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dimanche, 29 mars 2026

Les Rayons et les ombres

   Auréolé du succès (public comme critique) d'Illusions perdues, Xavier Giannoli a eu les moyens de se lancer dans un projet plus risqué, celui d'un biopic double, croisement des vies d'un père et de sa fille, à savoir Jean et Corinne Luchaire.

   Utilisant les retours en arrière pour entremêler les époques, Giannoli nous livre une véritable fresque, de l'Entre-deux-Guerres aux lendemains de la Libération, en passant bien entendu par la période d'occupation allemande et de collaboration.

   La distribution est éblouissante. Pour lancer le film, on a beaucoup communiqué sur Jean Dujardin, qui parvient à faire ressentir les ambiguïtés de son personnage, jusque dans sa lâcheté lucide. Il est un autre acteur qui réussit tout aussi bien à incarner un individu trouble : August Diehl, remarquable en Otto Abetz, même si je trouve que Giannoli (de manière encore plus évidente avec lui qu'avec Luchaire/Dujardin) gomme certains aspects déplaisants (ou ne les aborde que de manière allusive) pour rendre ses protagonistes plus "aimables".

   A ce duo de paires de couilles il faut ajouter Nastya Golubeva (eh oui, encore une "fille de"), dont je n'attendais pas grand chose, mais qui m'a épaté dans le rôle. A certains moments, elle vole la vedette à Diehl et Dujardin, ce qui n'est pas une mince affaire. Je regrette toutefois que, dans la dernière période de la vie de l'héroïne, on ne l'ait pas véritablement enlaidie : la maladie, les excès divers et le désespoir avaient fait vieillir prématurément Corinne Luchaire, qui, à la veille de sa mort, ne ressemblait plus guère à la starlette des débuts.

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   L'autre intérêt du film est sa volonté d'expliquer en nuances l'adhésion à la Collaboration. Certains Français s'y sont lancés par fidélité au maréchal Pétain, d'autres par sympathie pour les thèses nazies, d'autres encore par opportunisme. Concernant Jean Luchaire, il semble que ce soit le pacifisme qui l'y ait mené. Mais, très vite, ce sont les préoccupations matérielles qui ont pris le dessus, l'humaniste rigoureux du début finissant dans les partouzes cocaïnées auxquelles participaient certains officiers des troupes d'occupation...

   Je reproche au film de situer tard dans le temps le basculement de Luchaire, alors que, dès le début de 1941, il a tenu des propos ouvertement antisémites. Giannoli passe aussi rapidement sur le séjour à Sigmaringen, cette "colonie des collabos" durant laquelle Luchaire ne s'est pas contenté d'être observateur. En Allemagne même, il a de nouveau dirigé un journal (et une radio) pro-nazi.

   Quoi qu'il en soit, en dépit du brio qui est à l’œuvre, je suis resté un peu extérieur au film. Giannoli a beau s'appesantir sur les effets de la tuberculose, les souffrances ressenties par ses héros sont bien peu de choses au regard de celles subies par tant de personnes, bien plus recommandables, sous l'Occupation. Le journaleux adepte des compromissions et sa petite fille gâtée demeurent peu sympathiques et j'adhère totalement au réquisitoire du procureur (excellent Philippe Torreton), qui arrive bien tard.

   Du point de vue des nuances, j'ai quand même apprécié qu'on ne nous montre pas les résistants systématiquement comme des chevaliers blancs de la démocratie. Certains d'entre eux (notamment parmi ceux qui se sont "engagés" après le 6 juin 1944...) sont présentés comme de sales types, pitoyables en comparaison de celles et ceux qui ont été des héros.

   Globalement, le film, bien fichu, supporte la distance (3h20...), même s'il comporte quelques longueurs.

They will kill you

   C'est cet inquiétant message (« Ils vont te tuer ») que l'héroïne Asia Reaves trouve inscrit dans la salle de bains de son nouveau logement, situé dans un hôtel haut-de-gamme, où elle vient de se faire embaucher.

   Curieusement, dans cet établissement, tous les clients sont blancs et toutes les employées de service sont noires, obéissant au doigt et à l’œil à une sorte de gouvernante, (très bien) interprétée par Patricia Arquette.

    Asia  donc du souci  à se faire, puisqu'elle a mis le pied dans un véritable nid de guêpes... mais, ce que les employeurs, collègues et clients ignorent, c'est qu'elle a tout fait pour arriver ici, à la recherche de sa sœur disparue... et qu'elle est bigrement coriace. Mais, ça, nous spectateurs le savons depuis le début, puisqu'Asia est jouée par Zazie Beetz, qui fut Domino dans les Deadpool... et incarna récemment une redoutable tueuse dans Bullet Train.

   D'ailleurs, les références cinématographiques sont nombreuses : l'hôtel-forteresse rappelle un peu celui de John Wick, la mise en scène de l'exploitation de Noirs pauvres par de riches Blancs, sur fond de film de genre, fait écho à Get Out... et la fureur vengeresse d'Asia, sabre au clair, rappelle celle d'Uma Thurman dans Kill Bill... et l'évasion d'Harley Quinn dans The Suicide Squad.

   C'est bien réalisé, s'appuyant de bons effets spéciaux et, au début du moins, c'est nourri d'humour macabre. Le premier affrontement entre Asia et certains des occupants de l'hôtel est de toute beauté. 

   La suite est moins enthousiasmante. Au niveau du scénario, on a voulu nous ménager quelques surprises : on sort du simple parcours sanguinolent de l'héroïne dézinguant tout sur son passage pour arriver à ses fins. Pour une raison que je ne vais pas divulguer, ses adversaires se révèlent plus coriaces que prévu. On nous propose donc tout une série d'affrontements, avec giclures de sang, étripements, décapitation et amputations diverses. C'est assez réjouissant (notamment lorsqu'est introduit le "périple d'un œil", très drôle), mais cela finit par devenir répétitif. De plus, les retrouvailles entre les sœurs manquent d'intensité, je trouve. L'émotion a du mal à filtrer.

   On passe quand même un bon moment, mais le film n'est pas une complète réussite.

10:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 28 mars 2026

Police Flash 80

   C'est le nom d'une nouvelle unité d'élite de la police, chargée d'endiguer le trafic de drogues qui gangrène un arrondissement parisien. Quand vous saurez que le commissaire qui lance cette unité est interprété par Philippe Rebbot et que l'officier de police chargé de la diriger est incarné par François Damiens (avec plein de cheveux), vous aurez compris que la rigueur méthodologique n'est pas la qualité première de ce groupe de policiers, a priori peu portés sur le code de déontologie, pas hyper sportifs, ayant plutôt tendance à enchaîner clopes et boissons alcoolisées.

   L'ambiance des années 1980 est parfaitement restituée : voitures, meubles, vêtements, coiffures (mon Dieu...), téléphones... et musiques nous plongent (nous, les vieux cinéphiles) dans un véritable bain de jouvence, qui culmine lorsqu'il est fait appel à un tube de Michel Sardou, pour sortir un flic infiltré d'une situation délicate. La séquence est totalement invraisemblable, mais jouée avec conviction par les comédiens, ce qui la rend savoureuse.

   Du côté de l'interprétation, aux deux zigues déjà mentionnés il faut ajouter Audrey Lamy (excellente) et Thomas Ngijol (épatant dans un rôle très différent de celui d'Indomptables). Je me dois de signaler aussi deux seconds rôles bien campés : Marfoud (par Brahim Bouhlel) et Roberto (par Xavier Lacaille)... et (définitivement) NON à la coupe mulet !

   Même si tout n'est pas réussi dans cette pochade, elle m'a arraché plusieurs éclats de rire ce qui, en cette époque tristement belliqueuse, fait un bien fou.

09:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 27 mars 2026

Lupin III - La lignée immortelle

   Il y a un peu plus de cinq ans, j'avais beaucoup aimé une précédente adaptation en long-métrage des aventures d'Edgar, petit-fils d'Arsène Lupin, as du cambriolage. D'autres sont sorties depuis, mais c'est la première que je vois en salle. On la doit à un réalisateur différent (familier de l'univers de Lupin), Takeshi Koike, alors que l'excellent Takashi Yamazaki, (directeur de The First) se consacre désormais à Godzilla.

   Les dix premières minutes résument les précédentes aventures du quatuor de héros. Edgar est bien entouré, puisqu'il peut compter sur les services d'un tireur d'élite, d'un samouraï d'exception... et d'une espionne ultra bad ass. Ce résumé est particulièrement utile, parce que les héros vont retrouver sur leur route leurs anciens adversaires, mais dans des circonstances différentes.

   L'essentiel de l'intrigue se déroule sur une île absente des cartes, située à plusieurs centaines de kilomètres de la Floride. Sa forêt luxuriante peine à masquer l'accumulation d'équipements militaires d'âges et de tailles divers, certains en parfait état de fonctionnement. D'étranges humains, à moitié dégénérés, hantent cette île, contrôlée par un mystérieux duo, composé d'une petite fille et d'un adulte âgé et musculeux.

   Un complot se trame dans l'ombre et l'île regorge de pièges, auxquels les héros -et leurs (anciens ?) ennemis- tentent d'échapper.

   Les rebondissements sont nombreux, les péripéties souvent violentes (à déconseiller aux plus jeunes, donc). On ne s'ennuie pas, d'autant qu'une musique entraînante (mélange de références jazzy et d'airs contemporains asiatiques) accompagne le tout.

   Le style des dessins est assez différent de celui de The First, mais cela passe sans problème, puisque c'est raccord avec la musique.

   Il manque toutefois un ingrédient, qui faisait le sel du manga et de ses premières adaptations animées : l'humour. L'histoire est trop sérieuse à mon goût (alors que le film baigne dans un doux délire visuel). Du coup, en dépit d'indéniables qualités, ce film-ci m'a un peu déçu.

18:50 Publié dans Chine, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 21 mars 2026

Planètes

   Ce film est un poème musical naturaliste, contant l'histoire d'une famille Pissenlit, visiblement deux adultes (un papa, une maman ?) et deux enfants (peut-être une fille et un garçon... mais c'est laissé à la libre interprétation de chacun). Ils sont nés sur une planète d'où l'ont voit la vie disparaître (des suites d'un cataclysme)... avant de réapparaître, laborieusement, sur une planète voisine (qui, elle, n'est pas rouge). C'est une évidente allusion au duo Mars-Terre... et un rappel que la vie sur notre planète est sans doute d'origine extra-terrestre... mais pas sous la forme de graines de pissenlit.

   Visuellement, dès le début, c'est emballant. A l'écran s'entremêlent (parfois de manière indistinguable) des prises de vue réelles et des images de synthèse. Les végétaux rencontrent une ribambelle d'animaux (précisément nommés dans le générique de fin, au défilement hélas trop rapide) : abeille, scarabée, papillon, luciole, grenouille... et limaces, absolument superbes ! (Si, jadis, on m'avait dit que j'écrirais ce qui précède, j'aurais éclaté de rire...) 

   Les mouvements des lamelles des pissenlits (organisés comme une chevelure) et l'ajout de petits sons anthropomorphisent ces personnages. Dit comme ça, ça a l'air un peu con, mais, franchement, c'est réussi, tout en restant gracieux.

   Cela ne dure qu'1h10, un petit moment de communion avec la nature, dans une ambiance survivaliste.

Alter Ego

   Les cinémas aveyronnais n'ont pas eu droit à ce film en sortie nationale, ni même en deuxième semaine. Il convient donc de se débrouiller pour parvenir à voir cette comédie française, doublement servie par l'un des meilleurs acteurs de sa génération, récemment césarisé.

   La performance de Laurent Lafitte, qui incarne deux hommes très ressemblants physiquement, mais très différents mentalement, mérite à elle seule la vision de ce film. Le maquillage, les vêtements et la capacité du comédien à adopter des attitudes différentes instillent le doute : l'un des deux (en plus d'être quasiment chauve) a de grands cernes sous les yeux, des sourcils légèrement différents et s'habille sans élégance (au point de paraître empâté, à côté de son double) ; l'autre est plus souriant, plus sportif (du coup on le croit plus svelte), a meilleure mine. Le jeu des sept erreurs, auquel on peut s'amuser au cours de certaines scènes, est assez jouissif.

   Mais le rire surgit surtout de l'absurdité de la situation. Alex est le seul à remarquer la grande ressemblance entre lui et Axel. Les deux prénoms sont presque identiques, à l'image des personnages, qui habitent des maisons jumelles, symétriques, comme leurs places au bureau : figurez-vous que le nouvel arrivant du quartier travaille dans la même boîte que le héros !

   Du coup, on sort un peu du réalisme, pour tomber parfois dans une sorte de thriller quasi fantastique. On se doute bien qu'il y a anguille sous roche, quelque part... mais où exactement ? Alex est-il un peu cinglé ou bien certains personnages nous cachent-ils quelque chose ? Un peu à l'américaine l'états-unienne, le duo Charlet-Lavaine montre les secrets et les tensions sous-jacentes de cette banlieue de classe moyenne, où, au premier regard, tout semble beau, propre et riche.

   Ce n'est pas aussi hilarant qu'on nous l'a parfois dit, mais c'est une très bonne comédie.

08:32 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 20 mars 2026

Un plat qui se mange froid

   Les proverbes et autres adages populaires sont aujourd'hui souvent méprisés, mais il arrive parfois qu'ils s'appliquent miraculeusement bien à certaines situations contemporaines. J'en veux pour preuve l'actuelle campagne des municipales à Rodez, qui est sur le point de s'achever, à l'approche du second tour.

   Dimanche dernier, aucune des quatre listes en course n'a obtenu la majorité absolue, mais toutes ont dépassé 10 % des suffrages exprimés, leur laissant la possibilité de se maintenir au second tour... ou bien de fusionner entre elles. C'est ce que sont parvenues à faire les listes menées par le macroniste Stéphane Mazars (arrivé deuxième) et la socialiste Sarah Vidal (arrivée troisième, sans guère de perspective de l'emporter au second tour). D'après les informations qui circulent à droite et à gauche, il semblerait que d'autres tentatives de fusion aient échoué. Résultat : dimanche 22 mars, les électeurs ruthénois auront le choix entre trois listes : celle menée par l'actuel maire de Rodez, Christian Teyssèdre, celle résultant de la fusion Mazars-Vidal et celle de Rodez Citoyen (qui aurait refusé toutes les offres qui lui auraient été faites).

   Cette configuration a été envisagée par le sondage publié le 7 mars dernier (dans la version papier) par le quotidien aveyronnais Centre Presse :

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   C'était la première des trois hypothèses testées (le sondage n'envisageant curieusement pas de quadrangulaire). Elle voyait la liste "fusionnée" l'emporter largement, devant la liste Teyssèdre en légère progression et la liste Rodez Citoyen en stagnation.

   Il convient toutefois de préciser que cette enquête d'opinion n'a été réalisée que sur 501 électeurs ruthénois et que, pour le premier tour, elle surestimait les résultats des listes arrivées en troisième et quatrième positions, à 20 % et 19 %, contre 18 % et 12 % dimanche dernier. Néanmoins, l'ordre d'arrivée était le bon, tout comme le fait que les deux premières soient assez largement en tête.

   Pourquoi diable parler de vengeance ? Pas à cause des tensions entre Christian Teyssèdre et deux de ses anciens adjoints (désormais rivaux), Stéphane Mazars et Sarah Vidal. Leur rupture datant de moins de six ans, le plat qui est sur le point d'être servi me semble plus tiède que froid.

   Le choix de mon titre est dû à l'intervention surprise d'un vieillard de 90 ans, le prédécesseur de Christian Teyssèdre à la mairie de Rodez, Marc Censi. Celui-ci y a été élu quatre fois de suite, en 1983, 1989, 1995 et 2001. Lors de ce dernier scrutin, la liste de droite menée par Censi avait rencontré un adversaire coriace, une liste de gauche menée par... Christian Teyssèdre, battue de moins de 700 voix (46,5 % des voix contre 53,5 %).

   2008 a été l'année de la revanche. Officiellement, Marc Censi, âgé de 72 ans à l'époque, ne se représentait pas... mais il figurait sur l'une des quatre listes qui briguaient les suffrages des Ruthénois, celle menée par Frédéric Soulié, en... 35e (et dernière) position. Presque tout le monde était d'avis qu'aucune liste ne l'emporterait au premier tour et que, pour gagner le second, il faudrait nouer un partenariat (en clair : fusionner) avec l'une des autres listes. Pour la liste Soulié-Censi, il n'était évidemment pas question d'envisager de s'associer avec celle de Christian Teyssèdre (union de la gauche). Mais les deux autres listes (une de droite, l'autre "transcourant") semblaient "compatibles". Derrière cette stratégie, on voyait la main de Marc Censi, soupçonné de vouloir soit s'imposer en figure fédératrice au second tour, soit monnayer son soutien pour l'accès à la mairie de Rodez contre la présidence du Conseil d'agglomération. Tous ces savants calculs furent déjoués par le résultat du premier tour : une victoire nette et sans bavure de la liste Teyssèdre, qui avait recueilli 52,5 % des suffrages exprimés.

   Par la suite, le nouveau maire de Rodez n'a cessé de se comparer à son prédécesseur, dont il a d'ailleurs repris certains projets (en les mettant à sa sauce). A la lecture des communiqués et réactions publiés par l'officiellement retraité Marc Censi, on peut déduire qu'il en a été profondément agacé, d'autant que son ancien adversaire a été assez facilement réélu en 2014 (contre notamment le fils de Marc Censi) et en 2020. Cette année-là, la liste de droite lancée contre Christian Teyssèdre était menée par Serge Julien, qui figurait en troisième position sur la liste Soulié-Censi de 2008... et se trouve, aujourd'hui, en onzième position sur la liste fusionnée Mazars-Vidal. (Il était en neuvième place sur la liste Mazars, au premier tour.)

   On ne s'étonnera donc qu'à moitié de voir Marc Censi soutenir la liste fusionnée (où figure son ancien poulain), la victoire de celle-ci pouvant empêcher son rival de l'égaler en nombre de victoires au scrutin municipal (quatre pour Censi, contre trois, pour l'instant, pour Teyssèdre).

   Il est toutefois des personnes (à Rodez... et ailleurs) pour s'étonner de ce soutien, exprimé sous la forme d'un courrier envoyé à Centre Presse. Dans quel état de santé se trouve l'ancien maire, âgé, je le rappelle, de 90 ans ? D'amicales pressions n'ont-elles pas été exercées pour qu'il plante le dernier clou du cercueil politique de Christian Teyssèdre ? D'anciens électeurs de Marc Censi digèrent mal le fait qu'il soutienne une liste de gauche, alors que celle de Christian Teyssèdre est plus ouverte à la droite locale (qui n'est pas parvenue à constituer sa propre liste).

   C'est peut-être l'une des clés de ce second tour. Officiellement, Christian Teyssèdre a très peu de réserves de voix et la liste Mazars-Vidal a toutes les chances de lui passer devant... à participation égale. Or, au premier tour, celle-ci n'a été que de 60 % (contre 71 % en 2008 et 64 % en 2014, le scrutin de 2020 ayant été perturbé par le Covid). Je pense qu'entre 5 % et 10 % d'électeurs supplémentaires pourraient se mobiliser dimanche prochain... reste à savoir pour qui. Une partie de l'électorat de droite ne s'est pas déplacée au premier tour. Si elle le fait pour le deuxième, sera-ce pour suivre l'avis de Marc Censi (encore très respecté à Rodez), ou bien pour soutenir l'actuel maire, qui n'a pas à rougir de son bilan ?

   D'autre part, il est possible qu'une partie de l'électorat des listes Mazars et Vidal du premier tour n'apprécie pas cette fusion-là. Celles et ceux qui ont voté Mazars n'ont peut-être pas envie de voir Sarah Vidal profiter de cette alliance de circonstances pour accéder à d'importantes fonctions. Celles et ceux (de gauche) qui ont voté Vidal auraient peut-être préféré une alliance avec Rodez Citoyen, qui pourrait bénéficier de reports de voix au second tour.

   Le scrutin est donc encore assez ouvert, même s'il ne faut pas se cacher que la liste Mazars part favorite pour dimanche. Ce jour-là, le niveau de la participation sera un premier indice du sens dans lequel l'histoire risque de tourner...

Jumpers

   Mabel est une écolière turbulente, qui devient une (brillante) étudiante révoltée, contre l'injustice du monde, les règlements scolaires, les promoteurs immobiliers, les mauvais traitements infligés aux animaux... et la mort de sa grand-mère. En se rapprochant (physiquement... et mentalement) des bêtes sauvages, elle va mûrir, donner un sens à son existence... et découvrir à quel point la vie peut-être complexe.

   Si, au départ, j'ai hésité à aller voir ce qui ressemblait furieusement à de la propagande bobo-écolo, après coup, je ne regrette nullement : c'est un excellent Pixar.

   C'est d'abord souvent drôle, à travers la vie perturbante et perturbée de l'héroïne, dont la rébellion prend parfois un tour cocasse (y compris à ses dépens). 

   La première partie se teinte rapidement d'émotion, à travers la relation qu'entretient Mabel avec sa grand-mère, qui vit dans une maison à l'écart de la ville, près d'un étang où elle entre en harmonie avec la nature... et préserve sa sérénité. J'ai été particulièrement touché par ces aspects, le personnage de la mamie étant vraiment bien caractérisé.

   La comédie, mâtinée de science-fiction, reprend ensuite le dessus, quand Mabel "s'animalise" (dans des circonstances que je me garderai de révéler). Le monde sauvage bénéficie d'une animation remarquable (impressionnante sur grand écran). J'ajoute que l'amour de la nature ne porte pas d’œillères (contrairement à tant de documentaires animaliers) : on voit certaines bêtes en manger d'autres (certes fugacement). C'est "la loi de l'étang", comme il est dit dans le film... ou, plus simplement, la loi de la nature.

   A ce contact, Mabel évolue. Un vieux castor va lui donner une belle leçon de sagesse. La zadiste du début devient une adulte responsable, capable de nuancer.

   Ne croyez cependant pas que le propos moraliste soit chiantissime : c'est diffusé à travers une flopée de rebondissements, la séquence de la voiture du maire étant particulièrement enlevée (avec une piquante utilisation du smartphone). Adultes comme enfants rient : le double niveau d'interprétation fonctionne à merveille, avec des clins d’œil cinéphiliques ou culturels. 

   J'ai passé un excellent moment.

16:11 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Le cow-boy Marlboro

   Hier, en fin d'après-midi, dans la première partie de l'émission Zoom Zoom Zen (consacrée à la consommation de tabac chez les jeunes), le présentateur Matthieu Noël semble avoir quelque peu surpris ses interlocuteurs (collègues comme invitée) quand il a affirmé que la personne qui incarnait le cow boy dans la célèbre publicité pour les cigarettes Marlboro n'était pas fumeuse... et était morte à 90 ans.

   Eh bien, il a à la fois raison et tort. Il a raison s'il faisait référence à Robert Norris, qui fut le premier à incarner le fameux cow-boy : il est bien mort à 90 ans (en 2019), sans avoir jamais fumé.

   Mais ce ne fut pas le cas de tous ceux qui prêtèrent leur corps cette icône Marlboro. A Robert Norris succédèrent d'autres cow-boys, dont un certain Wayne McLaren, qui fut utilisé dans des publicités des années 1970... et qui est mort d'un cancer du poumon, à 51 ans, en 1992. Conscient des effets nocifs de la consommation de tabac (et des conséquences qu'elle avait eues sur sa propre santé), il avait milité pour qu'on dissuade les jeunes de se mettre à fumer.

dimanche, 15 mars 2026

Victoire des listes "teyssèdriennes" à Rodez

   J'ai choisi ce titre un brin provocateur pour ébaucher le bilan du premier tour des élections municipales dans le chef-lieu de l'Aveyron. Christian Teyssèdre (ex-PS, ex-macroniste) a été élu maire une première fois en 2008, puis réélu en 2014 et en 2020. En 2008, il menait une liste d'union de la gauche... dont on retrouve certains éléments, dix-huit ans plus tard... sur les quatre listes en concurrence aujourd'hui (et qui pourront se maintenir au second tour).

   A tout seigneur, tout honneur : commençons par la liste officiellement estampillée Teyssèdre qui, selon le ministère de l'Intérieur, serait arrivée en tête, de justesse (à 52 voix près). De l'équipe victorieuse en 2008 ne restent que l'actuel maire et sa fidèle adjointe, Monique Bultel-Herment. S'ajoutent celles et ceux qui ont intégré le groupe lors de la campagne  de 2014 : Francis Fournié (qui, en 2008, était présent sur une liste concurrente, celle menée par Jean-Louis Chauzy), Nathalie Sépart et Laure Colin. En 2020, ont rejoint l'équipe du maire Frédéric Rubio, Christophe Lauras, Céline Alauzet, Nadia Abbou, Jean-François Bouges, Régine Taussat, Alain Raunat, Benjamin Gombert et Marie-France Sounillac. Si j'ai bien compté, 14 des 35 membres de l'actuelle liste sont des "anciens". 

   Christian Teyssèdre a donc renouvelé plus de la moitié de son groupe... et il a un peu pioché à droite, tout comme en 2020. Ainsi, quatre des membres de sa liste figuraient en 2014 sur celle de son principal concurrent, Yves Censi (fils de Marc Censi, prédécesseur de C. Teyssèdre à la mairie de Rodez) : Nathalie Auguy-Périé, Régine Taussat, Eric Mazzetti et Jean-Marc Molinier. C'est donc une liste gauche-droite que mène le maire sortant... ce qui a d'ailleurs peut-être empêché la constitution d'une liste rivale LR-UDI, Teyssèdre étant même soutenu par certaines personnalités départementales de droite. Cependant, son résultat du premier tour (35 %, soit 3 082 voix) n'est pas si bon que cela. C'est certes plus que les 2 378 de 2020 (l'épidémie de Covid expliquant la faible participation), mais c'est moins qu'en 2014 (3 857 voix) et surtout moins qu'en 2008 (5 243 voix). Le second tour nous dira si, pour Christian Teyssèdre, ce n'était pas la campagne de trop.

   Son principal concurrent est Stéphane Mazars, actuellement député (Ensemble) de la première circonscription de l'Aveyron... et qui figurait sur les listes Teyssèdre de 2008 et 2014 ! Il a d'ailleurs emmené avec lui deux anciens conseillers municipaux "teyssèdriens" : Pierre Bessière (promo 2014) Olivier Nicolas (un ex de 2020, lui). Figure aussi sur sa liste Serge Julien qui, en 2020, a mené une liste divers droite. (En 2008, il était même présent sur la liste Soulié, soutenue par l'ancien maire Marc Censi.) Il s'agit donc là aussi d'une liste "en même temps" (gauche et droite), à ceci près que, contrairement à Christian Teyssèdre, Stéphane Mazars est resté macroniste. Au vu des résultats du premier tour, c'est le seul qui semble en mesure de battre le maire sortant... et il était d'ailleurs donné favori du second tour par le seul sondage publié lors de la campagne électorale... qui semble n'avoir toutefois testé que des triangulaires, pas de quadrangulaire. Celle-ci (si toutes les listes se maintiennent) pourrait permettre à Christian Teyssèdre de gagner son pari.

   Son avenir dépend donc de ses anciens colistiers, notamment de Sarah Vidal, dont la liste de gauche (soutenue par la présidente du Conseil régional d'Occitanie, Carole Delga) arrive troisième, mais avec seulement 18,5 % des voix. Sa liste compte quatre anciens conseillers municipaux "teyssèdriens" : Sarah Vidal et l'historien local Jean-Michel Cosson ont été de l'aventure en 2008, 2014 et 2020 avec le maire sortant. S'ajoutent Arnaud Combet (élu en 2014 et 2020) et Mathilde Faux (en 2020). Sur cette liste assez diversifiée apparaissent deux profils un peu différents : David Olier (qui fut déjà candidat, en 2014, mais sur la liste Serieys, du Front de Gauche, ancêtre de La France Insoumise) et Fabien Austruy (lui aussi candidat en 2014, mai sur la liste -de droite- conduite par Yves Censi).

   Il nous reste à voir "le petit Poucet" de cette campagne ruthénoise, la liste Rodez Citoyen, arrivée bonne quatrième de ce premier tour, avec 12 % des voix, en net recul par rapport à 2014, la liste alors menée par Matthieu Lebrun (placé en n°7 aujourd'hui) ayant recueilli presque un quart des suffrages exprimés... mais dans un contexte de faible participation.

   C'est la plus à gauche des quatre listes (et celle où l'on trouve peut-être le moins de "notables")... et, comme les autres, elle compte en son sein d'anciens colistiers de Christian Teyssèdre, tous présents uniquement en 2008 : Chantal Combelles, Jean-Jacques Civadier et Pierre Raynal. Dès 2014, ils ont formé une opposition de gauche au maire de Rodez, d'abord sur la liste Bérardi (dont cinq membres de 2014 figurent sur la liste conduite par Florent Monteillet), puis sur la liste Lebrun (dont je crois que huit membres encadrent F. Monteillet aujourd'hui). 

   Il reste que, pour l'instant, c'est Stéphane Mazars qui semble avoir le vent en poupe (il a peu de retard à rattraper sur le maire de Rodez). Mais, si les autres listes se maintiennent au second tour, un réflexe légitimiste d'une partie de l'électorat pourrait permettre à Christian Teyssèdre (qui a un bon bilan) de l'emporter. D'un point de vue tactique, si deux listes parviennent à fusionner, elles pourraient former la nouvelle équipe gagnante. A la place de Sarah Vidal, je demanderais le poste de Première adjointe...

samedi, 14 mars 2026

ATHOS

   Il ne va pas être question d'une histoire liée aux Trois Mousquetaires (ni préquelle, ni spin-off)... mais de la Patrouille de France, dite aussi la PAF (pour Patrouille Acrobatique de France). Vers la fin du film, on apprend toutefois le lien qui existe entre le nom de code des avions (numérotés de 1 à 8) et l’œuvre d'Alexandre Dumas : en vol, c'est « tous pour un et un pour tous ».

   Le réalisateur Mathieu Giombini est un ancien directeur de la photographie (notamment sur le documentaire Le Chêne). Il a donc apporté un soin particulier à la manière de filmer les avions et les paysages. C'est pour moi la plus belle partie du film, avec des plans tournés de l'extérieur comme de l'intérieur des appareils et de très belles vues de la Provence (où se trouve le camp de base de l'unité), du Perthois (en Champagne), de la Corse et (un peu) de Paris.

   Il me faut cependant préciser que ces images occupent à peine 20 % du film, où les entretiens sont majoritaires. (On est donc loin du dernier Top Gun.) Pilotes (anciens comme nouveaux), officiers de l'unité, intervenants divers sont sollicités pour nous faire comprendre le fonctionnement de la PAF et la complexité de leur travail. Celui est organisé sur une année civile. Giombini a suivi la "promo" 2025, d'une passation de pouvoirs à l'autre, avec changement d'équipe.

   Les pilotes sont tous des militaires ayant auparavant officié sur des Rafales. On les voit donc surpris de constater à quel point les Alpha Jets (de conception plus ancienne) font un peu "vieille bécane" à côté des bijoux de technologie que sont les chasseurs dernier cri de chez Dassault. Autre surprise : l'absence de simulateur de vol. C'est sur le terrain... et dans la tête que se préparent les sorties et les chorégraphies en l'air. Il y a d'ailleurs quelque chose de gracieux dans la manière dont les pilotes (en particulier le chef d'équipe) visualisent leurs futures acrobaties.

   De l'automne au printemps, la nouvelle équipe s'entraîne, apprend à évoluer en groupes de 4, 6 ou 8 appareils, pour réaliser diverses figures. L'objectif est d'être fin prêts pour le 14 juillet et les meetings aériens organisés en France à la belle saison.

   Un accident est venu entacher le tournage. Il s'est produit il y a presque un an tout pile, sous les yeux du réalisateur. En mars 2025, Giombini et son équipe avaient déjà bien avancé dans le tournage du documentaire. Ils étaient si bien intégrés au groupe que le cinéaste avait été accepté comme passager lors d'une sortie... qui n'a finalement pas eu lieu. L'accident qui s'est produit ce jour-là (et qui avait fait la Une des médias) a été délicatement intégré au film. Du côté de l'armée, il a fallu ensuite réorganiser l'équipe de pilotes, y intégrer deux nouveaux membres et reprendre les entraînements.

   Au final, c'est moins spectaculaire que ce que j'espérais, mais c'est une belle aventure humaine, à voir sur grand écran.

21:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

E.P.i.C.

   Avec G.O.A.T. (dans un tout autre genre), c'est le deuxième film sorti récemment dont le titre est un acronyme : ici, le terme que l'on pourrait traduire par « épique » signifie aussi Elvis Presley in Concert.

   C'est à Baz Luhrmann (réalisateur d'Elvis) que l'on doit ce documentaire hommage, conçu pour particulièrement mettre en valeur la période Las Vegas de la carrière du King. Pour cela, il a collecté un important matériau : des séquences issues de précédents documentaires, assez anciens, des extraits de programmes télévisés, mais aussi des images méconnues, tournées pendant des séances de répétition ou d'enregistrement. Ajoutez à cela divers extraits de concerts, le tout restauré, remastérisé (pour le son) et vous obtenez une formidable collection de moments, hélas placés un peu dans le désordre. Pour s'y retrouver, mieux vaux bien connaître la carrière d'Elvis... ou se fier à son apparence physique, sa coiffure comme son degré d'empâtement indiquant à quelle période l'on se trouve.

   Le résultat est... étourdissant. Le film est fait pour être vu dans une salle dotée des meilleurs équipements, par exemple la technologie ICE présente dans certains cinémas CGR (pas celui de Rodez, hélas). C'est donc au cours d'un déplacement que je me suis offert cette expérience, dans une salle dont le public était, de manière surprenante, très diversifié (avec un assez grand nombre de jeunes adultes, plutôt de sexe féminin). Parmi les vieux briscards présents se distinguaient plusieurs individus dotés d'une coiffure particulière...

   Bref, l'ambiance était bonne et, dès que le film a été lancé, assez souvent, nous avons été quelques-uns à avoir des fourmis dans les jambes. Sur le plan sonore, c'est vraiment emballant. On nous propose un florilège étendu et diversifié des chansons du King, certaines très connues, d'autres moins, dans des styles différents, de la country au gospel, en passant par le rhythm and blues, le rock et même de la variété.

   Visuellement, c'est aussi très intéressant. Je vais enfoncer une porte ouverte, mais Elvis était vraiment une bête de scène (et un putain de beau gosse, au moins jusqu'à 35 ans). Les extraits de concert son souvent impressionnants.

   C'est aussi bourré d'humour... celui d'Elvis. Je n'avais pas le souvenir d'un personnage aussi facétieux. C'est notamment l'intérêt des séquences d'enregistrement et de répétitions : outre la qualité de ses musiciens, on découvre l'icône sous un autre jour... et c'est passionnant.

   Luhrmann n'a pas voulu s'appesantir sur les dernières années de la résidence "végassienne". Son film, incomplet, n'est pas parfait, mais, franchement, quand ça s'arrête, on en reprendrait bien une louche.

vendredi, 06 mars 2026

Les Enfants de la Résistance

   J'ai vu l'adaptation de la bande dessinée à succès, centrée sur les deux premiers tomes, Premières actions... 

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   ... et Premières répressions :

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   Les scénaristes n'en ont gardé que la trame générale et la caractérisation de certains personnages.  Si, de prime abord, l'on saisit qu'il fallait un peu "élaguer" dans les quatre-vingt-dix pages de la BD pour faire tenir l'histoire en 1h40, on comprend un peu moins quand on voit ce qui a été rajouté à la place...

   Au niveau des acteurs, les adultes s'en sortent bien, en général. Artus est une bonne surprise en père ancien combattant, Jugnot fait le job en curé de campagne (très différent de celui de la BD mais cela passe) et ceux qui incarnent les nazis sont très bien (c'est-à-dire de parfaits salauds). Côté allemand, on a eu l'élégance d'introduire de la nuance : certains soldats n'ont rien d'extrémiste, ils sont simplement pris dans le flux de l'Histoire.

   Mais tous les enfoirés de service ne sont pas aussi bien joués. Julien Arruti tente de casser son image en jouant un cafetier collabo, mais il n'est pas terrible. J'ai eu l'impression de me trouver devant une mauvaise copie de ce que j'avais vu ailleurs, il y a bien longtemps (par exemple dans Uranus ou Au bon beurre).

   Les autres déceptions, au niveau de l'interprétation, sont les enfants. Leurs dialogues sont mal écrits (ils parlent un peu trop comme des adultes) et les acteurs sont souvent approximatifs. J'ai aussi été horripilé par l'un des changements introduits (par rapport à la BD) : la tension (factice) qui s'instaure entre l'un des garçons et la petite réfugiée, dont on comprend dès le départ qu'ils vont finir par s'adorer. C'est du niveau d'un téléfilm de France Télévisions...

   C'est dommage, parce que l'histoire est belle et que le matériau de départ (les bandes dessinées) était de qualité. Je ne saurais donc trop recommander de lire les différents tomes, bien plus subtils que le film, et accompagnés (en fin de chaque volume) par un petit dossier historique. Si ce film médiocre incite des jeunes à s'intéresser (de manière un peu plus rigoureuse) à cette époque trouble, il aura servi à quelque chose.

jeudi, 05 mars 2026

Rural

   Il y a un peu plus de six ans, Edouard Bergeon avait rencontré un succès surprenant (et mérité) avec une fiction paysanne, Au nom de la terre (qui a atteint deux millions d'entrées). Cette fois-ci, il s'agit d'un documentaire, consacré à Jérôme Bayle (prononcer "Bail-le"), éleveur de vaches limousines (une bonne race à viande) en Haute-Garonne, pas très loin de Toulouse. Il s'est fait connaître par le mouvement de blocage de l'autoroute A64 (à ne pas confondre avec l'A69).

   Le propos du film, très empathique, tourne autour du travail paysan (au XXIe siècle), de l'engagement (syndical, politique) et de la vie personnelle.

   Le travail de l'éleveur n'est pas l'objet principal du film. On nous montre tout de même J. Bayle avec ses bêtes, dans les prés ou dans une stabulation. Il est aussi question du travail de la terre : l'éleveur produit une grande partie de l'alimentation de ses animaux (ce dont sa mère se montre fière : il travaille un peu "à l'ancienne"). L'agriculteur semble disposer d'un matériel assez important. Je présume qu'il est propriétaire de la majorité, puisqu'il y a deux ans de cela, quand certains médias avaient évoqué ses difficultés économiques, il avait été question de son endettement (sans doute pour acheter du matériel). Sur le plan économique, l'une des plus belles séquences est celle de la vente aux enchères : le prix payé au kilo (entre 6 et 14 euros, selon la bête) est un enjeu crucial, une vache "bien" vendue assurant un à trois mois de revenu.

   C'est précisément la dégradation des conditions de vie des éleveurs (et la menace que représente le traité avec le Mercosur) qui a motivé le mouvement des "ultras de l'A64". Pour cette partie, Bergeon a recours à beaucoup d'images d'archives. A celles et ceux qui ont suivi de près cette actualité, le film n'apprendra pas grand chose. Certaines images me semblent cependant inédites, comme celles de la rencontre de Gabriel Attal à Matignon (celles tournées -avec le même Attal- chez Bayle comme sur l'A64 ayant été déjà diffusées). Il y a aussi la rencontre (non fortuite) avec Emmanuel Macron lors du Salon de l'agriculture... et il y a la participation à une réunion d'information, à Toulouse, avec des écologistes... et Marine Tondelier en invitée vedette. (On sent qu'une partie du public est dubitative : l'éleveur n'est pas bio, même s'il se démarque du productivisme des cadres de la FNSEA... et il est chasseur.)

   Mais, plus que sur le plan politique, c'est sur le plan syndical que le film est intéressant. Lors de son installation, J. Bayle était membre de la FDSEA (branche départementale de la FNSEA). Il s'en est éloigné et a créé son propre mouvement... qui a remporté les élections à la Chambre d'agriculture de Haute-Garonne, en 2025. Le film montre la naissance du mouvement qui conduit à la formation de listes (avec peu de femmes, comme ailleurs, souvent)... et à la campagne victorieuse. Les succès remportés par Bayle (ainsi que son aura médiatique) ont suscité quelques jalousies, matérialisées par des commentaires acerbes sur les réseaux sociaux, véritable plaie de notre époque.

   Devenu une puissance avec qui compter, J. Bayle a les honneurs d'une visite privée, celle d'Arnaud Rousseau, l'influent président de la FNSEA. La conversation (autour d'un bon repas) est cordiale, mais les différences entre les deux hommes sont criantes. D'un côté, on a l'un des plus gros agriculteurs de France (un céréalier), passé par une prestigieuse école de commerce privée, sûr de lui, qui pense profit, marché, entreprise. Face à lui, on a un gars qui se destinait à devenir soit maçon soit joueur de rugby professionnel, un défenseur de l'agriculture familiale, celle qui est en train, petit à petit, de disparaître.

   Elle risque de disparaître d'abord faute de combattants. Le nombre d'agriculteurs ne cesse de diminuer. Seule une partie des enfants de paysans souhaite prendre la suite des parents. Sur son exploitation, Bayle travaille avec sa mère. (Son père s'est suicidé, point commun avec le réalisateur.) Il n'est pas marié, n'a pas d'enfant. Son quotidien change lorsqu'une famille vient s'installer sur une maison qu'il a sans doute construite, pas très loin de son exploitation. Au départ, il pense surtout en tirer un complément de revenu, mais la surprise vient des enfants (un garçon et une fille), de petits citadins que la vie à la ferme va captiver. On sent l'éleveur touché par ces gamins, auxquels il peut tenter de transmettre sa rigueur et sa passion.

dimanche, 01 mars 2026

GOAT - Rêver plus haut

   Le titre de ce film d'animation est à double sens. Le héros, Will, est un chevreau (puis un bouc), goat en anglais... et il ambitionne de devenir le plus grand basketteur de tous les temps (the Greatest Of All Time, soit G.O.A.T., acronyme qui est d'usage dans plusieurs sports).

   Je ne suis pas vraiment fan de basket, mais le bouche-à-oreille est bon... et puis, l'équipe d'animation est celle qui a officié (entre autres) sur Spider-Man : across the spider-verse. J'ai donc tenté ma chance, dans une salle où, vu mon âge, j'ai fait figure d'égaré.

   L'intrigue est des plus classiques. Le héros est un p'tit gars de la base, sous-estimé, ridiculisé même, qui va réussir, à force de courage, de travail, de persévérance, à "faire son trou" dans le domaine qu'il a choisi. Même si c'est un peu vu et revu, je suis toujours touché par ce genre d'histoires, surtout si elles sont bien mises en scène.

   ... et c'est le cas. Le sport dont il est question, le roarball, est un évident décalque du basket-ball de la NBA, agrémenté de péripéties totalement invraisemblables, mais qui rendent intéressante la vision de l'entraînement comme des parties. C'est donc d'abord un film spectaculaire, rythmé, assez inventif dans le choix de ses plans.

   C'est aussi bourré d'humour (bien rendu dans la version française). L'équipe que rêve de rejoindre Will est composée d'une panthère athlétique (Jett, hyper-individualiste), d'une girafe (très soucieuse de son apparence), d'un rhinocéros (esclave de ses deux fifilles), d'un autruche influenceuse et d'un grand lézard doté de piercings. Leurs interactions sont savoureuses. Les auteurs jouent sur les codes du basket pro, du rap et des réseaux sociaux, en se moquant gentiment des vedettes et du culte du clash. (Pour les spectateurs français peu au fait du monde des djeunses : on se "chambre" allègrement, par smartphone interposé.)

   J'ai particulièrement aimé le personnage de Jett (longtemps considérée comme la GOAT du roarball). Les animateurs lui ont attribué certaines caractéristiques des chats. Ainsi, elle est dotée d'une souplesse extraordinaire, ronronne, s'étire, boit en lapant, sort ses griffes et a des yeux magnifiques. Pour les marmots qui se trouvaient dans la salle, il était aussi important de montrer qu'un garçon (le jeune Will, entre autres) pouvait admirer UNE sportive. C'est enfin un personnage qui évolue, qui doit apprendre à jouer collectif et à passer le relais à la génération suivante (elle est présente depuis une quinzaine d'années dans la ligue de Super-Basket).

   On s'achemine vers une fin prévisible, mais avec un bon sens du rythme et de belles valeurs. Attention, ce n'est peut-être pas assez limpide pour les tout-petits, qui risquent de décrocher en cours de route. 

   P.S. 1

   Parmi les coproducteurs du film, on trouve un certain Stephen Curry, quatre fois champion de NBA, régulièrement classé meilleur marqueur à trois points... et mesurant 1m88, une taille presque rédhibitoire dans le basket-ball contemporain, qui mise sur les "grandes perches". Cela ne l'a pas empêché de réaliser une éblouissante carrière.

   P.S. 2

   Dans la version française, l'un des deux commentateurs sportifs a la voix de George Eddy, qui fit jadis les beaux jours de Canal +.