dimanche, 13 septembre 2026
Le Bon, la brute et... le cinglé
Dans cet été qui ne finit pas, les bonnes surprises se succèdent, plutôt du côté des rééditions. Ainsi, alors qu'au mois d'août nous avons eu droit à la version restaurée du film de Sergio Leone, voici que redébarque sur nos écrans son adaptation (un brin parodique) sud-coréenne, initialement sortie en 2008.
A l'époque, je ne l'avais pas chroniquée. D'après ce que je me rappelle, j'avais été plutôt déçu par la projection, considérant que, même si le film n'était pas sans qualité, il était loin d'égaler son modèle. La critique nous l'avait un peu survendu.
Mais, récemment, mû par la curiosité (et pas franchement emballé par le florilège déprimant qui nous est servi en cette rentrée), j'ai retenté ma chance... et je ne l'ai pas regretté.
Certes, dès le début, j'ai retrouvé cette volonté, de la part du réalisateur (Kim Jee-Woon, auquel on doit, entre autres, A Bittersweet Life et Ça tourne à Séoul !), d'imposer un rythme trépidant, grâce notamment à un montage particulièrement haché. Mais, presque vingt ans plus tard, alors que nombre de cinéastes ont cédé à la tentation du plan-seconde, cette frénésie apparaît toute relative...
... et elle éloigne Kim de son modèle. En effet, Sergio Leone, lui, était capable de construire de magnifiques plans-séquences, parfois sans le moindre dialogue. Ici, on a droit qu'à quelques panoramiques.
Du côté des personnages principaux, c'est encore plus caricatural que chez Leone. Le Bon est un joli jeune homme du genre taiseux (et qui fume), mais l'acteur qui l'interprète n'a pas le charisme de Clint. La Brute semble tout droit sorti d'un défilé de mode. Il est abominablement cruel, sans le moindre scrupule. C'est déjà ça. (Comme à celui qui est incarné par Lee Van Cleef, il manque un morceau de doigt. Leone n'a pas fait grand chose de cette particularité physique -méconnue- de son acteur, alors que Kim a construit un arc narratif autour.)
Le véritable héros est le Cinglé, personnage de prime abord comique, auquel le public est censé davantage adhérer. La version sud-coréenne développe différents aspects de sa personnalité, qui détourne un peu l'histoire de son modèle italo-états-unien. Ce n'est pas mal du tout.
Une autre originalité de ce film-ci est son contexte historico-géographique. Au public occidental de base, il apparaîtra aussi nébuleux que peut l'être la Guerre de Sécession aux yeux d'un Coréen.
Le far-west asiatique est la Mandchourie (devenue le Mandchoukuo), un territoire objet de multiples convoitises : russe, chinoise, mongole, coréenne... et japonaise. Dans les années 1930 (avant même le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale), l'armée du Pays du soleil levant impose peu à peu sa domination, entraînant à sa suite une foule de Coréens, issus d'un territoire qui est à l'époque une colonie japonaise.
Voilà pourquoi dans ce film le "trésor" pour lequel tant d'hommes sont prêts à s'entretuer est convoité par une tribu mandchoue, un gang coréen, les Chinois (ceux de Tchang Kaï-chek), un vieux collabo coréen, l'armée japonaise, nos trois héros... et les indépendantistes coréens, qui estiment que ce "trésor" pourrait faire basculer la guerre.
On découvre le fin mot de l'histoire au cours de la reprise du "duel à trois". Elle est plus brouillonne que chez Leone, mais elle réserve de belles surprises.
21:22 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire


