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samedi, 03 janvier 2026

2026 commence bien

   Ne boudons pas notre plaisir. Voir cette nouvelle année débuter par l'arrestation d'un dictateur met de bonne humeur, quand bien même la méthode serait contestable.

   Commençons par quelques rappels. En 2013, Nicolas Maduro a succédé à Hugo Chavez (décédé) à la tête du Venezuela, d'abord comme président par intérim, position à laquelle il ne pouvait alors prétendre, puisqu'il était vice-président et que la Constitution (chaviste) du Venezuela précisait que l'intérim devait être exercé par le président de l'Assemblée nationale (un peu comme le président du Sénat en France).

   A cette première incartade ont succédé une série de fraudes électorales, notamment aux trois élections présidentielles "remportées" par Nicolas Maduro (en 2013, 2018 et 2024). A la suite de la dernière mascarade électorale (et des violences qui l'ont accompagnée), c'est le chef de l'OEA (Organisation des États Américains) qui a demandé à la CPI (Cour Pénale Internationale) de lancer un mandat d'arrêt contre Maduro. On attend toujours la réponse de l'institution (qui a été plus rapide à s'en prendre à Benyamin Netanyahou...).

   On en arrive à ce samedi, qui a vu les forces spéciales états-uniennes opérer très facilement au Venezuela, peut-être grâce à des complicités internes. La majorité des habitants de ce pays en a sans doute marre du dictateur et de la clique de profiteurs qui l'entoure. On sait déjà que, du côté de la diaspora vénézuélienne (un tiers de la population a fui ce pays qui part à vau-l'eau), c'est la joie qui domine.

   Voici une source supplémentaire de réjouissance : la vision du dictateur déchu, trouvée sur le compte de Donald Trump, sur TruthSocial :

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   Bonne année... et bonne santé !

jeudi, 01 janvier 2026

Anaconda

   Opération "ciné détox" ce jeudi, avec une comédie basique pour se décrasser les neurones. (L'an dernier, c'était avec Un Ours dans le Jura.)

   La présence de Jack Black au générique nous incite à comparer ce film avec les Jumanji et le récent Minecraft. Il s'agit de comédies d'aventures, assaisonnées d'un poil (une écaille ?) de fantastique.

   On a beau savoir ce qu'on est venu voir (une resucée parodique d'un "vieux" film d'épouvante), on est surpris par la séquence du début, dont sont absents les héros, quatre amis d'enfance qui vont tenter de réaliser leur rêve : tourner un film d'horreur. Cette séquence inaugurale prend une saveur supplémentaire un peu plus tard, puisqu'on finit par en revoir deux des personnages, mais sous un jour différent.

   La suite est beaucoup (beaucoup) plus convenue. Des quadragénaires de classe moyenne se désolent de leur vie certes plutôt confortable, mais éloignée de leurs aspirations. Doug (Jack Black, bien dans le rôle), l'ex-apprenti cinéaste, travaille dans l'entreprise familiale, dont il est sur le point d'hériter. Ses amis se moquent parfois de ses vidéos films de mariage... De temps à autre, il embauche son pote Kenny, le cassos de la bande, dont, bien plus tard, on va découvrir le secret le plus honteux. Griff (Paul Rudd, Ant-Man pour les intimes) semble avoir été plus fidèle aux idéaux de leur jeunesse : il a quitté leur ville natale et travaille désormais en Californie ; il a acquis une petite célébrité en interprétant un personnage secondaire de la série S.W.A.T.... mais ce n'est qu'un acteur de deuxième catégorie. Quant à Claire, l'unique femme du groupe, elle a réussi ses études de droit, mais s'emmerde dans la vie, d'autant qu'elle vient de découvrir les infidélités de son compagnon.

   Les circonstances qui conduisent ces adultes installés à jouer les cinéastes aventuriers sont mises en scène avec un poil d'inventivité : une série de mises en abyme, puisque nous regardons un film qui montre des fans d'un vieux nanard en train de tourner un film hommage, qui va aussi s'inspirer d'une oeuvre d'adolescence. Un (petit) trouble s'installe quand on comprend que l'un des protagonistes commente une partie de l'histoire. Cerise sur le gâteau : au cours de leur périple en Australie Amazonie, les héros tombent sur une autre équipe de tournage, disposant de moyens plus étoffés que les leurs.

    Je signale que les effets spéciaux sont bien conçus : les grands serpents font un peu peur... et le plus gros de tous est capable d'avaler un humain adulte, vêtements compris ! Cela donne naissance à quelques scènes comiques. La meilleure toutefois ne fait pas intervenir de reptile. Il y a est question d'une morsure d'araignée et... d'urine. Il a fallu que l'équipe ne se prenne pas du tout au sérieux pour écrire et jouer cette scène totalement improbable ! Un autre moment phare fait intervenir le héros et... un phacochère. Un extrait est fourni dans la bande-annonce mais, franchement, l'intégralité de la scène mérite le détour.

   Sur le fond, on nous délivre des messages ultra-convenus : il ne faut pas renoncer à ses rêves d'enfance, mais il faut garder à l'esprit que le plus important réside dans les relations humaines, avec celles et ceux que l'on aime.

   P.S.

   Le générique de fin est interrompu par une scène bonus, qui nous donne des nouvelles d'un personnage qui avait "disparu"...

17:14 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 31 décembre 2025

La Pire Mère du monde

   Le titre de ce film est à l'image de son contenu : dans l'exagération. Il s'agit donc d'une farce, construite sur la relation conflictuelle entre une mère, greffière d'un petit tribunal de Province, et sa fille unique, vice-procureure à Lyon.

   L'introduction (sur le parcours brillant d'une "surdouée de la République") s'assume clinquante et outrancière... et j'ai aimé. Cela tient peut-être aussi à la personnalité de l'interprète principale, Louise Bourgoin (vue, ces dernières années, dans C'est mon homme et L'un dans l'autre). Elle est à la fois charmante et glaçante. On découvre rapidement que, pour ce trait de caractère, elle tient peut-être de sa mère.

    Celle-ci est (sobrement) incarnée par Muriel Robin, qui rappelle à cette occasion qu'elle peut être une bonne comédienne, ce qui n'est pas évident au regard de sa filmographie.

   Dans des circonstances que je me garderai de révéler, Louise quitte Lyon pour Nogent-le-Creux, une commune fictive, qu'on imagine de petite taille... mais qui a conservé un tribunal d'instance (contrairement, par exemple, à la commune -bien réelle- de Nogent-le-Rotrou, située dans une autre région). La magistrate cinglante, habituée à malmener ses collègues, se retrouve dans une position nettement moins confortable. La peinture qui est faite des mesquineries d'un tribunal de Province ainsi que du fonctionnement interne de la magistrature risque de froisser quelques hermines mais, franchement, c'est parfois très savoureux.

   J'ai trouvé la partie comédie assez réussie aussi en raison de petits détails, comme les images associées aux correspondants téléphoniques de l'héroïne. De surcroît, certains seconds rôles sont plutôt bien campés, par des visages connus, ceux de Patrick Descamps, Anne Benoit, Sébastien Chassagne ou encore Gustave Kervern. Je suis en revanche moins convaincu par Florence Loiret Caille (qu'on a vue bien meilleure ailleurs), dont le personnage est par ailleurs très caricatural.

   Sur cette comédie se greffe une intrigue policière, au départ complètement anecdotique, mais qui prend peu à peu de l'importance. Les chiens y jouent un rôle important... peut-être parce qu'à leurs côtés les humains cabotinent un max !

   Cela dure à peine plus d'1h20 et ce fut pour moi une agréable manière de clôturer mon année cinématographique 2025, qui fut particulièrement riche.

mardi, 30 décembre 2025

La Disparition de Josef Mengele

   Ce film de Kirill Serebrennikov adapte le roman historique (très documenté) d'Olivier Guez (dont je recommande vivement la lecture). Il en suit grosso modo la trame, les retouches ne trahissant pas l’œuvre d'origine.

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  Le cinéaste entrecroise plusieurs périodes, chacune filmée différemment. La principale traite de la cavale de Mengele, de son arrivée en Argentine à son décès présumé, au Brésil. Elle est complétée par des retours en arrière (abordant certains aspects de son action à Auschwitz, pendant la Seconde Guerre mondiale) et une séquence contemporaine, celle de l'analyse d'un squelette, censée mettre fin à une polémique.

   C'est à la fois atroce et passionnant.

   Sans surprise, les scènes du camp sont dures, mais plus par ce qu'elles suggèrent que par ce qu'elles montrent. Elles sont néanmoins nécessaires pour comprendre pourquoi certaines personnes, ont, plus tard, jugé indispensable de traquer le criminel de guerre.

   Plus inédites sont les séquences latino-américaines. Dans un premier temps, on découvre les difficultés de certains fugitifs nazis, principalement en Argentine, avant qu'on nous montre une société plus friquée, où se mêlent aux nazis les descendants d'une immigration allemande plus ancienne. A la fin des années 1940, beaucoup sont dans le déni (concernant les crimes du régime hitlérien), tandis que ceux qui savent (et qui ont vécu en Europe) hésitent entre la revendication de titres de gloire et la nécessaire discrétion à adopter sur certains sujets...

   Mengele ne regrette rien et fait partie de ceux qui ont compris qu'il vaut mieux faire profil bas. Il est même limite paranoïaque, au point de devenir désagréable aux yeux mêmes de ceux qui veulent l'aider. L'ancien médecin a une très haute opinion de lui-même et reste un nazi fervent, partisan d'une "hygiène raciale". August Diehl, physiquement méconnaissable, est excellent dans le rôle.

   Un autre intérêt du film est de montrer que, durant la majorité de sa longue cavale, Mengele n'a pas eu la vie facile. Les soutiens venus de sa famille ne suffisent pas à rendre sa vie quotidienne aussi douce que ce à quoi il aspirait. Ses relations avec les personnes qui l'hébergent sont complexes (plus encore dans le livre que dans le film). Bref, même s'il n'a jamais été jugé, il en quand même un peu chié.

   Serebrennikov brosse un portrait presque pathétique de l'ancienne étoile montante du nazisme, devenu un vieil homme aigri. Il évite de tomber dans le piège de l'héroïsation du "grand criminel". En dépit de sa bonne éducation et de ses brillants diplômes, Mengele n'était qu'un pauvre type égocentrique, sadique et méprisant. Ce film mérite vraiment d'être vu.

   P.S.

   Je signale que le bouquin de Guez a été adapté au théâtre... ainsi qu'en bande dessinée (cosignée par l'écrivain) :

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dimanche, 28 décembre 2025

La Femme de ménage

   Je n'ai pas lu le roman d'origine, mais, intrigué par le battage fait autour de ce film, j'ai tenté ma chance lors d'une des rares séances disponibles en version originale sous-titrée. La salle s'est copieusement garnie... uniquement de spectatrices, dans un premier temps. L'arrivée de deux couples de retraités a fait monter en flèche de taux de masculinité de la salle. Je me suis senti moins seul. (Ceci dit, cela sentait très bon dans mon voisinage, exclusivement féminin... une ambiance olfactive nettement plus agréable que lorsque j'ai vu Lady Nazca, à proximité d'un vieux bouffeur de chocolat qui puait à cinq mètres.)

   Blague à part, durant une cinquantaine de minutes, j'ai craint d'avoir fait une mauvaise affaire. J'ai eu l'impression d'avoir en face de moi l'adaptation d'un roman de chick lit. Deux poupées Barbie, une riche, l'autre pauvre (la première employant la seconde) s'agitent sous les yeux de ce qui semble être le mâle ultime : un grand brun musclé, au sourire enjôleur, de surcroît friqué, compréhensif, attentionné, modeste... N'en jetez plus ! Les ficelles de la love story un brin contrariée sont plus épaisses que les lianes de Tarzan... et l'on sent tout aussi bien venir un possible retournement : c'est trop beau pour être vrai.

   Cependant, une fois survenu, le fameux retournement se double d'un twist concernant l'un des personnages féminins. Cela donne une saveur particulière à la suite, plus intense, parfois sanglante, avec un assez bon suspens.

   Les acteurs font le job, mais je distinguerais Amanda Seyfried, qui coproduit le film avec Sydney Sweeney. La sémillante quadragénaire, à la filmographie peu étincelante, vole la vedette à la nouvelle coqueluche d'Hollywood.

   Cette seconde partie de l'intrigue prend une épaisseur supplémentaire quand la notion de sororité est mise en scène. Quatre des personnages féminins vont, d'une manière ou d'une autre, s'entraider... et l'on ne peut que regretter que la salle ait été exempte de jeune spectateur masculin, tant ce film, en apparence superficiel, aborde des thèmes sociétaux importants. On peut le rapprocher d'Invisible Man (plus fantastique) et de Drop Game (plus technologique).

   En dépit des facilités, je suis sorti de là assez content.

Le Chant des forêts

   Ce documentaire se situe dans le droit fil de La Panthère des neiges, coréalisé par le même Vincent Munier, à l'époque accompagné de Marie Amiguet (qui, depuis, a officié sur Vivre avec les loups).

   Les forêts dont il est question sont principalement celles des Vosges, mais aussi un peu du Jura et de Norvège. Leur "chant" n'est pas celui des arbres (dont il est finalement peu question dans le film), mais celui de la faune, soit ailée, soit terrestre (principalement mammifère).

   La mise en route est un peu laborieuse, peut-être parce que le réalisateur ne veut pas trop en montrer dès le début. D'ailleurs, certains des animaux croisés lors des nuits d'affût sont, dans un premier temps, montrés flous, sous forme de silhouettes. La nature ne se dévoile que petit à petit.

   ... et, quand c'est le cas, c'est superbe. Une partie des spectateurs s'attend sans doute à voir des cerfs (et leur brame). Ils ne seront pas déçus. On croise aussi des renards, des blaireaux, des sangliers, un écureuil... et quantité d'oiseaux, du plus petit (le troglodyte) ou plus grand (le tétras), que le cinéaste ne désespère pas de revoir dans les Vosges.

   Certains plans sont de toute beauté, comme ceux qui montrent diverses chouettes, l'une d'entre elles ayant été filmée en gros plan, en train de ululer, son poitrail se soulevant à intervalle régulier. C'est fascinant. Impressionnantes aussi sont les scènes du petit matin, lorsque l'on voit la chaleur corporelle des mammifères contraster avec les températures très basses.

   L'une des quêtes du réalisateur est un félidé... non, pas une panthère, mais un lynx, aperçu au début, au loin, couché sur une branche. Le trio posté en observation finit par voir sa patience récompensée. Comme dans La Panthère des neiges, c'est en attendant à proximité d'une dépouille (laissée dans un endroit isolé  pour servir de casse-croûte) que les observateurs vont enfin débusquer l'animal, dont on comprend qu'il a perçu leur présence, pourtant discrète et assez lointaine. Une troisième séquence, inattendue, le met en scène. On commence par l'entendre feuler, au loin, puis, de plus en plus près, alors que l'image est floue... jusqu'à un superbe gros plan !

   Mais le véritable graal, après lequel court Vincent Munier, est ce fameux grand tétras, qui, bien que réintroduit dans les Vosges, se dérobe à ses recherches. Pour le rencontrer, il faut que le trio parte en Norvège. J'ai trouvé cette partie-là moins intéressante que le reste, peut-être aussi parce que la mise en scène familiale y occupe une plus grande place.

   Cela m'amène à la principale réserve : la trop grande présence des humains. Munier a filmé son propre père (naturaliste passionné) et son fils, dans l'objectif d'évoquer la notion de transmission, sur le terrain comme dans la cabane au fond du jardin forestière. J'ai trouvé cela souvent maladroit... mais cela permet au film d'atteindre 1h30.

   Cet aspect mis à part, le film est hautement recommandable, d'une grande beauté formelle et riche de sens.

   P.S.

   De belles photographies sont visibles sur le site du réalisateur.

09:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 27 décembre 2025

Une Enfance allemande

   L'action débute en avril 1945, alors que le IIIe Reich est sur le point de s'effondrer. Dans l'extrême nord de l'Allemagne, sur l'île d'Amrum (reliée au continent, à marée basse, par un cordon de sable), officiellement, tout le monde soutient le gouvernement d'Hitler, mais l'on comprend très vite qu'en réalité, les sentiments de la population sont partagés, y compris dans chaque famille.

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   Nanning vit avec sa mère, sa tante et ses frères et sœurs, dans l'antique maison de ce qui fut d'abord une famille de pêcheurs et de chasseurs de baleine. On est très fier de sa lignée, censée être "purement" germanique... et l'on cache que l'un des oncles, parti vivre aux États-Unis, a épousé une juive...

   La mère de Nanning, Hille, est une connasse nazie convaincue, dont l'époux, sans doute haut placé, est absent du foyer. Elle se désole de la décrépitude du régime... et des pénuries qui frappent désormais la population locale, qui commence à subir, certes modestement, les conditions de vie imposées par l'armée allemande aux civils des pays envahis.

   Malgré les temps difficiles, Hille aimerait manger du pain blanc, avec du beurre et du miel. Voilà une mission pour Nanning, qui porte l'uniforme des Pimpfs (les 10-14 ans dans les Jeunesses hitlériennes). Ce sera le fil rouge de l'histoire, le gamin devant déployer des trésors d'ingéniosité pour se procurer les ingrédients (farine de blé, beurre... et sucre, à échanger contre du miel), ainsi qu'un peu d'argent.

   Ce sont les pérégrinations de Nanning qui nous font découvrir les autres habitants de l'île, ainsi que quelques-uns du "continent". La première à nous être présentée est une agricultrice, grande pourvoyeuse de pommes de terre (et de lait) sur la commune, qu'elle produit avec sa mère et une main-d’œuvre juvénile. Cette femme tenace, qui n'a pas la langue dans sa poche, est incarnée par la délicieuse Diane Kruger, déjà dirigée par Fatih Akin dans In The Fade.

   Nanning croise aussi quelques grands-pères (dont un pêcheur), un de ses oncles (lui aussi nazi), un boulanger manchot (blessé de guerre), une apicultrice... et une flopée d'enfants, entre lesquels surgissent des tensions.

   C'est l'occasion de préciser que, dans ce coin reculé de l'Allemagne, on parle un dialecte certes germanique, mais légèrement différent de l'allemand standard, ce qui, pour quelqu'un qui connaît un petit peu la langue d'Angela Merkel, s'entend assez facilement. (Certains personnages s'expriment en revanche dans un allemand courant.)

   Ainsi, Nanning et sa famille, arrivés de Hambourg, sont perçus comme des semi-étrangers... moins toutefois que les réfugiés qui débarquent de l'est de l'Allemagne, courtoisement surnommés "les Polaks"...

   Une partie de l'action se déroule à proximité de la plage de sable. Cela donne naissance à des plans souvent superbes, de jour comme de nuit.

   On est pris par les efforts (parfois pathétiques) déployés par le garçon courageux. Au départ, il ne peut pas concevoir que ses parents puissent être du côté des "méchants". Il ferait tout pour sa "Mutti". Dans le rôle, le jeune Jasper Billerbeck est convaincant, touchant même. Les comédiens adultes sont impeccables (les enfants, un peu moins bons). Mine de rien, ce petit film dit beaucoup de choses sur la nature humaine.

vendredi, 26 décembre 2025

Lady Nazca

   Cette fiction à caractère documentaire est le premier long-métrage du Français Damien Dorsaz, qui s'intéresse à la personne de Maria Reiche depuis au moins une vingtaine d'années. (Il lui a jadis consacré un documentaire d'une quarantaine de minutes.)

   Lady Nazca est le surnom qui a parfois été donné à celle-ci... mais, à l'époque, on l'appelait aussi "la folle", tant on trouvait stupéfiant qu'une fille de la bonne bourgeoisie allemande soit venue "balayer le désert", toute seule, échafaudant des théories jugées au départ farfelues sur l'origine des gigantesques figures dessinées dans cette région du Pérou. (On continue à en découvrir, au XXIe siècle !)

   Elle est jeune, elle est belle, intelligente. Elle pourrait se contenter d'une vie de patachon(ne), en compagnie de sa riche petite amie, qui loge à Lima. Elle pourrait aussi regagner le giron familial, se trouver un mari et procréer une ribambelle d'enfants blonds aux yeux bleus, comme le voudrait le régime en place à l'époque, en 1936.

   Enseignante dans le primaire, elle accepte un boulot de traductrice pour un archéologue français. Un jour, sur le terrain, tous deux découvrent d'étranges lignes dans le désert. Lui retourne assez vite à ses fouilles, à ses poteries et à ses momies, mais Maria devient obsédée à la fois par la précision des dessins et par l'ambiance du désert. C'est d'ailleurs l'une des grandes réussites du film que de nous faire sentir le côté apaisant, inspirant même, de cette région au relief minéral. On pense un peu au Nostalgie de la lumière, de Patricio Guzmán, mais aussi à toutes les oeuvres tournées du côté de la Mongolie, comme La Femme des steppes, le flic et l’œuf.

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   Il faut aussi signaler la performance de l'actrice principale, Devrim Lingnau (une illustre inconnue, pour moi), presque aussi à l'aise en espagnol et en français qu'en allemand et en anglais. Elle réussit à nous faire toucher du doigt la passion de Maria, dans ce qu'elle a d'authentique et, parfois, de démesuré.

   La première partie montre l'éclosion de l'archéologue amatrice. Au départ, les dieux semblent être à ses côtés : elle file le parfait amour avec Amy, le chercheur français la soutient et elle progresse dans sa découverte des géoglyphes. Mais des difficultés vont surgir : l'équipe d'archéologues français a d'autres centres d'intérêt, sa petite amie s'estime délaissée et, localement, une puissante famille lui met des bâtons dans les roues.

   On retombe sur l'éternelle lutte du pot de terre contre le pot de fer... sauf que Maria a de la ressource, de l'énergie... et quelques précieux soutiens, qu'il convient toutefois de remotiver. La conclusion est belle, à l'image d'un film lumineux, où il n'y a rien à jeter.

Rodez fait la roue

   C'est la principale nouveauté de cette fin d'année, à Rodez, où le programme des réjouissances est assez copieux. Tout d'abord, des chalets sont installés en trois endroits de la vieille ville :

- sur le parking Foch (proche de la cathédrale), où l'on trouve la plus forte densité, avec beaucoup de commerces de bouche (notamment du vin chaud...)

- aux alentours de la préfecture de l'Aveyron (avec des activités pour les petits)

- sur la place de la Cité, derrière la cathédrale (où l'on peut se procurer les crêpes au chocolat les moins chères)

   L'attribution de la concession du groupe de chalets à une nouvelle entreprise a débouché sur l'arrivée de la grande roue (incluse dans le paquet d'activités). Elle a été installée au bout de l'Esplanade des Rutènes (pas très loin du Musée Soulages), à cheval sur l'une des voies de circulation (pour préserver le parking souterrain). Le soir, c'est joli à voir :

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   En cours de journée, par temps dégagé, cela vaut vraiment le coup de payer les 7 euros (5 euros pour les personnes mesurant moins d'1m20). J'ai eu droit à cinq tours de roue, le dernier interrompu par un arrêt au sommet, qui permet de prendre quelques photographies des alentours. D'un côté, on voit les hauteurs enneigées du Ségala et du Lévézou (à l'ouest et au sud), de l'autre le Causse Comtal (au nord)... mais c'est en regardant vers l'est qu'on avait peut-être la plus belle vue (inédite pour beaucoup de Ruthénois) : celle de la cathédrale, saupoudrée de neige, avec l'avenue Victor-Hugo complètement dégagée en ce jour de Noël.

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   La plupart des animations sont en place jusqu'au 4 janvier 2026.

jeudi, 25 décembre 2025

La carte de Poutine

   Le dictateur russe a récemment mis en scène une conférence de presse, durant laquelle il a dressé son bilan de l'année 2025. Sans surprise, les demi-vérités et les mensonges éhontés ont pullulé. Mais le plus intéressant se trouvait à l'arrière-plan, en grand : la carte "officielle" du territoire russe, selon les autorités du pays :

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   Le diable se nichant dans les détails, c'est en observant l'extrême-ouest du territoire qu'on s'apercevait que cette carte est un outil de propagande :

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   Outre la Crimée (dont l'annexion sauvage n'est pas reconnue par la communauté internationale), sont représentés comme faisant partie intégrante de la Russie les territoires ukrainiens actuellement occupés par l'armée russe, ainsi (semble-t-il) que ceux (non conquis) revendiqués par Poutine dans les négociations actuelles.

   Curieusement, sur Google Maps, le respect des frontières reconnues est à géométrie variable :

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   Ainsi, la Crimée est séparée du reste de l'Ukraine, mais pas le Donbass. Du côté de la Géorgie, l'annexion déguisée de l'Abkhazie par la Russie en 2008 n'est pas reconnue (pas plus que la pseudo-indépendance de l'Ossétie du Sud, située un peu plus à l'est).

   Pour terminer, allons faire un tour sur le continent américain. Comme, en tant qu'internaute, je suis localisé en Europe, la filiale d'Alphabet ménage la chèvre et le chou, attribuant deux désignations au golfe que Donald Trump a décidé de renommer :

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mercredi, 24 décembre 2025

Avatar... tignole

   ... et c'est parti pour une séance familiale, avec plein de pop-corn, des boissons gazeuses, mais (fort heureusement), sans paquet de bonbons dotés d'emballage qui crisse.

   Il a fallu trois ans à James Cameron et son équipe pour chier pondre la suite des aventures des grandes asperges bleues à longue queue. On ne s'étonnera donc pas que le rendu visuel soit superbe. Décors comme effets spéciaux sont somptueux. Cela peut suffire à justifier la vision de ce gros machin de plus de trois heures.

   Ceci dit, comme le précédent opus, en dépit de ses faiblesses, ce film-ci se laisse voir sur la durée. Bien qu'ayant pris un café (et bu un peu d'eau) avant la séance, je n'ai pas eu besoin de me relever pendant le film. Mon médecin généraliste se réjouirait sans doute du bon état de ma prostate mais, pour le cinéphile, c'est le signe que la trépidence et le suspens n'ont pas trop été au rendez-vous.

   L'intrigue est vraiment très prévisible. A deux reprises, Cameron & consorts mettent les héros au fond du trou, avant de les en faire sortir, la seconde fois miraculeusement. Une partie des péripéties est liée à la maladresse des jeunes, le plus agaçant étant celui qui oublie au moins à deux reprises l'un de ses masques de survie... mais Cameron avait besoin de cela pour insérer un petit coup de théâtre. Du côté des personnages adolescents, il faut noter l'importance grandissante prise par Kiri ("mini-Sigourney"). Parmi les jeunes, c'est la seule qui sort des clichés.

   On ne s'étonnera pas non plus des conflits de générations (mis en scène de manière tout aussi caricaturale que dans le précédent film). Les ados ont besoin qu'on leur laisse de l'espace, de l'indépendance... et qu'on se montre compréhensif avec leurs défauts. Les parents commettent eux aussi parfois des erreurs et ils devraient davantage écouter la parole de leur progéniture. Voilà la morale 2.0 à la Disney-Cameron...

   Les scènes de combat relèvent l'intérêt. Elle sont spectaculaires, incluant de petits rebondissements.

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   Mais le principal atout de ce troisième volet est l'introduction d'une nouvelle "méchante", la cheffe et prêtresse d'une tribu de pirates na'vi. Oona Chaplin a beau ne pas avoir été le premier choix de la production, elle est formidable dans le rôle de Varang. J'ai particulièrement aimé la séquence qui la voit se rapprocher de l'autre grand vilain de l'histoire, l'insubmersible colonel Quaritch (très bien doublé en français par Xavier Fagnon). Là, il y a du cinéma, avec un improbable duo, qui semble au départ voué à s'entretuer, avant de finir par partager la même couche...

   On ne peut pas dénier à l'affrontement final des qualités épiques, mais l'on a déjà vu cela, chez Cameron, mais aussi chez Peter Jackson (dans la trilogie du Seigneur des anneaux) et chez Georges Lucas. En effet, l'ultime bagarre, entre deux protagonistes masculins, dans une ambiance apocalyptique (avec chants religieux en fond sonore) rappellera aux cinéphiles le duel Kenobi-Skywalker qui clôt La Revanche des Sith. C'est toutefois moins ridicule que la participation à la bataille d'une femme en fin de grossesse. Figurez-vous qu'elle accouche en plein combat, aidée par un personnage qui s'improvise sage-femme... et cela se passe à merveille !

   Si le prochain scénario n'est pas plus original (et vraisemblable), il y a peu de chances que j'aille voir le numéro 4.

22:41 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 22 décembre 2025

L'Oeuf de l'ange

   Sorti initialement il y a quarante ans, aujourd'hui restauré, ce long-métrage d'animation est l'une des premières œuvres de Mamoru Oshii, futur auteur de Ghost in the Shell. On y retrouve sa patte : une grande beauté formelle (avec les moyens de l'époque)... et un petit côté abscons, qui oblige à se triturer les méninges pour comprendre de quoi il est question.

   Le début met en scène deux personnages. La première est une (très) jeune femme (ravissante), qui se réveille accompagnée d'un œuf, qu'elle va dissimuler sous sa robe, passant ainsi pour une femme tombée enceinte... par l'opération du Saint-Esprit ? C'est donc une figure mariale, qui baigne dans un symbolisme chrétien très présent. Ainsi, à plusieurs reprises, on entend sonner des cloches, dans ce monde post-apocalyptique, dont on nous dit qu'il a subi un déluge. A un moment, on voit même s'animer des figures humaines, courant s'adonner à ce qu'elles croient être une pêche miraculeuse. La suite semble montrer qu'elles lâchent la proie pour l'ombre, signe que nous sommes en présence d'une fable, ou d'une parabole.

   Ce n'est pas toujours facile à comprendre mais c'est visuellement éblouissant. Le décor baigne dans les tons bleu nuit, avec du noir et du gris, alors que les deux personnages principaux sont plus colorés (surtout la fille). La bande son est constituée d'une musique parfois lancinante, avec des chants qui rappellent des cantiques.

   Le deuxième protagoniste est un jeune homme armé, que l'on voit au début accueillir un vaisseau en forme d’œil gigantesque (celui de Dieu ?), hérissé de statues anthropomorphes (peut-être d'anciens humains). Cette sorte de chevalier, qui dit ne pas connaître son passé, décide d'accompagner la fille et son œuf. Assez rapidement, on s'aperçoit que la sorte d'arme qu'il porte sur son épaule est en forme de croix.

   A ce moment-là, le mystère est total. Qui est ce jeune homme ? Qu'y a-t-il dans l’œuf ? D'où vient le vaisseau ? Pourquoi manger des flageolets fait-il péter ? Hélas, le film ne répond pas à toutes ces questions.

   Que déduire de la suite ? Eh bien que, soit il est question d'une prophétie à accomplir, soit que l'enjeu est la naissance d'un Messie, à favoriser ou à empêcher.

   J'ai trouvé ce film assez beau dans sa forme, mais déroutant sur le fond.

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dimanche, 21 décembre 2025

Chasse gardée 2

   Il y a un peu moins de deux ans, le premier Chasse gardée avait été un succès surprise, attirant près de deux millions de spectateurs dans les salles. C'est presque la même recette qui est à l’œuvre dans cette suite, avec la majorité de la distribution initiale, à laquelle on a ajouté quelques petits nouveaux, notamment un couple de grands bourgeois, l'épouse issue de l'aristocratie traditionnelle, l'époux enrichi dans les placements financiers.

   L'arrivée de ce ménage très en phase avec la mondialisation heureuse ringardise le couple de bobos parisiens qui avait débarqué dans le premier opus. Ceux-là mêmes qui naguère regardaient avec condescendance les habitants du village paraissent à leur tour quelque peu provinciaux en comparaison de Stanislas et Bénédicte (qu'il convient d'appeler "Stan" et "Béné"). Comme on est toujours un peu le plouc de quelqu'un, il faut préciser qu'un invité surprise va ajouter un barreau sur l'échelle du mépris (lui-même ayant payé pour une chasse d'exception), tandis qu'à l'autre extrémité se trouve Benjamin, le crétin du village (joué avec une étonnante conviction par Julien Pestel).

   C'est d'ailleurs avec ce personnage-ci que débute l'histoire. Je me dois de préciser qu'il est accompagné d'un animal domestique très particulier... Cette entame m'a mis de bonne humeur.

   La suite, sans être originale, est assez réussie. Comme dans le premier film, l'arrivée d'un nouveau couple ne débouche pas immédiatement sur une guerre ouverte. Chacun fait des efforts pour s'intégrer, d'autant que Stanislas est le fils de Bernard et Bianca Olivia (Didier Bourdon et Isabelle Candelier, plutôt bien, ma foi). Ceci dit, dès les premiers plans s'installe ce que les djeunses d'aujourd'hui appelleraient une "gênance". C'est savoureux et bien interprété, notamment par Hakim Jemili et Camille Lou. Ce sont les "anciens nouveaux arrivants", désormais (presque) intégrés au village. Le personnage d'Adé (Camille Lou) nous réserve quelques surprises, au cours de cette histoire pleine de rebondissements...

   Comme dans le premier film, un repas de groupe va fédérer une partie des habitants. Il se déroule dans une palombière haut-de-gamme, aménagée en hauteur. Durant cette soirée, le vin coule à flot, on mange copieusement, on chante, on danse, on observe les oiseaux... et, parfois, on tombe ! C'est peut-être la séquence la mieux mise en scène du film, un véritable moment de bravoure... qui est aussi un moment-clé, puisqu'au cœur de cette soirée se déploie une sorte de manigance.

   Les seconds rôles sont toujours aussi bien campés, bien qu'un peu retrait par rapport au premier film. Thierry Lhermitte rejoue la même partition, tandis que Chantal Ladesous est cantonnée à quelques brèves apparitions, toujours plaisantes.

   On sent que les réalisateurs ont voulu ménager la chèvre et le chou, histoire de plaire à tous les publics. (D'ailleurs, dans la salle où j'ai vu le film, l'audience était transgénérationnelle.) Citadins comme (néo)ruraux en prennent pour leur grade, dans une comédie mi-pinard mi-chichon, hétéro de base mais avec un soupçon d'homosexualité, où l'on mange de la viande de gibier tout en s'affirmant protecteur de la nature.

   Cela m'amène aux défauts du film, comme la représentation en grande partie fantaisiste du comportement de certains animaux sauvages. Quel beau fantasme d'habitant des métropoles que de vouloir transformer des animaux sauvages en compagnons du quotidien ! La palme est décrochée par le loup, ici une sorte de chien sympatoche qui ne s'attaque qu'aux méchants humains. (C'est là qu'on se dit qu'il faudrait diffuser plus largement les photographies et films montrant ce redoutable prédateur égorger ses proies. Exemples de résultats dans les Hautes-Alpes, aux Pays-Bas et dans le canton de Vaud, en Suisse.)

   A signaler tout de même dans cet amas plus ou moins convaincant la naissance d'une improbable histoire d'amour, entre la tarée des villes et le taré des champs. Dans le rôle de Sixtine, Diane Segard livre une belle performance. Cette relation débouche sur la scène finale, censée réconcilier (presque tous) les contraires. 

   C'est un peu trop consensuel à mon goût, mais j'ai bien rigolé.

samedi, 20 décembre 2025

Panique à Noël

   Cette fiction norvégienne associe acteurs réels (une famille d'humains pas très fut-fut, mais pas antipathiques non plus) et personnages animés (une famille de souris, celles-ci très intelligentes). Une rivalité s'installe entre les deux groupes lorsque les humains prennent possession de cette vieille demeure familiale, où le père n'avait plus mis les pieds depuis des années.

   Au premier degré, c'est une comédie familiale, techniquement bien faite, qui prône le respect des différences et le "viiivrensemble". Les gags sont surtout visuels et l'on éprouve un certain plaisir à voir ces lourdauds d'humains se faire damner le pion par les facétieuses souris. Toutefois, à un moment, l'intrigue prend un tour presque dramatique, sans que cela devienne trop violent pour nos chères têtes blondes/brunes/rousses/chauves (rayer les mentions inutiles). J'ai apprécié que ce film d'abord destiné aux enfants n'emprunte pas trop le chemin de la mièvrerie.

   ... et c'est dû, je pense, à son sous-texte, qui sera perceptible uniquement par les adultes. En effet, on ne peut pas ne pas remarquer que c'est l'histoire de deux familles qui revendiquent le même foyer, la même maison, le même territoire. Les deux ont des prétentions légitimes. L'une des deux familles est plus puissante que l'autre, qui arrive néanmoins à lui tenir la dragée haute. Sur le fond, en dépit de leurs différences, un accord semble possible... Le film étant norvégien, pays qui a joué un rôle non négligeable dans la signature des Accords d'Oslo, je pense ne pas surinterpréter en affirmant que le film est, d'une certaine manière, une métaphore du conflit israélo-palestinien.

   P.S.

   En voyant ce long-métrage, une autre référence m'est venue en tête : Stuart Little, un "vieux" film (sorti en 2000) mêlant lui aussi acteurs réels et personnages animés. Il est actuellement disponible en replay gratuit sur le site de M6. En le revoyant, je me suis rendu compte que j'avais complètement oublié qu'Hugh Laurie (à l'époque pas encore connu comme Dr House) incarnait le père de famille un poil nunuche (alors que je me souvenais très bien de Geena Davis) :

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   Autre (re)découverte de taille : le scénario avait été écrit par M. Night Shyamalan !

L'Agent secret

   Cet agent secret est Marcelo... ou bien Armando, un "réfugié"... ou bien un policier... ou alors un universitaire... à moins que ce ne soit un militant révolutionnaire, communiste ou anarchiste. (Sauf erreur de ma part, c'est aussi le titre sous lequel le film Le Magnifique -avec JP Belmondo- est sorti au Brésil.) L'incertitude subsiste durant la première partie de ce polar politique, parce que le réalisateur, Kleber Mendonça Filho (auteur, entre autres, des Bruits de Recife), ne dit rien ouvertement, mais suggère, notamment à travers les dialogues. C'est l'un des intérêts de ce film, que d'inciter les spectateurs à se creuser la cervelle... du moins, dans un premier temps, la dernière heure étant plus explicite.

   Trois temporalités s'entremêlent. L'intrigue principale se déroule en 1977, en pleine dictature militaire brésilienne, avec des retours en arrière nous présentant la situation trois-quatre ans plus tôt. S'intercalent aussi des scènes de notre époque, celle-ci finissant par prendre le dessus, dans la séquence conclusive.

   La majorité des personnages évoluent à Recife (ville chère au réalisateur), État du Pernambouc, dans le Nordeste à l'époque si pauvre. Certains des protagonistes ont un lien avec le Sudeste, notamment la région de Rio. Cet ancrage local permet au cinéaste de camper les effarantes inégalités sociales, qui pèsent jusque sur le devenir familial des enfants.

   Dans ce Brésil dictatorial, les forces de l'ordre jouent un rôle crucial. Le début de l'histoire nous fait découvrir la police militaire, dont l'intégrité ne semble pas être la qualité principale. La suite met surtout en scène la police civile, en particulier une brigade criminelle... vraiment criminelle. S'ajoutent à cela des "intervenants illégaux", parfois anciens militaires, qui aident les ripoux dans leurs sales besognes.

   Cette ambiance sombre est parsemée de rayons de soleil : les relations entre les "gentils" de l'histoire, en particulier ceux hébergés dans une étrange résidence, tenue par une vieille dame à la langue bien pendue, mais capable de garder certains secrets. J'ai aussi aimé l'insertion des requins dans l'histoire, ceux de fiction (des Dents de la mer) comme ceux de la réalité (vraiment gloutons).

   On s'approcherait du chef-d’œuvre s'il n'y avait pas quelques imperfections, comme l'indolence de la réalisation, qui fait partie du style de Mendonça. J'ai donc trouvé cela un peu long... et pas toujours très bien joué, au niveau des seconds rôles. Heureusement, Wagner Moura et Sebastiana de Medeiros (qui incarne la mamie révolutionnaire) sont formidables.

vendredi, 19 décembre 2025

Running Man

   On doit cette nouvelle adaptation du roman de Stephen King à Edgar Wright, un habile faiseur que l'on a naguère vu à l’œuvre avec Baby Driver. On sait donc qu'on aura son content de scènes d'action, émaillées d'humour.

   De ce point de vue le contrat est rempli. De l'entraînement des recrues du jeu télévisé mortel à l'affrontement final dans l'avion, en passant par la prise d'otage et la tuerie de l'hôtel, on nous en met plein la vue, améliorant même l'une des péripéties du roman, quand il est question du gars qui vit encore chez sa mère. (Dans le bouquin, il n'est question que d'une fuite en voiture, alors que le film propose une baston de plus, dans la maison familiale regorgeant de surprises.)

   Malheureusement, cette débauche d'énergie et d'effets spéciaux se greffe sur un scénario peu vraisemblable... et limite putassier. Certes, dès le début, on se dit que le jeu est truqué et que, petit à petit, on va découvrir à quel point le public comme les participants sont manipulés. Cependant, dans son désir d'actualiser le contexte, on a doté le héros d'un bracelet connecté, sur lequel il peut suivre en temps réel l'évolution de sa cagnotte... et, dès le début, on comprend qu'ainsi il est géolocalisable... une faille qui n'est jamais évoquée ensuite dans le film, qui préfère reprendre l'argument de la piste laissée par les cassettes envoyées par le fuyard. Autre invraisemblance : présenter un monde futuriste scotché devant sa télévision, alors que ce sont plutôt les écrans de communication numérique qui sont appelés à jouer ce rôle.

   De surcroît, certaines retouches à l'histoire d'origine paraissent ridicules, comme la scène qui voit le héros se balancer à moitié nu, une simple serviette nouée autour des hanches, à l'extérieur de son hôtel. (Il fallait bien exposer la plastique avantageuse de Glen Powell, qui a dû passer quelques heures sur le banc de muscu...) Du côté du "politiquement correct", il faut signaler l'interversion de l'apparence de deux protagonistes : le présentateur de l'émission télévisée et son producteur. Dans le film, les deux acteurs sont très bons... mais, dans le roman, c'est l'ordure de producteur qui est afro-américain, un détail qui a son importance quand certains des "traqueurs" se mettent à tenir des propos racistes. Tout ceci est évacué du film, très aseptisé par rapport au roman... et puant sur le fond. Sous prétexte de dénoncer le voyeurisme, il fait appel, chez les spectateurs, au même désir de voir des individus présumés nuisibles se faire dézinguer.

   Que la conclusion de l'histoire ait été changée ne me gêne pas. C'est un détail insignifiant au regard des faiblesses du film. Lisez plutôt le bouquin :

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samedi, 13 décembre 2025

Zootopie 2

   Il aura fallu presque dix ans à la firme aux grandes oreilles (mais pas de lapin) pour sortir la suite du génial premier opus, placé sous le signe de Pixar. Ces nouvelles aventures ont été réalisées sans Rich Moore, mais avec Byron Howard et Jared Bush, qui avaient œuvré au film précédent... et s'étaient auparavant fait la main sur des films comme Volt, star malgré lui, Vaiana ou Princesse Raiponce.

   J'ai trouvé le début assez emballant, cocasse avec le réveil des héros, virevoltant (un peu trop parfois) avec la poursuite du trafiquant. C'est peut-être le seul défaut majeur de cette histoire : aller parfois trop vite, au risque d'atténuer la saveur de certaines scènes, qui regorgent de détails, parfois humoristiques. (Qui a repéré le clin d’œil à Ratatouille ?) Ainsi, l'adorable lapine possède un smartphone au dos duquel est imprimé le logo stylisé d'une marque (non, pas une pomme, mais une ... carotte !). Quand elle effectue une recherche sur internet, elle passe par Zoogle...

   Il y a donc de quoi occuper les adultes dans cette histoire rocambolesque, un peu trop compliquée toutefois pour les tout-petits. Ils risquent de rapidement décrocher, ne comprenant notamment pas les enjeux d'un odieux complot, qui, en revanche, retiendra l'attention des enfants plus âgés comme des adultes.

   Les amoureux du premier film retrouveront avec plaisir nombre de protagonistes, en particulier les divers policiers, plutôt du genre bourrins. S'y ajoutent un cheval hâbleur (le nouveau maire), une castor tchatcheuse, un serpent chargé d'une mission, des lynx mystérieux... et des morses ! (J'adore !) J'ajoute que l'une des séquences les plus drôles voit le retour d'un paresseux...

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   J'ai été pris par l'intrigue, par les couleurs, la qualité de l'animation, les dialogues pleins d'humour et l'énergie positive de Judy, adorable policière aux grandes pattes arrière, un des plus beaux personnages féminins de dessin animé.

   P.S.

   Sur la Toile, les aventures de Nick et Judy ont suscité des vidéos que l'on peut qualifier de plagiats. La plupart sont de qualité médiocre. J'en ai toutefois trouvé une, plus élaborée (sur la forme comme sur le fond) qui imagine que le renard et la lapine ont fini par former un couple et avoir un enfant.

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vendredi, 12 décembre 2025

Deux Procureurs

   Il était une fois, au royaume merveilleux du Marteau et de la Faucille, un jeune homme, éperdu de Droit et de Justice. Armé de son courage et de sa serviette en cuir, il partit à l'assaut des ennemis du peuple, tout en songeant à sauver les innocents malencontreusement accusés. Hélas, hélas, trois fois hélas ! Dans sa quête, il rencontra maintes figures malfaisantes, que sa persévérance pourrait ne pas suffire à contourner. Son salut va-t-il venir du Prince à la Moustache ou de l'un de ses plus zélés serviteurs ? Mystère...

   Trois ans après le passionnant Babi Yar. Contexte, Sergei Loznitsa revient avec un autre tableau de système totalitaire, le stalinisme succédant au nazisme, auquel, parfois, il ressembla tant.

   Comme le réalisateur n'est pas un manche, il suggère plus qu'il ne montre. Le résultat n'en est pas moins implacable. De l'extension de la prison aux conséquences des tortures infligées par le NKVD (ancêtre du KGB), en passant par le côtoiement de figures taiseuses, mais ô combien patibulaires, les procédés de mise en scène excellent à nous faire ressentir ce qu'était ce régime oppresseur, faussement émancipateur.

   Les sous-entendus sont nombreux dans les scènes de dialogues, entre le jeune procureur et, successivement, le directeur-adjoint de la prison, le directeur, le "détenu spécial" (qu'il connaît), le procureur général Vychinski et, enfin, ce duo d'ingénieurs rencontré dans le train, dont les plus avisés des spectateurs comprendront très vite quel rôle ils jouent.

   C'est clairement un film de décorateur et d'acteurs (en plus de metteur en scène). Tout ce petit monde est excellent. On regrettera juste quelques lenteurs et, pour le vieux cinéphile (et amateur d'histoire du XXe siècle) que je suis, une certaine prévisibilité.

   Cela reste une remarquable fiction sur un monde totalitaire, qu'on espère ne plus jamais revoir en fonction.

   P.S.

   En complément, on peut (re)voir L'Ombre de Staline, d'Agnieszka Holland.

mardi, 09 décembre 2025

Touch - Nos étreintes passées

   Séance de rattrapage pour moi, qui avais raté ce film à sa sortie, l'été dernier. Fort heureusement, il bénéficie d'un très bon bouche-à-oreille, à tel point que certains cinémas ont eu la bonne idée de le reprogrammer. Je l'ai donc découvert récemment, à l'occasion d'un déplacement... et je n'étais pas le seul à avoir eu cette idée, puisque la petite salle était copieusement garnie (plutôt de "tempes argentées", l'auteur de ces lignes faisant office de gamin dans cette auguste assemblée).

   Tout commence lors d'un enterrement, en Islande. L'ambiance n'est pas à la gaudriole, d'autant que le personnage principal, Kristófer, apprend qu'il est gravement malade. Peut-être à cause de cela, il se replonge dans son passé et repense à sa période estudiantine, à Londres, en 1969-1970. Alors féru d'économie, il s'était découvert une passion pour la cuisine... et la fille d'un restaurateur japonais. Au départ, on ne sait pas comment a fini cet amour de jeunesse. Les scènes de 2020 (en plein Covid) alternent avec les retours en arrière, que j'ai trouvés splendides et d'une grande subtilité. On aurait pu intituler ce film La Délicatesse des sentiments. A la mise en scène se trouve Baltasar Kormákur, auquel on doit plusieurs épisodes d'une excellente série policière islandaise : Trapped ainsi que le polar Jar City.

   La suite prend la forme d'une enquête biographique. Kristófer part à la recherche de son ancien amour, d'abord à Londres, puis au Japon. Le restaurateur ferme son établissement, évite de répondre à sa belle-fille au téléphone, mais noue de précieuses relations à chaque étape de son voyage. C'est l'un des bonheurs de cette histoire, pétrie d'humanité, qui montre ce vieil homme malade, animé par un feu aussi ancien qu'ardent, mener sa quête. L'une des plus belles séquences le voit rencontrer un autre veuf, au Japon.

   Dans les scènes du passé, rien n'est à jeter. De la naissance d'un amour improbable à la transmission d'un art culinaire (en passant par les questionnements concernant l'exil au Royaume-Uni de cette famille japonaise incomplète), tout est amené avec subtilité, douceur, le tout servi par une photographie superbe.

   C'est incontestablement l'un des plus beaux films de l'année 2025, qui fut pourtant riche en bonheurs cinématographiques... et n'est pas encore terminée !

samedi, 06 décembre 2025

Jean Valjean

   Quatre ans après Délicieux, Eric Besnard retrouve Isabelle Carré et Grégory Gadebois, pour l'adaptation des deux premiers livres des Misérables. Alors qu'on annonce la sortie sur nos écrans, en 2026, d'une nouvelle adaptation complète de l’œuvre de Victor Hugo (par Fred Cavayé), pourquoi se lancer dans cette demi-aventure ? Peut-être pour fournir à Gadebois un rôle à sa mesure. Il sera d'ailleurs intéressant de comparer sa prestation à celle de Vincent Lindon. En effet, après Harry Baur, Jean Gabin, Lino Ventura, Henri Golant et Gérard Depardieu (celui-ci sur le petit écran), ce sera bientôt au tour de l'un des acteurs les plus "engagés" du cinéma français de revêtir les habits du bagnard hugolien.

   En attendant cet événement, on peut apprécier le jeu de Gadebois, qui incarne très bien la force brute, taiseuse, un peu mystérieuse de Valjean. Je regrette toutefois que le réalisateur ait accentué le côté menaçant du personnage. Dans le roman, Hugo montre très tôt l'étincelle de lumière qui subsiste aux tréfonds de la carapace de l'homme brisé. Il n'y est notamment pas question de menace contre les femmes... et Valjean n'est pas aussi miséreux que ce qui nous est montré.

   Cela passe, parce que Gadebois est épaulé par un trio de bons comédiens : Isabelle Carré donc, accompagnée d'Alexandra Lamy et de Bernard Campan, dont la coiffure et certaines mimiques m'ont toutefois un peu gêné : à plusieurs reprises, j'ai eu l'impression de me retrouver face à l'un des interprètes des sketches des Inconnus.

   Au niveau de la mise en scène, ce sont les retours en arrière, décrivant la période du bagne, qui m'ont le plus plu.

   Il reste une peinture efficace de la grande pauvreté, celle qui frappait tant de gens dans la France de 1795-1815. Cela peut-être une bonne leçon pour les générations actuelles (adultes comme enfants, d'ailleurs), qui vivent dans un confort dont les miséreux de jadis n'auraient même pas rêvé, et qui ne songent souvent qu'à se plaindre.

vendredi, 05 décembre 2025

Pompéi, sous les nuages...

   C'est la traduction, en français, du titre italien Sotto le Nuvole, à prendre au sens propre comme au sens figuré.

   Pourquoi aller voir ce documentaire ? D'abord pour en apprendre un peu plus sur le site de fouilles de l'une des plus célèbres catastrophes naturelles. Ensuite parce que c'est réalisé par Gianfranco Rosi, dont le Fuocoammare m'avait favorablement impressionné, il y a une dizaine d'années. Enfin, parce que c'est tourné en noir et blanc... et, franchement, c'est superbe.

   Seule une partie du sous-sol de Pompéi a été fouillée, sans doute faute de moyens, pour mener les recherches... et sauvegarder ce qui a été mis à jour. Le film nous propose plusieurs aperçus des réserves, riches en œuvres d'art (notamment des sculptures)... et en figures statufiées, les fameux moulages réalisés jadis, qui nous montrent humains comme animaux face à une mort brutale. On ne peut pas ne pas être ému devant ce couple avec un enfant en bas âge, ce chat esseulé ou ces chiens piégés dans les cendres durcies, pour l'éternité.

   Les chercheurs (italiens, anglo-saxons et même japonais) ne sont pas les seules personnes intéressées par ces vestiges. Depuis des années, des individus peu scrupuleux (et bien organisés) réalisent des fouilles clandestines (dont la cartographie présentée à l'écran montre l'ampleur des ravages...)... ou bien s'introduisent sur des sites officiels, pour les piller. Saisissante est la découverte des tunnels, parfois creusés sur des dizaines de mètres... et dotés de l'éclairage (voire d'un moyen de communication sommaire). Cela n'atteint pas l'ampleur des aménagements réalisés par le Hamas (sous Gaza et une partie d'Israël et de l’Égypte), mais c'est tout de même impressionnant.

   Pour les habitants actuels de la région de Naples, même si le Vésuve semble un peu endormi, la menace demeure présente, perceptible dans les petites secousses qui surviennent assez fréquemment, provoquant un afflux d'appels téléphoniques au centre de secours des pompiers. La caméra s'attarde dans ces locaux, où les appels les plus nombreux concernent les actes de délinquance, dans une ville où une partie de la population est paupérisée, sans parler de l'influence subreptice de la Camorra (sur laquelle le film demeure allusif, peut-être par prudence).

   On est donc très surpris d'entendre les marins syriens d'un navire-cargo se féliciter du calme et de la sécurité qui règnent à Naples... en comparaison de leur pays d'origine... et de l'Ukraine, où ils se sont arrêtés auparavant pour charger une cargaison de blé.

   Risi profite de la moindre occasion pour nous offrir des portraits de Napolitains, qu'ils soient des résidents anciens ou de passage. J'ai beaucoup aimé les scènes avec le retraité entouré de livres, qui propose du soutien scolaire à des enfants des quartiers pauvres. A l'occasion de ces scènes, on entendra parler de la France, celle de la Révolution, de Napoléon... et de Victor Hugo.

   Même si c'est, à mon avis, un poil trop long (1h50), j'ai été passionné, transporté par cette tranche de vie, qui traverse le temps et les classes sociales pour nous proposer un portrait de ville qui n'a rien de fumeux.

mercredi, 03 décembre 2025

Bugonia

   Moins d'un an et demi après Kinds of kindness, Yórgos Lánthimos revient avec une nouvelle œuvre dérangeante, parfois difficile à analyser, mais servie par des acteurs éblouissants. Compte tenu des divergences d'appréciation que ce film à suscitées, il m'est apparu nécessaire d'en proposer deux critiques.

 

COMMENÇONS PAR UNE CRITIQUE DE GAUCHE

 

   Le brillant cinéaste grec nous livre un film engagé, qui dénonce le système capitaliste qui opprime les peuples et conduit la planète à sa perte. Emma Stone incarne une patronne insensible, sans scrupule, qui exploite ses employés (sauf quand elle découvre qu'une apparente sollicitude est bonne pour l'image) et berne les consommateurs de ses produits.

   L'introduction nous présente, en alternance, les personnages antagonistes dans leur préparation quotidienne, l'une dans un environnement urbain luxueux et maîtrisé, les autres dans la précarité d'une périphérie rurale peu engageante.

   Les deux ravisseurs sont des hommes du peuple, dont la famille a été victime des pratiques de l'entreprise. Faisant acte de subtilité, Lánthimos décide de passer par la métaphore extraterrestre pour dénoncer l'inhumanité des puissants qui nous dominent. Même emprisonnée et physiquement diminuée, la cheffe d'entreprise demeure une prédatrice, capable de retourner le cerveau de ses geôliers. (Excellent performance d'Emma Stone, soit dit en passant.)

   La séquence finale perturbera forcément les spectateurs qui croyaient savoir où le réalisateur nous emmenait. Ce retournement n'en est pas moins très cohérent, pris au second degré.

 

A PRÉSENT, PASSONS A UNE CRITIQUE « UN PEU MOINS DE GAUCHE »

 

   Le metteur en scène iconoclaste nous prouve une fois de plus qu'il ne respecte rien et qu'il ne faut pas chercher à le faire entrer dans une case, tant son style et son discours cinématographique ne se cantonnent pas à une idéologie, fût-elle à la mode.

   La séquence initiale nous fait découvrir les futurs adversaires, un peu à la façon Amicalement vôtre ou Hobbes & Shaw. Le contraste entre les deux environnements est saisissant... et cocasse, les futurs ravisseurs y apparaissant déjà ridicules. Un degré est franchi lors de la séquence de l'enlèvement (brillamment conçue et réalisée), qui, évidemment, ne se passe pas comme prévu, l'un des personnages y apparaissant particulièrement maladroit. Dans le rôle, Jesse Plemons confirme tout le bien qu'on pensait de lui.

   En face, il y a du répondant, avec une Emma Stone éblouissante, qui se prête à une transformation qui n'est pas sans rappeler ce qu'a subi jadis Natalie Portman, dans V pour Vendetta. (La grande différence est que, dans ce film-ci, l'héroïne féminine était façonnée par un mentor, tandis que, chez Lánthimos, il est question d'une victime qui ne se laisse pas faire.) L'affrontement, mi-verbal, mi-physique, qui se joue dans la cave d'une maison en bois est un régal, le rapport dominant/dominé évoluant à plusieurs reprises au cours de l'histoire.

   Pour Lánthimos, c'est l'occasion de dénoncer l'un des cancers de notre époque : le complotisme, associé à l'immaturité affective et à la crédulité. Le scénario va très loin, pour montrer à quelles extrémités peut porter ce genre de croyance.

   Hélas, les dix dernières minutes affaiblissent la portée du film. Lánthimos retombe dans certains de ses travers, la tentation du pied-de-nez, le refus d'être catalogué. Le côté apprêté de cette dernière séquence contraste avec la maestria de ce qui a précédé. C'est dommage, mais je pense que cela n'empêchera pas ce Bugonia de figurer dans mon palmarès 2025.

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samedi, 29 novembre 2025

Eleanor the Great

   Eleanor Morgenstein a 94 ans. Elle vit une retraite paisible en Floride, où elle cohabite, depuis une dizaine d'années, avec sa meilleure amie Bessie, veuve comme elle. Celle-ci a parfois des nuits agitées, troublées par des souvenirs enfouis, ceux de son enfance en Pologne : Bessie est une rescapée de la Shoah, tandis qu'Eleanor, juive aussi, est née aux États-Unis.

   La première partie nous fait suivre la vie quotidienne de ces deux mamies, l'une timide, l'autre plutôt grande gueule : c'est Eleanor, qui "harponne" l'employé peu zélé d'une supérette pour qu'il aille chercher dans les stocks le produit qui a disparu des rayons. Elle ose davantage que son amie, qui est ravie de suivre son sillage. La vivacité de la nonagénaire n'épargne pas sa famille (sa fille et son petit-fils) que son retour à New York (dans des conditions que je laisse à chacun le soin de découvrir) n'enchante pas trop.

   C'est là que la situation dérape : se sentant seule et ne parvenant pas à faire son deuil, Eleanor va se laisser entraîner dans une série de mensonges... ou plutôt de demi-mensonges : les souvenirs qu'elle raconte ne sont pas faux, mais ce sont ceux de Bessie, pas les siens. Tout cela est mis en scène avec délicatesse, de la subtilité, des non-dits. Pour sa première réalisation, Scarlett Johansson fait preuve d'une incontestable maîtrise.

   Une relation prend de plus en plus de place, celle nouée entre Eleanor et Nina, une étudiante, fille d'un présentateur vedette de la télévision, qui vient de perdre sa mère et ne trouve personne à qui parler. De surcroît, cette mère était juive (contrairement à son père), ce qui accroît le nombre de questions que se pose la jeune femme.

   Dans ce film, les hommes sont au second plan... et ce n'est pas un problème, tant les relations entre les personnages féminins sont riches. Il y a bien sûr celle entre Eleanor et Bessie, mais aussi celles entre Eleanor et sa fille Lisa, entre Eleanor et Nina, entre Eleanor et April (une authentique rescapée des camps)...

   Si les mensonges d'Eleanor suscitent le malaise (un peu à l'image de ce qu'on ressent en regardant Marco, l'énigme d'une vie), la réalisatrice ne juge pas, elle donne sa chance à chaque personnage, avec ses qualités et ses défauts. Cela va même un peu trop loin à mon goût, puisque, dans le dernier quart d'heure, on sent la volonté de réconcilier tout le monde. Cela n'en demeure pas moins une histoire forte, servie par de très bons interprètes.

vendredi, 28 novembre 2025

Le Gang des Amazones

   Cette fiction s'inspire d'une authentique (et "vieille") histoire, celle d'une bande de braqueuses, pas vraiment professionnelles, qui a sévi pendant plusieurs mois en Provence, entre Carpentras et Avignon.

   Du coup, dans cette tentative de reconstitution, il y a du soleil et des accents chantants, qui contrastent avec la misère sociale de la plupart des protagonistes. C'est ce qui relie quatre des cinq amies d'enfance, tout confrontées à d'importants problèmes personnels : Laurence (Laura Felpin, étonnante) est battue par son compagnon, Carole (Mallory Wanecque) ne supporte plus le climat familial (assez réac), Hélène (Izïa Higelin, étonnamment bonne), mère de trois enfants, abandonnée par tous les hommes de sa vie (son père et les géniteurs de ses enfants), n'arrive plus à joindre les deux bouts, Malika (Kenza Fortas, convaincante) a quitté une cité HLM pour tenter d'échapper au déterminisme social... ce que peine à faire sa sœur Katy (Lina Khoudri, épatante), qui sort de prison.

   Ces (futures) prédatrices (qui ont tout de même braqué six banques, l'une d'entre elles deux fois) sont donc à la base plutôt des victimes... du moins, pas des gagnantes au jeu de la société française des années 1980. Elles sont aussi fort charmantes, sexualisées par leurs tenues et la manière qu'a la réalisatrice de les filmer. Voilà qui a de quoi contenter le vieux mâle hétérosexuel que je suis. Mais, si ce film avait été tourné par un mec, peut-être que quelques voix se seraient élevées contre la manière de représenter ces jeunes femmes, plus "sexy" que leurs modèles, que l'on peut découvrir dans le documentaire que leur a jadis consacré la regrettée Solveig Anspach.

   La première partie ne manque pas de comique, notamment quand on nous montre les débuts approximatifs des apprenties braqueuses. Au départ déguisées de manière à passer pour des hommes, elles ont dérouté les enquêteurs, qui ont pensé avoir affaire à des adolescents. Quand ils ont commencé à soupçonner certaines des jeunes femmes d'être mêlées aux braquages, ils ont pensé qu'elles étaient les petites copines des vrais truands.

   Autre qualité du film : il ne tombe pas dans l'angélisme, même si cela met du temps à venir. Quelques tensions apparaissent entre les filles, certaines étant moins prudentes que d'autres, limite flambeuses. On les sent (déjà) bouffées par la société de consommation... et peu soucieuses du traumatisme qu'elles peuvent provoquer chez les clients et les employés des banques. A ce titre, en dépit de la belle plaidoirie de l'un des avocats de la défense, les scènes de procès apportent un précieux contrepoint.

   J'ai au final été touché par ces parcours de femmes, dont on apprend, à la toute fin, ce qu'elles sont devenues depuis. Lors de la séance, j'étais le seul homme dans une salle quasi exclusivement féminine, hélas peu remplie.

mercredi, 26 novembre 2025

Dossier 137

   Plus de trois ans après La Nuit du 12, Dominik Moll revient avec un nouveau film ancré dans la société française contemporaine. L'intrigue nous plonge au cœur de "la police des polices" (l'IGPN) avec, en toile de fond, le mouvement des gilets jaunes, durant le premier quinquennat d'Emmanuel Macron.

   Même si tous les acteurs sont bons, il est incontestable que le film repose sur les (frêles) épaules de son interprète principale, Léa Drucker, qui joue une capitaine de police soucieuse de faire toute la lumière sur ce qui semble être une bavure, commise par un groupe de la BRI. Ce personnage est à l'image du film : rigoureux, probe, méticuleux, empathique sans être complaisant. (Il est aussi sans doute un double du réalisateur, chargé de faire passer certains messages, ce sur quoi je reviendrai plus bas.)

   L'enquête est passionnante à suivre, à deux titres. Il y a bien sûr l'aspect suspens. On se demande ce que les membres de l'IGPN vont découvrir et l'on suit leur analyse des images tournées la nuit de l'agression (avec une bonne utilisation des vidéos issues de smartphones). Il y a un peu du Blow-Up d'Antonioni (ou du Blow Out de Brian de Palma) dans cette enquête sur images, qui ne manque pas de brio. L'autre aspect est la plongée dans "la France d'en-bas", provinciale, avec ses qualités et ses défauts...

   Cela m'amène aux limites de ce film... et à un peu de divulgâchage. Ne lisez donc surtout pas la suite si vous n'avez pas encore vu le film !

 

 

 

 

 

   Dominik Moll le méticuleux enferme ses spectateurs dans un dispositif, un peu à l'image de ce qu'on a pu voir à l’œuvre l'an dernier dans L'Histoire de Souleymane. Nous est présentée comme emblématique l'histoire de ce jeune gilet jaune non violent, victime d'une bavure policière. Ce personnage est fictionnel, son histoire est un assemblage d'épisodes arrivés à plusieurs personnes. Tout est dans le choix effectué... et celui du réalisateur et de son coscénariste n'est pas neutre : alors que l'écrasante majorité des violences commises à cette époque a été le fait, soit de gilets jaunes, soit de délinquants infiltrés dans leurs manifestations, le film pointe quasi uniquement la bavure policière. D'autre part, s'il y a bien eu des dérives policières, celles-ci sont à comparer au déferlement de violence dont les forces de l'ordre ont été la cible. Celui-ci ne justifie pas celles-là, mais j'aurais aimé que le réalisateur nous plonge aussi dans le vécu de cette petite troupe de policiers, qui, avant que deux d'entre eux ne se comportent comme des crétins, venait d'essuyer, semble-t-il, plusieurs vagues d'agression.

   S'ajoute à cela un élément pas du tout crédible : la filature et le quasi-harcèlement d'un témoin potentiel par la principale enquêtrice, mais que l'on peut aussi interpréter comme le basculement de l'héroïne, au départ drapée dans sa neutralité vertueuse, avant qu'elle ne prenne le parti des "victimes".

   Ces réserves émises, on peut quand même profiter d'un film très bien construit, qui apporte sa pierre au débat, même s'il biaise quelque peu sa démonstration.

mardi, 25 novembre 2025

L'Incroyable Femme des neiges

   Il y a une dizaine d'années, j'avais été agréablement surpris par Le Voyage au Groenland, l'un des précédents films de Sébastien Betbeder. Sa fascination pour ce territoire arctique (et sa population) se retrouve ici, assaisonnée de la présence d'une chercheuse un peu borderline, incarnée par l'incontournable Blanche Gardin... et quoi de plus logique qu'une comédienne prénommée Blanche, pour incarner une scientifique en milieu polaire ?

   Toutefois, si l'introduction nous présente l'héroïne "dans son élément", il va falloir ensuite attendre trois bons quarts d'heure avant de revenir sur la gigantesque île enneigée. Un retour au pays (dans le Jura) est intercalé. Coline va y retrouver ses deux frères, l'aîné interprété par Philippe Katerine (débonnaire), le cadet (coiffé comme un dessous de bras) par Bastien Bouillon. Ces deux nigauds barbus sont un peu écrasés par la personnalité versatile et tempétueuse de leur sœur, qui, par dessus le marché, décide de renouer avec son amour de jeunesse, pourtant époux comblé et père d'un adolescent. Cela nous vaut de bonnes scènes de comédie, culminant dans l'intervention des gendarmes dans une maison dont Coline ne veut pas sortir. J'ajoute que l'un des deux hommes en uniforme est incarné par Aymeric Lompret....

   L'aspect comique passe peu à peu au second plan, même si, lors du retour au Groenland, le "choc culturel" ne manque pas de saveur. L'intrigue se drape dans une couche supplémentaire, celle évoquant une femme voulant décider de la meilleure manière de finir sa vie. C'est amené avec une certaine subtilité (ce qui contraste quelque peu avec la partie déconnante).

   Betbeder a su gérer les ruptures de ton, entre comique farcesque, fiction à caractère documentaire et réflexion sur la vie.

   Ce n'est pas un grand film, mais une comédie douce-amère maîtrisée, pleine d'humanité et de cocasserie.

23:41 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 22 novembre 2025

Bron, saison 4

   Cela faisait plus d'un an que je patientais, depuis la diffusion par Arte de la troisième saison de cette passionnante série scandinave. L'automne est venu, avec une double bonne nouvelle : la mise en ligne de l'intégralité des épisodes (incluant la quatrième et dernière saison), à la fois par Arte (sans publicité) et M6+ (avec publicité). Le tout est disponible, au choix, en version française ou originale sous-titrée.

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   On retrouve avec plaisir le duo binational d'enquêteurs. A ma gauche se trouve le Danois Henrik, qu'on avait laissé aux prises avec sa consommation de drogues et sa difficile gestion de la disparition de sa femme et de ses filles. A ma droite se trouve Saga, la Suédoise, la bosseuse acharnée, un peu autiste, qui a été accusée du meurtre de sa mère.

   La saison commence donc par un épisode carcéral, la policière (inculpée) côtoyant des individus qui n'éprouvent pas pour elle des sentiments très amicaux. Dans le même temps, Henrik commence à travailler sur une nouvelle affaire délicate, en duo avec un nouveau partenaire, un flic certes expérimenté, mais bourré de préjugés (sexistes, homophobes, racistes...).

   Quand Saga finit par rejoindre l'équipe, l'affaire s'est complexifiée, avec d'autres cadavres. Le scénario est toujours aussi bien écrit, plusieurs fils narratifs en apparence sans lien finissant par se rejoindre. C'est de nouveau un événement du passé qui explique ce qui ressemble à une vengeance. Cela nous vaut, au cours de l'un des épisodes, un retour en arrière, à une époque où Henrik ne travaillait pas encore avec Saga. En parallèle avec l'enquête, celle-ci commence à suivre une psychothérapie assez originale ma fois, tandis qu'Henrik s'est inscrit à un groupe de parole sur la dépendance aux drogues.

   Contrairement aux autres saisons (composées de dix épisodes), celle-ci n'en compte que huit, mais les auteurs réussissent le tour de force de boucler tous les arcs narratifs, y compris ceux commencés les années précédentes. Ainsi, on va enfin savoir ce qu'il est advenu de l'épouse et des filles d'Henrik et Saga va clore son chapitre familial, concernant sa défunte mère et le suicide de sa sœur. Quant à l'enquête criminelle, elle réserve de grosses surprises (même quand on croit que tout est terminé). Comme à leur habitude, les scénaristes ont mêlé des aspects sociétaux à l'élucidation des meurtres : immigration, homophobie, trafic de drogues, handicap, violences conjugales, emprise, vie carcérale... C'est vraiment très riche, assez subtil... et parfois savoureux, le comique pouvant rapidement succéder au sordide, notamment quand Saga, la policière... sagace (mais sans filtre) fait une remarque au père d'un bébé à propos de la couleur de ses yeux.

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   Incontestablement, l'écriture du personnage de cette policière atypique et son interprétation tout en nuances par Sofia Helin sont des atouts majeurs de la série. (Je recommande d'ailleurs de la visionner en version originale sous-titrée, pour profiter du ton des dialogues, Saga Noren alternant les monosyllabes et les réponses hyper-argumentées, débités rapidement. Cela déconcerte presque toujours ses interlocuteurs.) Quant aux (déjà) fans, ils découvriront, au cours de la saison, comment la policière est devenue propriétaire de son emblématique voiture (qu'elle seule a le droit de conduire). Indice : elle ne l'a ni achetée, ni volée.

   Dernier point : l'habillage des épisodes est de grande qualité. Les vues du pont (entre Suède et Danemark) et des villes sont superbes. Les scènes nocturnes sont filmées avec un grand soin et la musique est parfaitement intégrée à l'intrigue. (Pour écouter Hollow Talk, le titre mis à contribution pour les génériques de début et de fin, rendez-vous ici.)

   Je suis tellement emballé par cette série, tellement déçu qu'elle soit achevée (en 2018, pour les téléspectateurs scandinaves), que j'en viens à espérer sa réapparition, avec des personnages qui auront entre temps évolué.

jeudi, 20 novembre 2025

La Bonne Etoile

   A travers cette improbable épopée familiale, en pleine Seconde Guerre mondiale, Pascal Elbé a le projet de dénoncer les préjugés antisémites, par l'absurde : c'est parce qu'il pense (à tort) que les "Israélites" sont mieux traités que les autres que le catholique Jean Chevalin fait faire des faux papiers juifs pour toute sa famille.

   Si la scène chez l'horloger-faussaire est plutôt bien troussée, en revanche, ce qui se déroule avant n'est pas très engageant. On découvre Chevalin pendant la Débâcle de 1940 (avec une confusion chronologique entre l'invasion de la Pologne de septembre 1939 et celle de la France en mai-juin 1940). Ce n'est pas bien joué, mais c'est une séquence nécessaire pour comprendre l'un des fils rouges de l'intrigue : Chevalin a le cul bordé de nouilles, puisqu'il réchappe d'un bombardement de l'armée allemande, récupère divers biens, se fait passer pour un résistant et survit à un accident de camion. Et pourtant, il en fait des conneries... La faconde et l'engagement de Poelvoorde ne suffisent pas à rendre le personnage crédible, contrairement à celui de son épouse, très bien incarnée par Audrey Lamy.

   Je n'ai pas envie de m'acharner, d'autant que certains gags sont réussis, mais c'est quand même globalement mal foutu, pas très crédible, monté à l'arrache. Les intentions ont beau être généreuses, je n'ai pas accroché.

11:01 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 18 novembre 2025

Détective Conan : la mémoire retrouvée

   Presque un an et demi après la sortie dans les salles françaises de L’Étoile à un million de dollars (lui aussi réalisé par une femme), ce film d'animation est pour moi la quatrième occasion de voir sur grand écran les aventures du plus perspicace des mini-détectives, Conan (prononcer "Conanne"), dont je rappelle qu'il s'agit d'un jeune homme prisonnier d'une version enfantine de son corps, ce qu'ignorent presque tous les autres personnages de l'histoire.

   Une fois de plus, le scénario est particulièrement fouillé. Pendant un peu moins de deux heures, on s'efforce de trouver les éléments qui relient l'attaque d'une armurerie au fonctionnement d'un observatoire spatial, à une mystérieuse avalanche... et au décès d'une jeune femme. Clairement, cette production japonaise ne prend pas les jeunes pour des imbéciles et, si l'on n'est pas très familier des protagonistes de ce manga, il convient de s'accrocher.

   La mise en images est correcte, d'un meilleur niveau que celui du tout-venant des productions télévisuelles nippones, sans atteinte toutefois la finesse des meilleurs films des maîtres de l'animation.

   Au niveau des relations entre les personnages, ce n'est pas cucul-la-praline (comme trop souvent dans les œuvres de ce genre). Il est question d'amitié, d'amour, de patriotisme... et de la mort (non édulcorée, sans que ce soit tapissé de sang).

   C'est parfois drôle et surtout passionnant à suivre, plusieurs groupes de personnes joignant leurs efforts pour tenter d'élucider l'énigme : policiers locaux, enquêteurs de la criminelle, espions agents de la Sécurité Intérieure (SI), détective privé (ex-flic)... et enquêteurs du dimanche.

   Ces péripéties ont pour toile de fond une interrogation sérieuse,  portant sur le rôle ambigu joué par la SI, un peu à l'image de ce qu'on a pu voir dans nombre de films états-uniens (sur la CIA). Je note aussi la mise en avant de références culturelles chinoises, chez plusieurs protagonistes, signe de l'ouverture intellectuelle de certains enquêteurs.

   Le générique de fin se déroule sur fond d'images réelles, celles de ce "Japon de l'envers", enneigé, où les téléphones ne passent pas, qui a servi de cadre à l'intrigue... et, attention, après cela, on a droit à une séquence bonus... qui elle-même précède une ultime gâterie, annonçant le long-métrage suivant.

20:42 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 16 novembre 2025

Vera, nouvelle salve

   L'année dernière, France 3 nous avait laissés sur notre faim, en interrompant la diffusion de la treizième saison des Enquêtes de Vera après le premier épisode. Ce dimanche, nous avons droit au suivant et, dimanche prochain, sera diffusé le troisième... en espérant que les deux épisodes finaux (ceux constituant la saison 14) lui succèderont dans un avenir proche.

   Intitulée La Seconde Fille, cette enquête inédite nous emmène principalement dans l'agglomération de Newcastle, où le corps d'une jeune femme atteinte d'un cancer est découvert à proximité d'un chemin de randonnée. Absente des réseaux sociaux, la victime logeait chez une bienfaitrice, gérante d'un réseau de cafés. Au fur et à mesure que les policiers progressent dans leur enquête, ils vont de surprise en surprise, la liste des suspects ne cessant de s'allonger. Toutefois, pour qui observe bien le jeu des comédiens (et écoute attentivement les détails concernant la scène de crime), l'identité de la personne responsable de la mort n'est pas trop difficile à trouver. C'est une rareté dans cette série, qui, en général, sait ménager le suspens. L'intrigue n'en est pas moins prenante, tant les secrets sont nombreux.

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   Comme à l'accoutumée, l'épisode est émaillé d'humour. Vera est toujours un peu soupe-au-lait, ne ménageant pas son équipe. A l'occasion, elle fait aussi preuve d'une grande empathie... quand elle ne pense pas à ses propres problèmes. Dans ces aventures-ci, elle souffre d'une sévère rage de dents que, dans un premier temps, elle s'évertue à soulager à l'aide d'antidouleurs (« painkillers », dans la version originale). Elle a principalement recours à du paracétamol, présenté dans un emballage différent de ce que nous connaissons en France.

   Vous noterez qu'à ses côtés, la nouvelle DC (enquêtrice) n'a pas de main gauche. Ce n'est pas un trucage numérique. La comédienne Rhiannon Clements est née avec un bras gauche incomplet, ce qui ne l'empêche pas de faire carrière. Vous verrez que, dans l'épisode, elle se débrouille très bien avec le matériel dont elle a la charge... En somme, cette policière n'est pas manchot !