samedi, 27 juin 2026
Les Caprices de l'enfant-roi
Le film tire son titre de la pièce de théâtre romantico-comique que Jean-Baptiste Poquelin et Savinien de Cyrano de Bergerac (enfin, ceux de fiction, pas les vrais, bien sûr) finissent par co-écrire, au cours de la cavale du jeune Louis Dieudonné, pas encore Louis XIV, mais déjà un peu casse-couilles.
C'est revendiqué comme tel dès le début : il n'y a rien (ou plutôt : pas grand chose) d'historique dans ce long-métrage, qui multiplie les anachronismes pour servir un propos parfois très militant, amené avec de gros sabots.
J'ai beau apprécier les acteurs et avoir fait preuve d'indulgence, je ne pas convaincu par les personnages masculins. Franck Dubosc livre une version parodique de D'Artagnan, qui, lui-même, finit par pasticher des extraits de sketch du Dubosc humoriste. Le comédien fait plus que cabotiner... (Non mais, franchement, Franck, t'as tant besoin de thunes que ça ?)
Artus est moins catastrophique dans le rôle de Cyrano, un Cyrano en grande partie imaginaire, puisque, dans la réalité, c'était un libertin et un excellent bretteur. Or, dans ce film-ci, Artus est chargé d'interpréter un personnage plutôt triste, voire pathétique. (Seule sa bisexualité est sans doute conforme à la réalité.) J'ai de plus été déçu par les scènes de baston, que je trouve mal chorégraphiées, un comble pour un film de cape et d'épée.
Quant au gamin qui incarne un rôle double (le petit Louis et son sosie issu des bas-fonds), il n'est pas si mauvais que cela... mais j'ai été gêné par un détail le concernant : dans certaines scènes, j'ai eu l'impression qu'il portait un appareil dentaire... mais le réalisateur n'est visiblement pas à une "fantaisie" près.
Seul Nemo Schiffman m'a paru bien dans le tempo de son rôle (celui de Molière)... mais il est vite éclipsé par les femmes, en particulier Julia Piaton, que j'ai trouvée très juste en Madeleine Béjart. D'ailleurs, de manière générale, j'ai préféré les principaux personnages féminins. Ainsi, Doria Tillier est délicieuse en Anne d'Autriche, à la fois pète-sec et manipulatrice. Mais la palme de la garce revient sans conteste à Suzanne de Baecque, qui incarne la Grande Mademoiselle, la cousine germaine de Louis XIV, une princesse de sang royal qui a joué les perturbatrices... et a su garder une grande indépendance (dans la vraie vie). Ici, elle tient le rôle de la principale méchante... fort bien, ma foi. (Et quelles coiffures !)
Bref, c'est un film inégal, comportant des scènes complètement ratées et d'autres d'une indéniable drôlerie. C'est un petit moment à passer au frais, pendant la Fête du cinéma, sans plus.
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mardi, 23 juin 2026
La Baleine et le musicien
Ce documentaire d'1h20 est centré sur la musique (électronique) du compositeur Rone et le lien établi entre certaines de ses créations et le chant des baleines.
La première séquence est destinée aux novices (dont je faisais partie) qui ne connaissent rien du musicien. On découvre le personnage et certaines de ses productions, notamment en concert. C'est un peu un Jean-Michel Jarre du XXIe siècle.
L'idée du documentaire est née d'observations effectuée par des marins, qui écoutaient des morceaux de Rone tout en naviguant. Certains d'entre eux se sont aperçus que les ondes diffusées par cette musique attiraient soit des dauphins, soit des baleines. Le compositeur a voulu en savoir plus, suivi par le réalisateur Valentin Paoli (et son équipe technique).
Rone s'est tout d'abord rendu en Bretagne, pour une première prise de contact avec l'océan. Ce ne fut pas suffisamment concluant. Il s'est aussi adressé à des spécialistes des cétacés... et à des musiciens et des chanteuses, celles de la Maîtrise de Radio France. Il a tenté d'établir une correspondance entre certains chants humains et ceux des baleines.
Direction ensuite la Réunion, pour une nouvelle tentative de contact. La première fois que l'on voit une baleine s'approcher du bateau d'exploration est assez impressionnante... mais il va falloir beaucoup de persévérance à la petite équipe pour établir un véritable lien. Le compositeur doit improviser.
La patience des spectateurs est finalement récompensée, avec un véritable moment de grâce, qui ne dure que quelques minutes... mais quelles minutes ! (On voit une baleine évoluer avec son baleineau.) C'est magnifiquement filmé, avec une belle qualité de son. Ces images sont complétées (notamment en amont de LA rencontre) par des extraits du documentaire Océans, de Jacques Perrin.
Même si l'on voit (beaucoup) plus les mammifères bipèdes que les cétacés, ce film n'en constitue pas moins une pause rafraîchissante, en ce tropical début d'été.
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lundi, 22 juin 2026
Toy Story 5
Il y a sept ans déjà, Toy Story 4 (bien meilleur que le troisième volet) était censé conclure la série de films d'animation. Mais, la franchise étant particulièrement lucrative, il était prévisible que Disney-Pixar remette le couvert.
Aux manettes se trouve Andrew Stanton, réalisateur jadis de Wall-E et co-réalisateur du Monde de Nemo ainsi que de 1001 pattes, ce dernier avec John Lasseter... le créateur de Toy Story. On a donc voulu mettre cet opus entre de bonnes mains et, à l'écran, cela se voit. J'étais dans une salle haut-de-gamme et j'ai été épaté par la qualité de l'image et de l'animation, notamment des jouets, dont les différentes textures sont formidablement rendues. C'est du niveau d'un Ratatouille.
Le scénario évite deux écueils : la nostalgie excessive et la technophobie extrême. Cela n'empêche pas le film de comporter de belles scènes du passé ni de pointer la dépendance des jeunes (comme des moins jeunes) aux écrans numériques, à tel point que les humains sont transformés en zombies. L'intrigue a l'habileté de mélanger l'ancien et le moderne.
Au titre des anciens, on retrouve les héros des épisodes précédents. L'un d'entre eux symbolise particulièrement le temps qui passe : le cowboy Woody, sur lequel je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir quels sont les effets du vieillissement...
L'histoire commence toutefois avec un autre protagoniste, que l'on retrouve à plusieurs dizaines d'exemplaires, dans un contexte particulier, savoureux... lié à la mondialisation des échanges. Je n'en dirai pas plus.
Signalons que ce sont plutôt les personnages féminins les moteurs de l'histoire, avec Jessie la cowgirl et Bonnie la gamine qui a honte de ses jouets. La tablette elle-même est un personnage féminin. Une autre enfant, Blaze, va jouer un rôle important.
L'intrigue fait s'entremêler trois trames narratives, une se déroulant au domicile de Bonnie, une autre chez Blaze, la troisième suivant les pérégrinations des dizaines de Buzz l'éclair, qui jouent dans cette histoire un peu le rôle des Minions dans Moi, moche et méchant. J'ai adoré tout ce qui a trait à leurs aventures.
Les auteurs ont été assez habiles pour utiliser fréquemment un double niveau de langage. Les enfants seront sensibles aux émois des jouets et aux problèmes d'intégration de Bonnie, tandis que les adultes savoureront les sous-entendus et les références cinématographiques (notamment à Pirates des Caraïbes et L'Empire contre-attaque).
Je me suis régalé et je recommande vivement.
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dimanche, 21 juin 2026
Scary Movie 6
J'avais beaucoup aimé les deux premiers films de la franchise, que j'ai suivie jusqu'au numéro 4, il y a... vingt ans ! (Comme le temps passe...) Les frères Wayans ont repris la main et comptent peut-être sur le retour de Scream pour relancer leur boutique. J'en rappelle le principe : il s'agit d'une parodie de films (principalement d'épouvante, mais pas que), avec une accumulation de gags sexuels.
Ce retour aux sources s'accompagne d'une distribution composée d'un mélange entre petits nouveaux et "historiques" : divers membres de la famille Wayans, Dave Sheridan (qui incarne le débile morveux), Lochlyn Munro (en flic doté d'un micro-pénis) et les indispensables Anna Faris et Regina Hall.
On ne s'étonnera donc pas de trouver des références aux anciens Scream ainsi qu'aux premiers Scary Movie. S'ajoutent des pastiches plus ou moins inspirés de Destination Finale - Bloodlines, Souviens-toi l'été dernier, Sinners, The Substance, Évanouis, Longlegs (dont le principal protagoniste est devenu Shorthand...). A signaler aussi le personnage de Mardi (Tuesday), une jeune fille aux cheveux noirs, décalque évident de la Mercredi (Wednesday) de La Famille Adams, qui a désormais droit à sa série. J'ai trouvé excellente la comédienne qui l'incarne (Savannah Lee Nassif).
Aux oreilles chastes je précise que, dans la version originale, on entend très souvent prononcer les mots « dick » (bite), « pussy » (chatte) et « ass » (cul)... ainsi que quantité d'autres (comme « bitch » et « nigger »), associés dans des phrases dont la légèreté n'est pas la qualité principale. Ces sailles verbales sont accompagnées de divers objets, notamment godemichés et plugs, toutefois moins présents que les couteaux (qui, entre les mains des tueurs en série, sont très souvent des substituts péniens).
C'est crétin, assumé comme tel... et parfois un peu plus profond. Les frangins Wayans ne respectent pas grand chose. Si, sans surprise, ils dénoncent le racisme anti-noirs et la surreprésentation (désormais révolue) des personnages blancs dans les superproductions hollywoodiennes, ils en profitent au passage pour égratigner toutes les formes de politiquement correct... et même la discrimination positive. S'ils n'avaient pas été tournés par des Noirs, certains passages auraient été sans doute perçus comme offensants par les brothers et les sisters...
Voilà pourquoi je recommande cette comédie régressive, mal élevée... qu'il convient de savourer jusqu'au bout, le générique de fin étant coupé par une énième parodie (celle de Nosferatu, devenu Brosferatu/Noirferatu) et le retour de Longlegs/ Shorthand.
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Backrooms
Pour les gens de ma génération, jusqu'à très récemment, le mot backrooms n'évoquait que des arrière-salles où des adultes consentants se rencontrent pour avoir des relations sexuelles, à deux ou à plusieurs. C'est dire ma surprise quand j'ai découvert qu'allait sortir en salles un film portant ce titre. J'ai tenté ma chance en en sachant très peu, juste qu'il s'agissait de l'adaptation en long-métrage d'un phénomène né sur internet.
L'introduction ne perturbera pas les habitués de films d'épouvante. Il s'agit d'une mise en bouche, qui évoque la dangerosité du lieu, avec une part de mystère. La forme est celle d'un found footage, un peu dans le style du Projet Blair Witch. La présence à l'écran de disquettes et de cassettes audio semble indiquer que ce qu'on nous montre se situe dans le passé.
Une ellipse nous ramène ensuite à l'époque contemporaine. Un ancien lotissement pavillonnaire de banlieue a été détruit et transformé en zone commerciale. Le héros Clark (Chiwetel Ejiofor, excellent) dirige un magasin d'ameublement bon marché, qui possède un sous-sol où commencent à se produire d'étranges incidents. Pleinement investi dans son travail, Clark est prêt à passer la nuit sur place pour découvrir le fond de l'histoire et comprendre notamment pourquoi sa facture d'électricité s'est mise à fortement augmenter. Côté vie privée, il peine à surmonter la séparation d'avec sa compagne et tente de gérer le tout à l'aide d'une psychothérapeute, Mary, dont on comprend très vite qu'elle a un lien avec l'ancien lotissement...
La suite prend la forme d'un film fantastique, Clark explorant le monde parallèle des arrière-salles. L'étrangeté vient de l'absence d'humain (a priori) et de la présence de traces de ce qui ressemble à des vies passées. Est-on dans un monde parallèle ? Cette enfilade de salles et de couloirs n'est-elle pas plutôt un vestige de l'ancien quartier ?... ou d'une ville souterraine, construite jadis comme un bunker antiatomique ?... ou bien les personnages ne sont-ils pas prisonniers de la psyché d'un des protagonistes ? La troisième partie du film prend un tour plus psychanalytique, Mary partant à la recherche de Clark dans le labyrinthe...
J'ai beaucoup aimé cette ambiance d'étrangeté et le mystère scénaristique construit autour de ces pièces. Un seul moment m'a déplu : quand un personnage tente d'échapper à une menace, trébuche, se blesse à une jambe, ce qui le ralentit et le rend encore plus vulnérable à ladite menace. Il est dommage que le réalisateur ait eu recours à cette péripétie rebattue, son œuvre étant au contraire marquée par une assez grande originalité. Je recommande vivement.
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samedi, 20 juin 2026
L'Objet du délit
J'ai fini par aller voir le dernier film d'Agnès Jaoui, au départ peut-être surtout pour passer au total 2h30 en zone climatisée. Il ne sort pas à n'importe quel moment : en pleine affaire Bruel et à une époque où les idées portées par le mouvement MeToo sont (heureusement) en train de porter leurs fruits (du moins, en France)... non sans dérives.
C'est aussi l'occasion pour Agnès Jaoui de nous livrer un tableau savoureux d'un petit monde, celui de l'opéra. On a déjà vu un peu la même chose ailleurs, avec divers microcosmes, ceux du cinéma, de la littérature, du journalisme politique, de l'art contemporain...
On n'est donc guère surpris de découvrir, dès le début de l'histoire, les petits (et grands) travers des professionnels du spectacle lyrique, avec une audition qui semble truquée. Sur le fond, c'est savoureux, mais, sur la forme, j'ai tiqué, puisque les chanteuses qui sont auditionnées (pour divers rôles des Noces de Figaro, de Mozart) semblent toutes doublées par la même cantatrice. De surcroît, pour certaines, le play-back est plus qu'évident. Je ne sais pas ce qu'en pensent les authentiques amateurs d'opéra, mais, moi, ça m'a gêné durant presque tout le film. C'est d'autant plus regrettable que les pièces musicales (chantées ou non) qui nous sont proposées sont de toute beauté.
Cette première partie est aussi réjouissante par sa description du politiquement correct à l’œuvre dans ce milieu, les meilleures intentions pouvant parfois conduire à des situations contradictoires.
Quant à la préparation de la représentation, elle suit un cours accidenté. J'ai bien aimé quand cela commence à partir en sucette, à plusieurs reprises, jusqu'à la fin.
Du côté des interprètes (hors simulation lyrique), c'est très inégal. Chez les dames, Agnès Jaoui ne s'est pas donné le plus beau rôle et elle manie bien l'auto-dérision. Eye Haïdara est plus convaincante ici en jeune prodige revendicative qu'en agent de terrain dans Mata. En revanche, la voix de fausset adoptée par le personnage de Claire Chust m'a irrité, même si je reconnais qu'elle excelle à incarner une cruche. Une autre voix agaçante est celle de son assistante, dont le ton plaintif a fini par me porter sur le système. Complète ce trio décevant Tiphaine Daviot, pas très convaincante en soprano pistonnée.
Chez les messieurs, Daniel Auteuil et Maxime Pambet font le job. C'est Vincenzo Amato qui m'a le plus impressionné. Il est le baryton vedette, chargé d'incarner l'odieux comte Almaviva... et il n'a pas sa langue dans la poche ! Il est d'ailleurs intéressant de noter les parallèles que Jaoui et ses scénaristes ont tracés entre l'intrigue de l'opéra et celle du film, qui se font parfois bigrement écho.
Peu convaincu au départ, j'ai été finalement conquis, par les décors, la musique, les dialogues (parfois truculents)... et la présence régulière à l'écran d'énormes bites phallus, d'abord plutôt blancs et durs, ensuite plus grands, noirs et... flexibles. Je n'ai pas encore réussi à en tirer tout le sens philosophique profond, mais, en tout cas, Jaoui s'est bien amusée avec ces accessoires !
Je regrette peut-être sa conclusion un peu trop "vivre ensemble". Agnès est une empathique, un peu la grande sœur qui, voyant sa famille (celle du spectacle) se déchirer, tente de réconcilier tout le monde. J'aurais aimé un ton un peu plus cinglant, mais le film n'en dit pas moins quelques vérités, ce qui semble avoir déplu à la brigade de la bien-pensance qui officie dans les médias, qui a moyennement apprécié le film.
vendredi, 19 juin 2026
Le Vertige
Le nouveau Dupieux débarque avant l'été, sous une forme inédite : une animation numérique qui semble faite de bric et de broc (un peu comme les films de Quentin), mais porteuse de sens.
Alain Chabat et Jonathan Coen prêtent leur voix (et leur visage) à deux citadins de classe moyenne, Jacky et Michel Bruno, ni particulièrement futés, ni particulièrement crétins. Le premier semble célibataire (ou divorcé, sans enfant), tandis que le second, marié, est sur le point de découvrir la paternité.
Mais c'est le premier qui lance l'intrigue : il pense vivre dans une sorte de simulation (un monde miroir, si vous préférez) et tente d'ouvrir les yeux de Bruno, très sceptique au départ. La manière dont il va le convaincre (ainsi que les dialogues, bien écrits) constitue le premier intérêt de cette histoire.
C'est complété par l'accouchement abracadabrantesque de Fabienne (Anaïs Demoustier) et les premiers jours du bébé. Un autre homme complète le trio. Il a la voix caverneuse de Jean-Marie Winling... et réserve quelques surprises. Son devenir constitue d'ailleurs un point de basculement de l'histoire, prélude à une ellipse.
On retrouve une partie de notre petit monde des années plus tard. C'est savoureux, avec, en plus, une fin bien amenée, sous forme de pirouette. Même si, sur le plan visuel, l'animation n'est pas toujours convaincante, j'ai bien aimé être embarqué dans cet univers loufoque, qui est bien évidemment une métaphore de la vie et du microcosme du cinéma. Toutefois, deux interprétations sont possibles. Soit Dupieux considère que la vraie vie (la plus intéressante) est celle des personnes qui font du cinéma, celle des gens ordinaires n'en étant qu'une version affadie. Soit il tend un miroir critique au microcosme, qui se fait une montagne d'une taupinière, alors que la vraie vie se déroule loin des caméras et des écrans.
Ce n'est pas un grand film, mais une œuvre originale, divertissante et qui, en ces temps de chaleur pesante, a l'avantage d'inciter à fréquenter une salle climatisée.
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mardi, 16 juin 2026
The Furious
C'est l'histoire d'une gamine issue d'une famille modeste, qui disparaît un jour, en pleine rue, enlevée par des pédophiles... Cela ne vous rappelle rien ? Eh oui, parfois, une sortie en salles peut percuter l'actualité la plus sensible...
L'action se déroule "quelque part en Asie du Sud-Est", nous dit-on. Comme les personnages parlent principalement anglais et chinois (mais ne se trouvent pas dans "le pays du milieu"), on pense à Singapour ou la Malaisie, le film ayant été tourné (en partie) en Thaïlande.
On nous fait suivre un duo de héros (les fameux furieux). Le premier est l'époux d'une journaliste d'investigation, qui disparaît alors qu'elle enquête sur une bande de truands. Le second est un simple plombier, muet, qui élève seul sa gamine, depuis le décès de son épouse. Les deux hommes ne se connaissent pas. Ils vont se rencontrer et (la police se montrant remarquablement inefficace...) unir leurs efforts... et ça tombe fichtrement bien : tous deux maîtrisent le kung fu. Hélas, ils ne sont pas les seuls, puisque c'est aussi le cas de la plupart des truands qu'ils vont devoir affronter.
On nous prépare donc un menu corsé, la première séquence de baston survenant au moment de l'enlèvement de la gamine. Quand vous la verrez, dites-vous bien que c'est la moins violente du film...
C'est donc à réserver à un public averti. Les combattants se servent remarquablement bien de leurs mains et de leurs pieds... ainsi que de divers outils : couteaux, sabres, marteaux, masse... et même des vélos dernier cri d'un parking urbain. Quant au plombier muet, je vous garantis que, lorsqu'il s'arme d'un marteau, il fait de sacrés dégâts !
Les effets spéciaux, sanglants, sont réussis et les affrontements sont chorégraphiés comme des ballets... ce qui n'est pas étonnant, puisque le réalisateur, Kenji Tanigaki, fut le coordonnateur des combats de John Wick IV et chef des cascades sur City of Darkness.
Je dois reconnaître que j'ai éprouvé un certain plaisir à voir ces bandes de racailles se faire démonter la tronche par les héros. Ceux-ci vont toutefois rencontrer une opposition de poids, en la personne d'un gros lard insubmersible (et à moitié givré) et du chef de la bande de pédophiles, un psychopathe de la pire espèce.
Du coup, même quand on croit que c'est terminé, la baston reprend, à tel point que cela devient comique. Jusqu'au bout, on se demande si les gentils vont venir à bout des méchants. Le suspens est insoutenable...
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dimanche, 14 juin 2026
Disclosure Day
Quatre ans après le décevant The Fabelmans, Steven Spielberg est de retour avec une œuvre grand public, un film de science-fiction qui surfe sur la vague complotiste. Pour cela, il a bénéficié d'un gros budget (plus de cent millions de dollars), d'un scénariste réputé, d'un compositeur de renom et d'une belle distribution.
Chers lecteurs, figurez-vous que, depuis plusieurs dizaines d'années (mais pas des siècles ceci dit, ni des millénaires), la Terre est régulièrement visitée par des extra-terrestres, mais que le méchant gouvernement états-unien, qui est au courant, en tire profit de manière éhontée et cache la vérité à ses concitoyens... ainsi qu'aux habitants du reste du monde. (Curieusement, aucun autre gouvernement ne semble au courant, les aliens ayant visiblement pris l'habitude d'atterrir aux States. C'est sans doute lié à la qualité de leurs aéroports... ou de leurs champs de maïs.)
Un étrange concours de circonstances va faire collaborer deux individus qui, au départ, ignorent tout l'un(e) de l'autre. Une vilaine firme multinationale (sous contrat avec le méchant gouvernement états-unien) tente de contrecarrer leur alliance et d'étouffer l'affaire, empêchant la tenue de ce "Jour de Révélation".
De la distribution, je retiens seulement Colman Domingo (dans un rôle très différent de celui qu'il tient dans Michael) et Emily Blunt, qui nous fait un sacré numéro, un peu sur tous les tons. A elle seule, elle sauve presque le film, à l'image de ce que peut faire Isabelle Huppert chez nous, au pays des culturés.
Pour le reste, c'est assez affligeant. Je n'ai pas cru une seconde en Colin Firth PDG machiavélique. Les autres sont souvent caricaturaux, pas très bien dirigés à mon avis. Le pire est le type qui incarne le petit copain de la journaliste, un musicos con comme une bite, qui n'arrive même pas à écraser un smartphone avec une voiture. Cette péripétie croquignolesque survient dans une séquence très mal mise en scène, un duo s'échappant par miracle d'un hôpital et restant cinq à dix minutes à causer sur le parking, sans que personne ne soit lancé à sa poursuite...
On en voit aussi de belles quand le co-héros Daniel Kellner retourne dans une ferme isolée. Voyant les lieux encerclés par les véhicules des méchants, il s'en approche en se cachant à peine, sans être vu (dans un premier temps). La manière dont l'évasion (en voiture) est filmée est un sommet du ridicule.
Je crois que vous avez compris que Steven a vieilli... et que personne n'ose dire au génie que, parfois, sa scène est mal fagotée ou qu'il faudrait la rejouer. Je pense notamment à ce moment qui voit deux fuyards mal dissimulés derrière un rocher, juste à côté d'une bande de méchants qui ne les remarquent même pas. Le duo s'éloigne sans discrétion... toujours sans être repéré ! Comment Spielberg a-t-il pu tourner ça ? !
Peut-être a-t-il trop fait confiance à son scénariste, David Koepp, qui fut jadis très inspiré, mais qui a récemment salopé le dernier Jurassic World.
Pour être honnête, il y quand même un moment où l'on retrouve la "patte" du Maître, quand l'action se déporte dans la chambre d'une petite fille, puis dans une maison de conte de fée. Là, il se passe quelque chose, tout comme dans la scène de hangar, avec une belle utilisation du montage et du champ/contrechamp.
A part ça, c'est plutôt creux, avec une morale à deux balles du genre :
La guerre, c'est mal.
La gentillesse, c'est bien.
Spielberg n'a pas su se renouveler, utilisant de surcroît les médias à la manière d'un film des années 1990-2000. Il aurait été plus pertinent d'insérer les réseaux sociaux dans son intrigue... mais cela l'aurait peut-être conduit à évoquer le thème des rumeurs et fausses nouvelles, alors qu'il fait de l'une d'entre elles le cœur (hautement improbable) de son histoire.
23:44 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Ghost in the Shell
Je me rappelle encore la première fois que j'ai vu l'adaptation du manga, il y a presque trente ans. C'était à Toulouse, dans le cinéma qui à l'époque ne s'appelait pas American Cosmograph mais Utopia, dans la salle rouge, celle située à l'étage, qui compte un petit retranchement au fond, où il est possible d'étendre ses jambes. Dès le début, j'avais été hypnotisé par la musique du générique... et la suite m'avait passionné.
Ressorti en version restaurée, le film n'a rien perdu de sa force. Son intrigue, complexe, a de quoi déconcerter les amateurs de scénario balisé. Dans un futur hyper-technologisé, il est question de rivalités entre pays supposés démocratiques, mais aussi de tensions internes, entre services. Il y a donc complot, complot dans le complot... et même manipulation dans le complot interne au complot. (C'est peut-être le moment de prendre un cachet d'aspirine.)
Se greffe là-dessus un questionnement sur la nature humaine. Dans ce futur qui nous pend peut-être au nez, les "humains augmentés" côtoient des cyborgs/androïdes plus au moins perfectionnés, certains semblant développer une forme d'humanité. Le "ghost" est leur programme central, mais l'on finit par se demander si ce n'est pas plutôt leur "âme" ou une forme de conscience de soi.
Les policiers anti-terroristes traquent un mystérieux pirate informatique, surnommé puppet master, le "maître des marionnettes", capable de prendre le contrôle à distance de n'importe quel système informatique... et même d'implanter de faux souvenirs dans la tête d'un humain. Quelles sont ses réelles intentions ? Jusqu'où vont ses compétences ? A-t-il inventé une nouvelle forme de vie, une sorte de conscience créée de manière uniquement numérique ? Ces questions croisent les propres interrogations de la principale enquêtrice, le Major Motoko Kusanagi, la plus badass des androïdes.
Les décors sont chiadés, l'animation de grande qualité, même si elle a un poil vieilli. L’œuvre du réalisateur, Mamoru Oshii, est en général méconnue. Cette ressortie pourrait être l'occasion de la faire mieux connaître aux cinéphiles.
17:57 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 13 juin 2026
Le Dernier Souffle d'un yakuza
Quelque part dans une prison japonaise, de nos jours, un détenu septuagénaire repense à sa vie d'homme libre, une trentaine d'années auparavant. Il dialogue avec une plante, une balsamine, seul vestige de la maison où il a jadis vécu, heureux, avec femme et enfant. Pour lui, c'est plutôt mauvais signe : cette plante n'est audible que par les nouveaux nés et les mourants.
Comme l'indique le titre, Akutsu est un (ancien) yakuza, d'origine modeste, qu'un truand a sans doute pris sous son aile, pour en faire son homme de main. Obéissant et rigoureux, il monte en grade dans les années 1980, au point de "gagner" très confortablement sa vie (notamment avec le racket de protection). Mais c'est aussi l'époque où il accepte d'héberger une jolie jeune femme enceinte, bientôt mère d'un enfant au père inconnu. Akutsu tente de jongler entre cette vie familiale insolite et ses activités délictuelles. Trente ans plus tard, il semble avoir été complètement oublié par la femme et l'enfant... à moins qu'ils n'aient été tués.
La réponse à toutes nos questions va émerger au fil des retours en arrière. On découvre une histoire d'amour totalement improbable, entre un jeune homme introverti (peut-être un peu autiste), doté de capacités intellectuelles singulières, et une femme soulagée d'avoir échappé à une relation toxique... et tenant à assurer l'avenir de son enfant.
Une énigme se superpose à l'intrigue sentimentale : qu'est devenue la somme d'argent résultant d'un braquage, commis à la fin des années 1980 ? Des indices sont semés tout au long du film, par le réalisateur comme par le personnage principal. Quand je vous aurai dit que le scénariste a sans doute lu Le Secret de la Licorne (d'Hergé), vous comprendrez peut-être quelle est la clé de ce mystère-ci.
J'ai été emballé par cette histoire peu commune. A l'écran, c'est parfois superbe, comme lorsqu'on nous montre des feux d'artifice. C'est surtout extrêmement délicat, avec beaucoup de non-dit au niveau des sentiments. On se demande vraiment où Baku Kinoshita (dont c'est semble-t-il le premier long-métrage) veut nous mener. En tout cas, le chemin suivi est très plaisant et la fin apaisée.
21:35 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
L'Affaire Zanetti
Inspirée d'une histoire vraie, cette fiction franco-italienne a pour cadre principal un centre de détention expérimental, situé en haute montagne, où les détenues disposent de plus d'espace et de liberté, à condition de respecter certaines règles.
C'est dans ce lieu qu'est incarcérée Elisa, condamnée dix ans auparavant pour le meurtre de sa sœur, dont elle dit ne garder aucun souvenir. Elle va bientôt avoir la possibilité de bénéficier d'un régime de semi-liberté. C'est dans ce cadre qu'elle accepte la tenue d'entretiens avec un expert criminologue, qui étudie les profils d'assassins et a aussi pour objectif de mieux comprendre les dessous de cette affaire criminelle.
Le point de départ est émoustillant et les deux interprètes principaux sont excellents. Roschdy Zem incarne un criminologue empathique (mais pas aveugle), tandis que Barbara Ronchi (vue récemment dans L'Enlèvement) est Elisa, un personnage bourré d'ambiguïtés.
C'est d'ailleurs l'un des enjeux de l'histoire que de déterminer ce qui trotte réellement dans la tête de la détenue. Est-elle réellement coupable ? De quoi se souvient-elle exactement ? A l'image des routes sinueuses qui mènent au centre de détention, la mémoire suit parfois un cheminement complexe.
Le problème est qu'une fois lancé, le film patine. C'est mou et il convient de rester pleinement concentré, certains interprètes italiens (qui s'expriment souvent dans la langue d'Emmanuel Macron) n'étant pas toujours parfaitement intelligibles. Je dois reconnaître que j'ai un peu piqué du nez...
L'intérêt remonte quand se développent les retours en arrière, censés visualiser les souvenirs d'Elisa, qui ressurgissent. Le réalisateur a choisi de ne pas trop différencier à l'écran ces deux époques : on y voit "l'héroïne" partager sa chambre, jadis avec sa sœur, de nos jours avec une codétenue. Je pense que c'est voulu, pour entretenir l'atmosphère de trouble.
Le problème (pour moi) est qu'il n'y a guère d'incertitude (et pourtant, je ne connaissais rien à cette affaire avant de voir le film). Du coup, cette enquête dialoguée ne m'a pas franchement passionné, d'autant que je ne partage pas les présupposés de l'auteur du film.
ATTENTION !
DIVULGÂCHAGES !
Très vite, j'ai compris que la meurtrière simulait au moins en partie son amnésie. On comprend rapidement aussi que c'est une menteuse pathologique (ainsi qu'une psychopathe, peut-être en voie de réhabilitation).
L'autre problème réside dans l'attitude du criminologue, emblématique de celle du réalisateur. Bien qu'il affirme le contraire dans sa conférence du début, sa volonté de comprendre le cerveau des auteurs de crime le conduit à éprouver de l'empathie (voie de la sympathie) pour eux, négligeant de fait les victimes, ce que lui reproche une des spectatrices... et c'est exactement ce que fait le film, nous faisant suivre au quotidien la meurtrière, nous faisant compatir à son malheur, alors que le personnage de sa victime, Katia, est à peine effleuré. Cette mise en abyme involontaire est assez symptomatique de notre époque : de bonnes tentent de susciter la sympathie du grand public pour les criminels, oubliant parfois où sont les vraies victimes.
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La Bataille de Gaulle - L'âge de fer
Il y a quelques années de cela, le scénariste Antonin Baudry avait révélé un certain talent de réalisateur avec Le Chant du loup. Il a pris son temps avant de retourner derrière la caméra, avec ce qui n'est pas véritablement un biopic, mais un film de guerre et de résistance, qui prend parfois la forme d'un cours d'histoire.
La première qualité de ce film est de mettre en avant des épisodes de la Seconde Guerre mondiale qui n'ont pas souvent figuré à l'écran. Ainsi, on découvre celui qui n'est encore que le colonel de Gaulle lors de la bataille de Montcornet (en mai 1940), au cours de laquelle il a dirigé plusieurs unités de char contre l'envahisseur allemand, avec une certaine habileté... mais aussi de l'audace... et un poil d'inconscience, Simon Abkarian réussissant à nous faire toucher du doigt le mélange de courage et d'arrogance du personnage. C'est aussi l'occasion de mettre en scène le sens de la formule du futur général :
- Mon colonel, c'est la débandade !
- Ai-je l'air de débander ?
Sans être aussi savoureux, le reste des dialogues est tout de même souvent marqué par un indéniable savoir-faire, ne serait-ce que parce que l'on s'est visiblement beaucoup inspiré des Mémoires de Charles de Gaulle, ainsi que de ses lettres, notes et carnets. Cela donne ce ton souvent sentencieux au héros, pas toujours bien assimilé par Abkarian, qui donne parfois l'impression de réciter un texte littéraire.
Les spectateurs attendent sans doute les débuts du personnage à Londres, mais Baudry a l'intelligence de ne pas trop s'attarder dessus, notamment sur l'Appel du 18 juin, déjà amplement traité dans le De Gaulle de Gabriel Le Bomin. Il préfère mettre en scène les rencontres avec Winston Churchill (qui parlait sans doute mieux le français que de Gaulle l'anglais). Celui-ci est interprété par l'excellent Simon Russell Beale (qui nous a ravis naguère en incarnant cette pourriture de Beria dans La Mort de Staline). C'est l'un des aspects les plus réussis de ce long-métrage : la confrontation de ces deux têtes de lard, qui s'estimaient mutuellement mais n'hésitaient pas à se jouer des coups en douce.
Un autre mérite du film est de montrer à quel point fut difficile la construction de la Résistance extérieure. Au début, ce n'est qu'une bande d'amateurs, des patriotes de tout bord qui ne disposent pas de moyens importants. De plus, quand le mouvement a commencé à prendre de l'ampleur, de Gaulle aurait dû, à plusieurs reprises, en être évincé, par l'amiral Muselier (qui a eu l'idée de la Croix de Lorraine), par le général Catroux (plus accommodant que de Gaulle mais moins charismatique... et moins tenace), par l'amiral Darlan (ancien second de Pétain)... et par le général Giraud, que l'on verra sans doute dans le second volet, qui sort bientôt.
A la vision de ce film, on comprend aussi mieux pourquoi de Gaulle a eu, par la suite (notamment une fois revenu au pouvoir, en 1958), de telles réticences vis-à-vis des gouvernements britanniques et états-uniens, qui, durant la guerre, lui ont souvent mis des bâtons dans les roues et l'ont tenu à l'écart de certains moments importants.
Le premier de ces épisodes est celui de Mers el-Kébir, qui a failli torpiller définitivement la toute jeune France Libre. Je trouve que le film est un peu dur pour les Britanniques et ne montre pas assez la raideur jusqu'au-boutiste des officiers de marine français.
Moins connues sont les pérégrinations de Charles de Gaulle en Afrique sub-saharienne : Cameroun, Tchad et Congo font partie des premières colonies ralliées à la Résistance extérieure. C'est l'occasion pour le réalisateur de montrer le recrutement en partie africain des FFL (Forces Françaises Libres), sous la houlette notamment du général Leclerc (auquel je trouve que cette première partie ne rend pas assez hommage). Cela nous vaut aussi une séquence pittoresque en zone équatoriale, avec de Gaulle imperturbable dans son uniforme (à l'intérieur duquel il doit pourtant crever de chaud) et négligeant les conseils de Spears, l'attaché britannique qui tente d'arrondir les angles avec Churchill. Lorsque l'attaché lui propose un produit pour lutter contre les insectes volants, il s'attire cette réponse cinglante du chef de la France Libre :
- Les moustiques ne piquent pas le général de Gaulle !
Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir ce qui suit cette déclaration péremptoire du héros qui, à l'époque, s'était mis à parler de lui à la troisième personne !
Le véritable moment de bravoure est sans conteste la séquence consacrée à la bataille de Bir Hakem (au printemps 1942). En se battant à un contre quinze, avec beaucoup moins de matériel, les FFL sont parvenues à infliger de lourdes pertes aux Italiens et à l'Afrika Korps de Rommel, ralentissant suffisamment leur progression pour permettre aux Britanniques de regrouper leurs forces, permettant à moyen terme la victoire cruciale d'El-Alamein. Ce fut l'honneur retrouvé de l'armée française et c'est filmé avec un souffle quasi épique.
Dans cette bataille, on retrouve la composition hétérogène des FFL. La mise en scène insiste plutôt sur la composante africaine, mais il faut savoir qu'il y eut aussi des unités originaires du Pacifique, comme le rappelle un reportage récemment diffusé à la télévision publique.
Certains spectateurs s'étonneront peut-être de la présence d'une femme (une seule) au sein des combattants. Ce n'est pas une invention "politiquement correcte", pour se mettre en conformité avec l'air du temps. Cette femme (hors du commun) était Susan Travers, une Britannique qui commença la guerre comme ambulancière dans la Croix-Rouge, avant de rejoindre la France Libre puis la Légion étrangère. Hélas, le film ne dit presque rien d'elle, la présentant comme très proche du général Koenig (qui commandait les troupes à Bir Hakeim). En fait, elle était sa maîtresse... et lui marié, ce qui, à l'époque, était socialement inacceptable. Son rôle a donc été minoré (voire ignoré) pendant des décennies.
Je suis conscient que, l'époque étant extrêmement riche, le film ne pouvait pas tout dire. Il regorge tout de même d'anecdotes (comme celle des habitants de l'île de Sein, parmi les premiers à rejoindre la France Libre en 1940) et, s'il est assez scolaire dans sa forme, plusieurs scènes témoignent d'un effort d'inventivité.
Les 2h40 passent sans problème. C'est au final pour moi un bon spectacle, instructif de surcroît.
08:43 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire, france
vendredi, 12 juin 2026
Le Virtuose
C'est un terme que l'on réserve, en général, aux personnes qui jouent d'un instrument de musique avec brio. Tel n'est pas tout à fait le cas du héros, le jeune Niki White, qui possède toutefois l'oreille absolue. Fils d'un pianiste doué, décédé des années auparavant, il a été pris sous son aile par un accordeur de piano lui aussi doté d'une ouïe exceptionnelle... hélas en déclin, tout comme les facultés cognitives du vieil homme. Il est très bien interprété par Dustin Hoffman, le jeune homme étant incarné par Leo Woodall, vu récemment dans Nuremberg et le dernier Bridget Jones.
Complète la distribution principale Havana Rose Liu, très convaincante en pianiste de conservatoire, qui peut légitimement aspirer à une brillante carrière. Je pense que vous avez compris que le jeune accordeur (gueule d'ange, musclé, tatoué) et la ravissante musicienne (mince, rayonnante... et pugnace, quand il le faut) sont destinés à se rencontrer, se rapprocher... et plus si affinités ? (Poil au nez ?)
En dépit de cette trame hyper-prévisible, j'ai été conquis par cette première partie, par le charme gouailleur d'Hoffman comme par le couple en formation : ils sont si mignons ! Le montage saccadé du début suscite parfois le rire, mais il est un peu trop rapide à mon goût. Je me demande si ce n'est pas dû à la volonté du producteur de raccourcir le film...
On se doute bien que cette love story des temps modernes risque de rencontrer des obstacles. Ils sont paradoxalement dus au talent exceptionnel de Niki, repéré par des cambrioleurs, qui ont besoin d'une méthode discrète pour forcer les coffres-forts.
On attend avec impatience de voir comment tout cela va déraper... et c'est là que le film déçoit, tant il est prévisible. Le héros commet une erreur qui, de prime abord, paraît minime, mais qui va prendre des proportions insoupçonnées. On sent que ce détail va jouer un rôle important. Le jeu est de deviner quand. On comprend aussi au premier gros plan sur un système d'ouverture comment le héros pourra, plus tard, en tirer profit...
C'est le moment que choisit Jean Reno pour surgir à l'écran... enfin, quand je dis surgir, c'est un peu exagéré. Le comédien, peut-être mal rétabli du tournage de Mon Ami le petit manchot, semble tout droit sorti de l'hôpital. C'est dommage, parce que son personnage joue un rôle capital à ce moment du film... mais, pour moi, cela tombe à plat. (Tant pis pour les références historiques introduites dans l'intrigue, qui relient aussi bien les truands que certaines de leurs victimes.)
L'ensemble reste toutefois assez agréable à voir, avec un bon travail sur le son... et l'on nous a épargné le gros pathos pour conclure.
21:17 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
mercredi, 10 juin 2026
Colony
Il y a dix ans, Sang-Ho Yeon s'était révélé au public cinéphile avec Dernier Train pour Busan. Même s'il a un peu déçu ensuite avec Peninsula, son nouveau film était attendu. Le sujet suscite la curiosité : une nouvelle pandémie se déclare et se répand comme une traînée de poudre dans un lieu clos : un immeuble ultra-moderne, où quantité de citoyens ordinaires se retrouvent piégés, au milieu d'une troupe grandissante d'infectés.
De manière traditionnelle, le début nous présente les personnages que nous allons ensuite retrouver dans l'immeuble clos. C'est relativement banal, à ceci près qu'un des protagonistes réserve des surprises, plutôt bonnes ma foi : cette scientifique, qui a l'habitude d'utiliser son cerveau avant d'agir, contraste bigrement avec la pelletée d'abrutis qui l'entoure.
Les pires pour moi sont les deux qui forment un couple de jeunes adultes, lui le blaireau sans gêne et elle... une connasse de chez connasse ! Dès qu'il y a un truc à ne pas faire, elle le fait ! C'est vraiment caricatural. Il est possible qu'à travers ce personnage féminin, le réalisateur ait voulu dénoncer certains des travers contemporains... mais il aurait pu diluer un peu. (Ceci dit, on est très content quand la "punition" finit par survenir.)
Du côté masculin, on a des lâches, des têtes brûlées et du mâle alpha, avide soit de dominer le monde (par son entreprise de biotechnologies), soit de le détruire (cas de l'ex-employé). Là encore, ce n'est guère original.
Ce qui l'est plus, c'est la forme que prend la pandémie, puisque les infectés apprennent à communiquer entre eux (comme certains insectes). C'est le côté le plus intéressant du film, avec, en réponse, la nécessité pour les rescapés de jouer eux aussi collectif, en tentant de profiter des points faibles de ceux qui veulent les croquer.
Le problème est que la suite est trop prévisible. On comprend trop facilement quand tel ou tel personnage risque de "morfler". On sent venir à des kilomètres les rebondissements. Du coup, même si les effets spéciaux sont de qualité, même si la "zombifiation" est bien mise en scène, je me suis mis plusieurs fois à regarder ma montre, ce qui n'est vraiment pas bon signe.
16:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 07 juin 2026
Cocotte
Intitulée κότα (« poule », en grec) en version originale, cette fiction comico-dramatique, cofinancée par Arte, a été tournée en Grèce et réalisée par un Hongrois, György Pálfi.
La première partie nous présente les prémices de la vie d'une poule, de l'origine à son arrivée dans la basse-cour d'un restaurant de poissons. Le tout-début est un peu gonflé, avec un plan qui ose montrer quelque chose que l'on voit très rarement sur un écran (encore plus rarement si l'écran est grand !).
Le ton de la comédie domine, avec les premiers pas d'un "vilain petit canard" (ou d'un "mouton noir"), un poussin (puis une poule) pas conforme aux standards du poulailler industriel et qui semble vouée à une mort rapide.
Mais la cocotte a de la ressource. Elle va donc successivement réussir à échapper à l'élimination dans le poulailler, la casserole de l'épouse d'un routier, un renard très audacieux, des voitures roulant à toute vitesse sur une autoroute, un rapace affamé (milan ou gypaète barbu)... Il n'y a pas besoin de dialogues et cela passe sans problème, bien aidé par une musique qui souligne la cocasserie de certaine scènes.
La deuxième partie voit la poule se faire adopter par un vieux bonhomme, qui ambitionne de transformer son restaurant, situé à proximité de la côte... et de la frontière turque. Ce détail a son importance, puisque le gendre du restaurateur (un pauvre type dont s'est entichée sa crétine de fille) participe à des activités louches (trafic de cigarettes, de produits de contrefaçon... et de migrants). A travers les yeux de la poule, nous voyons l'animalité de certains humains. Certaines scènes sont dures...
Je n'en dirai guère plus, sinon pour souligner que j'ai pris une claque. J'étais parti pour une séance placée sous le signe d'un humour sortant des sentiers battus... mais c'est plus profond que cela, avec une belle relation homme-poule et l'idée qu'à la fin des fins, c'est la vie qui l'emporte.
C'est un film et un réalisateur à découvrir. Il serait bon d'ailleurs que l'on puisse accéder à ses précédentes œuvres, notamment à Hic, un polar rural qui fait intervenir... des cochons.
18:18 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
samedi, 06 juin 2026
Mata
Presque cinq ans après Mon Légionnaire, la réalisatrice Rachel Lang revient à ses amours militaires, mais, cette fois-ci, avec les services de renseignement au cœur de l'intrigue. La première séquence nous plonge dans une opération du service Action de la DGSE. Raphaël Personnaz et Eye Haïdara incarnent les deux agents, qu'on sent très proches. Je pense ne rien divulgâcher en ajoutant que la mission va foirer... et que ce sont les conséquences de cet échec qui occupent le reste de l'histoire.
Une bien belle distribution a été réunie. Autour des deux protagonistes, on croise Mélanie Laurent (brièvement), Hakim Jelimi Jemili, Joséphine Japy, Chloé Jouannet. Ça joue plutôt bien, y compris les figurants, quelques uns particulièrement inquiétants.
Le point faible est plutôt Eye Haïdara. Non qu'elle joue mal. Par son tempérament, elle est crédible en espionne... mais physiquement, il n'est pas vraisemblable qu'une telle brindille soit un agent de terrain (de surcroît dotée d'une telle coiffure). Ceci dit, la réalisatrice est habile : elle filme la comédienne plutôt en plan serré, ou en gros plan. Sinon, elle use habilement de la contre-plongée (sous différents angles), pour éviter de faire apparaître Mata trop petite ou trop fluette à côté de certaines grosses baraques. On ne la voit debout, de face, qu'à côté de personnages féminins.
Je pourrais ajouter la caractérisation du début, lorsque les deux agents sont au Maroc Niger : on insiste bien sur le fait que Mata rejette la féminité traditionnelle, qu'elle s'habille comme un mec... et que c'est son partenaire qui fait la lessive. (Je rassure les amateurs de glamour : plus tard dans l'histoire, on voit la jeune femme en habits de soirée.)
Ces réserves émises, on peut toutefois se plonger avec plaisir dans une intrigue complètement paranoïaque, qui fait intervenir divers services secrets, des djihadistes et une entreprise multinationale. C'est mystérieux à souhait... et bien filmé. J'aime la façon dont Rachel Lang construit ses plans, que ce soit dans le désert, à Paris, en Suisse (superbe séquence de carnaval), dans les locaux de la DGSE ou de la DGSI (le contre-espionnage français). On perçoit ici et là des références à d'autres films de genre. C'est prenant et, au final, j'ai plutôt aimé.
P.S.
Ceci constitue officiellement mon 4000e billet. Champagne !
10:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : cinéma, cinema, film, films
lundi, 25 mai 2026
Les Goûteuses d'Hitler
Le dictateur allemand vivait dans la crainte d'être assassiné. Les historiens estiment qu'il aurait échappé, au total, à une quarantaine de tentatives, les plus célèbres étant celle de Georg Elser et celle du colonel von Stauffenberg, déjà représentées au cinéma.
Voilà pourquoi, en 1943, en Prusse orientale, une équipe de jeunes Allemandes a été recrutée de force par la SS pour goûter les plats préparés pour les repas d'Hitler. Le film adapte le (passionnant) roman de Rosella Postorino, lui-même inspiré de la vie de Margot Wölk.
Sur la forme, le début ressemble un peu à une pièce de théâtre, avec ces femmes disposées de manière géométrique autour d'une grande table. Notons que, dans la réalité, elles étaient quinze, contre dix dans le roman, et sept ici, un choix qui se justifie peut-être par la volonté de concentrer l'intrigue sur un petit nombre de personnalités marquantes, l'effectif impair permettant de disposer les femmes en quinconce de part et d'autre de la table, ce qui ouvrait des perspectives à la mise en scène.
Le groupe est très disparate, avec des personnes âgées de dix-sept à quarante ans environ. Six des sept femmes sont ou ont été mariées, cinq ont eu au moins un enfant. L'héroïne, Rosa, est, avec Leni (la plus jeune), la seule à ne pas avoir accouché, son mari ayant été convoqué sous les drapeaux peu de temps après leur mariage.
Les opinions politiques des goûteuses sont variées. Une minorité est qualifiée d' « enragées », des nazies convaincues, qui gobent toute la propagande. Rosa se garde de le dire, mais sa famille est plutôt dans le camp opposé, même si elle évite toute attitude contestataire. Déjà qu'elle est perçue comme à part par les autres femmes (parce qu'elle n'est pas originaire de la région)... Celles-ci (filles de paysans, pour la plupart) la surnomment « la Berlinoise » (terme péjoratif, équivalent de la Parisienne, chez nous).
Une autre de ces femmes se détache : Elfriede, au caractère plus affirmé que Rosa, et qui cache aussi quelques secrets.
En gros, le scénario suit les deux tiers de l'intrigue du roman, en éliminant certains aspects annexes (comme la relation avec une baronne, proche du comte von Stauffenberg). J'ai été un peu déçu par l'adaptation, d'abord parce qu'elle évacue l'humour parfois caustique du roman, ensuite parce que l'aspect "goûteuse" de l'intrigue passe souvent au second plan. Il est surtout question des relations entre ces femmes, l'objectif du réalisateur étant, à mon avis, de mettre en valeur l'esprit de "sororité". Il en vient à négliger certains éléments du roman, qui auraient pourtant pu rendre son film plus intéressant. Alors que l’œuvre d'origine est assez crue, j'ai trouvé son adaptation un peu aseptisée.
Mais le film a le mérite de mettre au jour cette histoire incroyable, de surcroît bien portée par plusieurs interprètes, au premier rang desquels je place Elisa Schlott, qui incarne de manière convaincante une épouse esseulée, qui tente de survivre dans un monde d'hommes ultra-violents.
P.S.
Je n'ai pas aimé la fin, très différente de celle du roman (et de la réalité).
samedi, 23 mai 2026
The Mandalorian and... Grogu !
De la série dont est issu ce film, je ne connais que des extraits. Mais je suis un fan de longue date de l'univers Star Wars. Je fais donc sans doute partie du public cible de ce long-métrage, qui rassemble un public inter-générationnel : dans la salle (copieusement garnie) où je l'ai vu, cela allait de 7 à 77 ans. Étaient donc regroupés des enfants qui découvraient la saga au cinéma, mélangés avec de jeune adultes (qui ont sans doute vu la dernière trilogie) et d'autres plus âgés, assez en tout cas pour avoir vu en salles soit la prélogie, soit carrément les films originels.
Cela commence par une séquence endiablée, pleine d'action, qui met en situation le héros de l'histoire, le Mandalorien, un chasseur de primes de haut niveau, qui travaille pour le compte de la Nouvelle République... tout en prenant soin d'une étrange petite créature verte, le fameux Grogu, sorte de mini-Yoda, au langage balbutiant, mais dont on découvre au fil des aventures du duo qu'il possède un potentiel fabuleux.
Comment ne pas craquer pour ce bébé aux grandes oreilles ? Il est très bien animé et source de gags. En tant que bébé, il teste son environnement (touche des boutons qu'il ne faut pas toucher, mange des trucs pas toujours très sains...)... alors qu'il a cinquante balais ! Pour un individu de son espère (destiné à vivre des centaines voire des milliers d'années), c'est un total ridicule... mais il est tout de même plus âgé que son papa adoptif, un Mandalorien aussi habile à tuer ses adversaires qu'à protéger son "fiston". On comprend assez vite que l'intrigue a pour objectif de nous montrer qu'à un certains moments, les rôles peuvent s'inverser.
Sans être d'une extraordinaire virtuosité au niveau des effets spéciaux, c'est chouette à regarder, feuilletonnesque à souhait, avec plein de bébêtes plus ou moins grosses et plus ou moins méchantes.
Au titre des bonnes surprises, je relève l'introduction du fils de Jabba le Hutt, une grosse limace comme son père, mais qui rejette son héritage. Je trouve ce personnage bien construit, son histoire intéressante.
On a visiblement conçu le film pour le rendre familier aux fans de l'univers Star Wars, en particulier ceux de la première trilogie. Ainsi, la base de l'équipe de traqueurs de criminels impériaux fait penser à des lieux vus dans Un Nouvel Espoir ou Le Retour du Jedi... tout comme le combat final sur la planète des Hutt. Grogu lui-même, en plus de sa ressemblance physique avec Yoda, est un supplétif des droïdes R2-D2 et BB-8. Ses nouveaux amis, les petits mécaniciens, ont un air de famille avec les Ewoks... et leur animation rappelle bigrement le travail de feu Jim Henson (notamment sur Dark Crystal). Quant au Mandalorien, en tant qu'allié occasionnel, farouchement indépendant, de la République, il fait un peu penser au Han Solo des débuts... même si l'on ne voit quasiment jamais son visage (pour une raison particulière). Gros avantage pour la production : si, dans la version originale, le personnage a la voix de Pedro Pascal, dans la majorité des scènes, c'est un cascadeur qui porte le costume.
J'ai gardé quelques réserves pour la fin. Tout d'abord, je trouve que le film se conclut un peu rapidement et facilement, comme si l'on avait coupé des (morceaux de) scènes pour faciliter l'exploitation en salle. Cela nuit à la qualité du film, à mon avis. Je ne suis pas plus emballé que ça par la musique (les meilleurs morceaux étant proposés en accompagnement du générique de fin). Mais j'attends quand même la suite avec impatience... et je rêve d'un film ou d'une série qui raconterait la jeunesse de Yoda.
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jeudi, 21 mai 2026
L'Abandon
C'est l'histoire d'un mec... qui tentait de (bien) faire son boulot d'enseignant, honnêtement, respectueusement, discrètement. Samuel Paty pourrait correspondre au prof dont parle Jean-Jacques Goldman dans Il changeait la vie. Ce sont les derniers jours de la vie de cet homme que nous narre le film de Vincent Garenq, un réalisateur méticuleux auquel on doit (entre autres) L'Enquête et Présumé coupable.
Toutefois, même si ce long-métrage a l'apparence d'une reconstitution (s'appuyant notamment sur la belle incarnation d'Antoine Reinartz), c'est -je pense- d'abord un film à thèse, ce qu'indique le titre. Paty est mort assassiné par un fanatique musulman, mais, selon l'auteur, sa mort aurait pu être évitée... s'il avait été davantage soutenu.
La tableau brossé du fonctionnement du collège montre finalement peu de soutiens explicites au prof calomnié, le plus ferme venant de la (nouvelle) principale, très bien interprétée par Emmanuelle Bercot. Les profs sont divisés sur son cas, entre ceux qui ne partagent pas sa manière de procéder (et se taisent), ceux qui crèvent de trouille à l'idée d'être qualifiés d'islamophobes... et ceux qui sont prêts à exprimer publiquement leur opposition, au lieu de soutenir un collègue dont la vie quotidienne prend petit à petit la forme d'un chemin de croix. Ces aspects-là sont très bien mis en scène.
Au niveau de la forme, Garenq évite le spectaculaire et le sanguinolent, l'assassinat de l'enseignant n'étant que suggéré. Il donne leur chance à beaucoup de personnages, en particulier les jeunes... au point peut-être, de parfois sous-estimer leur part de responsabilité. Quant au meurtrier, son profil est juste effleuré. On a visiblement voulu éviter trop d'incarnation (et la possibilité d'identification)... mais cela nous prive d'une part de l'arrière-plan de cette affaire : l'arrivée en France de "faux réfugiés", des extrémistes religieux qui détestent l'Occident et encore plus la laïcité... et sont prêts à tuer pour cela.
Derrière les jolis portraits nuancés des familles, on sent la volonté de prôner le "vivre ensemble", en pointant une minorité de responsables : l'imam intégriste, le père complètement aveuglé... et l'emballement des réseaux sociaux.
Certains spectateurs trouveront sans doute aussi de l'intérêt dans la description (peu détaillée) des procédures de surveillance et de lutte contre l'islam radical, qui n'ont cependant pas fait le lien entre le jeune homme radicalisé et les menaces qui pesaient sur le prof de collège.
Paradoxalement, alors qu'il a pour sujet un drame horrible, ce film est assez doux, à la recherche sans doute de l'apaisement.
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mercredi, 13 mai 2026
The Criminals
Sorti au départ sous le titre Fuze, ce film d'action britannique a été curieusement rebaptisé pour le public français... qui n'a même pas eu droit à un titre dans la langue de Molière !
De prime abord, l'intrigue ne semble pas sortir des sentiers battus. Alors qu'en plein Londres, on découvre une bombe qui semble dater de la Seconde Guerre mondiale, un mystérieux groupe d'individus est sur le point de commettre un casse.
Le début, sous tension, est un mélange de Démineurs et de films de cambriolage présentant une équipe disparate de délinquants. Même si la production a pris soin d'inclure plusieurs personnages féminins affirmés (notamment la cheffe de la police locale, interprétée par Gugu Mbatha-Row, remarquée naguère dans Free State of Jones), on comprend très vite que c'est un "film de (grosses) burnes", celles des démineurs, celles de policiers... et celles de divers voyous, certains se tirant dans les pattes.
Du côté des messieurs, on a soigné le recrutement, avec Sam Worthington (plus intéressant que dans Avatar), Aaron Taylor-Johnson (dont la sortie de douche a fait se pâmer quelques dames dans la salle...) et Theo James. (Vu récemment dans The Monkey, il fut un temps pressenti pour incarner le nouveau James Bond... ce qui, à mon avis, aurait été un bon choix.)
C'est plutôt bien mené... à ceci près qu'au bout de vingt minutes environ, on sent qu'il y a anguille sous roche. On se dit que, soit le scénario est mal fichu, trop prévisible, soit on nous prépare des trucs pour la suite...
... et donc, oui, fort heureusement, il arrive des "trucs"... Plein de trucs. Le film d'action est nourri de nombreux rebondissements, certains très surprenants. Il faut vraiment attendre la toute fin pour connaître le fond de l'histoire, grâce à un retour en arrière.
Ce fut donc une bonne surprise pour moi, partagée par les autres spectateurs.
15:34 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
jeudi, 07 mai 2026
Mortal Kombat II
Mélangeant heroic fantasy et arts martiaux, ce film est la dernière adaptation d'un célèbre jeu vidéo, faisant suite à un long-métrage sorti directement en V.O.D en 2021. (Connaître quelques éléments de celui-ci peut aider à une bonne compréhension du volet II.)
La séquence introductive se déroule dans le passé. Elle permet de découvrir, enfant, le principal personnage féminin, une fille de roi qui va devenir bigrement dangereuse en combat rapproché. Vingt ans plus tard, adoptée et formée par l'assassin de son père, elle est l'un des représentants de son royaume, dans la série de combats mortels qui oppose l'Outremonde aux champions de la Terre.
L'un de ces champions ignore qu'il est destiné à jouer un tel rôle. Karl Urban cabotine à mort dans le rôle de Johnny Cage, acteur sur le retour, entre deux âges, qui semble voué à une élimination précoce (vu la faiblesse de ses pouvoirs spéciaux)... mais qui, curieusement, va jouer un rôle décisif dans cette intrigue. Bien que traité avec dérision, ce versant de l'histoire manque de crédibilité.
En revanche, les bastons sont correctement chorégraphiées et bénéficient d'un splendide écrin visuel. Cela m'a un peu rappelé l'habillage de Sin City.
On notera qu'une politique de quotas semble avoir été mise en œuvre au niveau de la distribution. On a veillé à équilibrer les protagonistes masculins et féminins et, de chaque côté, on note la présence de "Caucasiens", d'Afro-américains comme d'Asiatiques.
Si les rebondissements sont un peu téléphonés (la fin semblant même écrite d'avance), la manière dont les perdants des combats mortels sont exécutés ne manque pas de créativité (et de brutalité), la production n'ayant visiblement pas lésiné sur la sauce tomate.
Bref, c'est un bon spectacle, un peu bruyant, un peu crétin, mais divertissant.
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lundi, 27 avril 2026
Le Réveil de la momie
Ce film d'épouvante est interdit aux moins de seize ans, même accompagnés. Voilà de quoi attirer mon attention... et me garantir l'absence de public pubère dans la salle.
Toutefois, celles et ceux qui s'attendraient à une accumulation de tortures et autres dégueulasseries, pendant plus de deux heures, risquent d'être (un peu) déçus. L'auteur, Lee Cronin (un pro du film d'horreur), nous fait mariner pendant une grosse demi-heure. Il commence par nous allécher, avec une première séquence qui présente le Mal, à une époque ancienne, puis lance son intrigue avec la disparition de la gamine (en Égypte), qui est retrouvée dans la troisième séquence, dans des circonstances que je ne vais pas dévoiler.
La suite montre que le cinéaste s'inspire à la fois de grands anciens (par exemple, de L'Exorciste, mais pas de la meringue avec Tom Cruise, sortie il y a neuf ans), et de thématiques plus contemporaines, comme l'enlèvement d'enfants (avec une allusion à la pédophilie) ou la difficulté de certains parents à gérer leur progéniture devenue agressive. S'ajoutent à cela de bons effets spéciaux et un maquillage très réussi.
Cependant, la caractérisation des personnages est vraiment sommaire. La mère n'est au départ que douceur, amour et culpabilité, tandis que le papa rationalise, retenant l'expression de ses sentiments. La situation va avoir tendance à s'inverser dans la dernière partie de l'histoire.
Le retour au bercail de la gamine disparue (huit ans plus tard) marque le début du côté le plus gore du film. La famille, désormais installée aux États-Unis, a choisi de loger dans une grande vieille bicoque (avec plein de couloirs parallèles), au fin fond du Nouveau-Mexique, dans une région peuplée de chacals. Ambiance... Toutefois, les scènes chocs ne nous sont livrées qu'avec parcimonie. Cronin choisit de consacrer la majorité de la deuxième partie à une double enquête, en parallèle, celle menée aux États-Unis par le père de la gamine et celle menée principalement en Égypte par la policière entrevue au début, qui a pris du galon. Le personnage de cette policière courageuse, opiniâtre (et charmante, ce qui ne gâche rien) est une bonne surprise.
La troisième partie ravira les fans d'épouvante en tout genre. Les chevaux sont lâchés et je dois dire qu'une forme de créativité est à l’œuvre. C'est quand même limite n'importe quoi... mais, comme il y a une morale à la fin, je suis sorti de là plutôt content.
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samedi, 25 avril 2026
L'Enfant du désert
Au départ plutôt documentariste (par exemple, avec Le Premier Cri), Gilles de Maistre s'est ensuite spécialisé dans les fictions naturalistes, notamment celles faisant intervenir animaux et enfants. Celle qu'il nous propose aujourd'hui est inspirée d'une histoire vraie, au départ présentée comme un conte, narré par un grand-père à sa petite-fille.
Le début n'est pas très engageant. Il faut supporter une médiocre version doublée, le film ayant été tourné en anglais et en français. De plus, la séquence durant laquelle l'enfant est séparé de sa mère touareg est surlignée au possible, avec trop de pathos (et une maman nomade du désert que j'ai trouvée très maquillée).
Cela s'arrange quand apparaissent les animaux à l'écran. On va voir des scorpions, un vautour, un guépard, signe que le désert regorge de dangers, qui ne sont pas que climatiques. (Bon point pour le film.) Mais ceux qui crèvent l'écran sont le fennec et les autruches. Si le premier devient un peu trop facilement l'animal de compagnie de l'enfant perdu, les secondes vont l'intégrer progressivement à leur "tribu", le protéger, l'aider à se nourrir... C'est vachement bien fait. La mise en scène comme le montage sont efficaces... et ces autruches mériteraient un Oscar. (Félicitations aux comportementalistes animaliers.)
La deuxième partie commence par un coup de théâtre : l'histoire présentée jusqu'alors comme un conte s'est en fait bel et bien produite... et elle est quelque peu différente de ce qu'on a raconté à la jeune Occidentale, devenue écrivaine en herbe. (Elle est incarnée par la fille du réalisateur et de la scénariste... Quel plaisir de travailler en famille !)
On retrouve donc le gamin Hadara à un âge plus avancé. Il vit toujours avec les autruches, mais a appris à se débrouiller. Quand l'occasion se présente, il peut à son tour rendre service aux membres de son clan. Dans cette partie, le garçon entre en contact avec des humains (adultes) : des nomades mais aussi des Occidentaux, français (l'histoire d'origine se déroule durant la période coloniale) et états-uniens, ceux-ci interprétés de manière caricaturale (et mal doublés... ou alors c'est que les dialogues sont à chier). Kev Adams est chargé d'incarner un Français au départ auto-centré et plein d'illusions, qui va prendre la température du désert et apprendre à en respecter les habitants, humains comme animaux.
Je laisse à chacun(e) le plaisir (ou l'ennui) de découvrir comment tout cela se termine. C'est plein de bonnes intentions et plutôt destiné aux enfants. Mais le fennec est craquant et les autruches impressionnent.
18:48 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
vendredi, 24 avril 2026
Michael
La nouvelle dragée d'Antoine Fuqua (réalisateur, entre autres, des Equalizer) est un demi-biopic consacré au "roi de la pop", de son enfance (au début des années 1960) à l'émancipation définitive vis-à-vis de son père, au début des années 1990. On a reproché à ce film de passer sous silence les déviances intimes de Michael Jackson mais, à travers ce qu'il dit ou ne dit pas, il n'en demeure pas moins fort intéressant
Ainsi, l'enfance de la vedette est marquée à la fois par les prémices du succès, les méfaits de l'autoritarisme du père et la poussive sortie des États-Unis de la ségrégation. Né en Indiana, Michael ne l'a pas vraiment connue, mais il en a ressenti des effets secondaires, comme le fait qu'à leurs débuts, lui et ses frères se produisent devant un public exclusivement afro-américain... et il a fallu attendre le milieu des années 1980 pour que MTV diffuse massivement les clips vidéos des artistes "non-blancs". La chaîne de télévision en a d'ailleurs tiré profit : les œuvres de M. Jackson touchent un très large public, sans distinction d'âge, de sexe, d'ethnie ou de classe sociale. C'était aussi un bon produit de marketing, soutenu par une promo massive, développant des produits dérivés et organisant des concerts de masse.
Le film réussit à nous faire toucher du doigt les raisons de ce succès, à commencer par la multitude de talents (chant, danse, écriture, composition, chorégraphie...) de Michael, remarquablement interprété (jusque dans ses ambiguïtés) par... son neveu, Jaafar, fils de Jermaine. Celui-ci est assez peu présent dans l'histoire, peut-être parce que, contrairement à ses frères, il n'avait pas quitté la Motown pour rejoindre CBS-Epic. Les amateurs de (bonne) musique afro-américaine regretteront que l'importance de Berry Gordy (fondateur de la Motown) n'apparaisse pas suffisamment. Sur le plan historique, le film rend toutefois (un peu) justice aux femmes qui ont découvert et soutenu les Jackson 5 à leurs débuts : Suzanne de Passe et Gladys Knight. En revanche, la place de Diana Ross est clairement minimisée, le sort le moins favorable étant réservé la petite sœur, Janet, absente du film.
Du côté des parents, on appréciera la prestation de Colman Domingo, en père à la fois violent et soucieux de la réussite de tous les membres du clan. Le film ne mentionne pas réellement son passé de musicien (qui pourtant permet de mieux comprendre certaines scènes). Quant à la mère, qui fut une jeune chanteuse prometteuse, on la réduit au rôle d'épouse soumise.
Au niveau de la distribution, il ne faut pas oublier l'autre révélation de ce film. En effet, Michael est interprété par deux comédiens : son neveu Jaafar à l'âge adulte et l'inattendu Juliano Valdi durant l'enfance. J'ai trouvé le gamin extraordinaire, à la fois dans la représentation scénique et les moments familiaux.
Là où Fuqua réussit son coup, c'est au niveau de la musique et des scènes dansées. C'est efficacement mis en scène, avec un son excellent (dont il faut profiter dans une belle et grande salle de cinéma). On a bien entendu gardé la voix de Michael. A plusieurs reprises, durant la séance, j'ai eu des fourmis dans les jambes, comme lorsque j'ai vu EPiC (consacré à Elvis Presley). L'un des moments de bravoure est la gestation de l'album Thriller, jusque dans le tournage du clip (pour lequel Fuqua a recruté sa propre fille, dans le rôle de la petite-amie fictive du héros du court-métrage). Mon regret est qu'on n'ait pas abordé celui de Billie Jean (une petite merveille), alors que Beat it bénéficie lui d'un assez long traitement.
Celles et ceux qui ne connaissent pas grand chose de MJ apprendront qu'il était cinéphile, qu'il appréciait un tas d'artistes différents... et qu'il souffrait du vitiligo.
De surcroît, quand on analyse soigneusement certaines scènes, on découvre un sous-texte qui, s'il avait été développé, aurait pu faire de ce film un quasi-chef-d’œuvre : Michael Jackson n'a pas vraiment eu d'enfance. Traumatisé par un père tyrannique, il est rapidement passé du statut de gamin martyr à enfant-star. Cela l'a obligé à évoluer beaucoup plus rapidement que les garçons de son âge, tout en refoulant un tas de choses. Il était clairement immature sur le plan affectif, ce que montre son attachement au monde enfantin et sa relation avec les animaux, qu'on croirait tout droit sortie d'un film Disney (ancienne époque). C'était toutefois à l'origine un gentil garçon, pétri de talents, devenu un produit commercial hautement rentable... et mentalement très perturbé, ce que le film ne montre pas.
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dimanche, 19 avril 2026
Cocorico 2
Il y a deux ans, le premier volet avait réuni deux millions d'entrées en salles. Ce film-ci est moins bien parti. Il n'atteindra sans doute pas la moitié... et il est descendu par la critique... Mais c'était déjà le cas du premier volet. Du coup, en quête de comédie facile et de durée raisonnable (1h30 ici), j'ai tenté ma chance.
Le schéma narratif ressemble beaucoup à celui du premier film, dont il constitue pourtant la suite. On avait laissé les héros avec une révélation (mystérieuse) : l'origine de 85 % du patrimoine génétique de Frédéric Bouvier-Sauvage. A l'époque, j'avais émis deux hypothèses : une ascendance allemande ou nord-africaine. C'est finalement la Turquie qui a décroché le gros lot, Christian Clavier profitant de l'occasion pour incarner deux personnages (comme dans Le Million), le très suffisant Frédéric et son cousin Mehmet. Je ne vais pas en dire trop, mais sachez qu'à la fin de l'histoire, c'est au tour de Didier Bourdon de se dédoubler pour raisons familiales...
Les deux lascars en apprennent donc davantage sur leur ascendance... et les deux acteurs cabotinent toujours autant. C'est facile, mais je dois avouer une certaine faiblesse : leurs petites joutes verbales maintiennent agréablement l'attention... et leur passage au commissariat, un soir de cuite, réserve quelques surprises, comme ce "questionnaire de nationalité", dont je vous propose un extrait, qui intéressera particulièrement certains spectateurs :
- Préfecture du Cantal ?
- Aurillac ! (J'ai fait des plaques d'immatriculation.)
- Préfecture de l'Aveyron ?
- Rodez !
Les deux principaux personnages féminins sont plus intéressants, moins immatures. Sylvie Testud fait toujours preuve de beaucoup d'autodérision (quand on voit ce qu'on lui fait jouer). J'ai quand même trouvé cela too much, même si l'utilisation de son personnage, en introduction, est assez savoureuse. Marianne Denicourt est très bien et son personnage prend encore plus d'assurance que dans l'épisode précédent.
Il me faut toutefois reconnaître que, sur le fond, c'est doublement grotesque. On réduit la nationalité à un patrimoine génétique (même si c'est pour déconstruire ces fadaises) et les proportions dans l'ascendance du personnage de Frédéric sont invraisemblables (tout comme le fait d'avoir un cousin avec lequel il aurait 60 % d'ADN en commun). Si l'on est un tant soit peu pointilleux en matière scientifique, on trouvera cette histoire complètement débile. Sinon, on peut fermer les yeux et juste passer un petit moment agréable, qui ne restera pas dans les annales.
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Mauvaise Pioche
Gérard Jugnot s'inspire d'un aspect de l'Affaire Dupont de Ligonnès pour nous servir une (gentille) satire sociale, dans laquelle il pointe divers travers contemporains..
Les principaux éléments de l'intrigue sont à la fois légèrement déformés (sans doute pour éviter des poursuites judiciaires) et suffisamment clairs pour que l'on comprenne de quoi il s'agit. Dupont de Ligonnès devient Durand de Solilès, Nantes devient Brest, deux Labradors deviennent un Golden Retriever... Enfin, l'arrestation abusive en Écosse est déplacée en Italie, où le pauvre Serge Martin (décalque de Guy Joao) participait à la reconstitution d'une victoire napoléonienne (au lieu de rejoindre son épouse écossaise).
La première partie montre l'emballement médiatique, le manque de déontologie de certains policiers et certains journalistes. Jugnot évite de pointer Le Parisien (pourtant à la source de l'emballement), réservant ses principales flèches aux chaînes d'information, elles aussi à peine déguisées : DFM pour BFM, LVI pour LCI et surtout WeNews pour CNews, Reem Kherici incarnant avec une évidente gourmandise l'ambitieuse présentatrice Léa Paoli, sorte de mélange entre Christine Kelly et Léa Salamé.
La deuxième partie décrit le calvaire du héros, mis hors de cause par un test ADN, mais dont les ennuis ne font que commencer. C'est l'occasion pour le réalisateur de dénoncer aussi le comportement irresponsable des drogués du smartphone et la mentalité poisseuse de certains concitoyens de Serge Martin, qui ne savaient rien mais n'ont pas hésité à le dénigrer dans les médias.
Une impressionnante brochette de vedettes est venue faire de la figuration. La liste serait trop longue à donner ici, mais, globalement, je trouve qu'ils cachetonnent bien.
La troisième partie bifurque vers autre chose. Au départ, il m'a semblé que cela prenait un tour plus noir. (N'oublions pas que, dans la vraie vie, la victime de l'arrestation abusive n'a jamais reçu d'excuses ni de compensation et qu'elle est morte prématurément, à 71 ans, en 2021.) Et puis, tout à coup, on comprend que quelque chose se prépare... quelque chose de savoureux. C'est un peu irréaliste (et téléphoné), mais cela permet de conclure l'histoire de manière sympathique.
17:19 Publié dans Cinéma, Presse, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, médias, presse, journalisme, télévision, télé
Les Dimanches
Récemment récompensé aux Goya 2026, ce film espagnol s'inspire d'une histoire vraie, celle d'une lycéenne de dix-sept ans, qui annonce à sa famille vouloir effectuer une retraite spirituelle (dans un couvent), avant peut-être, sans doute, d'entrer dans les ordres.
Le contexte familial n'est pas neutre. Ainara (Blanca Soroa, remarquable) partage sa vie entre l'internat du lycée catholique où elle est scolarisée, l'appartement de son père et celui de sa grand-mère, à Bilbao. Il lui arrive aussi de séjourner chez sa tante. Celle-ci joue un peu le rôle de mère de substitution, la mère biologique étant décédée des années auparavant. Ainara ne semble pas apprécier la nouvelle compagne de son père et se sent plus à l'aise avec sa grand-mère qu'avec sa tante, qui n'a pas les mêmes opinions religieuses qu'elle.
Du coup, à l'instar des membres de la famille, on se demande d'où vient cette envie de prendre le voile. Ainara n'agirait-elle pas sur un coup de tête, suite à une déception sentimentale ? (Elle commençait à fréquenter un garçon de la chorale... qui n'est pas du genre monogame.) Est-elle tombée sous le charme du nouveau directeur de conscience du lycée, un jeune curé bien sous tout rapport ? N'est-elle pas plutôt sous l'emprise d'une des religieuses, dont le comportement pourrait s'apparenter à celui d'une membre d'une secte ? Ou alors, à travers cet étonnant projet, ne manifeste-t-elle pas une forme de rejet de sa famille, qui la déçoit ?
La mise en scène maintient longtemps l'incertitude concernant les motivations de la jeune femme. La caméra la suit sans la juger, tout comme elle suit le père (un restaurateur absorbé par son métier) et la tante (une ancienne élève du même établissement religieux, devenue athée et farouchement anticléricale).
Ainara ne nous est pas présentée comme une godiche coupée du monde réel. Elle aime le chant, qu'il soit profane ou religieux. Elle s'habille comme une adolescente de son époque (blue jeans et baskets, quand elle ne porte pas l'uniforme scolaire), utilise un smartphone, sort avec ses amis, boit (un peu) d'alcool.
Le film laisse sa chance à tous les personnages, qui ne sont pas limités à des caricatures. J'ai trouvé cela très intéressant. Sans être d'un style flamboyant, ce long-métrage sort de l'ordinaire. C'est une découverte à faire.
10:18 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 18 avril 2026
La Corde au cou
Cela faisait un bail que je n'avais pas vu un film de Gus Van Sant... précisément depuis 2013 et l'excellent Promised Land. Le sujet qu'il a choisi d'aborder ici m'était inconnu... et je n'ai pas cherché à m'informer davantage avant de voir La Corde au cou : je voulais préserver le plaisir de la découverte et me laisser libre de spéculer sur ce qu'il allait advenir du preneur d'otage et de son captif.
Dans le rôle du premier, Bill Skarsgård nous livre une performance de haut niveau. Après l'avoir vu notamment dans Piégé, Nosferatu... je crois pouvoir affirmer que ce gars-là peut tout jouer. Ici, il incarne un "petit Blanc", un type honnête et a priori pas méchant, qui se contente de sa vie modeste... jusqu'au jour où il se fait entuber, par une compagnie financière.
On retrouve la traditionnelle lutte du "pot de terre" contre le "pot de fer". De ce point de vue, le film n'innove guère... à ceci près qu'il ose montrer qu'en 1977, dans une grande ville comme Indianapolis, on pouvait être blanc et pauvre... et noir et riche (comme l'animateur radio, très bien interprété par Colman Domingo, que l'on va bientôt revoir dans la peau du père de Michael Jackson).
L'un des principaux intérêts du film est son ambiance seventies. C'est délicieusement rétro, avec les voitures, vêtements, coupes de cheveux, meubles de cette époque... et de la (très) bonne musique afro-américaine. (C'était avant le rap...)
La prise d'otage est montrée en deux temps : d'abord au siège de la compagnie financière, puis au domicile du "héros", où cela devient plus intéressant, les statuts des deux hommes (le grugé devenu prédateur et le président de la boîte devenu victime) étant inversés. Dans le rôle du PDG, Dacre Montgomery fait correctement le job mais, au bout d'un moment, cela tourne un peu en rond, d'autant que l'apparition d'Al Pacino (le père du PDG, responsable des magouilles) ne provoque pas d'étincelles.
Fort heureusement, la fin réserve quelques surprises. Je conseille de rester pendant le générique, qui est entrecoupé d'images d'archives.
C'est pour moi un bon film, mais ne vous attendez pas à un chef-d’œuvre : il nous a été un poil survendu.
20:38 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
vendredi, 17 avril 2026
Bagarre
Naim est un gentil jeune homme, pas très fût-fût, victime de sa copine, qui l'expulse de son propre appartement, de son ancien patron, qui le traitait plus bas que terre en "oubliant" de surcroît de le payer... et de son nouvel employeur, qui veut profiter de ses talents sans bourse délier. Pourtant, le garçon aurait les moyens de se faire respecter : gaulé comme un dieu, c'est un as du combat rapproché... mais il privilégie la non-violence... sauf quand une femme ou un ami proche se fait agresser. Là, il se transforme en distributeur de branlées, pour notre plus grand plaisir.
Le héros est incarné par Nassim Lyes (coscénariste du film), un bogosse plein d'autodérision. Son personnage attire la sympathie... et l'on attend aussi impatiemment les moments où il va se mettre en colère, tant les scènes de baston sont bien chorégraphiées, par Julien Royal (fils de Ségolène et de François).
Tournée à Marseille, cette pochade aux dialogues colorés est bourrée de galéjades et de personnages truculents, souvent interprétés par de prestigieux invités : Audrey Lamy (la copine vulgos et sans-gêne), Marina Foïs (la véto sans scrupule... et un peu raciste sur les bords), Manon Azem (la cliente pulpeuse), Hakim Jemili (le nouveau petit copain de son ex), Hedi Bouchenafa (le pote pas doué du tout pour la baston), Ramzy (en patron faussement prévenant, manipulateur) et Arriles Amrani (son larbin, un peu crétin sur les bords).
"Allô Bagarre" est le nom d'une entreprise très particulière, qui loue les services de ses gros bras à des clients dans le pétrin. C'est invraisemblable, parfois débile, mais l'on passe un bon moment, si l'on aime voir des abrutis se faire démonter la gueule sur grand écran.
Sur le fond, le film dénonce le racisme et les violences faites aux femmes, tout en prônant le dialogue pour régler les conflits (un paradoxe, quand on constate ce qui est mis en scène... avec un certain brio). Il y a bien quelques faiblesses (dont une regrettable tendance à utiliser des hommes blancs pour incarner les méchants de l'histoire), mais l'on peut sans gêne s'offrir ce petit plaisir coupable du mois d'avril.
21:28 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films


