lundi, 26 octobre 2026
Shaun le mouton - La Bêêête d'Halloween
Apparu sur nos écran en 2015, le petit mouton noir de la campagne anglaise ne cesse de nous surprendre, avec ses aventures aussi acrobatiques que loufoques. L'an dernier, pour nous faire patienter, on nous avait livré un florilège de courts-métrages. Cette fois-ci, on nous propose un "long" (1h20 environ), qui baigne dans une atmosphère doucement macabre. Le tout début (attention à ne pas arriver en retard...) nous plonge dans un univers qui n'est pas sans rappeler celui de Tim Burton avec, en bonus, la parodie d'une danse figurant dans le clip vidéo de Thriller.
La suite est du même tonneau, construite autour des maladresses aussi bien du fermier (un vieux célibataire, ex-rocker, qui en pince pour la véto) que des moutons (Shaun jouant les apprentis-sorciers, tel un docteur Frankenstein des temps modernes).
Dans la salle, les plus jeunes rient aux gags visuels, aux bêtises des moutons, aux dégringolades, pendant que les adultes savourent les nombreuses références... et les "petits détails qui tuent", preuves de la minutie avec laquelle les plans ont été construits. C'est à un point que j'envisage d'y retourner pour revoir certaines scènes particulièrement cocasses. En gros, une scène = (au moins) un gag + un clin d’œil cinéphilique. (En revanche, les tout petits risquent d'être un peu perdus.)
On sort de là de très bonne humeur, loin de l'ambiance délétère dans laquelle des militants agressifs tentent de plonger notre pays.
21:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Shaun le mouton - La Bêêête d'Halloween
Apparu sur nos écran en 2015, le petit mouton noir de la campagne anglaise ne cesse de nous surprendre, avec ses aventures aussi acrobatiques que loufoques. L'an dernier, pour nous faire patienter, on nous avait livré un florilège de courts-métrages. Cette fois-ci, on nous propose un "long" (1h20 environ), qui baigne dans une atmosphère doucement macabre. Le tout début (attention à ne pas arriver en retard...) nous plonge dans un univers qui n'est pas sans rappeler celui de Tim Burton avec, en bonus, la parodie d'une danse figurant dans le clip vidéo de Thriller.
La suite est du même tonneau, construite autour des maladresses aussi bien du fermier (un vieux célibataire, ex-rocker, qui en pince pour la véto) que des moutons (Shaun jouant les apprentis-sorciers, tel un docteur Frankenstein des temps modernes).
Dans la salle, les plus jeunes rient aux gags visuels, aux bêtises des moutons, aux dégringolades, pendant que les adultes savourent les nombreuses références... et les "petits détails qui tuent", preuves de la minutie avec laquelle les plans ont été construits. C'est à un point que j'envisage d'y retourner pour revoir certaines scènes particulièrement cocasses. En gros, une scène = (au moins) un gag + un clin d’œil cinéphilique. (En revanche, les tout petits risquent d'être un peu perdus.)
On sort de là de très bonne humeur, loin de l'ambiance délétère dans laquelle des militants agressifs tentent de plonger notre pays.
21:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Ni vue, ni connue
Imaginez un monde dans lequel Isabelle Huppert ne serait pas devenue une comédienne iconique, mais serait restée au stade de figurante, sous le nom de Corinne Maclou... Cependant, formée au théâtre, elle aurait des prétentions artistiques, aspirant, dans un premier temps, aux seconds rôles, rêvant, en secret, d'occuper le haut de l'affiche.
Marc Fitoussi (un des réalisateurs de Dix pour cent, auteur, jadis, de Pauline détective) s'est lancé dans cette périlleuse aventure et nous propose une variation satirique sur le Septième Art français, en s'attachant au parcours de différentes comédiennes.
J'ai trouvé particulièrement intéressante la mise en scène de la hiérarchie à l’œuvre dans ce milieu qui se veut tellement progressiste. Au sommet se trouvent les "divas", les actrices reconnues, sollicitées par les scénaristes, les réalisateurs, les journalistes, les publicitaires, les fans... et certaines collègues. Sandrine Kiberlain joue en théorie son propre rôle, mais son personnage pourrait aussi être un décalque de Catherine Deneuve, à sa grande époque. Cette "starisation" est présentée avec ironie, la vedette étant souvent "perchée"... et son nom mal prononcé, en dépit de la reconnaissance dont elle bénéficie.
Dans la dernière partie, l'intrigue jusque-là franco-française acquiert une profondeur supplémentaire, à l'occasion du tournage d'un film au Maroc. Les "sans grade" du cinéma hexagonal (qui bénéficient toutefois du généreux statut d'intermittent du spectacle) se rendent compte qu'il existe bien plus précaire qu'eux... certains figurants reproduisant même, à leur échelle, le mépris de classe dont ils sont l'objet en France. A l'autre bout de l'échelle, on comprend qu'une fonction est encore plus valorisante qu'actrice-vedette, celle de comédienne-réalisatrice, incarnée par Emmanuelle Bercot.
Les dialogues sont bien écrits, nourris de réflexions assassines, de petites vacheries. Ce n'est pas aussi cinglant ni aussi rythmé que De la Comédie-Française, mais cela rend la vision du film très agréable. Contrairement à Darondeau-Usclat, Fitoussi choisit de prendre son temps, pour creuser ses personnages. Ainsi, Kiberlain n'est pas (que) la pétasse prétentieuse qu'on semble nous présenter au début. Elle a bon fond et, si elle pense toujours à servir ses intérêts en premier, elle n'oublie pas les copines. En position intermédiaire se trouve Anne Marivin, qui "taffe" grâce aux séries télévisées, mais n'a pas réussi la grande carrière cinématographique qui lui était promise. La comédienne est vraiment excellente dans le rôle.
Et Isabelle Huppert dans tout ça ? Elle est très bien, même si je dois reconnaître qu'au début, j'ai eu du mal à accepter de la voir incarner la figurante. Derrière elle, je voyais sans cesse la grande actrice. Cela s'améliore par la suite, notamment par ce que ses partenaires de tournage la traitent comme du menu fretin, et qu'Huppert est rentrée dans le rôle de sous-fifre. Dans le même temps, Fitoussi insère des clins d’œil à sa carrière, aussi bien théâtrale que cinématographique, avec, par exemple, des allusions à Madame Bovary (de Chabrol) et La Syndicaliste.
Ce n'est certes pas un grand film, mais un plaisir de comédiennes, avec, en bonus, un peu de fond.
13:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Ni vue, ni connue
Imaginez un monde dans lequel Isabelle Huppert ne serait pas devenue une comédienne iconique, mais serait restée au stade de figurante, sous le nom de Corinne Maclou... Cependant, formée au théâtre, elle aurait des prétentions artistiques, aspirant, dans un premier temps, aux seconds rôles, rêvant, en secret, d'occuper le haut de l'affiche.
Marc Fitoussi (un des réalisateurs de Dix pour cent, auteur, jadis, de Pauline détective) s'est lancé dans cette périlleuse aventure et nous propose une variation satirique sur le Septième Art français, en s'attachant au parcours de différentes comédiennes.
J'ai trouvé particulièrement intéressante la mise en scène de la hiérarchie à l’œuvre dans ce milieu qui se veut tellement progressiste. Au sommet se trouvent les "divas", les actrices reconnues, sollicitées par les scénaristes, les réalisateurs, les journalistes, les publicitaires, les fans... et certaines collègues. Sandrine Kiberlain joue en théorie son propre rôle, mais son personnage pourrait aussi être un décalque de Catherine Deneuve, à sa grande époque. Cette "starisation" est présentée avec ironie, la vedette étant souvent "perchée"... et son nom mal prononcé, en dépit de la reconnaissance dont elle bénéficie.
Dans la dernière partie, l'intrigue jusque-là franco-française acquiert une profondeur supplémentaire, à l'occasion du tournage d'un film au Maroc. Les "sans grade" du cinéma hexagonal (qui bénéficient toutefois du généreux statut d'intermittent du spectacle) se rendent compte qu'il existe bien plus précaire qu'eux... certains figurants reproduisant même, à leur échelle, le mépris de classe dont ils sont l'objet en France. A l'autre bout de l'échelle, on comprend qu'une fonction est encore plus valorisante qu'actrice-vedette, celle de comédienne-réalisatrice, incarnée par Emmanuelle Bercot.
Les dialogues sont bien écrits, nourris de réflexions assassines, de petites vacheries. Ce n'est pas aussi cinglant ni aussi rythmé que De la Comédie-Française, mais cela rend la vision du film très agréable. Contrairement à Darondeau-Usclat, Fitoussi choisit de prendre son temps, pour creuser ses personnages. Ainsi, Kiberlain n'est pas (que) la pétasse prétentieuse qu'on semble nous présenter au début. Elle a bon fond et, si elle pense toujours à servir ses intérêts en premier, elle n'oublie pas les copines. En position intermédiaire se trouve Anne Marivin, qui "taffe" grâce aux séries télévisées, mais n'a pas réussi la grande carrière cinématographique qui lui était promise. La comédienne est vraiment excellente dans le rôle.
Et Isabelle Huppert dans tout ça ? Elle est très bien, même si je dois reconnaître qu'au début, j'ai eu du mal à accepter de la voir incarner la figurante. Derrière elle, je voyais sans cesse la grande actrice. Cela s'améliore par la suite, notamment par ce que ses partenaires de tournage la traitent comme du menu fretin, et qu'Huppert est rentrée dans le rôle de sous-fifre. Dans le même temps, Fitoussi insère des clins d’œil à sa carrière, aussi bien théâtrale que cinématographique, avec, par exemple, des allusions à Madame Bovary (de Chabrol) et La Syndicaliste.
Ce n'est certes pas un grand film, mais un plaisir de comédiennes, avec, en bonus, un peu de fond.
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dimanche, 25 octobre 2026
Clayface
D'abord vendu comme film d'horreur, ce long-métrage se révèle plus étoffé que prévu, puisque son action se déroule à... Gotham City. La mention au générique de début de DC Comics aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Il est vrai que, depuis sept-huit ans, du côté du monde des super-héros, les meilleures surprises sont plutôt venues de DC que de Marvel, avec Joker (mais surtout pas sa suite, Folie à deux), Birds of Prey et The Batman. Toutefois, ici, il n'est pas (encore) question de l'homme chauve-souris, mais l'esprit du Joker plane sur le destin du héros, Matt Hagen.
Dans un premier temps, Tom Rhys Harries prête son physique avantageux (celui d'un beau blond musclé, au sourire éclatant) au personnage principal, jeune homme issu d'un quartier populaire, sur le point de devenir la nouvelle coqueluche d'Hollywood. Les projets de tournage s'enchaînent, l'argent coule à flots... et les filles tombent comme des mouches. Ce début, très tape-à-l’œil (limite complaisant avec ce qu'il montre), est rompu par un événement traumatique, que je ne vais pas raconter. Sachez juste que Matt perd sa belle gueule, au cours d'une scène qui ne nous épargne aucun détail. (Cœurs sensibles s'abstenir.) A la qualité de l'interprétation et des effets spéciaux (bluffants tout au long du film) s'ajoute une dénonciation salutaire du lynchage médiatique.
La seconde partie voit le héros faire une connaissance déterminante, celle de Caitlyn Corr, une brillante scientifique, dont les travaux ne sont pas reconnus à leur juste valeur... quand ils ne sont pas pillés. Naomi Ackie (vue dans The Young Lady, Blink Twice et Mickey 17) est parfaite dans le rôle.
Entre elle et Harries, l'alchimie fonctionne. Entre leurs personnages naît un doux et étrange compagnonnage, ces deux talentueux francs-tireurs se venant en aide mutuellement.
C'est alors que les effets spéciaux se font les plus impressionnants. Matt subit plusieurs transformations, certaines temporaires, d'autres devenant permanentes. Il devient une sorte d'humain augmenté et décide d'utiliser ce nouveau pouvoir pour se venger.
La troisième partie est plus attendue... et elle arrive d'ailleurs assez tardivement, le film prenant (à raison) le temps de dérouler son histoire. Elle est rythmée, assez gore... mais pas si marquée que cela par les giclées de sang. L'horreur est plutôt chirurgicale ou mutagène. Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir comment le réalisateur James Watkins met cela en scène. La plus brillante des séquences est selon moi celle de la boîte de nuit, avec une utilisation astucieuse du montage et une excellente direction d'acteurs.
On se demande comment tout cela va finir. L'intrigue semble louvoyer entre deux fins possibles... en sachant que la production envisage une suite.
15:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Clayface
D'abord vendu comme film d'horreur, ce long-métrage se révèle plus étoffé que prévu, puisque son action se déroule à... Gotham City. La mention au générique de début de DC Comics aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Il est vrai que, depuis sept-huit ans, du côté du monde des super-héros, les meilleures surprises sont plutôt venues de DC que de Marvel, avec Joker (mais surtout pas sa suite, Folie à deux), Birds of Prey et The Batman. Toutefois, ici, il n'est pas (encore) question de l'homme chauve-souris, mais l'esprit du Joker plane sur le destin du héros, Matt Hagen.
Dans un premier temps, Tom Rhys Harries prête son physique avantageux (celui d'un beau blond musclé, au sourire éclatant) au personnage principal, jeune homme issu d'un quartier populaire, sur le point de devenir la nouvelle coqueluche d'Hollywood. Les projets de tournage s'enchaînent, l'argent coule à flots... et les filles tombent comme des mouches. Ce début, très tape-à-l’œil (limite complaisant avec ce qu'il montre), est rompu par un événement traumatique, que je ne vais pas raconter. Sachez juste que Matt perd sa belle gueule, au cours d'une scène qui ne nous épargne aucun détail. (Cœurs sensibles s'abstenir.) A la qualité de l'interprétation et des effets spéciaux (bluffants tout au long du film) s'ajoute une dénonciation salutaire du lynchage médiatique.
La seconde partie voit le héros faire une connaissance déterminante, celle de Caitlyn Corr, une brillante scientifique, dont les travaux ne sont pas reconnus à leur juste valeur... quand ils ne sont pas pillés. Naomi Ackie (vue dans The Young Lady, Blink Twice et Mickey 17) est parfaite dans le rôle.
Entre elle et Harries, l'alchimie fonctionne. Entre leurs personnages naît un doux et étrange compagnonnage, ces deux talentueux francs-tireurs se venant en aide mutuellement.
C'est alors que les effets spéciaux se font les plus impressionnants. Matt subit plusieurs transformations, certaines temporaires, d'autres devenant permanentes. Il devient une sorte d'humain augmenté et décide d'utiliser ce nouveau pouvoir pour se venger.
La troisième partie est plus attendue... et elle arrive d'ailleurs assez tardivement, le film prenant (à raison) le temps de dérouler son histoire. Elle est rythmée, assez gore... mais pas si marquée que cela par les giclées de sang. L'horreur est plutôt chirurgicale ou mutagène. Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir comment le réalisateur James Watkins met cela en scène. La plus brillante des séquences est selon moi celle de la boîte de nuit, avec une utilisation astucieuse du montage et une excellente direction d'acteurs.
On se demande comment tout cela va finir. L'intrigue semble louvoyer entre deux fins possibles... en sachant que la production envisage une suite.
15:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
mercredi, 21 octobre 2026
Le Corset
Dans les années 1980, on diagnostique un problème osseux à Christophe, l'un des fils d'un couple d'agriculteurs, dans la Beauce. Le gamin, préadolescent au début de l'histoire, doit alors passer la majorité du temps engoncé dans une sorte d'exosquelette, le fameux corset. Ce film d'animation (façon aquarelle) slalome entre relations familiales tendues, problèmes agricoles et éveil des sens.
J'y suis allé un peu à reculons, d'abord parce que j'avais peur de me retrouver face à un tsunami de "bons sentiments" (avec lesquels on fait rarement de bons films), ensuite parce que la chanson fétiche du film (Ouragan, interprétée par Stéphanie de Monaco) ne m'a pas laissé que de bons souvenirs.
Eh bien... j'avais tort. C'est d'abord une chronique familiale sensible, entre un père absorbé par un travail qu'il n'a pas vraiment choisi, un grand frère brut de décoffrage et une mère-courage qui fait ce qu'elle peut pour maintenir la famille à flots, malgré des revenus déclinants. Ce n'est pas misérabiliste, juste peut-être un peu trop pessimiste sur le métier d'agriculteur.
On sent que le gamin a besoin de changer d'atmosphère, ce que l'animation transcrit plutôt bien. Cet air frais, il le trouve auprès d'un vieil organiste (qui va le prendre sous son aile) et de Clara, une fille de prof qui se la joue rebelle. (Petite faiblesse d'écriture : ce personnage est un poil cliché.) Tous deux ouvrent les horizons du gamin, qui demeure néanmoins attaché à sa famille d'agriculteurs, à laquelle il aimerait tant apporter son aide. En même temps, devenu adolescent, il a tendance à faire passer ses désirs avant le reste. Le film nous fait comprendre cela avec subtilité.
La musique et le chant constituent une trame puissante dans l'intrigue. Le père est fan du "tube" de Stéphanie de Monaco, tandis que le héros découvre les beautés du classique... et le répertoire très varié de la chorale locale. (Restez bien à la fin pour entendre la réinterprétation d'un titre connu.)
Le recours à une animation aquarelliste permet l'insertion de scènes oniriques, voire fantastiques, en particulier quand les émotions de Christophe le submergent.
Tout cela, ajouté à une représentation réaliste du handicap (qui évolue au cours du temps), constitue une belle leçon de vie, que peuvent recevoir aussi bien les enfants que les adultes.
18:43 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
Le Corset
Dans les années 1980, on diagnostique un problème osseux à Christophe, l'un des fils d'un couple d'agriculteurs, dans la Beauce. Le gamin, préadolescent au début de l'histoire, doit alors passer la majorité du temps engoncé dans une sorte d'exosquelette, le fameux corset. Ce film d'animation (façon aquarelle) slalome entre relations familiales tendues, problèmes agricoles et éveil des sens.
J'y suis allé un peu à reculons, d'abord parce que j'avais peur de me retrouver face à un tsunami de "bons sentiments" (avec lesquels on fait rarement de bons films), ensuite parce que la chanson fétiche du film (Ouragan, interprétée par Stéphanie de Monaco) ne m'a pas laissé que de bons souvenirs.
Eh bien... j'avais tort. C'est d'abord une chronique familiale sensible, entre un père absorbé par un travail qu'il n'a pas vraiment choisi, un grand frère brut de décoffrage et une mère-courage qui fait ce qu'elle peut pour maintenir la famille à flots, malgré des revenus déclinants. Ce n'est pas misérabiliste, juste peut-être un peu trop pessimiste sur le métier d'agriculteur.
On sent que le gamin a besoin de changer d'atmosphère, ce que l'animation transcrit plutôt bien. Cet air frais, il le trouve auprès d'un vieil organiste (qui va le prendre sous son aile) et de Clara, une fille de prof qui se la joue rebelle. (Petite faiblesse d'écriture : ce personnage est un poil cliché.) Tous deux ouvrent les horizons du gamin, qui demeure néanmoins attaché à sa famille d'agriculteurs, à laquelle il aimerait tant apporter son aide. En même temps, devenu adolescent, il a tendance à faire passer ses désirs avant le reste. Le film nous fait comprendre cela avec subtilité.
La musique et le chant constituent une trame puissante dans l'intrigue. Le père est fan du "tube" de Stéphanie de Monaco, tandis que le héros découvre les beautés du classique... et le répertoire très varié de la chorale locale. (Restez bien à la fin pour entendre la réinterprétation d'un titre connu.)
Le recours à une animation aquarelliste permet l'insertion de scènes oniriques, voire fantastiques, en particulier quand les émotions de Christophe le submergent.
Tout cela, ajouté à une représentation réaliste du handicap (qui évolue au cours du temps), constitue une belle leçon de vie, que peuvent recevoir aussi bien les enfants que les adultes.
18:43 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
mardi, 20 octobre 2026
Street Fighter
Cette nouvelle adaptation du célèbre jeu vidéo est placée sous le signe de l'action et de la testostérone. En clair : on voit surtout des mecs très très musclés... et très très cons. Les scénaristes ont eu l'intelligence d'épicer la distribution avec quelques personnages féminins badass, la directrice de casting s'étant visiblement rincé l’œil en recrutant aussi bien les figurantes que les mecs musclés (abdos plaque de chocolat de rigueur)... Bref, il n'y a pas une once de subtilité dans cette meringue gavée d'effets numériques (avec un petit côté Sin City). Donc, soit on sort pour ne pas vomir, soit on laisse son cerveau au vestiaire.
Deux types de scènes nous sont proposés. Celles avec les acteurs réels sont tournées au présent de narration, celles animées évoquent le passé... et, une fois, le futur... mais, pour voir cela, il ne faut pas quitter la salle trop vite.
La compétition de sport de combat n'est qu'un prétexte, pour son organisateur (dans l'intrigue) comme pour le réalisateur. D'ailleurs (attention, divulgâchage), le vainqueur est un concurrent qui n'a affronté aucun adversaire ! C'est l'un des nombreux clins d’œil comiques qui émaillent cette histoire de burnes huilées, qui conviendra aussi bien à des mecs hétéros qu'à des homos, puisqu'il y a clairement une tension sexuelle entre certains personnages masculins.
Côté "mascu", il faut signaler la présence de deux invités de marque : le rappeur 50cent (en as de la boxe) et Jason Momoa, qui incarne Blanka, un monstre vert très attaché à ses odeurs corporelles... et à sa maman. (Dommage qu'il ne fasse que quelques apparitions.)
En revanche, je trouve que les deux "super-méchants" sont un peu ratés. Le premier est une figure éculée des séries d'animation (genre Ken le survivant). Le second est un psychopathe engoncé dans un uniforme, trop théâtral à mon goût... mais il est vrai que je ne constitue pas le public cible de ce genre de film. J'étais un peu le "papy" de la séance à laquelle j'ai assisté. (Les djeunses se sont toutefois bien comportés durant la projection, sans doute captivés comme moi par la plastique avantageuse des comédiennes...)
Je suis passé un peu à côté de l'éloge de l'amitié indéfectible entre mecs. C'est bourrin, mais j'ai trouvé ce que j'étais venu chercher : un truc pas prise de tête, pour décompresser après une journée de boulot. (Et la zique est plutôt sympa.)
21:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Street Fighter
Cette nouvelle adaptation du célèbre jeu vidéo est placée sous le signe de l'action et de la testostérone. En clair : on voit surtout des mecs très très musclés... et très très cons. Les scénaristes ont eu l'intelligence d'épicer la distribution avec quelques personnages féminins badass, la directrice de casting s'étant visiblement rincé l’œil en recrutant aussi bien les figurantes que les mecs musclés (abdos plaque de chocolat de rigueur)... Bref, il n'y a pas une once de subtilité dans cette meringue gavée d'effets numériques (avec un petit côté Sin City). Donc, soit on sort pour ne pas vomir, soit on laisse son cerveau au vestiaire.
Deux types de scènes nous sont proposés. Celles avec les acteurs réels sont tournées au présent de narration, celles animées évoquent le passé... et, une fois, le futur... mais, pour voir cela, il ne faut pas quitter la salle trop vite.
La compétition de sport de combat n'est qu'un prétexte, pour son organisateur (dans l'intrigue) comme pour le réalisateur. D'ailleurs (attention, divulgâchage), le vainqueur est un concurrent qui n'a affronté aucun adversaire ! C'est l'un des nombreux clins d’œil comiques qui émaillent cette histoire de burnes huilées, qui conviendra aussi bien à des mecs hétéros qu'à des homos, puisqu'il y a clairement une tension sexuelle entre certains personnages masculins.
Côté "mascu", il faut signaler la présence de deux invités de marque : le rappeur 50cent (en as de la boxe) et Jason Momoa, qui incarne Blanka, un monstre vert très attaché à ses odeurs corporelles... et à sa maman. (Dommage qu'il ne fasse que quelques apparitions.)
En revanche, je trouve que les deux "super-méchants" sont un peu ratés. Le premier est une figure éculée des séries d'animation (genre Ken le survivant). Le second est un psychopathe engoncé dans un uniforme, trop théâtral à mon goût... mais il est vrai que je ne constitue pas le public cible de ce genre de film. J'étais un peu le "papy" de la séance à laquelle j'ai assisté. (Les djeunses se sont toutefois bien comportés durant la projection, sans doute captivés comme moi par la plastique avantageuse des comédiennes...)
Je suis passé un peu à côté de l'éloge de l'amitié indéfectible entre mecs. C'est bourrin, mais j'ai trouvé ce que j'étais venu chercher : un truc pas prise de tête, pour décompresser après une journée de boulot. (Et la zique est plutôt sympa.)
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dimanche, 18 octobre 2026
La Maison de nos rêves
Claude Zidi Jr enchaîne les films (souvent avec Kev Adams), pour le meilleur (Maison de retraite 2) et pour le pire (Jour J). Ma crainte ici était que les bons moments nous aient été livrés dans la bande-annonce.
Cette crainte est (en partie) démentie par la première demi-heure, qui montre, dans un premier temps, le couple de jeunes héros se dépatouiller dans sa vie professionnelle et visiter une série de maisons. Leur agent immobilier étant incarné par Jonathan Lambert (drôle, mais qui en fait un peu trop), ils auraient dû se méfier. Ce début nous vaut quelques moments cocasses.
On attend évidemment le moment où ils vont se faire arnaquer par Nicolette, la (fausse) vieille dame en détresse. Je trouve que les deux jeunes acteurs (Kev Adams et Camille Aguilar) en font des tonnes, alors que Chantal Ladesou est paradoxalement plus sobre. Au fur et à mesure que l'intrigue progresse, les deux nigauds vont aller de déception en déception...
C'est finalement au second degré que l'histoire est la plus intéressante. En effet, les scénaristes ont mis en scène un conflit de générations. Les vingtenaires et trentenaires (principalement les deux héros) sont présentés comme tirant le diable par la queue (même si, au début, chacun a un emploi stable) et exploités par des sexagénaires ou septuagénaires fortunés (de la pharmacienne au patron du golf, en passant par l'héritière). On est en pleine caricature (Gen Z contre boomers), même si l'introduction d'un couple de nouveaux riches apporte un peu de nuance.
Un belle brochette d'invités donne de la consistance à certaines scènes outrancières. Michel Jonasz, Bernard Farcy et Daniel Prévost font le job et évitent le naufrage. Mais l'ensemble est trop prévisible et hyper-souligné.
J'ai quand même ri quatre-cinq fois. J'ai vu pire, mais aussi bien meilleur.
21:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
La Maison de nos rêves
Claude Zidi Jr enchaîne les films (souvent avec Kev Adams), pour le meilleur (Maison de retraite 2) et pour le pire (Jour J). Ma crainte ici était que les bons moments nous aient été livrés dans la bande-annonce.
Cette crainte est (en partie) démentie par la première demi-heure, qui montre, dans un premier temps, le couple de jeunes héros se dépatouiller dans sa vie professionnelle et visiter une série de maisons. Leur agent immobilier étant incarné par Jonathan Lambert (drôle, mais qui en fait un peu trop), ils auraient dû se méfier. Ce début nous vaut quelques moments cocasses.
On attend évidemment le moment où ils vont se faire arnaquer par Nicolette, la (fausse) vieille dame en détresse. Je trouve que les deux jeunes acteurs (Kev Adams et Camille Aguilar) en font des tonnes, alors que Chantal Ladesou est paradoxalement plus sobre. Au fur et à mesure que l'intrigue progresse, les deux nigauds vont aller de déception en déception...
C'est finalement au second degré que l'histoire est la plus intéressante. En effet, les scénaristes ont mis en scène un conflit de générations. Les vingtenaires et trentenaires (principalement les deux héros) sont présentés comme tirant le diable par la queue (même si, au début, chacun a un emploi stable) et exploités par des sexagénaires ou septuagénaires fortunés (de la pharmacienne au patron du golf, en passant par l'héritière). On est en pleine caricature (Gen Z contre boomers), même si l'introduction d'un couple de nouveaux riches apporte un peu de nuance.
Un belle brochette d'invités donne de la consistance à certaines scènes outrancières. Michel Jonasz, Bernard Farcy et Daniel Prévost font le job et évitent le naufrage. Mais l'ensemble est trop prévisible et hyper-souligné.
J'ai quand même ri quatre-cinq fois. J'ai vu pire, mais aussi bien meilleur.
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samedi, 17 octobre 2026
Englouti
Une fois n'est pas coutume, je trouve le titre français plus porteur que l'original anglo-saxon. Celui-ci fait allusion à une sorte d'échouage de baleine (ce que je me garderai d'expliciter, pour ne pas déflorer l'intrigue).
Il est donc bien question d'un homme et d'un cétacé, plus précisément un cachalot, le seul capable d'engloutir un humain... quitte à rapidement le recracher, comme c'est arrivé l'an dernier à un kayakiste chilien... et il y a cinq ans à un pêcheur états-unien. (En revanche, l'histoire de James Bartley, qui remonterait à 1891, est sans doute bidon.)
Sans surprise, quand il a été question de la sortie de ce film, nombre de critiques ont fait allusion à un épisode biblique, que l'on trouve dans le Livre de Jonas : le héros est avalé par "un gros poisson" et passe trois jours à l'intérieur... ce qui est impossible... mais c'est bien entendu métaphorique. (On y retrouve le chiffre trois, très présent dans l'Ancien comme le Nouveau Testament.)
Tout cela pour dire que je trouvais l'histoire a priori alléchante, avec, au générique, le jeune Austin Abrams (à l'affiche du récent Resident Evil) et Josh Brolin, qui incarne son père, gravement malade.
J'ai été "douché" par le début, mal joué, parfois languissant. On se fout un peu de la relation père-fils (limite toxique) et on attend que cela se mette à bouger.
On est heureusement servi ensuite, avec la séquence de plongée, bien filmée. Le jeune héros Jay explore d'abord l'espace côtier, puis le fond océanique proche, avant de s'approcher des abysses. De ce trou de balle marin, sombre et velu, peut surgir à peu près tout et n'importe quoi... dont un énorme cachalot, qui avale donc Jay. Sur grand écran, en immersion, avec un bon travail sur le son, c'est assez impressionnant...
... d'autant que le jeune homme ne se retrouve pas tout seul dans l'estomac du cétacé. Il lui faut donc affronter de multiples périls, entre les mouvements d'estomac, le manque progressif d'oxygène, diverses bestioles... et les sucs gastriques, dont j'attendais avec impatience l'arrivée. C'est effrayant... et parfois (involontairement ?) comique, puisqu'à plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que Jay rampait entre d'énormes hémorroïdes...
Je m'attendais donc à ce que la suite se résume à un survival, avec montée en tension, rebondissements... eh ben non... à part la séquence avec les orques. L'intrigue prend un tour essentiellement psychologique, autour de la relation père-fils. Alors qu'il est à demi mourant, Jay se rappelle les bons et les mauvais moments passés avec son casse-couilles de père, qui avait pourtant de si belles leçons de vie à lui transmettre. S'ajoute à cela une ambiance panthéiste new age (autour de la baleine)... et même un aspect psychanalytique, puisque pour devenir (enfin) un véritable adulte, Jay va devoir "tuer le père".
Au final, même si les séquences d'action sont spectaculaires (et la représentation de l'enfermement réussie), je trouve que le film ne tient pas tout à fait ses promesses.
14:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Englouti
Une fois n'est pas coutume, je trouve le titre français plus porteur que l'original anglo-saxon. Celui-ci fait allusion à une sorte d'échouage de baleine (ce que je me garderai d'expliciter, pour ne pas déflorer l'intrigue).
Il est donc bien question d'un homme et d'un cétacé, plus précisément un cachalot, le seul capable d'engloutir un humain... quitte à rapidement le recracher, comme c'est arrivé l'an dernier à un kayakiste chilien... et il y a cinq ans à un pêcheur états-unien. (En revanche, l'histoire de James Bartley, qui remonterait à 1891, est sans doute bidon.)
Sans surprise, quand il a été question de la sortie de ce film, nombre de critiques ont fait allusion à un épisode biblique, que l'on trouve dans le Livre de Jonas : le héros est avalé par "un gros poisson" et passe trois jours à l'intérieur... ce qui est impossible... mais c'est bien entendu métaphorique. (On y retrouve le chiffre trois, très présent dans l'Ancien comme le Nouveau Testament.)
Tout cela pour dire que je trouvais l'histoire a priori alléchante, avec, au générique, le jeune Austin Abrams (à l'affiche du récent Resident Evil) et Josh Brolin, qui incarne son père, gravement malade.
J'ai été "douché" par le début, mal joué, parfois languissant. On se fout un peu de la relation père-fils (limite toxique) et on attend que cela se mette à bouger.
On est heureusement servi ensuite, avec la séquence de plongée, bien filmée. Le jeune héros Jay explore d'abord l'espace côtier, puis le fond océanique proche, avant de s'approcher des abysses. De ce trou de balle marin, sombre et velu, peut surgir à peu près tout et n'importe quoi... dont un énorme cachalot, qui avale donc Jay. Sur grand écran, en immersion, avec un bon travail sur le son, c'est assez impressionnant...
... d'autant que le jeune homme ne se retrouve pas tout seul dans l'estomac du cétacé. Il lui faut donc affronter de multiples périls, entre les mouvements d'estomac, le manque progressif d'oxygène, diverses bestioles... et les sucs gastriques, dont j'attendais avec impatience l'arrivée. C'est effrayant... et parfois (involontairement ?) comique, puisqu'à plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que Jay rampait entre d'énormes hémorroïdes...
Je m'attendais donc à ce que la suite se résume à un survival, avec montée en tension, rebondissements... eh ben non... à part la séquence avec les orques. L'intrigue prend un tour essentiellement psychologique, autour de la relation père-fils. Alors qu'il est à demi mourant, Jay se rappelle les bons et les mauvais moments passés avec son casse-couilles de père, qui avait pourtant de si belles leçons de vie à lui transmettre. S'ajoute à cela une ambiance panthéiste new age (autour de la baleine)... et même un aspect psychanalytique, puisque pour devenir (enfin) un véritable adulte, Jay va devoir "tuer le père".
Au final, même si les séquences d'action sont spectaculaires (et la représentation de l'enfermement réussie), je trouve que le film ne tient pas tout à fait ses promesses.
14:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
jeudi, 15 octobre 2026
Naza
Deux soirs de suite, lundi et mardi derniers, ce documentaire israélien (une coproduction anglo-saxonne, en réalité) a fait salle comble au cinéma CGR de Rodez. En 1h15 environ, il tente de faire le point sur la réponse disproportionnée de l'armée israélienne au pogrom du 7 octobre 2023.
La majorité des images sont contemporaines (des années 2020). Sont adjoints quelques extraits plus anciens, datant des années 1970-1980. On y voit notamment des agents du renseignement en formation... ou encore le futur Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, beaucoup plus jeune qu'aujourd'hui, dénonçant le terrorisme palestinien, en lui donnant une définition que les réalisateurs du documentaire font plutôt concorder avec l'action de l'armée israélienne...
C'est habile de leur part... et cela indique le parti-pris de ce film. Si, la majorité du temps, il prend la forme d'un exposé pondéré, fondé sur des entretiens avec des militaires israéliens, de temps en temps pointe une orientation plus polémique, dont je reparlerai plus loin.
Une vingtaine de militaires israéliens témoigne. Ils sont filmés le soir, sur le toit d'un immeuble de Tel Aviv. Leur visage comme leur voix ont été modifiés à l'aide d'une intelligence artificielle. C'est le premier problème. Si l'on peut comprendre la volonté de protéger des sources, cette anonymisation quasi totale pose un problème de fiabilité : comment vérifier la crédibilité des affirmations (parfois gravissimes) ? De surcroît, la méthode d'anonymisation rend difficile l'individualisation des témoignages. Il me semble que certains militaires ne sont montrés qu'une fois, d'autres deux, d'autres davantage...
Le face-à-face avec l'un des auteurs alterne avec des vues de la métropole israélienne, qui ressemble tellement à une ville occidentale. Son apparente opulence contraste avec les zones de destruction de Gaza. Le choix d'une ambiance nocturne est peut-être aussi dû à la volonté de dénoncer ce qui, jusqu'à présent, était tenu secret.
On apprend donc plus ou moins de choses au cours de ces entretiens. Tout d'abord, je signale que la majorité des témoins ne sont pas des combattants, plutôt des analystes, des techniciens ou des agents de renseignement. De leur part, on rencontre une assez grande diversité d'attitudes : certains se disent dégoûtés de ce à quoi ils ont participé, d'autres sont dans le déni ou tentent de minimiser leur rôle, tandis qu'une minorité assume sans le moindre regret.
Ces entretiens permettent de constater, une fois de plus, quel degré de perfectionnement technique (et organisationnel) l'armée israélienne a atteint. Ainsi, l'entièreté du territoire gazaoui avait été cartographié, au mètre près. Les agents disposaient d'un modèle numérique du territoire, avec l'emplacement et la taille des bâtiments, y compris le nombre d'étages, la forme des appartements et l'identité des occupants. (Quelques croquis illustrent les propos, parfois pas tout à fait clairs.) Sans surprise, c'est l'exploitation des informations piratées sur les smartphones qui a rendu un grand service aux Israéliens... mais davantage les téléphones des proches (conjoints, enfants) que celui des militants du Hamas, qui, en général, se montraient prudents. Cela a conduit à des "bavures", comme lorsqu'est déclenché un bombardement qui n'a finalement provoqué que des victimes non-combattantes, le membre du Hamas ayant quitté son logement en y "oubliant" son téléphone.
Le terme Naza désigne ces victimes collatérales, qui, dès le début des opérations militaires, ont été intégrées à la modélisation s'appuyant sur des intelligences artificielles. Les programmes prenaient en compte des "taux de pertes" variables : de 1 à des centaines de civils tués pour éradiquer la menace d'un seul terroriste... D'après l'un des témoignages (source unique de cette information), le commandement aurait envisagé l'élimination des 40 000 membres du Hamas, avec un taux de "dommages collatéraux" pouvant atteindre 1 pour 20... ce qui aurait pu conduire au massacre d'un tiers de la population gazaouie (800 000 sur 2 à 2,5 millions). Finalement, la mort d'environ 72 000 Palestiniens (chiffres du ministère de la santé de Gaza... c'est-à-dire du Hamas) apparaît comme une réponse moins radicale que ce qu'elle aurait pu être.
C'est pourquoi l'utilisation du terme "génocide" par les auteurs du documentaire m'apparaît infondée. Attention toutefois : il apparaît clairement que l'armée israélienne a commis de multiples crimes de guerre, mais, à mes yeux, il n'y a pas de volonté délibérée d'exterminer la population palestinienne (quelles que soient les déclarations -souvent montées en épingle en France- de politiciens israéliens fascisants). J'ai aussi peu goûté le rapprochement effectué avec Shoah, de Claude Lanzmann : les millions d'Européens juifs exterminés par les nazis et leurs collaborateurs n'avaient lancé une attaque meurtrière contre l'Allemagne... Qui plus est, ce massacre-ci se place à une tout autre échelle.
Peut-être les auteurs ont-ils eu l'intuition que leur argumentation ne toucherait pas le grand public, ne convainquant que les convaincus. Du coup, à la toute fin, ils renoncent au dispositif initial (très sobre) pour nous livrer des images chocs, sollicitant plus l'émotion que la raison.
17:17 Publié dans Cinéma, Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Naza
Deux soirs de suite, lundi et mardi derniers, ce documentaire israélien (une coproduction anglo-saxonne, en réalité) a fait salle comble au cinéma CGR de Rodez. En 1h15 environ, il tente de faire le point sur la réponse disproportionnée de l'armée israélienne au pogrom du 7 octobre 2023.
La majorité des images sont contemporaines (des années 2020). Sont adjoints quelques extraits plus anciens, datant des années 1970-1980. On y voit notamment des agents du renseignement en formation... ou encore le futur Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, beaucoup plus jeune qu'aujourd'hui, dénonçant le terrorisme palestinien, en lui donnant une définition que les réalisateurs du documentaire font plutôt concorder avec l'action de l'armée israélienne...
C'est habile de leur part... et cela indique le parti-pris de ce film. Si, la majorité du temps, il prend la forme d'un exposé pondéré, fondé sur des entretiens avec des militaires israéliens, de temps en temps pointe une orientation plus polémique, dont je reparlerai plus loin.
Une vingtaine de militaires israéliens témoigne. Ils sont filmés le soir, sur le toit d'un immeuble de Tel Aviv. Leur visage comme leur voix ont été modifiés à l'aide d'une intelligence artificielle. C'est le premier problème. Si l'on peut comprendre la volonté de protéger des sources, cette anonymisation quasi totale pose un problème de fiabilité : comment vérifier la crédibilité des affirmations (parfois gravissimes) ? De surcroît, la méthode d'anonymisation rend difficile l'individualisation des témoignages. Il me semble que certains militaires ne sont montrés qu'une fois, d'autres deux, d'autres davantage...
Le face-à-face avec l'un des auteurs alterne avec des vues de la métropole israélienne, qui ressemble tellement à une ville occidentale. Son apparente opulence contraste avec les zones de destruction de Gaza. Le choix d'une ambiance nocturne est peut-être aussi dû à la volonté de dénoncer ce qui, jusqu'à présent, était tenu secret.
On apprend donc plus ou moins de choses au cours de ces entretiens. Tout d'abord, je signale que la majorité des témoins ne sont pas des combattants, plutôt des analystes, des techniciens ou des agents de renseignement. De leur part, on rencontre une assez grande diversité d'attitudes : certains se disent dégoûtés de ce à quoi ils ont participé, d'autres sont dans le déni ou tentent de minimiser leur rôle, tandis qu'une minorité assume sans le moindre regret.
Ces entretiens permettent de constater, une fois de plus, quel degré de perfectionnement technique (et organisationnel) l'armée israélienne a atteint. Ainsi, l'entièreté du territoire gazaoui avait été cartographié, au mètre près. Les agents disposaient d'un modèle numérique du territoire, avec l'emplacement et la taille des bâtiments, y compris le nombre d'étages, la forme des appartements et l'identité des occupants. (Quelques croquis illustrent les propos, parfois pas tout à fait clairs.) Sans surprise, c'est l'exploitation des informations piratées sur les smartphones qui a rendu un grand service aux Israéliens... mais davantage les téléphones des proches (conjoints, enfants) que celui des militants du Hamas, qui, en général, se montraient prudents. Cela a conduit à des "bavures", comme lorsqu'est déclenché un bombardement qui n'a finalement provoqué que des victimes non-combattantes, le membre du Hamas ayant quitté son logement en y "oubliant" son téléphone.
Le terme Naza désigne ces victimes collatérales, qui, dès le début des opérations militaires, ont été intégrées à la modélisation s'appuyant sur des intelligences artificielles. Les programmes prenaient en compte des "taux de pertes" variables : de 1 à des centaines de civils tués pour éradiquer la menace d'un seul terroriste... D'après l'un des témoignages (source unique de cette information), le commandement aurait envisagé l'élimination des 40 000 membres du Hamas, avec un taux de "dommages collatéraux" pouvant atteindre 1 pour 20... ce qui aurait pu conduire au massacre d'un tiers de la population gazaouie (800 000 sur 2 à 2,5 millions). Finalement, la mort d'environ 72 000 Palestiniens (chiffres du ministère de la santé de Gaza... c'est-à-dire du Hamas) apparaît comme une réponse moins radicale que ce qu'elle aurait pu être.
C'est pourquoi l'utilisation du terme "génocide" par les auteurs du documentaire m'apparaît infondée. Attention toutefois : il apparaît clairement que l'armée israélienne a commis de multiples crimes de guerre, mais, à mes yeux, il n'y a pas de volonté délibérée d'exterminer la population palestinienne (quelles que soient les déclarations -souvent montées en épingle en France- de politiciens israéliens fascisants). J'ai aussi peu goûté le rapprochement effectué avec Shoah, de Claude Lanzmann : les millions d'Européens juifs exterminés par les nazis et leurs collaborateurs n'avaient lancé une attaque meurtrière contre l'Allemagne... Qui plus est, ce massacre-ci se place à une tout autre échelle.
Peut-être les auteurs ont-ils eu l'intuition que leur argumentation ne toucherait pas le grand public, ne convainquant que les convaincus. Du coup, à la toute fin, ils renoncent au dispositif initial (très sobre) pour nous livrer des images chocs, sollicitant plus l'émotion que la raison.
17:17 Publié dans Cinéma, Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 11 octobre 2026
Digger
Cela faisait plus de dix ans (depuis The Revenant) que je n'avais pas vu un film d'Alejandro Gonzalez Iñarritu en salles. Après Leonardo DiCaprio, c'est au tour d'un Tom Cruise méconnaissable de se livrer à la caméra du réalisateur mexicain.
Dans la première partie, on découvre ce Digger, entrepreneur pétrolier richissime, ami des puissants, impitoyable avec ses employés, fuyant avec sa demi-sœur (Sandra Hüller, très bien). Il a une gouaille formidable, est souvent ordurier... sauf avec sa chatte, son sac à puces adoré, âgé de près de... quarante ans et qu'il tente de maintenir en vie par tous les moyens. Tom Cruise sort de sa zone de confort pour nous livrer un sacré numéro. La farce politique est bien servie par les acteurs secondaires, au premier rang desquels je place John Goodman, qui incarne un président états-unien pathétique, mélange de Ronald Reagan et de Donald Trump.
Pendant 40-45 minutes, on se régale avec cette intrigue apocalyptique, qui voit l'humanité menacée par les conséquences des forages pétroliers d'une entreprise de Digger, au Groenland. Et puis soudain, au bout de trois quarts d'heure...
SURPRISE !
Celle-là, je ne l'avais pas vue venir. Voilà pourquoi je vais rester très allusif, pour permettre à celles et ceux qui ne savent pas ce qui les attend de profiter du retournement. (Je conseille donc d'aller voir ce film en en sachant le moins possible.)
Que dire qui ne déflore pas trop l'intrigue ? Eh bien qu'Iñarritu croise ses questionnements personnels avec les inquiétudes de son époque. Par certains aspects, cela n'est pas sans rappeler Birdman.
Le retournement qui survient à la fin de cette première partie donne une profondeur supplémentaire à l'intrigue, profondeur qui va s'accroître au fur et à mesure que l'histoire se déroule, les deux arcs narratifs se croisant à nouveau. Un personnage, absent de la séquence initiale et ne jouant apparemment qu'un rôle de figurant au début de la deuxième partie, va se révéler plus important que prévu.
Moi, j'ai adoré. C'est brillant, souvent outrancier, en prise avec notre époque. Cela change de l'eau tiède que l'on nous sert trop souvent. Mon (futur) palmarès 2026 vient de s'enrichir d'une nouvelle pépite.
09:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Digger
Cela faisait plus de dix ans (depuis The Revenant) que je n'avais pas vu un film d'Alejandro Gonzalez Iñarritu en salles. Après Leonardo DiCaprio, c'est au tour d'un Tom Cruise méconnaissable de se livrer à la caméra du réalisateur mexicain.
Dans la première partie, on découvre ce Digger, entrepreneur pétrolier richissime, ami des puissants, impitoyable avec ses employés, fuyant avec sa demi-sœur (Sandra Hüller, très bien). Il a une gouaille formidable, est souvent ordurier... sauf avec sa chatte, son sac à puces adoré, âgé de près de... quarante ans et qu'il tente de maintenir en vie par tous les moyens. Tom Cruise sort de sa zone de confort pour nous livrer un sacré numéro. La farce politique est bien servie par les acteurs secondaires, au premier rang desquels je place John Goodman, qui incarne un président états-unien pathétique, mélange de Ronald Reagan et de Donald Trump.
Pendant 40-45 minutes, on se régale avec cette intrigue apocalyptique, qui voit l'humanité menacée par les conséquences des forages pétroliers d'une entreprise de Digger, au Groenland. Et puis soudain, au bout de trois quarts d'heure...
SURPRISE !
Celle-là, je ne l'avais pas vue venir. Voilà pourquoi je vais rester très allusif, pour permettre à celles et ceux qui ne savent pas ce qui les attend de profiter du retournement. (Je conseille donc d'aller voir ce film en en sachant le moins possible.)
Que dire qui ne déflore pas trop l'intrigue ? Eh bien qu'Iñarritu croise ses questionnements personnels avec les inquiétudes de son époque. Par certains aspects, cela n'est pas sans rappeler Birdman.
Le retournement qui survient à la fin de cette première partie donne une profondeur supplémentaire à l'intrigue, profondeur qui va s'accroître au fur et à mesure que l'histoire se déroule, les deux arcs narratifs se croisant à nouveau. Un personnage, absent de la séquence initiale et ne jouant apparemment qu'un rôle de figurant au début de la deuxième partie, va se révéler plus important que prévu.
Moi, j'ai adoré. C'est brillant, souvent outrancier, en prise avec notre époque. Cela change de l'eau tiède que l'on nous sert trop souvent. Mon (futur) palmarès 2026 vient de s'enrichir d'une nouvelle pépite.
09:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 10 octobre 2026
Prime Time
Cette fiction américaine s'inspire de l'émission de télé-réalité To Catch a Predator, qui date d'une vingtaine d'années. Au centre de l'intrigue se trouve Chris Hansen, l'animateur-vedette qui a des ambitions de journaliste. Il se sert de ce programme racoleur pour accroître sa popularité : à défaut de sauver des victimes de guerre, il protège des mineurs de violeurs potentiels.
Dans le rôle, j'ai trouvé Robert Pattinson excellent, ambigu à souhait. On comprend très vite que son statut de justicier médiatique est une posture. C'est un arriviste, que certes révulse l'abus des mineurs... mais ce père-la-morale n'est lui-même pas tout blanc, comme on va finir par le découvrir.
Un autre intérêt de ce film est la composition de deux acteurs méconnus. Merritt Wever incarne Andie Bender, le bras droit de Chris, une femme dynamique, méthodique, sans guère de scrupules non plus, qui est la véritable cheville ouvrière du show, Hansen ayant pour fonction d'attirer la lumière.
Skyler Gisondo est une révélation. Il incarne Dan Plumb, un jeune homme aux traits juvéniles qui, en alternance avec une collaboratrice de Hansen, joue le rôle d'appât. Ce personnage est plus riche qu'il n'en a l'air. C'est d'abord un comédien au chômage, qui rêve de percer et candidate pour le show en espérant lancer sa carrière. Mais, très vite, il se pose des questions sur ce qu'on lui fait jouer... mais, quand l'occasion se présente, il est capable de prendre des initiatives. (Très bonne séquence qui le voit jouer le premier rôle, quand l'animateur vedette a un coup de mou.)
Sur le fond, c'est assez glauque... et la photographie, souvent sombre et granuleuse, accompagne bien cette ambiance. Le scénario semble construit autour de l'idée que les promoteurs de cette télé-poubelle ne valent pas beaucoup mieux que les pauvres types qui traquent les préadolescents sur internet. Sur ce point, je ne suivrais pas le film, que je trouve trop gentil (ou pas assez virulent) avec ces prédateurs.
L'histoire n'en est pas moins prenante, sans être menée sur un rythme trépidant.
10:45 Publié dans Cinéma, Société, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, télévision, télé
Prime Time
Cette fiction américaine s'inspire de l'émission de télé-réalité To Catch a Predator, qui date d'une vingtaine d'années. Au centre de l'intrigue se trouve Chris Hansen, l'animateur-vedette qui a des ambitions de journaliste. Il se sert de ce programme racoleur pour accroître sa popularité : à défaut de sauver des victimes de guerre, il protège des mineurs de violeurs potentiels.
Dans le rôle, j'ai trouvé Robert Pattinson excellent, ambigu à souhait. On comprend très vite que son statut de justicier médiatique est une posture. C'est un arriviste, que certes révulse l'abus des mineurs... mais ce père-la-morale n'est lui-même pas tout blanc, comme on va finir par le découvrir.
Un autre intérêt de ce film est la composition de deux acteurs méconnus. Merritt Wever incarne Andie Bender, le bras droit de Chris, une femme dynamique, méthodique, sans guère de scrupules non plus, qui est la véritable cheville ouvrière du show, Hansen ayant pour fonction d'attirer la lumière.
Skyler Gisondo est une révélation. Il incarne Dan Plumb, un jeune homme aux traits juvéniles qui, en alternance avec une collaboratrice de Hansen, joue le rôle d'appât. Ce personnage est plus riche qu'il n'en a l'air. C'est d'abord un comédien au chômage, qui rêve de percer et candidate pour le show en espérant lancer sa carrière. Mais, très vite, il se pose des questions sur ce qu'on lui fait jouer... mais, quand l'occasion se présente, il est capable de prendre des initiatives. (Très bonne séquence qui le voit jouer le premier rôle, quand l'animateur vedette a un coup de mou.)
Sur le fond, c'est assez glauque... et la photographie, souvent sombre et granuleuse, accompagne bien cette ambiance. Le scénario semble construit autour de l'idée que les promoteurs de cette télé-poubelle ne valent pas beaucoup mieux que les pauvres types qui traquent les préadolescents sur internet. Sur ce point, je ne suivrais pas le film, que je trouve trop gentil (ou pas assez virulent) avec ces prédateurs.
L'histoire n'en est pas moins prenante, sans être menée sur un rythme trépidant.
10:45 Publié dans Cinéma, Société, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, télévision, télé
vendredi, 09 octobre 2026
The Social Reckoning
Le titre de ce long-métrage fait évidemment penser à celui de David Fincher (The Social Network). Une quinzaine d'années plus tard, Facebook est devenue une entreprise tentaculaire, dont l'image cool et bienveillante se fissure.
Nous sommes en présence d'un de ces films-dossiers à l'américaine, comme Révélations (à propos de l'industrie du tabac), Citizenfour (centré sur Edward Snowden), Pentagon Papers ou encore Dark Waters (sur le Téflon).
Deux individus qu'au départ beaucoup de choses séparent vont unir leurs forces pour dénoncer les manipulations auxquelles se livre l'entreprise de Mark Zuckerberg. Frances est une ingénieure informaticienne, plutôt solitaire, un peu geek. Au départ, elle croit fermement en sa mission, au sein de la cellule de veille civique de Facebook. Jeff est un journaliste qui a déjà de la bouteille... mais à l'ancienne, plutôt technophobe. Il est amené à s'intéresser à l'entreprise pour des raisons politiques.
Comme ce journaliste ne connaît pas grand chose au fonctionnement des réseaux sociaux, le film se révèle pédagogique pour les spectateurs non spécialistes. Grâce à ce qui est montré à l'écran et à ce que l'héroïne révèle progressivement à son correspondant secret, on comprend comment fonctionne la machinerie informatique.
L'aridité de certaines démonstrations est contrebalancée par des décors soignés (avec une bonne utilisation visuelle des bécanes) et un humour aussi vachard que salutaire, distillé à intervalle régulier par différents personnages. Ainsi, Frances a parfois la dent dure pour le journaliste, qu'elle juge lent à la comprenette. (Dans le même temps, progressivement, une complicité naît entre eux.) D'autres scènes sont piquantes, notamment au sein de la rédaction du Wall Street Journal, la patronne ne ménageant pas son personnel. Enfin, on peut aussi profiter des séances de media training suivies par Zuckerberg, entouré de conseillers. Jeremy Strong incarne (très bien) un monstre froid, calculateur... et adepte d'un humour pince-sans-rire. Le tout est à savourer de préférence en version originale sous-titrée.
Je dois ajouter que le charme des deux interprètes principaux contribue à l'intérêt du film. Jeremy Allen White campe un enquêteur scrupuleux et beau gosse. Concernant Mikey Madison (Frances), il est impossible d'ignorer son charme fou, auquel Jeff pourrait bien succomber...
L'histoire est encadrée par deux moments particulièrement forts. L'introduction met en scène une automobiliste états-unienne blanche, en panne, rejointe par une patrouille de police. La manière dont la scène dérape révèle une grande maîtrise, des acteurs, des dialoguistes comme du réalisateur... (On en comprend mieux le sens, plus tard.) A l'autre bout du film, on suit la tentative de putsch des trumpistes, en 2021, à partir de la War Room de Facebook. C'est un peu appuyé, mais très prenant.
Sans que ce soit un chef-d’œuvre, je dois dire que j'ai du mal à trouver des défauts à ce film, que je considère comme un beau travail d'éducation civique.
P.S.
J'attends avec impatience que nous soient proposées des œuvres du même genre sur X ou encore TikTok, la nouvelle entreprise de décervelage des jeunes.
23:09 Publié dans Cinéma, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, médias, presse, journalisme
The Social Reckoning
Le titre de ce long-métrage fait évidemment penser à celui de David Fincher (The Social Network). Une quinzaine d'années plus tard, Facebook est devenue une entreprise tentaculaire, dont l'image cool et bienveillante se fissure.
Nous sommes en présence d'un de ces films-dossiers à l'américaine, comme Révélations (à propos de l'industrie du tabac), Citizenfour (centré sur Edward Snowden), Pentagon Papers ou encore Dark Waters (sur le Téflon).
Deux individus qu'au départ beaucoup de choses séparent vont unir leurs forces pour dénoncer les manipulations auxquelles se livre l'entreprise de Mark Zuckerberg. Frances est une ingénieure informaticienne, plutôt solitaire, un peu geek. Au départ, elle croit fermement en sa mission, au sein de la cellule de veille civique de Facebook. Jeff est un journaliste qui a déjà de la bouteille... mais à l'ancienne, plutôt technophobe. Il est amené à s'intéresser à l'entreprise pour des raisons politiques.
Comme ce journaliste ne connaît pas grand chose au fonctionnement des réseaux sociaux, le film se révèle pédagogique pour les spectateurs non spécialistes. Grâce à ce qui est montré à l'écran et à ce que l'héroïne révèle progressivement à son correspondant secret, on comprend comment fonctionne la machinerie informatique.
L'aridité de certaines démonstrations est contrebalancée par des décors soignés (avec une bonne utilisation visuelle des bécanes) et un humour aussi vachard que salutaire, distillé à intervalle régulier par différents personnages. Ainsi, Frances a parfois la dent dure pour le journaliste, qu'elle juge lent à la comprenette. (Dans le même temps, progressivement, une complicité naît entre eux.) D'autres scènes sont piquantes, notamment au sein de la rédaction du Wall Street Journal, la patronne ne ménageant pas son personnel. Enfin, on peut aussi profiter des séances de media training suivies par Zuckerberg, entouré de conseillers. Jeremy Strong incarne (très bien) un monstre froid, calculateur... et adepte d'un humour pince-sans-rire. Le tout est à savourer de préférence en version originale sous-titrée.
Je dois ajouter que le charme des deux interprètes principaux contribue à l'intérêt du film. Jeremy Allen White campe un enquêteur scrupuleux et beau gosse. Concernant Mikey Madison (Frances), il est impossible d'ignorer son charme fou, auquel Jeff pourrait bien succomber...
L'histoire est encadrée par deux moments particulièrement forts. L'introduction met en scène une automobiliste états-unienne blanche, en panne, rejointe par une patrouille de police. La manière dont la scène dérape révèle une grande maîtrise, des acteurs, des dialoguistes comme du réalisateur... (On en comprend mieux le sens, plus tard.) A l'autre bout du film, on suit la tentative de putsch des trumpistes, en 2021, à partir de la War Room de Facebook. C'est un peu appuyé, mais très prenant.
Sans que ce soit un chef-d’œuvre, je dois dire que j'ai du mal à trouver des défauts à ce film, que je considère comme un beau travail d'éducation civique.
P.S.
J'attends avec impatience que nous soient proposées des œuvres du même genre sur X ou encore TikTok, la nouvelle entreprise de décervelage des jeunes.
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Justin le Juste
1915. Justin est un métayer analphabète, exploité par son propriétaire et incapable de se révolter. Ce n'est que lorsque des gendarmes viennent le chercher pour qu'il contribue à la défense de la patrie envahie qu'il renâcle. A partir de ce moment, il est emporté dans un flot d'aventures souvent abracadabrantesques... et c'est tout à fait normal, puisque ce film est une fable.
Elle nous est racontée à la façon de retours en arrière, lors d'un entretien entre une journaliste du tout jeune Canard enchaîné (Alexandra Lamy, qui semble à peine sortie du tournage de Louise Violet) et un Justin barricadé dans une mairie. Dans le rôle, Alban Ivanov est assez convaincant.
Je pense que ce montage inversé, pour classique qu'il soit, était nécessaire pour ne pas désarçonner une partie du public. En effet, au départ, Justin n'a rien du héros traditionnel. Au combat, il passe sans problème du côté allemand et il aide même un "Boche" à zigouiller une bande de tirailleurs sénégalais. Je rassure mes lecteurs progressistes : il va progressivement acquérir une conscience civique et même se faire un ami du seul tirailleur rescapé (qui parle français comme un Parisien du XXIe siècle).
Dresser la liste des incohérences et des invraisemblances serait fastidieux, d'autant que c'est assumé par le réalisateur Eric Barbier (que j'ai connu plus inspiré avec La Promesse de l'aube).
Petit à petit, Justin le non-patriote, l'autocentré, fait preuve de réelles qualités humaines, notamment le courage et la solidarité. Son parcours nous mène au cœur du propos du film (et du livre qui l'a inspiré), qui concerne les soldats mutinés et les fusillés pour l'exemple. Aux poilus d'origine paysanne et ouvrière du roman, Barbier a ajouté la journaliste féministe et le soldat colonial (incarné, bien entendu, par un acteur afrodescendant). Et voilà comment un film se déroulant pendant la Première Guerre mondiale prend le tour d'un tract intersectionnel.
C'est anti-militariste, anti-clérical et anti-bourgeois. C'est parfois drôle, mais c'est souvent très convenu, très prévisible, "dans l'air du temps".
18:53 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
Justin le Juste
1915. Justin est un métayer analphabète, exploité par son propriétaire et incapable de se révolter. Ce n'est que lorsque des gendarmes viennent le chercher pour qu'il contribue à la défense de la patrie envahie qu'il renâcle. A partir de ce moment, il est emporté dans un flot d'aventures souvent abracadabrantesques... et c'est tout à fait normal, puisque ce film est une fable.
Elle nous est racontée à la façon de retours en arrière, lors d'un entretien entre une journaliste du tout jeune Canard enchaîné (Alexandra Lamy, qui semble à peine sortie du tournage de Louise Violet) et un Justin barricadé dans une mairie. Dans le rôle, Alban Ivanov est assez convaincant.
Je pense que ce montage inversé, pour classique qu'il soit, était nécessaire pour ne pas désarçonner une partie du public. En effet, au départ, Justin n'a rien du héros traditionnel. Au combat, il passe sans problème du côté allemand et il aide même un "Boche" à zigouiller une bande de tirailleurs sénégalais. Je rassure mes lecteurs progressistes : il va progressivement acquérir une conscience civique et même se faire un ami du seul tirailleur rescapé (qui parle français comme un Parisien du XXIe siècle).
Dresser la liste des incohérences et des invraisemblances serait fastidieux, d'autant que c'est assumé par le réalisateur Eric Barbier (que j'ai connu plus inspiré avec La Promesse de l'aube).
Petit à petit, Justin le non-patriote, l'autocentré, fait preuve de réelles qualités humaines, notamment le courage et la solidarité. Son parcours nous mène au cœur du propos du film (et du livre qui l'a inspiré), qui concerne les soldats mutinés et les fusillés pour l'exemple. Aux poilus d'origine paysanne et ouvrière du roman, Barbier a ajouté la journaliste féministe et le soldat colonial (incarné, bien entendu, par un acteur afrodescendant). Et voilà comment un film se déroulant pendant la Première Guerre mondiale prend le tour d'un tract intersectionnel.
C'est anti-militariste, anti-clérical et anti-bourgeois. C'est parfois drôle, mais c'est souvent très convenu, très prévisible, "dans l'air du temps".
18:53 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
jeudi, 08 octobre 2026
Notre Salut
Croisant la petite histoire (celle de l'un de ses arrière-grands-pères) avec la grande (celle de l'Occupation et de la Collaboration), Emmanuel Marre a créé un film hybride, à cheval entre la fiction et le documentaire, qui parle a priori surtout du passé de notre pays... mais qui est aussi une œuvre militante, tentant de peser sur le débat politique actuel.
Swann Arlaud (très bon) incarne le fameux arrière-grand-père, un type un peu falot, terne, un ingénieur qui a dilapidé l'héritage de son épouse dans des aventures économiques sans lendemain. Ce raté, qui se pique de gestion des ressources humaines, voit dans l'avènement de l’État français l'occasion de prendre sa revanche... et de mettre en pratique ses idées.
Sur le papier, c'est très séduisant, mais, à l'écran, ce n'est pas toujours réussi. Ainsi, je n'ai pas du tout aimé le croisement d'images d'apparence télévisuelle avec une musique des années 1980-1990 en fond, à trois reprises. C'est pour moi globalement raté, aussi bien dans la séquence du début (une soirée bourgeoise, très gênante, j'y reviendrai) que dans la chorégraphie chez le préfet, qui, dans la salle où je me trouvais, a suscité un remarquable moment de "gênance".
Mais cela ne représente qu'une dizaine de minutes dans un film de 2h40, où ne figure aucune autre musique additionnelle. C'est un assez joli tour de force, que de concentrer l'attention des spectateurs sur le jeu des acteurs, qui, tantôt, improvisent, tantôt, exploitent la mécanique de dialogues savamment écrits. J'ai aussi aimé l'alliance entre des images montrant le "héros" évoluant dans le marécage vichyssois et la lecture, en fond sonore, des lettres que s'écrivent les époux. (Sandrine Blancke est elle aussi très bien en Paulette Marre.)
Le dispositif est particulièrement efficace quand il s'agit de mettre en scène les "crimes de bureau" que les fonctionnaires collabos (pas forcément pronazis) sont amenés à commettre en exerçant leur activité administrative.
On peut aussi savourer la progressive ascension de ce nouveau Rastignac, perceptible notamment à travers l'évolution des costumes qu'il porte, de plus en plus coûteux.
Le film est toutefois émaillé d'approximations historiques, qui ne me semblent pas résulter de maladresses de la part du cinéaste. Ce sont des choix idéologiques, parfois avec un objectif artistique derrière, mais, le plus souvent, au service d'un discours contemporain.
Ainsi, Marre accorde une importance exagérée au travail et à l'influence de feu son arrière-grand-père. Ses théories managériales n'ont pas réellement été appliquées par Vichy... mais leur insertion dans l'intrigue est un moyen pour le réalisateur de tenter de populariser les thèses de certains historiens néo-marxistes, qui voient dans le nazisme et les régimes qui ont collaboré avec lui des sous-produits du méchant capitalisme. Cela permet par exemple de comprendre l'anachronique référence à la sanction des chômeurs au troisième refus d'emploi.
Du coup, l'action réelle de ce qui fut le CLC (le Commissariat à la Lutte contre le Chômage) est imparfaitement restituée. Le réalisateur se garde de préciser le rôle de René Belin, ex-dirigeant syndical de gauche rallié à Vichy. (Eh, oui, tout une gauche "pacifiste" fut présente au sein de l’État français... sans parler des dirigeants du PCF, qui, dans un premier temps, ont fait les yeux doux à l'occupant allemand.)
En revanche, le film rend un hommage mérité (bien que parcellaire) à Henri Maux, supérieur hiérarchique d'Henri Marre, de sensibilité démocrate-chrétienne... et qui a détourné le CLC pour tenter d'en faire un instrument de justice sociale... et un nid de résistants. Le film a cependant tendance à insister sur la lâcheté des fonctionnaires, minimisant l'action résistante de certains d'entre eux (notamment dans la protection des juifs).
On retrouve ce biais dans la peinture des ultras de la collaboration, à Paris. On nous les montre faisant le salut nazi et beuglant la Marseillaise, drapeaux tricolores au vent, alors qu'à cette époque, l'hymne national est davantage utilisé par la Résistance, les partisans de Vichy lui préférant souvent Maréchal nous voilà. Ici, je pense que Marre abandonne toute ambition historique. Il voit dans les personnes qui brandissent le drapeau tricolore et chantent la Marseillaise (en clair : les partisans du RN) les nouveaux suppôts du fascisme...
Cette vision déformée (et moralisatrice) n'est d'ailleurs pas une surprise, puisqu'elle est présente dès le début, dans la séquence de la soirée bourgeoise, au cours de laquelle des partisans du régime de Vichy sabrent le champagne dans une ambiance mêlant entre-soi élitiste et esprit de débauche. Le plus surprenant est que, dans sa volonté de dénoncer "les assassins de la République" (en 1940), Marre adopte les codes de l'extrême-droite antiparlementaire, qui dépeignait la République finissante comme un régime corrompu, décadent. Que deux visions aussi antagonistes politiquement se rejoignent autant sur la forme constitue pour moi une désagréable surprise. (De méchantes langues pourraient insinuer qu'on a là un exemple de convergence entre deux visions populistes, une d'extrême-gauche, l'autre d'extrême-droite.)
En dépit de ces défauts, le film n'en mérite pas moins le détour, pour son dispositif original, une austère minutie dans la description de l'intérieur de la collaboration administrative. Mais ce n'est pas le chef-d’œuvre proclamé par la horde des critiques parisiens, que je soupçonne d'avoir encensé ce film pour des raisons autres qu'artistiques.
22:34 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
Notre Salut
Croisant la petite histoire (celle de l'un de ses arrière-grands-pères) avec la grande (celle de l'Occupation et de la Collaboration), Emmanuel Marre a créé un film hybride, à cheval entre la fiction et le documentaire, qui parle a priori surtout du passé de notre pays... mais qui est aussi une œuvre militante, tentant de peser sur le débat politique actuel.
Swann Arlaud (très bon) incarne le fameux arrière-grand-père, un type un peu falot, terne, un ingénieur qui a dilapidé l'héritage de son épouse dans des aventures économiques sans lendemain. Ce raté, qui se pique de gestion des ressources humaines, voit dans l'avènement de l’État français l'occasion de prendre sa revanche... et de mettre en pratique ses idées.
Sur le papier, c'est très séduisant, mais, à l'écran, ce n'est pas toujours réussi. Ainsi, je n'ai pas du tout aimé le croisement d'images d'apparence télévisuelle avec une musique des années 1980-1990 en fond, à trois reprises. C'est pour moi globalement raté, aussi bien dans la séquence du début (une soirée bourgeoise, très gênante, j'y reviendrai) que dans la chorégraphie chez le préfet, qui, dans la salle où je me trouvais, a suscité un remarquable moment de "gênance".
Mais cela ne représente qu'une dizaine de minutes dans un film de 2h40, où ne figure aucune autre musique additionnelle. C'est un assez joli tour de force, que de concentrer l'attention des spectateurs sur le jeu des acteurs, qui, tantôt, improvisent, tantôt, exploitent la mécanique de dialogues savamment écrits. J'ai aussi aimé l'alliance entre des images montrant le "héros" évoluant dans le marécage vichyssois et la lecture, en fond sonore, des lettres que s'écrivent les époux. (Sandrine Blancke est elle aussi très bien en Paulette Marre.)
Le dispositif est particulièrement efficace quand il s'agit de mettre en scène les "crimes de bureau" que les fonctionnaires collabos (pas forcément pronazis) sont amenés à commettre en exerçant leur activité administrative.
On peut aussi savourer la progressive ascension de ce nouveau Rastignac, perceptible notamment à travers l'évolution des costumes qu'il porte, de plus en plus coûteux.
Le film est toutefois émaillé d'approximations historiques, qui ne me semblent pas résulter de maladresses de la part du cinéaste. Ce sont des choix idéologiques, parfois avec un objectif artistique derrière, mais, le plus souvent, au service d'un discours contemporain.
Ainsi, Marre accorde une importance exagérée au travail et à l'influence de feu son arrière-grand-père. Ses théories managériales n'ont pas réellement été appliquées par Vichy... mais leur insertion dans l'intrigue est un moyen pour le réalisateur de tenter de populariser les thèses de certains historiens néo-marxistes, qui voient dans le nazisme et les régimes qui ont collaboré avec lui des sous-produits du méchant capitalisme. Cela permet par exemple de comprendre l'anachronique référence à la sanction des chômeurs au troisième refus d'emploi.
Du coup, l'action réelle de ce qui fut le CLC (le Commissariat à la Lutte contre le Chômage) est imparfaitement restituée. Le réalisateur se garde de préciser le rôle de René Belin, ex-dirigeant syndical de gauche rallié à Vichy. (Eh, oui, tout une gauche "pacifiste" fut présente au sein de l’État français... sans parler des dirigeants du PCF, qui, dans un premier temps, ont fait les yeux doux à l'occupant allemand.)
En revanche, le film rend un hommage mérité (bien que parcellaire) à Henri Maux, supérieur hiérarchique d'Henri Marre, de sensibilité démocrate-chrétienne... et qui a détourné le CLC pour tenter d'en faire un instrument de justice sociale... et un nid de résistants. Le film a cependant tendance à insister sur la lâcheté des fonctionnaires, minimisant l'action résistante de certains d'entre eux (notamment dans la protection des juifs).
On retrouve ce biais dans la peinture des ultras de la collaboration, à Paris. On nous les montre faisant le salut nazi et beuglant la Marseillaise, drapeaux tricolores au vent, alors qu'à cette époque, l'hymne national est davantage utilisé par la Résistance, les partisans de Vichy lui préférant souvent Maréchal nous voilà. Ici, je pense que Marre abandonne toute ambition historique. Il voit dans les personnes qui brandissent le drapeau tricolore et chantent la Marseillaise (en clair : les partisans du RN) les nouveaux suppôts du fascisme...
Cette vision déformée (et moralisatrice) n'est d'ailleurs pas une surprise, puisqu'elle est présente dès le début, dans la séquence de la soirée bourgeoise, au cours de laquelle des partisans du régime de Vichy sabrent le champagne dans une ambiance mêlant entre-soi élitiste et esprit de débauche. Le plus surprenant est que, dans sa volonté de dénoncer "les assassins de la République" (en 1940), Marre adopte les codes de l'extrême-droite antiparlementaire, qui dépeignait la République finissante comme un régime corrompu, décadent. Que deux visions aussi antagonistes politiquement se rejoignent autant sur la forme constitue pour moi une désagréable surprise. (De méchantes langues pourraient insinuer qu'on a là un exemple de convergence entre deux visions populistes, une d'extrême-gauche, l'autre d'extrême-droite.)
En dépit de ces défauts, le film n'en mérite pas moins le détour, pour son dispositif original, une austère minutie dans la description de l'intérieur de la collaboration administrative. Mais ce n'est pas le chef-d’œuvre proclamé par la horde des critiques parisiens, que je soupçonne d'avoir encensé ce film pour des raisons autres qu'artistiques.
22:34 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
dimanche, 04 octobre 2026
Le Berger et les ours
Sorti cet été, ce documentaire du Britannique Max Keegan nous plonge dans l'Ariège montagneuse, plus précisément dans ses estives, où les prairies nourrissent des brebis, des vaches, des chevaux, des biches... et des ours. Composé d'images tournées au début des années 2020 et d'autres plus anciennes (les moins récentes remontant sans doute au second mandat de Jacques Chirac, peut-être à l'année 2004), le film retrace la vie, le travail et les passions de plusieurs habitants, en particulier Yves, le berger, proche de la retraite, et Cyril l'élève de lycée agricole (qui est diabétique), fils d'agriculteurs... et passionné de nature, dont il est un observateur attentif, notamment des ours, qui le fascinent (contrairement à sa mère).
D'autres personnages sont mis en valeur, comme Lisa la stagiaire d'Yves, titulaire d'un BTS agricole et qui envisage de prendre la suite du vieil homme. On croise aussi d'autres éleveurs, des chasseurs, des militants écologistes, des politiques locaux...
L'une des grandes qualités de ce documentaire est que son réalisateur s'efface derrière les personnes qu'il filme. Il n'impose pas son discours, donnant la parole à tout le monde (davantage aux éleveurs qu'aux écolos, ceci dit).
L'autre atout majeur du film est la plongée qu'il offre dans les estives. On prend un bon bol d'air, en altitude, au soleil, sous la pluie, en pleine brume, le jour, la nuit. Celles et ceux qui ne la connaissent pas découvriront la vie quotidienne des bergers de haute montagne, loin de tout... et libres... du moins tant qu'aucune menace ne pointe à l'horizon.
Ici, il n'y a pas de loup, mais des rapaces (qui "nettoient" les carcasses)... et des ours, réintroduits après avoir disparu. Certains écologistes ont beau dire que ceux qui vivent à cheval sur la frontière franco-espagnole sont peu carnivores, sur les estives, les bergers constatent les dégâts. Régulièrement, ils retrouvent au moins un cadavre de brebis. Cela peut être aussi celui d'un veau, d'une vache, de chevaux... ou de l'un des chiens de garde, tué en faisant son devoir. La présence des Patou n'est que partiellement dissuasive et la pose de clôtures est loin d'être aussi efficace que ce qui est complaisamment affirmé dans les médias.
Se pose alors la question de la pérennité de cet élevage extensif (la solution de facilité consistant à enfermer les brebis dans des bâtiments, où elles seraient à l'abri des ours, mais "hors sol"). Yves reçoit deux successeurs potentiels : d'abord Lisa, puis un jeune homme un peu plus âgé, plus "moderne" dans son mode de vie comme dans sa conception de l'élevage. Les deux jeunes ont beau être motivés, ils découvrent l'âpreté du métier, à travers notamment la gestion des imprévus.
Autour de l'activité paysanne se greffent des scènes "de diversion". Le réalisateur nous montre en particulier la mère de Cyril, éleveuse anti-ours à grande gueule, qui suit attentivement la scolarité de son fils et est prête à l'accompagner en observation. La sociabilité rurale est mise à l'honneur, avec ses traditions (notamment ses chants), ses fêtes... Un beau mariage, signe d'espoir, conclut le film, véritable ode à un mode de vie simple et au labeur de gens ordinaires.
09:15 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, nature, environnement
Le Berger et les ours
Sorti cet été, ce documentaire du Britannique Max Keegan nous plonge dans l'Ariège montagneuse, plus précisément dans ses estives, où les prairies nourrissent des brebis, des vaches, des chevaux, des biches... et des ours. Composé d'images tournées au début des années 2020 et d'autres plus anciennes (les moins récentes remontant sans doute au second mandat de Jacques Chirac, peut-être à l'année 2004), le film retrace la vie, le travail et les passions de plusieurs habitants, en particulier Yves, le berger, proche de la retraite, et Cyril l'élève de lycée agricole (qui est diabétique), fils d'agriculteurs... et passionné de nature, dont il est un observateur attentif, notamment des ours, qui le fascinent (contrairement à sa mère).
D'autres personnages sont mis en valeur, comme Lisa la stagiaire d'Yves, titulaire d'un BTS agricole et qui envisage de prendre la suite du vieil homme. On croise aussi d'autres éleveurs, des chasseurs, des militants écologistes, des politiques locaux...
L'une des grandes qualités de ce documentaire est que son réalisateur s'efface derrière les personnes qu'il filme. Il n'impose pas son discours, donnant la parole à tout le monde (davantage aux éleveurs qu'aux écolos, ceci dit).
L'autre atout majeur du film est la plongée qu'il offre dans les estives. On prend un bon bol d'air, en altitude, au soleil, sous la pluie, en pleine brume, le jour, la nuit. Celles et ceux qui ne la connaissent pas découvriront la vie quotidienne des bergers de haute montagne, loin de tout... et libres... du moins tant qu'aucune menace ne pointe à l'horizon.
Ici, il n'y a pas de loup, mais des rapaces (qui "nettoient" les carcasses)... et des ours, réintroduits après avoir disparu. Certains écologistes ont beau dire que ceux qui vivent à cheval sur la frontière franco-espagnole sont peu carnivores, sur les estives, les bergers constatent les dégâts. Régulièrement, ils retrouvent au moins un cadavre de brebis. Cela peut être aussi celui d'un veau, d'une vache, de chevaux... ou de l'un des chiens de garde, tué en faisant son devoir. La présence des Patou n'est que partiellement dissuasive et la pose de clôtures est loin d'être aussi efficace que ce qui est complaisamment affirmé dans les médias.
Se pose alors la question de la pérennité de cet élevage extensif (la solution de facilité consistant à enfermer les brebis dans des bâtiments, où elles seraient à l'abri des ours, mais "hors sol"). Yves reçoit deux successeurs potentiels : d'abord Lisa, puis un jeune homme un peu plus âgé, plus "moderne" dans son mode de vie comme dans sa conception de l'élevage. Les deux jeunes ont beau être motivés, ils découvrent l'âpreté du métier, à travers notamment la gestion des imprévus.
Autour de l'activité paysanne se greffent des scènes "de diversion". Le réalisateur nous montre en particulier la mère de Cyril, éleveuse anti-ours à grande gueule, qui suit attentivement la scolarité de son fils et est prête à l'accompagner en observation. La sociabilité rurale est mise à l'honneur, avec ses traditions (notamment ses chants), ses fêtes... Un beau mariage, signe d'espoir, conclut le film, véritable ode à un mode de vie simple et au labeur de gens ordinaires.
09:15 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, nature, environnement
vendredi, 02 octobre 2026
Les Contrebandiers
Tourné en Bavière mais censé se dérouler en Oregon (dans le nord-ouest des États-Unis), en 1933 (au tout début du New Deal de Franklin Roosevelt), ce survival met en scène un groupe de délinquants, au départ condamnés à casser du caillou, mais qu'une surprenante proposition va inciter à se lancer dans une incroyable randonnée.
On commence par découvrir Samuel Murphy (Ethan Hawke, formidable), un père au chômage, habile mécanicien, qui peine à gagner de quoi le faire vivre, lui et sa charmante gamine, tous deux encore marqués par le décès de l'épouse / la maman. Cela pourrait être misérabiliste, mais c'est filmé avec dignité... et une pointe d'humour, même si l'ambiance n'est pas d'une folle gaité.
Dans des circonstances que je me garderai de révéler, Murphy se retrouve en taule, puis casseur de cailloux, en compagnie d'une brochette de types patibulaires (mais presque). Le patron de cette sorte d'atelier de réinsertion est un type un peu louche, un peu dégueu, un peu mystérieux : Clancy, bien incarné par Russell Crowe... qu'on voit finalement assez peu dans le film.
Ceux que l'on voit le plus sont les autres condamnés, avec des "trognes" qui pourraient sortir d'un film de Sergio Leone. Ils sont accompagnés par des "associés" de Clancy, à la gâchette facile. Bref, c'est une ambiance de couilles, plus ou moins grosses, sans doute très poilues. L'absence d'odorama nous épargne les effluves de transpiration, de pieds sales et de pisse froide.
La seule véritable présence féminine est celle d'Anna, une Amérindienne pas très causante, mais très débrouillarde, qui se greffe sur l'équipée de mecs pour échapper à l'ambiance déliquescente d'une petite mine d'or. Les mecs l'acceptent d'abord en pensant qu'elle leur fera la cuisine... (Dans le rôle, Julia Jones, remarquée dans Wind River et Sang froid, est remarquable.)
Il n'y a donc pas beaucoup de beaux sentiments dans cette histoire. Inégalités sociales, prédation, misogynie et racisme se côtoient allègrement. Fort heureusement, de temps à l'autre, un brin d'entraide, d'humanité, adoucit une scène.
Les acteurs sont bons, la musique (souvent jouée avec des instruments inhabituels) parfaitement adaptée à l'ambiance. La mise en scène est parfois inventive. Padraic McKinley, connu jusqu'à présent pour son travail sur des séries, se débrouille très bien et nous offre quelques moments particulièrement bien conçus, comme le déplacement collectif d'un gros roc, le franchissement d'un pont suspendu ou encore un assassinat en plein orage nocturne, avec pour seul éclairage le jaillissement des éclairs. Cette séquence est particulièrement saisissante.
Dans la salle, le public a été captivé du début à la fin.
21:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Les Contrebandiers
Tourné en Bavière mais censé se dérouler en Oregon (dans le nord-ouest des États-Unis), en 1933 (au tout début du New Deal de Franklin Roosevelt), ce survival met en scène un groupe de délinquants, au départ condamnés à casser du caillou, mais qu'une surprenante proposition va inciter à se lancer dans une incroyable randonnée.
On commence par découvrir Samuel Murphy (Ethan Hawke, formidable), un père au chômage, habile mécanicien, qui peine à gagner de quoi le faire vivre, lui et sa charmante gamine, tous deux encore marqués par le décès de l'épouse / la maman. Cela pourrait être misérabiliste, mais c'est filmé avec dignité... et une pointe d'humour, même si l'ambiance n'est pas d'une folle gaité.
Dans des circonstances que je me garderai de révéler, Murphy se retrouve en taule, puis casseur de cailloux, en compagnie d'une brochette de types patibulaires (mais presque). Le patron de cette sorte d'atelier de réinsertion est un type un peu louche, un peu dégueu, un peu mystérieux : Clancy, bien incarné par Russell Crowe... qu'on voit finalement assez peu dans le film.
Ceux que l'on voit le plus sont les autres condamnés, avec des "trognes" qui pourraient sortir d'un film de Sergio Leone. Ils sont accompagnés par des "associés" de Clancy, à la gâchette facile. Bref, c'est une ambiance de couilles, plus ou moins grosses, sans doute très poilues. L'absence d'odorama nous épargne les effluves de transpiration, de pieds sales et de pisse froide.
La seule véritable présence féminine est celle d'Anna, une Amérindienne pas très causante, mais très débrouillarde, qui se greffe sur l'équipée de mecs pour échapper à l'ambiance déliquescente d'une petite mine d'or. Les mecs l'acceptent d'abord en pensant qu'elle leur fera la cuisine... (Dans le rôle, Julia Jones, remarquée dans Wind River et Sang froid, est remarquable.)
Il n'y a donc pas beaucoup de beaux sentiments dans cette histoire. Inégalités sociales, prédation, misogynie et racisme se côtoient allègrement. Fort heureusement, de temps à l'autre, un brin d'entraide, d'humanité, adoucit une scène.
Les acteurs sont bons, la musique (souvent jouée avec des instruments inhabituels) parfaitement adaptée à l'ambiance. La mise en scène est parfois inventive. Padraic McKinley, connu jusqu'à présent pour son travail sur des séries, se débrouille très bien et nous offre quelques moments particulièrement bien conçus, comme le déplacement collectif d'un gros roc, le franchissement d'un pont suspendu ou encore un assassinat en plein orage nocturne, avec pour seul éclairage le jaillissement des éclairs. Cette séquence est particulièrement saisissante.
Dans la salle, le public a été captivé du début à la fin.
21:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

