lundi, 06 avril 2026
David
Ce film d'animation exploite un matériau biblique, celui des Livres de Samuel (figurant dans l'Ancien Testament). Il raconte l'ascension d'un jeune berger juif, qui se révéla d'abord par un exploit réalisé contre les Philistins, puis sa rivalité avec le roi Saül.
L'intrigue prend à la fois la forme du conte pour enfant et du récit mystique. La jeunesse de David est dépeinte comme celle de beaucoup de personnes issues de milieux modestes. Il vient d'une famille nombreuse et garde le troupeau de moutons en pâture, le protégeant des attaques de prédateurs. Les animaux sont représentés un peu comme dans les anciens films de chez Disney. Ils ne parlent pas mais sont très expressifs (avec de grands yeux). David est très proche d'eux... y compris des prédateurs. On peut le voir comme un personnage en harmonie avec la nature... ou avec toutes les créatures de Dieu.
C'est l'autre versant de l'intrigue : la foi du personnage principal, qui le conduit à "soulever des montagnes". Pour les non-croyants, je précise qu'il n'y a pas vraiment d'intervention divine dans le film. Ce sont les personnages les plus croyants qui réalisent des exploits. C'est une version religieuse du "croire en soi" qui est tant utilisé dans les fictions.
On suit donc un nouveau "petit gars de la base" (peut-être le premier, en fait), qui va connaître un destin exceptionnel. L'épisode de la lutte contre les Philistins est attendu, pour l'affrontement entre David et Goliath, mis en scène avec une part de cocasserie. Plus tendue est la rivalité avec Saül, le roi des Hébreux, symbole d'un pouvoir corrompu, devenu tyrannique et sanguinaire, qui pourrait mener son peuple à la catastrophe. (Certains y voient une critique à peine voilée du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.)
Il convient de signaler que ce film est une production d'Angel Studios, société à laquelle on doit le controversé Sound of Freedom et la série (christique) The Chosen. On ne s'étonnera donc pas qu'à un moment de l'histoire, David, fait prisonnier, soit attaché de manière à se retrouver quasiment en croix. Rappelons que la tradition le fait naître à Bethléem... tout comme Jésus. Les Évangiles ont été écrits de manière à présenter celui-ci comme un lointain successeur de David.
Mais l'on peut regarder cette histoire comme l'illustration de mythes (plus ou moins fondés), avec une bonne qualité d'animation... et des chansons (façon Disney), dont le film aurait toutefois pu se passer.
11:04 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
David
Ce film d'animation exploite un matériau biblique, celui des Livres de Samuel (figurant dans l'Ancien Testament). Il raconte l'ascension d'un jeune berger juif, qui se révéla d'abord par un exploit réalisé contre les Philistins, puis sa rivalité avec le roi Saül.
L'intrigue prend à la fois la forme du conte pour enfant et du récit mystique. La jeunesse de David est dépeinte comme celle de beaucoup de personnes issues de milieux modestes. Il vient d'une famille nombreuse et garde le troupeau de moutons en pâture, le protégeant des attaques de prédateurs. Les animaux sont représentés un peu comme dans les anciens films de chez Disney. Ils ne parlent pas mais sont très expressifs (avec de grands yeux). David est très proche d'eux... y compris des prédateurs. On peut le voir comme un personnage en harmonie avec la nature... ou avec toutes les créatures de Dieu.
C'est l'autre versant de l'intrigue : la foi du personnage principal, qui le conduit à "soulever des montagnes". Pour les non-croyants, je précise qu'il n'y a pas vraiment d'intervention divine dans le film. Ce sont les personnages les plus croyants qui réalisent des exploits. C'est une version religieuse du "croire en soi" qui est tant utilisé dans les fictions.
On suit donc un nouveau "petit gars de la base" (peut-être le premier, en fait), qui va connaître un destin exceptionnel. L'épisode de la lutte contre les Philistins est attendu, pour l'affrontement entre David et Goliath, mis en scène avec une part de cocasserie. Plus tendue est la rivalité avec Saül, le roi des Hébreux, symbole d'un pouvoir corrompu, devenu tyrannique et sanguinaire, qui pourrait mener son peuple à la catastrophe. (Certains y voient une critique à peine voilée du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.)
Il convient de signaler que ce film est une production d'Angel Studios, société à laquelle on doit le controversé Sound of Freedom et la série (christique) The Chosen. On ne s'étonnera donc pas qu'à un moment de l'histoire, David, fait prisonnier, soit attaché de manière à se retrouver quasiment en croix. Rappelons que la tradition le fait naître à Bethléem... tout comme Jésus. Les Évangiles ont été écrits de manière à présenter celui-ci comme un lointain successeur de David.
Mais l'on peut regarder cette histoire comme l'illustration de mythes (plus ou moins fondés), avec une bonne qualité d'animation... et des chansons (façon Disney), dont le film aurait toutefois pu se passer.
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dimanche, 05 avril 2026
Projet dernière chance
Ce film d'anticipation présente une Terre menacée par le changement climatique une météorite une invasion extraterrestre une gigantesque épidémie de dysenterie la baisse d'activité du soleil, liée à l'action de bactéries. Une expédition-suicide est envoyée aux confins de la galaxie là où, peut-être, se trouve la solution.
L'histoire commence avec le réveil du héros, Ryland Grace, placé en coma artificiel pour supporter le voyage. Il découvre qu'il est le seul survivant de l'expédition et peine à retrouver ses esprits : quel est le but exact de sa mission et pourquoi en fait-l partie ? Les souvenirs qui lui reviennent par bribes nous sont proposés sous la forme de retours en arrière. Heureusement qu'il y a ces moments, parce qu'à l'image de Ryland dans le vaisseau, on s'emmerde un peu pendant cette première partie. Les séquences les plus intéressantes sont celles qui voient le scientifique expérimenter dans son labo terrestre, puis débarquer sur un gigantesque porte-avion, refuge des meilleurs chercheurs de la planète.
C'est donc bourré d'humour, conforme à la "patte" des réalisateurs, Phil Lord et Christopher Miller, auxquels on doit, entre autres, La Grande Aventure Lego. Cet humour a toutefois ses limites : au bout d'un moment, j'en ai eu un peu marre des maladresses répétées de Ryland, censées être attendrissantes. On a bien compris que l'humain complètement perdu du début allait peu à peu se transformer en véritable héros, mais, vu de mon siège, ce fut long à venir.
Fort heureusement, le docteur Grace fait la connaissance d'une araignée-rocher tout aussi isolée que lui, sur son propre vaisseau. Il la (ou plutôt le : c'est un mâle) baptise Rocky. Les deux êtres vont se découvrir, apprendre à communiquer, se connaître, s'apprécier... au point de cohabiter. La limite est qu'ils ne peuvent vivre dans la même atmosphère. C'est bien foutu sur le plan technique (tout comme les scènes spatiales d'ailleurs) et, peu à peu, l'émotion nous gagne devant cette amitié grandissante, soumise aux aléas du grand vide intersidéral.
Les vieux cinéphiles percevront quantité de références, à 2001 L'Odyssée de l'espace, Seul sur Mars, E.T., Mission to Mars, Interstellar... Le matériau n'est donc pas de première fraîcheur mais, franchement, cette histoire d'amitié emporte le morceau. Ryan Gosling, Sandra Hüller et l'animal virtuel sont très bien. C'est un peu long à mon goût (avec parfois, une musique trop présente), mais l'on passe un bon moment.
09:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Projet dernière chance
Ce film d'anticipation présente une Terre menacée par le changement climatique une météorite une invasion extraterrestre une gigantesque épidémie de dysenterie la baisse d'activité du soleil, liée à l'action de bactéries. Une expédition-suicide est envoyée aux confins de la galaxie là où, peut-être, se trouve la solution.
L'histoire commence avec le réveil du héros, Ryland Grace, placé en coma artificiel pour supporter le voyage. Il découvre qu'il est le seul survivant de l'expédition et peine à retrouver ses esprits : quel est le but exact de sa mission et pourquoi en fait-l partie ? Les souvenirs qui lui reviennent par bribes nous sont proposés sous la forme de retours en arrière. Heureusement qu'il y a ces moments, parce qu'à l'image de Ryland dans le vaisseau, on s'emmerde un peu pendant cette première partie. Les séquences les plus intéressantes sont celles qui voient le scientifique expérimenter dans son labo terrestre, puis débarquer sur un gigantesque porte-avion, refuge des meilleurs chercheurs de la planète.
C'est donc bourré d'humour, conforme à la "patte" des réalisateurs, Phil Lord et Christopher Miller, auxquels on doit, entre autres, La Grande Aventure Lego. Cet humour a toutefois ses limites : au bout d'un moment, j'en ai eu un peu marre des maladresses répétées de Ryland, censées être attendrissantes. On a bien compris que l'humain complètement perdu du début allait peu à peu se transformer en véritable héros, mais, vu de mon siège, ce fut long à venir.
Fort heureusement, le docteur Grace fait la connaissance d'une araignée-rocher tout aussi isolée que lui, sur son propre vaisseau. Il la (ou plutôt le : c'est un mâle) baptise Rocky. Les deux êtres vont se découvrir, apprendre à communiquer, se connaître, s'apprécier... au point de cohabiter. La limite est qu'ils ne peuvent vivre dans la même atmosphère. C'est bien foutu sur le plan technique (tout comme les scènes spatiales d'ailleurs) et, peu à peu, l'émotion nous gagne devant cette amitié grandissante, soumise aux aléas du grand vide intersidéral.
Les vieux cinéphiles percevront quantité de références, à 2001 L'Odyssée de l'espace, Seul sur Mars, E.T., Mission to Mars, Interstellar... Le matériau n'est donc pas de première fraîcheur mais, franchement, cette histoire d'amitié emporte le morceau. Ryan Gosling, Sandra Hüller et l'animal virtuel sont très bien. C'est un peu long à mon goût (avec parfois, une musique trop présente), mais l'on passe un bon moment.
09:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 04 avril 2026
Plus fort que moi
Le titre français du film de Kirk Jones tente, à l'image du titre originel (I Swear, traduisible par "Je jure" ou "Je le jure"), de jouer sur un double sens. Le héros, John Davidson, est atteint du syndrome Gilles de La Tourette, qui lui fait proférer des grossièretés malgré lui... et, tout au long du film, on se demande si ce handicap va l'engloutir ou bien s'il va parvenir à vivre avec.
Le pire dans cette histoire est qu'il n'est pas né avec. Vers l'âge de treize ans (en 1981), John commence à en ressentir les premiers symptômes. Cela bouleverse sa vie, puisqu'il venait d'intégrer un prestigieux établissement secondaire et qu'il avait été repéré comme jeune gardien de but prometteur (au football). La première demi-heure montre l'écroulement de son monde, accentuée par l'incompréhension de ses proches, le syndrome étant largement méconnu à cette époque.
Le jeune acteur (Scott Ellis Watson) est formidable (et il ressemble physiquement à celui qui incarne John à l'âge adulte), mais ce n'est rien à côté de la performance de Robert Aramayo, é-pous-tou-flant.
Si cette première partie comporte quelques moments cocasses (liés au développement de la maladie), le ton en est tout de même majoritairement sombre. Il faut signaler aussi la bonne prestation de Shirley Henderson (connue, entre autres, pour ses participations à la saga Harry Potter et à la franchise Bridget Jones) : elle a la tâche (redoutable) d'incarner la mère du héros, qui s'est éloignée de son fils.
L'histoire (réelle) aurait pu s'arrêter là, par exemple à la tentative de suicide du garçon. Heureusement pour lui (et pour le film), il a rencontré deux bonnes fées sur son chemin. La première est la mère de son meilleur ami, une infirmière, frappée par un cancer, qui veut mettre à profit les derniers mois de sa vie pour tenter de sauver le jeune homme. La seconde est le gardien de la salle polyvalente locale, interprété par l'excellent Peter Mullan.
Après une ellipse, on retrouve le garçon à l'âge adulte. Même s'il est épaulé, les difficultés demeurent, qui le mènent soit au commissariat, soit au tribunal, soit... à l'hôpital. C'est vraiment poignant... et malgré tout émaillé d'humour. (Je recommande tout particulièrement la rencontre entre deux "Tourette", à l'arrière d'une voiture, et la réunion de groupe, dans la salle de sports.) Il y a du (premier) Ken Loach dans cette fresque écossaise, à entendre en version originale, pour profiter des accents rocailleux.
La durée (deux heures) est à peine perceptible, tant les montagnes russes de l'existence de John sont captivantes. On passe par plusieurs stades d'émotion.
C'est un film à voir absolument... et il figurera sans doute dans mon palmarès 2026.
16:21 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
Plus fort que moi
Le titre français du film de Kirk Jones tente, à l'image du titre originel (I Swear, traduisible par "Je jure" ou "Je le jure"), de jouer sur un double sens. Le héros, John Davidson, est atteint du syndrome Gilles de La Tourette, qui lui fait proférer des grossièretés malgré lui... et, tout au long du film, on se demande si ce handicap va l'engloutir ou bien s'il va parvenir à vivre avec.
Le pire dans cette histoire est qu'il n'est pas né avec. Vers l'âge de treize ans (en 1981), John commence à en ressentir les premiers symptômes. Cela bouleverse sa vie, puisqu'il venait d'intégrer un prestigieux établissement secondaire et qu'il avait été repéré comme jeune gardien de but prometteur (au football). La première demi-heure montre l'écroulement de son monde, accentuée par l'incompréhension de ses proches, le syndrome étant largement méconnu à cette époque.
Le jeune acteur (Scott Ellis Watson) est formidable (et il ressemble physiquement à celui qui incarne John à l'âge adulte), mais ce n'est rien à côté de la performance de Robert Aramayo, é-pous-tou-flant.
Si cette première partie comporte quelques moments cocasses (liés au développement de la maladie), le ton en est tout de même majoritairement sombre. Il faut signaler aussi la bonne prestation de Shirley Henderson (connue, entre autres, pour ses participations à la saga Harry Potter et à la franchise Bridget Jones) : elle a la tâche (redoutable) d'incarner la mère du héros, qui s'est éloignée de son fils.
L'histoire (réelle) aurait pu s'arrêter là, par exemple à la tentative de suicide du garçon. Heureusement pour lui (et pour le film), il a rencontré deux bonnes fées sur son chemin. La première est la mère de son meilleur ami, une infirmière, frappée par un cancer, qui veut mettre à profit les derniers mois de sa vie pour tenter de sauver le jeune homme. La seconde est le gardien de la salle polyvalente locale, interprété par l'excellent Peter Mullan.
Après une ellipse, on retrouve le garçon à l'âge adulte. Même s'il est épaulé, les difficultés demeurent, qui le mènent soit au commissariat, soit au tribunal, soit... à l'hôpital. C'est vraiment poignant... et malgré tout émaillé d'humour. (Je recommande tout particulièrement la rencontre entre deux "Tourette", à l'arrière d'une voiture, et la réunion de groupe, dans la salle de sports.) Il y a du (premier) Ken Loach dans cette fresque écossaise, à entendre en version originale, pour profiter des accents rocailleux.
La durée (deux heures) est à peine perceptible, tant les montagnes russes de l'existence de John sont captivantes. On passe par plusieurs stades d'émotion.
C'est un film à voir absolument... et il figurera sans doute dans mon palmarès 2026.
16:21 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
vendredi, 03 avril 2026
La Guerre des prix
Audrey, fille d'agriculteurs, travaille dans la grande distribution, quelque part dans l'ouest de la France. Sérieuse, efficace, elle est devenue cheffe de rayon et peut, à terme, ambitionner la direction d'un magasin. Elle est remarquée par la direction du groupe, en quête de nouvelles têtes pour travailler à la centrale d'achats, celle qui négocie avec les producteurs. Audrey intègre l'équipe de la section "produits laitiers", l'une des plus prestigieuses, dirigée par une légende de la boîte, Fournier.
Ces deux personnages marquants sont très bien interprétés par Ana Girardot et Olivier Gourmet. La première, qui ne choisit pas toujours bien ses rôles, incarne ici une jeune femme ordinaire, qui a l'occasion de devenir une "transfuge de classe"... si elle accepte d'avaler quelques couleuvres. En face, Gourmet est une fois de plus impeccable. Son personnage, ombrageux, taiseux... et hyper-méticuleux, a plus de points communs avec Audrey que celle-ci ne le pense, de prime abord. Il a commencé comme boucher dans une grande surface, avant de gravir les échelons, un à un.
Deux univers nous sont décrits : celui de l'exploitation familiale (de bovins-lait bio), dirigée par le frère d'Audrey (formidable Julien Frison) et celui de l'entreprise Derval, en particulier les négociations commerciales. Celles-ci donnent lieu à des scènes (remarquables) qui se situent quelque part entre le jeu d'échec et le round de boxe (sur le plan verbal). Le but est d'obtenir le maximum de son interlocuteur... (presque) tous les coups sont permis.
Ana Girardot fait très bien sentir les questionnements intérieurs de son personnage, alors que Gourmet est chargé d'humaniser (un peu) celui qui apparaît parfois comme un super-prédateur, prétendant être au service des clients de ses magasins. Un troisième acteur intervient dans ce petit jeu entre petits producteurs et distributeurs : l'industriel Lactéos (décalque évident de Lactalis, Derval pouvant symboliser Leclerc).
Les seconds rôles sont eux aussi bien campés : Aurélia Petit en pédégère (apparemment) empathique, Yannick Choirat en petit patron pris en tenailles, Camille Moutawakil en négociatrice pugnace, mais qui aime faire la bringue...
Trois arcs narratifs tournent autour d'Audrey : l'évolution (délicate) de l'exploitation familiale, la carrière de la jeune femme dans la grande distribution... et la possibilité d'une histoire d'amour, improbable, douce et peut-être piégeuse.
Comme ce n'est évidemment pas un conte de fées, on prend une belle claque et, si on l'ignorait, on découvre pourquoi une partie du monde paysan disparaît, sur fond d'idéologie consumériste, qui fait croire aux masses que le but de la vie est d'acquérir un maximum de choses à bas prix, sans penser aux conséquences.
La Guerre des prix
Audrey, fille d'agriculteurs, travaille dans la grande distribution, quelque part dans l'ouest de la France. Sérieuse, efficace, elle est devenue cheffe de rayon et peut, à terme, ambitionner la direction d'un magasin. Elle est remarquée par la direction du groupe, en quête de nouvelles têtes pour travailler à la centrale d'achats, celle qui négocie avec les producteurs. Audrey intègre l'équipe de la section "produits laitiers", l'une des plus prestigieuses, dirigée par une légende de la boîte, Fournier.
Ces deux personnages marquants sont très bien interprétés par Ana Girardot et Olivier Gourmet. La première, qui ne choisit pas toujours bien ses rôles, incarne ici une jeune femme ordinaire, qui a l'occasion de devenir une "transfuge de classe"... si elle accepte d'avaler quelques couleuvres. En face, Gourmet est une fois de plus impeccable. Son personnage, ombrageux, taiseux... et hyper-méticuleux, a plus de points communs avec Audrey que celle-ci ne le pense, de prime abord. Il a commencé comme boucher dans une grande surface, avant de gravir les échelons, un à un.
Deux univers nous sont décrits : celui de l'exploitation familiale (de bovins-lait bio), dirigée par le frère d'Audrey (formidable Julien Frison) et celui de l'entreprise Derval, en particulier les négociations commerciales. Celles-ci donnent lieu à des scènes (remarquables) qui se situent quelque part entre le jeu d'échec et le round de boxe (sur le plan verbal). Le but est d'obtenir le maximum de son interlocuteur... (presque) tous les coups sont permis.
Ana Girardot fait très bien sentir les questionnements intérieurs de son personnage, alors que Gourmet est chargé d'humaniser (un peu) celui qui apparaît parfois comme un super-prédateur, prétendant être au service des clients de ses magasins. Un troisième acteur intervient dans ce petit jeu entre petits producteurs et distributeurs : l'industriel Lactéos (décalque évident de Lactalis, Derval pouvant symboliser Leclerc).
Les seconds rôles sont eux aussi bien campés : Aurélia Petit en pédégère (apparemment) empathique, Yannick Choirat en petit patron pris en tenailles, Camille Moutawakil en négociatrice pugnace, mais qui aime faire la bringue...
Trois arcs narratifs tournent autour d'Audrey : l'évolution (délicate) de l'exploitation familiale, la carrière de la jeune femme dans la grande distribution... et la possibilité d'une histoire d'amour, improbable, douce et peut-être piégeuse.
Comme ce n'est évidemment pas un conte de fées, on prend une belle claque et, si on l'ignorait, on découvre pourquoi une partie du monde paysan disparaît, sur fond d'idéologie consumériste, qui fait croire aux masses que le but de la vie est d'acquérir un maximum de choses à bas prix, sans penser aux conséquences.
dimanche, 29 mars 2026
Les Rayons et les ombres
Auréolé du succès (public comme critique) d'Illusions perdues, Xavier Giannoli a eu les moyens de se lancer dans un projet plus risqué, celui d'un biopic double, croisement des vies d'un père et de sa fille, à savoir Jean et Corinne Luchaire.
Utilisant les retours en arrière pour entremêler les époques, Giannoli nous livre une véritable fresque, de l'Entre-deux-Guerres aux lendemains de la Libération, en passant bien entendu par la période d'occupation allemande et de collaboration.
La distribution est éblouissante. Pour lancer le film, on a beaucoup communiqué sur Jean Dujardin, qui parvient à faire ressentir les ambiguïtés de son personnage, jusque dans sa lâcheté lucide. Il est un autre acteur qui réussit tout aussi bien à incarner un individu trouble : August Diehl, remarquable en Otto Abetz, même si je trouve que Giannoli (de manière encore plus évidente avec lui qu'avec Luchaire/Dujardin) gomme certains aspects déplaisants (ou ne les aborde que de manière allusive) pour rendre ses protagonistes plus "aimables".
A ce duo de paires de couilles il faut ajouter Nastya Golubeva (eh oui, encore une "fille de"), dont je n'attendais pas grand chose, mais qui m'a épaté dans le rôle. A certains moments, elle vole la vedette à Diehl et Dujardin, ce qui n'est pas une mince affaire. Je regrette toutefois que, dans la dernière période de la vie de l'héroïne, on ne l'ait pas véritablement enlaidie : la maladie, les excès divers et le désespoir avaient fait vieillir prématurément Corinne Luchaire, qui, à la veille de sa mort, ne ressemblait plus guère à la starlette des débuts.
L'autre intérêt du film est sa volonté d'expliquer en nuances l'adhésion à la Collaboration. Certains Français s'y sont lancés par fidélité au maréchal Pétain, d'autres par sympathie pour les thèses nazies, d'autres encore par opportunisme. Concernant Jean Luchaire, il semble que ce soit le pacifisme qui l'y ait mené. Mais, très vite, ce sont les préoccupations matérielles qui ont pris le dessus, l'humaniste rigoureux du début finissant dans les partouzes cocaïnées auxquelles participaient certains officiers des troupes d'occupation...
Je reproche au film de situer tard dans le temps le basculement de Luchaire, alors que, dès le début de 1941, il a tenu des propos ouvertement antisémites. Giannoli passe aussi rapidement sur le séjour à Sigmaringen, cette "colonie des collabos" durant laquelle Luchaire ne s'est pas contenté d'être observateur. En Allemagne même, il a de nouveau dirigé un journal (et une radio) pro-nazi.
Quoi qu'il en soit, en dépit du brio qui est à l’œuvre, je suis resté un peu extérieur au film. Giannoli a beau s'appesantir sur les effets de la tuberculose, les souffrances ressenties par ses héros sont bien peu de choses au regard de celles subies par tant de personnes, bien plus recommandables, sous l'Occupation. Le journaleux adepte des compromissions et sa petite fille gâtée demeurent peu sympathiques et j'adhère totalement au réquisitoire du procureur (excellent Philippe Torreton), qui arrive bien tard.
Du point de vue des nuances, j'ai quand même apprécié qu'on ne nous montre pas les résistants systématiquement comme des chevaliers blancs de la démocratie. Certains d'entre eux (notamment parmi ceux qui se sont "engagés" après le 6 juin 1944...) sont présentés comme de sales types, pitoyables en comparaison de celles et ceux qui ont été des héros.
Globalement, le film, bien fichu, supporte la distance (3h20...), même s'il comporte quelques longueurs.
17:33 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
Les Rayons et les ombres
Auréolé du succès (public comme critique) d'Illusions perdues, Xavier Giannoli a eu les moyens de se lancer dans un projet plus risqué, celui d'un biopic double, croisement des vies d'un père et de sa fille, à savoir Jean et Corinne Luchaire.
Utilisant les retours en arrière pour entremêler les époques, Giannoli nous livre une véritable fresque, de l'Entre-deux-Guerres aux lendemains de la Libération, en passant bien entendu par la période d'occupation allemande et de collaboration.
La distribution est éblouissante. Pour lancer le film, on a beaucoup communiqué sur Jean Dujardin, qui parvient à faire ressentir les ambiguïtés de son personnage, jusque dans sa lâcheté lucide. Il est un autre acteur qui réussit tout aussi bien à incarner un individu trouble : August Diehl, remarquable en Otto Abetz, même si je trouve que Giannoli (de manière encore plus évidente avec lui qu'avec Luchaire/Dujardin) gomme certains aspects déplaisants (ou ne les aborde que de manière allusive) pour rendre ses protagonistes plus "aimables".
A ce duo de paires de couilles il faut ajouter Nastya Golubeva (eh oui, encore une "fille de"), dont je n'attendais pas grand chose, mais qui m'a épaté dans le rôle. A certains moments, elle vole la vedette à Diehl et Dujardin, ce qui n'est pas une mince affaire. Je regrette toutefois que, dans la dernière période de la vie de l'héroïne, on ne l'ait pas véritablement enlaidie : la maladie, les excès divers et le désespoir avaient fait vieillir prématurément Corinne Luchaire, qui, à la veille de sa mort, ne ressemblait plus guère à la starlette des débuts.
L'autre intérêt du film est sa volonté d'expliquer en nuances l'adhésion à la Collaboration. Certains Français s'y sont lancés par fidélité au maréchal Pétain, d'autres par sympathie pour les thèses nazies, d'autres encore par opportunisme. Concernant Jean Luchaire, il semble que ce soit le pacifisme qui l'y ait mené. Mais, très vite, ce sont les préoccupations matérielles qui ont pris le dessus, l'humaniste rigoureux du début finissant dans les partouzes cocaïnées auxquelles participaient certains officiers des troupes d'occupation...
Je reproche au film de situer tard dans le temps le basculement de Luchaire, alors que, dès le début de 1941, il a tenu des propos ouvertement antisémites. Giannoli passe aussi rapidement sur le séjour à Sigmaringen, cette "colonie des collabos" durant laquelle Luchaire ne s'est pas contenté d'être observateur. En Allemagne même, il a de nouveau dirigé un journal (et une radio) pro-nazi.
Quoi qu'il en soit, en dépit du brio qui est à l’œuvre, je suis resté un peu extérieur au film. Giannoli a beau s'appesantir sur les effets de la tuberculose, les souffrances ressenties par ses héros sont bien peu de choses au regard de celles subies par tant de personnes, bien plus recommandables, sous l'Occupation. Le journaleux adepte des compromissions et sa petite fille gâtée demeurent peu sympathiques et j'adhère totalement au réquisitoire du procureur (excellent Philippe Torreton), qui arrive bien tard.
Du point de vue des nuances, j'ai quand même apprécié qu'on ne nous montre pas les résistants systématiquement comme des chevaliers blancs de la démocratie. Certains d'entre eux (notamment parmi ceux qui se sont "engagés" après le 6 juin 1944...) sont présentés comme de sales types, pitoyables en comparaison de celles et ceux qui ont été des héros.
Globalement, le film, bien fichu, supporte la distance (3h20...), même s'il comporte quelques longueurs.
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They will kill you
C'est cet inquiétant message (« Ils vont te tuer ») que l'héroïne Asia Reaves trouve inscrit dans la salle de bains de son nouveau logement, situé dans un hôtel haut-de-gamme, où elle vient de se faire embaucher.
Curieusement, dans cet établissement, tous les clients sont blancs et toutes les employées de service sont noires, obéissant au doigt et à l’œil à une sorte de gouvernante, (très bien) interprétée par Patricia Arquette.
Asia donc du souci à se faire, puisqu'elle a mis le pied dans un véritable nid de guêpes... mais, ce que les employeurs, collègues et clients ignorent, c'est qu'elle a tout fait pour arriver ici, à la recherche de sa sœur disparue... et qu'elle est bigrement coriace. Mais, ça, nous spectateurs le savons depuis le début, puisqu'Asia est jouée par Zazie Beetz, qui fut Domino dans les Deadpool... et incarna récemment une redoutable tueuse dans Bullet Train.
D'ailleurs, les références cinématographiques sont nombreuses : l'hôtel-forteresse rappelle un peu celui de John Wick, la mise en scène de l'exploitation de Noirs pauvres par de riches Blancs, sur fond de film de genre, fait écho à Get Out... et la fureur vengeresse d'Asia, sabre au clair, rappelle celle d'Uma Thurman dans Kill Bill... et l'évasion d'Harley Quinn dans The Suicide Squad.
C'est bien réalisé, s'appuyant de bons effets spéciaux et, au début du moins, c'est nourri d'humour macabre. Le premier affrontement entre Asia et certains des occupants de l'hôtel est de toute beauté.
La suite est moins enthousiasmante. Au niveau du scénario, on a voulu nous ménager quelques surprises : on sort du simple parcours sanguinolent de l'héroïne dézinguant tout sur son passage pour arriver à ses fins. Pour une raison que je ne vais pas divulguer, ses adversaires se révèlent plus coriaces que prévu. On nous propose donc tout une série d'affrontements, avec giclures de sang, étripements, décapitation et amputations diverses. C'est assez réjouissant (notamment lorsqu'est introduit le "périple d'un œil", très drôle), mais cela finit par devenir répétitif. De plus, les retrouvailles entre les sœurs manquent d'intensité, je trouve. L'émotion a du mal à filtrer.
On passe quand même un bon moment, mais le film n'est pas une complète réussite.
10:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
They will kill you
C'est cet inquiétant message (« Ils vont te tuer ») que l'héroïne Asia Reaves trouve inscrit dans la salle de bains de son nouveau logement, situé dans un hôtel haut-de-gamme, où elle vient de se faire embaucher.
Curieusement, dans cet établissement, tous les clients sont blancs et toutes les employées de service sont noires, obéissant au doigt et à l’œil à une sorte de gouvernante, (très bien) interprétée par Patricia Arquette.
Asia donc du souci à se faire, puisqu'elle a mis le pied dans un véritable nid de guêpes... mais, ce que les employeurs, collègues et clients ignorent, c'est qu'elle a tout fait pour arriver ici, à la recherche de sa sœur disparue... et qu'elle est bigrement coriace. Mais, ça, nous spectateurs le savons depuis le début, puisqu'Asia est jouée par Zazie Beetz, qui fut Domino dans les Deadpool... et incarna récemment une redoutable tueuse dans Bullet Train.
D'ailleurs, les références cinématographiques sont nombreuses : l'hôtel-forteresse rappelle un peu celui de John Wick, la mise en scène de l'exploitation de Noirs pauvres par de riches Blancs, sur fond de film de genre, fait écho à Get Out... et la fureur vengeresse d'Asia, sabre au clair, rappelle celle d'Uma Thurman dans Kill Bill... et l'évasion d'Harley Quinn dans The Suicide Squad.
C'est bien réalisé, s'appuyant de bons effets spéciaux et, au début du moins, c'est nourri d'humour macabre. Le premier affrontement entre Asia et certains des occupants de l'hôtel est de toute beauté.
La suite est moins enthousiasmante. Au niveau du scénario, on a voulu nous ménager quelques surprises : on sort du simple parcours sanguinolent de l'héroïne dézinguant tout sur son passage pour arriver à ses fins. Pour une raison que je ne vais pas divulguer, ses adversaires se révèlent plus coriaces que prévu. On nous propose donc tout une série d'affrontements, avec giclures de sang, étripements, décapitation et amputations diverses. C'est assez réjouissant (notamment lorsqu'est introduit le "périple d'un œil", très drôle), mais cela finit par devenir répétitif. De plus, les retrouvailles entre les sœurs manquent d'intensité, je trouve. L'émotion a du mal à filtrer.
On passe quand même un bon moment, mais le film n'est pas une complète réussite.
10:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 28 mars 2026
Police Flash 80
C'est le nom d'une nouvelle unité d'élite de la police, chargée d'endiguer le trafic de drogues qui gangrène un arrondissement parisien. Quand vous saurez que le commissaire qui lance cette unité est interprété par Philippe Rebbot et que l'officier de police chargé de la diriger est incarné par François Damiens (avec plein de cheveux), vous aurez compris que la rigueur méthodologique n'est pas la qualité première de ce groupe de policiers, a priori peu portés sur le code de déontologie, pas hyper sportifs, ayant plutôt tendance à enchaîner clopes et boissons alcoolisées.
L'ambiance des années 1980 est parfaitement restituée : voitures, meubles, vêtements, coiffures (mon Dieu...), téléphones... et musiques nous plongent (nous, les vieux cinéphiles) dans un véritable bain de jouvence, qui culmine lorsqu'il est fait appel à un tube de Michel Sardou, pour sortir un flic infiltré d'une situation délicate. La séquence est totalement invraisemblable, mais jouée avec conviction par les comédiens, ce qui la rend savoureuse.
Du côté de l'interprétation, aux deux zigues déjà mentionnés il faut ajouter Audrey Lamy (excellente) et Thomas Ngijol (épatant dans un rôle très différent de celui d'Indomptables). Je me dois de signaler aussi deux seconds rôles bien campés : Marfoud (par Brahim Bouhlel) et Roberto (par Xavier Lacaille)... et (définitivement) NON à la coupe mulet !
Même si tout n'est pas réussi dans cette pochade, elle m'a arraché plusieurs éclats de rire ce qui, en cette époque tristement belliqueuse, fait un bien fou.
09:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Police Flash 80
C'est le nom d'une nouvelle unité d'élite de la police, chargée d'endiguer le trafic de drogues qui gangrène un arrondissement parisien. Quand vous saurez que le commissaire qui lance cette unité est interprété par Philippe Rebbot et que l'officier de police chargé de la diriger est incarné par François Damiens (avec plein de cheveux), vous aurez compris que la rigueur méthodologique n'est pas la qualité première de ce groupe de policiers, a priori peu portés sur le code de déontologie, pas hyper sportifs, ayant plutôt tendance à enchaîner clopes et boissons alcoolisées.
L'ambiance des années 1980 est parfaitement restituée : voitures, meubles, vêtements, coiffures (mon Dieu...), téléphones... et musiques nous plongent (nous, les vieux cinéphiles) dans un véritable bain de jouvence, qui culmine lorsqu'il est fait appel à un tube de Michel Sardou, pour sortir un flic infiltré d'une situation délicate. La séquence est totalement invraisemblable, mais jouée avec conviction par les comédiens, ce qui la rend savoureuse.
Du côté de l'interprétation, aux deux zigues déjà mentionnés il faut ajouter Audrey Lamy (excellente) et Thomas Ngijol (épatant dans un rôle très différent de celui d'Indomptables). Je me dois de signaler aussi deux seconds rôles bien campés : Marfoud (par Brahim Bouhlel) et Roberto (par Xavier Lacaille)... et (définitivement) NON à la coupe mulet !
Même si tout n'est pas réussi dans cette pochade, elle m'a arraché plusieurs éclats de rire ce qui, en cette époque tristement belliqueuse, fait un bien fou.
09:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
vendredi, 27 mars 2026
Lupin III - La lignée immortelle
Il y a un peu plus de cinq ans, j'avais beaucoup aimé une précédente adaptation en long-métrage des aventures d'Edgar, petit-fils d'Arsène Lupin, as du cambriolage. D'autres sont sorties depuis, mais c'est la première que je vois en salle. On la doit à un réalisateur différent (familier de l'univers de Lupin), Takeshi Koike, alors que l'excellent Takashi Yamazaki, (directeur de The First) se consacre désormais à Godzilla.
Les dix premières minutes résument les précédentes aventures du quatuor de héros. Edgar est bien entouré, puisqu'il peut compter sur les services d'un tireur d'élite, d'un samouraï d'exception... et d'une espionne ultra bad ass. Ce résumé est particulièrement utile, parce que les héros vont retrouver sur leur route leurs anciens adversaires, mais dans des circonstances différentes.
L'essentiel de l'intrigue se déroule sur une île absente des cartes, située à plusieurs centaines de kilomètres de la Floride. Sa forêt luxuriante peine à masquer l'accumulation d'équipements militaires d'âges et de tailles divers, certains en parfait état de fonctionnement. D'étranges humains, à moitié dégénérés, hantent cette île, contrôlée par un mystérieux duo, composé d'une petite fille et d'un adulte âgé et musculeux.
Un complot se trame dans l'ombre et l'île regorge de pièges, auxquels les héros -et leurs (anciens ?) ennemis- tentent d'échapper.
Les rebondissements sont nombreux, les péripéties souvent violentes (à déconseiller aux plus jeunes, donc). On ne s'ennuie pas, d'autant qu'une musique entraînante (mélange de références jazzy et d'airs contemporains asiatiques) accompagne le tout.
Le style des dessins est assez différent de celui de The First, mais cela passe sans problème, puisque c'est raccord avec la musique.
Il manque toutefois un ingrédient, qui faisait le sel du manga et de ses premières adaptations animées : l'humour. L'histoire est trop sérieuse à mon goût (alors que le film baigne dans un doux délire visuel). Du coup, en dépit d'indéniables qualités, ce film-ci m'a un peu déçu.
18:50 Publié dans Chine, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Lupin III - La lignée immortelle
Il y a un peu plus de cinq ans, j'avais beaucoup aimé une précédente adaptation en long-métrage des aventures d'Edgar, petit-fils d'Arsène Lupin, as du cambriolage. D'autres sont sorties depuis, mais c'est la première que je vois en salle. On la doit à un réalisateur différent (familier de l'univers de Lupin), Takeshi Koike, alors que l'excellent Takashi Yamazaki, (directeur de The First) se consacre désormais à Godzilla.
Les dix premières minutes résument les précédentes aventures du quatuor de héros. Edgar est bien entouré, puisqu'il peut compter sur les services d'un tireur d'élite, d'un samouraï d'exception... et d'une espionne ultra bad ass. Ce résumé est particulièrement utile, parce que les héros vont retrouver sur leur route leurs anciens adversaires, mais dans des circonstances différentes.
L'essentiel de l'intrigue se déroule sur une île absente des cartes, située à plusieurs centaines de kilomètres de la Floride. Sa forêt luxuriante peine à masquer l'accumulation d'équipements militaires d'âges et de tailles divers, certains en parfait état de fonctionnement. D'étranges humains, à moitié dégénérés, hantent cette île, contrôlée par un mystérieux duo, composé d'une petite fille et d'un adulte âgé et musculeux.
Un complot se trame dans l'ombre et l'île regorge de pièges, auxquels les héros -et leurs (anciens ?) ennemis- tentent d'échapper.
Les rebondissements sont nombreux, les péripéties souvent violentes (à déconseiller aux plus jeunes, donc). On ne s'ennuie pas, d'autant qu'une musique entraînante (mélange de références jazzy et d'airs contemporains asiatiques) accompagne le tout.
Le style des dessins est assez différent de celui de The First, mais cela passe sans problème, puisque c'est raccord avec la musique.
Il manque toutefois un ingrédient, qui faisait le sel du manga et de ses premières adaptations animées : l'humour. L'histoire est trop sérieuse à mon goût (alors que le film baigne dans un doux délire visuel). Du coup, en dépit d'indéniables qualités, ce film-ci m'a un peu déçu.
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samedi, 21 mars 2026
Planètes
Ce film est un poème musical naturaliste, contant l'histoire d'une famille Pissenlit, visiblement deux adultes (un papa, une maman ?) et deux enfants (peut-être une fille et un garçon... mais c'est laissé à la libre interprétation de chacun). Ils sont nés sur une planète d'où l'ont voit la vie disparaître (des suites d'un cataclysme)... avant de réapparaître, laborieusement, sur une planète voisine (qui, elle, n'est pas rouge). C'est une évidente allusion au duo Mars-Terre... et un rappel que la vie sur notre planète est sans doute d'origine extra-terrestre... mais pas sous la forme de graines de pissenlit.
Visuellement, dès le début, c'est emballant. A l'écran s'entremêlent (parfois de manière indistinguable) des prises de vue réelles et des images de synthèse. Les végétaux rencontrent une ribambelle d'animaux (précisément nommés dans le générique de fin, au défilement hélas trop rapide) : abeille, scarabée, papillon, luciole, grenouille... et limaces, absolument superbes ! (Si, jadis, on m'avait dit que j'écrirais ce qui précède, j'aurais éclaté de rire...)
Les mouvements des lamelles des pissenlits (organisés comme une chevelure) et l'ajout de petits sons anthropomorphisent ces personnages. Dit comme ça, ça a l'air un peu con, mais, franchement, c'est réussi, tout en restant gracieux.
Cela ne dure qu'1h10, un petit moment de communion avec la nature, dans une ambiance survivaliste.
16:22 Publié dans Cinéma, Science | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, nature, environnement
Planètes
Ce film est un poème musical naturaliste, contant l'histoire d'une famille Pissenlit, visiblement deux adultes (un papa, une maman ?) et deux enfants (peut-être une fille et un garçon... mais c'est laissé à la libre interprétation de chacun). Ils sont nés sur une planète d'où l'ont voit la vie disparaître (des suites d'un cataclysme)... avant de réapparaître, laborieusement, sur une planète voisine (qui, elle, n'est pas rouge). C'est une évidente allusion au duo Mars-Terre... et un rappel que la vie sur notre planète est sans doute d'origine extra-terrestre... mais pas sous la forme de graines de pissenlit.
Visuellement, dès le début, c'est emballant. A l'écran s'entremêlent (parfois de manière indistinguable) des prises de vue réelles et des images de synthèse. Les végétaux rencontrent une ribambelle d'animaux (précisément nommés dans le générique de fin, au défilement hélas trop rapide) : abeille, scarabée, papillon, luciole, grenouille... et limaces, absolument superbes ! (Si, jadis, on m'avait dit que j'écrirais ce qui précède, j'aurais éclaté de rire...)
Les mouvements des lamelles des pissenlits (organisés comme une chevelure) et l'ajout de petits sons anthropomorphisent ces personnages. Dit comme ça, ça a l'air un peu con, mais, franchement, c'est réussi, tout en restant gracieux.
Cela ne dure qu'1h10, un petit moment de communion avec la nature, dans une ambiance survivaliste.
16:22 Publié dans Cinéma, Science | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, nature, environnement
Alter Ego
Les cinémas aveyronnais n'ont pas eu droit à ce film en sortie nationale, ni même en deuxième semaine. Il convient donc de se débrouiller pour parvenir à voir cette comédie française, doublement servie par l'un des meilleurs acteurs de sa génération, récemment césarisé.
La performance de Laurent Lafitte, qui incarne deux hommes très ressemblants physiquement, mais très différents mentalement, mérite à elle seule la vision de ce film. Le maquillage, les vêtements et la capacité du comédien à adopter des attitudes différentes instillent le doute : l'un des deux (en plus d'être quasiment chauve) a de grands cernes sous les yeux, des sourcils légèrement différents et s'habille sans élégance (au point de paraître empâté, à côté de son double) ; l'autre est plus souriant, plus sportif (du coup on le croit plus svelte), a meilleure mine. Le jeu des sept erreurs, auquel on peut s'amuser au cours de certaines scènes, est assez jouissif.
Mais le rire surgit surtout de l'absurdité de la situation. Alex est le seul à remarquer la grande ressemblance entre lui et Axel. Les deux prénoms sont presque identiques, à l'image des personnages, qui habitent des maisons jumelles, symétriques, comme leurs places au bureau : figurez-vous que le nouvel arrivant du quartier travaille dans la même boîte que le héros !
Du coup, on sort un peu du réalisme, pour tomber parfois dans une sorte de thriller quasi fantastique. On se doute bien qu'il y a anguille sous roche, quelque part... mais où exactement ? Alex est-il un peu cinglé ou bien certains personnages nous cachent-ils quelque chose ? Un peu à l'américaine l'états-unienne, le duo Charlet-Lavaine montre les secrets et les tensions sous-jacentes de cette banlieue de classe moyenne, où, au premier regard, tout semble beau, propre et riche.
Ce n'est pas aussi hilarant qu'on nous l'a parfois dit, mais c'est une très bonne comédie.
08:32 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Alter Ego
Les cinémas aveyronnais n'ont pas eu droit à ce film en sortie nationale, ni même en deuxième semaine. Il convient donc de se débrouiller pour parvenir à voir cette comédie française, doublement servie par l'un des meilleurs acteurs de sa génération, récemment césarisé.
La performance de Laurent Lafitte, qui incarne deux hommes très ressemblants physiquement, mais très différents mentalement, mérite à elle seule la vision de ce film. Le maquillage, les vêtements et la capacité du comédien à adopter des attitudes différentes instillent le doute : l'un des deux (en plus d'être quasiment chauve) a de grands cernes sous les yeux, des sourcils légèrement différents et s'habille sans élégance (au point de paraître empâté, à côté de son double) ; l'autre est plus souriant, plus sportif (du coup on le croit plus svelte), a meilleure mine. Le jeu des sept erreurs, auquel on peut s'amuser au cours de certaines scènes, est assez jouissif.
Mais le rire surgit surtout de l'absurdité de la situation. Alex est le seul à remarquer la grande ressemblance entre lui et Axel. Les deux prénoms sont presque identiques, à l'image des personnages, qui habitent des maisons jumelles, symétriques, comme leurs places au bureau : figurez-vous que le nouvel arrivant du quartier travaille dans la même boîte que le héros !
Du coup, on sort un peu du réalisme, pour tomber parfois dans une sorte de thriller quasi fantastique. On se doute bien qu'il y a anguille sous roche, quelque part... mais où exactement ? Alex est-il un peu cinglé ou bien certains personnages nous cachent-ils quelque chose ? Un peu à l'américaine l'états-unienne, le duo Charlet-Lavaine montre les secrets et les tensions sous-jacentes de cette banlieue de classe moyenne, où, au premier regard, tout semble beau, propre et riche.
Ce n'est pas aussi hilarant qu'on nous l'a parfois dit, mais c'est une très bonne comédie.
08:32 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
vendredi, 20 mars 2026
Jumpers
Mabel est une écolière turbulente, qui devient une (brillante) étudiante révoltée, contre l'injustice du monde, les règlements scolaires, les promoteurs immobiliers, les mauvais traitements infligés aux animaux... et la mort de sa grand-mère. En se rapprochant (physiquement... et mentalement) des bêtes sauvages, elle va mûrir, donner un sens à son existence... et découvrir à quel point la vie peut-être complexe.
Si, au départ, j'ai hésité à aller voir ce qui ressemblait furieusement à de la propagande bobo-écolo, après coup, je ne regrette nullement : c'est un excellent Pixar.
C'est d'abord souvent drôle, à travers la vie perturbante et perturbée de l'héroïne, dont la rébellion prend parfois un tour cocasse (y compris à ses dépens).
La première partie se teinte rapidement d'émotion, à travers la relation qu'entretient Mabel avec sa grand-mère, qui vit dans une maison à l'écart de la ville, près d'un étang où elle entre en harmonie avec la nature... et préserve sa sérénité. J'ai été particulièrement touché par ces aspects, le personnage de la mamie étant vraiment bien caractérisé.
La comédie, mâtinée de science-fiction, reprend ensuite le dessus, quand Mabel "s'animalise" (dans des circonstances que je me garderai de révéler). Le monde sauvage bénéficie d'une animation remarquable (impressionnante sur grand écran). J'ajoute que l'amour de la nature ne porte pas d’œillères (contrairement à tant de documentaires animaliers) : on voit certaines bêtes en manger d'autres (certes fugacement). C'est "la loi de l'étang", comme il est dit dans le film... ou, plus simplement, la loi de la nature.
A ce contact, Mabel évolue. Un vieux castor va lui donner une belle leçon de sagesse. La zadiste du début devient une adulte responsable, capable de nuancer.
Ne croyez cependant pas que le propos moraliste soit chiantissime : c'est diffusé à travers une flopée de rebondissements, la séquence de la voiture du maire étant particulièrement enlevée (avec une piquante utilisation du smartphone). Adultes comme enfants rient : le double niveau d'interprétation fonctionne à merveille, avec des clins d’œil cinéphiliques ou culturels.
J'ai passé un excellent moment.
16:11 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Jumpers
Mabel est une écolière turbulente, qui devient une (brillante) étudiante révoltée, contre l'injustice du monde, les règlements scolaires, les promoteurs immobiliers, les mauvais traitements infligés aux animaux... et la mort de sa grand-mère. En se rapprochant (physiquement... et mentalement) des bêtes sauvages, elle va mûrir, donner un sens à son existence... et découvrir à quel point la vie peut-être complexe.
Si, au départ, j'ai hésité à aller voir ce qui ressemblait furieusement à de la propagande bobo-écolo, après coup, je ne regrette nullement : c'est un excellent Pixar.
C'est d'abord souvent drôle, à travers la vie perturbante et perturbée de l'héroïne, dont la rébellion prend parfois un tour cocasse (y compris à ses dépens).
La première partie se teinte rapidement d'émotion, à travers la relation qu'entretient Mabel avec sa grand-mère, qui vit dans une maison à l'écart de la ville, près d'un étang où elle entre en harmonie avec la nature... et préserve sa sérénité. J'ai été particulièrement touché par ces aspects, le personnage de la mamie étant vraiment bien caractérisé.
La comédie, mâtinée de science-fiction, reprend ensuite le dessus, quand Mabel "s'animalise" (dans des circonstances que je me garderai de révéler). Le monde sauvage bénéficie d'une animation remarquable (impressionnante sur grand écran). J'ajoute que l'amour de la nature ne porte pas d’œillères (contrairement à tant de documentaires animaliers) : on voit certaines bêtes en manger d'autres (certes fugacement). C'est "la loi de l'étang", comme il est dit dans le film... ou, plus simplement, la loi de la nature.
A ce contact, Mabel évolue. Un vieux castor va lui donner une belle leçon de sagesse. La zadiste du début devient une adulte responsable, capable de nuancer.
Ne croyez cependant pas que le propos moraliste soit chiantissime : c'est diffusé à travers une flopée de rebondissements, la séquence de la voiture du maire étant particulièrement enlevée (avec une piquante utilisation du smartphone). Adultes comme enfants rient : le double niveau d'interprétation fonctionne à merveille, avec des clins d’œil cinéphiliques ou culturels.
J'ai passé un excellent moment.
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samedi, 14 mars 2026
ATHOS
Il ne va pas être question d'une histoire liée aux Trois Mousquetaires (ni préquelle, ni spin-off)... mais de la Patrouille de France, dite aussi la PAF (pour Patrouille Acrobatique de France). Vers la fin du film, on apprend toutefois le lien qui existe entre le nom de code des avions (numérotés de 1 à 8) et l’œuvre d'Alexandre Dumas : en vol, c'est « tous pour un et un pour tous ».
Le réalisateur Mathieu Giombini est un ancien directeur de la photographie (notamment sur le documentaire Le Chêne). Il a donc apporté un soin particulier à la manière de filmer les avions et les paysages. C'est pour moi la plus belle partie du film, avec des plans tournés de l'extérieur comme de l'intérieur des appareils et de très belles vues de la Provence (où se trouve le camp de base de l'unité), du Perthois (en Champagne), de la Corse et (un peu) de Paris.
Il me faut cependant préciser que ces images occupent à peine 20 % du film, où les entretiens sont majoritaires. (On est donc loin du dernier Top Gun.) Pilotes (anciens comme nouveaux), officiers de l'unité, intervenants divers sont sollicités pour nous faire comprendre le fonctionnement de la PAF et la complexité de leur travail. Celui est organisé sur une année civile. Giombini a suivi la "promo" 2025, d'une passation de pouvoirs à l'autre, avec changement d'équipe.
Les pilotes sont tous des militaires ayant auparavant officié sur des Rafales. On les voit donc surpris de constater à quel point les Alpha Jets (de conception plus ancienne) font un peu "vieille bécane" à côté des bijoux de technologie que sont les chasseurs dernier cri de chez Dassault. Autre surprise : l'absence de simulateur de vol. C'est sur le terrain... et dans la tête que se préparent les sorties et les chorégraphies en l'air. Il y a d'ailleurs quelque chose de gracieux dans la manière dont les pilotes (en particulier le chef d'équipe) visualisent leurs futures acrobaties.
De l'automne au printemps, la nouvelle équipe s'entraîne, apprend à évoluer en groupes de 4, 6 ou 8 appareils, pour réaliser diverses figures. L'objectif est d'être fin prêts pour le 14 juillet et les meetings aériens organisés en France à la belle saison.
Un accident est venu entacher le tournage. Il s'est produit il y a presque un an tout pile, sous les yeux du réalisateur. En mars 2025, Giombini et son équipe avaient déjà bien avancé dans le tournage du documentaire. Ils étaient si bien intégrés au groupe que le cinéaste avait été accepté comme passager lors d'une sortie... qui n'a finalement pas eu lieu. L'accident qui s'est produit ce jour-là (et qui avait fait la Une des médias) a été délicatement intégré au film. Du côté de l'armée, il a fallu ensuite réorganiser l'équipe de pilotes, y intégrer deux nouveaux membres et reprendre les entraînements.
Au final, c'est moins spectaculaire que ce que j'espérais, mais c'est une belle aventure humaine, à voir sur grand écran.
21:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
ATHOS
Il ne va pas être question d'une histoire liée aux Trois Mousquetaires (ni préquelle, ni spin-off)... mais de la Patrouille de France, dite aussi la PAF (pour Patrouille Acrobatique de France). Vers la fin du film, on apprend toutefois le lien qui existe entre le nom de code des avions (numérotés de 1 à 8) et l’œuvre d'Alexandre Dumas : en vol, c'est « tous pour un et un pour tous ».
Le réalisateur Mathieu Giombini est un ancien directeur de la photographie (notamment sur le documentaire Le Chêne). Il a donc apporté un soin particulier à la manière de filmer les avions et les paysages. C'est pour moi la plus belle partie du film, avec des plans tournés de l'extérieur comme de l'intérieur des appareils et de très belles vues de la Provence (où se trouve le camp de base de l'unité), du Perthois (en Champagne), de la Corse et (un peu) de Paris.
Il me faut cependant préciser que ces images occupent à peine 20 % du film, où les entretiens sont majoritaires. (On est donc loin du dernier Top Gun.) Pilotes (anciens comme nouveaux), officiers de l'unité, intervenants divers sont sollicités pour nous faire comprendre le fonctionnement de la PAF et la complexité de leur travail. Celui est organisé sur une année civile. Giombini a suivi la "promo" 2025, d'une passation de pouvoirs à l'autre, avec changement d'équipe.
Les pilotes sont tous des militaires ayant auparavant officié sur des Rafales. On les voit donc surpris de constater à quel point les Alpha Jets (de conception plus ancienne) font un peu "vieille bécane" à côté des bijoux de technologie que sont les chasseurs dernier cri de chez Dassault. Autre surprise : l'absence de simulateur de vol. C'est sur le terrain... et dans la tête que se préparent les sorties et les chorégraphies en l'air. Il y a d'ailleurs quelque chose de gracieux dans la manière dont les pilotes (en particulier le chef d'équipe) visualisent leurs futures acrobaties.
De l'automne au printemps, la nouvelle équipe s'entraîne, apprend à évoluer en groupes de 4, 6 ou 8 appareils, pour réaliser diverses figures. L'objectif est d'être fin prêts pour le 14 juillet et les meetings aériens organisés en France à la belle saison.
Un accident est venu entacher le tournage. Il s'est produit il y a presque un an tout pile, sous les yeux du réalisateur. En mars 2025, Giombini et son équipe avaient déjà bien avancé dans le tournage du documentaire. Ils étaient si bien intégrés au groupe que le cinéaste avait été accepté comme passager lors d'une sortie... qui n'a finalement pas eu lieu. L'accident qui s'est produit ce jour-là (et qui avait fait la Une des médias) a été délicatement intégré au film. Du côté de l'armée, il a fallu ensuite réorganiser l'équipe de pilotes, y intégrer deux nouveaux membres et reprendre les entraînements.
Au final, c'est moins spectaculaire que ce que j'espérais, mais c'est une belle aventure humaine, à voir sur grand écran.
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E.P.i.C.
Avec G.O.A.T. (dans un tout autre genre), c'est le deuxième film sorti récemment dont le titre est un acronyme : ici, le terme que l'on pourrait traduire par « épique » signifie aussi Elvis Presley in Concert.
C'est à Baz Luhrmann (réalisateur d'Elvis) que l'on doit ce documentaire hommage, conçu pour particulièrement mettre en valeur la période Las Vegas de la carrière du King. Pour cela, il a collecté un important matériau : des séquences issues de précédents documentaires, assez anciens, des extraits de programmes télévisés, mais aussi des images méconnues, tournées pendant des séances de répétition ou d'enregistrement. Ajoutez à cela divers extraits de concerts, le tout restauré, remastérisé (pour le son) et vous obtenez une formidable collection de moments, hélas placés un peu dans le désordre. Pour s'y retrouver, mieux vaux bien connaître la carrière d'Elvis... ou se fier à son apparence physique, sa coiffure comme son degré d'empâtement indiquant à quelle période l'on se trouve.
Le résultat est... étourdissant. Le film est fait pour être vu dans une salle dotée des meilleurs équipements, par exemple la technologie ICE présente dans certains cinémas CGR (pas celui de Rodez, hélas). C'est donc au cours d'un déplacement que je me suis offert cette expérience, dans une salle dont le public était, de manière surprenante, très diversifié (avec un assez grand nombre de jeunes adultes, plutôt de sexe féminin). Parmi les vieux briscards présents se distinguaient plusieurs individus dotés d'une coiffure particulière...
Bref, l'ambiance était bonne et, dès que le film a été lancé, assez souvent, nous avons été quelques-uns à avoir des fourmis dans les jambes. Sur le plan sonore, c'est vraiment emballant. On nous propose un florilège étendu et diversifié des chansons du King, certaines très connues, d'autres moins, dans des styles différents, de la country au gospel, en passant par le rhythm and blues, le rock et même de la variété.
Visuellement, c'est aussi très intéressant. Je vais enfoncer une porte ouverte, mais Elvis était vraiment une bête de scène (et un putain de beau gosse, au moins jusqu'à 35 ans). Les extraits de concert son souvent impressionnants.
C'est aussi bourré d'humour... celui d'Elvis. Je n'avais pas le souvenir d'un personnage aussi facétieux. C'est notamment l'intérêt des séquences d'enregistrement et de répétitions : outre la qualité de ses musiciens, on découvre l'icône sous un autre jour... et c'est passionnant.
Luhrmann n'a pas voulu s'appesantir sur les dernières années de la résidence "végassienne". Son film, incomplet, n'est pas parfait, mais, franchement, quand ça s'arrête, on en reprendrait bien une louche.
E.P.i.C.
Avec G.O.A.T. (dans un tout autre genre), c'est le deuxième film sorti récemment dont le titre est un acronyme : ici, le terme que l'on pourrait traduire par « épique » signifie aussi Elvis Presley in Concert.
C'est à Baz Luhrmann (réalisateur d'Elvis) que l'on doit ce documentaire hommage, conçu pour particulièrement mettre en valeur la période Las Vegas de la carrière du King. Pour cela, il a collecté un important matériau : des séquences issues de précédents documentaires, assez anciens, des extraits de programmes télévisés, mais aussi des images méconnues, tournées pendant des séances de répétition ou d'enregistrement. Ajoutez à cela divers extraits de concerts, le tout restauré, remastérisé (pour le son) et vous obtenez une formidable collection de moments, hélas placés un peu dans le désordre. Pour s'y retrouver, mieux vaux bien connaître la carrière d'Elvis... ou se fier à son apparence physique, sa coiffure comme son degré d'empâtement indiquant à quelle période l'on se trouve.
Le résultat est... étourdissant. Le film est fait pour être vu dans une salle dotée des meilleurs équipements, par exemple la technologie ICE présente dans certains cinémas CGR (pas celui de Rodez, hélas). C'est donc au cours d'un déplacement que je me suis offert cette expérience, dans une salle dont le public était, de manière surprenante, très diversifié (avec un assez grand nombre de jeunes adultes, plutôt de sexe féminin). Parmi les vieux briscards présents se distinguaient plusieurs individus dotés d'une coiffure particulière...
Bref, l'ambiance était bonne et, dès que le film a été lancé, assez souvent, nous avons été quelques-uns à avoir des fourmis dans les jambes. Sur le plan sonore, c'est vraiment emballant. On nous propose un florilège étendu et diversifié des chansons du King, certaines très connues, d'autres moins, dans des styles différents, de la country au gospel, en passant par le rhythm and blues, le rock et même de la variété.
Visuellement, c'est aussi très intéressant. Je vais enfoncer une porte ouverte, mais Elvis était vraiment une bête de scène (et un putain de beau gosse, au moins jusqu'à 35 ans). Les extraits de concert son souvent impressionnants.
C'est aussi bourré d'humour... celui d'Elvis. Je n'avais pas le souvenir d'un personnage aussi facétieux. C'est notamment l'intérêt des séquences d'enregistrement et de répétitions : outre la qualité de ses musiciens, on découvre l'icône sous un autre jour... et c'est passionnant.
Luhrmann n'a pas voulu s'appesantir sur les dernières années de la résidence "végassienne". Son film, incomplet, n'est pas parfait, mais, franchement, quand ça s'arrête, on en reprendrait bien une louche.
vendredi, 06 mars 2026
Les Enfants de la Résistance
J'ai vu l'adaptation de la bande dessinée à succès, centrée sur les deux premiers tomes, Premières actions...
... et Premières répressions :
Les scénaristes n'en ont gardé que la trame générale et la caractérisation de certains personnages. Si, de prime abord, l'on saisit qu'il fallait un peu "élaguer" dans les quatre-vingt-dix pages de la BD pour faire tenir l'histoire en 1h40, on comprend un peu moins quand on voit ce qui a été rajouté à la place...
Au niveau des acteurs, les adultes s'en sortent bien, en général. Artus est une bonne surprise en père ancien combattant, Jugnot fait le job en curé de campagne (très différent de celui de la BD mais cela passe) et ceux qui incarnent les nazis sont très bien (c'est-à-dire de parfaits salauds). Côté allemand, on a eu l'élégance d'introduire de la nuance : certains soldats n'ont rien d'extrémiste, ils sont simplement pris dans le flux de l'Histoire.
Mais tous les enfoirés de service ne sont pas aussi bien joués. Julien Arruti tente de casser son image en jouant un cafetier collabo, mais il n'est pas terrible. J'ai eu l'impression de me trouver devant une mauvaise copie de ce que j'avais vu ailleurs, il y a bien longtemps (par exemple dans Uranus ou Au bon beurre).
Les autres déceptions, au niveau de l'interprétation, sont les enfants. Leurs dialogues sont mal écrits (ils parlent un peu trop comme des adultes) et les acteurs sont souvent approximatifs. J'ai aussi été horripilé par l'un des changements introduits (par rapport à la BD) : la tension (factice) qui s'instaure entre l'un des garçons et la petite réfugiée, dont on comprend dès le départ qu'ils vont finir par s'adorer. C'est du niveau d'un téléfilm de France Télévisions...
C'est dommage, parce que l'histoire est belle et que le matériau de départ (les bandes dessinées) était de qualité. Je ne saurais donc trop recommander de lire les différents tomes, bien plus subtils que le film, et accompagnés (en fin de chaque volume) par un petit dossier historique. Si ce film médiocre incite des jeunes à s'intéresser (de manière un peu plus rigoureuse) à cette époque trouble, il aura servi à quelque chose.
19:36 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
Les Enfants de la Résistance
J'ai vu l'adaptation de la bande dessinée à succès, centrée sur les deux premiers tomes, Premières actions...
... et Premières répressions :
Les scénaristes n'en ont gardé que la trame générale et la caractérisation de certains personnages. Si, de prime abord, l'on saisit qu'il fallait un peu "élaguer" dans les quatre-vingt-dix pages de la BD pour faire tenir l'histoire en 1h40, on comprend un peu moins quand on voit ce qui a été rajouté à la place...
Au niveau des acteurs, les adultes s'en sortent bien, en général. Artus est une bonne surprise en père ancien combattant, Jugnot fait le job en curé de campagne (très différent de celui de la BD mais cela passe) et ceux qui incarnent les nazis sont très bien (c'est-à-dire de parfaits salauds). Côté allemand, on a eu l'élégance d'introduire de la nuance : certains soldats n'ont rien d'extrémiste, ils sont simplement pris dans le flux de l'Histoire.
Mais tous les enfoirés de service ne sont pas aussi bien joués. Julien Arruti tente de casser son image en jouant un cafetier collabo, mais il n'est pas terrible. J'ai eu l'impression de me trouver devant une mauvaise copie de ce que j'avais vu ailleurs, il y a bien longtemps (par exemple dans Uranus ou Au bon beurre).
Les autres déceptions, au niveau de l'interprétation, sont les enfants. Leurs dialogues sont mal écrits (ils parlent un peu trop comme des adultes) et les acteurs sont souvent approximatifs. J'ai aussi été horripilé par l'un des changements introduits (par rapport à la BD) : la tension (factice) qui s'instaure entre l'un des garçons et la petite réfugiée, dont on comprend dès le départ qu'ils vont finir par s'adorer. C'est du niveau d'un téléfilm de France Télévisions...
C'est dommage, parce que l'histoire est belle et que le matériau de départ (les bandes dessinées) était de qualité. Je ne saurais donc trop recommander de lire les différents tomes, bien plus subtils que le film, et accompagnés (en fin de chaque volume) par un petit dossier historique. Si ce film médiocre incite des jeunes à s'intéresser (de manière un peu plus rigoureuse) à cette époque trouble, il aura servi à quelque chose.
19:36 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
jeudi, 05 mars 2026
Rural
Il y a un peu plus de six ans, Edouard Bergeon avait rencontré un succès surprenant (et mérité) avec une fiction paysanne, Au nom de la terre (qui a atteint deux millions d'entrées). Cette fois-ci, il s'agit d'un documentaire, consacré à Jérôme Bayle (prononcer "Bail-le"), éleveur de vaches limousines (une bonne race à viande) en Haute-Garonne, pas très loin de Toulouse. Il s'est fait connaître par le mouvement de blocage de l'autoroute A64 (à ne pas confondre avec l'A69).
Le propos du film, très empathique, tourne autour du travail paysan (au XXIe siècle), de l'engagement (syndical, politique) et de la vie personnelle.
Le travail de l'éleveur n'est pas l'objet principal du film. On nous montre tout de même J. Bayle avec ses bêtes, dans les prés ou dans une stabulation. Il est aussi question du travail de la terre : l'éleveur produit une grande partie de l'alimentation de ses animaux (ce dont sa mère se montre fière : il travaille un peu "à l'ancienne"). L'agriculteur semble disposer d'un matériel assez important. Je présume qu'il est propriétaire de la majorité, puisqu'il y a deux ans de cela, quand certains médias avaient évoqué ses difficultés économiques, il avait été question de son endettement (sans doute pour acheter du matériel). Sur le plan économique, l'une des plus belles séquences est celle de la vente aux enchères : le prix payé au kilo (entre 6 et 14 euros, selon la bête) est un enjeu crucial, une vache "bien" vendue assurant un à trois mois de revenu.
C'est précisément la dégradation des conditions de vie des éleveurs (et la menace que représente le traité avec le Mercosur) qui a motivé le mouvement des "ultras de l'A64". Pour cette partie, Bergeon a recours à beaucoup d'images d'archives. A celles et ceux qui ont suivi de près cette actualité, le film n'apprendra pas grand chose. Certaines images me semblent cependant inédites, comme celles de la rencontre de Gabriel Attal à Matignon (celles tournées -avec le même Attal- chez Bayle comme sur l'A64 ayant été déjà diffusées). Il y a aussi la rencontre (non fortuite) avec Emmanuel Macron lors du Salon de l'agriculture... et il y a la participation à une réunion d'information, à Toulouse, avec des écologistes... et Marine Tondelier en invitée vedette. (On sent qu'une partie du public est dubitative : l'éleveur n'est pas bio, même s'il se démarque du productivisme des cadres de la FNSEA... et il est chasseur.)
Mais, plus que sur le plan politique, c'est sur le plan syndical que le film est intéressant. Lors de son installation, J. Bayle était membre de la FDSEA (branche départementale de la FNSEA). Il s'en est éloigné et a créé son propre mouvement... qui a remporté les élections à la Chambre d'agriculture de Haute-Garonne, en 2025. Le film montre la naissance du mouvement qui conduit à la formation de listes (avec peu de femmes, comme ailleurs, souvent)... et à la campagne victorieuse. Les succès remportés par Bayle (ainsi que son aura médiatique) ont suscité quelques jalousies, matérialisées par des commentaires acerbes sur les réseaux sociaux, véritable plaie de notre époque.
Devenu une puissance avec qui compter, J. Bayle a les honneurs d'une visite privée, celle d'Arnaud Rousseau, l'influent président de la FNSEA. La conversation (autour d'un bon repas) est cordiale, mais les différences entre les deux hommes sont criantes. D'un côté, on a l'un des plus gros agriculteurs de France (un céréalier), passé par une prestigieuse école de commerce privée, sûr de lui, qui pense profit, marché, entreprise. Face à lui, on a un gars qui se destinait à devenir soit maçon soit joueur de rugby professionnel, un défenseur de l'agriculture familiale, celle qui est en train, petit à petit, de disparaître.
Elle risque de disparaître d'abord faute de combattants. Le nombre d'agriculteurs ne cesse de diminuer. Seule une partie des enfants de paysans souhaite prendre la suite des parents. Sur son exploitation, Bayle travaille avec sa mère. (Son père s'est suicidé, point commun avec le réalisateur.) Il n'est pas marié, n'a pas d'enfant. Son quotidien change lorsqu'une famille vient s'installer sur une maison qu'il a sans doute construite, pas très loin de son exploitation. Au départ, il pense surtout en tirer un complément de revenu, mais la surprise vient des enfants (un garçon et une fille), de petits citadins que la vie à la ferme va captiver. On sent l'éleveur touché par ces gamins, auxquels il peut tenter de transmettre sa rigueur et sa passion.
13:29 Publié dans Cinéma, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, france, société, agriculture
Rural
Il y a un peu plus de six ans, Edouard Bergeon avait rencontré un succès surprenant (et mérité) avec une fiction paysanne, Au nom de la terre (qui a atteint deux millions d'entrées). Cette fois-ci, il s'agit d'un documentaire, consacré à Jérôme Bayle (prononcer "Bail-le"), éleveur de vaches limousines (une bonne race à viande) en Haute-Garonne, pas très loin de Toulouse. Il s'est fait connaître par le mouvement de blocage de l'autoroute A64 (à ne pas confondre avec l'A69).
Le propos du film, très empathique, tourne autour du travail paysan (au XXIe siècle), de l'engagement (syndical, politique) et de la vie personnelle.
Le travail de l'éleveur n'est pas l'objet principal du film. On nous montre tout de même J. Bayle avec ses bêtes, dans les prés ou dans une stabulation. Il est aussi question du travail de la terre : l'éleveur produit une grande partie de l'alimentation de ses animaux (ce dont sa mère se montre fière : il travaille un peu "à l'ancienne"). L'agriculteur semble disposer d'un matériel assez important. Je présume qu'il est propriétaire de la majorité, puisqu'il y a deux ans de cela, quand certains médias avaient évoqué ses difficultés économiques, il avait été question de son endettement (sans doute pour acheter du matériel). Sur le plan économique, l'une des plus belles séquences est celle de la vente aux enchères : le prix payé au kilo (entre 6 et 14 euros, selon la bête) est un enjeu crucial, une vache "bien" vendue assurant un à trois mois de revenu.
C'est précisément la dégradation des conditions de vie des éleveurs (et la menace que représente le traité avec le Mercosur) qui a motivé le mouvement des "ultras de l'A64". Pour cette partie, Bergeon a recours à beaucoup d'images d'archives. A celles et ceux qui ont suivi de près cette actualité, le film n'apprendra pas grand chose. Certaines images me semblent cependant inédites, comme celles de la rencontre de Gabriel Attal à Matignon (celles tournées -avec le même Attal- chez Bayle comme sur l'A64 ayant été déjà diffusées). Il y a aussi la rencontre (non fortuite) avec Emmanuel Macron lors du Salon de l'agriculture... et il y a la participation à une réunion d'information, à Toulouse, avec des écologistes... et Marine Tondelier en invitée vedette. (On sent qu'une partie du public est dubitative : l'éleveur n'est pas bio, même s'il se démarque du productivisme des cadres de la FNSEA... et il est chasseur.)
Mais, plus que sur le plan politique, c'est sur le plan syndical que le film est intéressant. Lors de son installation, J. Bayle était membre de la FDSEA (branche départementale de la FNSEA). Il s'en est éloigné et a créé son propre mouvement... qui a remporté les élections à la Chambre d'agriculture de Haute-Garonne, en 2025. Le film montre la naissance du mouvement qui conduit à la formation de listes (avec peu de femmes, comme ailleurs, souvent)... et à la campagne victorieuse. Les succès remportés par Bayle (ainsi que son aura médiatique) ont suscité quelques jalousies, matérialisées par des commentaires acerbes sur les réseaux sociaux, véritable plaie de notre époque.
Devenu une puissance avec qui compter, J. Bayle a les honneurs d'une visite privée, celle d'Arnaud Rousseau, l'influent président de la FNSEA. La conversation (autour d'un bon repas) est cordiale, mais les différences entre les deux hommes sont criantes. D'un côté, on a l'un des plus gros agriculteurs de France (un céréalier), passé par une prestigieuse école de commerce privée, sûr de lui, qui pense profit, marché, entreprise. Face à lui, on a un gars qui se destinait à devenir soit maçon soit joueur de rugby professionnel, un défenseur de l'agriculture familiale, celle qui est en train, petit à petit, de disparaître.
Elle risque de disparaître d'abord faute de combattants. Le nombre d'agriculteurs ne cesse de diminuer. Seule une partie des enfants de paysans souhaite prendre la suite des parents. Sur son exploitation, Bayle travaille avec sa mère. (Son père s'est suicidé, point commun avec le réalisateur.) Il n'est pas marié, n'a pas d'enfant. Son quotidien change lorsqu'une famille vient s'installer sur une maison qu'il a sans doute construite, pas très loin de son exploitation. Au départ, il pense surtout en tirer un complément de revenu, mais la surprise vient des enfants (un garçon et une fille), de petits citadins que la vie à la ferme va captiver. On sent l'éleveur touché par ces gamins, auxquels il peut tenter de transmettre sa rigueur et sa passion.
13:29 Publié dans Cinéma, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, france, société, agriculture




