mercredi, 26 mars 2025
Je le jure
D'apparence, il s'agit d'un nouveau film de procès, qui débarque sur nos écrans quelques mois après deux belles réussites, Le Fil (de Daniel Auteuil) et Juré n°2 (de Clint Eastwood).
Pourtant, le début de l'histoire nous plonge dans un tout autre univers, celui de la « France d'en-bas », composée de travailleurs modestes, aux goûts simples, vivant dans une petite ville de Lorraine, à proximité de Metz. On y chasse, on y chante, on y danse, lors de soirées au bar ou de repas en commun.
On découvre ainsi, dans son milieu, le personnage principal de l'histoire, Fabio, plutôt beau gosse, musclé, tatoué, mais introverti, taiseux... et cachant à son entourage sa liaison avec une femme qui a l'âge d'être sa mère.
Sa convocation pour participer à un jury de Cour d'Assises d'appel, à Metz, le sort de son petit confort quotidien et lui fait rencontrer des personnes qu'il a sans doute rarement l'occasion de croiser. Mais, surtout, cette convocation lui donne du pouvoir, des responsabilités : celles de décider de la condamnation d'un jeune incendiaire, responsable de la mort d'un pompier. (Le scénario semble s'inspirer de réelles flambées de violence dont le quartier des Planchettes, situé dans la ville de Verdun, en Meuse, a été le théâtre, notamment en 2021.)
L'aspect judiciaire est soigné. La préparation des jurés, leur sélection, leur vie au quotidien dans le tribunal, leur écoute des audiences, leurs discussions informelles tout comme leurs débats officiels sont très pédagogiquement mis en scène, le groupe associant des acteurs non professionnels à des pointures comme Marina Foïs (la présidente du tribunal), Louise Bourgouin, Micha Lescot, Emmanuel Salinger (trois jurés) ou encore Sophie Guillemin (la procureure). Samuel Theis a un vrai talent pour filmer les groupes, bien épaulé par l'équipe de montage.
Mais le plus important est ailleurs, dans le questionnement intérieur de chaque juré... et la personnalité de l'accusé (bien interprété, je trouve), qui ne nie pas sa culpabilité, mais tente d'atténuer sa peine. Petit à petit, on comprend qu'entre le fils d'immigrés ivoiriens et Fabio le Rital les points communs sont plus nombreux qu'on ne le pensait de prime abord.
Cela donne un film fort, soigné, qui prend le temps de traiter tous les volets de son intrigue et ménage un réel (petit) suspens quant à sa conclusion, le verdict n'étant pas facile à deviner au vu des échanges entendus pendant le délibéré.
22:24 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
samedi, 22 mars 2025
Black Dog
Primé l'an dernier au Festival de Cannes dans la catégorie Un certain regard, ce film nous transporte dans le Far-West chinois, aux confins du désert de Gobi, loin des lumières des mégapoles de la côte orientale, à la veille de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, en 2008.
La région est victime de la désindustrialisation. Elle a été vidée d'une partie de ses habitants, qui sont allés chercher du travail ailleurs... mais ont souvent laissé leurs chiens sur place. Les bâtiments à l'abandon sont donc parfois peuplés de canidés, certains se réunissant en meute, suscitant la crainte des habitants.
C'est le moment où débarque Lang, qui sort de dix années de prison, pour un meurtre dont les circonstances demeurent longtemps mystérieuses. Il n'est pas toujours le bienvenu dans la région. Il y est pourtant célèbre pour ses acrobaties à moto (et un certain talent de musicien), mais l'homme qu'il a tué était le neveu d'un commerçant local qui a pignon sur rue... et qui dispose d'une bande de loubards pour assurer sa protection.
Cette masse d'informations nous est donnée par petites touches, souvent par allusion. C'est l'un des grands talents de ce film que de nous dire beaucoup de choses avec une économie de dialogues... et ça tombe bien, puisque le personnage principal (Lang) est du genre taiseux.
Il est rapidement embauché par la brigade canine locale, qui veut débarrasser la petite ville des chiens errants, en particulier du "chien noir", réputé enragé. Je pense ne pas dévoiler grand chose en écrivant que l'ex-taulard et le diable à quatre pattes vont nouer une bien étrange relation, plutôt hostile au départ, puis de plus en plus amicale. C'est, pour moi, ce qu'il y a de plus beau dans ce film, la naissance de cette complicité, qui va prendre des formes inattendues, quand chacun des deux va se retrouver en danger. Tout cela est suggéré par une mise en scène talentueuse.
En revanche, je ne suis pas emballé par la photographie. Certains plans montrent l'aspect semi-désertique de la région, parfois accidentée, mais l'image est granuleuse, pas d'une netteté extraordinaire. Je pense que c'est volontaire puisque vers la fin, on a droit à quelques plans au soleil couchant de toute beauté.
Hu Guan (dont j'aimerais bien découvrir d'autres films) a voulu montrer à la fois un monde qui disparaît et un autre qui grandit. On voit donc des immeubles décrépits, certains déconstruits, voire détruits, tandis qu'un programme de rénovation urbaine est mis en route. Au niveau des humains, les "anciens" sont sur le déclin. Aussi tristes soient certaines péripéties, le cinéaste veut suggérer que la vie continue, parfois sous une autre forme.
On a parfois affirmé que ce film était critique du pouvoir chinois. Je pense qu'on surinterprète. Durant la majorité de l'histoire, les problèmes du héros (ou du chien) viennent des autres habitants de la ville. La police est présentée comme garante d'un ordre minimal et ses officiers semblent calmes et assez compréhensifs. Il n'y a guère que dans le peu d'enthousiasme en faveur des JO qu'on peut distinguer une forme de réticence vis-à-vis de la propagande du pouvoir, mais j'y vois une autre signification.
Au-delà d'un monde de paillettes (la construction de quartiers modernes, la médiatisation de l'éclipse et la cérémonie d'ouverture des JO), le film prétend qu'il n'y a rien de plus fort (et de plus beau) que l'amour inconditionnel et indéfectible entre un humain et son chien.
12:00 Publié dans Chine, Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films
mercredi, 19 mars 2025
The Monkey
On nous annonce un film adaptant une nouvelle de Stephen King, par le réalisateur de Longlegs... donc on pense horreur et épouvante... et cela a trompé une partie du public. Certes, on a droit à son content de scènes violentes, avec hémoglobine, décapitation, amputation, étripage, explosion, perforations diverses et variées... mais c'est surtout drôle !
Cela fonctionne parce que les comédiens se sont bien investis dans cette comédie horrifique et parce que les effets spéciaux sont très corrects. En revanche, l'histoire des frères jumeaux tout comme la relation père-fils sont totalement inintéressantes.
J'ai toutefois apprécié le tableau d'une Amérique de l'envers, celle des zones reculées de Nouvelle-Angleterre (dans le Maine notamment), où la concentration en demeurés semble particulièrement élevée.
Le début du film nous cueille avec la scène du magasin, durant laquelle on découvre le pouvoir diabolique du fameux singe musicien dont il ne faut surtout pas dire qu'il est un jouet. La suite est un long retour en arrière, en deux parties, avec d'abord l'enfance des héros, puis, alors qu'ils pensent être débarrassés de l'objet maléfique, le retour de celui-ci quand ils sont devenus trentenaires. Parmi les morts croquignolesques, je recommande celle de l'oncle des gamins (lors d'une partie de chasse), celle de la baigneuse (dans le Motel)... et celle d'un personnage que je ne peux pas ouvertement désigner (pour ménager l'effet de surprise). Je vous dirai juste que cela se passe dans une voiture et que cela implique un nid de frelons...
C'est un plaisir coupable d'1h30 environ, pour amateurs du genre.
16:17 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 16 mars 2025
L'Enigme Vélazquez
Producteur (entre autres) de L'Ombre de Goya (que j'ai vu en 2022 au festival de cinéma de La Rochelle), Stéphane Sorlat a décidé de passer à la réalisation, pour se consacrer à un autre peintre ibérique, emblématique du Siècle d'or espagnol.
Le documentaire mêle biographie, aspects esthétiques et filiation culturelle. Les vues de tableaux sont assez nombreuses, mais avec, au final, peu d'analyses de détail (avec très gros plans). Quand cela se produit, c'est passionnant. Mais, la plupart du temps, les tableaux sont associés à des commentaires de spécialistes (européens ou nord-américains), en général contemporains, mais parfois plus anciens. (Concernant Les Ménines, on attend évidemment les propos de Michel Foucault, mais l'extrait qui nous est proposé est décevant.) J'ai trouvé cela globalement trop verbeux.
Le film n'apporte pas beaucoup d'informations précises sur les modèles de Vélazquez. On pense que certaines œuvres de Léonard de Vinci l'ont inspiré, tout comme celles du Titien et du Tintoret, qu'il a découvertes soit à la Cour d'Espagne, soit lors d'un voyage en Italie... soit par l'intermédiaire de copies de Rubens.
Le documentaire s'attarde davantage sur l'influence que Vélazquez a eue sur des peintres ultérieurs : Goya et Picasso principalement, mais aussi Édouard Manet (et, globalement, les impressionnistes), dans une séquence fort bien faite. Mais je dois reconnaître que j'ai surtout été marqué par l'irruption de Salvador Dali. On le voit peu, on l'entend peu, mais il emporte tout. En comparaison, les autres interventions paraissent fades.
Au niveau de la technique, le film évoque notamment les jeux d'ombre et l'utilisation du noir. Il trace une filiation entre une série de peintres, jusqu'au XXe siècle... mais, curieusement, ne prolonge pas jusqu'à Pierre Soulages.
J'ajoute qu'on a cherché à tout prix à relier certaines œuvres de Vélazquez à des thématiques plus contemporaines. C'est loin d'être toujours convaincant.
L'ensemble mérite toutefois le détour, si l'on aime la peinture et si l'on veut profiter d'un visionnage sur très grand écran.
samedi, 15 mars 2025
Le Secret de Kheops
L'actrice Barbara Schulz (actuellement à l'affiche de la série Carpe Diem, diffusée par TF1) s'est placée derrière la caméra pour tourner cette comédie d'aventures, qui repose principalement sur le charisme de Fabrice Lucchini et de Julia Piaton, accompagnés de quelques invités prestigieux : Jackie Berroyer, Camille Japy et Arié Elmaleh. Je pourrais ajouter Marie Denarnaud, Romain Levi et Vincent Heneine, efficaces seconds rôles.
C'est alléchant... mais joué de manière parfois caricaturale. Je suis conscient que c'est une fantaisie, un polar pseudo-archéologique familial, à l'image de tant de productions anglo-saxonnes. Mais, une fois n'est pas coutume, j'ai trouvé que F. Lucchini en faisait vraiment trop, dans la peau d'un chercheur fantasque. Les "méchants" m'ont eux aussi paru excessifs, pas très bien campés. Les autres sont plutôt bons, surtout Julia Piaton... et j'ai bien aimé la manière dont le scénario joue des clichés à propos du fils de celle-ci, un adolescent supposé maladroit et inculte, mais qui prend une distance salutaire vis-à-vis de son personnage.
A son sujet, les amateurs de séries policières françaises auront reconnu Gavril Dartevelle, un habitué des rôles d'ado un peu casse-couilles (mais pas méchant, au fond), en général jeté dans les pattes des enquêteurs vedettes, que sa "djeunsitude" contribue à ringardiser. On a pu ainsi le voir en 2021, dans un épisode de L'Art du crime (Le Testament de Van Gogh, où il incarne l'un des enfants de l'enquêteur principal)...
... puis en 2023, dans un épisode de César Wagner (le neuvième, dans lequel, collégien de 3e... et filleul du médecin de la police, il effectue un stage au commissariat)...
... et très récemment, début 2025, dans un épisode de la dispensable Mademoiselle Holmes (Une Histoire de sœurs, où il incarne, une fois encore, un stagiaire, cette fois-ci de Seconde... et encore fils de flic).
Mais revenons à nos moutons. Le début du film m'a mis dans de bonnes dispositions : il s'agit d'une scène de fouilles archéologiques, qui se termine de manière surprenante... et cocasse. J'y vois la malice des scénaristes (et de la réalisatrice), qui nous indiquent qu'ils ne sont pas en train de nous faire un Indiana Jones à la française.
Autre qualité du film : l'arrière-plan historique a été travaillé. L'intrigue navigue entre l’Égypte antique (celle du pharaon du troisième millénaire avant JC) et l'époque napoléonienne, en particulier l'expédition d’Égypte (1798-1800) et ses conséquences, impliquant le directeur des musées Dominique Vivant Denon (DVD, pour les intimes). Une passionnante chasse au trésor conduit les héros du musée du Louvre à la place de la Bastille, en passant par les égouts de Paris et le château de Malmaison. Cette quête n'est pas sans danger, puisqu'un groupe de trafiquants s'en mêle. Ce n'est pas l'aspect le plus réussi de cette histoire...
En dépit de ses défauts, j'ai trouvé le film distrayant et intéressant sur le plan culturel. Il aurait été parfait en sortie de Noël.
P.S.
L'une des péripéties conduit les héros au cimetière du Père Lachaise, où se trouve le tombeau de Vivant Denon. La statue dont il est surmonté subit une (légère) dégradation... censée expliquer son état réel, actuel !
En effet, d'après les photographies que j'ai pu consulter, la main droite de la statue du cimetière ne tient rien (ou alors des fleurs, voire une rose, placées là par une bonne âme). Tel n'est pas le cas du plâtre qui lui a servi de modèle. Si vous voulez savoir quel est cet objet et ce qu'il lui est arrivé, il faut aller voir le film !
21:48 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
On ira
L'actrice et réalisatrice Enya Baroux a choisi la tragi-comédie pour traiter de questions très sensibles : le cancer, le choix de sa mort et les relations parents-enfants.
Dans la première partie de l'histoire domine un ton comique, perceptible dès l'introduction, qui présente les deux principaux personnages, Marie et Rudy, interprétés par la merveilleuse Hélène Vincent et l'incontournable Pierre Lottin (déjà excellent dans En Fanfare, un film quasiment ignoré par les derniers César... mais est-ce réellement étonnant ?). Entre la veuve isolée (mais très maline) et le jeune travailleur social maladroit (mais plein de bonne volonté) va naître une improbable complicité, que le talent des deux comédiens rend crédible.
J'ai été nettement moins enthousiasmé par le personnage du fils. Pourtant, il est plutôt bien interprété par David Ayala, qui tente de le rendre moins antipathique... mais je dois avouer qu'en dépit d'un scénario généreux, il m'a collé des boutons durant tout le film. Il ressemble trop à un membre de ma famille et je trouve le portrait de départ très chargé : c'est donc un mauvais fils, mais aussi un père lamentable, un ex-mari pathétique... et un auto-entrepreneur ridicule. L'histoire a évidemment pour but de nous montrer une sorte de rédemption... qui met du temps à survenir.
En attendant Godot ce moment miraculeux, on peut profiter des nombreuses péripéties du film, certaines très cocasses (en général quand P. Lottin est à l'écran), d'autres plus émotionnelles : autour du début de l'adolescence de la fille, et quand il s'avère que la santé de Marie se dégrade irrémédiablement.
A signaler aussi certains moment totalement inattendus, comme la séquence chez les Gitans, qui rebondit de manière très poétique en toute fin d'histoire.
Si l'on ajoute à cela de beaux paysages du sud-est de la France et le surgissement, à intervalle régulier, du tube de Desireless (jusqu'au générique de fin, interprété par Barbara Pravi), on peut dire qu'on passe un beau moment, nimbé d'humour au départ, avec les yeux qui piquent à la fin.
14:33 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
vendredi, 14 mars 2025
The Insider
Le titre "français" du dernier Soderbergh fait allusion au personnage principal, le terne mais redoutablement efficace George Woodhouse (Michael Fassbender, excellent), agent du MI5... mais il pourrait tout aussi bien désigner la "taupe", le traître que le héros est chargé de débusquer parmi la short list des suspects... dont fait partie son épouse Kathryn (Cate Blanchett, impeccable, bien que trop maquillée). Cela nous ramène au titre original du film, Black Bag, une expression utilisée par les espions quand ils ne peuvent pas parler d'un de leurs déplacements, en général une mission ultra-secrète... mais aussi, parfois, un rendez-vous galant qu'il vaut mieux cacher à son (sa) conjoint(e).
C'est peu de dire que l'intrigue de ce film d'espionnage baigne dans le mensonge, les faux-semblants... et le billard à trois bandes. On met longtemps à comprendre quels ressorts sont à l’œuvre dans cette histoire bien tordue, digne d'un roman de la Guerre froide.
En attendant de découvrir le fond de l'affaire, on suit George en train de mener sa petite enquête. Les suspects sont tous des gradés du Service. On s'intéresse à leur vie privée, parce qu'elle semble interférer avec leur travail. Mais, comme on est entre gens bien élevés (et qui se connaissent, voire se respectent), on procède avec une certaine délicatesse, sous une apparence de papier glacé. Je dois dire que, même si une scène de repas m'a bien plu, j'ai commencé à piquer du nez... jusqu'à ce que l'une des manipulations se dévoile. On découvre soudain que ce que l'on a vu auparavant n'est pas ce que cela semblait être. Quelqu'un de très habile a joué aux dominos, se contentant de faire tomber la première pièce, déclenchant une cascade de conséquences. C'est brillamment mis en scène... et encore plus stupéfiant quand on comprend que ce sont deux séries de dominos (symboliques) qui ont été mises en branle.
Dans la seconde partie, le héros tente de remonter le fil de la manipulation. Parmi les séquences marquantes, je relève celle du passage des suspects par le polygraphe, aux dialogues ciselés. J'ai aussi beaucoup aimé le "dîner entre amis", autour d'une table sous laquelle le tapis vient d'être changé...
Les seconds rôles (Naomie Harris, Pierce Brosnan...) épaulent efficacement les deux vedettes. Ce film fut aussi pour moi l'occasion de revoir la délicieuse Marisa Abela, découverte l'an dernier dans Back to Black.
Après avoir dû supporter un début un peu poussif, je me suis régalé.
23:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Hola Frida
On doit cette animation picturale française à Karine Vézina et André Kadi. Il y a quelques années, ce duo nous avait offert Dounia et la princesse du désert, qui mêlait l'horreur de la guerre civile syrienne à l'ambiance des contes orientaux.
Le mélange est aussi la marque de fabrique de ce film-ci, où les personnages ont de grosses têtes (comme dans les mangas... ou chez Mafalda), baignent dans une culture métissée, à la fois occidentale, hispanique et amérindienne (aztèque... ou plutôt mexica et zapotèque). S'ajoutent les références à la vie et l’œuvre de Frida Kahlo, dont on nous présente une partie de la jeunesse, à une époque où elle pouvait encore se déplacer à peu près normalement.
Je n'ai pas été emballé par l'animation, que j'ai trouvée un peu sommaire... mais très colorée. C'est une explosion kaléidoscopique, qui vise à mettre en relation la vie et l’œuvre de Frida.
Sur le fond, c'est très intéressant. C'est évidemment un film féministe, sur une gamine aux origines modestes qui voudrait devenir médecin. C'est aussi un film sur les inégalités sociales et sur le surgissement de l'art.
A destination des enfants, on a conçu des scènes qui évoquent les relations parfois difficiles entre jeunes : incompréhension, moqueries, harcèlement, sentiment de solitude et envie d'appartenir à un groupe. C'est assez subtilement fait, donnant sa chance au personnage du petit con, qui est lui-même en souffrance.
En toile de fond se trouvent les héritages de la civilisation amérindienne, à travers notamment tout ce qui touche à la mort et à l'au-delà.
C'est un beau petit film, plutôt destiné au jeune public.
samedi, 08 mars 2025
Julie se tait
... et pourtant, elle n'est pas muette. Julie est un grand espoir du tennis belge, scolarisée en sport-études. Elle est sur le point de passer les redoutables sélections nationales, avec, derrière, l'ambition de passer pro, avec le soutien de la fédération de tennis belge. Elle compte sur ses parents, ses amis et son entraîneur, exigeant, qui lui a permis de progresser.
Mais voilà que celui-ci est suspendu. L'une des joueuses qu'il coache s'est suicidée et d'autres jeunes l'accusent de harcèlement. Une enquête est ouverte, au cours de laquelle tous les athlètes sont interrogés. Julie, réputée proche de l'entraîneur, n'a rien à dire contre lui... parce qu'il n'y a rien à lui reprocher ?... parce que tous deux sont de connivence ?... ou parce qu'elle est sous son emprise ? Il est longtemps difficile de trancher, tant l'impassibilité de la jeune joueuse masque ses sentiments profonds.
Il faut donc souligner la qualité de l'interprétation de Tessa Van den Broeck, la révélation de cette fiction présentée à Cannes en 2024. C'est une très bonne actrice... et une joueuse de tennis vraisemblable, d'abord sur le plan physique : elle est mince et athlétique, avec des épaules bien formées, des bras un peu plus épais que la moyenne et des cuisses musclées. Techniquement, elle est au point : quand on la voit s'entraîner (et un peu jouer, en match), elle est parfaitement crédible.
Cette fiction a donc un aspect documentaire. Elle nous fait découvrir de l'intérieur le monde du tennis de haut niveau, versant espoirs, avec les phases d'entraînement, le rôle des familles, les relations entre jeunes... et les périodes scolaires.
Il est assez finement suggéré que, dans le lot de celles et ceux qui suivent l'entraînement poussé, très peu ont des chances de faire partie de l'élite, mais que l'école accepte des enfants moyennement doués, issus de familles fortunées, dont les contributions mettent du beurre dans les épinards...
L'ambiance est assez douce, mais avec une forte tension sous-jacente. L'intrigue bascule dans la seconde partie, après une scène clé. C'est bien écrit, bien filmé, bien joué. C'est l'une des excellentes surprises de ce premier trimestre 2025.
vendredi, 07 mars 2025
Mickey 17
En vingt-cinq ans, Bong Joon Ho n'a réalisé qu'une dizaine de longs-métrages, parmi lesquels Memories of murder, The Host, Snowpiercer et, bien entendu, Parasite. C'est dire si son nouveau film était attendu.
Adapté d'un roman, Mickey 17 mêle science-fiction, satire politique, réflexion sur la nature humaine... et humour scabreux. C'est d'abord l'histoire d'un paumé, pas heureux sur Terre, qui s'engage dans la colonisation spatiale sans trop savoir à quoi s'attendre. La peinture de grandes inégalités est mâtinée d'humour, puisqu'on découvre le devenir successif de toutes les précédentes versions de Mickey Barnes... avant de voir débarquer la suivante ! Ce sont donc deux héros (pour le prix d'un) que nous offre ce scénario malicieux, les deux copies conformes (sur le plan physique) se révélant très différentes sur le plan mental.
Ça a dû être jouissif à jouer pour Robert Pattinson, qui rend crédibles toutes les versions de son personnage. Il faut ajouter qu'il est très bien entouré : Naomi Ackie (récemment vue dans Blink Twice) et la Franco-Roumaine Anamaria Vartolomei (l'ex-Haydée de Monte-Cristo se coulant parfaitement dans l'uniforme d'une policière bad ass...). A signaler aussi Toni Collette en épouse psychopathe, plus convaincante que Mark Ruffalo, chargé d'incarner une sorte de gourou, mi-politicien mi chef de secte, et qui en fait un peu trop avec son couvre-dents immaculé. Mais c'est aussi conforme au style de Bong Joon Ho, qui aime les personnages excentriques, limite invraisemblables.
L'intrigue de science-fiction fonctionne bien, en raison de la qualité des décors et des effets spéciaux. Une autre réussite à signaler est celle des énormes insectes peuplant la nouvelle planète, qui réservent pas mal de surprises... Sur le fond, le propos ravira les spectateurs attachés à la défense d'opprimés (humains comme animaux) : c'est suffisamment vague pour n'incriminer personne, et suffisamment habile pour que de nombreuses causes puissent s'y retrouver.
Le plus étonnant est finalement l'étrange "ménage à trois" qui se met en place dans la seconde partie de l'histoire. Le réalisateur prend ici plus de risques... y compris celui de susciter l'émotion là où on ne l'attend pas.
J'ai vu le film en version-originale sous-titrée et j'en suis sorti d'excellente humeur.
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mercredi, 05 mars 2025
La Fabrique du mensonge
Ce long-métrage allemand est centré sur Joseph Goebbels, le ministre de la propagande d'Hitler et sur sa montée en puissance sous le régime nazi, avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.
A priori, cela constitue une proposition cinématographique alléchante (surtout en version originale sous-titrée). Je suis cependant sorti de là très mitigé, pour plusieurs raisons.
J'ai tout d'abord un problème avec la distribution, en particulier les acteurs chargés d'incarner Goebbels et Hitler, à savoir Robert Stadlober et Fritz Karl. Ils sont trop éloignés de l'image que je me suis faite de ces personnages historiques, tant je les ai vus dans des photographies et des vidéos d'archives. Ainsi, Karl ne fait sentir que très tardivement le déclin physique d'Hitler et il paraît plus jeune (et athlétique) que ne l'était le Führer. De son côté, Stadlober a un visage assez rebondi, presque poupin, alors que le vrai Goebbels avait les traits anguleux et était beaucoup plus laid que l'image qu'en donne le comédien. C'est d'autant plus flagrant que les scènes de fiction alternent avec des extraits de films d'époque... qui d'ailleurs ont plus de force que ce qui a été tourné au XXIe siècle.
Je ne suis pas non plus enchanté par la manière dont ils incarnent leurs personnages. Hitler passe parfois pour un simple manager du nazisme (je pense que c'est voulu)... et l'aspect cyclothymique de son caractère est très peu présent. Quant à Goebbels, il nous est présenté quasiment comme un cadre commercial (là aussi, c'est sans doute voulu). Fort heureusement, le réalisateur a pensé à évoquer le prédateur sexuel.
Un autre problème se pose au niveau de la forme : Goebbels parle beaucoup (trop), pour dire ce qu'il fait ou ce qu'il pense, ce qu'aurait dû être capable de suggérer une mise en scène un tant soit peu élaborée.
Je note tout de même quelques moments savoureux, quand il est question de décrypter la propagande du régime, par exemple dans l'organisation de la remise "spontanée" d'un bouquet de fleurs par un enfant au Führer, ou lorsque sont utilisées des maquettes pour faire croire à une scène de guerre...
J'ai aussi apprécié quelques piques lancées ici et là, comme le rappel de la critique élogieuse que le jeune Michelangelo Antonioni avait publiée à propos du film antisémite Le Juif Süss... ou la présence, pas toujours discrète, de la cinéaste Leni Riefenstahl dans le premier cercle d'Hitler.
Ce n'est donc pas totalement inintéressant, mais, au vu du sujet, c'est pour moi une déception.
22:06 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
vendredi, 28 février 2025
The Brutalist
C'est le premier film réalisé par Brady Corbet qu'il m'est donné de voir... et, autant le dire tout de suite, cela me donne envie d'en connaître davantage.
La première partie (environ 1h40) passe comme un rêve... et pourtant, ce qu'on y voit est parfois cauchemardesque. On nous y conte une histoire déjà vue et entendue ailleurs (à la fois celle de migrants en quête du Rêve américain et celle d'Européens juifs cherchant un refuge hors du Vieux Continent, après la Seconde Guerre mondiale)... mais c'est mis en scène avec un incontestable brio. J'ai notamment été saisi, au début, par le plan-séquence dont l'aboutissement (la Statue de la Liberté) a été tant de fois commenté. Mais c'est tout l'ensemble qu'il faut déguster. Corbet réussit aussi bien les scènes de groupe (comme les soirées jazzy) que les plans architecturaux (l'auditorium en construction) ou paysagers (la colline, mais aussi la carrière de marbre de Hongrie Carrare).
Une partie de ces scènes inspirantes (et inspirées) se trouve dans la seconde moitié du film, tout comme un autre plan-séquence, remarquable sur la forme comme sur le fond : après que l'épouse de l'architecte, sévèrement handicapée, a dit ses quatre vérités au propriétaire du manoir, qui disparaît soudain de l'écran.
L'interprétation est au diapason. On a principalement évoqué Adrien Brody (dont je ne vois pas comment l'Oscar pourrait lui échapper, s'il y a une justice dans l'attribution des récompenses), mais Guy Pearce (le milliardaire), Felicity Jones (l'épouse) et Alessandro Nivola (le cousin Attila) sont eux aussi excellents... même si j'ai quelques réserves sur les scènes intimes entre l'architecte et son épouse (la première en particulier, que j'ai trouvée limite ridicule).
Ce bémol excepté, ce n'est que du bonheur. La première partie raconte la sortie du bourbier et un début de reconnaissance, en dépit des embûches, la seconde partie est davantage marquée par la salissure (sous toutes ses formes), bien que le succès soit aussi au rendez-vous.
A travers l'architecte qui peine à finir son grand œuvre et qui, pour cela, est prêt à quasiment se prostituer, on peut voir l'image du cinéaste doué, ambitieux, qui cherche à financer la réalisation de son long-métrage.
Au sens figuré, Corbet nous raconte aussi l'histoire d'une Amérique blanche, protestante, patriarcale, un brin raciste et antisémite, qui s'enrichit sur le dos des travailleurs immigrés (ou descendants d'esclaves). C'est assez piquant à constater au vu du contexte outre-Atlantique... et c'est paradoxal, quand on sait que cela a été tourné en Hongrie, pays dirigé par l'un des plus fervents soutiens de Donald Trump en Europe.
18:03 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
mercredi, 26 février 2025
La Vie devant moi
Cette fiction à caractère documentaire traite de la survie de la famille de Tauba Zylbersztein, connue plus tard sous le nom de Thérèse Birnbaum, née en 1928, morte en 2009.
Une fois n'est pas coutume, un film sur la Shoah n'est pas centré sur la déportation ou l'extermination, mais sur la persévérance, l'endurance et l'entraide qui ont permis à un couple et une adolescente de passer plus de deux ans cachés au nez et à la barbe des nazis et de leurs collaborateurs, en plein Paris.
Au niveau de la distribution, on a du lourd : Adeline d'Hermy et Guillaume Gallienne (tous deux de la Comédie Française) incarnent les parents, Sandrine Bonnaire et Laurent Bateau interprètent les deux "bons Français" catholiques, qui vont risquer leur vie en cachant et alimentant la famille juive.
On pense inévitablement à l'histoire d'Anne Frank, réfugiée avec les siens dans l'Annexe. Promiscuité, enfermement, chaleur, froid, faim, ennui, crainte au moindre bruit... Les vieux spectateurs ont déjà vu/lu tout cela, mais une bonne redite ne fait pas de mal, d'autant que c'est correctement mis en scène et bien interprété.
Petit à petit, le personnage principal devient celui de la fille du couple juif, la jeune Taub, qui grandit, mûrit, prend des initiatives. Elle est incarnée par Violette Guillon, qui, jusqu'à présent, s'est surtout fait remarquer dans des comédies oubliables (C'est quoi cette mamie ?, C'est quoi ce papy ?, 10 jours sans maman et - peut-être le pire de tous - 10 jours encore sans maman).
A noter que les scènes de fiction sont parfois entrecoupées d'images d'archives, le film se concluant sur une histoire d'amour née à la Libération... et qui dura plus soixante ans ! (Voilà qui est peut-être encore plus extraordinaire que l'histoire de la survie de la famille...)
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mardi, 25 février 2025
Bridget IV
Il y a fort longtemps (« Je vous parle d'un temps, que les moins de vingt ans, ne peuveuuu pas connaîtttrreuuu... »), une amie m'avait fait découvrir le Journal de Bridget Jones, qui m'avait beaucoup plu. Cela m'a incité, quelques années plus tard, à aller voir son adaptation cinématographique, un peu décevante par rapport au bouquin, mais portée par les interprétations de Renée Zellweger, Shirley Henderson, Hugh Grant, Colin Firth, Jim Broadbent... La comédie est un genre que l'on prend très au sérieux, de l'autre côté de la Manche ! Très déçu par le deuxième film, je m'étais arrêté là. J'ai retenté ma chance avec ce quatrième et sans doute dernier volet des aventures de la fantasque Londonienne.
La première heure (presque 1h10) prend la forme d'une comédie, dans le genre de celles qu'on a déjà vues. Veuve depuis quatre ans, Bridget est tombée dans un état proche de celui dans lequel elle se retrouvait jadis, après une rupture : elle s'habille n'importe comment, mange n'importe quoi, picole sec... et vit dans un beau bordel. Le problème est que, cette fois-ci, elle a deux enfants à charge, ceux qu'elle a eus avec feu Mark Darcy, qu'elle revoit, tel un fantôme, de temps à autre.
C'est drôle parce que Renée a toujours autant d'allant (et de charme), même si je regrette qu'on la fasse un peu trop souvent sourire bêtement. Ce sourire revient parce que, suite aux conseils de son toxique entourage, elle décide de se prendre en mains et de repartir à la chasse au mâle. C'est évidemment source de situations aussi cocasses qu'embarrassantes (pour l'héroïne). Deux beaux (jeunes) spécimens (musclés) se présentent à elle... ainsi que son ex de toujours, Daniel Cleaver, désormais "vieux beau", toujours aussi libidineux. Grant est vraiment savoureux dans le rôle, d'autant que, dans cet épisode, il prend une épaisseur supplémentaire, venue avec l'âge.
Cela indique le ton qui domine la seconde partie, plus dans l'émotion. Il est question de vieillesse, de solitude, de deuil, celui de Bridget, mais aussi celui de son fils aîné. Je trouve que ces questions ne sont pas traitées par dessus la jambe. C'est assez délicat et cela cohabite très bien avec le reste, parfois graveleux, sans être vulgaire. Joli tour de force.
Cela ne va pas révolutionner la comédie, mais cela fait passer un bon moment.
P.S.
Le générique de fin est accompagné d'abord de photographies, puis d'extraits des précédents films de la saga Bridget Jones.
20:57 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 23 février 2025
Mercato
Un film sur le football, avec pour héros un personnage incarné par Jamel Debbouze... voilà qui a priori n'avait rien d'alléchant. Mais le traitement sous forme de thriller et l'assez bon souvenir laissé par le dernier film vu de Tristan Séguéla (Docteur ?) m'ont incité à tenter l'expérience.
Ma principale crainte était que Debbouze en fasse des caisses, dans le genre trublion. Certes, son personnage (Driss) a de la gouaille (et c'est crédible, vu le contexte), mais l'humoriste s'est effacé derrière le rôle, tout en tension. Lui, le vétéran du transfert de joueurs, risque de tout perdre : son statut professionnel, sa famille, voire la vie. Le film prend donc la forme d'un compte à rebours (d'abord en jours, puis en heures)... et, franchement, c'est palpitant.
Derrière la caméra, Tristan Séguéla s'inspire visiblement de films venus de l'autre côté de l'Atlantique. La qualité de l'image est bonne et la musique d'ambiance au diapason (si l'on excepte quelques morceaux de rap, horripilants). L'action est rythmée, durant les deux heures. On n'a pas le temps de s'ennuyer.
Les acteurs sont bons. On retrouve Hakim Jemili (à l'affiche de Docteur ?), dans le rôle d'un ancien grand espoir du football, devenu une sous-vedette capricieuse. Quelques autres personnages de joueurs sont montrés comme n'étant pas très futés. A l'opposé, l'une des stars de la discipline est présentée comme un type très réfléchi... et surtout amoureux du ballon rond. (Il est incarné par Birane Ba, de la Comédie Française.)
La caractérisation des personnages casse donc parfois (un peu) les codes... mais pas dans la séquence de rap, qui m'a semblé caricaturale. (Ceci dit, une personne qui s'y connaît mieux que moi m'a susurré que c'était plus vrai que nature.) J'ai bien aimé qu'à un moment de l'intrigue, l'une des compagnes de joueur (une jeune femme au physique très avantageux, en général silencieuse) intervienne dans une conversation houleuse... pour dire des trucs extrêmement censés, au grand étonnement d'ailleurs d'une partie de la gent masculine qui l'entoure !
L'ambiance des stades de football est bien restituée, tout comme l'immensité des enjeux financiers, qui se présentent parfois très tôt : un gamin convoité par plusieurs club n'a que onze-douze ans... Le fond de l'histoire n'est toutefois pas très fouillé : celles et ceux qui s'intéressent un tant soit peu à l'actualité de ce sport n'apprendront sans doute pas grand chose. Pour d'autres, ce film fera peut-être office de déniaisement.
En plus, on voyage entre Paris, Lille, Reims, Madrid, Dubaï... et Salzbourg. L'histoire est pimentée d'humour (notamment dans les relations père-fils). J'ai passé un bon moment.
samedi, 22 février 2025
Un Jour en septembre (DVD)
C'est le titre d'un "vieux" documentaire de Kevin Macdonald (qui, à l'époque, n'avait pas encore réalisé Le Dernier Roi d’Écosse), sorti en 1999 et lauréat de l'Oscar, dans sa catégorie, en 2000 (devant le Buena Vista Social Club de Wim Wenders).
C'était l'année où avaient été distingués Sam Mendes et Kevin Spacey (pour American Beauty), mais aussi (en tant que second rôle) Michael Caine et Angelina Jolie, Pedro Almodovar (pour Tout sur ma mère), les décors de Sleepy Hollow (de Tim Burton), les effets spéciaux du premier Matrix... sans oublier You'll be in my heart, la chanson composée par Phil Collins pour le film d'animation Tarzan (un Disney, bien entendu). Étaient repartis bredouilles les œuvres suivantes : Le Talentueux Mr Ripley (avec Matt Damon), Révélations (de Michael Mann), Sixième Sens (le meilleur Shyamalan ?), La Ligne verte (avec Tom Hanks), Magnolia (de Paul Thomas Anderson) et Dans la peau de John Malkovich (de Spike Jonze)... Quelle année !
Le documentaire de Macdonald m'est revenu en tête en raison de la sortie récente de 5 septembre, consacré lui aussi au massacre de Munich, pendant les Jeux Olympiques d'été de 1972.
Voir les deux films à peu de distance l'un de l'autre fait surgir leurs ressemblances. Ils contiennent tous deux des images d'actualité de l'époque... mais la fiction sortie ce mois-ci comporte des scènes, jouées par des acteurs, d'une troublante vérité, proche du mimétisme quand on a les originaux sous les yeux.
L'avantage du documentaire de Macdonald est de ne pas se limiter à la vision de l'équipe d'ABC. Il a croisé les archives avec les déclarations de témoins américains, allemands et israéliens, s'appuyant notamment sur les interventions du chef de Mossad (à l'époque Zvi Zamir) et de la veuve d'un des membres de l'équipe olympique. Du côté allemand, même 27 ans après, on sent souvent la gêne, parce qu'il est évident que les services de sécurité, qu'ils soient bavarois au fédéraux (dépendant de Berlin) n'ont pas été à la hauteur. Sur les lieux du carnage final, certains se sont même fait tirer dessus par leurs compatriotes, qui les ont pris pour des membres du commando terroriste.
Celui-ci a aussi droit à la parole, à travers le dernier survivant du groupe, Jamal Al-Gashey, fier de ce qu'il a "accompli"... mais se terrant pour échapper aux tueurs du Mossad.
Sur le fond, quelques nuances distinguent le documentaire de la fiction. Ainsi, aujourd'hui, on sait que les sportifs en goguette, qui ont fait entrer par mégarde les terroristes dans le village olympique, n'étaient pas états-uniens mais canadiens.
Le documentaire a marqué les esprits pour plusieurs raisons. Il est le résultat d'un travail fouillé, pas unilatéral dans le traitement des informations. Il a été tourné avec un réel souci pédagogique, pour faire comprendre les tenants et les aboutissants au plus grand nombre, avec notamment quelques animations pour expliquer le dénouement. Il a choqué certains à cause des plans des deux premières victimes (aux visages floutés). Il contient enfin une révélation, celle que l'échange des trois terroristes rescapés (réalisé deux mois plus tard) entre la RFA et les Palestiniens qui avaient pris en otage un avion reliant Beyrouth à Francfort... était en réalité une opération d'enfumage, les autorités ouest-allemandes étant peu désireuses de se coltiner l'organisation d'un procès, surtout au regard des menaces que les mouvements terroristes faisaient planer sur le pays.
P.S. I
Un site allemand a réalisé une sorte de mémorial virtuel dédié aux onze victimes du massacre, chacune ayant droit à une page souvenir (fort bien documentée), en allemand et en anglais :
David Berger (né en 1944)
Zeev Friedman (né en 1944)
Yossef Gutfreund (né en 1931)
Eliezer Halfin (né en 1948)
Yossef Romano (né en 1940)
Kehat Schor (né en 1919)
Amitzur Shapira (né en 1932)
Mark Slavin (né en 1954)
Andrei Spitzer (né en 1945)
Yakov Springer (né en 1921)
Moshe Weinberg (né en 1939)
Ce n'est pas l'un des moindres paradoxes de cette affaire : aucune des victimes n'est née dans l’État israélien (recréé en 1948). Les deux plus jeunes du groupe (Slavin et Halfin) ont vu le jour en URSS, tout comme Friedman. Quatre autres sont nés en Europe de l'Est : Springer (en Pologne), Gutfreund, Schor et Spitzer (dans la Grande Roumanie). Berger et Romano sont plus atypiques : le premier est né aux États-Unis (à Cleveland), le second dans la Libye italienne (à Benghazi). Restent Weinberg et Shapira, qui ont vu le jour dans la Palestine mandataire (sous autorité du Royaume-Uni), à Haïfa et Tev Aviv.
Le plus terrible est que ceux qui sont nés en URSS, Pologne et Roumanie sont très souvent des rescapés de la Shoah. Ils ont échappé aux nazis (et à leurs collaborateurs polonais, roumains...), pour tomber, des années plus tard, sous les balles de Palestiniens.
P.S. II
Le DVD ne contient aucun supplément (à part la bande-annonce).
P.S. III
Un certain Raymond Depardon figure au générique : il était en charge de la photographie.
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jeudi, 20 février 2025
Un parfait inconnu
Ah, qu'elle était belle l'époque durant laquelle on pouvait rouler à moto sans casque, fumer dans les lieux publics, baiser à tire-larigot sans capote... et gagner plein de sous avec des chansons contestataires ! En se focalisant sur la période qui vit Robert Zimmerman devenir vraiment Bob Dylan, James Mangold (auquel on doit, entre autres, Logan, Le Mans 66 et le dernier Indiana Jones), né en 1963, nous livre ce que certains djeunses pourraient appeler (de manière réductrice) "un film de boomer".
Du coup, c'est au moins autant une œuvre de cœur qu'un mini-biopic, centré sur les années 1961-1965, avant donc la mort de Woody Guthrie (l'un des modèles de Dylan)... mais juste après la sortie de l'un de ses "tubes", Like a Rolling Stone, qui a marqué un tournant dans sa carrière... et dont les paroles ont inspiré le titre du film (en anglais).
Ce n'est toutefois pas une hagiographie. Mangold dépeint certes un jeune musicien tenaillé par son art... mais aussi soucieux de richesse, de célébrité... et de conquêtes féminines. Sur la plan politique, il est montré comme ambigu, ce que fait bien sentir (parfois de manière implicite) le jeu de Timothée Chalamet (pour une fois très bon). Mais il n'est pas le seul à se distinguer. Toute la distribution est brillante, d'Edward Norton (en vétéran de la folk traditionnelle, militante, qui voit un petit jeune décrocher la célébrité après laquelle il semble avoir couru) à Monica Barbaro (surprenante Joan Baez), en passant par Elle Fanning, Boyd Holbrook (excellent Johnny Cash)... et tant d'autres.
Les événements historiques ne constituent qu'un arrière-plan, jamais réellement creusé. Cela commence avec un petit goût de Guerre froide et des relents de maccarthysme. Cela continue avec le mouvement des Droits civiques et la Guerre du Vietnam. Celles et ceux qui sont allés voir ce film en pensant y trouver un brûlot politique ont dû être déçus. C'est plutôt une nouvelle illustration de la marche vers le sommet d'un p'tit gars venu de la base, une histoire très américaine en fait. (C'est le moment de préciser qu'en réalité, Robert Zimmerman est issu de la classe moyenne.)
Je me dois de signaler que, si l'on n'aime pas la musique folk, il vaut mieux s'abstenir, parce qu'elle occupe une place considérable, peut-être la moitié des 2h20. Moi qui ne suis pas un fan du genre (sans y être allergique), j'ai été séduit.
En dépit de sa longueur et de quelques scènes intimes moins réussies que le reste, le film mérite incontestablement le détour.
22:14 Publié dans Cinéma, Histoire, Musique, Politique étrangère | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire, musique
mercredi, 19 février 2025
Daffy et Porky sauvent le monde
Petit bain de jouvence pour moi, à l'occasion de la sortie en salles de ces nouvelles aventures de deux personnages des Looney Tunes (ou Merry Melodies), à savoir Daffy Duck et Porky Pig. J'ai pu constater que, dans la salle, ceux qui ont connu les courts-métrages déjantés de jadis accompagnaient ceux qui, peut-être, découvraient cet univers.
L'intrigue comique est mâtinée d'horreur et de science-fiction. Les spectateurs avisés reconnaîtront les références à Deep Impact, La Nuit des morts-vivants... ainsi qu'au style des courts-métrages anciens. C'est souvent surréaliste, sans être effrayant... mais ce n'est pas super-bien fait. J'ai vite arrêté de compter les faux-raccords et autres erreurs de mise en image. Il faut être indulgent pour supporter cela... et surtout le personnage de Daffy Duck, à qui j'ai souvent eu envie de coller des gifles. L'intrigue met en scène son amitié tumultueuse avec Porky, qui finit par se fâcher avec lui... mais, je vous rassure, la fin est consensuelle, Daffy ayant lui-même (un peu) mûri.
D'autres messages sont délivrés à nos chères têtes blondes/brunes/rousses/châtain/chauves. Ainsi, Porky refuse la facilité (suggérée par Daffy) qui consisterait à attendre que tombe un chèque du gouvernement (une aide sociale) pour régler leurs problèmes. Les deux acolytes se lancent dans le monde du travail, avec un succès que je laisse à chacun le plaisir de découvrir. Ils finissent par trouver leur bonheur dans un emploi peu gratifiant, sans doute mal payé, mais qui leur convient.
... et c'est là que vous vous dites : mais c'est un film de droite ! Oooooooooooooooooh, ouiiiiiii ! (C'est si rare dans le secteur de l'animation, où fourmillent les gauchistes de diverses obédiences.) Je pense que le sous-texte est en partie trumpien (ou muskien). En effet, Daffy, en plus de se comporter comme un crétin, adopte les théories les plus farfelues. A un moment, il est clairement présenté comme un complotiste... et c'est lui qui, d'une certaine manière, a raison ! Quand j'aurai ajouté que le grand méchant est certes un personnage en apparence hostile, mais qui veut en réalité sauver la planète (grâce à la technologie), vous vous demanderez s'il est bien nécessaire d'emmener votre progéniture ingurgiter une telle propagande insidieuse.
Le film n'est pourtant pas sans qualités. A un court instant, on voit Daffy jouer à l'influenceuse (et c'est hilarant). Un peu plus loin, l'entrée en lice du principal personnage féminin (la charmante Petunia Pig, qui donne très envie de goûter à ses jambons) est délicieusement parodique. Malheureusement, la suite n'est que rarement aussi emballante. Je signale toutefois le procédé utilisé par les héros pour combattre le méchant : une substance à base d’œuf pourri, qui fait vomir les humains zombifiés... Kiffant.
Le public, adulte comme jeune, a au final assez peu ri. J'ai trouvé que le film nous avait été un peu survendu, peut-être en raison de la nostalgie de nombreux adultes. Jadis, les courts-métrages étaient d'esprit contestataire, un peu anars (de gauche). Aujourd'hui, au moins de l'autre côté de l'Atlantique, la disruptivité semble avoir été récupérée par le camp adverse.
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mardi, 18 février 2025
Haut les mains
Comme l'intrigue fait intervenir un cambrioleur (sur le retour), on est tenté de penser, de prime abord, que le titre fait allusion à un braquage au sens littéral, alors que je pense qu'il faut le prendre au sens symbolique : certaines personnalités ont réalisé un véritable hold-up sur l'écologie et tentent de se faire passer pour ce qu'elles ne sont pas. Le propos est radical, souvent caricatural, mais c'est assumé.
Au centre de l'histoire se trouve Bernard, un cambrioleur quinquagénaire, un peu has been sur les bords... mais qui a gardé un doigté incomparable, qui lui permet de faire monter au septième ciel ses partenaires sexuelles d'ouvrir n'importe quel type de coffre. Il est tombé sous la coupe d'un flic véreux et misogyne, un gros porc dans tous les sens du terme, incarné avec une certaine gourmandise par Stéphane Debac.
Dans des circonstances que je me garderai de détailler, Bernard se retrouve mêlé aux actions d'un groupuscule écolo-féministe, "piloté" (de manière presque démocratique) par une femme forte, Olympe, formidablement interprétée par Émilie Caen. Elle est épaulée par deux djeunses qui sont des caricatures de citadins engagés pseudo-révolutionnaires : un garçon déconstruit (un geek non masculiniste, ce qui mérite d'être souligné) et une amazone qui n'a que les mots "patriarcat" et "boomer" à la bouche. Aussi agaçant ce personnage soit-il, je dois reconnaître qu'il est très bien incarné par Tracy Gotoas et qu'il évolue positivement en cours de route.
C'est d'ailleurs le cas de tous les protagonistes. Bernard le maladroit, le lâche (très bonne prestation de Vincent Elbaz), finit par se laisser pousser des couilles, Olympe fend l'armure, Simon sort de ses écrans et Zora s'ouvre davantage aux autres.
Le début contient quelques répliques grinçantes, quand les djeunses et leur mentor raillent le quinqua qu'ils présument pétri de préjugés... dont ils ne sont eux-mêmes pas dépourvus.
J'ai failli oublier un personnage important : Flamby, un... lapin, qui joue un rôle non négligeable dans l'intrigue.
Voilà pourquoi ce film m'a globalement plu. D'abord, parce que j'y ai ri, à plusieurs reprises. Ensuite, parce que la cause est belle : le plan global consiste à révéler la véritable nature d'un présentateur télé présumé écolo, futur ministre, à la tête d'une fondation renommée (toute ressemblance avec Nicolas H. étant évidemment fortuite). Enfin parce que la réalisatrice Julie Manoukian (dont j'avais plutôt bien aimé Les Vétos) égratigne (avec humour) le camp qu'elle apprécie.
La manière dont les activistes arrivent à leurs fins n'est évidemment pas réaliste, mais l'on passe un bon moment.
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lundi, 17 février 2025
Captain America - Brave New World
Le sous-titre de ce trente-cinquième (!) long-métrage de l'univers Marvel fait allusion au célèbre roman d'Aldous Huxley, connu en France sous le titre Le Meilleur des mondes. Toutefois, même s'il est question d'eugénisme dans les deux histoires, la ressemblance s'arrête là.
L'intrigue est construite autour de complots, plus précisément d'un complot principal, à double emboîtement. Désormais (depuis Endgame), Sam Wilson (ex-Faucon) a succédé à Steve Rogers dans le costume de Captain America. L'un des sous-textes aborde la question de la légitimité de Wilson à cette place... c'est-à-dire, au second degré, la légitimité d'un acteur noir à incarner ce symbole de l'Amérique (blanche). C'est notamment sensible dans un dialogue entre Wilson et le président Ross (Harrison Ford, presque aussi mal coiffé que Donald Trump) et, beaucoup plus tard, à la fin, dans une scène entre deux compagnons d'armes (Wilson et son acolyte), sortes de nouveaux Batman et Robin.
Le nouveau Captain America va donc tenter de sauver l'Amérique le monde du délire d'un génie psychopathe, qui a préparé son coup de longue main. Cela nous vaut une brochette de coups de théâtre et de scènes spectaculaires. (J'ai vu le film dans une salle dotée du son dolby atmos et, franchement, ça dépote.)
A part cela, un esprit pointilleux pourra remarquer quelques faux-raccords et de menues invraisemblances, qui permettent notamment à nos héros de réchapper à (presque ?) toutes les tentatives de meurtre dont ils sont la cible.
Je trouve aussi que cela manque de femmes. A part la cheffe de la sécurité du président (une -charmante- brindille qui peut mettre une raclée à une demi-douzaine de soldats surentraînés), elles n'occupent que des rôles secondaires. L'humour est aussi peu présent. On est loin du brio d'anciens films Marvel. Mais cela constitue quand même un honnête spectacle... prélude à une suite. L'unique scène post-générique (placée à la toute fin) annonce la reformation des Avengers... et l'intrusion du Multivers dans l'intrigue d'un prochain film.
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samedi, 15 février 2025
L'Espion de Dieu
Cette production américaine, tournée en Europe, rend hommage à un opposant méconnu du nazisme (en dehors des cercles religieux), Dietrich Bonhoeffer, un jeune théologien protestant. Il est incarné (à l'âge adulte) par Jonas Dassler, remarqué il y a quelques années dans La Révolution silencieuse. Le problème est qu'on a affublé le personnage soit d'une horrible perruque, soit d'une coiffure plombée à la laque, qui lui donne un air limite ridicule. (On lui a aussi excessivement maquillé les yeux.)
C'est un peu à l'image du film. Les intentions généreuses (rendre hommage à des hommes et femmes courageux, qui ont souvent connu un destin tragique) sont plombées par les maladresses... et les erreurs historiques.
Ainsi, dans la première partie, lorsque le frère aîné du héros part pour la guerre (la Première Guerre mondiale), on ne nous épargne pas le plan éculé, excessivement mélo, du gamin courant derrière la voiture qui emmène son frère... Même les scènes de cache-cache entre les frangins sont mal filmées.
Cela s'améliore par la suite. Le jeune pasteur est envoyé un an aux États-Unis. Il se retrouve à New York, plus précisément à Harlem. Cela nous vaut de belles scènes de culte chanté (au temple)... et de sorties, le soir, en club de jazz (au public majoritairement afro-américain). Pour que le tableau ne soit pas trop idyllique, on a inclus une séquence sur la ségrégation : on a beau être dans un État progressiste, et dans la ville peut-être la plus métissée du monde, les Noirs n'y ont pas tous les droits. Il manque cependant les conséquences de la crise de 1929. Les protagonistes sont de surcroît tous un peu trop bien habillés...
Cela se gâte avec le retour en Allemagne. C'est pourtant l'époque clé, celle qui voit le jeune théologien refuser les compromissions avec le nouveau pouvoir nazi, entraînant d'ailleurs avec lui le pasteur Martin Niemöller (l'auteur du célèbre Quand ils sont venus chercher...), qui fut dans un premier temps assez sensible aux sirènes d'extrême-droite. La division des protestants (entre partisans du IIIe Reich et opposants à ce néo-paganisme déshumanisant) est correcte, mais mise en scène de manière maladroite.
Ce n'est cependant pas le pire. Je ne sais pas si c'est dû au scénario ou à des erreurs de montage, mais c'est rempli d'anachronismes. Ainsi, dès 1934, on nous montre des Juifs embarqués de force par la Gestapo, comme si leur déportation avait commencé. A deux reprises dans des dialogues se tenant entre 1934 et 1938, des personnages évoquent la guerre et la possibilité d'être envoyé sur le front de l'est... alors que le conflit n'a pas été déclenché ! La liste n'est (hélas) pas exhaustive...
C'est vraiment dommage, parce que ces Allemands chrétiens antinazis méritaient mieux que ce traitement approximatif. On sent que les promoteurs de ce film ont surtout voulu faire l'éloge des "vraies valeurs", quitte à tordre un peu l'Histoire.
11:09 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
vendredi, 14 février 2025
Maria (Callas)
Je ne suis pas fan d'opéra mais, tout petit déjà, il m'est arrivé d'être fasciné en entendant un air, soit un instrumental, soit un chant de femme. La Callas avait ce pouvoir, associant une voix exceptionnelle à un incontestable charisme (ou une aura), ce que l'on peut en partie constater grâce aux images d'archives placées en fin de film. C'est d'autant plus cruel pour Angelina Jolie, dont les efforts méritoires ne parviennent pas à redonner entièrement vie à la Diva grecque.
Elle n'est pas aidée par la mise en scène, trop sage, trop plan-plan. Pablo Larrain, qui m'avait laissé plutôt de bons souvenirs (avec Tony Manero, Santiago 73, No ou encore Neruda), retombe dans les travers de son Jackie. C'est empesé, limite poussiéreux parfois, alors que la soprano a vécu intensément, en particulier sa vie d'artiste. Pourtant, le choix de cette comédienne n'est pas incongru. Sa minceur extrême, son profil anguleux ne sont pas sans évoquer son illustre modèle, quand bien même l'actrice est d'une beauté plus classique que la cantatrice.
L'implication d'Angelina Jolie se constate dans les parties chantées qu'elle interprète, où sa voix a été mixée avec celle de La Callas. Le résultat est un peu étrange : le son est superbe, mais la comédienne donne l'impression de mimer... sauf dans son chant du cygne, à la toute fin.
Les plus beaux moments du film sont donc les parties musicales, chantées ou non. Je dois reconnaître qu'à ces instants précis, comme je n'étais pas emballé par ce que je voyais, j'ai eu tendance à fermer les yeux, pour juste profiter du son.
Ce (très) long-métrage propose quelques moments de grâce, notamment dans les retours en arrière, qui montrent la soprano au sommet de son art... ou même bien avant, pendant l'occupation allemande de la Grèce, quand elle chantait pour l'occupant. A cette occasion, je crois que c'est une jeune cantatrice grecque qu'on entend interpréter un passage de Carmen (une rareté dans le film, qui propose surtout des extraits d’œuvres italiennes, d'après ce que j'ai pu reconnaître).
Au niveau des dialogues (entendus en version originale), je suis mitigé. Certains sont trop littéraires, mais il y a régulièrement quelques bons mots, comme lorsque le pianiste qui fait répéter l'héroïne affirme qu'elle a réussi un exploit, celui de pousser un technicien de l'opéra parisien (sans doute syndiqué) à interrompre sa pause déjeuner pour régler un projecteur... Auparavant, à la soprano qui s'excusait pour son retard, il avait répondu : « Non, vous n'êtes pas en retard. Vous êtes La Callas. Ce sont les autres qui sont en avance. » Tout aussi piquante (mais moins élégante) est la réplique d'Onassis, lors de l'anniversaire hyper-médiatisé du président Kennedy. A sa compagne qui s'étonne que l'on porte aux nues une chanteuse somme toute médiocre (Marilyn Monroe), il répond que peu importe comment elle chante, puisqu'on ne regarde que son corps... alors qu'on se désintéresse de celui de La Callas, tant on est captivé par sa voix...
Attention toutefois : ce biopic (partiel) édulcore selon moi certains aspects de la vie de l'héroïne. Le passage sur la période de l'occupation de la Grèce me paraît très déformé et il y a de gros manques, en particulier sur la période post-Onassis. Ceci dit, j'ai trouvé intéressants les personnages de la cuisinière et de l'homme à tout faire. Ils permettent de pointer le côté capricieux de l'artiste lyrique, qui n'avait pas que des qualités. Ce n'est donc une hagiographie qu'on nous livre, mais un film tout de même imparfait.
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mercredi, 12 février 2025
5 septembre
Été 1972. Pour la première fois depuis 1936, l'Allemagne (en l'occurrence celle de l'Ouest, la RFA) accueille les Jeux olympiques. L'ambiance est au beau fixe : l'Europe vit encore au rythme des « Trente Glorieuses », la guerre du Vietnam s'achève et l'Allemagne (version RFA) est redevenue une grande puissance économique... et sportive, puisque la Mannschaft a remporté la Coupe du monde de football en 1954 (et se prépare à récidiver en 1974).
Ces jeux sont restés célèbres pour la prise d'otages (israéliens) organisée par un commando palestinien, qui a été très mal gérée par les autorités allemandes. Les conséquences de ce drame ont été traitées par Steven Spielberg, dans Munich, il y a vingt ans. L'originalité de ce film-ci est de nous présenter les événements du point de vue de l'équipe de journalistes sportifs envoyée par la chaîne américaine ABC pour couvrir les épreuves olympiques.
C'est donc à travers le vécu du rédac' chef, du réalisateur, du présentateur, des reporters, caméramans, techniciens, preneurs de son, interprètes que l'on suit l'évolution de la situation... et c'est un excellent choix. Cela transforme ce semi-documentaire en thriller palpitant, même quand on en connaît la fin.
C'est remarquablement interprété, par Peter Sarsgaard, Ben Chaplin, John Magaro, Leonie Benesch (et le Frenchie Zinedine Soualem, dans un rôle secondaire). Dans la VF, on a eu l'intelligence de ne doubler que les dialogues en anglais, laissant certains passages en allemand sous-titré.
C'est surtout très bien filmé, avec un soin minutieux pour reconstituer le grain et la forme des images de l'époque. (Des extraits d'archives entrecoupent parfois les plans de la fiction.) C'est criant de vérité, les décors comme les costumes ressuscitant de manière crédible le début des années 1970.
Sur le fond, cela dit des choses sur les relations homme-femme au travail, le voyeurisme, la course au scoop. (L'imprudence des journalistes a peut-être empêché la police allemande de libérer une partie des otages.) On apprend aussi deux-trois choses sur la manière dont on réalisait une émission de télévision à l'époque. Ces aspects techniques, bien qu'intervenant au second plan, sont parfois captivants.
C'est pour moi l'un des meilleurs films sortis en ce début d'année 2025.
22:38 Publié dans Cinéma, Histoire, Proche-Orient, Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire, sport, sports
dimanche, 09 février 2025
Paddington au Pérou
Ce troisième (et dernier ?) volet des aventures de l'ourson humanisé sort un peu plus de sept ans après Paddington 2. La distribution compte à nouveau Hugh Bonneville, Madeleine Harris, Samuel Joslin et Jim Broadbent (avec la participation fugace de Sanjeev Bhaskar et Ben Miller). Cependant, un important changement est survenu au niveau de la famille Brown : la mère n'est plus incarnée par Sally Hawkins (qu'on a entre temps remarquée dans The Lost King), mais par Emily Mortimer, que l'on voit plutôt à la télévision (au cinéma, pour moi, pas depuis Hugo Cabret). L'actrice s'en sort correctement, même si je préférais voir Sally Hawkins dans le rôle.
Parmi les nouveaux arrivants figurent Antonio Banderas et Olivia Coleman. Le premier interprète un baroudeur un peu dérangé, la seconde une nonne au tempérament fantasque, qui rappellera immanquablement aux spectateurs français la sœur Clotilde du Gendarme de Saint-Tropez (inoubliable France Rumilly). C'est peu de dire que ce personnage nous réserve quelques surprises...
Quant aux ours, jeunes comme adultes (et vieillards), ils sont remarquablement animés. La qualité du pelage (vu en gros plan sur très grand écran) est exceptionnelle et le travail sur les expressions du visage de grande qualité.
J'ai aussi noté des efforts de mise en scène, perceptibles dès la première scène, que l'on revoit bien plus tard, sous un autre angle, une fois un mystère éclairci. Paddington, retourné chez les Brown, qu'il voit grandir/vieillir, est inquiet à propos de sa tante, qui a disparu. Voilà toute la famille embarquée pour le Pérou, où les (més)aventures vont se succéder. C'est souvent drôle, clairement fantasque, irréaliste, mais plein de douceur et de bonne humeur. Y contribue sans doute le doublage de Guillaume Gallienne (Paddington, dans la VF).
Dans la salle, petits et grands rient, pas toujours aux mêmes moments (certains clins d’œil étant destinés aux adultes). On finit par découvrir le véritable secret de l'Eldorado... et, si l'on est patient (jusqu'à la scène qui interrompt le générique puis, tout à la fin), on assiste au retour d'un personnage vu dans un épisode précédent.
Peut-être qu'après tout la production envisage une suite. C'est tout le mal qu'on souhaite à cette sympathique franchise.
21:46 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films
vendredi, 07 février 2025
Companion
Cela commence de manière anodine. Trois couples vont passer le week-end ensemble, dans la superbe villa de l'un d'entre eux, perdue en forêt... mais dotée de tout le confort moderne. (Faut pas déconner, non plus !) On se déplace en véhicule électrique autonome, on boit de grands crus, on mange des mets exquis, entouré d’œuvres d'art contemporain. Bref, on nage en pleine boboïtude à l'américaine.
... sauf que, très vite, une sorte de malaise s'installe. Iris est la nouvelle venue, la compagne que Josh vient présenter à ses meilleurs amis. Elle appréhende un peu, d'autant que certains d'entre eux la regardent ou lui parlent bizarrement. Assez subtilement, le réalisateur Drew Hancock nous fait comprendre que les personnages n'attendent pas tous la même chose de ce week-end entre potes... et que certains ignorent le projet des autres. Je pense ne pas trop divulgâcher en annonçant que cela va rapidement dégénérer.
On tombe donc dans ce que j'appellerais un revenge gore, un peu à l'image de Blink Twice, sorti l'an dernier. Certains aspects de l'intrigue font aussi penser à Robot and Frank, ou encore Ex Machina.
Bref, cette fausse histoire d'amour est d'abord un film sociétal, qui traite de la place des femmes dans les couples modernes (pas si modernes que cela, en fait, certains jeunes hommes, d'apparence cool, étant ce que la délicieuse Ally McBeal appelait des « chauvinist pigs »). Pour traiter cette histoire MeeToo, on l'a mâtinée de science-fiction, avec l'irruption de l'intelligence artificielle. C'est habilement fait, à tel point qu'on en vient à se demander ce qui constitue réellement l'humanité de certains personnages. Le côté gore fait monter la sauce, de manière fort réjouissante, ma foi, avec une belle série de rebondissements... et, comme l'actrice principale, Sophie Thatcher, n'est pas désagréable à regarder, je dois dire que j'ai passé un excellent moment.
21:29 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
lundi, 03 février 2025
Le Choix du pianiste
Sans doute inspirée d'une histoire vraie (celle d'un musicien français qui a continué à exercer son art sous l'occupation allemande), l'intrigue de ce film nous est présentée sous la forme d'une alternance de deux époques, celle allant de 1925 à la Seconde Guerre mondiale d'une part, celle se déroulant à la Libération d'autre part.
Le point commun entre les deux époques est le personnage de François Touraine (Oscar Lesage, pas terrible), jeune pianiste virtuose qui tombe amoureux de sa prof de musique, Rachel, qui est juive.
Cette communion de deux êtres, autour de la musique classique, est peut-être ce qu'il y a de mieux dans le film. C'est en partie dû au talent de Pia Lagrange, qui interprète Rachel. Je trouve aussi que les scènes des années 1925, 1930, 1935 sont les plus réussies (les moins ratées ?), notamment lorsqu'un morceau de musique est intégré au déroulement de l'intrigue (alors que la musique d'accompagnement est plutôt pénible, soulignant ostensiblement certaines événements). Les deux comédiens principaux ont bénéficié de bonnes doublures piano (l'une d'entre elles s'appelant Lecocq, je crois).
Cette histoire, belle de prime abord, est d'abord gâchée par des dialogues approximatifs et une mauvaise direction d'acteurs. A part Pia Lagrange, il n'y a pas grand monde à sauver... peut-être Philippe Torreton (en industriel patriarcal) et Andréa Ferréol, hélas trop brièvement vue en (grand)maman juive. Le reste de la distribution ne fait pas d'étincelle, du côté français comme du côté allemand. Je crois pouvoir affirmer qu'aucune des scènes se déroulant après la guerre n'est vraiment réussie. Il y a toujours quelque chose de maladroit, d'inabouti, qui me gêne.
Bref, c'est un beau gâchis.
16:55 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
samedi, 01 février 2025
Une Nuit au zoo
Le titre de cette animation franco-belgo-canadienne fait immanquablement penser à La Nuit au musée. Il n'y est pourtant pas question de statues de cire qui prennent vie, à la fin du jour. Mais les pensionnaires du zoo vont connaître un destin comparable puisque, une nuit, après la fermeture de l'établissement, une irruption extra-terrestre va sortir tout ce petit monde de son endormissement... mais pour progressivement les transformer en zombies.
C'est bourré de clins d’œil aux films d'épouvante, de La Nuit des morts-vivants à Alien, en passant par Les Dents de la mer, le méconnu Critters... et même Madagascar (sans les à-côtés nauséabonds) : les héros de l'histoire forment une troupe hétéroclite d'animaux, qui vont devoir apprendre à collaborer pour s'en sortir. Ici, la girafe est remplacée par une autruche, le lion par un puma... et l'on a même un lémurien et une hippopotame, mais naine !
L'action est menée par le puma et une jeune louve au grand cœur, qui finit par rallier le grand costaud à son projet : sauver les animaux infectés, grâce à un procédé totalement abracadabrantesque (mais que je laisse à chacun le plaisir de découvrir).
Sur le fond, le film propose donc un double niveau de lecture, entre l'aventure d'une troupe qui doit (apprendre à) se serrer les coudes (pour les enfants) et les nombreux clins d’œil cinéphiles (destinés aux adultes). On a même droit, en cours de route, aux commentaires de Xavier (le lémurien), qui provoquent un effet de mise en abyme.
L'attelage m'a toutefois semblé bancal. Le côté un peu enfantin des relations entre les personnages empêche les adultes de s'y retrouver pleinement et l'aspect film d'horreur, bien qu'atténué par l'apparence des animaux zombifiés, risque de ne pas convenir au plus jeune public.
C'est dommage, parce que, sinon, cela constitue un honnête divertissement, avec une belle morale.
10:56 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
jeudi, 30 janvier 2025
Mufasa
A l'ère du développement durable et de la collecte sélective des déchets, les géants d'Hollywood se mettent au diapason et pratiquent un recyclage éhonté de leurs anciens succès. Et donc, cinq ans et demi après la nouvelle version du Roi lion, en voici la préquelle, elle aussi en animation numérique.
Pour être vraiment honnête, je dois dire que, dans une grande salle, sur l'écran, c'est souvent superbe. Paysages et animaux sont soignés (plus que les dialogues et les chansons en tout cas...), en particulier les félins... et donc je craque.
Derrière cette représentation de gros chats au comportement souvent anthropomorphe, il ne faut pas chercher trop de réalisme, même si, au niveau de l'animation, on a parfois l'impression que les auteurs ont regardé des documentaires animaliers.
Mufasa, le papa de Simba, a connu un destin semblable à celui de son fils. Il a été séparé de sa famille, victime de trahison, a rencontré l'amour en exil, au fur et à mesure qu'il se bâtissait une stature de roi de la jungle. Bref, rien de nouveau sous le soleil, si ce n'est que les personnages féminins (principalement les lionnes) sont très présents dans l'histoire.
Cela dure quasiment deux heures, mais l'on ne s'ennuie pas, tant les péripéties sont nombreuses. Je trouve même que cela va un peu trop vite au début. J'aurais aimé qu'on nous laisse savourer davantage certaines scènes, avec ces magnifiques félins en mouvement.
Sur le fond, il question de famille, d'amitié, d'amour et de solidarité inter-espèces, avec des messages généreux, bien que parfois un peu cucul-la-praline. La beauté des images aide à supporter ces points faibles... ainsi que la médiocrité des chansons (entendues en version française).
P.S.
J'ai comme l'impression qu'on nous prépare une suite, centrée sur le personnage d'une jeune lionne...
20:22 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
lundi, 27 janvier 2025
Vol à haut risque
Cela commence comme Ma Cabane au Canada en Alaska et cela continue sur un air de Y a-t-il un pilote pour sauver le témoin ?... Le nouveau film de Mel Gibson oscille donc entre thriller et comédie. On ne sait pas toujours s'il s'agir de premier ou de second degré... et cela vaut peut-être mieux.
Les trois quarts de l'histoire se déroulent dans un avion, un vieux Cessna dont on se demande s'il a vraiment besoin des péripéties qui se déroulent à l'intérieur pour risquer de s'écraser. J'ai trouvé ce huis-clos assez réussi, entre un pilote psychopathe, une US Marshall autoritaire et un témoin casse-couilles.
Cependant, Mark Wahlberg en fait trop dans le genre tueur impitoyable, dingo... et à moitié chauve ! (Mais qui est responsable de cette caractérisation ridicule ?) Même chose pour Topher Grace, l'horripilant comptable repenti d'un gang mafieux. En revanche, Michelle Dockery (déjà très emballante dans Downton Abbey II) est absolument délicieuse en policière autoritaire, tenace, mais tout de même un peu tenaillée par son passé. J'ai pris beaucoup de plaisir à la voir menotter... et frapper ces messieurs. Ils ont bien de la chance !
L'agent Madelyn Harris a donc fort à faire, entre un assassin complètement barré, un témoin au mental d'un gamin de dix ans, une patronne un peu à l'ouest (et suspecte), le patron de sa patronne lui-même aussi suspect... et un contrôleur aérien dragueur... mais dont elle a bigrement besoin pour tenter de mener l'avion à bon port.
L'intrigue est cousue de fil blanc, mais contient quelques moments spectaculaires et/ou cocasses. L'écrin alaskien de ce périple aérien est très joli... mais totalement virtuel : ça a été tourné à Las Vegas, dans un machin ultra-moderne.
Cela fait agréablement digérer un repas, en soirée, mais cela sera assez vite oublié.
23:01 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Jouer avec le feu
C'est dans une salle remplie de mamans et de grands-mamans que je me suis retrouvé pour voir ce film consacré à un papa formidable. Vincent Lindon a la cote auprès de ces dames et il est vrai qu'on lui a taillé un costume des plus séduisants : veuf inconsolable, papa poule pour ses fils déjà grands, cheminot caténairiste pointilleux, ancien militant syndical (sans doute CGT) et toujours militant de gauche, de la vraie, celle qui n'aime ni les racistes ni les patrons.
... et cela tombe bien (ou mal), puisque l'un de ses fils va se faire entraîner par une bande de crânes rasés aux idées courtes. Ce fils est incarné par un autre acteur formidable, Benjamin Voisin (qu'on a pu voir notamment dans Illusions perdues).
J'ai aimé ce début, où le réalisateur met en valeur le travail des ouvriers du train ainsi que la passion du football, capable de réunir dans les stades ouvriers et cadres, gauchos et fachos, noirs et blancs....
Le père se retrouve dans une situation que nombre de (grands)parents progressistes doivent connaître : voir une partie de sa progéniture contaminée par les idées haineuses, jusqu'à la violence extrême. Dans cette situation, le père est placé devant un dilemme : soit il essaie à tout prix de ramener son fils dans "le camp du bien", quitte à le perdre définitivement, soit il accepte sa dérive, l'espérant temporaire et se positionnant comme un refuge possible pour le jeune homme égaré.
La deuxième heure embarque le film dans une direction inattendue. Deux coups de théâtre font sortir l'intrigue des chemins balisés. Même si je trouve le trait un peu trop appuyé, je reconnais que cette histoire est forte, interprétée par des comédiens de premier plan.
19:19 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, france