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lundi, 06 juillet 2026

Notre Histoire - Chroniques du Caire

   Abu Bakr Shawky a puisé dans son histoire familiale pour écrire le scénario de cette fiction historique, à la fois dramatique, colorée et (parfois) humoristique, dont l'action se déroule de 1967 à la seconde moitié des années 1980, sous les présidences successives de Gamal Abdel Nasser, Anouar el-Sadate et Hosni Moubarak.

   L'arrière-plan politique intervient doublement dans la saga familiale, puisque les fils sont susceptibles d'être mobilisés dans le cadre des conflits israélo-arabes (en 1967 pour la Guerre des Six-Jours et en 1973 pour celle de Kippour)... et qu'il convient d'être très prudent quand on émet une opinion politique dans un pays qui est une dictature militaire... très policée. A cet égard, la manière dont deux membres de la famille, à vingt ans d'intervalle, vont gaffer, ne manque pas de saveur...

   Cette famille réside presque entièrement dans le même appartement, où se côtoient quotidiennement le père, la mère, trois oncles, trois fils, bientôt une belle-fille... et même le voisin du dessus, qui ne supporte pas d'entendre le héros s'exercer au piano... mais vient soutenir ses voisins quand l'équipe locale, dont ils sont fans, dispute un match, le plus souvent perdu...

   J'ai été particulièrement sensible aux trois oncles, trois "tontons" aux tempéraments différents... et bien affirmés. L'un d'entre eux a le statut de porte-malheur, plusieurs péripéties permettant de vérifier cette incroyable réputation ! Mais le personnage qui réserve le plus de surprises est sans doute celui de la mère, qui connaît de beaux développements dans la seconde partie de l'intrigue.

   La musique est omniprésente dans cette histoire, la populaire comme l'élitiste. On découvre la première dans l'appartement familial et chez les parents de la dulcinée autrichienne, tandis que la classique est la passion du héros Ahmed (sans doute le père du réalisateur). Jeune pianiste doué, il décroche une bourse pour un conservatoire autrichien, avec de grandes ambitions artistiques... et l'envie folle de rencontrer sa correspondante locale, dont il est tombé amoureux. Cette love story complètement improbable (mais a priori vraie) est le fil rouge de l'intrigue. Elle va survivre aux aléas politiques, aux drames familiaux et aux péripéties de la carrière d'Ahmed, qui connaît des hauts et des bas.

   Le film s'interrompt peu après la naissance du petit-fils, dans une Égypte à la croisée des chemins, où l'on sent monter l'intégrisme religieux.

   Je n'attendais pas grand chose de ce film et il m'a littéralement happé, grâce à son énergie et au talent des comédiens, pourtant peu connus.

dimanche, 05 juillet 2026

Le Tombeau des lucioles

   Un mois après Ghost in the Shell, c'est au tour d'un autre grand classique de l'animation japonaise de ressortir dans nos salles, en version restaurée. De son auteur, Isao Takahata (cofondateur du studio Ghibli, avec Miyazaki), on connaît plutôt les œuvres ultérieures, comme Pompoko, Mes Voisins les Yamada et Le Conte de la princesse Kaguya. Il y a quelques années de cela, on avait aussi ressorti en France l'un de ses premiers longs-métrages, Goshu le violoncelliste.

   L'intrigue s'étale sur quelques semaines, entre juin et septembre 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. On suit deux enfants, un frère et sa sœur, Seita et Setsuko, habitants de Kobé. Ils n'ont pas vu leur père (qui sert dans la marine impériale) depuis des années. Leur mère est malade... et la région subit des bombardements incendiaires de l'armée américaine.

   Les deux enfants se retrouvent presque livrés à eux-mêmes, ballotés entre le domicile d'une tante pas hyper-accueillante, les centres de secours et une étrange grotte, qui a servi d'abri anti-aérien. Les gamins vont la transformer en une sorte de cabane de Robinsons, à côté d'un lac sur les rives duquel, la nuit, évoluent des milliers de lucioles.

   Les scènes au cours desquelles on voit ces insectes sont d'une beauté époustouflante. L'animation a peu vieilli mais sa virtuosité est toujours perceptible, notamment dans les mouvements de la petite Setsuko, dessinés avec une impressionnante méticulosité. Ce personnage de gamine est d'ailleurs très bien caractérisé, oscillant entre les pleurs enfantins, à la moindre contrariété, et les éruptions de joie, à la vue des lucioles, d'un bol de riz ou de bonbons au goût fruité.

   La présence des insectes s'inscrit dans la représentation de la nature, douce et belle, en contraste avec le monde des humains, dur et parfois odieux. Comme le manga Gen d'Hiroshima, ce film a l'originalité d'évoquer un Japon pas vraiment solidaire, bouleversé par l'effondrement du régime impérial et la domination états-unienne, où une grande partie de la population souffre d'une faim atroce. Dans ce contexte, les lucioles sont aussi un moyen d'évoquer les âmes qui partent... et les petites bombes incendiaires qui font des ravages dans les villes, principalement construites en bois et papier de riz.

   La dernière demi-heure est la plus poignante... et conserve toute sa force, trente ans plus tard. J'ai une fois de plus été très ému, davantage même qu'en lisant la nouvelle dont est adapté le film et dont je recommande la lecture.

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samedi, 04 juillet 2026

Espions, une histoire vraie

   Il y a cinq ans, j'ai découvert cette émission de radio, produite et présentée par Stéphanie Duncan, à travers l'histoire d'Amaryllis Fox, ex-agent de la CIA. Depuis, d'autres portraits sont venus enrichir la collection, qui bénéficie d'une rediffusion estivale, depuis lundi dernier, sur France Inter. Dans le même temps, il y a quelques mois, est paru en édition de poche un florilège de portraits d'espions (17 au total) :

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   La version livresque est une sorte "d'extrait sec" de chaque biographie radiodiffusée. Il y manque les illustrations sonores, la musique, les documents d'époque. Mais cela se lit vite (chaque bio s'étendant sur sept à dix pages) et c'est bien écrit.

   Trois des cinq portraits rediffusés cette semaine figurent dans le florilège : ceux d'Oleg Gordievski (émission de mardi), de l'ancienne maîtresse de Fidel Castro Marita Lorenz (émission de mercredi) et de l'agent double britannique Kim Philby (émission de jeudi).

   Complètent la série l'histoire de l'hôtesse de l'air israélienne Yola Reitman (émission de lundi) et celle de l'ancien journaliste du Canard enchaîné Jean Clémentin (émission d'hier vendredi), dont la révélation du passé de "correspondant" des services tchécoslovaques avait défrayé la chronique en 2022.

   Aux "vieux" auditeurs de la radio publique, cette émission en rappellera une autre, la fameuse Rendez-vous avec X, multirediffusée, qui conjuguait rigueur des sources et talent de mise en scène (le "Monsieur X" étant un personnage de fiction, interprété par un acteur).