jeudi, 08 octobre 2026
Notre Salut
Croisant la petite histoire (celle de l'un de ses arrière-grands-pères) avec la grande (celle de l'Occupation et de la Collaboration), Emmanuel Marre a créé un film hybride, à cheval entre la fiction et le documentaire, qui parle a priori surtout du passé de notre pays... mais qui est aussi une œuvre militante, tentant de peser sur le débat politique actuel.
Swann Arlaud (très bon) incarne le fameux arrière-grand-père, un type un peu falot, terne, un ingénieur qui a dilapidé l'héritage de son épouse dans des aventures économiques sans lendemain. Ce raté, qui se pique de gestion des ressources humaines, voit dans l'avènement de l’État français l'occasion de prendre sa revanche... et de mettre en pratique ses idées.
Sur le papier, c'est très séduisant, mais, à l'écran, ce n'est pas toujours réussi. Ainsi, je n'ai pas du tout aimé le croisement d'images d'apparence télévisuelle avec une musique des années 1980-1990 en fond, à trois reprises. C'est pour moi globalement raté, aussi bien dans la séquence du début (une soirée bourgeoise, très gênante, j'y reviendrai) que dans la chorégraphie chez le préfet, qui, dans la salle où je me trouvais, a suscité un remarquable moment de "gênance".
Mais cela ne représente qu'une dizaine de minutes dans un film de 2h40, où ne figure aucune autre musique additionnelle. C'est un assez joli tour de force, que de concentrer l'attention des spectateurs sur le jeu des acteurs, qui, tantôt, improvisent, tantôt, exploitent la mécanique de dialogues savamment écrits. J'ai aussi aimé l'alliance entre des images montrant le "héros" évoluant dans le marécage vichyssois et la lecture, en fond sonore, des lettres que s'écrivent les époux. (Sandrine Blancke est elle aussi très bien en Paulette Marre.)
Le dispositif est particulièrement efficace quand il s'agit de mettre en scène les "crimes de bureau" que les fonctionnaires collabos (pas forcément pronazis) sont amenés à commettre en exerçant leur activité administrative.
On peut aussi savourer la progressive ascension de ce nouveau Rastignac, perceptible notamment à travers l'évolution des costumes qu'il porte, de plus en plus coûteux.
Le film est toutefois émaillé d'approximations historiques, qui ne me semblent pas résulter de maladresses de la part du cinéaste. Ce sont des choix idéologiques, parfois avec un objectif artistique derrière, mais, le plus souvent, au service d'un discours contemporain.
Ainsi, Marre accorde une importance exagérée au travail et à l'influence de feu son arrière-grand-père. Ses théories managériales n'ont pas réellement été appliquées par Vichy... mais leur insertion dans l'intrigue est un moyen pour le réalisateur de tenter de populariser les thèses de certains historiens néo-marxistes, qui voient dans le nazisme et les régimes qui ont collaboré avec lui des sous-produits du méchant capitalisme. Cela permet par exemple de comprendre l'anachronique référence à la sanction des chômeurs au troisième refus d'emploi.
Du coup, l'action réelle de ce qui fut le CLC (le Commissariat à la Lutte contre le Chômage) est imparfaitement restituée. Le réalisateur se garde de préciser le rôle de René Belin, ex-dirigeant syndical de gauche rallié à Vichy. (Eh, oui, tout une gauche "pacifiste" fut présente au sein de l’État français... sans parler des dirigeants du PCF, qui, dans un premier temps, ont fait les yeux doux à l'occupant allemand.)
En revanche, le film rend un hommage mérité (bien que parcellaire) à Henri Maux, supérieur hiérarchique d'Henri Marre, de sensibilité démocrate-chrétienne... et qui a détourné le CLC pour tenter d'en faire un instrument de justice sociale... et un nid de résistants. Le film a cependant tendance à insister sur la lâcheté des fonctionnaires, minimisant l'action résistante de certains d'entre eux (notamment dans la protection des juifs).
On retrouve ce biais dans la peinture des ultras de la collaboration, à Paris. On nous les montre faisant le salut nazi et beuglant la Marseillaise, drapeaux tricolores au vent, alors qu'à cette époque, l'hymne national est davantage utilisé par la Résistance, les partisans de Vichy lui préférant souvent Maréchal nous voilà. Ici, je pense que Marre abandonne toute ambition historique. Il voit dans les personnes qui brandissent le drapeau tricolore et chantent la Marseillaise (en clair : les partisans du RN) les nouveaux suppôts du fascisme...
Cette vision déformée (et moralisatrice) n'est d'ailleurs pas une surprise, puisqu'elle est présente dès le début, dans la séquence de la soirée bourgeoise, au cours de laquelle des partisans du régime de Vichy sabrent le champagne dans une ambiance mêlant entre-soi élitiste et esprit de débauche. Le plus surprenant est que, dans sa volonté de dénoncer "les assassins de la République" (en 1940), Marre adopte les codes de l'extrême-droite antiparlementaire, qui dépeignait la République finissante comme un régime corrompu, décadent. Que deux visions aussi antagonistes politiquement se rejoignent autant sur la forme constitue pour moi une désagréable surprise. (De méchantes langues pourraient insinuer qu'on a là un exemple de convergence entre deux visions populistes, une d'extrême-gauche, l'autre d'extrême-droite.)
En dépit de ces défauts, le film n'en mérite pas moins le détour, pour son dispositif original, une austère minutie dans la description de l'intérieur de la collaboration administrative. Mais ce n'est pas le chef-d’œuvre proclamé par la horde des critiques parisiens, que je soupçonne d'avoir encensé ce film pour des raisons autres qu'artistiques.
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vendredi, 02 octobre 2026
Les Héros du Louvre
Élie Chouraqui s'inspire de l'histoire de son grand-père, devenu veilleur de nuit au Louvre dans les années 1930, pour évoquer l'un des plus formidables sauvetages d’œuvres d'art, pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est pas la première fois que cet épisode est abordé sur grand écran. On a déjà eu droit au documentaire (Francofonia) et à la fiction (Monuments Men). Ces deux œuvres n'étant pas de pleines réussites, il y avait donc de la place pour une nouvelle évocation.
Le début n'est pas si mal que cela, lorsque l'on voit le (futur) grand-père déambuler, la nuit, d'une salle à l'autre du musée. On aurait aimé que la suite soit du même tonneau... ce qui n'est pas le cas.
La principal problème récurrent est la direction d'acteurs, maladroite, à tel point que certaines scènes sont "dégoulinantes" (d'amour familial ou de pathos). C'est de plus lourdement souligné par la musique. On sent les bonnes intentions derrière, mais le résultat n'est pas emballant.
Cela respire quand même un peu quand la petite troupe (le veilleur de nuit et toute sa famille) part en fourgon avec, à l'arrière, des trésors de peinture et de sculpture, notamment la Joconde, dont on prend la peine de signaler qu'elle a d'abord été livrée à Loc-Dieu, dans l'Aveyron.
Mais ces pérégrinations ont beau être intéressantes, le jeu des acteurs gâche tout. Kad Merad n'est pas le pire, mais cela manque de relief. Le seul point vraiment intéressant dans son personnage est son amour de la culture française. Il incarne un des juifs "fous de la République" et un immigré d'origine algérienne qui s'est coulé dans le moule. Ici, le message dépasse l'époque les années 1940, Chouraqui dénonçant au passage le regain d'antisémitisme que connaît notre pays ainsi que le défaut d'assimilation de nouvelles vagues d'immigrés.
Aux maladresses s'ajoutent parfois des erreurs. Ainsi, dans un dialogue à l'intérieur du fourgon, la ville d'Oloron-Sainte-Marie (située dans le Béarn) est confondue avec l'île d'Oléron (en Charente-Maritime), une "coquille verbale" qui aurait dû être corrigée lors du doublage. Plus grave : sans que ce soit clairement dit aux spectateurs, on passe d'une scène à l'autre de la fin de 1940 au milieu de 1942. Le contexte est pourtant très différent. Certaines des scènes de cette partie en deviennent incohérentes.
Voilà. Je ne vais pas m'acharner. Le film n'intéressera que les passionnés de la Seconde Guerre mondiale peu regardants sur la qualité cinématographique. Message aux producteurs : il faut contraindre Élie Chouraqui à travailler avec (au moins) un scénariste-dialoguiste.
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vendredi, 25 septembre 2026
Ma famille de samouraïs
Ce n'est que tardivement que l'on comprend le sens profond du titre, quand un jeune Brésilien découvre quelque chose à propos de son grand-père japonais, remontant à la Seconde Guerre mondiale.
L'une des trames chronologiques de cette histoire familiale est la fin des années 1980, quand le Brésil est redevenu une démocratie (après une période de dictature militaire). C'est l'époque à laquelle vit le petit-fils, enfant. (C'est sans doute lui qui, des années plus tard, a écrit le roman autobiographique dont est inspiré le scénario de ce film d'animation.)
L'autre trame est celle des années 1920-1950, d'après ce que raconte le grand-père japonais. Grâce à lui, son petit-fils (et les spectateurs) découvrent l'histoire des nikkeijin, ces immigrés d'origine japonaise, massivement arrivés au Brésil entre les deux guerres mondiales. Le film nous montre la dure vie dans les plantations de café, entre habitat précaire et travail harassant. Les familles laborieuses sont quand même parvenues à s'élever socialement, notamment à partir du moment où elles ont pu louer et cultiver des terres, en autonomie.
A la fin des années 1980, dans l'école primaire du jeune héros, on demande aux élèves de présenter l'histoire de leur famille. La diversité des destins est grande, entre les descendants d'immigrés portugais, ceux d'esclaves (un passé parfois tenu secret au sein des familles), ceux d'immigrés italiens (comme le meilleur ami du héros... et l'ancien président Jair Bolsonaro)... et ceux, moins connus, d'immigrés japonais.
Dans la cour de l'école, on croise ce qu'on pourrait appeler une "nation arc-en-ciel"... où les réflexes xénophobes ne sont pas inexistants. C'est moins prononcé à l'époque du petit-fils, mais c'était beaucoup plus fréquent lorsque sa mère était gamine et lorsque son grand-père a débarqué au Brésil. C'est l'un des mérites de ce film que de ne pas cacher les petites (et les grandes) mesquineries humaines, quelles que soient les populations concernées.
Au cours de ses entretiens avec son papy, le héros apprend beaucoup de choses, notamment que sa grand-mère maternelle n'est pas sa première épouse. C'est le secret que le grand-père a le moins de difficulté à révéler. Ce sera plus long et plus houleux à propos de son deuxième fils, l'oncle que le héros ne connaît pas et dont personne dans la famille ne veut lui parler.
La réponse finit par surgir, au détour d'une discussion sur la Seconde Guerre mondiale et l'après-guerre. En 1942, le Brésil a rejoint le camp des Alliés. Du coup, l'immigration japonaise s'est tarie et les ressortissants du pays du soleil levant sont devenus parfois suspects aux yeux des autorités. S'ils n'ont pas subi le même sort qu'aux États-Unis, leur situation a été délicate... encore plus dans les années 1945-1948, quand une part non négligeable de la communauté a persisté à nier la défaite du Japon, s'en prenant violemment aux compatriotes qui osaient affirmer le contraire.
C'est donc passionnant à suivre, sur le plan historique comme sur le plan culturel, et c'est une belle histoire familiale, parfois poignante.
Je recommande la version originale sous-titrée, pour profiter des dialogues où s'entremêlent le portugais, le japonais... et même (parfois) quelques mots d'anglais.
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dimanche, 20 septembre 2026
Rose
Quelque part en Allemagne (ou en Autriche), après la Guerre de Trente Ans, un soldat défiguré débarque dans un village et réclame son héritage familial, une ferme laissée à l'abandon, dont les animaux ont été récupérés par les habitants. Au départ le nouveau venu, qui dit avoir vécu sur place, enfant, n'est pas très bien vu, mais il se rend utile à la communauté villageoise et met en valeur le bien dont il a hérité. Il finit même par se marier et avoir un enfant... sauf que ce soldat est en réalité une femme.
Je ne pense pas vraiment "divulgâcher", puisque cet élément clé est cité dans quasiment toutes les présentations du film. Le suspens réside ailleurs... et le film se distingue par d'autres qualités.
C'est d'abord un très beau noir et blanc, assez austère, parfaitement adapté pour représenter la vie dans cette campagne reculée. De plus, le réalisateur ne s'encombre pas de dialogues inutiles. Sa mise en scène et le jeu des acteurs sont suffisants pour transmettre tout ce qui est nécessaire... avec quelques ellipses.
Durant la première partie, on nous montre l'installation du soldat. Il est du genre taiseux, mais travailleur. Il a aussi de l'argent. Il embauche quelques employés (dont un manchot), retape les bâtiments, relance les cultures et l'élevage. Sans devenir très florissante, la petite ferme retrouve des couleurs et suffit à nourrir les personnes qui y travaillent. Le soldat est davantage respecté, surtout à partir du moment où il intervient contre une ourse. On lui propose même d'épouser une fille du village.
La situation des femmes est donc au cœur de l'intrigue. Rose, le soldat (Sandra Hüller, très bien), ne peut vivre avec indépendance que parce qu'elle est grimée en homme, grâce notamment à quelques artifices anatomiques. La personne qu'elle épouse n'a pas choisi son sort. C'est son père qui a voulu se débarrasser d'elle (il a cinq filles à nourrir), pour une raison qui ne devient vraiment claire que quelques mois plus tard... La nouvelle épouse, si elle échappe à la tutelle paternelle, est vouée à devenir la servante de son mari... et à lui donner des enfants.
Dans la seconde partie, le rapport de force au sein du couple évolue quelque peu. Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir les circonstances du basculement. Le cinéaste fait habilement bifurquer son intrigue.
Les événements s'accélèrent dans la troisième partie, durant laquelle des explications sont apportées aux spectateurs. Sandra Hüller a droit à quelques belles tirades. L'histoire de son personnage, inspirée de celle de plusieurs "femmes au pantalon" n'est pas sans rappeler, par certains aspects, celle de Jeanne d'Arc (même si le contexte est différent). Certaines scènes laissent penser que le réalisateur connaît bien La Passion de Jeanne d'Arc (de Dreyer) et le Procès de Jeanne d'Arc (de Bresson).
Ce n'est pas d'une gaité folle, mais c'est brillamment mis en scène et, surtout dans la première partie, apaisant (voire inspirant).
P.S.
ATTENTION
PETIT
DIVULGACHAGE
(UN VRAI, CETTE FOIS)
Je me dois de signaler ce qui ressemble fort à une incohérence scénaristique.
Dans la troisième partie, on apprend quelque chose à propos de l'héroïne, une "situation" qui retarde l'évolution de son sort. Si l'événement déclencheur est lié à la période de guerre (comme les dialogues le suggèrent), alors c'est chronologiquement impossible, plus d'une année ayant passé depuis son installation au village. En revanche ce serait plausible si, au cours de sa récente fuite, Rose a été violentée.
Il est dommage que cette imperfection nuise à la fin de l'histoire.
samedi, 19 septembre 2026
Les Survivants du Che
Dix-sept ans après le film de Steven Soderbergh (Che 2 - Guérilla), qui racontait les événements de Bolivie en plaçant au centre Ernesto Guevara de la Serna, Christophe Dimitri Réveille choisit de déplacer la focale et de consacrer son histoire à une partie des guérilleros qui ont accompagné le Che (six d'entre eux). Le documentaire est composé d'un mélange d'images d'actualités, d'entretiens réalisés au début des années 2000, en plusieurs fois... et de scènes d'animation, grâce auxquelles on revit les épisodes les plus marquants.
Le film démarre par les derniers combats du Che (ceux de 1967), au cœur de la forêt bolivienne. Le témoignage des rescapés est notamment croisé avec celui d'un ancien agent de la CIA, Félix Rodriguez, un Cubain anticastriste, naturalisé américain, que l'on voit parfois sur certaines photographies prises à cette époque. Toutefois, malgré ce contrepoint fort bienvenu, on ne peut pas dire que le film adopte un ton équilibré. Il penche très nettement en faveur des militants communistes, sans toutefois passer sous silence les tensions internes au camp pro-soviétique. La face états-unienne est elle évoquée de manière succincte, sans nuance.
La suite est d'abord composée de retours en arrière, montrant l'origine de l'engagement des témoins, ou leur premier contact avec Guevara. L'un des futurs guérilleros se fait remarquer par son endurance, ce qui le rend précieux pour transmettre des messages à (très) longue distance. Certaines des images montrent les premiers temps de la révolution cubaine. Il faut attendre longtemps pour qu'émerge une ébauche de critique envers le régime de Fidel Castro. Guevara est épargné. On ne touche pas à l'icône.
Cela n'en est pas moins passionnant. Le choix d'introduire des scènes animées rend le documentaire plus agréable à regarder (l'accumulation de témoignages, le plus souvent en espagnol, finissant par lasser). On est véritablement plongé dans la forêt tropicale, où l'on suit les pérégrinations du groupe de rescapés (qui avait été placé en position de retrait, un peu en hauteur, ce qui lui a permis, dans un premier temps, d'échapper aux troupes boliviennes).
Les témoignages de ces papys (ex)révolutionnaires sont parfois poignants, notamment quand ils décrivent leurs conditions de vie (précaires), les efforts (gigantesques) qu'ils ont fournis... ou la mort de l'un d'entre eux, la règle étant de ne pas tomber vivant entre les mains des militaires boliviens (en particulier les rangers).
Outre le courage, il a fallu déployer de l'ingéniosité pour échapper aux poursuivants... et parfois bénéficier de complicités villageoises. Le petit escadron est composé de Cubains et de Boliviens communistes. Tous sont évidemment hispanophones mais, dans la zone rurale où les guérilleros communistes ont été envoyés, les habitants parlent plutôt l'une des langues amérindiennes, principalement le quechua, que les combattants ont donc appris... sauf que la petite troupe a finalement été débarquée plus au sud que prévu, pas très loin des frontières argentine et paraguayenne, où les communautés villageoises parlent le guarani. Pas facile de communiquer donc, surtout quand les paysans sont peu sensibles aux idéologies révolutionnaires.
(Le documentaire attribue -partiellement- l'échec de la mission Guevara au fait que les communistes boliviens, plutôt citadins, n'ont pas vraiment soutenu la guérilla et que Moscou ne voyait pas d'un bon œil le prestige grandissant dont bénéficiait le Che... mais, même si la Bolivie était devenue une dictature militaire en 1964, elle avait auparavant connu une douzaine d'années de gouvernements de gauche, avec une réforme agraire. Pour se déployer, le communisme a besoin que la population soit maintenue dans la misère, sans espoir. La Bolivie n'était sans doute pas le "bon terrain de jeu" pour une guérilla rurale.)
Les spectateurs français seront peut-être surpris de l'importance accordée à notre pays dans le documentaire. C'est d'abord dû aux liens qu'a entretenus l'écrivain Régis Debray avec les castristes. Son incarcération en Bolivie a provoqué l'intervention du gouvernement français (sous la présidence de Charles de Gaulle), pour lui éviter l'exécution... enfin, ça, c'est la version "officielle". La version officieuse est que Debray, interrogé par les Boliviens et des agents de la CIA, se serait montré plutôt "coopératif".
Quoi qu'il en soit, cet épisode est l'occasion d'évoquer le prestige dont pouvaient jouir les Français à cette époque en Amérique latine. En 1964, Charles de Gaulle y avait effectué une tournée quasi triomphale (comme le rapporte l'émission Concordance des temps diffusée ce samedi matin, sur France Culture). La revendication d'une politique d'indépendance nationale, qui impliquait la dénonciation des impérialismes soviétique et américain (tout en restant dans le Bloc occidental), a suscité une certaine ferveur de l'autre côté de l'Atlantique.
C'est par le Chili que les derniers rescapés ont pu fuir la Bolivie. Ce fut une véritable expédition. A l'arrivée, ils furent aidés par le chef de l'opposition au gouvernement chilien, le socialiste Salvador Allende, qui continua d'entretenir des liens avec la mouvance castro-guévariste une fois devenu président du Chili, en 1970. (Il fut, rappelons-le, renversé par coup d’État, le 11 septembre 1973. Il n'est pas impossible que l'aide apportée par ce légaliste à des révolutionnaires perçus à Washington comme extrêmement dangereux ait décidé les Etats-Unis à soutenir Pinochet, par l'entremise de la CIA.)
La fin est consacrée à la vie des rescapés, durant les décennies suivantes, à Cuba, en Bolivie de nouveau... ou en France (où l'un d'entre eux a émigré). Ils sont presque tous morts aujourd'hui.
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dimanche, 13 septembre 2026
Le Bon, la brute et... le cinglé
Dans cet été qui ne finit pas, les bonnes surprises se succèdent, plutôt du côté des rééditions. Ainsi, alors qu'au mois d'août nous avons eu droit à la version restaurée du film de Sergio Leone, voici que redébarque sur nos écrans son adaptation (un brin parodique) sud-coréenne, initialement sortie en 2008.
A l'époque, je ne l'avais pas chroniquée. D'après ce que je me rappelle, j'avais été plutôt déçu par la projection, considérant que, même si le film n'était pas sans qualité, il était loin d'égaler son modèle. La critique nous l'avait un peu survendu.
Mais, récemment, mû par la curiosité (et pas franchement emballé par le florilège déprimant qui nous est servi en cette rentrée), j'ai retenté ma chance... et je ne l'ai pas regretté.
Certes, dès le début, j'ai retrouvé cette volonté, de la part du réalisateur (Kim Jee-Woon, auquel on doit, entre autres, A Bittersweet Life et Ça tourne à Séoul !), d'imposer un rythme trépidant, grâce notamment à un montage particulièrement haché. Mais, presque vingt ans plus tard, alors que nombre de cinéastes ont cédé à la tentation du plan-seconde, cette frénésie apparaît toute relative...
... et elle éloigne Kim de son modèle. En effet, Sergio Leone, lui, était capable de construire de magnifiques plans-séquences, parfois sans le moindre dialogue. Ici, on a droit qu'à quelques panoramiques.
Du côté des personnages principaux, c'est encore plus caricatural que chez Leone. Le Bon est un joli jeune homme du genre taiseux (et qui fume), mais l'acteur qui l'interprète n'a pas le charisme de Clint. La Brute semble tout droit sorti d'un défilé de mode. Il est abominablement cruel, sans le moindre scrupule. C'est déjà ça. (Comme à celui qui est incarné par Lee Van Cleef, il manque un morceau de doigt. Leone n'a pas fait grand chose de cette particularité physique -méconnue- de son acteur, alors que Kim a construit un arc narratif autour.)
Le véritable héros est le Cinglé, personnage de prime abord comique, auquel le public est censé davantage adhérer. La version sud-coréenne développe différents aspects de sa personnalité, qui détourne un peu l'histoire de son modèle italo-états-unien. Ce n'est pas mal du tout.
Une autre originalité de ce film-ci est son contexte historico-géographique. Au public occidental de base, il apparaîtra aussi nébuleux que peut l'être la Guerre de Sécession aux yeux d'un Coréen.
Le far-west asiatique est la Mandchourie (devenue le Mandchoukuo), un territoire objet de multiples convoitises : russe, chinoise, mongole, coréenne... et japonaise. Dans les années 1930 (avant même le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale), l'armée du Pays du soleil levant impose peu à peu sa domination, entraînant à sa suite une foule de Coréens, issus d'un territoire qui est à l'époque une colonie japonaise.
Voilà pourquoi dans ce film le "trésor" pour lequel tant d'hommes sont prêts à s'entretuer est convoité par une tribu mandchoue, un gang coréen, les Chinois (ceux de Tchang Kaï-chek), un vieux collabo coréen, l'armée japonaise, nos trois héros... et les indépendantistes coréens, qui estiment que ce "trésor" pourrait faire basculer la guerre.
On découvre le fin mot de l'histoire au cours de la reprise du "duel à trois". Elle est plus brouillonne que chez Leone, mais elle réserve de belles surprises.
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vendredi, 11 septembre 2026
Pressure
Cette pression est à la fois mentale (s'exerçant sur l'esprit des décideurs, comme le général Eisenhower, ou des météorologues, comme le héros) et physique (quand elle est atmosphérique). Voici donc les prémices du Débarquement de Normandie vus sous l'angle de l'analyse des vents, de l'hygrométrie et des précipitations.
Au début, la caractérisation des personnages m'a paru trop abrupte, opposant notamment le météorologue écossais, posé, coincé, un brin tristounet.... et un peu cassant (peut-être par timidité) à son collègue américain, extraverti, jovial, bringueur, charmeur. Mais Andrew Scott et Chris Messina finissent par emporter le morceau. (Le premier est un visage connu des téléphiles, puisqu'il incarna naguère Moriarty dans la série Sherlock, face à Benedict Cumberbatch.)
La mise en scène n'est pas dégueulasse. J'ai été cueilli par la séquence de la simulation ratée d'un débarquement (l'Opération Tiger, qui ne s'est toutefois pas déroulée comme cela est raconté dans le film), conclue de manière tragique et évoquée avec force. Plus tard, c'est un inattendu coup de fil qui nous prend aux tripes (et nous maintient en haleine jusqu'à la fin).
A part cela, l'intrigue est menée de manière assez classique, avec un héros un peu solitaire, qui a raison contre presque tout le monde, qui va quand même trouver un peu de soutien et dont l'obstination et la compétence finissent par rendre de grands services... et être reconnus.
C'est donc d'abord un film psychologique... mais je rassure les amateurs d'action : on nous a préparé une petite séquence style Il faut sauver le soldat Ryan. C'est donc aussi un hommage à ces dizaines de milliers de jeunes hommes qui ont risqué (voire perdu) leur vie pour libérer la France du joug nazi (et éviter qu'elle ne tombe éventuellement sous celui de Staline).
Dans ce monde de casquettes, de bretelles et de couilles velues, les femmes ne sont pas absentes. Elles occupent plutôt l'arrière-plan, sauf Kay Summersby (interprétée par Kerry Condon), la secrétaire particulière d'Eisenhower, qui fut aussi son chauffeur... et sans doute sa maîtresse. Ce personnage n'est pas sans rappeler celui de Susan Travers, compagne du général Koenig, aperçue dans La Bataille de Gaulle - L'âge de fer.
En revanche, il est un personnage, présent dans Pressure comme dans le second volume de la fresque gaullienne (J'écris ton nom), que l'on découvre sous deux angles totalement différents : le général (britannique) Bernard Montgomery. En effet, la vision française de la guerre du désert libyen le montre épaulant les FFL (leur sauvant sans doute la mise), alors que, dans Pressure, il apparaît comme un type aveuglé par son arrogance.
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mercredi, 12 août 2026
Lawrence d'Arabie
C'est l'un des bonheurs de cet été caniculaire : la ressortie sur grand écran de films d'animation ou de longs-métrages classiques, restaurés. Voilà un excellent prétexte pour se ruer dans les salles obscures (climatisées). En revanche, pour "choper" le film de David Lean, il faut s'armer de courage. Il n'a pas bénéficié d'une distribution aussi large que Kill Bill ou Cowboy Bebop.
C'est un peu par hasard, au cours d'une pérégrination estivale, que j'ai eu l'occasion de me replonger dans ce qui peut être considéré comme un quasi-chef-d'oeuvre. Nous n'étions pas nombreux dans la salle, pour une séance (en version originale sous-titrée) de près de 3h40, avec un entracte... et deux introductions musicales aveugles, l'écran demeurant (temporairement) totalement noir... permettant de commencer à jouir de la musique composée par Maurice Jarre, l'un des atouts majeurs du film.
Un autre intérêt de cette réédition en salle est de pouvoir profiter de la mise en scène inspirée de D. Lean, qui a fait du désert un personnage de son histoire.
C'est aussi l'occasion de retrouver des acteurs épatants : le magnétique Peter O'Toole dans le rôle-titre, auquel je préfère toutefois Omar Sharif, en nationaliste arabe intransigeant, suivant un code d'honneur rigoureux. A noter aussi la prestation d'Anthony Quinn en chef tribal grande gueule. Elle fut jugée caricaturale par une partie du public moyen-oriental... mais quelle performance d'acteur ! Alec Guinness, quant à lui, fait le job en prince arabe... dont on a plus ou moins foncé le teint selon les scènes !
Il y a donc quelques imperfections dans cette œuvre d'une incontestable ampleur. On a évidemment souligné la faible présence d'acteurs régionaux (du moins pour les rôles de premier plan). On aurait pu relever le recours à "la nuit américaine" : de nombreuses scènes de nuit (notamment dans le désert) ont été tournée de jour. L'usage de filtres n'empêche pas de constater que, bien que se déplaçant de nuit, humains comme chameaux ont une ombre ! (On est sans doute prié de croire que c'est celle projetée par la Lune...)
Autre absence notable : celle des femmes. Aucun personnage principal ni secondaire n'est féminin. Leur présence (fugace) se limite à celle de figurantes, incarnant les épouses et filles des chefs de tribus arabes. L'intrigue se déroule clairement dans "un monde de mecs", certains d'entre eux entretenant des relations plus qu'amicales avec les personnes du même sexe. Mais le film reste très allusif à ce sujet (on est en 1962-1963).
Il reste un souffle incontestable. Celui de l'Histoire, qui voit les Arabes du Proche-Orient se libérer de la domination turque... pour tomber sous celle des Britanniques (et des Français). Celui aussi de l'aventure d'un étrange prophète aux yeux bleus, cet Européen à la culture classique devenu un homme du désert, à la fois fascinant et perturbé. Le concernant, on remarque que le scénario refuse tout manichéisme, évitant aussi bien l'idolâtrie que le dénigrement systématique (une leçon pour les metteurs en scène contemporains).
P.S. I
Il est des coïncidences qui ne manquent pas de sel : Lawrence d'Arabie ressort en salles au moment où L'Odyssée de Christopher Nolan y triomphe. Force est de constater que le casting des deux films-fleuves a été construit de manière diamétralement opposée : dans un cas, on fait jouer des personnages "caucasiens" par des acteurs afro-descendants, dans l'autre, on impose des acteurs hollywoodiens (souvent blancs) dans tous les rôles principaux, y compris ceux de protagonistes arabes.
Pour la petite histoire : quelques années avant de décéder, l'authentique Thomas Edward Lawrence avait achevé sa traduction de l’œuvre d'Homère.
P.S. II
Pour en savoir plus sur la vie de Lawrence, je conseille un numéro de l'émission Le Temps d'un bivouac, de Daniel Fiévet (sur France Inter), datant de 2019.
17:18 Publié dans Cinéma, Histoire, Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
mardi, 11 août 2026
L'Odyssée
Christopher Nolan est du genre à prendre son temps : il n'a tourné que treize films en trente ans et, dans la seconde partie de sa carrière, l'écart entre deux longs-métrages semble se stabiliser à trois ans. Il n'aime pas bâcler le travail... et il réussit à faire venir du monde dans les salles de cinéma, ce dont je lui serai toujours reconnaissant. Avant même la sortie de L'Odyssée, mon cinéma CGR ayant eu l'intelligence de reprogrammer plusieurs de ses précédents films (notamment The Dark Knight et Interstellar), j'ai pu constater que cela attirait du public, y compris en version originale sous-titrée. La particularité était de voir représentées deux générations de spectateurs : les 15-30 ans, qui n'ont pas dû découvrir beaucoup d’œuvres de Nolan en salles, et les 50-70 ans, qui le suivent depuis des années.
J'ai souvent souri (ou tiqué) en entendant ou lisant des critiques de ce film, soit pour l'encenser, soit pour le dénigrer. Rarement a été avancée l'idée qu'il y avait en réalité deux films en un : l'adaptation (libre) du poème homérique et une œuvre politique contemporaine, engagée.
Si le matériau de base est bien L'Odyssée d'Homère, des ajouts (issus eux aussi de l'Antiquité) ont été pratiqués. Il semble évident que L'Enéide de Virgile (auteur romain contemporain de Jules César) a été mise à contribution (notamment pour le récit de la conquête de Troie), ainsi que divers textes épars qui font partie de la légende de Troie.
On pourra toujours contester les choix de Nolan (il n'a pas gardé tous les épisodes du poème), mais, globalement, il a construit un bon péplum, avec du souffle, de l'action et de l'émotion. Parmi les séquences qui m'ont marqué, il y a la conquête de Troie (qui nous est présentée en plusieurs phases séparées), la rencontre de Circé, le passage par Charybe et Scylla... ainsi, bien sûr, que le massacre des prétendants. En revanche, je suis un peu déçu par l'épisode du Cyclope, apparemment si redoutable et auquel Ulysse et ses hommes finissent par échapper assez facilement. Il me semble qu'ici Nolan a été prisonnier de ses effets spéciaux, qui l'ont empêché de donner à ses scènes toute la dynamique qu'elles méritaient. On retrouve cet inaccomplissement dans la séquence chez les Lestrygons et celle des sirènes. C'est assez spectaculaire, visuellement bien fait, mais trop bref. Peut-être, au vu de la durée estimée du film, a-t-on pratiqué quelques coupes au montage.
Ces coupes ont toutefois épargné certains moments moins réussis que les autres. Je pense en particulier au décès du chien d'Ulysse. Le cabot était resté en vie pour pouvoir assister au retour de son maître (brave bête...). Il est l'un des rares à le reconnaître dans le vagabond qui demande l'hospitalité à Ithaque... et il meurt illico, à la manière du personnage incarné par Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises, ce qui n'est vraiment pas un compliment. (C'était mieux mis en scène dans The Return, un film aux ambitions plus modestes, sorti l'an dernier, dont le principal atout était la présence au générique de l'excellent Ralph Fiennes.)
Le lien entre le péplum et le film politique se noue dans la séquence à Sparte, où Télémaque rencontre Hélène et Ménélas. Là, on s'éloigne vraiment beaucoup du texte comme de l'esprit des poèmes homériques. Ce n'est pas tant le fait qu'Hélène ait les traits d'une actrice "afro-descendante" qui pose problème (même si, dans les poèmes homériques, à plusieurs reprises, on la qualifie de femme "aux bras blancs"). Lupita Nyong'o est crédible en ravissante femme adule, capable de faire tourner les têtes. Mais le couple qu'elle forme avec Ménélas (celui-ci toujours qualifié de "blond" dans les poèmes... et incarné par un acteur brun) a plus à voir avec le XXIe siècle qu'avec l'époque antique. Il s'agit ici de dénoncer le masculinisme toxique. Or, chez les poètes homériques, le couple s'est réconcilié, Ménélas ayant pris conscience que son épouse avait été davantage envoutée par Aphrodite que par ce petit insolent de Pâris. De surcroît, il avait de nouveau succombé au charme de la belle Hélène.
L'absence (physique) des divinités grecques (à l'exception d'Athéna... mais l'interprétation évanescente de Zendaya a le même résultat) occulte tout un pan des poèmes, qui traitent du déterminisme et de la liberté. Pour employer un vocabulaire plus contemporain, on pourrait dire qu'une partie des actes des humains dépend d'eux, tandis que l'autre est le résultat des circonstances / de la fatalité / de la volonté divine (rayer les mentions inutiles). De la mentalité homérique, Nolan choisit de ne garder que la remise en question (par les auteurs de L'Odyssée) de l'héroïsme de L'Iliade.
Cela concorde avec son propos politique. Il est évident que la troupe de soldats qui conquiert Troie ne représente pas différentes cités du monde grec mais la société multiculturelle états-unienne, dont (selon Nolan) l'action perturbe plus qu'elle ne libère le Proche-Orient. Ce n'est pas un hasard si Ulysse est incarné par Matt Damon, alias Jason Bourne. L'ex-super-agent de la CIA est un peu comme l'ancien guerrier grec couvert de gloire : il a pris du recul par rapport à ses exploits passés et considère désormais que son bonheur consiste en une vie simple, auprès de la femme qu'il aime. (Cette remise en question de l'héroïsme masculin traditionnel n'est pas sans rappeler ce qu'on a récemment vu dans On l'appelait Robin des Bois... à ceci près que l'Américain Damon rencontre moins de difficulté à bander son arc que l'Australo-Britannique Jackman-Robin.)
Concernant les Troyens, le film est ambigu, jouant sur tous les tableaux. D'un côté, il représente les soldats d'Ilion comme de quasi-doubles des Grecs, portant un équipement assez proche du leur et adorant les mêmes divinités. D'un autre côté, dans plusieurs retours en arrière évoquant la prise de Troie, on aperçoit des "civils" (des habitants non combattants), qui ont la peau foncée. Enfin, le comportement prédateur des Grecs/États-uniens est exagéré. Ni les premiers ni les seconds n'ont mené de guerre d'extermination (contrairement à ce qui est montré dans le film). Les Grecs antiques, une fois leurs ennemis vaincus, avaient plutôt tendance à emporter du "butin" : nourriture, objets, bijoux, femmes, enfants. Mais, pour Nolan, l'important semble être que le public fasse le lien avec une certaine image qu'ils se font des conflits du Moyen-Orient.
Enfin, il est cocasse que des critiques se réjouissent à la fois des distances prises par Nolan vis-à-vis du texte d'origine et de l'aspect féministe de son intrigue... Or, L'Odyssée des poètes homériques regorge de personnages féminins forts, à commencer bien entendu par Pénélope (plutôt bien représentée dans le film). Circé aussi est correctement campée, même si Nolan en fait plus une sorcière de type médiéval qu'une magicienne séduite par Ulysse... Charlize Theron n'est pas un mauvais choix pour Calypso, mais je trouve qu'elle aurait été plus à sa place en Hélène. L'épisode qui la voit interagir avec Ulysse n'est pas le plus réussi du film. Je ne reviendrai pas sur Athéna, dont l'incarnation aurait dû être l'occasion de mettre en avant une jeune femme guerrière et rusée. Il manque aussi notamment Nausicaa, la princesse phéacienne qui apporte son aide à Ulysse. Ainsi, les poètes homériques se révèlent plus féministes que Christopher Nolan, puisqu'ils font dépendre le succès d'Ulysse de l'action de plusieurs personnages féminins, notamment Athéna et Nausicaa, ce que ne montre pas le cinéaste dans son film.
Je trouve que, depuis qu'il ne cosigne plus ses scenarii avec son frère (qui se consacre désormais plutôt à des séries télé), Nolan, dont les films, à l'origine, ne se situaient dans aucun camp et abordaient les questions sociétales avec une certaine nuance, a tendance à vouloir incarner une figure morale. Le succès remporté par Oppenheimer aux Oscars 2024 l'a, je pense, conforté dans ce choix (avec l'appui des producteurs). On verra au prochain film si Nolan redevient le cinéaste de la complexité qu'il fut ou s'il se contente d'être une sorte de porte-drapeau du "camp du bien".
16:39 Publié dans Cinéma, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
vendredi, 07 août 2026
Giscard au Musée Fenaille
J'ai récemment ressenti une drôle d'impression, en déambulant dans la dernière exposition temporaire du musée archéologique ruthénois, « La sculpture en Rouergue à la fin du Moyen-Age » (visible jusqu'au 22 novembre 2026).
Non, je n'ai pas croisé le fantôme de l'ancien président de la République (1974-1981), décédé en 2020. Cependant, au détour d'une salle, je suis tombé sur une sculpture (du XIVe siècle) qui a, je trouve, un petit air de ressemblance avec Valéry Giscard d'Estaing, tel qu'il était dans les années 1970-1980 :
Ladite sculpture faisait partie des réserves du musée, où elle était entreposée depuis une quarantaine d'années... soit depuis le premier septennat de François Mitterrand, qui avait battu VGE en 1981. Serait-ce une coïncidence ?
Quant à la ressemblance, ne serait-elle pas due à un lien familial ? La sculpture pourrait s'inspirer d'une personnalité rouergate du Moyen-Age, dont VGE serait un (très) lointain descendant... Rappelons que les membres de la famille Giscard (le père et l'oncle du futur président) ont obtenu, dans l'Entre-deux-guerres, de pouvoir ajouter la particule "d'Estaing" à leur nom, en prétendant descendre (de manière un peu détournée...) d'une cousine de l'amiral d'Estaing, dernier héritier mâle (légitime) de la lignée, qui fut guillotiné en 1794... (La commune d'Estaing se trouve dans l'Aveyron, à 30-40 minutes de route, au nord de Rodez.)
La réponse à ces palpitantes questions se trouve peut-être dans le descriptif de la statue, dont je peux vous dire qu'elle "trône" et qu'elle est accompagnée de deux animaux... Il faut aller au musée pour en avoir le cœur net !
Cette exposition est étonnante. Elle est composée en grande partie de "reliquats", de pièces rapportées. Soit elles avaient été soustraites à la vue du public (l'une d'entre elles était même dissimulée derrière un mur de briques, dans l'église Saint-Amans, dont ce n'est pas le seul secret...). Soit elles sont incomplètes (voire sont des fragments), victimes des affres du temps... ou de la violence révolutionnaire, qui a fait bien des dégâts, entre 1789 et 1795...
J'ai été ému par ces fragments de mains, exposés dans une vitrine du début de l'exposition. Ils font partie d'éléments retrouvés à l'occasion de travaux ou de fouilles, dans la cathédrale de Rodez, à la fin du XXe ou au début du XXIe siècle. Bien entendu, à l'origine, ces mains faisaient partie de corps sculptés. Mais les voir ainsi présentés, tels des membres amputés, a quelque chose de troublant.
Dans le florilège des pièces (presque) complètes, les figures féminines sont très présentes. Sans surprise, c'est la Vierge Marie que l'on rencontre le plus souvent, soit seule, soit dans un groupe, soit en compagnie de l'enfant Jésus. L'une des plus belles sculptures (en albâtre, datant du XIVe siècle) la montre avec l'enfant debout (sur son genou gauche), une rareté.
Mon coup de cœur va toutefois à une autre œuvre, une représentation de Sainte Foy datant du XVe siècle, extraite du Trésor de l'abbaye de Conques :
Le bois est recouvert d'argent. Admirez la finesse des traits, la précision des détails. Couronnée, la sainte tient dans sa main droite les instruments de son martyre (le gril et l'épée).
Une autre belle pièce risque d'attirer vos regards : un haut-relief représentant la descente de Jésus aux Limbes :
La gueule du Léviathan n'est pas sans rappeler celle qui figure sur le (magnifique) tympan de l'église abbatiale de Conques :
La différence est qu'à Conques, les démons font entrer les pécheurs en Enfer, tandis que Jésus essaie de sortir certains "élus" des Limbes.
Du côté masculin, outre le Christ, on croise à plusieurs reprises Saint Antoine, souvent accompagné d'un animal, sans doute un cochon... mais, si vous vous rendez sur place, vous réaliserez que l'identification n'est pas toujours évidente.
Très anciennes et dégradées par le temps ou la bêtise humaine, ces œuvres ont bénéficié de restaurations, dont les techniques sont expliquées par divers panneaux et vidéos. Située en sous-sol (la partie la plus fraîche du musée), cette expo mérite vraiment le détour.
12:28 Publié dans Aveyron, mon amour, Histoire, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, culture, art, occitanie, scultpure, exposition, religion
jeudi, 06 août 2026
Chirac à Conques
C'est l'une des surprises qui attend les touristes et les pèlerins qui débarquent dans le (splendide) village médiéval aveyronnais : la présence, en deux endroits, du nom de l'ancien président de la République, qui fut aussi maire de Paris... et député de la rurale Corrèze, pas si éloignée que cela de l'Aveyron. Se pourrait-il qu'il y ait un lien ?
- Ce n'est même pas nécessaire ! me répliquerait l'un de mes amis qui, il y a quelques années, a découvert qu'on avait donné le nom de l'ancien président à un lycée agricole rouergat... avec lequel il n'a sans doute jamais entretenu la moindre relation.
La première mention du nom Chirac figure sur une place ombragée, entre le nouvel office tourisme (déplacé, rénové, très bien aménagé) et la célèbre église abbatiale. Vacanciers et pèlerins y profitent d'un moment de fraîcheur, parfois y pique-niquent, à proximité d'un surprenant panneau :
Cette pause salutaire est aussi l'occasion de découvrir qu'il ne s'agit pas de Jacques, mais de Pierre Chirac, né à Conques en 1657, mort en 1732. Ce médecin talentueux, qui a principalement vécu sous le règne de Louis XIV, a accompagné les troupes françaises, soigné le futur Régent et géré le Jardin des Plantes, avant d'obtenir son bâton de maréchal : l'anoblissement et la fonction de premier médecin du roi (Louis XV). Le nom Chirac ne s'est pas transmis par sa descendance.
L'autre Chirac de Conques se découvre à l'intérieur du Musée Joseph Fau, situé dans une ancienne maison de chanoine. J'en recommande la visite guidée, ses collections, en apparence anodines, révélant toute leur richesse grâce aux commentaires de la guide.
L'objet ci-dessus est un... pied de lit, résultat sans doute du réemploi d'un objet liturgique. (Il se trouve au premier étage du musée.) Il est bien au nom d'un Chirac, mais pas Pierre, ni Jacques : le prénom suggéré par la forme raccourcie GME est Guillaume. Ce Guillaume Chirac (peut-être apparenté à Pierre, sans être son père, qui se prénommait Jean ou Jehan) était un menuisier réputé.
Quant au nom Chirac, on le rencontre aussi en Auvergne et en Lozère. Il est vain de chercher une origine aveyronnaise à l'ancien président de la République.
Le Musée Fau lui recèle d'autres trésors, que l'on peut découvrir notamment au sous-sol ou au rez-de-chaussée (où il fait relativement frais). Je n'en citerai qu'un : une sculpture de sainte Foy :
La présence du socle (qui n'est sans doute pas d'origine) indique que la statue se trouvait auparavant dans un tout autre contexte. On découvre celui-ci en observant attentivement une très ancienne gravure (datant des années 1830), qui figure en général parmi les documents que les guides de Conques commentent au cours de l'une des visites.
La statue se trouvait à l'entrée de l'église abbatiale, sous le tympan sculpté, entre les portes d'entrée et de sortie. (A toutes fins utiles, j'ajoute qu'il convient de ne pas confondre cette statue avec le célèbre reliquaire de sainte Foy, qui est exposé dans la salle du trésor, une autre visite qui s'impose en cas de passage à Conques.)
21:01 Publié dans Aveyron, mon amour, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, occitanie, france
dimanche, 26 juillet 2026
La Bataille de Gaulle - J'écris ton nom
Sorti quelques semaines à peine après L'Âge de fer, ce second volet traite des années 1942-1944, sous l'angle double de la liberté et de la souveraineté.
La première est sous-entendue par le titre, qui fait allusion à un poème de Paul Eluard, écrit en 1942. Elle est illustrée par la lutte menée par les résistants, à l'intérieur contre l'occupation allemande, à l'extérieur contre les troupes de l'Axe. Toutefois, force est de constater que le film est meilleur dans la mise en scène des combats des Forces Françaises Libres que dans celle des actes de la Résistance intérieure.
La trame suivie ressemble à celle du premier volet. Le fil rouge est la difficile construction d'un pôle de résistance unifiée, Charles de Gaulle étant toujours confronté à la mauvaise volonté des Alliés, cette fois-ci particulièrement des États-Unis de Roosevelt, entrés en guerre à la fin de 1941. Les relations avec Churchill sont toujours aussi ambiguës, tendues... de Gaulle se montrant à la fois colérique et habile manœuvrier.
Le film nous fait percevoir l'importance du rôle des médias, à travers deux situations qui ont chacune donné lieu à une photographie. La première a été prise lors de la Conférence de Casablanca, en janvier 1943 :
A ce moment, les Américains pensent avoir fait le plus dur, en imposant le rapprochement entre l'ancien vichyste (le général Giraud) et le chef de la France Libre. Antonin Baudry montre bien à quel point les (anciens) partisans du maréchal Pétain se sont accrochés au pouvoir, aussi bien en métropole qu'outre-mer et que tout ce que de Gaulle et ses partisans avaient accompli depuis 1940 risquait de s'effondrer en 1943. De son côté, Thierry Lhermitte incarne très bien Giraud, qui fut sans doute, par la volonté des Américains, le rival le plus redoutable de Charles de Gaulle, alors qu'il n'avait ni l'intelligence ni les tripes pour s'imposer face à lui.
La seconde photographie fut un peu la manière dont de Gaulle a rendu la monnaie de sa pièce à Roosevelt. Elle a été prise à Washington, en juillet 1944 :
Ce fut au tour du général français d'instrumentaliser les médias pour, au lendemain du Débarquement de Normandie, asseoir l'idée qu'il était le chef légitime du gouvernement français de transition, forçant un peu la main des dirigeants états-uniens.
Sur le terrain, c'est tout aussi épique que dans le premier volet. A la bataille de Bir-Hakeim répond celle (encore plus méconnue) de Ksar Ghilane, au sein de la campagne de Tunisie. Au général Koenig succède le général Leclerc (Niels Schneider, excellent), auquel le film rend un hommage mérité.
Je suis moins satisfait de la manière dont la Résistance intérieure est représentée. L'accent est mis sur les difficultés à l'unifier, mais les actions réalisées au quotidien ne sont pas assez bien mises en valeur (à mon avis). Je ne suis pas très convaincu non plus par la manière d'incarner Jean Moulin. Peut-être aura-t-on une bonne surprise cet automne avec Gilles Lellouche.
Quoi qu'il en soit, ce deuxième volet est marqué, comme le premier, par un certain souffle. La mise en scène est efficace et souvent inspirée. Simon Abkarian emporte définitivement l'adhésion en Charles de Gaulle. Les spectateurs préfèreront peut-être ce volet, parce qu'il montre l'ascension, jusqu'à la Libération de Paris, à laquelle ont participé tant d'anonymes, français comme étrangers (notamment les Espagnols de La Nueve). De mon côté, j'ai plutôt un faible pour la première partie, qui met davantage en exergue les difficultés des débuts... et instille un humour incongru, salutaire, moins présent dans ce second volet. Le film n'en est pas moins hautement recommandable.
10:03 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire, france
dimanche, 19 juillet 2026
Le Héros de Berlin
Décédé avant la sortie de ce film, le réalisateur Wolfgang Becker s'était fait connaître jadis avec Good Bye Lenin !, dont l'acteur principal, Daniel Brühl, vient faire un petit coucou ici. Il n'est pas la seule référence à cette précédente œuvre, dont l'ambiance de fin de RDA filtre à travers l'évocation du rôle de la STASI et l'annonce du trentième anniversaire de la chute du Mur de Berlin.
En découvrant peu à peu l'ascension d'un mythomane, les cinéphiles penseront aussi à Un Héros très discret (de Jacques Audiard) et au récent Marco, l'énigme d'une vie. Aux contextes de la Guerre civile espagnole et de la Seconde Guerre mondiale succède celui du régime communiste (finissant) est-allemand, avec l'histoire d'une fuite en RER, qui aurait été orchestrée par un employé des chemin de fer tombé dans l'oubli.
L'intrigue suit deux voies parallèles : celle de la relation problématique à la vérité du héros, devenu une quasi-loque humaine, tenant poussivement un vidéo-club au bord de la faillite... et celle des autorités officielles, avides d'encenser un "héros ordinaire" et de renouveler les discours concernant la chute du Mur.
Je n'ai été que moyennement convaincu. Charly Hübner (qui, jadis, a joué dans La Vie des autres, film autrement plus puissant que celui-ci) fait le job dans le rôle d'un pauvre type qui a été mêlé bien malgré lui à une étrange affaire, mais le scénario accumule trop les invraisemblances pour être crédible. La démystification intervient trop tard et la peinture du petit monde politique allemand m'est apparue vraiment caricaturale. (Qu'en ont pensé les Allemands ?)
A côté de cela, il y a bien l'émergence d'une improbable histoire d'amour, pas si mal menée que cela mais, globalement, je trouve le film très ambigu dans son propos, notamment quand il affirme (à plusieurs reprises) que l'histoire n'est qu'un assemblage de mensonges. Il met dans le même sac tous les régimes (totalitaires comme démocratiques) et ne fait pas l'effort de distinguer la politique mémorielle d'un État de l'écriture réelle de l'histoire, par des professionnels rigoureux.
Ce n'est pas déplaisant à suivre, mais c'est décevant. Il y a bien mieux à l'affiche actuellement.
08:55 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
mercredi, 15 juillet 2026
Kayara, princesse inca
Ce bref film d'animation (1h20) se situe dans la lignée de la précédente œuvre de son réalisateur Cesar Zelada : Ainbo, princesse d'Amazonie. Il conte l'histoire d'une émancipation féminine, celle de l'héroïne qui, de surcroît, va sauver son peuple.
Attention toutefois : celle-ci n'est pas plus princesse que "caillera", même si c'est une rebelle, fille unique d'un chasqui... dont la fonction (contrairement à ce qu'une homophonie facile pourrait laisser croire) n'est pas de s'occuper des chasse-neige et des après-ski.
C'est l'un des intérêts de cette modeste production plutôt destinée aux enfants : l'insertion d'éléments civilisationnels dans l'intrigue, liés aux Incas et à d'autres peuples amérindiens, au début du XVIe siècle.
Dans un premier temps, le propos se veut surtout féministe, avec une gamine débrouillarde qui veut braver une société patriarcale qui interdit aux femmes d'exercer la fonction de messager, quand bien même elles seraient douées à la course. Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir comment Kayara va parvenir à ses fins... Dans la salle, même les petits garçons étaient captivés. (Il faut dire que le meilleur ami de l'héroïne est le fils de l'empereur inca, un jeune gars plutôt sympa... mais pas très enclin à bousculer les traditions.)
La suite voit se déployer un complot, dont je ne révèlerai rien. Sachez que, pour des adultes, c'est limpide. C'est donc compréhensible par de jeunes enfants. La situation va toutefois se compliquer avec l'arrivée de mystérieux étrangers, sur de grands bateaux à voile... eh, oui, les Espagnols sont (tardivement) de la partie !
Entre messages codés, quipus, poisons, passages secrets et divinités de la nature, on ne s'ennuie pas, même si l'intrigue est, pour des adultes, conduite de manière simpliste (voire naïve), les problèmes se résolvant assez rapidement. Au niveau de l'animation, c'est correct, sans plus. On passe un agréable moment (au frais)... et on apprend deux-trois trucs sur les cultures précolombiennes.
lundi, 06 juillet 2026
Notre Histoire - Chroniques du Caire
Abu Bakr Shawky a puisé dans son histoire familiale pour écrire le scénario de cette fiction historique, à la fois dramatique, colorée et (parfois) humoristique, dont l'action se déroule de 1967 à la seconde moitié des années 1980, sous les présidences successives de Gamal Abdel Nasser, Anouar el-Sadate et Hosni Moubarak.
L'arrière-plan politique intervient doublement dans la saga familiale, puisque les fils sont susceptibles d'être mobilisés dans le cadre des conflits israélo-arabes (en 1967 pour la Guerre des Six-Jours et en 1973 pour celle de Kippour)... et qu'il convient d'être très prudent quand on émet une opinion politique dans un pays qui est une dictature militaire... très policée. A cet égard, la manière dont deux membres de la famille, à vingt ans d'intervalle, vont gaffer, ne manque pas de saveur...
Cette famille réside presque entièrement dans le même appartement, où se côtoient quotidiennement le père, la mère, trois oncles, trois fils, bientôt une belle-fille... et même le voisin du dessus, qui ne supporte pas d'entendre le héros s'exercer au piano... mais vient soutenir ses voisins quand l'équipe locale, dont ils sont fans, dispute un match, le plus souvent perdu...
J'ai été particulièrement sensible aux trois oncles, trois "tontons" aux tempéraments différents... et bien affirmés. L'un d'entre eux a le statut de porte-malheur, plusieurs péripéties permettant de vérifier cette incroyable réputation ! Mais le personnage qui réserve le plus de surprises est sans doute celui de la mère, qui connaît de beaux développements dans la seconde partie de l'intrigue.
La musique est omniprésente dans cette histoire, la populaire comme l'élitiste. On découvre la première dans l'appartement familial et chez les parents de la dulcinée autrichienne, tandis que la classique est la passion du héros Ahmed (sans doute le père du réalisateur). Jeune pianiste doué, il décroche une bourse pour un conservatoire autrichien, avec de grandes ambitions artistiques... et l'envie folle de rencontrer sa correspondante locale, dont il est tombé amoureux. Cette love story complètement improbable (mais a priori vraie) est le fil rouge de l'intrigue. Elle va survivre aux aléas politiques, aux drames familiaux et aux péripéties de la carrière d'Ahmed, qui connaît des hauts et des bas.
Le film s'interrompt peu après la naissance du petit-fils, dans une Égypte à la croisée des chemins, où l'on sent monter l'intégrisme religieux.
Je n'attendais pas grand chose de ce film et il m'a littéralement happé, grâce à son énergie et au talent des comédiens, pourtant peu connus.
00:21 Publié dans Cinéma, Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
samedi, 04 juillet 2026
Espions, une histoire vraie
Il y a cinq ans, j'ai découvert cette émission de radio, produite et présentée par Stéphanie Duncan, à travers l'histoire d'Amaryllis Fox, ex-agent de la CIA. Depuis, d'autres portraits sont venus enrichir la collection, qui bénéficie d'une rediffusion estivale, depuis lundi dernier, sur France Inter. Dans le même temps, il y a quelques mois, est paru en édition de poche un florilège de portraits d'espions (17 au total) :
La version livresque est une sorte "d'extrait sec" de chaque biographie radiodiffusée. Il y manque les illustrations sonores, la musique, les documents d'époque. Mais cela se lit vite (chaque bio s'étendant sur sept à dix pages) et c'est bien écrit.
Trois des cinq portraits rediffusés cette semaine figurent dans le florilège : ceux d'Oleg Gordievski (émission de mardi), de l'ancienne maîtresse de Fidel Castro Marita Lorenz (émission de mercredi) et de l'agent double britannique Kim Philby (émission de jeudi).
Complètent la série l'histoire de l'hôtesse de l'air israélienne Yola Reitman (émission de lundi) et celle de l'ancien journaliste du Canard enchaîné Jean Clémentin (émission d'hier vendredi), dont la révélation du passé de "correspondant" des services tchécoslovaques avait défrayé la chronique en 2022.
Aux "vieux" auditeurs de la radio publique, cette émission en rappellera une autre, la fameuse Rendez-vous avec X, multirediffusée, qui conjuguait rigueur des sources et talent de mise en scène (le "Monsieur X" étant un personnage de fiction, interprété par un acteur).
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samedi, 13 juin 2026
La Bataille de Gaulle - L'âge de fer
Il y a quelques années de cela, le scénariste Antonin Baudry avait révélé un certain talent de réalisateur avec Le Chant du loup. Il a pris son temps avant de retourner derrière la caméra, avec ce qui n'est pas véritablement un biopic, mais un film de guerre et de résistance, qui prend parfois la forme d'un cours d'histoire.
La première qualité de ce film est de mettre en avant des épisodes de la Seconde Guerre mondiale qui n'ont pas souvent figuré à l'écran. Ainsi, on découvre celui qui n'est encore que le colonel de Gaulle lors de la bataille de Montcornet (en mai 1940), au cours de laquelle il a dirigé plusieurs unités de char contre l'envahisseur allemand, avec une certaine habileté... mais aussi de l'audace... et un poil d'inconscience, Simon Abkarian réussissant à nous faire toucher du doigt le mélange de courage et d'arrogance du personnage. C'est aussi l'occasion de mettre en scène le sens de la formule du futur général :
- Mon colonel, c'est la débandade !
- Ai-je l'air de débander ?
Sans être aussi savoureux, le reste des dialogues est tout de même souvent marqué par un indéniable savoir-faire, ne serait-ce que parce que l'on s'est visiblement beaucoup inspiré des Mémoires de Charles de Gaulle, ainsi que de ses lettres, notes et carnets. Cela donne ce ton souvent sentencieux au héros, pas toujours bien assimilé par Abkarian, qui donne parfois l'impression de réciter un texte littéraire.
Les spectateurs attendent sans doute les débuts du personnage à Londres, mais Baudry a l'intelligence de ne pas trop s'attarder dessus, notamment sur l'Appel du 18 juin, déjà amplement traité dans le De Gaulle de Gabriel Le Bomin. Il préfère mettre en scène les rencontres avec Winston Churchill (qui parlait sans doute mieux le français que de Gaulle l'anglais). Celui-ci est interprété par l'excellent Simon Russell Beale (qui nous a ravis naguère en incarnant cette pourriture de Beria dans La Mort de Staline). C'est l'un des aspects les plus réussis de ce long-métrage : la confrontation de ces deux têtes de lard, qui s'estimaient mutuellement mais n'hésitaient pas à se jouer des coups en douce.
Un autre mérite du film est de montrer à quel point fut difficile la construction de la Résistance extérieure. Au début, ce n'est qu'une bande d'amateurs, des patriotes de tout bord qui ne disposent pas de moyens importants. De plus, quand le mouvement a commencé à prendre de l'ampleur, de Gaulle aurait dû, à plusieurs reprises, en être évincé, par l'amiral Muselier (qui a eu l'idée de la Croix de Lorraine), par le général Catroux (plus accommodant que de Gaulle mais moins charismatique... et moins tenace), par l'amiral Darlan (ancien second de Pétain)... et par le général Giraud, que l'on verra sans doute dans le second volet, qui sort bientôt.
A la vision de ce film, on comprend aussi mieux pourquoi de Gaulle a eu, par la suite (notamment une fois revenu au pouvoir, en 1958), de telles réticences vis-à-vis des gouvernements britanniques et états-uniens, qui, durant la guerre, lui ont souvent mis des bâtons dans les roues et l'ont tenu à l'écart de certains moments importants.
Le premier de ces épisodes est celui de Mers el-Kébir, qui a failli torpiller définitivement la toute jeune France Libre. Je trouve que le film est un peu dur pour les Britanniques et ne montre pas assez la raideur jusqu'au-boutiste des officiers de marine français.
Moins connues sont les pérégrinations de Charles de Gaulle en Afrique sub-saharienne : Cameroun, Tchad et Congo font partie des premières colonies ralliées à la Résistance extérieure. C'est l'occasion pour le réalisateur de montrer le recrutement en partie africain des FFL (Forces Françaises Libres), sous la houlette notamment du général Leclerc (auquel je trouve que cette première partie ne rend pas assez hommage). Cela nous vaut aussi une séquence pittoresque en zone équatoriale, avec de Gaulle imperturbable dans son uniforme (à l'intérieur duquel il doit pourtant crever de chaud) et négligeant les conseils de Spears, l'attaché britannique qui tente d'arrondir les angles avec Churchill. Lorsque l'attaché lui propose un produit pour lutter contre les insectes volants, il s'attire cette réponse cinglante du chef de la France Libre :
- Les moustiques ne piquent pas le général de Gaulle !
Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir ce qui suit cette déclaration péremptoire du héros qui, à l'époque, s'était mis à parler de lui à la troisième personne !
Le véritable moment de bravoure est sans conteste la séquence consacrée à la bataille de Bir Hakem (au printemps 1942). En se battant à un contre dix, avec beaucoup moins de matériel, les FFL sont parvenues à infliger de lourdes pertes aux Italiens et à l'Afrika Korps de Rommel, ralentissant suffisamment leur progression pour permettre aux Britanniques de regrouper leurs forces, permettant à moyen terme la victoire cruciale d'El-Alamein. Ce fut l'honneur retrouvé de l'armée française et c'est filmé avec un souffle quasi épique.
Dans cette bataille, on retrouve la composition hétérogène des FFL. La mise en scène insiste plutôt sur la composante africaine, mais il faut savoir qu'il y eut aussi des unités originaires du Pacifique, comme le rappelle un reportage récemment diffusé à la télévision publique.
Certains spectateurs s'étonneront peut-être de la présence d'une femme (une seule) au sein des combattants. Ce n'est pas une invention "politiquement correcte", pour se mettre en conformité avec l'air du temps. Cette femme (hors du commun) était Susan Travers, une Britannique qui commença la guerre comme ambulancière dans la Croix-Rouge, avant de rejoindre la France Libre puis la Légion étrangère. Hélas, le film ne dit presque rien d'elle, la présentant comme très proche du général Koenig (qui commandait les troupes à Bir Hakeim). En fait, elle était sa maîtresse... et lui marié, ce qui, à l'époque, était socialement inacceptable. Son rôle a donc été minoré (voire ignoré) pendant des décennies.
Je suis conscient que, l'époque étant extrêmement riche, le film ne pouvait pas tout dire. Il regorge tout de même d'anecdotes (comme celle des habitants de l'île de Sein, parmi les premiers à rejoindre la France Libre en 1940) et, s'il est assez scolaire dans sa forme, plusieurs scènes témoignent d'un effort d'inventivité.
Les 2h40 passent sans problème. C'est au final pour moi un bon spectacle, instructif de surcroît.
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lundi, 25 mai 2026
Les Goûteuses d'Hitler
Le dictateur allemand vivait dans la crainte d'être assassiné. Les historiens estiment qu'il aurait échappé, au total, à une quarantaine de tentatives, les plus célèbres étant celle de Georg Elser et celle du colonel von Stauffenberg, déjà représentées au cinéma.
Voilà pourquoi, en 1943, en Prusse orientale, une équipe de jeunes Allemandes a été recrutée de force par la SS pour goûter les plats préparés pour les repas d'Hitler. Le film adapte le (passionnant) roman de Rosella Postorino, lui-même inspiré de la vie de Margot Wölk.
Sur la forme, le début ressemble un peu à une pièce de théâtre, avec ces femmes disposées de manière géométrique autour d'une grande table. Notons que, dans la réalité, elles étaient quinze, contre dix dans le roman, et sept ici, un choix qui se justifie peut-être par la volonté de concentrer l'intrigue sur un petit nombre de personnalités marquantes, l'effectif impair permettant de disposer les femmes en quinconce de part et d'autre de la table, ce qui ouvrait des perspectives à la mise en scène.
Le groupe est très disparate, avec des personnes âgées de dix-sept à quarante ans environ. Six des sept femmes sont ou ont été mariées, cinq ont eu au moins un enfant. L'héroïne, Rosa, est, avec Leni (la plus jeune), la seule à ne pas avoir accouché, son mari ayant été convoqué sous les drapeaux peu de temps après leur mariage.
Les opinions politiques des goûteuses sont variées. Une minorité est qualifiée d' « enragées », des nazies convaincues, qui gobent toute la propagande. Rosa se garde de le dire, mais sa famille est plutôt dans le camp opposé, même si elle évite toute attitude contestataire. Déjà qu'elle est perçue comme à part par les autres femmes (parce qu'elle n'est pas originaire de la région)... Celles-ci (filles de paysans, pour la plupart) la surnomment « la Berlinoise » (terme péjoratif, équivalent de la Parisienne, chez nous).
Une autre de ces femmes se détache : Elfriede, au caractère plus affirmé que Rosa, et qui cache aussi quelques secrets.
En gros, le scénario suit les deux tiers de l'intrigue du roman, en éliminant certains aspects annexes (comme la relation avec une baronne, proche du comte von Stauffenberg). J'ai été un peu déçu par l'adaptation, d'abord parce qu'elle évacue l'humour parfois caustique du roman, ensuite parce que l'aspect "goûteuse" de l'intrigue passe souvent au second plan. Il est surtout question des relations entre ces femmes, l'objectif du réalisateur étant, à mon avis, de mettre en valeur l'esprit de "sororité". Il en vient à négliger certains éléments du roman, qui auraient pourtant pu rendre son film plus intéressant. Alors que l’œuvre d'origine est assez crue, j'ai trouvé son adaptation un peu aseptisée.
Mais le film a le mérite de mettre au jour cette histoire incroyable, de surcroît bien portée par plusieurs interprètes, au premier rang desquels je place Elisa Schlott, qui incarne de manière convaincante une épouse esseulée, qui tente de survivre dans un monde d'hommes ultra-violents.
P.S.
Je n'ai pas aimé la fin, très différente de celle du roman (et de la réalité).
lundi, 13 avril 2026
Je n'avais que le néant
J'ai raté ce film à sa sortie en salles. J'ai récemment profité d'une séance spéciale pour y remédier. Je fais partie de celles et ceux qui estiment que Shoah, de Claude Lanzmann, est un chef-d’œuvre, un documentaire aussi fort que novateur (pour son époque), que je n'ai toutefois jamais vu au cinéma, uniquement à la télévision et en DVD.
J'ai donc pris en pleine gueule certaines scènes, qui m'ont rappelé celles déjà vues sur petit écran, ici amplifiées par la salle obscure. Guillaume Ribot a puisé dans les quelque 220 heures de rushes non utilisés pour nous livrer une sorte de making of de Shoah, sur fond d'extraits des écrits du cinéaste, toujours très bien choisis.
On retrouve donc certains des intervenants les plus marquants du documentaire-fleuve : le rescapé miraculeux de Chelmno (qui a survécu à une balle dans la nuque...), le coiffeur de Treblinka (dont on apprend qu'il a sans doute fui Lanzmann avant d'accepter de témoigner), un autre, allemand, l'un des rares évadés des camps d'extermination, les paysans polonais qui ont (presque) tout vu, l'ancien cheminot qui n'a rien oublié, l'ex-SS Suchomel, malade du cœur (il en avait un !), piégé par une caméra cachée (la "paluche", qui n'enregistrait pas, mais transmettait les images à distance, à une régie située dans le combi loué par Lanzmann), les anciens membres des Einsatzgruppen, protégés par leur entourage, et qui ne se laissent pas berner, au point de pousser l'équipe à prendre la fuite...
De manière involontaire, certaines scènes (qui datent de plus de quarante ans) font écho à notre époque. On est ainsi stupéfait d'entendre un paysan polonais (qui ne maîtrise aucune langue étrangère) affirmer que Claude Lanzmann parle (français) avec "un accent juif" ! (S'il vivait en 2026, peut-être ironiserait-il sur la manière de prononcer son nom de famille...) C'est encore le nom du réalisateur qui est source d'ennuis puisque, pour nombre d'anciens nazis, il "sonne juif" et lui vaut donc des refus d'entretien. On constate que, bien avant que l'expression ne soit créée, il régnait déjà, entre 1973 et 1980, une sorte "d'antisémitisme d'atmosphère", que certains tentent aujourd'hui de minimiser.
Le film se termine sur une séquence forte, avec des survivants de la révolte du ghetto de Varsovie, l'un des chefs, devenu alcoolique, peinant à s'exprimer. Ici encore, un geste, une attitude, parle plus que des discours.
21:40 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
dimanche, 29 mars 2026
Les Rayons et les ombres
Auréolé du succès (public comme critique) d'Illusions perdues, Xavier Giannoli a eu les moyens de se lancer dans un projet plus risqué, celui d'un biopic double, croisement des vies d'un père et de sa fille, à savoir Jean et Corinne Luchaire.
Utilisant les retours en arrière pour entremêler les époques, Giannoli nous livre une véritable fresque, de l'Entre-deux-Guerres aux lendemains de la Libération, en passant bien entendu par la période d'occupation allemande et de collaboration.
La distribution est éblouissante. Pour lancer le film, on a beaucoup communiqué sur Jean Dujardin, qui parvient à faire ressentir les ambiguïtés de son personnage, jusque dans sa lâcheté lucide. Il est un autre acteur qui réussit tout aussi bien à incarner un individu trouble : August Diehl, remarquable en Otto Abetz, même si je trouve que Giannoli (de manière encore plus évidente avec lui qu'avec Luchaire/Dujardin) gomme certains aspects déplaisants (ou ne les aborde que de manière allusive) pour rendre ses protagonistes plus "aimables".
A ce duo de paires de couilles il faut ajouter Nastya Golubeva (eh oui, encore une "fille de"), dont je n'attendais pas grand chose, mais qui m'a épaté dans le rôle. A certains moments, elle vole la vedette à Diehl et Dujardin, ce qui n'est pas une mince affaire. Je regrette toutefois que, dans la dernière période de la vie de l'héroïne, on ne l'ait pas véritablement enlaidie : la maladie, les excès divers et le désespoir avaient fait vieillir prématurément Corinne Luchaire, qui, à la veille de sa mort, ne ressemblait plus guère à la starlette des débuts.
L'autre intérêt du film est sa volonté d'expliquer en nuances l'adhésion à la Collaboration. Certains Français s'y sont lancés par fidélité au maréchal Pétain, d'autres par sympathie pour les thèses nazies, d'autres encore par opportunisme. Concernant Jean Luchaire, il semble que ce soit le pacifisme qui l'y ait mené. Mais, très vite, ce sont les préoccupations matérielles qui ont pris le dessus, l'humaniste rigoureux du début finissant dans les partouzes cocaïnées auxquelles participaient certains officiers des troupes d'occupation...
Je reproche au film de situer tard dans le temps le basculement de Luchaire, alors que, dès le début de 1941, il a tenu des propos ouvertement antisémites. Giannoli passe aussi rapidement sur le séjour à Sigmaringen, cette "colonie des collabos" durant laquelle Luchaire ne s'est pas contenté d'être observateur. En Allemagne même, il a de nouveau dirigé un journal (et une radio) pro-nazi.
Quoi qu'il en soit, en dépit du brio qui est à l’œuvre, je suis resté un peu extérieur au film. Giannoli a beau s'appesantir sur les effets de la tuberculose, les souffrances ressenties par ses héros sont bien peu de choses au regard de celles subies par tant de personnes, bien plus recommandables, sous l'Occupation. Le journaleux adepte des compromissions et sa petite fille gâtée demeurent peu sympathiques et j'adhère totalement au réquisitoire du procureur (excellent Philippe Torreton), qui arrive bien tard.
Du point de vue des nuances, j'ai quand même apprécié qu'on ne nous montre pas les résistants systématiquement comme des chevaliers blancs de la démocratie. Certains d'entre eux (notamment parmi ceux qui se sont "engagés" après le 6 juin 1944...) sont présentés comme de sales types, pitoyables en comparaison de celles et ceux qui ont été des héros.
Globalement, le film, bien fichu, supporte la distance (3h20...), même s'il comporte quelques longueurs.
17:33 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
samedi, 14 mars 2026
E.P.i.C.
Avec G.O.A.T. (dans un tout autre genre), c'est le deuxième film sorti récemment dont le titre est un acronyme : ici, le terme que l'on pourrait traduire par « épique » signifie aussi Elvis Presley in Concert.
C'est à Baz Luhrmann (réalisateur d'Elvis) que l'on doit ce documentaire hommage, conçu pour particulièrement mettre en valeur la période Las Vegas de la carrière du King. Pour cela, il a collecté un important matériau : des séquences issues de précédents documentaires, assez anciens, des extraits de programmes télévisés, mais aussi des images méconnues, tournées pendant des séances de répétition ou d'enregistrement. Ajoutez à cela divers extraits de concerts, le tout restauré, remastérisé (pour le son) et vous obtenez une formidable collection de moments, hélas placés un peu dans le désordre. Pour s'y retrouver, mieux vaux bien connaître la carrière d'Elvis... ou se fier à son apparence physique, sa coiffure comme son degré d'empâtement indiquant à quelle période l'on se trouve.
Le résultat est... étourdissant. Le film est fait pour être vu dans une salle dotée des meilleurs équipements, par exemple la technologie ICE présente dans certains cinémas CGR (pas celui de Rodez, hélas). C'est donc au cours d'un déplacement que je me suis offert cette expérience, dans une salle dont le public était, de manière surprenante, très diversifié (avec un assez grand nombre de jeunes adultes, plutôt de sexe féminin). Parmi les vieux briscards présents se distinguaient plusieurs individus dotés d'une coiffure particulière...
Bref, l'ambiance était bonne et, dès que le film a été lancé, assez souvent, nous avons été quelques-uns à avoir des fourmis dans les jambes. Sur le plan sonore, c'est vraiment emballant. On nous propose un florilège étendu et diversifié des chansons du King, certaines très connues, d'autres moins, dans des styles différents, de la country au gospel, en passant par le rhythm and blues, le rock et même de la variété.
Visuellement, c'est aussi très intéressant. Je vais enfoncer une porte ouverte, mais Elvis était vraiment une bête de scène (et un putain de beau gosse, au moins jusqu'à 35 ans). Les extraits de concert son souvent impressionnants.
C'est aussi bourré d'humour... celui d'Elvis. Je n'avais pas le souvenir d'un personnage aussi facétieux. C'est notamment l'intérêt des séquences d'enregistrement et de répétitions : outre la qualité de ses musiciens, on découvre l'icône sous un autre jour... et c'est passionnant.
Luhrmann n'a pas voulu s'appesantir sur les dernières années de la résidence "végassienne". Son film, incomplet, n'est pas parfait, mais, franchement, quand ça s'arrête, on en reprendrait bien une louche.
vendredi, 06 mars 2026
Les Enfants de la Résistance
J'ai vu l'adaptation de la bande dessinée à succès, centrée sur les deux premiers tomes, Premières actions...
... et Premières répressions :
Les scénaristes n'en ont gardé que la trame générale et la caractérisation de certains personnages. Si, de prime abord, l'on saisit qu'il fallait un peu "élaguer" dans les quatre-vingt-dix pages de la BD pour faire tenir l'histoire en 1h40, on comprend un peu moins quand on voit ce qui a été rajouté à la place...
Au niveau des acteurs, les adultes s'en sortent bien, en général. Artus est une bonne surprise en père ancien combattant, Jugnot fait le job en curé de campagne (très différent de celui de la BD mais cela passe) et ceux qui incarnent les nazis sont très bien (c'est-à-dire de parfaits salauds). Côté allemand, on a eu l'élégance d'introduire de la nuance : certains soldats n'ont rien d'extrémiste, ils sont simplement pris dans le flux de l'Histoire.
Mais tous les enfoirés de service ne sont pas aussi bien joués. Julien Arruti tente de casser son image en jouant un cafetier collabo, mais il n'est pas terrible. J'ai eu l'impression de me trouver devant une mauvaise copie de ce que j'avais vu ailleurs, il y a bien longtemps (par exemple dans Uranus ou Au bon beurre).
Les autres déceptions, au niveau de l'interprétation, sont les enfants. Leurs dialogues sont mal écrits (ils parlent un peu trop comme des adultes) et les acteurs sont souvent approximatifs. J'ai aussi été horripilé par l'un des changements introduits (par rapport à la BD) : la tension (factice) qui s'instaure entre l'un des garçons et la petite réfugiée, dont on comprend dès le départ qu'ils vont finir par s'adorer. C'est du niveau d'un téléfilm de France Télévisions...
C'est dommage, parce que l'histoire est belle et que le matériau de départ (les bandes dessinées) était de qualité. Je ne saurais donc trop recommander de lire les différents tomes, bien plus subtils que le film, et accompagnés (en fin de chaque volume) par un petit dossier historique. Si ce film médiocre incite des jeunes à s'intéresser (de manière un peu plus rigoureuse) à cette époque trouble, il aura servi à quelque chose.
19:36 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
jeudi, 12 février 2026
Le Mage du Kremlin
Le nouveau film d'Olivier Assayas s'inspire d'un roman primé et de l'histoire de la Russie de ces trente-quarante dernières années. Il ne s'agit donc pas d'une biographie de Vladimir Poutine, même si son parcours politique est décrypté à l'aune du regard d'une "éminence grise", celle-ci n'ayant au départ aucun lien avec la politique.
La première partie (du film comme du livre, d'ailleurs) se déroule donc sans Poutine, mais elle permet de comprendre les circonstances qui ont permis son accession au pouvoir et le renforcement de son contrôle sur la société russe. C'est sans doute ici qu'Assayas dispose du plus de liberté cinématographique. Ce n'est pas pour moi la partie la plus convaincante, mais elle permet de resituer l'émergence de Poutine dans un contexte de chaos.
Quand celui-ci débarque à l'écran, sous les traits de Jude Law, c'est un choc. A l'origine, je rechignais à aller voir ce film, parce que je pensais que le choix de cet acteur (fort estimable au demeurant) n'était pas le bon. Je dois reconnaître que je me suis trompé. Law fait un Poutine très convaincant, ne tombant pas trop dans le mimétisme tout en restant crédible. Chapeau.
La suite est des plus passionnantes. Ayant été spectateur de ces événements, consultant divers journaux pour tenter de comprendre ce qui se passait en Russie, j'ai retrouvé l'ambiance de l'époque, de la décrépitude de Boris Eltsine aux premières exécutions d'opposants, en passant par la guerre en Tchétchénie et la tragédie du Koursk.
La distribution est bonne, qu'elle concerne les personnages réels (outre Poutine, Boris Berezovsky et Igor Setchine) que les personnages fictifs : celui du "mage" (certes inspiré de Vladislav Sourkov, mais à l'évidence résultat d'un mélange plus subtil), de sa compagne (dans la peau de laquelle j'ai eu du mal à reconnaître Alicia Vikander !) ou de l'interlocuteur états-unien. Plus ambigu est le statut de Dimitri Sidorov, décalque évident de Mikhail Khodorkovsky... et qui dans le roman se prénomme bien Mikhail. Pourquoi diable avoir modifié son identité pour le film ? Serait-ce pour épargner cet ancien oligarque, dont le passé sulfureux semble avoir été effacé de la mémoire collective depuis qu'il a subi les foudres du Kremlin ? C'est dommage, parce que son ambiguïté à lui aurait pu contribuer à mieux mettre en évidence celle du "Tsar".
Les commentateurs officiels ont souvent regretté la trop grande place laissée par le film aux arguments de Poutine, qu'ils sortent de sa bouche ou de celle de son conseiller officieux. Certes, le propos aurait pu être plus grinçant à leur égard, mais je trouve qu'Assayas et Carrère réussissent dans leur entreprise de rendre plus intelligibles les motivations de Poutine et de ceux qui le soutiennent.
A cela s'ajoute une interprétation tout en sobriété du "Mage", par Paul Dano, un excellent choix à double titre, puisque celui qui longtemps fit figure d'acteur de deuxième rang incarne un personnage qui semble de prime abord secondaire, avant que l'importance de son action n'apparaisse au grand jour. Je trouve cette mise en abyme très pertinente, les aspects moins reluisants du "héros" ressortant lors de ses rencontres avec la "femme de sa vie".
C'est donc un film exigeant, plutôt destiné à celles et ceux que la politique internationale intéresse, mais il m'a tenu en haleine du début à la fin.
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vendredi, 06 février 2026
Nuremberg
Ce n'est pas la première fois que le procès des principaux dirigeants nazis capturés par les Alliés fait l'objet d'une fiction (télévisuelle ou cinématographique). L'originalité de celle-ci est de présenter l'intrigue sous l'angle de la relation entre Hermann Göring et l'un des deux psychiatres états-uniens chargés de suivre les détenus.
Au départ, je nourrissais quelques appréhensions concernant l'interprétation de Russell Crowe en Göring. En fait, je l'ai trouvé très bien, à la fois sobre et ambigu dans son jeu. La déception est venue de là où je ne l'attendais pas : Rami Malek surjoue horriblement en psychiatre humaniste et sûr de sa science, dont on comprend immédiatement qu'il va se faire manipuler.
Heureusement, les personnages secondaires sont mieux campés, à commencer par le procureur Jackson (par Michael Shannon), mais aussi son homologue britannique Maxwell-Fyfe (par Richard E. Grant), le colonel Andrus (par John Slattery) et le sergent Triest (par Leo Woodall), ce dernier réservant de belles surprises, bien intégrées à l'histoire.
L'aspect filmique est donc réussi... plus que l'aspect historique. Je veux bien que, pour créer une intéressante dramaturgie, scénaristes comme réalisateurs soient amenés à prendre des libertés avec la réalité des faits, mais je commence à en avoir marre de constater les énormes déformations opérées dans des œuvres destinées à un grand public, et présentées par leurs auteurs comme fiables sur le plan historique.
Ainsi, je trouve que la genèse comme les enjeux du procès ne sont pas bien restitués. Le film donne l'impression que tout commence en 1945, alors que c'est dès 1942 que les Alliés ont songé à traduire en justice les dirigeants nazis. D'autre part, obtenir les aveux des accusés n'était pas une priorité pour tout le monde, puisque les preuves réunies étaient accablantes. A ce sujet, le colossal travail de documentation réalisé en amont n'est quasiment pas montré. Enfin, parmi les chefs d'accusation, les auteurs du film ont choisi d'insister sur celui qui a sans doute été le moins évoqué durant le procès : les crimes contre l'humanité. En effet, les Américains voulaient mettre en avant les notions de complot et de crime contre la paix, l'ensemble des Alliés étant d'accord pour pointer d'abord les crimes de guerre, dont ont été notamment victimes les civils des pays envahis par l'armée allemande ainsi que les prisonniers de guerre. (Les Soviétiques ont été les plus nombreux à mourir dans d'atroces souffrances et les Britanniques ont mis l'accent sur l'exécution de certains de leurs soldats.)
Le sort des juifs a bien été évoqué durant le procès, mais assez brièvement. C'est une déformation du XXIe siècle que de lui accorder une place centrale dans l'accusation. D'ailleurs, celle-ci n'avait pas retenu la toute récente notion de génocide.
Il y donc du trop-dit... et des non-dits, concernant principalement l'allié soviétique. On ne voit quasiment pas intervenir le procureur nommé par Staline, alors qu'il a pourtant ardemment participé au contre-interrogatoire de Göring. De plus, les crimes du régime communiste ne sont (vaguement) abordés qu'une seule fois, dans la bouche du second d'Hitler. Pourtant, de 1928 à 1945, des millions de personnes sont mortes sous la botte de Staline et de ses affidés, ce qui posait tout de même un sacré problème moral, auquel peut-être une vague allusion est faite, à un moment, dans l'une des interventions de Jackson.
Le film n'en demeure pas moins intéressant, bien conçu sur la forme et disant des choses importantes, mais avec tellement d'approximations...
P.S.
Avant de voir ce film, je connaissais le rôle des médecins dans le procès à travers l'action du psychologue Gustave Gilbert, présenté de manière particulièrement caricaturale dans le film. On le fait passer pour le grand incompétent, en comparaison du héros incarné par Malek. Une rivalité a bien opposé les deux hommes, mais Gilbert (qui parlait allemand) a lui aussi mené de nombreux entretiens avec les prisonniers. Il avait gagné la confiance de nombre d'entre eux (tant qu'il ne leur avait pas révélé qu'il était juif). C'est lui qui avait conseillé à l'accusation de miser sur l'orgueil de Göring... Dans le film, il est interprété par Colin Hanks (fils de...), vu récemment dans Nobody 2.
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samedi, 31 janvier 2026
Furcy, né libre
Onze ans après Qu'Allah bénisse la France, le rappeur Abd Al Malik est de retour derrière la caméra, avec un film "engagé", consacré à un personnage réel de notre histoire, Furcy Madeleine, en général présenté comme esclave réunionnais, mais qui, en réalité, était né libre... sans le savoir. Sur un sujet fort, le réalisateur a construit une œuvre divisée grosso modo en trois parties, qu'on peut se contenter d'analyser sur un plan strictement cinématographique, mais dont je pense qu'il faut aussi présenter les faiblesses historiques.
La première partie évoque la période 1816-1817 quand, après avoir découvert l'affranchissement ancien de sa mère, Furcy décide de se faire rendre justice. Les méchants de l'histoire sont en général bien campés : Vincent Macaigne incarne une petite ordure de colon esclavagiste et Micha Lescot nous ravit en avocat fielleux et méprisant. Du côté des gentils, Makita Samba est sobre dans le rôle principal, tandis que Romain Duris et Frédéric Pierrot sont chargés d'incarner les juristes humanistes. Ils le font avec conviction... et, parfois, avec maladresse. Les scènes sont souvent très courtes. Je pense que le montage a eu pour but de masquer certaines faiblesses.
La deuxième partie est consacrée au (long) séjour de Furcy sur l'Île Maurice (ex-Île de France), d'abord comme esclave, puis comme employé de commerce. Cette partie contient un peu plus de cinéma, avec les scènes de case et de plantation. On nous y montre la volonté de briser un homme, pour qui survivre, c'est résister. Makita Samba est toujours aussi sobre et digne, un peu comme jadis Alfred Dreyfus à Cayenne. Il supporte ce qu'il subit, dans l'espoir que ses droits finissent par être reconnus. J'ai aussi apprécié le fait que, pour les esclaves (mais pas que), l'émancipation passe par la lecture et l'écriture.
Je n'ai pas été choqué par la comparaison visuelle qui est faite (par allusion) entre l'entrée de la file d'esclaves sur la propriété esclavagiste et l'arrivée des déportés de jadis dans les camps nazis. Dans les deux cas, on est face à un crime contre l'humanité et il est question de travail forcé. (Mais, les esclaves ne sont pas victimes d'extermination, ce qui constitue la limite de la comparaison.)
A travers la séquence mauricienne, on a l'impression qu'Abd Al Malik a voulu faire son 12 Years a Slave... en moins bien. Le moment qui voit le héros s'investir dans la confiserie est toutefois correctement mis en scène, même s'il comporte des zones d'ombre et des déformations (dont je parlerai plus loin).
La troisième partie se joue en France métropolitaine. C'est le retour du film de procès. On y entend de belles plaidoiries, de belles déclarations de principes, mais c'est gâché par la volonté de faire de l'avocat de Furcy (l'ancien procureur du début, interprété par Romain Duris) un homme malade, à la toux aussi aléatoire qu'envahissante, sauf quand il nous livre sa grande tirade, curieusement pas interrompue par le moindre soubresaut. (Au passage, je signale que ledit ex-procureur, reconverti en avocat, était absent du procès en Cassation... Peut-être a-t-on estimé qu'il était regrettable de se passer des services de Romain Duris pour cet épisode capital de l'intrigue.)
Le film se conclut sur l'évocation, par des incrustations, des suites judiciaires (l'obtention de réparations) et de la fin de la vie de Furcy. Là encore, on ne nous donne que des informations incomplètes, ce qui m'amène à évoquer les faiblesses historiques du film, qui ne sont pas petites.
Le premier problème est posé par le choix du comédien principal, non pas en raison de son talent (je trouve qu'il fait plutôt bien le job), mais à cause de son apparence physique. Le véritable Furcy n'était pas africain, mais né d'une mère indienne (ce qui figure d'ailleurs dans les dialogues) et d'un père colon français de Bourbon. Dans les textes de l'époque (par exemple le testament de la tante de l'esclavagiste Lory), il est qualifié de "Malabar", pas de "Cafre" (terme utilisé pour désigner les personnes originaires de l'Afrique intertropicale). Il ne devait donc pas ressembler à ceci :
... mais plutôt à cela :
(Ces deux tentatives de représentation figurent dans une exposition datant de 2019, dont on peut télécharger la version numérique ici. Les auteurs du film auraient dû la consulter et s'en inspirer.)
A ce problème d'incarnation s'ajoutent les choix opérés à propos de la représentation des femmes. Dans le film, Furcy entretient une liaison amoureuse avec une femme blanche (bien incarnée par Ana Girardot). Dans la réalité, Furcy a eu des relations avec des femmes "libres de couleur", sur l'île Bourbon comme sur l'île Maurice. Il a même eu des enfants avec. Cela aurait pu constituer un versant intéressant de l'intrigue, que les scénaristes ont préféré remplacer par une relation interethnique (pourquoi pas après tout). Peut-être aussi s'agissait-il d'ajouter un nom connu à la distribution (pourtant déjà riche). On ressent toutefois un certain malaise quand, dans la troisième partie de l'histoire, cette petite amie blanche suggère au héros de se soumettre... On se demande ce qui peut bien justifier cette insertion totalement fictive, tout comme une autre, un peu avant : quand Furcy débarque sur l'île Maurice, il est presque immédiatement maltraité par une parente de Lory, une femme blanche, à cheval, qui le frappe. Or, d'après l'essai biographique qui a été consacré à Furcy (voir ci-dessous), c'est le frère aîné de Lory qui le moleste.
(Vous noterez que l'éditeur de la version de poche n'a pas été très inspiré dans le choix de l'illustration de couverture (qui est censée représenter... Othello, personnage de Shakespeare). J'ajoute que, très souvent, j'ai lu et entendu, à propos de ce livre, qu'il était un roman, ce qui n'est pas le cas. C'est au moins l'indice que ces personnes ne l'ont pas lu.)
Mais le personnage féminin le plus maltraité du film (au sens propre comme au sens figuré) est sans conteste Constance, la sœur de Furcy. Elle aussi est dotée d'une apparence qui n'a pas grand chose à voir avec la réalité. (Issue du même métissage que son frère, elle était jadis décrite comme ayant la peau claire et pouvant passer pour une Européenne de l'époque.) Surtout, dans le film, bien que rebelle, elle est essentiellement présentée comme une victime, un personnage secondaire, alors qu'elle savait lire et était à l'origine de la procédure juridique en faveur de son frère, qu'elle a tout fait pour sortir de l'esclavage. Enfin cerise sur le gâteau, la séquence de "pressions" exercées sur elle chez les planteurs blancs est en grande partie inventée. Certes, certains esclavagistes de Bourbon l'ont menacée pour qu'elle change sa version des faits, mais dans tout ce que j'ai lu, il n'est pas question du viol suggéré par le film, un viol qui aurait été perpétré par Brabant, le sbire noir de Lory... qui, en réalité, avait déjà quitté son service à l'époque. (Il avait acheté son affranchissement.) Il a bien rencontré Constance, mais, dans la rue, et cela s'est limité à une discussion... Je précise que je tire la plupart de ces détails du livre de Mohammed Aïssaoui, qui est pourtant présenté par la production comme ayant inspiré le film !
Je ne vais pas m'éterniser, mais je tiens à terminer par un dernier élément, que je juge très important, et que les auteurs du film ont pris soin de passer sous silence. Une fois sa liberté obtenue à Maurice, Furcy est devenu commerçant indépendant (pas simple employé, comme montré dans le film). Il s'est enrichi et a même acheté... deux esclaves ! Du coup, son combat semble quelque peu perdre sa vocation universaliste, pour devenir celui d'un homme talentueux, soucieux d'obtenir la place qu'il estime mériter dans une société inégalitaire qu'il ne souhaite pas chambouler.
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lundi, 19 janvier 2026
L'Affaire Bojarski
Trois ans après La Syndicaliste, Jean-Paul Salomé nous revient avec un biopic sur celui qui fut peut-être le plus brillant fabricant de fausse monnaie que la France ait subi connu. Le défunt Ceslaw Bojarski (1912-2003) bénéficie actuellement d'une importante couverture médiatique, mais il n'était pas méconnu pour autant. Les années qui ont suivi son décès avaient vu un premier regain de notoriété.
Le film rend hommage au talent de celui qui fut à la fois un artisan et un artiste, d'une méticulosité maladive, ayant plutôt tendance à travailler en solo. Le projecteur est placé sur trois périodes de son existence : ses premiers pas dans la fausse monnaie, au sein d'un groupe criminel, sa longue carrière en solo et la fin de son parcours, en duo. J'ai trouvé passionnante la description du travail du faussaire, de la création des matrices à la fabrication du papier-monnaie, le tout dans une discrétion absolue, même si, parfois, le film sous-entend que Bojarski a dû son salut à la stupidité de certains policiers.
C'est là d'ailleurs l'une des faiblesses de l'intrigue, avec la présence régulière d'invraisemblances. Dès le premier retour en arrière (qui se passe durant la Seconde Guerre mondiale), on est un peu atterré de voir la facilité avec laquelle l'apprenti-faussaire (qui fabrique à l'époque de faux papiers d'identité) échappe à une patrouille allemande, qui ne prend pas la peine de pénétrer dans un atelier pourtant éclairé après le couvre-feu... Plus tard, c'est la rencontre fortuite entre deux protagonistes, à l'hôtel, autour d'un bon verre, qui pique les yeux... d'autant qu'elle n'a pas existé. Et que dire de certaines maladresses, comme celle qui voit deux personnages se rencontrer dans un parloir et esquisser le geste hyper bateau de faire se toucher leurs mains de part et d'autre de la grille de séparation... alors qu'il existe une (petite) ouverture, juste au-dessous... ouverture qui va d'ailleurs être utilisée dans la suite de la scène !
Je pourrais en citer quelques autres comme cela, mais je n'ai pas envie de m'acharner. L'histoire m'a tout de même emporté, malgré l'interprétation un poil décevante. On a vu Reda Kateb bien meilleur ailleurs. Je trouve que Bastien Bouillon et Pierre Lottin s'en sortent un peu mieux, sans faire d'étincelles. Quant à Sara Giraudeau, elle pourrait presque porter plainte vu ce qu'on lui fait jouer. (Aux amateurs d'info pipole, je signale qu'une comédienne incarnant un personnage secondaire a parfois une moue qui rappelle furieusement celle de sa mère - elle fait carrière sous le nom de son père.)
Cerise sur le gâteau, l'un des traits caractéristiques du "héros" est construit à partir de mensonges. Bojarski était bien ingénieur de formation, et il avait un côté bricoleur. Mais, non :
- il n'a pas inventé le stylo-bille
- il n'a pas inventé le rasoir à lame jetable
- il n'a pas inventé la brosse à dents électrique
- il n'a pas créé la première machine à café à dosettes
Au départ, ce côté Géo Trouvetou est plutôt sympa, d'autant qu'il est nimbé de comique, mais, quand on se rend compte que (presque) tout est faux, cela nuit globalement à la crédibilité de l'intrigue. (Si j'étais médisant, je dirais que c'est volontaire de la part des scénaristes, qui font œuvre de propagande, tendant de démontrer que c'est parce que la vilaine société française de l'après-guerre était xénophobe qu'un talentueux ingénieur s'est tourné vers le crime...)
Si l'on supporte les maladresses et les invraisemblances, on peut suivre cette vie extraordinaire, celle d'un délinquant qui a longtemps réussi à passer sous les radars en évitant d'être flambeur.
P.S.
Les images d'époque diffusées en début de générique de fin sont issues d'une reconstitution. On y voit Bojarski mimer les gestes qu'il accomplissait autrefois.
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mardi, 30 décembre 2025
La Disparition de Josef Mengele
Ce film de Kirill Serebrennikov adapte le roman historique (très documenté) d'Olivier Guez (dont je recommande vivement la lecture). Il en suit grosso modo la trame, les retouches ne trahissant pas l’œuvre d'origine.
Le cinéaste entrecroise plusieurs périodes, chacune filmée différemment. La principale traite de la cavale de Mengele, de son arrivée en Argentine à son décès présumé, au Brésil. Elle est complétée par des retours en arrière (abordant certains aspects de son action à Auschwitz, pendant la Seconde Guerre mondiale) et une séquence contemporaine, celle de l'analyse d'un squelette, censée mettre fin à une polémique.
C'est à la fois atroce et passionnant.
Sans surprise, les scènes du camp sont dures, mais plus par ce qu'elles suggèrent que par ce qu'elles montrent. Elles sont néanmoins nécessaires pour comprendre pourquoi certaines personnes, ont, plus tard, jugé indispensable de traquer le criminel de guerre.
Plus inédites sont les séquences latino-américaines. Dans un premier temps, on découvre les difficultés de certains fugitifs nazis, principalement en Argentine, avant qu'on nous montre une société plus friquée, où se mêlent aux nazis les descendants d'une immigration allemande plus ancienne. A la fin des années 1940, beaucoup sont dans le déni (concernant les crimes du régime hitlérien), tandis que ceux qui savent (et qui ont vécu en Europe) hésitent entre la revendication de titres de gloire et la nécessaire discrétion à adopter sur certains sujets...
Mengele ne regrette rien et fait partie de ceux qui ont compris qu'il vaut mieux faire profil bas. Il est même limite paranoïaque, au point de devenir désagréable aux yeux mêmes de ceux qui veulent l'aider. L'ancien médecin a une très haute opinion de lui-même et reste un nazi fervent, partisan d'une "hygiène raciale". August Diehl, physiquement méconnaissable, est excellent dans le rôle.
Un autre intérêt du film est de montrer que, durant la majorité de sa longue cavale, Mengele n'a pas eu la vie facile. Les soutiens venus de sa famille ne suffisent pas à rendre sa vie quotidienne aussi douce que ce à quoi il aspirait. Ses relations avec les personnes qui l'hébergent sont complexes (plus encore dans le livre que dans le film). Bref, même s'il n'a jamais été jugé, il en quand même un peu chié.
Serebrennikov brosse un portrait presque pathétique de l'ancienne étoile montante du nazisme, devenu un vieil homme aigri. Il évite de tomber dans le piège de l'héroïsation du "grand criminel". En dépit de sa bonne éducation et de ses brillants diplômes, Mengele n'était qu'un pauvre type égocentrique, sadique et méprisant. Ce film mérite vraiment d'être vu.
P.S.
Je signale que le bouquin de Guez a été adapté au théâtre... ainsi qu'en bande dessinée (cosignée par l'écrivain) :
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samedi, 27 décembre 2025
Une Enfance allemande
L'action débute en avril 1945, alors que le IIIe Reich est sur le point de s'effondrer. Dans l'extrême nord de l'Allemagne, sur l'île d'Amrum (reliée au continent, à marée basse, par un cordon de sable), officiellement, tout le monde soutient le gouvernement d'Hitler, mais l'on comprend très vite qu'en réalité, les sentiments de la population sont partagés, y compris dans chaque famille.
Nanning vit avec sa mère, sa tante et ses frères et sœurs, dans l'antique maison de ce qui fut d'abord une famille de pêcheurs et de chasseurs de baleine. On est très fier de sa lignée, censée être "purement" germanique... et l'on cache que l'un des oncles, parti vivre aux États-Unis, a épousé une juive...
La mère de Nanning, Hille, est une connasse nazie convaincue, dont l'époux, sans doute haut placé, est absent du foyer. Elle se désole de la décrépitude du régime... et des pénuries qui frappent désormais la population locale, qui commence à subir, certes modestement, les conditions de vie imposées par l'armée allemande aux civils des pays envahis.
Malgré les temps difficiles, Hille aimerait manger du pain blanc, avec du beurre et du miel. Voilà une mission pour Nanning, qui porte l'uniforme des Pimpfs (les 10-14 ans dans les Jeunesses hitlériennes). Ce sera le fil rouge de l'histoire, le gamin devant déployer des trésors d'ingéniosité pour se procurer les ingrédients (farine de blé, beurre... et sucre, à échanger contre du miel), ainsi qu'un peu d'argent.
Ce sont les pérégrinations de Nanning qui nous font découvrir les autres habitants de l'île, ainsi que quelques-uns du "continent". La première à nous être présentée est une agricultrice, grande pourvoyeuse de pommes de terre (et de lait) sur la commune, qu'elle produit avec sa mère et une main-d’œuvre juvénile. Cette femme tenace, qui n'a pas la langue dans sa poche, est incarnée par la délicieuse Diane Kruger, déjà dirigée par Fatih Akin dans In The Fade.
Nanning croise aussi quelques grands-pères (dont un pêcheur), un de ses oncles (lui aussi nazi), un boulanger manchot (blessé de guerre), une apicultrice... et une flopée d'enfants, entre lesquels surgissent des tensions.
C'est l'occasion de préciser que, dans ce coin reculé de l'Allemagne, on parle un dialecte certes germanique, mais légèrement différent de l'allemand standard, ce qui, pour quelqu'un qui connaît un petit peu la langue d'Angela Merkel, s'entend assez facilement. (Certains personnages s'expriment en revanche dans un allemand courant.)
Ainsi, Nanning et sa famille, arrivés de Hambourg, sont perçus comme des semi-étrangers... moins toutefois que les réfugiés qui débarquent de l'est de l'Allemagne, courtoisement surnommés "les Polaks"...
Une partie de l'action se déroule à proximité de la plage de sable. Cela donne naissance à des plans souvent superbes, de jour comme de nuit.
On est pris par les efforts (parfois pathétiques) déployés par le garçon courageux. Au départ, il ne peut pas concevoir que ses parents puissent être du côté des "méchants". Il ferait tout pour sa "Mutti". Dans le rôle, le jeune Jasper Billerbeck est convaincant, touchant même. Les comédiens adultes sont impeccables (les enfants, un peu moins bons). Mine de rien, ce petit film dit beaucoup de choses sur la nature humaine.
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vendredi, 26 décembre 2025
Lady Nazca
Cette fiction à caractère documentaire est le premier long-métrage du Français Damien Dorsaz, qui s'intéresse à la personne de Maria Reiche depuis au moins une vingtaine d'années. (Il lui a jadis consacré un documentaire d'une quarantaine de minutes.)
Lady Nazca est le surnom qui a parfois été donné à celle-ci... mais, à l'époque, on l'appelait aussi "la folle", tant on trouvait stupéfiant qu'une fille de la bonne bourgeoisie allemande soit venue "balayer le désert", toute seule, échafaudant des théories jugées au départ farfelues sur l'origine des gigantesques figures dessinées dans cette région du Pérou. (On continue à en découvrir, au XXIe siècle !)
Elle est jeune, elle est belle, intelligente. Elle pourrait se contenter d'une vie de patachon(ne), en compagnie de sa riche petite amie, qui loge à Lima. Elle pourrait aussi regagner le giron familial, se trouver un mari et procréer une ribambelle d'enfants blonds aux yeux bleus, comme le voudrait le régime en place à l'époque, en 1936.
Enseignante dans le primaire, elle accepte un boulot de traductrice pour un archéologue français. Un jour, sur le terrain, tous deux découvrent d'étranges lignes dans le désert. Lui retourne assez vite à ses fouilles, à ses poteries et à ses momies, mais Maria devient obsédée à la fois par la précision des dessins et par l'ambiance du désert. C'est d'ailleurs l'une des grandes réussites du film que de nous faire sentir le côté apaisant, inspirant même, de cette région au relief minéral. On pense un peu au Nostalgie de la lumière, de Patricio Guzmán, mais aussi à toutes les oeuvres tournées du côté de la Mongolie, comme La Femme des steppes, le flic et l’œuf.
Il faut aussi signaler la performance de l'actrice principale, Devrim Lingnau (une illustre inconnue, pour moi), presque aussi à l'aise en espagnol et en français qu'en allemand et en anglais. Elle réussit à nous faire toucher du doigt la passion de Maria, dans ce qu'elle a d'authentique et, parfois, de démesuré.
La première partie montre l'éclosion de l'archéologue amatrice. Au départ, les dieux semblent être à ses côtés : elle file le parfait amour avec Amy, le chercheur français la soutient et elle progresse dans sa découverte des géoglyphes. Mais des difficultés vont surgir : l'équipe d'archéologues français a d'autres centres d'intérêt, sa petite amie s'estime délaissée et, localement, une puissante famille lui met des bâtons dans les roues.
On retombe sur l'éternelle lutte du pot de terre contre le pot de fer... sauf que Maria a de la ressource, de l'énergie... et quelques précieux soutiens, qu'il convient toutefois de remotiver. La conclusion est belle, à l'image d'un film lumineux, où il n'y a rien à jeter.
20:32 Publié dans Cinéma, Histoire, Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
samedi, 20 décembre 2025
L'Agent secret
Cet agent secret est Marcelo... ou bien Armando, un "réfugié"... ou bien un policier... ou alors un universitaire... à moins que ce ne soit un militant révolutionnaire, communiste ou anarchiste. (Sauf erreur de ma part, c'est aussi le titre sous lequel le film Le Magnifique -avec JP Belmondo- est sorti au Brésil.) L'incertitude subsiste durant la première partie de ce polar politique, parce que le réalisateur, Kleber Mendonça Filho (auteur, entre autres, des Bruits de Recife), ne dit rien ouvertement, mais suggère, notamment à travers les dialogues. C'est l'un des intérêts de ce film, que d'inciter les spectateurs à se creuser la cervelle... du moins, dans un premier temps, la dernière heure étant plus explicite.
Trois temporalités s'entremêlent. L'intrigue principale se déroule en 1977, en pleine dictature militaire brésilienne, avec des retours en arrière nous présentant la situation trois-quatre ans plus tôt. S'intercalent aussi des scènes de notre époque, celle-ci finissant par prendre le dessus, dans la séquence conclusive.
La majorité des personnages évoluent à Recife (ville chère au réalisateur), État du Pernambouc, dans le Nordeste à l'époque si pauvre. Certains des protagonistes ont un lien avec le Sudeste, notamment la région de Rio. Cet ancrage local permet au cinéaste de camper les effarantes inégalités sociales, qui pèsent jusque sur le devenir familial des enfants.
Dans ce Brésil dictatorial, les forces de l'ordre jouent un rôle crucial. Le début de l'histoire nous fait découvrir la police militaire, dont l'intégrité ne semble pas être la qualité principale. La suite met surtout en scène la police civile, en particulier une brigade criminelle... vraiment criminelle. S'ajoutent à cela des "intervenants illégaux", parfois anciens militaires, qui aident les ripoux dans leurs sales besognes.
Cette ambiance sombre est parsemée de rayons de soleil : les relations entre les "gentils" de l'histoire, en particulier ceux hébergés dans une étrange résidence, tenue par une vieille dame à la langue bien pendue, mais capable de garder certains secrets. J'ai aussi aimé l'insertion des requins dans l'histoire, ceux de fiction (des Dents de la mer) comme ceux de la réalité (vraiment gloutons).
On s'approcherait du chef-d’œuvre s'il n'y avait pas quelques imperfections, comme l'indolence de la réalisation, qui fait partie du style de Mendonça. J'ai donc trouvé cela un peu long... et pas toujours très bien joué, au niveau des seconds rôles. Heureusement, Wagner Moura et Sebastiana de Medeiros (qui incarne la mamie révolutionnaire) sont formidables.
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