblement, les autorités tenaient à en faire le tireur. Pourquoi ? Savent-elles des choses que l'on n'a pas révélées au procès ? S'appuient-elles sur des preuves supplémentaires (je pense en particulier à des témoignages) qu'il a été jugé dangereux de produire au procès ? 

   Dernière chose : la réaction de certains nationalistes, après l'énonciation du verdict. L'usage d'armes contre des symboles de l'Etat (plus précisément de ses forces de l'ordre) est à lui seul débile. Mais le dynamitage de la villa de l'une des amies de la veuve de Claude Erignac est dégueulasse.

jeudi, 22 novembre 2007

Accusé Chirac, levez-vous !

   C'était la surprise du mercredi. Grâce aux "nouvelles technologies", on est vite informé de ce genre de truc. Ce n'est que tard le soir que j'ai regardé les informations. Je n'étais peut-être plus très frais, mais il m'a bien semblé que, sur LCI, les réactions montrées à l'antenne étaient systématiquement opposées à la mise en examen de l'ancien maire de Paris.

   Eh bien tel n'est pas mon avis. Mieux vaut tard que jamais et si, par cette attitude, on peut filer les jetons à quelques politiciens corrompus, ce n'est pas plus mal.

   Courage madame Siméoni, ne cedez pas aux pressions de la clique politico-médiatique !

   Ironie de l'histoire : c'est une "Xavière" qui poursuit Chirac pour des affaires liées à la mairie de Paris !

Toutes les notes