lundi, 02 novembre 2009

District 9

   J'ai mis du temps avant de voir ce film... mais, au moins, je l'ai vu en version originale (sous-titrée). Vous me direz : quel est l'intérêt ? Il est double : on peut profiter de l'accent afrikaner de certains acteurs (surtout celui qui incarne le "héros"... ça peut décomplexer le Français de base vis-à-vis de sa prononciation de la langue de Gordon Brown !) et l'on se rend compte de la diversité des idiomes parlés en Afrique du Sud. On entend ainsi du bon anglais ainsi que différents dialectes (dont un du Nigeria, sans doute).

   Evidemment, ce n'est pas un hasard si le scénario fait arriver ces extra-terrestres (de grandes crevettes anthropomorphes) au-dessus de l'Afrique du Sud, plus précisément de Johannesburg. Ils vont subir ce qui est arrivé jadis aux Noirs : parqués dans un gigantesque township (nommé "District 9") où tous les trafics illicites se développent, ils vont voir leurs conditions de vie se dégrader... et les humains veulent en plus les déplacer. Il s'agit donc d'une allégorie de l'apartheid. Mais c'est aussi une manière de montrer que le racisme est un sentiment bien partagé... et que les Noirs n'en sont pas exempts.

  La réalisation est brillante. Les scènes de township sont criantes de vérité. Le dédale de ruelles du bidonville est formidablement rendu. Les scènes d'action sont étourdissantes... vraiment impressionnantes de maîtrise... et sanguinolentes... Avis aux âmes sensibles ! Les effets numériques (tout comme la musique, au diapason) ont été utilisés pour rendre plus spectaculaires les bastons. On est peut-être parfois allé trop loin... et l'une des dernières séquences, qui voit intervenir le "robot", m'a un peu trop fait penser à certains mangas. Mais, comme c'est bien joué, une fois qu'on est pris par l'histoire, tout passe.

   Les scènes violentes sont heureusement contrebalancées par d'autres, plus intimes. Si celles qui présentent le héros et son épouse m'ont paru gnan-gnan, celles qui permettent aux spectateurs de découvrir de l'intérieur les relations entre les extra-terrestres sont très réussies. On se réjouira aussi de la dénonciation de l'appétit de puissance de certains hommes de pouvoir.

   Sans dévoiler la fin, je peux dire que ceux qui ont aimé seront ravis : il y a aura une suite... peut-être appelée District 10.

dimanche, 01 novembre 2009

Pierre et le loup

   Il s'agit d'une nouvelle adaptation du conte musical créé par Sergeï Prokofiev. Les studios Disney ont sorti une version (un brin surréaliste) il y a plus de 60 ans de cela. On peut en visionner les parties 1 et 2 sur youtube. (La narration est d'origine, en anglais. On peut accéder à la version intégrale en français sur Dailymotion.) La nouvelle version a obtenu un oscar en 2008 (meilleur court-métrage d'animation, je crois).

   Dans les deux films, des modifications ont été apportées. Dans celui de Suzie Templeton, l'action semble se passer en Russie. (Jusque là, tout est normal.) La mare (gelée) est située à l'extérieur d'une habitation protégée par une palissade. On retrouve bien évidemment la grille musicale : chaque instrument correspond à l'un des personnages. Le film ne comporte donc ni dialogues... ni narrateur (contrairement à la version Disney). Cela passe sans problème.

   Les modifications sont surtout visibles au début et à la fin : on nous présente Pierre comme un garçon persécuté par de jeunes cons (qui sont en fait... des chasseurs) et son attitude, à la fin du film, est en phase avec une certaine mentalité citadine de notre époque (je n'en dirai pas plus pour ne pas déflorer ce rare élement de divergence avec l'histoire originale). On notera aussi la transformation du personnage de l'oiseau.

   L'animation des marionnettes est de qualité. Cela donne une forme de réalisme poétique, pas très éloigné de ce que peuvent faire notamment des spécialistes lettons. Le site des films du préau propose un dossier de presse et un document pédagogique très intéressants pour comprendre la conception et la fabrication des images et personnages.

   Ce court-moyen-métrage est précédé d'un autre, moins réussi formellement, mais dans le même esprit : Le Loup blanc. (L'histoire est toutefois un peu plus dure, plus crue.)

   Et c'est là qu'on se rend compte que tout est déjà disponible sur la Toile ! Oui, même Pierre et le loup (en quatre parties) ! Franchement, allez le voir sur grand écran. Les cinémas qui le projettent proposent un tarif spécial (3-4 euros) et, dans une belle salle, c'est beaucoup plus joli à voir... et à entendre !

   P.S.

   Cette histoire a inspiré des professeurs des écoles qui ont fait travailler leurs minots là-dessus : on peut voir le résultat. C'est une interprétation très personnelle... collector !

samedi, 31 octobre 2009

Mary et Max

   C'est un film d'animation "pour adultes". Les personnages (deux principaux, une dizaine d'entourage et une foule de figurants) ont été fabriqués à partir de matières diverses : pâte à modeler, plastique, métal, crottes de nez (ah non, pas celui-là).

   C'est d'abord l'histoire de la correspondance qui va naître par le plus grand des hasards (et à l'initiative de la petite fille) entre une gamine australienne pas jolie jolie, complexée, élevée par une mère alcoolique et un New-yorkais obèse atteint du syndrome d'Asperger

   Nos deux héros asociaux ont des manies qui sont des ressorts comiques du film, notamment l'amour démesuré du chocolat (et de certaines friandises) et une passion pour le même programme télévisé. Mary a pour animal domestique un poulet. Max a pour uniques compagnons une perruche, un chien galeux et un poisson rouge, qu'il est obligé de remplacer régulièrement (et qu'il prénomme Henry I, II, III, IV... XXVI !). Mary est un peu amoureuse d'un garçon de son âge. Max n'a jamais eu de relations sexuelles (même pas avec sa main, apparemment !) et a pour seule connaissance régulière une mamie quasi aveugle de son immeuble. Mary aime donner un coup de main au vétéran de guerre agoraphobe qui vit près de chez elle.

   Si le comique naît de l'inadaptation des héros au monde qui les entoure, le film ne les méprise pas pour autant. C'est ce monde qui est montré comme étrange, voire hostile. C'est en cela que c'est un film à réserver à un public déjà mature : il est vraiment noir et, sur bien des points, prend le contrepied du cinéma d'animation commercial.

   Sur le site de Gaumont (qui distribue le film en France), on peut accéder à plein de bonus sympatoches.

   En France, le syndrome est mal connu. Plusieurs associations s'en préoccupent, dont une "marrainée" par l'épouse de l'actuel Premier ministre François Fillon.

vendredi, 30 octobre 2009

Rachel

   La réalisatrice franco-israélienne Simone Bitton s'est attachée au cas de Rachel Corrie, cette jeune Américaine membre de l'I.S.M. (International Solidarity Movement) tuée par un engin de chantier israélien à Gaza, en 2003.

   C'est donc un long documentaire, d'une durée de 1h30, en forme d'enquête... et d'hommage aussi. Si la réalisatrice donne la parole à tout le monde et si elle utilise des documents extrêment variés, on sent tout de même qu'elle penche pour la version colportée par l'I.S.M.

   Il ne fait aucun doute que la jeune femme est morte tuée par l'engin de chantier. Mais était-ce intentionnel ? Franchement, en sortant du film, je suis bien incapable de répondre à cette question... sauf si je me fie à la majorité des témoignages et opinions rapportés par la réalisatrice. Pour acquérir une certitude à ce sujet, il aurait fallu pouvoir filmer de l'intérieur du bulldozer-char, histoire de vérifier si ce qu'affirment les conducteurs à propos de leur champ de vision est plausible. Les schémas et dessins montrés (et issus des deux "camps") ne sont pas assez précis.

   Il n'en reste pas moins que, dans cette tragédie, l'armée israélienne a, une fois de plus, fait preuve d'une certaine négligence dans le respect des droits fondamentaux de ses adversaires. Je recommande tout particulièrement les entretiens avec le chef de la police, qui n'a pas trop cherché à creuser... d'autant plus que la procédure d'enquête est vraiment particulière ! (Les militaires ne risquent pas grand chose, quoi qu'il arrive...)

   Le film est donc très intéressant parce qu'il est une sorte de "tranche de vie" du conflit du Proche-Orient, que l'on découvre par le biais de la destruction des habitations palestiniennes sous prétexte de sécurité. A ce sujet, on peut noter que des sites pro-israéliens soutiennent que les militants d'I.S.M. s'opposaient, dans ce cas précis, non pas à la destruction d'une maison mais à celle d'un tunnel de communication entre la bande de Gaza et l'Egypte. (Si vous cliquez sur le lien, et même si vous allez jusqu'à la source anglophone, vous vous apercevrez que les vidéos censées démonter la thèse des activistes ont été retirées par le contributeur...) A la limite, on s'en fiche : rien ne justifiait l'emploi disproportionné de la force.

   Le film mérite le déplacement aussi par le portrait qu'il trace de cette jeune femme qui, contrairement à nombre de crétins de son âge, ne passait pas son temps à regarder la télévision, faire du lèche-vitrines ou papoter à propos de la dernière niaiserie à la mode. C'est l'histoire d'un engagement, restitué par l'intermédiaire des textes écrits par Rachel Corrie, mais lus par ses camarades.

   On peut en savoir plus sur elle en consultant le site de l'I.S.M. ou celui de la fondation qui lui est consacrée.

mardi, 27 octobre 2009

The September issue

   A priori, je ne fais pas partie du public-cible de ce genre de film... parce que la mode, j'évite de marcher dedans, même du pied gauche. Ceci dit, le bouche-à-oreille étant bon, je me suis laissé tenter. Et puis, au-delà du côté "paillettes", le film semblait aborder d'autres aspects du sujet, notamment la personnalité de celle qui dirige Vogue d'une poigne de fer (dans un gant de soie ?), Anna Wintour.

   C'est d'ailleurs l'un des intérêts du film, qui croise les entretiens avec les scènes tournées au siège du magazine et d'autres, filmées en extérieur, notamment en Europe. On finit par se rendre compte que cette Britannique fait un complexe vis-à-vis des membres de sa famille qui ont "réussi"... et pas dans la futilité (il faut bien la regarder quand elle dit que son travail fait sourire ses frères et soeurs) : un est chroniqueur politique au Guardian (quotidien britannique de centre-gauche), un autre contribue à développer le programme de logements collectifs bon marché pour les classes populaires.

   Par contre, j'ai été moins intéressé par le côté "fanfreluches". Franchement, ces dames (et quelques messieurs) se donnent bien du mal pour un sujet qui n'en vaut pas la peine. Et puis que dire de leurs présupposés esthétiques... Plus d'une fois j'ai souri en voyant ce qui était considéré comme "beau". La plupart du temps, les mannequins portent des trucs immettables... et surtout moches ! Quant aux rédactrices et autres directrices artistiques, force est de constater qu'elles s'habillent avec un goût douteux, y compris la patronne.

   Ah si, il y a quelque chose de vraiment beau dans le film : les photographies. Comme c'est un magazine qui contient peu de texte, un grand soin est apporté aux choix iconographiques. Et là, il faut le dire, nombre d'oeuvres sont absolument fabuleuses. Je pense en particulier aux photographies illustrant le style "garçonne", mais aussi celles prises au château de Versailles. Sur grand écran, c'est magnifique... et cela donnerait presque envie d'acheter le magazine.

   Fort heureusement, quelques traits d'humour émaillent ce long reportage. J'ai particulièrement ri lorsqu'il est question de le forme physique de l'un des assitants (obèse) de la rédac' chef : il se met au tennis... accompagné d'un attirail très fashion ! Je recommande aussi la séquence (vers la fin) où il est question du ventre du réalisateur... Si vous avez mauvais esprit, vous ricanerez aussi aux scènes dans lesquelles apparaît une vedette du moment, qui va servir de support à la couverture du numéro de septembre en préparation. Avec son joli minois, cette Sienna Miller (inconnue au bataillon) n'est qu'un objet modelable entre les mains des créateurs de Vogue. On se pose donc de grandes questions sur sa coiffure et ses dents, où un regard avisé distingue, derrière la blancheur immaculée apparente, des traces de plombage...

   Je termine par deux bémols. Tout d'abord, on ne nous montre quasiment pas le travail des rédacteurs (ben oui, y a quand même du texte dans ce magazine), alors que beaucoup de temps est consacré à celui des directeurs artistiques et des photographes. Seule la conception des titres est évoquée, rapidement. Enfin, quand on n'est pas parfaitement bilingue, on a besoin de s'accrocher aux sous-titres. Or, il faut souvent (surtout au début) jongler entre ceux-ci et les incrustations, qui donnent la fonction de tel ou tel intervenant. C'est un peu fatiguant.

lundi, 26 octobre 2009

7 minutes au paradis

   Attention : sujet casse-gueule. L'héroïne est une Israélienne de base, rescapée d'un attentat-suicide dans un bus. Sans que je puisse en dire plus, sachez qu'elle n'en est pas complètement sortie. Elle va chercher à retrouver le secouriste qui lui a sauvé la vie.

   Le film est une sorte de puzzle mental. Se croisent des moments du passé (la vie d'avant l'attentat, l'attentat lui-même), des moments fantasmés, où semblent revivre les morts... et d'autres moments, mal définis. Derrière une apparence de limpidité se cache une relative complexité narrative. Faites bien attention aux personnages croisés au début : on les retrouve dans d'autres circonstances, à la fin.

   Le film repose entièrement sur les épaules de l'actrice principale, Reymonde Amsellem, vraiment épatante et disposant d'une palette de jeu très variée : elle alterne les phases les plus contrastées et paraît tour à tour femme forte, amoureuse qui doute et blessée en plein désespoir.

   Le réalisateur a beaucoup misé sur les gros plans. Cela véhicule bien l'émotion et nous rend attentifs à des détails en apprence anodins, comme les éléments de la combinaison qu'est obligée de porter l'héroïne, qui a été gravement brûlée au dos. Une des scènes les plus réussies est d'ailleurs celle qui la voit se gratter furieusement par tous les moyens possibles (de la cuillère en bois à la paroi de son appartement).

   Si on comprend assez vite quelle est l'identité de la personne recherchée par l'héroïne, le retournement final est assez inattendu. Je m'attendais à quelque chose d'autre mais, après tout, c'est dans la ligne du titre du film.

samedi, 24 octobre 2009

Démineurs

   ... vu en version française. Et voilà la guerre en Irak qui repointe le bout de son nez. Ici, elle est abordée par un côté anecdotique : l'action d'une équipe de démineurs, certains d'entre eux particulièrement "allumés". Il faut dire qu'ils sont quotidiennement confrontés à l'horreur humaine. C'est donc un film à déconseiller aux âmes sensibles (ainsi qu'aux enfants, bien qu'aucune interdiction ne soit spécifiée... on voit là un trait caractéristique de notre époque violente, qui censure dès qu'un poil de cul ou un bout d'étron dépasse, mais qui laisse les yeux les plus innocents accéder aux pires images sanguinaires).

   Question mise en scène, on ne nous donne rien de nouveau, mais Kathryn Bigelow semble avoir puisé dans le "lourd" : Voyage au bout de l'enfer et Full metal jacket pour le Vietnam, Battle for Haditha et Redacted pour la guerre en Irak. L'image est soignée, la caméra à l'épaule n'est pas utilisée à tort et à travers... et le rendu est finalement assez agréable pour le spectateur. On peut aussi trouver une parenté avec le bon film israélien Beaufort, dans lequel le déminage n'occupait qu'une partie de l'intrigue.

   Ici, la place est centrale. Le film s'articule autour de ces moments de tension, au cours desquels les héros risquent leur vie. Jeremy Renner est particulièrement bon en sergent franc-tireur, intrépide et bricoleur (particulièrement à l'aise quand il s'agit d'étriper une bagnole !), dans un rôle qui aurait parfaitement convenu jadis à Bruce Willis. Entre ces moments fort, le film ménage des séquences plus humoristiques ou tendres, dans lesquelles les vaillants soldats apparaissent le plus souvent comme de pauvres types.

   Dans la séquence à mon avis la plus forte du film le déminage n'occupe pourtant qu'un rôle secondaire : il s'agit d'un get-apens tendu en plein désert, où les combats durent toute la journée. Tout y est réussi : la mise en scène, les effets spéciaux, les dialogues et l'interprétation.

   Par souci de réalisme (et peut-être aussi histoire de ne pas paraître trop unilatéral), le scénario fait intervenir ponctuellement des personnages irakiens (sans doute interprétés par des Jordaniens ou des Palestiniens de Jordanie). On perçoit l'une des limites de ce film : trop centré sur ce groupe de jeunes Américains, il évacue le contexte géopolitique de l'intervention en Irak et pourrait passer, parfois, pour une apologie de la guerre, en dépit de toutes les horreurs qu'il montre, souvent de manière assez crue.

dimanche, 27 septembre 2009

L'Affaire Farewell

   "Farewell" est un nom de code, attribué à un officier du K.G.B. idéaliste, qui a décidé de trahir le régime soviétique pour mieux servir son pays. Comme il a été en poste en France, qu'il parle français et qu'il admire la culture française, c'est aux services secrets français qu'il s'adresse pour dévoiler les secrets de son organisation.

   L'un des ressorts comiques (pas inventé) est que son "agent traitant" n'est pas un professionnel (c'est un ingénieur travaillant chez Thomson)... et c'est d'ailleurs pour cela qu'il n'a pas été repéré ! Guillaume Canet joue donc les candides au pays des Soviets, face à un Emir Kusturica impressionnant, tout de granite. L'autre fil rouge comique, en quelque sorte, est l'ampleur de la pénétration soviétique en Occident. Grâce à Sergeï Grigoriev (alias Farewell), Français puis Américains vont comprendre d'abord à quel point ils ont été bernés pendant des années, puis à quel point leur adversaire est finalement affaibli.

   Les seconds rôles sont excellents. On a bien choisi les acteurs qui campent Mitterrand et Reagan. David Soul (oui, Hutch !) et William Dafoe sont parfaits en membres de l'administration américaine. Les femmes sont très bien aussi, même si l'on doit noter qu'elles sont au second plan. Cette histoire d'espionnage est d'abord une affaire de burnes !

   Christian Carion, bien que né à Cambrai, n'a pas tourné que des bêtises ! J'avais préféré son Une Hirondelle a fait le printemps à Joyeux Noël, film tout à fait honorable mais plus inégal que le précédent. J'ai retrouvé dans L'Affaire Farewell des qualités entrevues dans ces deux derniers. Carion nous propose quelques très belles scènes "en pleine nature", notamment sous la neige. En intérieur, il manie avec dextérité les contrastes, jouant sur les visages des protagonistes pour accentuer une atmosphère particulière. C'est d'abord un film à suspense, même si les initiés connaissent déjà la fin. C'est aussi un film d'espionnage : on n'apprendra cependant rien d'étourdissant sur les techniques mises en oeuvre, les deux héros étant finalement assez basiques dans leur relation clandestine... et, pour tout dire, maladroits.

   Il faut, pour terminer, évoquer la musique d'accompagnement. Elle est formidable et signée Clint Mansell, illustre inconnu pour moi, mais qui a une bonne cote dans le métier apparemment.

samedi, 26 septembre 2009

L'armée du crime

   C'est le nouveau film de Robert Guédiguian, consacré aux résistants du "groupe Manouchian", du nom du meneur, d'origine arménienne. On peut penser que l'histoire personnelle du réalisateur, né à Marseille d'une mère allemande et d'un père arménien, a pesé sur le choix du sujet. L'engagement politique des protagonistes a sans doute contribué à lui rendre leur cause sympathique : ils sont tous communistes, militants ou sympatisants... parfois peu orthodoxes (l'un des propos du film est de montrer que les dirigeants communistes clandestins n'ont pas ménagé les membres du groupe, dont la réussite s'est parfois construite contre les ordres venus d'en haut).

   C'est aussi une histoire de familles, celles que l'on perd (exterminée par les Turcs pour Manouchian, par les nazis pour les membres juifs de son commando), celle que l'on se crée. On retrouve là le style Guédiguian, appuyé sur des séquences de repas qui mettent en scène cette fraternité basée sur la proximité idéologique et la convivialité. Ces scènes d'intérieur font partie des mieux jouées. Je pense notamment à celle au cours de laquelle interviennent deux policiers français (qui se demandent un peu où ils débarquent)... qui finissent par porter un toast à Philippe Pétain !

   On appréciera aussi le soin apporté à la description de certains aspects matériels de la lutte clandestine, comme l'impression de tracts, les changements de "planque" ou la difficulté de se procurer armes et munitions. Les scènes violentes sont très réalistes, sans que l'on en rajoute inutilement (on a ainsi une vision concrète des traitements indignes infligés par les flics collabos... mais on aurait pu montrer bien plus horrible).

   On pourra aussi penser que le style est un peu appuyé et que, un peu trop souvent, le film baigne dans un sentimentalisme gauchisant déplacé. Ceci dit, j'ai apprécié le souci d'éviter l'héroïsation de la violence. Simon Abkarian (découvert dans Chacun cherche son chat, très bon dans Le Chant des mariées, mais dont le talent a surtout éclaté dans J'ai vu tuer Ben Barka ; en tendant l'oreille, on reconnaît sa voix dans celle du père de l'héroïne de Persepolis) excelle à rendre les contradictions du personnage, poète de tempérament, mais victime de l'histoire qui va se transformer en justicier (et apprendre à bien tirer au pistolet... sur une affiche représentant Pétain !... moment croquignolesque). La séquence montrée comme celle du premier attentat est vraiment bien pensée de ce point de vue-là (avec retour sur les lieux et vision des victimes).

   Le reste de la distribution est irréprochable. J'ai retrouvé avec plaisir Virginie Ledoyen dans un  vrai rôle... même si j'estime que le personnage féminin le plus réussi du film est Monique, brillamment interprétée par Lola Naymark (à mon avis, on reparlera de cette pulpeuse rouquine). Côté masculin, c'est Robinson Stévenin (découvert dans Mauvaises fréquentations) qui rayonne, même si les autres ne déméritent pas.

   En dépit de toutes ces qualités, le film est un peu poussif. Il peine à démarrer et l'on sent bien que Guédiguian n'est pas aussi à l'aise dans la réalisation des scènes d'extérieur. Quelque chose pourra aussi étonner certains spectateurs : plus qu'une monographie de ce groupe de résistants communistes, ce long-métrage est une dénonciation implacable de la collaboration sous toutes ses formes. Les comédiens incarnant les policiers et hauts fonctionnaires français sont remarquables, des plus âgés (comme Darroussin) aux plus jeunes (comme Yann Tregouët). Aux images de fiction se superposent parfois les extraits (authentiques) de Radio Paris, notamment les éructations du sinistre Philippe Henriot.

   Guédiguian nous offre un panorama assez noir des Parisiens sous l'occupation, nombre d'entre eux (par antisémitisme, anticommunisme primaire, cupidité, ambition, petitesse...) se faisant les auxiliaires zélés de la bête immonde.

   Le film s'achève sur cette célèbre "affiche rouge" qui, curieusement, n'a pas été utilisée pour le promouvoir :

Affiche_rouge.jpg
  
Affiche rouge.jpgOn n'entend pas non plus la chanson, interprétée par Léo Ferré et dont les paroles ont été écrites par Louis Aragon, en 1956. (La version studio est écoutable sur un blog de Hautetfort consacré à la Résistance de gauche... avec une belle faute de conjugaison sur la dernière vignette du diaporama !)
  
  
   Par contre, à la fin, la voix de Virginie Ledoyen - Mélinée lit la dernière lettre du condamné, bouleversante, et d'une hauteur de vue peu commune. En voici le fac-similé :
Manouchian dernière lettre.jpg

vendredi, 11 septembre 2009

Brüno

   Sacha Baron Cohen est de retour. Cette fois-ci, au lieu d'incarner un Kazakh machiste et antisémite (le délicieux Borat), il s'est mis dans la peau d'un homosexuel à paillettes, prétendûment autrichien (d'où les références délicates à ses deux concitoyens les plus célèbres au monde... l'un est encore en vie, l'autre, bien que décédé, fait encore beaucoup parler de lui...).

   C'est très laborieux au début. Déjà que je n'ai eu aucune envie d'aller voir des daubes genre People ou Jet set, ce n'est pas pour qu'on me refourgue la même camelote en douce ! C'est peut-être l'une des limites du film : au-delà de la gaudriole et de la dénonciation des travers de ses contemporains, Cohen semble tout de même éprouver de la fascination pour son personnage.

   Cela démarre vraiment quand on nous montre par le menu détail le contenu des relations qu'entretient Brüno avec son "mignon"... jubilatoire ! Mais notre héros se fait larguer et il débarque aux Etats-Unis, suivi de l'assistant de son ancien assistant, fou amoureux de lui... et, accessoirement, caricature de l'homo admiratif moche. La séquence qui voit Paula Abdul (ancienne danseuse, ancienne chanteuse qui a connu son heure de gloire -assez brève) se faire interroger sur son action caritative, assise sur un ouvrier mexicain, est du plus bel effet !

   Cohen excelle à dénoncer la course au vedettariat et les faux-semblants du show-biz. Cela se poursuit à Milan, lors d'un défilé (bien réel, comme on peut l'apprendre sur le site Allociné, riche en anecdotes de tournage), puisqu'il interroge un mannequin sur les difficultés du métier... surtout le demi-tour en bout de piste ! La séquence se termine façon éléphant dans un magasin de porcelaine...

   Notons toutefois que Sacha Baron Cohen a fortement tendance à recycler les ficelles de Borat. Sa participation (visible en fin de film) à un spectacle de catch, au cours duquel, déguisé en beauf à rouflaquettes, il étale son homophobie supposée, n'est pas sans rappeler la séquence du rodéo dans le précédent film. Dans les deux cas, le héros, dans un premier temps, flatte les bas instincts de la foule, avant de s'en faire rejeter. La bagarre qui l'oppose à son ancien acolyte a aussi un petit côté "déjà vu". Comment ne pas penser à la baston de l'hôtel, dans Borat, qui voit le personnage principal s'étriper avec son manager (qui finit par le laisser tomber, comme l'assistant de Brüno l'a fait). On pourrait continuer longtemps comme cela, en citant par exemple le cas des photos "de famille", complètement détournées dans les deux films (et à fortes connotations sexuelles).

   Reste le propos politique, la dénonciation de l'homophobie. Parfois, il tape à côté, comme avec ce prof de karaté qui, bien qu'interloqué par la tournure que prend sa leçon d'autodéfense, fait son job sans faire montre d'aucun préjugé. C'est par contre bien vu au niveau des échangistes, groupe qui pourrait passer pour très "ouvert" sur le plan sexuel... mais uniquement d'un point de vue hétéro. (Cela se termine par une scène "coup de fouet", en compagnie d'une bimbo siliconée... bon ça, c'est du scénarisé.) Les religieux qu'il consulte (quand il fait mine de devenir hétéro... tout un programme !) sont à l'écoute... dans une certaine mesure (le plus jeune des deux a eu du mal à tenir la route, visiblement). On voit aussi Brüno en Israël se faire courser par des ultra-orthodoxes (alors que les intervenants israéliens et palestiniens qu'il essaie de concilier m'ont paru faire preuve d'une étonnante mansuétude à son égard... pas terrible cette séquence, en plus), ou encore l'ex candidat aux présidentielles Ron Paul le fuir en éructant des imprécations. (Ceci dit, je me demande comment j'aurais réagi à sa place.) Le passage qui montre sa participation à une émission de télé-réalité américaine, au public quasi exclusivement noir... et conservateur, vaut son pesant de strass. La séquence qui confronte l'apprentie vedette au panel de téléspectateurs moyens américains est par contre en partie ratée, tout comme celle qui se passe dans le centre d'entraînement de la garde nationale, pourtant riche en potentialités.

   La toute fin du film voit Brüno concrétiser ses rêves : devenir célèbre et enregistrer un disque (la chanson est une merde innommable), en compagnie des grandes vedettes dont le film a pu paraître se gausser auparavant : Bono (qui se demande ce qu'il fait là), Sting (qui tire aussi la tronche), Elton John (étonnant de professionnalisme... et pas décontenancé le moins du monde par la nature de son "siège" !), un mec que je n'arrive pas à identifier... qui se donne à fond (un certain Chris Martin... ah, si : c'est le mec de Coldplay !) et un rappeur noir en qui j'ai fini par reconnaître (à la voix) Snoop Dogg, qui a l'air très détaché de tout cela.

   Entre les séquences chocs, cela bande un peu mou (pour rester dans le ton du film)... mais celles-là méritent le détour, tant le rire qu'elles suscitent est "héneaurme". On sourit à l'audition de la bande originale de Titanic, évidemment détournée. On ne boude pas son plaisir quand la scène qui montre le héros se faire prendre (par les services sociaux) l'enfant qu'il a acheté en Afrique (contre un I-Pod haut de gamme, tout de même !) est filmée au ralenti, façon attention-séquence-émotion-oh-mon-dieu-que-c-est-horrible-mais-regardez-le-bien-ne-va-t-il-pas-pleurer ?

   P.S.

   Le sous-titrage n'est pas terrible. Il m'a semblé laisser des parties entières de dialogues de côté et l'interprétation (nécessaire dans toute traduction) ne m'est pas apparue toujours appropriée.

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