vendredi, 07 août 2026
Giscard au Musée Fenaille
J'ai récemment ressenti une drôle d'impression, en déambulant dans la dernière exposition temporaire du musée archéologique ruthénois, « La sculpture en Rouergue à la fin du Moyen-Age » (visible jusqu'au 22 novembre 2026).
Non, je n'ai pas croisé le fantôme de l'ancien président de la République (1974-1981), décédé en 2020. Cependant, au détour d'une salle, je suis tombé sur une sculpture (du XIVe siècle) qui a, je trouve, un petit air de ressemblance avec Valéry Giscard d'Estaing, tel qu'il était dans les années 1970-1980 :
Ladite sculpture faisait partie des réserves du musée, où elle était entreposée depuis une quarantaine d'années... soit depuis le premier septennat de François Mitterrand, qui avait battu VGE en 1981. Serait-ce une coïncidence ?
Quant à la ressemblance, ne serait-elle pas due à un lien familial ? La sculpture pourrait s'inspirer d'une personnalité rouergate du Moyen-Age, dont VGE serait un (très) lointain descendant... Rappelons que les membres de la famille Giscard (le père et l'oncle du futur président) ont obtenu, dans l'Entre-deux-guerres, de pouvoir ajouter la particule "d'Estaing" à leur nom, en prétendant descendre (de manière un peu détournée...) d'une cousine de l'amiral d'Estaing, dernier héritier mâle (légitime) de la lignée, qui fut guillotiné en 1794... (La commune d'Estaing se trouve dans l'Aveyron, à 30-40 minutes de route, au nord de Rodez.)
La réponse à ces palpitantes questions se trouve peut-être dans le descriptif de la statue, dont je peux vous dire qu'elle "trône" et qu'elle est accompagnée de deux animaux... Il faut aller au musée pour en avoir le cœur net !
Cette exposition est étonnante. Elle est composée en grande partie de "reliquats", de pièces rapportées. Soit elles avaient été soustraites à la vue du public (l'une d'entre elles était même dissimulée derrière un mur de briques, dans l'église Saint-Amans, dont ce n'est pas le seul secret...). Soit elles sont incomplètes (voire sont des fragments), victimes des affres du temps... ou de la violence révolutionnaire, qui a fait bien des dégâts, entre 1789 et 1795...
J'ai été ému par ces fragments de mains, exposés dans une vitrine du début de l'exposition. Ils font partie d'éléments retrouvés à l'occasion de travaux ou de fouilles, dans la cathédrale de Rodez, à la fin du XXe ou au début du XXIe siècle. Bien entendu, à l'origine, ces mains faisaient partie de corps sculptés. Mais les voir ainsi présentés, tels des membres amputés, a quelque chose de troublant.
Dans le florilège des pièces (presque) complètes, les figures féminines sont très présentes. Sans surprise, c'est la Vierge Marie que l'on rencontre le plus souvent, soit seule, soit dans un groupe, soit en compagnie de l'enfant Jésus. L'une des plus belles sculptures (en albâtre, datant du XIVe siècle) la montre avec l'enfant debout (sur son genou gauche), une rareté.
Mon coup de cœur va toutefois à une autre œuvre, une représentation de Sainte Foy datant du XVe siècle, extraite du Trésor de l'abbaye de Conques :
Le bois est recouvert d'argent. Admirez la finesse des traits, la précision des détails. Couronnée, la sainte tient dans sa main droite les instruments de son martyre (le gril et l'épée).
Une autre belle pièce risque d'attirer vos regards : un haut-relief représentant la descente de Jésus aux Limbes :
La gueule du Léviathan n'est pas sans rappeler celle qui figure sur le (magnifique) tympan de l'église abbatiale de Conques :
La différence est qu'à Conques, les démons font entrer les pécheurs en Enfer, tandis que Jésus essaie de sortir certains "élus" des Limbes.
Du côté masculin, outre le Christ, on croise à plusieurs reprises Saint Antoine, souvent accompagné d'un animal, sans doute un cochon... mais, si vous vous rendez sur place, vous réaliserez que l'identification n'est pas toujours évidente.
Très anciennes et dégradées par le temps ou la bêtise humaine, ces œuvres ont bénéficié de restaurations, dont les techniques sont expliquées par divers panneaux et vidéos. Située en sous-sol (la partie la plus fraîche du musée), cette expo mérite vraiment le détour.
12:28 Publié dans Aveyron, mon amour, Histoire, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, culture, art, occitanie, scultpure, exposition, religion
jeudi, 06 août 2026
Délice de cathédrale
Cette année, Rodez célèbre le 500e anniversaire de la reconstruction du clocher de sa cathédrale, achevée en 1526. (En réalité, il s'agissait d'une re-reconstruction, puisque si la dernière église romane avait été partiellement détruite en 1276, le premier clocher du nouvel édifice gothique s'était à son tour effondré en 1510, à cause d'un incendie provoqué par la négligence de certains ouvriers.)
Bref, la commune de Rodez fourmille d'activités diverses... et, parfois, certains commerçants ont le nez creux. Il y a quelques mois de cela, j'avais remarqué un étrange objet, dans la devanture d'une boutique de chocolat située rue Neuve, dans la vieille ville (derrière la cathédrale) :
Attention, il ne s'agit pas d'un simple carré de chocolat, mais d'une plaque entière, d'un peu moins de 17 centimètres de côté. Elle s'inspire évidemment de la façade ouest de la cathédrale, celle qui donne sur la place d'Armes :
Aux amateurs, je signale que l'objet est composé de deux catégories de chocolat : noir et au lait, afin de satisfaire tous les goûts... et je confirme le pertinence du choix : lorsque j'ai apporté un exemplaire de la chose pour un repas en petit comité, les morfales n'en ont pas laissé une miette !
23:40 Publié dans Aveyron, mon amour, Shopping, Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : historie, actualite, actualité, actu, actualites, actualités, occitanie
Chirac à Conques
C'est l'une des surprises qui attend les touristes et les pèlerins qui débarquent dans le (splendide) village médiéval aveyronnais : la présence, en deux endroits, du nom de l'ancien président de la République, qui fut aussi maire de Paris... et député de la rurale Corrèze, pas si éloignée que cela de l'Aveyron. Se pourrait-il qu'il y ait un lien ?
- Ce n'est même pas nécessaire ! me répliquerait l'un de mes amis qui, il y a quelques années, a découvert qu'on avait donné le nom de l'ancien président à un lycée agricole rouergat... avec lequel il n'a sans doute jamais entretenu la moindre relation.
La première mention du nom Chirac figure sur une place ombragée, entre le nouvel office tourisme (déplacé, rénové, très bien aménagé) et la célèbre église abbatiale. Vacanciers et pèlerins y profitent d'un moment de fraîcheur, parfois y pique-niquent, à proximité d'un surprenant panneau :
Cette pause salutaire est aussi l'occasion de découvrir qu'il ne s'agit pas de Jacques, mais de Pierre Chirac, né à Conques en 1657, mort en 1732. Ce médecin talentueux, qui a principalement vécu sous le règne de Louis XIV, a accompagné les troupes françaises, soigné le futur Régent et géré le Jardin des Plantes, avant d'obtenir son bâton de maréchal : l'anoblissement et la fonction de premier médecin du roi (Louis XV). Le nom Chirac ne s'est pas transmis par sa descendance.
L'autre Chirac de Conques se découvre à l'intérieur du Musée Joseph Fau, situé dans une ancienne maison de chanoine. J'en recommande la visite guidée, ses collections, en apparence anodines, révélant toute leur richesse grâce aux commentaires de la guide.
L'objet ci-dessus est un... pied de lit, résultat sans doute du réemploi d'un objet liturgique. (Il se trouve au premier étage du musée.) Il est bien au nom d'un Chirac, mais pas Pierre, ni Jacques : le prénom suggéré par la forme raccourcie GME est Guillaume. Ce Guillaume Chirac (peut-être apparenté à Pierre, sans être son père, qui se prénommait Jean ou Jehan) était un menuisier réputé.
Quant au nom Chirac, on le rencontre aussi en Auvergne et en Lozère. Il est vain de chercher une origine aveyronnaise à l'ancien président de la République.
Le Musée Fau lui recèle d'autres trésors, que l'on peut découvrir notamment au sous-sol ou au rez-de-chaussée (où il fait relativement frais). Je n'en citerai qu'un : une sculpture de sainte Foy :
La présence du socle (qui n'est sans doute pas d'origine) indique que la statue se trouvait auparavant dans un tout autre contexte. On découvre celui-ci en observant attentivement une très ancienne gravure (datant des années 1830), qui figure en général parmi les documents que les guides de Conques commentent au cours de l'une des visites.
La statue se trouvait à l'entrée de l'église abbatiale, sous le tympan sculpté, entre les portes d'entrée et de sortie. (A toutes fins utiles, j'ajoute qu'il convient de ne pas confondre cette statue avec le célèbre reliquaire de sainte Foy, qui est exposé dans la salle du trésor, une autre visite qui s'impose en cas de passage à Conques.)
21:01 Publié dans Aveyron, mon amour, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, occitanie, france
lundi, 03 août 2026
The Ugly
Moins de deux mois après la sortie du décevant Colony, Sang Ho-Yeon est de retour sur nos écrans avec un film plus intimiste, mais qui traite un peu la même thématique, celle de la monstruosité (ou de la laideur) : est-elle plus externe qu'interne ? Ici, les zombies infectés sont remplacés par un artisan aveugle et son épouse, à laquelle les habitants du quartier donnaient un surnom infamant, en raison de son visage (supposé) disgracieux.
Tout commence, de nos jours, par le tournage d'un reportage. Les journalistes s'intéressent à un graveur de sceaux, réputé pour son travail de qualité... alors qu'il est aveugle de naissance ! De surcroît, il a élevé seul son fils unique (qui l'épaule à l'atelier), à partir de la disparition de son épouse, il y a quarante ans.
La découverte des ossements d'une jeune femme, dans le bois jouxtant la ville, réoriente le reportage. Les journalistes cherchent désormais à en savoir plus sur l'épouse. Leur enquête prend la forme d'une série d'entretiens : avec d'anciens collègues de travail, avec l'ancienne supérieure hiérarchique de la jeune femme, avec l'ancien patron de l'atelier de couture où elle travaillait. Ces entretiens sont des prétextes à retours en arrière, qui nous plongent dans la Corée du Sud des années 1970-1980, en pleine croissance économique. (Ce furent un peu ses "trente glorieuses".)
Très vite, il apparait que la jeune femme a été assassinée, à l'époque, et que son corps a été enseveli. Les suspects ne manquent pas, à commencer par les membres de la famille. Les obsèques sont l'occasion de rencontrer les deux sœurs de la défunte (et le fils de l'une d'entre elles). Celle-ci était brouillée avec sa famille d'origine... Cela ne pourrait-il pas constituer un mobile de meurtre ? On est aussi intrigué par l'attitude du veuf, qui ne semble pas si éploré que cela. Mais c'est peut-être dû à son tempérament, ou à l'usure du temps. Ceci dit, la séquence "familiale" mérite à elle seule le détour, tant elle sort du cadre des convenances.
D'autre suspects plausibles émergent au fur et à mesure des rencontres menées par la journaliste et le fils du graveur. Lui cherche à mieux connaître sa défunte mère, maintenant qu'il sait qu'elle ne l'a pas abandonné. De son côté, la jeune journaliste se prend de passion pour ce sujet et pour cette femme victime à la fois d'un acte de violence et des préjugés sociétaux : elle a été mise à l'écart et dénigrée à cause de sa laideur.
Ainsi, l'ancienne supérieure hiérarchique pourrait avoir eu envie de se venger d'elle, pour une raison que je ne révèlerai pas. Le patron de l'atelier avait aussi un bon mobile, puisque son employée s'était mise à dénoncer publiquement son comportement déplacé. Complètent la liste des suspects une bande de voyous locaux (souvent employés pour "faire le ménage") et le bras droit du patron indélicat, dont l'autorité (et l'emploi) était menacée par l'attitude de l'ouvrière.
Le mystère est longtemps maintenu, la solution émergeant lors de la visite d'un taudis, dont les murs sont tapissés de vieilles photographies, parmi lesquelles, qui sait, se trouve peut-être celle de la décédée. Durant tout le film, l'actrice qui l'incarne est, soit cadrée bas (sous la tête), soit filmée de dos, ou en gros plan, mais la majorité du visage dissimulée derrière ses longs cheveux noirs.
Même si la fin m'a un peu déçu, j'ai trouvé le film très prenant, avec un bel hommage rendu au travail manuel, aux "gens de peu", et une solide dénonciation des préjugés basés sur le physique.
Pour expliquer les quelques réserves que j'ai à l'égard de ce film, je suis obligé de dévoiler certains détails... Du coup,
ATTENTION
DIVULGÂCHAGES !
Ce n'est qu'à la toute fin de l'histoire que l'on découvre le visage de Jeong Yeong-he, sur une photographie dénichée par la journaliste... et là, stupeur, on découvre qu'elle avait un physique assez ordinaire, ni beau ni horrible. La jeune femme avait le teint un peu mat, des traits pas très fins, mais j'ai du mal à comprendre ce qui pouvait justifier qu'on la qualifie de "mocheté" voire de monstre. Bien des personnes qui, dans le film, se moquent d'elle, ne sont pas plus jolies.
15:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 02 août 2026
I want your sex
Jusqu'à il y a peu, cette phrase n'évoquait pour moi qu'une (médiocre) chanson de (feu) George Michael. On ne l'entend d'ailleurs pas dans le dernier long-métrage de Gregg Araki, une vieille connaissance des cinéphiles amateurs de films "indé" américains. Jadis, je me suis risqué à voir The Doom Generation, Nowhere, Mysterious Skin, Smiley Face. Je me suis arrêté à Kaboom, en 2010.
J'ai retenté ma chance en raison de la présence au générique de la délicieuse Olivia Wilde, ex-"Numéro Treize" (Thirteen) dans Dr House, et qui, il y a quatre ans, s'est révélée très habile derrière la caméra avec Don't worry darling. Ici, elle incarne Erika Tracy, une artiste performeuse provocante, manipulatrice et nymphomane, qui met ses expériences sexuelles au service de son art... à moins que ce ne soit l'inverse. Les incroyables tenues qu'Araki fait porter à l'actrice ne permettent pas d'ignorer qu'à plus de quarante balais, elle est mieux gaulée qu'une étudiante anorexique. (Paradoxalement, c'est quand, vers la fin, on la voit nettement plus habillée, "en civile", qu'elle est la plus séduisante.)
L'autre protagoniste de cette histoire de domination et de désir est Elliot Bell, un jeune homme ordinaire, pas particulièrement beau, pas franchement intelligent, ni cultivé, ni doué pour faire rire autrui. En revanche, il fantasme comme un malade sur Erika... et, surtout, il est prêt à se soumettre au moindre de ses caprices. Nous voilà embarqués dans un maelstrom de sexe, drogues, alcools et musique tapageuse. Le problème est qu'on se demande ce que la ravissante dominatrice peut bien trouver à ce type quelconque, à part le fait d'en faire son esclave. La réponse finira par surgir... mais les spectateurs un tant soit peu futés auront deviné depuis un petit moment déjà.
Olivia Wilde a visiblement pris beaucoup de plaisir à interpréter cette maîtresse-femme. Son principal partenaire fait le job... à moins qu'il n'ait pas eu besoin de faire d'effort pour être crédible en ancien puceau toujours coincé, une grosse feignasse sans guère d'ambition dans la vie. (Il est incarné par Cooper Hoffman, fils de Philip Seymour.) Un autre acteur m'a davantage marqué : Mason Gooding (fils de Cuba Gooding Jr... purée, aux States, ils font comme en France !). Il joue (avec conviction) Zap, un homo très actif sexuellement, très musclé, qu'on croirait sorti du tournage de Jim Queen !
C'est donc assez caricatural, sans l'humour salvateur (pas forcément subtil) qui marquait les anciens films d'Araki. Sur le fond, son propos n'a plus rien de révolutionnaire. Même si une forme de puritanisme ressurgit de nos jours dans certains pays occidentaux, les modes de vie des habitants des pays libres subissent bien moins de contraintes qu'autrefois... contrairement à ce qu'on peut observer dans d'autres contrées, soumises à la férule archaïque des religieux.
Il reste un portrait au vitriol du monde de l'art contemporain. Là, c'est savoureux et l'on retrouve la verve d'Araki. Mais l'histoire de cul est presque plus ennuyeuse qu'autre chose.
01:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films














