Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 24 août 2026

Mutiny

   Trois ans après Mayday, Jean-François Richet revient avec un nouveau film d'action, centré cette fois-ci non plus sur Gerard Butler, mais sur Jason Statham, qui incarne le chauffeur-garde-du-corps-partenaire d'échecs d'un riche entrepreneur thaïlandais, sur le point de vendre sa boîte de transport maritime.

   L'histoire commence de manière vive... et mystérieuse, puisqu'on voit un SUV percuter une berline, la nuit, dans une ville non identifiée. On ne sait pas vraiment qui se trouve dans les véhicules... et il va falloir attendre un petit moment avant de le découvrir, puisque la suite est constituée d'un retour en arrière. La procédé est archi-connu (je l'ai d'ailleurs vu très récemment à l’œuvre dans une série policière scandinave), mais l'originalité de cette utilisation est que plusieurs situations ultérieures peuvent correspondre à ce qu'on a vu au tout début. Surtout, cette petite poussée d'adrénaline est là pour mettre en appétit le public en attendant les séquences ultra-vitaminées qu'on lui a sans doute préparées.

   Sic transit gloria mundi... Il fut un temps (pas si lointain) où la sortie d'un film avec Jason Statham bénéficiait d'un grande combinaison de salles. Tel n'est pas le cas ici, ce long-métrage étant à l'affiche de moins de 300 cinémas en France. C'est moins de la moitié de ce qui a été attribué à La Fin d'Oak Street... sans même parler des quelque 1100 salles où continue à être projeté L'Odyssée de C. Nolan, le plus gros succès de cet été avec le dernier Spider-Man

   Résultat : ce n'est pas dans l'Aveyron que j'ai pu voir ce film, auquel de surcroît a été attribué une petite salle. Toutefois, lors de la séance à laquelle j'ai assisté, elle était assez copieusement garnie. J'ai remarqué une nette surreprésentation masculine parmi les spectateurs, âgés grosso modo de 15 à 75 ans.

   Ce public de vieux salopards connaisseurs savait à quoi s'attendre et la première véritable scène d'action n'a pas tardé à surgir. Elle est le premier maillon d'un complot, dont le héros, accusé du meurtre de son patron, va découvrir l'ampleur lors de son séjour sur un porte-conteneurs, un labyrinthe propice à la dissimulation... et dont les recoins regorgent d'objets pouvant rendre service à un pro du combat rapproché.

   Ah, oui, j'avais oublié : Cole Reed (le héros), ex-flic de Sa Majesté, est aussi un ancien des forces spéciales britanniques, dont l'expertise (et le désir de vengeance) va faire des ravages dans l'équipage de soudards recruté pur un transport un peu spécial.

   Dans son combat, Cole bénéficie d'une alliée, Angie Ellis, une employée de la compagnie de transport convoquée en dernière minute et donc pas mise dans la confidence des petits (ni des grands) trafics auxquels se livre l'équipage. Dans le rôle, Annabelle Wallis (vue notamment dans Reconnu coupable et La Momie) apporte l'une des rares touches féminines à cette histoire de grosses couilles poilues sentant la transpi. Elle est certes ravissante, mais, surtout, son personnage a suivi une petite formation militaire, ce qui ne lui sera pas inutile sur ce porte-conteneurs de malheur.

   N'espérez toutefois pas voir poindre une authentique romance à l'horizon. Coproducteur du film, Statham l'a voulu centré sur l'action, avec juste quelques pointes d'humour, principalement dans la manière de dézinguer les truands. Je signale quand même un petit moment rafraîchissant. Quand un navire de guerre états-unien patrouillant dans la région se renseigne sur le profil de Cole, il tombe sur ses états de service dans la police et l'armée britanniques. Apparaissent alors successivement à l'écran deux photographies de Cole/Statham en "Bobby" et en treillis... avec casques... et c'est peu de dire que cela ne lui donne pas l'air intelligent.

   La boucherie ne démarre pas dès l'intrusion de Cole sur le navire de commerce. Richet ménage un peu ses effets. On a donc droit à une progressive et efficace montée d'adrénaline. C'est tendu comme un string sur des fesses rebondies (fesses que, vous l'avez compris, on ne verra pas à l'écran). La suite est un déferlement de violence, le héros se montrant particulièrement habile à utiliser tout ce qui traîne de pointu, aiguisé ou crochu pour démonter la gueule des sales types lancés à sa poursuite. J'ai beau avoir vu quantité de films du même genre, je dois reconnaître que Richet fait montre d'un indéniable savoir-faire dans la mise en scène de la tuerie.

   La fin ménage la possibilité d'une suite, au cas où le film rencontrerait le succès (mais je crois que ce n'est pas super-bien parti au box office).

11:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Mutiny

   Trois ans après Mayday, Jean-François Richet revient avec un nouveau film d'action, centré cette fois-ci non plus sur Gerard Butler, mais sur Jason Statham, qui incarne le chauffeur-garde-du-corps-partenaire d'échecs d'un riche entrepreneur thaïlandais, sur le point de vendre sa boîte de transport maritime.

   L'histoire commence de manière vive... et mystérieuse, puisqu'on voit un SUV percuter une berline, la nuit, dans une ville non identifiée. On ne sait pas vraiment qui se trouve dans les véhicules... et il va falloir attendre un petit moment avant de le découvrir, puisque la suite est constituée d'un retour en arrière. La procédé est archi-connu (je l'ai d'ailleurs vu très récemment à l’œuvre dans une série policière scandinave), mais l'originalité de cette utilisation est que plusieurs situations ultérieures peuvent correspondre à ce qu'on a vu au tout début. Surtout, cette petite poussée d'adrénaline est là pour mettre en appétit le public en attendant les séquences ultra-vitaminées qu'on lui a sans doute préparées.

   Sic transit gloria mundi... Il fut un temps (pas si lointain) où la sortie d'un film avec Jason Statham bénéficiait d'un grande combinaison de salles. Tel n'est pas le cas ici, ce long-métrage étant à l'affiche de moins de 300 cinémas en France. C'est moins de la moitié de ce qui a été attribué à La Fin d'Oak Street... sans même parler des quelque 1100 salles où continue à être projeté L'Odyssée de C. Nolan, le plus gros succès de cet été avec le dernier Spider-Man

   Résultat : ce n'est pas dans l'Aveyron que j'ai pu voir ce film, auquel de surcroît a été attribué une petite salle. Toutefois, lors de la séance à laquelle j'ai assisté, elle était assez copieusement garnie. J'ai remarqué une nette surreprésentation masculine parmi les spectateurs, âgés grosso modo de 15 à 75 ans.

   Ce public de vieux salopards connaisseurs savait à quoi s'attendre et la première véritable scène d'action n'a pas tardé à surgir. Elle est le premier maillon d'un complot, dont le héros, accusé du meurtre de son patron, va découvrir l'ampleur lors de son séjour sur un porte-conteneurs, un labyrinthe propice à la dissimulation... et dont les recoins regorgent d'objets pouvant rendre service à un pro du combat rapproché.

   Ah, oui, j'avais oublié : Cole Reed (le héros), ex-flic de Sa Majesté, est aussi un ancien des forces spéciales britanniques, dont l'expertise (et le désir de vengeance) va faire des ravages dans l'équipage de soudards recruté pur un transport un peu spécial.

   Dans son combat, Cole bénéficie d'une alliée, Angie Ellis, une employée de la compagnie de transport convoquée en dernière minute et donc pas mise dans la confidence des petits (ni des grands) trafics auxquels se livre l'équipage. Dans le rôle, Annabelle Wallis (vue notamment dans Reconnu coupable et La Momie) apporte l'une des rares touches féminines à cette histoire de grosses couilles poilues sentant la transpi. Elle est certes ravissante, mais, surtout, son personnage a suivi une petite formation militaire, ce qui ne lui sera pas inutile sur ce porte-conteneurs de malheur.

   N'espérez toutefois pas voir poindre une authentique romance à l'horizon. Coproducteur du film, Statham l'a voulu centré sur l'action, avec juste quelques pointes d'humour, principalement dans la manière de dézinguer les truands. Je signale quand même un petit moment rafraîchissant. Quand un navire de guerre états-unien patrouillant dans la région se renseigne sur le profil de Cole, il tombe sur ses états de service dans la police et l'armée britanniques. Apparaissent alors successivement à l'écran deux photographies de Cole/Statham en "Bobby" et en treillis... avec casques... et c'est peu de dire que cela ne lui donne pas l'air intelligent.

   La boucherie ne démarre pas dès l'intrusion de Cole sur le navire de commerce. Richet ménage un peu ses effets. On a donc droit à une progressive et efficace montée d'adrénaline. C'est tendu comme un string sur des fesses rebondies (fesses que, vous l'avez compris, on ne verra pas à l'écran). La suite est un déferlement de violence, le héros se montrant particulièrement habile à utiliser tout ce qui traîne de pointu, aiguisé ou crochu pour démonter la gueule des sales types lancés à sa poursuite. J'ai beau avoir vu quantité de films du même genre, je dois reconnaître que Richet fait montre d'un indéniable savoir-faire dans la mise en scène de la tuerie.

   La fin ménage la possibilité d'une suite, au cas où le film rencontrerait le succès (mais je crois que ce n'est pas super-bien parti au box office).

11:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 23 août 2026

The Good, the Bad and the Ugly

   Cet été aura donc été celui de la ressortie de grands classiques du Septième Art. Ainsi, après la version restaurée (et intégrale) de Kill Bill, après celle de Lawrence d'Arabie, voici venu le tour de l'une des pépites de Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand (les Parisiens ayant eu droit, d'après dasola, à une projection d'Il était une fois en Amérique).

   C'était la première fois que je voyais la version originale (sous-titrée) en salles, de surcroît augmentée de fragments de scènes qui avaient été coupés avant la sortie en France, en 1968 (presque deux ans après sa sortie en Italie, dont on célèbre le soixantième anniversaire).

   Je pense que, la quasi-totalité des lecteurs de ce billet ayant vu au moins une fois ce film à la télévision ou sur une plateforme, il n'est pas nécessaire que j'en détaille l'intrigue. Je vais plutôt insister sur ce qui doit inciter tout cinéphile qui se respecte à se ruer dans une salle obscure pour aller le voir, si d'aventure l'occasion se présente.

   Comme David Lean, Sergio Leone sait filmer le désert et l'insérer dans son intrigue. Toujours marquante est la séquence qui voit Tuco (Eli Wallach, qui aurait mérité de recevoir un Oscar) se venger de "Blondin" (Clint Eastwood, tour à tour triomphant et marqué comme jamais). C'est impitoyable et drôle, à l'image de ce film, spectaculaire, mystérieux, comique et inspirant.

   La talent du metteur en scène est perceptible dès le début, lors de cette scène d'attente (qui annonce celle d'Il était une fois dans l'Ouest). Un trio de cavaliers menaçants est planté dans un bled paumé, à proximité d'un bar. Les gros plans ne permettent pas d'ignorer leurs trognes patibulaires (mais presque). La suite voit l'arrivée - que dis-je, le surgissement, de l'un des héros de cette histoire...

   Je pense aussi à l'extraordinaire séquence du cimetière, que Leone et ses scénaristes placent à Sad Hill (« Triste Colline »... située en réalité dans la province de Burgos, en Espagne). Cela commence par la recherche frénétique d'une tombe, parmi les quelque cinq mille. Cela continue par le mythique "duel à trois"... et cela se termine par la petite leçon donnée par l'un des rescapés à un autre.

   La musique d'Ennio Morricone accompagne parfaitement l'intrigue... ou plutôt (la musique ayant été composée AVANT le tournage), les plans s'insèrent magnifiquement dans la musique.

   C'est habilement écrit, brillamment réalisé... et très bien joué, par un inoubliable trio : Clint Eastwood (jeune, beau et taiseux), Lee Van Cleef (manipulateur et cruel) et Eli Wallach (ridicule et truculent... mon préféré).

   A noter que cette histoire de cupidité, de mensonges et de lâcheté se double d'une dénonciation de la Guerre de Sécession, perçue comme stupide et inutilement meurtrière. (Je rappelle que le film est sorti initialement à peine un après le centenaire de la fin de ce que nos amis d'outre-Atlantique appellent The Civil War.)  Leone ne prend pas parti dans le conflit (et n'intègre pas de personnage afro-américain à son intrigue). Il témoigne le même respect aux combattants des deux camps.

   Avec le recul, on constate qu'il y a bien, ici et là, quelques imperfections, mais cela reste marginal, dans une œuvre d'une grande ampleur, qui mérite d'être vue sur un (très) grand écran.

10:48 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

The Good, the Bad and the Ugly

   Cet été aura donc été celui de la ressortie de grands classiques du Septième Art. Ainsi, après la version restaurée (et intégrale) de Kill Bill, après celle de Lawrence d'Arabie, voici venu le tour de l'une des pépites de Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand (les Parisiens ayant eu droit, d'après dasola, à une projection d'Il était une fois en Amérique).

   C'était la première fois que je voyais la version originale (sous-titrée) en salles, de surcroît augmentée de fragments de scènes qui avaient été coupés avant la sortie en France, en 1968 (presque deux ans après sa sortie en Italie, dont on célèbre le soixantième anniversaire).

   Je pense que, la quasi-totalité des lecteurs de ce billet ayant vu au moins une fois ce film à la télévision ou sur une plateforme, il n'est pas nécessaire que j'en détaille l'intrigue. Je vais plutôt insister sur ce qui doit inciter tout cinéphile qui se respecte à se ruer dans une salle obscure pour aller le voir, si d'aventure l'occasion se présente.

   Comme David Lean, Sergio Leone sait filmer le désert et l'insérer dans son intrigue. Toujours marquante est la séquence qui voit Tuco (Eli Wallach, qui aurait mérité de recevoir un Oscar) se venger de "Blondin" (Clint Eastwood, tour à tour triomphant et marqué comme jamais). C'est impitoyable et drôle, à l'image de ce film, spectaculaire, mystérieux, comique et inspirant.

   La talent du metteur en scène est perceptible dès le début, lors de cette scène d'attente (qui annonce celle d'Il était une fois dans l'Ouest). Un trio de cavaliers menaçants est planté dans un bled paumé, à proximité d'un bar. Les gros plans ne permettent pas d'ignorer leurs trognes patibulaires (mais presque). La suite voit l'arrivée - que dis-je, le surgissement, de l'un des héros de cette histoire...

   Je pense aussi à l'extraordinaire séquence du cimetière, que Leone et ses scénaristes placent à Sad Hill (« Triste Colline »... située en réalité dans la province de Burgos, en Espagne). Cela commence par la recherche frénétique d'une tombe, parmi les quelque cinq mille. Cela continue par le mythique "duel à trois"... et cela se termine par la petite leçon donnée par l'un des rescapés à un autre.

   La musique d'Ennio Morricone accompagne parfaitement l'intrigue... ou plutôt (la musique ayant été composée AVANT le tournage), les plans s'insèrent magnifiquement dans la musique.

   C'est habilement écrit, brillamment réalisé... et très bien joué, par un inoubliable trio : Clint Eastwood (jeune, beau et taiseux), Lee Van Cleef (manipulateur et cruel) et Eli Wallach (ridicule et truculent... mon préféré).

   A noter que cette histoire de cupidité, de mensonges et de lâcheté se double d'une dénonciation de la Guerre de Sécession, perçue comme stupide et inutilement meurtrière. (Je rappelle que le film est sorti initialement à peine un après le centenaire de la fin de ce que nos amis d'outre-Atlantique appellent The Civil War.)  Leone ne prend pas parti dans le conflit (et n'intègre pas de personnage afro-américain à son intrigue). Il témoigne le même respect aux combattants des deux camps.

   Avec le recul, on constate qu'il y a bien, ici et là, quelques imperfections, mais cela reste marginal, dans une œuvre d'une grande ampleur, qui mérite d'être vue sur un (très) grand écran.

10:48 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 20 août 2026

Le Triangle d'or

   Voilà un film qu'il était très difficile de voir, au moment de sa sortie, dans les contrées reculées comme la mienne. Avec un peu de patience, le bouche-à-oreille étant bon, il est désormais possible de parvenir à ses fins.

   Le titre est à double sens. De prime abord, il évoque un quartier chic de Paris, dans le VIIIe arrondissement, voisin du XVIe. Au fil du déroulement de l'histoire, on comprend qu'il désigne un trio de dominés, qui ont intérêt à se serrer les coudes. Une scène placée dans la dernière partie du film est censée matérialiser cette entente.

   D'ici là, on aura eu le temps de découvrir les différentes facettes de la domination exercée dans un splendide hôtel particulier (qui, dans la réalité, se trouve dans la Villa Montmorency, une résidence sécurisée où se réfugient célébrités et ultra-riches, parmi lesquels le couple Sarkozy).

   Au bas de l'échelle se trouve... une panthère (noire), superbe, mais la plupart du temps enfermée dans une cage aménagée dans l'une des pièces de l'immeuble. Pour éviter qu'elle ne perde la boule, on lui administre des calmants...

   Un peu au-dessus se trouve la nouvelle femme à tout faire, la jeune Laura, née en banlieue, qui aspire à intégrer l'armée. En attendant, elle se maintient quotidiennement en forme et essaie d'amasser un peu d'argent. Dans le rôle, Malou Khebizi est la révélation de ce film. (Elle m'a un peu rappelé Virginie Ledoyen, dans La Fille seule, de Benoît Jacquot.)

   Elle est engagée au service de la principale occupante des lieux, la pulpeuse Souria, la maîtresse d'un cheikh saoudien, qui aspire à devenir sa deuxième épouse (et la favorite). C'est donc elle qui donne des ordres (parfois farfelus) à l'employée de maison, mais elle vit dans une prison dorée. (L' habile insertion des images de vidéosurveillance interne est là pour nous le rappeler.)

   L'homme qui fréquente le plus les lieux est Emre, une sorte de bras droit du cheikh, plutôt un homme à tout faire, d'origine palestinienne. A la fois gestionnaire et agent de sécurité, il espère pouvoir faire sortir sa famille du bourbier du Proche-Orient. Lui aussi donne des ordres à Laura. Il doit respecter Souria (qui a un train de vie bien plus dispendieux que le sien), mais aussi la surveiller, pour le compte du cheikh, souvent absent.

   Ce dernier incarne donc le dominant par excellence. C'est un homme très riche... mais l'on finit par découvrir que, dans sa famille, il n'occupe pas la place la plus importante. Il n'a d'ailleurs pas choisi sa première épouse. Le mariage a été une sorte d'alliance conclue entre deux familles influentes.

   Complètent le tableau divers employés de commerce (extérieurs à l'immeuble), libres de leurs mouvements, eux, mais économiquement dépendants de leurs prestigieux clients.

   C'est la grande habileté de ce film que de montrer comment ces rapports de domination peuvent évoluer. Depuis Nietzsche et sa dialectique du maître et de l'esclave, on sait que le dominé peut parfois prendre le dessus sur le dominant. Les rapports de dépendance peuvent s'inverser, comme c'est le cas ici, entre Laura et Souria. Le statut de la première évolue quand elle acquiert la confiance de l'homme à tout faire puis de Souria. Chaque dominant a ses faiblesses. Celles du cheikh sont liées à sa famille. Celles d'Emre aussi, mais dans un autre sens : il a besoin d'autrui pour améliorer la situation de ses proches... et, surtout, il doit rester disponible 24 heures sur 24. Souria est surveillée en permanence et ne doit, en théorie, pas sortir de l'immeuble. Quant à Laura, tant qu'elle estime avoir besoin de la (généreuse) paie que lui procure son activité, elle doit ravaler sa fierté... jusqu'où ?

   L'autre angle d'attaque de l'intrigue est la supposée "convergence des luttes", liée à la grille intersectionnelle d'analyse. Palestinien en exil, femme cloîtrée et fille de banlieue (auxquels on pourrait ajouter la panthère incarcérée) sont censés être victimes de la même oppression masculine. Même quand Laura parvient à sortir pour se détendre, elle est confrontée à l'attitude toxique de certains mecs. Le film oscille entre ce fil rouge et l'idée, sous-jacente, qu'au bout du compte, c'est l'argent qui dicte tout. C'est pour garder un excellent niveau de vie (ou tenter d'améliorer le leur) que les personnages se soumettent. Mais la conception patriarcale de la société saoudienne est aussi la cause de bien des malheurs.

   Comme, en plus, l'intrigue ne prend pas le chemin d'un conte de fées, j'ai été très agréablement surpris par ce petit film, à l'habillage modeste, mais dont le message est puissant sur le fond.

Le Triangle d'or

   Voilà un film qu'il était très difficile de voir, au moment de sa sortie, dans les contrées reculées comme la mienne. Avec un peu de patience, le bouche-à-oreille étant bon, il est désormais possible de parvenir à ses fins.

   Le titre est à double sens. De prime abord, il évoque un quartier chic de Paris, dans le VIIIe arrondissement, voisin du XVIe. Au fil du déroulement de l'histoire, on comprend qu'il désigne un trio de dominés, qui ont intérêt à se serrer les coudes. Une scène placée dans la dernière partie du film est censée matérialiser cette entente.

   D'ici là, on aura eu le temps de découvrir les différentes facettes de la domination exercée dans un splendide hôtel particulier (qui, dans la réalité, se trouve dans la Villa Montmorency, une résidence sécurisée où se réfugient célébrités et ultra-riches, parmi lesquels le couple Sarkozy).

   Au bas de l'échelle se trouve... une panthère (noire), superbe, mais la plupart du temps enfermée dans une cage aménagée dans l'une des pièces de l'immeuble. Pour éviter qu'elle ne perde la boule, on lui administre des calmants...

   Un peu au-dessus se trouve la nouvelle femme à tout faire, la jeune Laura, née en banlieue, qui aspire à intégrer l'armée. En attendant, elle se maintient quotidiennement en forme et essaie d'amasser un peu d'argent. Dans le rôle, Malou Khebizi est la révélation de ce film. (Elle m'a un peu rappelé Virginie Ledoyen, dans La Fille seule, de Benoît Jacquot.)

   Elle est engagée au service de la principale occupante des lieux, la pulpeuse Souria, la maîtresse d'un cheikh saoudien, qui aspire à devenir sa deuxième épouse (et la favorite). C'est donc elle qui donne des ordres (parfois farfelus) à l'employée de maison, mais elle vit dans une prison dorée. (L' habile insertion des images de vidéosurveillance interne est là pour nous le rappeler.)

   L'homme qui fréquente le plus les lieux est Emre, une sorte de bras droit du cheikh, plutôt un homme à tout faire, d'origine palestinienne. A la fois gestionnaire et agent de sécurité, il espère pouvoir faire sortir sa famille du bourbier du Proche-Orient. Lui aussi donne des ordres à Laura. Il doit respecter Souria (qui a un train de vie bien plus dispendieux que le sien), mais aussi la surveiller, pour le compte du cheikh, souvent absent.

   Ce dernier incarne donc le dominant par excellence. C'est un homme très riche... mais l'on finit par découvrir que, dans sa famille, il n'occupe pas la place la plus importante. Il n'a d'ailleurs pas choisi sa première épouse. Le mariage a été une sorte d'alliance conclue entre deux familles influentes.

   Complètent le tableau divers employés de commerce (extérieurs à l'immeuble), libres de leurs mouvements, eux, mais économiquement dépendants de leurs prestigieux clients.

   C'est la grande habileté de ce film que de montrer comment ces rapports de domination peuvent évoluer. Depuis Nietzsche et sa dialectique du maître et de l'esclave, on sait que le dominé peut parfois prendre le dessus sur le dominant. Les rapports de dépendance peuvent s'inverser, comme c'est le cas ici, entre Laura et Souria. Le statut de la première évolue quand elle acquiert la confiance de l'homme à tout faire puis de Souria. Chaque dominant a ses faiblesses. Celles du cheikh sont liées à sa famille. Celles d'Emre aussi, mais dans un autre sens : il a besoin d'autrui pour améliorer la situation de ses proches... et, surtout, il doit rester disponible 24 heures sur 24. Souria est surveillée en permanence et ne doit, en théorie, pas sortir de l'immeuble. Quant à Laura, tant qu'elle estime avoir besoin de la (généreuse) paie que lui procure son activité, elle doit ravaler sa fierté... jusqu'où ?

   L'autre angle d'attaque de l'intrigue est la supposée "convergence des luttes", liée à la grille intersectionnelle d'analyse. Palestinien en exil, femme cloîtrée et fille de banlieue (auxquels on pourrait ajouter la panthère incarcérée) sont censés être victimes de la même oppression masculine. Même quand Laura parvient à sortir pour se détendre, elle est confrontée à l'attitude toxique de certains mecs. Le film oscille entre ce fil rouge et l'idée, sous-jacente, qu'au bout du compte, c'est l'argent qui dicte tout. C'est pour garder un excellent niveau de vie (ou tenter d'améliorer le leur) que les personnages se soumettent. Mais la conception patriarcale de la société saoudienne est aussi la cause de bien des malheurs.

   Comme, en plus, l'intrigue ne prend pas le chemin d'un conte de fées, j'ai été très agréablement surpris par ce petit film, à l'habillage modeste, mais dont le message est puissant sur le fond.

mardi, 18 août 2026

La Fin d'Oak Street

   En général, l'été, au cinéma, est la saison des grosses bagnoles, des avions, des extraterrestres, des requins... et des dinosaures. Cela donne souvent des films spectaculaires et pas prise de tête. C'est en sachant cela que je me suis décidé à aller voir la nouvelle œuvre de David Robert Mitchell, en dépit de la déception qu'avait suscitée Under the Silver Lake, il y a quelques années.

   J'ai trouvé la partie "dinosauresque" du film très réussie. Les effets spéciaux sont bons et la montée en tension est bien gérée, entre les signes avant-coureurs et l'apparition successive de plusieurs espèces, plus ou moins dangereuses, les risques courus par les humains allant crescendo.

   On sent aussi qu'il y a la volonté de rendre hommage à un certain cinéma, en particulier celui de Spielberg. La situation familiale du début, ainsi que l'ambiance de banlieue de classe moyenne, font furieusement penser à des œuvres des années 1970-1980... et cela tombe bien, puisque c'est le contexte de l'intrigue, précisé au début par la diffusion d'un épisode de La Croisière s'amuse (Love Boat dans la langue de Ronald Reagan) sur la télévision du salon.

   Toutefois, celles et ceux qui s'attendent à une simple resucée des Jurassic Park et Jurassic World, saupoudrée d'une touche de modernité (avec des dinosaures dotés de poils et/ou de plumes), risquent d'être déçus. Mitchell a "épicé" son intrigue, tout d'abord en insérant entre les scènes d'horreur quelques instants cocasses, comme la découverte, par le voisin des héros, d'une énorme bouse dans son jardin, qu'il attribue, dans un premier temps, à une plaisanterie de mauvais goût.

   Eh, oui ! Le cinéaste a tenu à ce que son public sache bien qu'un dinosaure, ça chie, ça baise... et ça raffole des glaces ! Les effets spéciaux sont mis au service de ces aspects "disruptifs", avec, en tête d'affiche, la scène de copulation grandeur nature...

   L'autre intérêt du film est le détournement de sens opéré par le réalisateur à propos de ce quartier suburbain, propulsé à l'ère secondaire. En effet, tout ce qui, de prime abord, semblait ennuyeux rassurant dans cette banlieue (maisons et voitures standardisées, pelouses uniformes, cuisines équipées, jardins grillagés...) devient une source de danger : on ne sait jamais d'où va surgir la menace (à part de la forêt environnante, apparue comme par magie).

   Sans surprise, la famille de héros, en crise au début de l'histoire, va se ressouder face à l'adversité. Anne Hathaway incarne (efficacement) à la fois une "maman grizzly" (prête à tout pour protéger sa progéniture) et une femme insatisfaite (de son mariage, de sa carrière). Ewan McGregor succède à nombre d'acteurs vedettes (Brice Willis, Tom Cruise, Matt Damon...) dans le rôle du père de famille besogneux, pas assez souvent là, tenté par la bouteille, mais brave type, au fond. Comme on est au début des années 1980, il va évidemment tenter d'endosser le costume de l'homme protecteur. Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir ce que le réalisateur en fait...

   Mais la meilleure surprise est venue du personnage de Brian, le fils cadet, sans doute âgé de 13-14 ans. Je ne sais pas si Mitchell a un compte à régler avec son adolescence (ou certaines personnes de son passé), en tout cas, il a "gratiné" ce personnage, qui, au départ, ressemble à tant de garçons des films de genre : plutôt immatures à l'origine, ils évoluent au fur et à mesure des épreuves traversées... sauf que là, tout ne se passe pas comme dans les schémas classiques. Ainsi, Brian fantasme sur la fille des nouveaux résidents du quartier et, plus tard, la voyant en détresse, veut se porter à son secours (avec son petit arc et ses flèchounnettes... contre des dinos !). Une fois mise hors de danger, la demoiselle se révèle plutôt attirée par... la grande sœur de Brian (qui, elle, a su se servir énergiquement d'un couteau pliant dont elle avait eu l'intelligence de se munir). Plus tard, alors que la famille semble avoir trouvé un moyen d'échapper à ce cauchemar, le fils se couvre une nouvelle fois de ridicule, dans des circonstances que je m'interdis de révéler.

   Du coup, je suis sorti de là assez satisfait, par la qualité des effets spéciaux et l'aspect gore de certaines scènes (les dinosaures transformant les humains en steak haché... et même en "steak à chier", si vous avez bien lu ce qui précède). En revanche, certains spectateurs de la salle où je me trouvais ont été perturbés par ces ruptures de ton... voire, comme mes quasi-voisins de rangée, n'ont pas compris pourquoi je riais à certaines scènes. Le film risque de rater sa cible et c'est bien dommage.

19:28 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

La Fin d'Oak Street

   En général, l'été, au cinéma, est la saison des grosses bagnoles, des avions, des extraterrestres, des requins... et des dinosaures. Cela donne souvent des films spectaculaires et pas prise de tête. C'est en sachant cela que je me suis décidé à aller voir la nouvelle œuvre de David Robert Mitchell, en dépit de la déception qu'avait suscitée Under the Silver Lake, il y a quelques années.

   J'ai trouvé la partie "dinosauresque" du film très réussie. Les effets spéciaux sont bons et la montée en tension est bien gérée, entre les signes avant-coureurs et l'apparition successive de plusieurs espèces, plus ou moins dangereuses, les risques courus par les humains allant crescendo.

   On sent aussi qu'il y a la volonté de rendre hommage à un certain cinéma, en particulier celui de Spielberg. La situation familiale du début, ainsi que l'ambiance de banlieue de classe moyenne, font furieusement penser à des œuvres des années 1970-1980... et cela tombe bien, puisque c'est le contexte de l'intrigue, précisé au début par la diffusion d'un épisode de La Croisière s'amuse (Love Boat dans la langue de Ronald Reagan) sur la télévision du salon.

   Toutefois, celles et ceux qui s'attendent à une simple resucée des Jurassic Park et Jurassic World, saupoudrée d'une touche de modernité (avec des dinosaures dotés de poils et/ou de plumes), risquent d'être déçus. Mitchell a "épicé" son intrigue, tout d'abord en insérant entre les scènes d'horreur quelques instants cocasses, comme la découverte, par le voisin des héros, d'une énorme bouse dans son jardin, qu'il attribue, dans un premier temps, à une plaisanterie de mauvais goût.

   Eh, oui ! Le cinéaste a tenu à ce que son public sache bien qu'un dinosaure, ça chie, ça baise... et ça raffole des glaces ! Les effets spéciaux sont mis au service de ces aspects "disruptifs", avec, en tête d'affiche, la scène de copulation grandeur nature...

   L'autre intérêt du film est le détournement de sens opéré par le réalisateur à propos de ce quartier suburbain, propulsé à l'ère secondaire. En effet, tout ce qui, de prime abord, semblait ennuyeux rassurant dans cette banlieue (maisons et voitures standardisées, pelouses uniformes, cuisines équipées, jardins grillagés...) devient une source de danger : on ne sait jamais d'où va surgir la menace (à part de la forêt environnante, apparue comme par magie).

   Sans surprise, la famille de héros, en crise au début de l'histoire, va se ressouder face à l'adversité. Anne Hathaway incarne (efficacement) à la fois une "maman grizzly" (prête à tout pour protéger sa progéniture) et une femme insatisfaite (de son mariage, de sa carrière). Ewan McGregor succède à nombre d'acteurs vedettes (Brice Willis, Tom Cruise, Matt Damon...) dans le rôle du père de famille besogneux, pas assez souvent là, tenté par la bouteille, mais brave type, au fond. Comme on est au début des années 1980, il va évidemment tenter d'endosser le costume de l'homme protecteur. Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir ce que le réalisateur en fait...

   Mais la meilleure surprise est venue du personnage de Brian, le fils cadet, sans doute âgé de 13-14 ans. Je ne sais pas si Mitchell a un compte à régler avec son adolescence (ou certaines personnes de son passé), en tout cas, il a "gratiné" ce personnage, qui, au départ, ressemble à tant de garçons des films de genre : plutôt immatures à l'origine, ils évoluent au fur et à mesure des épreuves traversées... sauf que là, tout ne se passe pas comme dans les schémas classiques. Ainsi, Brian fantasme sur la fille des nouveaux résidents du quartier et, plus tard, la voyant en détresse, veut se porter à son secours (avec son petit arc et ses flèchounnettes... contre des dinos !). Une fois mise hors de danger, la demoiselle se révèle plutôt attirée par... la grande sœur de Brian (qui, elle, a su se servir énergiquement d'un couteau pliant dont elle avait eu l'intelligence de se munir). Plus tard, alors que la famille semble avoir trouvé un moyen d'échapper à ce cauchemar, le fils se couvre une nouvelle fois de ridicule, dans des circonstances que je m'interdis de révéler.

   Du coup, je suis sorti de là assez satisfait, par la qualité des effets spéciaux et l'aspect gore de certaines scènes (les dinosaures transformant les humains en steak haché... et même en "steak à chier", si vous avez bien lu ce qui précède). En revanche, certains spectateurs de la salle où je me trouvais ont été perturbés par ces ruptures de ton... voire, comme mes quasi-voisins de rangée, n'ont pas compris pourquoi je riais à certaines scènes. Le film risque de rater sa cible et c'est bien dommage.

19:28 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 15 août 2026

Juste pour une nuit

   C'est ce qu'on appelle une comédie romantique dystopique.

   La romance met en scène deux jeunes adultes qui, au début de l'histoire, ne se connaissent pas... mais sont destinés à se rencontrer... et à s'aimer. Lui, c'est Owen, un jeune entrepreneur à la musculature impeccable et au sourire éclatant. Il est interprété par Callum Turner, que l'on a vu notamment dans Queen and country et Les Animaux fantastiques. Sa (future) dulcinée est Allie, une chanteuse en devenir, belle comme tout (ce que soulignent outrageusement les robes affriolantes qu'on lui fait porter) et, aussi incroyable cela puisse-t-il paraître, célibataire. Elle a les traits (et le corps...) de Monica Barbaro, aperçue ces dernières années dans Top Gun : Maverick et Un parfait inconnu.

   La partie comique surgit au détour des embûches que le duo va devoir surmonter avant de former un couple. Cela commence au bout du premier quart d'heure, juste après la rencontre. On se dit que ça va vite "coller" entre eux... mais cela dérape de manière cocasse... et un peu dégueu. (J'aime bien, ça !) Durant toute la nuit, ils vont se croiser, chacun cherchant a priori son bonheur ailleurs. Évidemment, à chaque fois, cela foire... et de manière assez inattendue. J'ai particulièrement apprécié la "course au préservatif". Il convient d'ajouter qu'Allie est confrontée à un extraordinaire échantillon de la gent masculine (ce dont les mecs hétérosexuels ne sortent pas grandis...), notamment deux "princes charmants"... qui se révèlent quelque peu différents de ce qu'ils paraissent. J'ai encore plus aimé le magicien amateur, mais mon préféré est sans conteste le plus jeune des prétendants d'Allie, un gamin pubère de douze-treize ans, obsédé sexuel, dont sa colocataire lesbienne a la garde, le temps de la nuit des hétéros. (Les homos célib' ont eux/elles aussi droit à leur nuit de débauche, mais à un autre moment, semble-t-il. Bien que se voulant "gay friendly", le film reste dans son ensemble très hétéronormé.)

   L'aspect dystopique réside dans le fait que les héros vivent dans un monde où il est interdit aux célibataires d'avoir des rapports sexuels en dehors du mariage... sauf un jour (une nuit, plutôt) dans l'année. A ce moment-là, New York se transforme en gigantesque baisodrome, une situation dont le film tire un parti comique. Insidieusement, il évoque aussi le risque du retour d'un certain Ordre moral, sous la houlette d'un président des Etats-Unis très âgé, adepte des formules chocs...

   Vous vous demandez peut-être comment le contrôle d'une population tenaillée par ses hormones est possible... Sachez que les scénaristes ont pensé que la technologie pouvait être mise au service de cette semi-dictature ultra-conservatrice. C'est correctement mis en scène.

   Cependant, tout n'est pas réussi dans cette comédie faussement rebelle. Ainsi, la première scène entre le héros et sa petite amie (sur le point de le larguer pour pouvoir s'envoyer en l'air durant la "nuit des célibataires"...) est mal jouée. C'est l'occasion de constater que la jeune Maya Hawke (qui incarne ladite copine) a encore du chemin à faire avant de pouvoir rivaliser avec ses augustes géniteurs... Je n'ai pas non plus aimé la fin, que j'ai trouvée assez conne.

   Ces réserves émises, j'ai globalement passé un agréable moment, la comédie tenant bien la route.

   P.S.

   Il y a deux ans, le réalisateur Will Gluck nous avait livré une romcom du même tonneau (dystopie en moins), Tout sauf toi.

11:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Juste pour une nuit

   C'est ce qu'on appelle une comédie romantique dystopique.

   La romance met en scène deux jeunes adultes qui, au début de l'histoire, ne se connaissent pas... mais sont destinés à se rencontrer... et à s'aimer. Lui, c'est Owen, un jeune entrepreneur à la musculature impeccable et au sourire éclatant. Il est interprété par Callum Turner, que l'on a vu notamment dans Queen and country et Les Animaux fantastiques. Sa (future) dulcinée est Allie, une chanteuse en devenir, belle comme tout (ce que soulignent outrageusement les robes affriolantes qu'on lui fait porter) et, aussi incroyable cela puisse-t-il paraître, célibataire. Elle a les traits (et le corps...) de Monica Barbaro, aperçue ces dernières années dans Top Gun : Maverick et Un parfait inconnu.

   La partie comique surgit au détour des embûches que le duo va devoir surmonter avant de former un couple. Cela commence au bout du premier quart d'heure, juste après la rencontre. On se dit que ça va vite "coller" entre eux... mais cela dérape de manière cocasse... et un peu dégueu. (J'aime bien, ça !) Durant toute la nuit, ils vont se croiser, chacun cherchant a priori son bonheur ailleurs. Évidemment, à chaque fois, cela foire... et de manière assez inattendue. J'ai particulièrement apprécié la "course au préservatif". Il convient d'ajouter qu'Allie est confrontée à un extraordinaire échantillon de la gent masculine (ce dont les mecs hétérosexuels ne sortent pas grandis...), notamment deux "princes charmants"... qui se révèlent quelque peu différents de ce qu'ils paraissent. J'ai encore plus aimé le magicien amateur, mais mon préféré est sans conteste le plus jeune des prétendants d'Allie, un gamin pubère de douze-treize ans, obsédé sexuel, dont sa colocataire lesbienne a la garde, le temps de la nuit des hétéros. (Les homos célib' ont eux/elles aussi droit à leur nuit de débauche, mais à un autre moment, semble-t-il. Bien que se voulant "gay friendly", le film reste dans son ensemble très hétéronormé.)

   L'aspect dystopique réside dans le fait que les héros vivent dans un monde où il est interdit aux célibataires d'avoir des rapports sexuels en dehors du mariage... sauf un jour (une nuit, plutôt) dans l'année. A ce moment-là, New York se transforme en gigantesque baisodrome, une situation dont le film tire un parti comique. Insidieusement, il évoque aussi le risque du retour d'un certain Ordre moral, sous la houlette d'un président des Etats-Unis très âgé, adepte des formules chocs...

   Vous vous demandez peut-être comment le contrôle d'une population tenaillée par ses hormones est possible... Sachez que les scénaristes ont pensé que la technologie pouvait être mise au service de cette semi-dictature ultra-conservatrice. C'est correctement mis en scène.

   Cependant, tout n'est pas réussi dans cette comédie faussement rebelle. Ainsi, la première scène entre le héros et sa petite amie (sur le point de le larguer pour pouvoir s'envoyer en l'air durant la "nuit des célibataires"...) est mal jouée. C'est l'occasion de constater que la jeune Maya Hawke (qui incarne ladite copine) a encore du chemin à faire avant de pouvoir rivaliser avec ses augustes géniteurs... Je n'ai pas non plus aimé la fin, que j'ai trouvée assez conne.

   Ces réserves émises, j'ai globalement passé un agréable moment, la comédie tenant bien la route.

   P.S.

   Il y a deux ans, le réalisateur Will Gluck nous avait livré une romcom du même tonneau (dystopie en moins), Tout sauf toi.

11:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 13 août 2026

Lydia et le vaisseau des tempêtes

   Cette animation canadienne baigne dans une ambiance d'heroic fantasy. Les protagonistes vivent en zone littorale, dans un endroit qui a des airs d'Irlande ou de Grande-Bretagne, sur fond de musique celtique. On peut y croiser des "astromagiciennes", dotées de pouvoirs considérables.

   C'est le chemin qu'aimerait suivre la jeune Lydia, dont la mère était l'une de ces astromagiciennes. Elle a mystérieusement disparu, jadis.  D'autres disparitions, actuelles, suscitent l'inquiétude dans le village, celles des enfants, emportés par une brume aussi étrange que maléfique, au sein de laquelle est tapi un sombre personnage : l'Envoûteur.

   Dans des circonstances que je me garderai de révéler, Lydia (accompagnée de sa chatte, Bestiole) se retrouve embarquée sur un étrange vaisseau volant, capable de plonger dans les profondeurs de la Mer de Brume comme de naviguer au-dessus des nuages. Cette faculté, ainsi que l'aspect de son équipage, ne sont pas sans rappeler Pirates des Caraïbes (même si la fonction de ces hommes et femmes est tout autre).

   Pendant que les enfants seront concentrés sur les aventures de Lydia et de son nouvel ami Lucas, les adultes s'amuseront à dénicher les références cinéphiliques. Ainsi, quand l'héroïne débarque dans une imposante cité isolée, où elle espère effectuer son apprentissage d'astromagicienne, on se dit que Poudlard n'est pas très loin. J'ajoute que l'esprit de La Guerre des étoiles flotte autour de l'intrigue, l'un des personnages étant visiblement inspiré de Dark Vador, Lydia faisant plutôt figure de Jedi en devenir.

   L'animation est de qualité, sans être virtuose. De très beaux paysages, célestes comme "marins" nous sont proposés. Les effets ont été particulièrement soignés quand il s'est agi de représenter les pouvoirs magiques.

   On sera indulgent pour quelques faiblesses, dans le déroulement de l'intrigue. Ainsi, si la jeune apprentie magicienne n'y arrive pas du tout au début, il ne lui faudra guère de temps pour acquérir la dextérité lui permettant d'affronter l'Envoûteur (dont l'identité réelle sera rapidement découverte par les adultes).

   Je pourrais aussi reprocher à cette animation familiale la sous-représentation des pères. On n'en voit réellement qu'un, de manière consistante (et positive... ouf !) : le capitaine du vaisseau, doublé par Anthony Kavanagh. En revanche, des parents de Lydia on ne verra que la mère. Le père de l'Envoûteur est totalement inconnu (alors que sa mère joue un rôle important). Serait-ce une manière pour les scénaristes de souligner le manque d'implication des papas du XXIe siècle dans l'éducation de leur progéniture ?

   Tant qu'on est dans l'analyse sociétale, je recommande d'être attentif aux (nouveaux ?) stéréotypes de genre : la connaissance livresque semble plutôt une prérogative féminine, les personnages masculins étant davantage identifiés à l'action qu'à la réflexion.

   Mais, bon, tout cela passe au-dessus de la tête des bambins, qui, dans la salle où je me trouvais, ont été pris par cette histoire d'aventures et de magie, où il est aussi question de la séparation, de la perte et du souvenir des êtres chers.

14:36 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Lydia et le vaisseau des tempêtes

   Cette animation canadienne baigne dans une ambiance d'heroic fantasy. Les protagonistes vivent en zone littorale, dans un endroit qui a des airs d'Irlande ou de Grande-Bretagne, sur fond de musique celtique. On peut y croiser des "astromagiciennes", dotées de pouvoirs considérables.

   C'est le chemin qu'aimerait suivre la jeune Lydia, dont la mère était l'une de ces astromagiciennes. Elle a mystérieusement disparu, jadis.  D'autres disparitions, actuelles, suscitent l'inquiétude dans le village, celles des enfants, emportés par une brume aussi étrange que maléfique, au sein de laquelle est tapi un sombre personnage : l'Envoûteur.

   Dans des circonstances que je me garderai de révéler, Lydia (accompagnée de sa chatte, Bestiole) se retrouve embarquée sur un étrange vaisseau volant, capable de plonger dans les profondeurs de la Mer de Brume comme de naviguer au-dessus des nuages. Cette faculté, ainsi que l'aspect de son équipage, ne sont pas sans rappeler Pirates des Caraïbes (même si la fonction de ces hommes et femmes est tout autre).

   Pendant que les enfants seront concentrés sur les aventures de Lydia et de son nouvel ami Lucas, les adultes s'amuseront à dénicher les références cinéphiliques. Ainsi, quand l'héroïne débarque dans une imposante cité isolée, où elle espère effectuer son apprentissage d'astromagicienne, on se dit que Poudlard n'est pas très loin. J'ajoute que l'esprit de La Guerre des étoiles flotte autour de l'intrigue, l'un des personnages étant visiblement inspiré de Dark Vador, Lydia faisant plutôt figure de Jedi en devenir.

   L'animation est de qualité, sans être virtuose. De très beaux paysages, célestes comme "marins" nous sont proposés. Les effets ont été particulièrement soignés quand il s'est agi de représenter les pouvoirs magiques.

   On sera indulgent pour quelques faiblesses, dans le déroulement de l'intrigue. Ainsi, si la jeune apprentie magicienne n'y arrive pas du tout au début, il ne lui faudra guère de temps pour acquérir la dextérité lui permettant d'affronter l'Envoûteur (dont l'identité réelle sera rapidement découverte par les adultes).

   Je pourrais aussi reprocher à cette animation familiale la sous-représentation des pères. On n'en voit réellement qu'un, de manière consistante (et positive... ouf !) : le capitaine du vaisseau, doublé par Anthony Kavanagh. En revanche, des parents de Lydia on ne verra que la mère. Le père de l'Envoûteur est totalement inconnu (alors que sa mère joue un rôle important). Serait-ce une manière pour les scénaristes de souligner le manque d'implication des papas du XXIe siècle dans l'éducation de leur progéniture ?

   Tant qu'on est dans l'analyse sociétale, je recommande d'être attentif aux (nouveaux ?) stéréotypes de genre : la connaissance livresque semble plutôt une prérogative féminine, les personnages masculins étant davantage identifiés à l'action qu'à la réflexion.

   Mais, bon, tout cela passe au-dessus de la tête des bambins, qui, dans la salle où je me trouvais, ont été pris par cette histoire d'aventures et de magie, où il est aussi question de la séparation, de la perte et du souvenir des êtres chers.

14:36 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 12 août 2026

Lawrence d'Arabie

   C'est l'un des bonheurs de cet été caniculaire : la ressortie sur grand écran de films d'animation ou de longs-métrages classiques, restaurés. Voilà un excellent prétexte pour se ruer dans les salles obscures (climatisées). En revanche, pour "choper" le film de David Lean, il faut s'armer de courage. Il n'a pas bénéficié d'une distribution aussi large que Kill Bill ou Cowboy Bebop.

   C'est un peu par hasard, au cours d'une pérégrination estivale, que j'ai eu l'occasion de me replonger dans ce qui peut être considéré comme un quasi-chef-d'oeuvre. Nous n'étions pas nombreux dans la salle, pour une séance (en version originale sous-titrée) de près de 3h40, avec un entracte... et deux introductions musicales aveugles, l'écran demeurant (temporairement) totalement noir... permettant de commencer à jouir de la musique composée par Maurice Jarre, l'un des atouts majeurs du film.

   Un autre intérêt de cette réédition en salle est de pouvoir profiter de la mise en scène inspirée de D. Lean, qui a fait du désert un personnage de son histoire.

   C'est aussi l'occasion de retrouver des acteurs épatants : le magnétique Peter O'Toole dans le rôle-titre, auquel je préfère toutefois Omar Sharif, en nationaliste arabe intransigeant, suivant un code d'honneur rigoureux. A noter aussi la prestation d'Anthony Quinn en chef tribal grande gueule. Elle fut jugée caricaturale par une partie du public moyen-oriental... mais quelle performance d'acteur ! Alec Guinness, quant à lui, fait le job en prince arabe... dont on a plus ou moins foncé le teint selon les scènes !

   Il y a donc quelques imperfections dans cette œuvre d'une incontestable ampleur. On a évidemment souligné la faible présence d'acteurs régionaux (du moins pour les rôles de premier plan). On aurait pu relever le recours à "la nuit américaine" : de nombreuses scènes de nuit (notamment dans le désert) ont été tournée de jour. L'usage de filtres n'empêche pas de constater que, bien que se déplaçant de nuit, humains comme chameaux ont une ombre ! (On est sans doute prié de croire que c'est celle projetée par la Lune...)

   Autre absence notable : celle des femmes. Aucun personnage principal ni secondaire n'est féminin. Leur présence (fugace) se limite à celle de figurantes, incarnant les épouses et filles des chefs de tribus arabes. L'intrigue se déroule clairement dans "un monde de mecs", certains d'entre eux entretenant des relations plus qu'amicales avec les personnes du même sexe. Mais le film reste très allusif à ce sujet (on est en 1962-1963).

   Il reste un souffle incontestable. Celui de l'Histoire, qui voit les Arabes du Proche-Orient se libérer de la domination turque... pour tomber sous celle des Britanniques (et des Français). Celui aussi de l'aventure d'un étrange prophète aux yeux bleus, cet Européen à la culture classique devenu un homme du désert, à la fois fascinant et perturbé. Le concernant, on remarque que le scénario refuse tout manichéisme, évitant aussi bien l'idolâtrie que le dénigrement systématique (une leçon pour les metteurs en scène contemporains).

   P.S. I

   Il est des coïncidences qui ne manquent pas de sel : Lawrence d'Arabie ressort en salles au moment où L'Odyssée de Christopher Nolan y triomphe. Force est de constater que le casting des deux films-fleuves a été construit de manière diamétralement opposée : dans un cas, on fait jouer des personnages "caucasiens" par des acteurs afro-descendants, dans l'autre, on impose des acteurs hollywoodiens (souvent blancs) dans tous les rôles principaux, y compris ceux de protagonistes arabes.

   Pour la petite histoire : quelques années avant de décéder, l'authentique Thomas Edward Lawrence avait achevé sa traduction de l’œuvre d'Homère.

   P.S. II

   Pour en savoir plus sur la vie de Lawrence, je conseille un numéro de l'émission Le Temps d'un bivouac, de Daniel Fiévet (sur France Inter), datant de 2019.

Lawrence d'Arabie

   C'est l'un des bonheurs de cet été caniculaire : la ressortie sur grand écran de films d'animation ou de longs-métrages classiques, restaurés. Voilà un excellent prétexte pour se ruer dans les salles obscures (climatisées). En revanche, pour "choper" le film de David Lean, il faut s'armer de courage. Il n'a pas bénéficié d'une distribution aussi large que Kill Bill ou Cowboy Bebop.

   C'est un peu par hasard, au cours d'une pérégrination estivale, que j'ai eu l'occasion de me replonger dans ce qui peut être considéré comme un quasi-chef-d'oeuvre. Nous n'étions pas nombreux dans la salle, pour une séance (en version originale sous-titrée) de près de 3h40, avec un entracte... et deux introductions musicales aveugles, l'écran demeurant (temporairement) totalement noir... permettant de commencer à jouir de la musique composée par Maurice Jarre, l'un des atouts majeurs du film.

   Un autre intérêt de cette réédition en salle est de pouvoir profiter de la mise en scène inspirée de D. Lean, qui a fait du désert un personnage de son histoire.

   C'est aussi l'occasion de retrouver des acteurs épatants : le magnétique Peter O'Toole dans le rôle-titre, auquel je préfère toutefois Omar Sharif, en nationaliste arabe intransigeant, suivant un code d'honneur rigoureux. A noter aussi la prestation d'Anthony Quinn en chef tribal grande gueule. Elle fut jugée caricaturale par une partie du public moyen-oriental... mais quelle performance d'acteur ! Alec Guinness, quant à lui, fait le job en prince arabe... dont on a plus ou moins foncé le teint selon les scènes !

   Il y a donc quelques imperfections dans cette œuvre d'une incontestable ampleur. On a évidemment souligné la faible présence d'acteurs régionaux (du moins pour les rôles de premier plan). On aurait pu relever le recours à "la nuit américaine" : de nombreuses scènes de nuit (notamment dans le désert) ont été tournée de jour. L'usage de filtres n'empêche pas de constater que, bien que se déplaçant de nuit, humains comme chameaux ont une ombre ! (On est sans doute prié de croire que c'est celle projetée par la Lune...)

   Autre absence notable : celle des femmes. Aucun personnage principal ni secondaire n'est féminin. Leur présence (fugace) se limite à celle de figurantes, incarnant les épouses et filles des chefs de tribus arabes. L'intrigue se déroule clairement dans "un monde de mecs", certains d'entre eux entretenant des relations plus qu'amicales avec les personnes du même sexe. Mais le film reste très allusif à ce sujet (on est en 1962-1963).

   Il reste un souffle incontestable. Celui de l'Histoire, qui voit les Arabes du Proche-Orient se libérer de la domination turque... pour tomber sous celle des Britanniques (et des Français). Celui aussi de l'aventure d'un étrange prophète aux yeux bleus, cet Européen à la culture classique devenu un homme du désert, à la fois fascinant et perturbé. Le concernant, on remarque que le scénario refuse tout manichéisme, évitant aussi bien l'idolâtrie que le dénigrement systématique (une leçon pour les metteurs en scène contemporains).

   P.S. I

   Il est des coïncidences qui ne manquent pas de sel : Lawrence d'Arabie ressort en salles au moment où L'Odyssée de Christopher Nolan y triomphe. Force est de constater que le casting des deux films-fleuves a été construit de manière diamétralement opposée : dans un cas, on fait jouer des personnages "caucasiens" par des acteurs afro-descendants, dans l'autre, on impose des acteurs hollywoodiens (souvent blancs) dans tous les rôles principaux, y compris ceux de protagonistes arabes.

   Pour la petite histoire : quelques années avant de décéder, l'authentique Thomas Edward Lawrence avait achevé sa traduction de l’œuvre d'Homère.

   P.S. II

   Pour en savoir plus sur la vie de Lawrence, je conseille un numéro de l'émission Le Temps d'un bivouac, de Daniel Fiévet (sur France Inter), datant de 2019.

mardi, 11 août 2026

L'Odyssée

   Christopher Nolan est du genre à prendre son temps : il n'a tourné que treize films en trente ans et, dans la seconde partie de sa carrière, l'écart entre deux longs-métrages semble se stabiliser à trois ans. Il n'aime pas bâcler le travail... et il réussit à faire venir du monde dans les salles de cinéma, ce dont je lui serai toujours reconnaissant. Avant même la sortie de L'Odyssée, mon cinéma CGR ayant eu l'intelligence de reprogrammer plusieurs de ses précédents films (notamment The Dark Knight et Interstellar), j'ai pu constater que cela attirait du public, y compris en version originale sous-titrée. La particularité était de voir représentées deux générations de spectateurs : les 15-30 ans, qui n'ont pas dû découvrir beaucoup d’œuvres de Nolan en salles, et les 50-70 ans, qui le suivent depuis des années.

   J'ai souvent souri (ou tiqué) en entendant ou lisant des critiques de ce film, soit pour l'encenser, soit pour le dénigrer. Rarement a été avancée l'idée qu'il y avait en réalité deux films en un : l'adaptation (libre) du poème homérique et une œuvre politique contemporaine, engagée.

   Si le matériau de base est bien L'Odyssée d'Homère, des ajouts (issus eux aussi de l'Antiquité) ont été pratiqués. Il semble évident que L'Enéide de Virgile (auteur romain contemporain de Jules César) a été mise à contribution (notamment pour le récit de la conquête de Troie), ainsi que divers textes épars qui font partie de la légende de Troie.

   On pourra toujours contester les choix de Nolan (il n'a pas gardé tous les épisodes du poème), mais, globalement, il  a construit un bon péplum, avec du souffle, de l'action et de l'émotion. Parmi les séquences qui m'ont marqué, il y a la conquête de Troie (qui nous est présentée en plusieurs phases séparées), la rencontre de Circé, le passage par Charybe et Scylla... ainsi, bien sûr, que le massacre des prétendants. En revanche, je suis un peu déçu par l'épisode du Cyclope, apparemment si redoutable et auquel Ulysse et ses hommes finissent par échapper assez facilement. Il me semble qu'ici Nolan a été prisonnier de ses effets spéciaux, qui l'ont empêché de donner à ses scènes toute la dynamique qu'elles méritaient. On retrouve cet inaccomplissement dans la séquence chez les Lestrygons et celle des sirènes. C'est assez spectaculaire, visuellement bien fait, mais trop bref. Peut-être, au vu de la durée estimée du film, a-t-on pratiqué quelques coupes au montage.

   Ces coupes ont toutefois épargné certains moments moins réussis que les autres. Je pense en particulier au décès du chien d'Ulysse. Le cabot était resté en vie pour pouvoir assister au retour de son maître (brave bête...). Il est l'un des rares à le reconnaître dans le vagabond qui demande l'hospitalité à Ithaque... et il meurt illico, à la manière du personnage incarné par Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises, ce qui n'est vraiment pas un compliment. (C'était mieux mis en scène dans The Return, un film aux ambitions plus modestes, sorti l'an dernier, dont le principal atout était la présence au générique de l'excellent Ralph Fiennes.)

   Le lien entre le péplum et le film politique se noue dans la séquence à Sparte, où Télémaque rencontre Hélène et Ménélas. Là, on s'éloigne vraiment beaucoup du texte comme de l'esprit des poèmes homériques. Ce n'est pas tant le fait qu'Hélène ait les traits d'une actrice "afro-descendante" qui pose problème (même si, dans les poèmes homériques, à plusieurs reprises, on la qualifie de femme "aux bras blancs"). Lupita Nyong'o est crédible en ravissante femme adule, capable de faire tourner les têtes. Mais le couple qu'elle forme avec Ménélas (celui-ci toujours qualifié de "blond" dans les poèmes... et incarné par un acteur brun) a plus à voir avec le XXIe siècle qu'avec l'époque antique. Il s'agit ici de dénoncer le masculinisme toxique. Or, chez les poètes homériques, le couple s'est réconcilié, Ménélas ayant pris conscience que son épouse avait été davantage envoutée par Aphrodite que par ce petit insolent de Pâris. De surcroît, il avait de nouveau succombé au charme de la belle Hélène.

   L'absence (physique) des divinités grecques (à l'exception d'Athéna... mais l'interprétation évanescente de Zendaya a le même résultat) occulte tout un pan des poèmes, qui traitent du déterminisme et de la liberté. Pour employer un vocabulaire plus contemporain, on pourrait dire qu'une partie des actes des humains dépend d'eux, tandis que l'autre est le résultat des circonstances / de la fatalité / de la volonté divine (rayer les mentions inutiles). De la mentalité homérique, Nolan choisit de ne garder que la remise en question (par les auteurs de L'Odyssée)  de l'héroïsme de L'Iliade.

   Cela concorde avec son propos politique. Il est évident que la troupe de soldats qui conquiert Troie ne représente pas différentes cités du monde grec mais la société multiculturelle états-unienne, dont (selon Nolan) l'action perturbe plus qu'elle ne libère le Proche-Orient. Ce n'est pas un hasard si Ulysse est incarné par Matt Damon, alias Jason Bourne. L'ex-super-agent de la CIA est un peu comme l'ancien guerrier grec couvert de gloire : il a pris du recul par rapport à ses exploits passés et considère désormais que son bonheur consiste en une vie simple, auprès de la femme qu'il aime. (Cette remise en question de l'héroïsme masculin traditionnel n'est pas sans rappeler ce qu'on a récemment vu dans On l'appelait Robin des Bois... à ceci près que l'Américain Damon rencontre moins de difficulté à bander son arc que l'Australo-Britannique Jackman-Robin.)

   Concernant les Troyens, le film est ambigu, jouant sur tous les tableaux. D'un côté, il représente les soldats d'Ilion comme de quasi-doubles des Grecs, portant un équipement assez proche du leur et adorant les mêmes divinités. D'un autre côté, dans plusieurs retours en arrière évoquant la prise de Troie, on aperçoit des "civils" (des habitants non combattants), qui ont la peau foncée. Enfin, le comportement prédateur des Grecs/États-uniens est exagéré. Ni les premiers ni les seconds n'ont mené de guerre d'extermination (contrairement à ce qui est montré dans le film). Les Grecs antiques, une fois leurs ennemis vaincus, avaient plutôt tendance à emporter du "butin" : nourriture, objets, bijoux, femmes, enfants. Mais, pour Nolan, l'important semble être que le public fasse le lien avec une certaine image qu'ils se font des conflits du Moyen-Orient.

   Enfin, il est cocasse que des critiques se réjouissent à la fois des distances prises par Nolan vis-à-vis du texte d'origine et de l'aspect féministe de son intrigue... Or, L'Odyssée des poètes homériques regorge de personnages féminins forts, à commencer bien entendu par Pénélope (plutôt bien représentée dans le film). Circé aussi est correctement campée, même si Nolan en fait plus une sorcière de type médiéval qu'une magicienne séduite par Ulysse... Charlize Theron n'est pas un mauvais choix pour Calypso, mais je trouve qu'elle aurait été plus à sa place en Hélène. L'épisode qui la voit interagir avec Ulysse n'est pas le plus réussi du film. Je ne reviendrai pas sur Athéna, dont l'incarnation aurait dû être l'occasion de mettre en avant une jeune femme guerrière et rusée. Il manque aussi notamment Nausicaa, la princesse phéacienne qui apporte son aide à Ulysse. Ainsi, les poètes homériques se révèlent plus féministes que Christopher Nolan, puisqu'ils font dépendre le succès d'Ulysse de l'action de plusieurs personnages féminins, notamment Athéna et Nausicaa, ce que ne montre pas le cinéaste dans son film.

   Je trouve que, depuis qu'il ne cosigne plus ses scenarii avec son frère (qui se consacre désormais plutôt à des séries télé), Nolan, dont les films, à l'origine, ne se situaient dans aucun camp et abordaient les questions sociétales avec une certaine nuance, a tendance à vouloir incarner une figure morale. Le succès remporté par Oppenheimer aux Oscars 2024 l'a, je pense, conforté dans ce choix (avec l'appui des producteurs). On verra au prochain film si Nolan redevient le cinéaste de la complexité qu'il fut ou s'il se contente d'être une sorte de porte-drapeau du "camp du bien".

L'Odyssée

   Christopher Nolan est du genre à prendre son temps : il n'a tourné que treize films en trente ans et, dans la seconde partie de sa carrière, l'écart entre deux longs-métrages semble se stabiliser à trois ans. Il n'aime pas bâcler le travail... et il réussit à faire venir du monde dans les salles de cinéma, ce dont je lui serai toujours reconnaissant. Avant même la sortie de L'Odyssée, mon cinéma CGR ayant eu l'intelligence de reprogrammer plusieurs de ses précédents films (notamment The Dark Knight et Interstellar), j'ai pu constater que cela attirait du public, y compris en version originale sous-titrée. La particularité était de voir représentées deux générations de spectateurs : les 15-30 ans, qui n'ont pas dû découvrir beaucoup d’œuvres de Nolan en salles, et les 50-70 ans, qui le suivent depuis des années.

   J'ai souvent souri (ou tiqué) en entendant ou lisant des critiques de ce film, soit pour l'encenser, soit pour le dénigrer. Rarement a été avancée l'idée qu'il y avait en réalité deux films en un : l'adaptation (libre) du poème homérique et une œuvre politique contemporaine, engagée.

   Si le matériau de base est bien L'Odyssée d'Homère, des ajouts (issus eux aussi de l'Antiquité) ont été pratiqués. Il semble évident que L'Enéide de Virgile (auteur romain contemporain de Jules César) a été mise à contribution (notamment pour le récit de la conquête de Troie), ainsi que divers textes épars qui font partie de la légende de Troie.

   On pourra toujours contester les choix de Nolan (il n'a pas gardé tous les épisodes du poème), mais, globalement, il  a construit un bon péplum, avec du souffle, de l'action et de l'émotion. Parmi les séquences qui m'ont marqué, il y a la conquête de Troie (qui nous est présentée en plusieurs phases séparées), la rencontre de Circé, le passage par Charybe et Scylla... ainsi, bien sûr, que le massacre des prétendants. En revanche, je suis un peu déçu par l'épisode du Cyclope, apparemment si redoutable et auquel Ulysse et ses hommes finissent par échapper assez facilement. Il me semble qu'ici Nolan a été prisonnier de ses effets spéciaux, qui l'ont empêché de donner à ses scènes toute la dynamique qu'elles méritaient. On retrouve cet inaccomplissement dans la séquence chez les Lestrygons et celle des sirènes. C'est assez spectaculaire, visuellement bien fait, mais trop bref. Peut-être, au vu de la durée estimée du film, a-t-on pratiqué quelques coupes au montage.

   Ces coupes ont toutefois épargné certains moments moins réussis que les autres. Je pense en particulier au décès du chien d'Ulysse. Le cabot était resté en vie pour pouvoir assister au retour de son maître (brave bête...). Il est l'un des rares à le reconnaître dans le vagabond qui demande l'hospitalité à Ithaque... et il meurt illico, à la manière du personnage incarné par Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises, ce qui n'est vraiment pas un compliment. (C'était mieux mis en scène dans The Return, un film aux ambitions plus modestes, sorti l'an dernier, dont le principal atout était la présence au générique de l'excellent Ralph Fiennes.)

   Le lien entre le péplum et le film politique se noue dans la séquence à Sparte, où Télémaque rencontre Hélène et Ménélas. Là, on s'éloigne vraiment beaucoup du texte comme de l'esprit des poèmes homériques. Ce n'est pas tant le fait qu'Hélène ait les traits d'une actrice "afro-descendante" qui pose problème (même si, dans les poèmes homériques, à plusieurs reprises, on la qualifie de femme "aux bras blancs"). Lupita Nyong'o est crédible en ravissante femme adule, capable de faire tourner les têtes. Mais le couple qu'elle forme avec Ménélas (celui-ci toujours qualifié de "blond" dans les poèmes... et incarné par un acteur brun) a plus à voir avec le XXIe siècle qu'avec l'époque antique. Il s'agit ici de dénoncer le masculinisme toxique. Or, chez les poètes homériques, le couple s'est réconcilié, Ménélas ayant pris conscience que son épouse avait été davantage envoutée par Aphrodite que par ce petit insolent de Pâris. De surcroît, il avait de nouveau succombé au charme de la belle Hélène.

   L'absence (physique) des divinités grecques (à l'exception d'Athéna... mais l'interprétation évanescente de Zendaya a le même résultat) occulte tout un pan des poèmes, qui traitent du déterminisme et de la liberté. Pour employer un vocabulaire plus contemporain, on pourrait dire qu'une partie des actes des humains dépend d'eux, tandis que l'autre est le résultat des circonstances / de la fatalité / de la volonté divine (rayer les mentions inutiles). De la mentalité homérique, Nolan choisit de ne garder que la remise en question (par les auteurs de L'Odyssée)  de l'héroïsme de L'Iliade.

   Cela concorde avec son propos politique. Il est évident que la troupe de soldats qui conquiert Troie ne représente pas différentes cités du monde grec mais la société multiculturelle états-unienne, dont (selon Nolan) l'action perturbe plus qu'elle ne libère le Proche-Orient. Ce n'est pas un hasard si Ulysse est incarné par Matt Damon, alias Jason Bourne. L'ex-super-agent de la CIA est un peu comme l'ancien guerrier grec couvert de gloire : il a pris du recul par rapport à ses exploits passés et considère désormais que son bonheur consiste en une vie simple, auprès de la femme qu'il aime. (Cette remise en question de l'héroïsme masculin traditionnel n'est pas sans rappeler ce qu'on a récemment vu dans On l'appelait Robin des Bois... à ceci près que l'Américain Damon rencontre moins de difficulté à bander son arc que l'Australo-Britannique Jackman-Robin.)

   Concernant les Troyens, le film est ambigu, jouant sur tous les tableaux. D'un côté, il représente les soldats d'Ilion comme de quasi-doubles des Grecs, portant un équipement assez proche du leur et adorant les mêmes divinités. D'un autre côté, dans plusieurs retours en arrière évoquant la prise de Troie, on aperçoit des "civils" (des habitants non combattants), qui ont la peau foncée. Enfin, le comportement prédateur des Grecs/États-uniens est exagéré. Ni les premiers ni les seconds n'ont mené de guerre d'extermination (contrairement à ce qui est montré dans le film). Les Grecs antiques, une fois leurs ennemis vaincus, avaient plutôt tendance à emporter du "butin" : nourriture, objets, bijoux, femmes, enfants. Mais, pour Nolan, l'important semble être que le public fasse le lien avec une certaine image qu'ils se font des conflits du Moyen-Orient.

   Enfin, il est cocasse que des critiques se réjouissent à la fois des distances prises par Nolan vis-à-vis du texte d'origine et de l'aspect féministe de son intrigue... Or, L'Odyssée des poètes homériques regorge de personnages féminins forts, à commencer bien entendu par Pénélope (plutôt bien représentée dans le film). Circé aussi est correctement campée, même si Nolan en fait plus une sorcière de type médiéval qu'une magicienne séduite par Ulysse... Charlize Theron n'est pas un mauvais choix pour Calypso, mais je trouve qu'elle aurait été plus à sa place en Hélène. L'épisode qui la voit interagir avec Ulysse n'est pas le plus réussi du film. Je ne reviendrai pas sur Athéna, dont l'incarnation aurait dû être l'occasion de mettre en avant une jeune femme guerrière et rusée. Il manque aussi notamment Nausicaa, la princesse phéacienne qui apporte son aide à Ulysse. Ainsi, les poètes homériques se révèlent plus féministes que Christopher Nolan, puisqu'ils font dépendre le succès d'Ulysse de l'action de plusieurs personnages féminins, notamment Athéna et Nausicaa, ce que ne montre pas le cinéaste dans son film.

   Je trouve que, depuis qu'il ne cosigne plus ses scenarii avec son frère (qui se consacre désormais plutôt à des séries télé), Nolan, dont les films, à l'origine, ne se situaient dans aucun camp et abordaient les questions sociétales avec une certaine nuance, a tendance à vouloir incarner une figure morale. Le succès remporté par Oppenheimer aux Oscars 2024 l'a, je pense, conforté dans ce choix (avec l'appui des producteurs). On verra au prochain film si Nolan redevient le cinéaste de la complexité qu'il fut ou s'il se contente d'être une sorte de porte-drapeau du "camp du bien".

lundi, 03 août 2026

The Ugly

   Moins de deux mois après la sortie du décevant Colony, Sang Ho-Yeon est de retour sur nos écrans avec un film plus intimiste, mais qui traite un peu la même thématique, celle de la monstruosité (ou de la laideur) : est-elle plus externe qu'interne ? Ici, les zombies infectés sont remplacés par un artisan aveugle et son épouse, à laquelle les habitants du quartier donnaient un surnom infamant, en raison de son visage (supposé) disgracieux.

   Tout commence, de nos jours, par le tournage d'un reportage. Les journalistes s'intéressent à un graveur de sceaux, réputé pour son travail de qualité... alors qu'il est aveugle de naissance ! De surcroît, il a élevé seul son fils unique (qui l'épaule à l'atelier), à partir de la disparition de son épouse, il y a quarante ans.

   La découverte des ossements d'une jeune femme, dans le bois jouxtant la ville, réoriente le reportage. Les journalistes cherchent désormais à en savoir plus sur l'épouse. Leur enquête prend la forme d'une série d'entretiens : avec d'anciens collègues de travail, avec l'ancienne supérieure hiérarchique de la jeune femme, avec l'ancien patron de l'atelier de couture où elle travaillait. Ces entretiens sont des prétextes à retours en arrière, qui nous plongent dans la Corée du Sud des années 1970-1980, en pleine croissance économique. (Ce furent un peu ses "trente glorieuses".)

   Très vite, il apparait que la jeune femme a été assassinée, à l'époque, et que son corps a été enseveli. Les suspects ne manquent pas, à commencer par les membres de la famille. Les obsèques sont l'occasion de rencontrer les deux sœurs de la défunte (et le fils de l'une d'entre elles). Celle-ci était brouillée avec sa famille d'origine... Cela ne pourrait-il pas constituer un mobile de meurtre ? On est aussi intrigué par l'attitude du veuf, qui ne semble pas si éploré que cela. Mais c'est peut-être dû à son tempérament, ou à l'usure du temps. Ceci dit, la séquence "familiale" mérite à elle seule le détour, tant elle sort du cadre des convenances.

   D'autre suspects plausibles émergent au fur et à mesure des rencontres menées par la journaliste et le fils du graveur. Lui cherche à mieux connaître sa défunte mère, maintenant qu'il sait qu'elle ne l'a pas abandonné. De son côté, la jeune journaliste se prend de passion pour ce sujet et pour cette femme victime à la fois d'un acte de violence et des préjugés sociétaux : elle a été mise à l'écart et dénigrée à cause de sa laideur.

   Ainsi, l'ancienne supérieure hiérarchique pourrait avoir eu envie de se venger d'elle, pour une raison que je ne révèlerai pas. Le patron de l'atelier avait aussi un bon mobile, puisque son employée s'était mise à dénoncer publiquement son comportement déplacé. Complètent la liste des suspects une bande de voyous locaux (souvent employés pour "faire le ménage") et le bras droit du patron indélicat, dont l'autorité (et l'emploi) était menacée par l'attitude de l'ouvrière.

   Le mystère est longtemps maintenu, la solution émergeant lors de la visite d'un taudis, dont les murs sont tapissés de vieilles photographies, parmi lesquelles, qui sait, se trouve peut-être celle de la décédée. Durant tout le film, l'actrice qui l'incarne est, soit cadrée bas (sous la tête), soit filmée de dos, ou en gros plan, mais la majorité du visage dissimulée derrière ses longs cheveux noirs.

   Même si la fin m'a un peu déçu, j'ai trouvé le film très prenant, avec un bel hommage rendu au travail manuel, aux "gens de peu", et une solide dénonciation des préjugés basés sur le physique.

   Pour expliquer les quelques réserves que j'ai à l'égard de ce film, je suis obligé de dévoiler certains détails... Du coup,

 

ATTENTION

 

 

DIVULGÂCHAGES !

 

 

   Ce n'est qu'à la toute fin de l'histoire que l'on découvre le visage de Jeong Yeong-he, sur une photographie dénichée par la journaliste... et là, stupeur, on découvre qu'elle avait un physique assez ordinaire, ni beau ni horrible. La jeune femme avait le teint un peu mat, des traits pas très fins, mais j'ai du mal à comprendre ce qui pouvait justifier qu'on la qualifie de "mocheté" voire de monstre. Bien des personnes qui, dans le film, se moquent d'elle, ne sont pas plus jolies.

15:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

The Ugly

   Moins de deux mois après la sortie du décevant Colony, Sang Ho-Yeon est de retour sur nos écrans avec un film plus intimiste, mais qui traite un peu la même thématique, celle de la monstruosité (ou de la laideur) : est-elle plus externe qu'interne ? Ici, les zombies infectés sont remplacés par un artisan aveugle et son épouse, à laquelle les habitants du quartier donnaient un surnom infamant, en raison de son visage (supposé) disgracieux.

   Tout commence, de nos jours, par le tournage d'un reportage. Les journalistes s'intéressent à un graveur de sceaux, réputé pour son travail de qualité... alors qu'il est aveugle de naissance ! De surcroît, il a élevé seul son fils unique (qui l'épaule à l'atelier), à partir de la disparition de son épouse, il y a quarante ans.

   La découverte des ossements d'une jeune femme, dans le bois jouxtant la ville, réoriente le reportage. Les journalistes cherchent désormais à en savoir plus sur l'épouse. Leur enquête prend la forme d'une série d'entretiens : avec d'anciens collègues de travail, avec l'ancienne supérieure hiérarchique de la jeune femme, avec l'ancien patron de l'atelier de couture où elle travaillait. Ces entretiens sont des prétextes à retours en arrière, qui nous plongent dans la Corée du Sud des années 1970-1980, en pleine croissance économique. (Ce furent un peu ses "trente glorieuses".)

   Très vite, il apparait que la jeune femme a été assassinée, à l'époque, et que son corps a été enseveli. Les suspects ne manquent pas, à commencer par les membres de la famille. Les obsèques sont l'occasion de rencontrer les deux sœurs de la défunte (et le fils de l'une d'entre elles). Celle-ci était brouillée avec sa famille d'origine... Cela ne pourrait-il pas constituer un mobile de meurtre ? On est aussi intrigué par l'attitude du veuf, qui ne semble pas si éploré que cela. Mais c'est peut-être dû à son tempérament, ou à l'usure du temps. Ceci dit, la séquence "familiale" mérite à elle seule le détour, tant elle sort du cadre des convenances.

   D'autre suspects plausibles émergent au fur et à mesure des rencontres menées par la journaliste et le fils du graveur. Lui cherche à mieux connaître sa défunte mère, maintenant qu'il sait qu'elle ne l'a pas abandonné. De son côté, la jeune journaliste se prend de passion pour ce sujet et pour cette femme victime à la fois d'un acte de violence et des préjugés sociétaux : elle a été mise à l'écart et dénigrée à cause de sa laideur.

   Ainsi, l'ancienne supérieure hiérarchique pourrait avoir eu envie de se venger d'elle, pour une raison que je ne révèlerai pas. Le patron de l'atelier avait aussi un bon mobile, puisque son employée s'était mise à dénoncer publiquement son comportement déplacé. Complètent la liste des suspects une bande de voyous locaux (souvent employés pour "faire le ménage") et le bras droit du patron indélicat, dont l'autorité (et l'emploi) était menacée par l'attitude de l'ouvrière.

   Le mystère est longtemps maintenu, la solution émergeant lors de la visite d'un taudis, dont les murs sont tapissés de vieilles photographies, parmi lesquelles, qui sait, se trouve peut-être celle de la décédée. Durant tout le film, l'actrice qui l'incarne est, soit cadrée bas (sous la tête), soit filmée de dos, ou en gros plan, mais la majorité du visage dissimulée derrière ses longs cheveux noirs.

   Même si la fin m'a un peu déçu, j'ai trouvé le film très prenant, avec un bel hommage rendu au travail manuel, aux "gens de peu", et une solide dénonciation des préjugés basés sur le physique.

   Pour expliquer les quelques réserves que j'ai à l'égard de ce film, je suis obligé de dévoiler certains détails... Du coup,

 

ATTENTION

 

 

DIVULGÂCHAGES !

 

 

   Ce n'est qu'à la toute fin de l'histoire que l'on découvre le visage de Jeong Yeong-he, sur une photographie dénichée par la journaliste... et là, stupeur, on découvre qu'elle avait un physique assez ordinaire, ni beau ni horrible. La jeune femme avait le teint un peu mat, des traits pas très fins, mais j'ai du mal à comprendre ce qui pouvait justifier qu'on la qualifie de "mocheté" voire de monstre. Bien des personnes qui, dans le film, se moquent d'elle, ne sont pas plus jolies.

15:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 02 août 2026

I want your sex

   Jusqu'à il y a peu, cette phrase n'évoquait pour moi qu'une (médiocre) chanson de (feu) George Michael. On ne l'entend d'ailleurs pas dans le dernier long-métrage de Gregg Araki, une vieille connaissance des cinéphiles amateurs de films "indé" américains. Jadis, je me suis risqué à voir The Doom Generation, Nowhere, Mysterious Skin, Smiley Face. Je me suis arrêté à Kaboom, en 2010.

   J'ai retenté ma chance en raison de la présence au générique de la délicieuse Olivia Wilde, ex-"Numéro Treize" (Thirteen) dans Dr House, et qui, il y a quatre ans, s'est révélée très habile derrière la caméra avec Don't worry darling. Ici, elle incarne Erika Tracy, une artiste performeuse provocante, manipulatrice et nymphomane, qui met ses expériences sexuelles au service de son art... à moins que ce ne soit l'inverse. Les incroyables tenues qu'Araki fait porter à l'actrice ne permettent pas d'ignorer qu'à plus de quarante balais, elle est mieux gaulée qu'une étudiante anorexique. (Paradoxalement, c'est quand, vers la fin, on la voit nettement plus habillée, "en civile", qu'elle est la plus séduisante.) 

   L'autre protagoniste de cette histoire de domination et de désir est Elliot Bell, un jeune homme ordinaire, pas particulièrement beau, pas franchement intelligent, ni cultivé, ni doué pour faire rire autrui. En revanche, il fantasme comme un malade sur Erika... et, surtout, il est prêt à se soumettre au moindre de ses caprices. Nous voilà embarqués dans un maelstrom de sexe, drogues, alcools et musique tapageuse. Le problème est qu'on se demande ce que la ravissante dominatrice peut bien trouver à ce type quelconque, à part le fait d'en faire son esclave. La réponse finira par surgir... mais les spectateurs un tant soit peu futés auront deviné depuis un petit moment déjà.

   Olivia Wilde a visiblement pris beaucoup de plaisir à interpréter cette maîtresse-femme. Son principal partenaire fait le job... à moins qu'il n'ait pas eu besoin de faire d'effort pour être crédible en ancien puceau toujours coincé, une grosse feignasse sans guère d'ambition dans la vie. (Il est incarné par Cooper Hoffman, fils de Philip Seymour.) Un autre acteur m'a davantage marqué : Mason Gooding (fils de Cuba Gooding Jr... purée, aux States, ils font comme en France !). Il joue (avec conviction) Zap, un homo très actif sexuellement, très musclé, qu'on croirait sorti du tournage de Jim Queen !

   C'est donc assez caricatural, sans l'humour salvateur (pas forcément subtil) qui marquait les anciens films d'Araki. Sur le fond, son propos n'a plus rien de révolutionnaire. Même si une forme de puritanisme ressurgit de nos jours dans certains pays occidentaux, les modes de vie des habitants des pays libres subissent bien moins de contraintes qu'autrefois... contrairement à ce qu'on peut observer dans d'autres contrées, soumises à la férule archaïque des religieux.

   Il reste un portrait au vitriol du monde de l'art contemporain. Là, c'est savoureux et l'on retrouve la verve d'Araki. Mais l'histoire de cul est presque plus ennuyeuse qu'autre chose.

01:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

I want your sex

   Jusqu'à il y a peu, cette phrase n'évoquait pour moi qu'une (médiocre) chanson de (feu) George Michael. On ne l'entend d'ailleurs pas dans le dernier long-métrage de Gregg Araki, une vieille connaissance des cinéphiles amateurs de films "indé" américains. Jadis, je me suis risqué à voir The Doom Generation, Nowhere, Mysterious Skin, Smiley Face. Je me suis arrêté à Kaboom, en 2010.

   J'ai retenté ma chance en raison de la présence au générique de la délicieuse Olivia Wilde, ex-"Numéro Treize" (Thirteen) dans Dr House, et qui, il y a quatre ans, s'est révélée très habile derrière la caméra avec Don't worry darling. Ici, elle incarne Erika Tracy, une artiste performeuse provocante, manipulatrice et nymphomane, qui met ses expériences sexuelles au service de son art... à moins que ce ne soit l'inverse. Les incroyables tenues qu'Araki fait porter à l'actrice ne permettent pas d'ignorer qu'à plus de quarante balais, elle est mieux gaulée qu'une étudiante anorexique. (Paradoxalement, c'est quand, vers la fin, on la voit nettement plus habillée, "en civile", qu'elle est la plus séduisante.) 

   L'autre protagoniste de cette histoire de domination et de désir est Elliot Bell, un jeune homme ordinaire, pas particulièrement beau, pas franchement intelligent, ni cultivé, ni doué pour faire rire autrui. En revanche, il fantasme comme un malade sur Erika... et, surtout, il est prêt à se soumettre au moindre de ses caprices. Nous voilà embarqués dans un maelstrom de sexe, drogues, alcools et musique tapageuse. Le problème est qu'on se demande ce que la ravissante dominatrice peut bien trouver à ce type quelconque, à part le fait d'en faire son esclave. La réponse finira par surgir... mais les spectateurs un tant soit peu futés auront deviné depuis un petit moment déjà.

   Olivia Wilde a visiblement pris beaucoup de plaisir à interpréter cette maîtresse-femme. Son principal partenaire fait le job... à moins qu'il n'ait pas eu besoin de faire d'effort pour être crédible en ancien puceau toujours coincé, une grosse feignasse sans guère d'ambition dans la vie. (Il est incarné par Cooper Hoffman, fils de Philip Seymour.) Un autre acteur m'a davantage marqué : Mason Gooding (fils de Cuba Gooding Jr... purée, aux States, ils font comme en France !). Il joue (avec conviction) Zap, un homo très actif sexuellement, très musclé, qu'on croirait sorti du tournage de Jim Queen !

   C'est donc assez caricatural, sans l'humour salvateur (pas forcément subtil) qui marquait les anciens films d'Araki. Sur le fond, son propos n'a plus rien de révolutionnaire. Même si une forme de puritanisme ressurgit de nos jours dans certains pays occidentaux, les modes de vie des habitants des pays libres subissent bien moins de contraintes qu'autrefois... contrairement à ce qu'on peut observer dans d'autres contrées, soumises à la férule archaïque des religieux.

   Il reste un portrait au vitriol du monde de l'art contemporain. Là, c'est savoureux et l'on retrouve la verve d'Araki. Mais l'histoire de cul est presque plus ennuyeuse qu'autre chose.

01:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 31 juillet 2026

Spider-Man : Brand New Day

   Disney-Marvel a attendu plus de quatre ans avant de sortir la suite de l'épisode précédent (No Way Home). On se doute que la production a voulu "chiader" le travail sur cette franchise ultra-profitable.

   Le début m'a pourtant déçu, trop dans la nostalgie d'un monde disparu... mais, très vite, on a droit à une première scène d'action. Celle-ci, tout comme les suivantes, est très bien conçue, avec du mouvement, des effets spéciaux (un peu trop d'ailleurs...) et une pincée d'humour. Même si j'ai parfois eu l'impression de me trouver dans un jeu vidéo, j'ai goûté ces séquences pleines d'adrénaline.

   Un autre intérêt du film est la relation renouvelée entre Peter Parker et sa MJ d'amour, qui l'a oublié. C'est vraiment bien traité, de manière mature (moins adolescente en tout cas que dans l'épisode précédent). On sent la volonté de montrer que les personnages ont un peu mûri. L'alchimie entre Tom Holland et Zendaya est évidente... et s'explique encore mieux depuis que je sais qu'ils sont en couple. En tout cas, ils sont bien meilleurs que dans L'Odyssée de Nolan (Zendaya y étant particulièrement transparente). Du coup, je conseille aux producteurs de plancher sur un autre type de scénario susceptible de réunir les deux acteurs : ils sont visiblement plus performants ensemble qu'individuellement.

   De plus, le scénario est vraiment élaboré, puisqu'après nous avoir servi le business as usual du Spider-Man redevenu un inconnu, on lui fait rencontrer un mystérieux adversaire, diaboliquement habile. Dans le même temps, Parker est confronté à l'évolution de son corps, un élément susceptible de connaître des développements ultérieurs. Enfin se pose la question du rôle du Damage Control, une entreprise travaillant pour le gouvernement états-unien et s'intéressant aux individus dotés de capacités hors du commun... Aux vieux fans de comics, cela rappellera un arc narratif des X-Men... auquel fait aussi allusion un personnage révélé tardivement, dont le nom sonne comme une résurrection...

   Du côté de la nostalgie, il y a aussi cette formidable scène de baston entre Spidey et une bande de ninjas acrobates, qui a un petit goût de Matrix et de Tigre et dragon. Cerise sur le gâteau, on retrouve la délicieuse Florence Pugh, la nouvelle Veuve noire, qui dirige ses activités depuis... un bain public (privatisé). J'ai beaucoup aimé, tout comme l'aspect feuilletonnesque des péripéties. Au final, ce film-ci me convient davantage que le précédent, qui ciblait davantage le public adolescent. Les créateurs semblent avoir fait le pari que les fans avaient grandi et qu'ils étaient prêts pour une histoire (et une ambiance) un peu plus évoluée.

   P.S.

   Le générique de fin se conclut évidemment par une scène bonus.

23:01 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Spider-Man : Brand New Day

   Disney-Marvel a attendu plus de quatre ans avant de sortir la suite de l'épisode précédent (No Way Home). On se doute que la production a voulu "chiader" le travail sur cette franchise ultra-profitable.

   Le début m'a pourtant déçu, trop dans la nostalgie d'un monde disparu... mais, très vite, on a droit à une première scène d'action. Celle-ci, tout comme les suivantes, est très bien conçue, avec du mouvement, des effets spéciaux (un peu trop d'ailleurs...) et une pincée d'humour. Même si j'ai parfois eu l'impression de me trouver dans un jeu vidéo, j'ai goûté ces séquences pleines d'adrénaline.

   Un autre intérêt du film est la relation renouvelée entre Peter Parker et sa MJ d'amour, qui l'a oublié. C'est vraiment bien traité, de manière mature (moins adolescente en tout cas que dans l'épisode précédent). On sent la volonté de montrer que les personnages ont un peu mûri. L'alchimie entre Tom Holland et Zendaya est évidente... et s'explique encore mieux depuis que je sais qu'ils sont en couple. En tout cas, ils sont bien meilleurs que dans L'Odyssée de Nolan (Zendaya y étant particulièrement transparente). Du coup, je conseille aux producteurs de plancher sur un autre type de scénario susceptible de réunir les deux acteurs : ils sont visiblement plus performants ensemble qu'individuellement.

   De plus, le scénario est vraiment élaboré, puisqu'après nous avoir servi le business as usual du Spider-Man redevenu un inconnu, on lui fait rencontrer un mystérieux adversaire, diaboliquement habile. Dans le même temps, Parker est confronté à l'évolution de son corps, un élément susceptible de connaître des développements ultérieurs. Enfin se pose la question du rôle du Damage Control, une entreprise travaillant pour le gouvernement états-unien et s'intéressant aux individus dotés de capacités hors du commun... Aux vieux fans de comics, cela rappellera un arc narratif des X-Men... auquel fait aussi allusion un personnage révélé tardivement, dont le nom sonne comme une résurrection...

   Du côté de la nostalgie, il y a aussi cette formidable scène de baston entre Spidey et une bande de ninjas acrobates, qui a un petit goût de Matrix et de Tigre et dragon. Cerise sur le gâteau, on retrouve la délicieuse Florence Pugh, la nouvelle Veuve noire, qui dirige ses activités depuis... un bain public (privatisé). J'ai beaucoup aimé, tout comme l'aspect feuilletonnesque des péripéties. Au final, ce film-ci me convient davantage que le précédent, qui ciblait davantage le public adolescent. Les créateurs semblent avoir fait le pari que les fans avaient grandi et qu'ils étaient prêts pour une histoire (et une ambiance) un peu plus évoluée.

   P.S.

   Le générique de fin se conclut évidemment par une scène bonus.

23:01 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Charlie et les kangourous

   L'un des (petits) filons du cinéma consiste en des œuvres associant des humains (adultes, mais surtout enfants) et des animaux (sauvages, la plupart du temps) : lions, jaguars, tigres, manchot, dinosaures, morpions pubiens... Il y a quelques mois, on a eu droit à un fennec et à des autruches, dans L'Enfant du désert, inspiré d'une histoire vraie.

   C'est aussi le cas dans ce long-métrage, dont les héros sont investis dans la protection des kangourous, en particulier les jeunes, appelés Joey en Australie. En cas de décès de la mère, leur espérance de vie est inférieure à un mois... mais, en général, la majorité de la population ne s'en souciait guère jusqu'à il y a peu, parce que le kangourou n'est pas une espèce protégée et qu'il prolifère au pays de Crocodile Dundee.

   L'introduction nous présente les deux protagonistes qui, à l'origine, ne se connaissent pas. Charlie est une jeune Aborigène, que l'on voit courir dans l'outback, du côté d'Alice Springs (dans le Territoire du Nord), au milieu des kangourous. Cette scène m'a saisi, par la beauté des paysages et celle des animaux, la plupart de ceux qui sont filmés étant authentiques, les outils numériques ayant été mis à contribution pour faire interagir l'adulte Roger (prononcer Rodjeur) avec les humains.

cinéma,cinema,film,films

   Chris, lui, est un présentateur météo de Sydney, sur la côte est. Au départ, on nous le dépeint comme un bobo narcissique, un poil méprisant, dont la carrière subit un contrecoup après sa tentative de sauvetage d'un dauphin... dans des circonstances que je laisse à chacun le plaisir de découvrir.

   (Celles et ceux qui suivent l'actualité, souvent macabre, remarqueront que l'on voit Chris évoluer dans un lieu désormais célèbre de la région de Sydney : Bondi Beach, où, en décembre 2025, s'est déroulé un massacre antisémite. Le film a bien entendu été tourné avant. Il est sorti en Australie en septembre dernier, à peine trois mois avant la tuerie...)

   Grillé dans la plupart des médias, Chris entreprend un périple vers l'intérieur du pays, en espérant rebondir. Mais son passage chez chez les "bouseux" ne va pas se dérouler comme prévu. D'abord condescendant, suscitant l'hostilité, il va petit à petit s'intégrer, notamment parce que, sous ses dehors prétentieux, c'est un homme qui a du cœur. 

   C'est ce qui va le rapprocher de Charlie, pré-adolescente caractérielle, qui a tendance à sécher l'école depuis que son père est décédé. Elle s'implique de plus en plus dans la préservation des jeunes kangourous, pensant par là perpétuer la mémoire paternelle. Dans le rôle, il faut signaler la bonne performance d'une novice, Lily Whiteley, qui crève l'écran.

   Les autres personnages qui retiennent l'attention sont... les kangourous. Les plus jeunes sont absolument adorables... enfin, moi, je craque... pas vous ?

cinéma,cinema,film,films

cinéma,cinema,film,films

  Il y a aussi beaucoup de drôlerie dans la manière dont Chris va à la fois se faire accepter des habitants du village et devenir peu à peu un expert en gestion des kangourous... à l'exception de Roger, un mâle dominant qui, à plusieurs reprises, lui fait bien sentir qui est le patron !

   Pour construire une comédie "familiale", les scénaristes ont quelque peu modifié l'histoire d'origine : le vrai Chris n'était pas présentateur météo, mais guide touristique, et le personnage de Charlie a été inventé. Ces retouches ne nuisent en rien à l'intrigue, correctement ficelée.

   J'ai notamment bien aimé les développements autour de la jeune fille. Elle doit faire le deuil de son père, sortir de sa coquille qui la fait fuir les garçons et les filles de son âge (qui pratiquent le Footie, le populaire football australien). De son côté, en mûrissant, Chris pourrait jouer le rôle de "tonton" ou de père de substitution, à condition qu'il fasse passer la perspective d'une vie authentique avant les paillettes de la renommée.

   C'est une belle histoire, visible par tous, avec de belles images et de beaux sentiments. Sans être une œuvre d'exception, ce genre de film fait du bien par les temps qui courent.

15:36 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Charlie et les kangourous

   L'un des (petits) filons du cinéma consiste en des œuvres associant des humains (adultes, mais surtout enfants) et des animaux (sauvages, la plupart du temps) : lions, jaguars, tigres, manchot, dinosaures, morpions pubiens... Il y a quelques mois, on a eu droit à un fennec et à des autruches, dans L'Enfant du désert, inspiré d'une histoire vraie.

   C'est aussi le cas dans ce long-métrage, dont les héros sont investis dans la protection des kangourous, en particulier les jeunes, appelés Joey en Australie. En cas de décès de la mère, leur espérance de vie est inférieure à un mois... mais, en général, la majorité de la population ne s'en souciait guère jusqu'à il y a peu, parce que le kangourou n'est pas une espèce protégée et qu'il prolifère au pays de Crocodile Dundee.

   L'introduction nous présente les deux protagonistes qui, à l'origine, ne se connaissent pas. Charlie est une jeune Aborigène, que l'on voit courir dans l'outback, du côté d'Alice Springs (dans le Territoire du Nord), au milieu des kangourous. Cette scène m'a saisi, par la beauté des paysages et celle des animaux, la plupart de ceux qui sont filmés étant authentiques, les outils numériques ayant été mis à contribution pour faire interagir l'adulte Roger (prononcer Rodjeur) avec les humains.

cinéma,cinema,film,films

   Chris, lui, est un présentateur météo de Sydney, sur la côte est. Au départ, on nous le dépeint comme un bobo narcissique, un poil méprisant, dont la carrière subit un contrecoup après sa tentative de sauvetage d'un dauphin... dans des circonstances que je laisse à chacun le plaisir de découvrir.

   (Celles et ceux qui suivent l'actualité, souvent macabre, remarqueront que l'on voit Chris évoluer dans un lieu désormais célèbre de la région de Sydney : Bondi Beach, où, en décembre 2025, s'est déroulé un massacre antisémite. Le film a bien entendu été tourné avant. Il est sorti en Australie en septembre dernier, à peine trois mois avant la tuerie...)

   Grillé dans la plupart des médias, Chris entreprend un périple vers l'intérieur du pays, en espérant rebondir. Mais son passage chez chez les "bouseux" ne va pas se dérouler comme prévu. D'abord condescendant, suscitant l'hostilité, il va petit à petit s'intégrer, notamment parce que, sous ses dehors prétentieux, c'est un homme qui a du cœur. 

   C'est ce qui va le rapprocher de Charlie, pré-adolescente caractérielle, qui a tendance à sécher l'école depuis que son père est décédé. Elle s'implique de plus en plus dans la préservation des jeunes kangourous, pensant par là perpétuer la mémoire paternelle. Dans le rôle, il faut signaler la bonne performance d'une novice, Lily Whiteley, qui crève l'écran.

   Les autres personnages qui retiennent l'attention sont... les kangourous. Les plus jeunes sont absolument adorables... enfin, moi, je craque... pas vous ?

cinéma,cinema,film,films

cinéma,cinema,film,films

  Il y a aussi beaucoup de drôlerie dans la manière dont Chris va à la fois se faire accepter des habitants du village et devenir peu à peu un expert en gestion des kangourous... à l'exception de Roger, un mâle dominant qui, à plusieurs reprises, lui fait bien sentir qui est le patron !

   Pour construire une comédie "familiale", les scénaristes ont quelque peu modifié l'histoire d'origine : le vrai Chris n'était pas présentateur météo, mais guide touristique, et le personnage de Charlie a été inventé. Ces retouches ne nuisent en rien à l'intrigue, correctement ficelée.

   J'ai notamment bien aimé les développements autour de la jeune fille. Elle doit faire le deuil de son père, sortir de sa coquille qui la fait fuir les garçons et les filles de son âge (qui pratiquent le Footie, le populaire football australien). De son côté, en mûrissant, Chris pourrait jouer le rôle de "tonton" ou de père de substitution, à condition qu'il fasse passer la perspective d'une vie authentique avant les paillettes de la renommée.

   C'est une belle histoire, visible par tous, avec de belles images et de beaux sentiments. Sans être une œuvre d'exception, ce genre de film fait du bien par les temps qui courent.

15:36 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 30 juillet 2026

De la Comédie-Française

   Tourné dans les locaux du Temple de l'Excellence Théâtrale Frannnnçaise, ce film voit des pensionnaires et des sociétaires dudit temple jouer... des acteurs du Français, ainsi que quelques "petites mains" (costumière, régisseur, placier...) fort utiles au fonctionnement de l'institution, même si elles en recueillent rarement les lauriers. Il y avait donc un risque de nombrilisme, fort heureusement contrebalancé par une ironie mordante et un réel sens de l'auto-dérision.

   Bien que ne fréquentant pas le théâtre (sauf pour quelques représentations scolaires, que j'ai accepté d'accompagner... au risque de le regretter), j'ai retrouvé avec plaisir plusieurs visages vus principalement en salle obscure : Pauline Clément (enfin gratifiée d'un premier rôle... ce qui confirme qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même, la comédienne étant coscénariste du film), Laurent Stocker (en mâle blanc hétérosexuel dominant, parfois dépassé par les événements), Marina Hands (au personnage assez piquant), Guillaume Gallienne (dont la participation à la scène introductive est encore plus savoureuse que ce que la bande annonce laisse entrevoir)... et Benjamin Lavernhe, l'invité surprise de la seconde partie... Je n'en dirai pas plus, si ce n'est que la disposition de sa moustache factice m'a un peu perturbé.

   L'intrigue n'est pas d'une extraordinaire inventivité, puisqu'elle décrit les heures précédant la Première de Macbeth. Tout devrait fonctionner comme sur des roulettes mais, bien entendu, cette demi-journée va voir s'accumuler les contretemps, très cocasses en général.

   A ce comique de situation il faut ajouter d'excellents dialogues, souvent sarcastiques. Ah, j'aime cet humour vache, qui donne un sel particulier à certaines scènes ! Elles alternent avec des moments plus doux, dont la fonction semble être de faire passer des messages sociétaux ou de valoriser certaines catégories de population. C'est un peu maladroit (voire prévisible), mais cela passe, tant le montage est réussi. En resserrant leur histoire pour qu'elle tienne en 1h15, les auteurs parviennent à conserver le rythme trépidant qui convient à ce compte-à-rebours à la fois comique (pour les spectateurs) et angoissant (pour les personnages). Tout le monde en prend pour son grade, mais, à la fin, l'esprit de troupe prend le dessus.

   L'ensemble constitue une réjouissante petite fraîcheur d'été.

14:39 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

De la Comédie-Française

   Tourné dans les locaux du Temple de l'Excellence Théâtrale Frannnnçaise, ce film voit des pensionnaires et des sociétaires dudit temple jouer... des acteurs du Français, ainsi que quelques "petites mains" (costumière, régisseur, placier...) fort utiles au fonctionnement de l'institution, même si elles en recueillent rarement les lauriers. Il y avait donc un risque de nombrilisme, fort heureusement contrebalancé par une ironie mordante et un réel sens de l'auto-dérision.

   Bien que ne fréquentant pas le théâtre (sauf pour quelques représentations scolaires, que j'ai accepté d'accompagner... au risque de le regretter), j'ai retrouvé avec plaisir plusieurs visages vus principalement en salle obscure : Pauline Clément (enfin gratifiée d'un premier rôle... ce qui confirme qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même, la comédienne étant coscénariste du film), Laurent Stocker (en mâle blanc hétérosexuel dominant, parfois dépassé par les événements), Marina Hands (au personnage assez piquant), Guillaume Gallienne (dont la participation à la scène introductive est encore plus savoureuse que ce que la bande annonce laisse entrevoir)... et Benjamin Lavernhe, l'invité surprise de la seconde partie... Je n'en dirai pas plus, si ce n'est que la disposition de sa moustache factice m'a un peu perturbé.

   L'intrigue n'est pas d'une extraordinaire inventivité, puisqu'elle décrit les heures précédant la Première de Macbeth. Tout devrait fonctionner comme sur des roulettes mais, bien entendu, cette demi-journée va voir s'accumuler les contretemps, très cocasses en général.

   A ce comique de situation il faut ajouter d'excellents dialogues, souvent sarcastiques. Ah, j'aime cet humour vache, qui donne un sel particulier à certaines scènes ! Elles alternent avec des moments plus doux, dont la fonction semble être de faire passer des messages sociétaux ou de valoriser certaines catégories de population. C'est un peu maladroit (voire prévisible), mais cela passe, tant le montage est réussi. En resserrant leur histoire pour qu'elle tienne en 1h15, les auteurs parviennent à conserver le rythme trépidant qui convient à ce compte-à-rebours à la fois comique (pour les spectateurs) et angoissant (pour les personnages). Tout le monde en prend pour son grade, mais, à la fin, l'esprit de troupe prend le dessus.

   L'ensemble constitue une réjouissante petite fraîcheur d'été.

14:39 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 29 juillet 2026

La Fille dans les nuages

   Le titre de cette animation franco-belge est à double sens. L'héroïne, Providence, une jeune fille de onze ans, a tendance à vivre "dans son monde" (de lectures), sans toujours faire attention à son environnement immédiat... et l'on finit par la voir, au propre, "dans les nuages", puisqu'elle acquiert la faculté de voler.

   L'intrigue mêle donc le fantastique à une quête personnelle, d'inspiration écologiste, le tout sur fond d'histoire familiale triste : la gamine est orpheline et vit chez son oncle, lui-même handicapé moteur... mais redoutablement ingénieux. Grégoire Ludig prête sa voix à ce tonton Jason, sorte de Géo Trouvetou hyper-protecteur, dont les inventions contribuent à améliorer son quotidien... à condition qu'elles fonctionnent.

   C'est donc souvent drôle... mais aussi agaçant. J'ai trouvé plutôt maladroite la caractérisation du personnage principal. Certes, on en a fait quelqu'un de spontané et généreux, mais d'une imprudence et d'une inconscience folles : hors de chez elle, elle ne fait guère attention à ce qu'il se passe sur le trottoir et sur la route, bouscule une vieille dame, renverse la marchandise d'un commerçant, "oublie" de payer, traverse sans regarder... Cela n'a l'air de rien, mais, les adultes qui accompagnent leurs (petits-)enfants à ce genre de séance ne s'attendent pas à ce qu'on leur serve un anti-manuel de savoir-vivre... Les idées généreuses de l'héroïne n'excusent pas tout. (On est loin du niveau de Zootopie, qui allie la virtuosité de l'animation à un propos civique autrement plus abouti.)

   Fort heureusement, elle est accompagnée d'un personnage comique, le cochon d'Inde Airbag (doublé par Jamel Debbouze), adepte de la malbouffe (mais bio). C'est une source récurrente de gags, surtout à partir du moment où il est doué de parole.

   Cette transformation (comme celle de Providence) vient de l'usage d'une plume magique, qui joue un rôle crucial dans l'histoire (que je laisse à chacun le plaisir de découvrir).

   Une menace terrible pèse sur le monde. La solution semble se trouver quelque part en Afrique orientale, où nos héros parisiens décident de se rendre, en ordre dispersé. Cela prend la forme d'un film d'aventures, entremêlant création littéraire et réalité fantastique. L'animation est de qualité. C'est vraiment joli à regarder, même si c'est parfois (à cause de l'héroïne) un peu agaçant.

10:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

La Fille dans les nuages

   Le titre de cette animation franco-belge est à double sens. L'héroïne, Providence, une jeune fille de onze ans, a tendance à vivre "dans son monde" (de lectures), sans toujours faire attention à son environnement immédiat... et l'on finit par la voir, au propre, "dans les nuages", puisqu'elle acquiert la faculté de voler.

   L'intrigue mêle donc le fantastique à une quête personnelle, d'inspiration écologiste, le tout sur fond d'histoire familiale triste : la gamine est orpheline et vit chez son oncle, lui-même handicapé moteur... mais redoutablement ingénieux. Grégoire Ludig prête sa voix à ce tonton Jason, sorte de Géo Trouvetou hyper-protecteur, dont les inventions contribuent à améliorer son quotidien... à condition qu'elles fonctionnent.

   C'est donc souvent drôle... mais aussi agaçant. J'ai trouvé plutôt maladroite la caractérisation du personnage principal. Certes, on en a fait quelqu'un de spontané et généreux, mais d'une imprudence et d'une inconscience folles : hors de chez elle, elle ne fait guère attention à ce qu'il se passe sur le trottoir et sur la route, bouscule une vieille dame, renverse la marchandise d'un commerçant, "oublie" de payer, traverse sans regarder... Cela n'a l'air de rien, mais, les adultes qui accompagnent leurs (petits-)enfants à ce genre de séance ne s'attendent pas à ce qu'on leur serve un anti-manuel de savoir-vivre... Les idées généreuses de l'héroïne n'excusent pas tout. (On est loin du niveau de Zootopie, qui allie la virtuosité de l'animation à un propos civique autrement plus abouti.)

   Fort heureusement, elle est accompagnée d'un personnage comique, le cochon d'Inde Airbag (doublé par Jamel Debbouze), adepte de la malbouffe (mais bio). C'est une source récurrente de gags, surtout à partir du moment où il est doué de parole.

   Cette transformation (comme celle de Providence) vient de l'usage d'une plume magique, qui joue un rôle crucial dans l'histoire (que je laisse à chacun le plaisir de découvrir).

   Une menace terrible pèse sur le monde. La solution semble se trouver quelque part en Afrique orientale, où nos héros parisiens décident de se rendre, en ordre dispersé. Cela prend la forme d'un film d'aventures, entremêlant création littéraire et réalité fantastique. L'animation est de qualité. C'est vraiment joli à regarder, même si c'est parfois (à cause de l'héroïne) un peu agaçant.

10:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 26 juillet 2026

La Bataille de Gaulle - J'écris ton nom

   Sorti quelques semaines à peine après L'Âge de fer, ce second volet traite des années 1942-1944, sous l'angle double de la liberté et de la souveraineté.

   La première est sous-entendue par le titre, qui fait allusion à un poème de Paul Eluard, écrit en 1942. Elle est illustrée par la lutte menée par les résistants, à l'intérieur contre l'occupation allemande, à l'extérieur contre les troupes de l'Axe. Toutefois, force est de constater que le film est meilleur dans la mise en scène des combats des Forces Françaises Libres que dans celle des actes de la Résistance intérieure.

   La trame suivie ressemble à celle du premier volet. Le fil rouge est la difficile construction d'un pôle de résistance unifiée, Charles de Gaulle étant toujours confronté à la mauvaise volonté des Alliés, cette fois-ci particulièrement des États-Unis de Roosevelt, entrés en guerre à la fin de 1941. Les relations avec Churchill sont toujours aussi ambiguës, tendues... de Gaulle se montrant à la fois colérique et habile manœuvrier.

   Le film nous fait percevoir l'importance du rôle des médias, à travers deux situations qui ont chacune donné lieu à une photographie. La première a été prise lors de la Conférence de Casablanca, en janvier 1943 :

cinéma,cinema,film,films,histoire,france

   A ce moment, les Américains pensent avoir fait le plus dur, en imposant le rapprochement entre l'ancien vichyste (le général Giraud) et le chef de la France Libre. Antonin Baudry montre bien à quel point les (anciens) partisans du maréchal Pétain se sont accrochés au pouvoir, aussi bien en métropole qu'outre-mer et que tout ce que de Gaulle et ses partisans avaient accompli depuis 1940 risquait de s'effondrer en 1943. De son côté, Thierry Lhermitte incarne très bien Giraud, qui fut sans doute, par la volonté des Américains, le rival le plus redoutable de Charles de Gaulle, alors qu'il n'avait ni l'intelligence ni les tripes pour s'imposer face à lui.

   La seconde photographie fut un peu la manière dont de Gaulle a rendu la monnaie de sa pièce à Roosevelt. Elle a été prise à Washington, en juillet 1944 :

cinéma,cinema,film,films,histoire,france

   Ce fut au tour du général français d'instrumentaliser les médias pour, au lendemain du Débarquement de Normandie, asseoir l'idée qu'il était le chef légitime du gouvernement français de transition, forçant un peu la main des dirigeants états-uniens.

   Sur le terrain, c'est tout aussi épique que dans le premier volet. A la bataille  de Bir-Hakeim répond celle (encore plus méconnue) de Ksar Ghilane, au sein de la campagne de Tunisie. Au général Koenig succède le général Leclerc (Niels Schneider, excellent), auquel le film rend un hommage mérité.

   Je suis moins satisfait de la manière dont la Résistance intérieure est représentée. L'accent est mis sur les difficultés à l'unifier, mais les actions réalisées au quotidien ne sont pas assez bien mises en valeur (à mon avis). Je ne suis pas très convaincu non plus par la manière d'incarner Jean Moulin. Peut-être aura-t-on une bonne surprise cet automne avec Gilles Lellouche.

   Quoi qu'il en soit, ce deuxième volet est marqué, comme le premier, par un certain souffle. La mise en scène est efficace et souvent inspirée. Simon Abkarian emporte définitivement l'adhésion en Charles de Gaulle. Les spectateurs préfèreront peut-être ce volet, parce qu'il montre l'ascension, jusqu'à la Libération de Paris, à laquelle ont participé tant d'anonymes, français comme étrangers (notamment les Espagnols de La Nueve). De mon côté, j'ai plutôt un faible pour la première partie, qui met davantage en exergue les difficultés des débuts... et instille un humour incongru, salutaire, moins présent dans ce second volet. Le film n'en est pas moins hautement recommandable.

La Bataille de Gaulle - J'écris ton nom

   Sorti quelques semaines à peine après L'Âge de fer, ce second volet traite des années 1942-1944, sous l'angle double de la liberté et de la souveraineté.

   La première est sous-entendue par le titre, qui fait allusion à un poème de Paul Eluard, écrit en 1942. Elle est illustrée par la lutte menée par les résistants, à l'intérieur contre l'occupation allemande, à l'extérieur contre les troupes de l'Axe. Toutefois, force est de constater que le film est meilleur dans la mise en scène des combats des Forces Françaises Libres que dans celle des actes de la Résistance intérieure.

   La trame suivie ressemble à celle du premier volet. Le fil rouge est la difficile construction d'un pôle de résistance unifiée, Charles de Gaulle étant toujours confronté à la mauvaise volonté des Alliés, cette fois-ci particulièrement des États-Unis de Roosevelt, entrés en guerre à la fin de 1941. Les relations avec Churchill sont toujours aussi ambiguës, tendues... de Gaulle se montrant à la fois colérique et habile manœuvrier.

   Le film nous fait percevoir l'importance du rôle des médias, à travers deux situations qui ont chacune donné lieu à une photographie. La première a été prise lors de la Conférence de Casablanca, en janvier 1943 :

cinéma,cinema,film,films,histoire,france

   A ce moment, les Américains pensent avoir fait le plus dur, en imposant le rapprochement entre l'ancien vichyste (le général Giraud) et le chef de la France Libre. Antonin Baudry montre bien à quel point les (anciens) partisans du maréchal Pétain se sont accrochés au pouvoir, aussi bien en métropole qu'outre-mer et que tout ce que de Gaulle et ses partisans avaient accompli depuis 1940 risquait de s'effondrer en 1943. De son côté, Thierry Lhermitte incarne très bien Giraud, qui fut sans doute, par la volonté des Américains, le rival le plus redoutable de Charles de Gaulle, alors qu'il n'avait ni l'intelligence ni les tripes pour s'imposer face à lui.

   La seconde photographie fut un peu la manière dont de Gaulle a rendu la monnaie de sa pièce à Roosevelt. Elle a été prise à Washington, en juillet 1944 :

cinéma,cinema,film,films,histoire,france

   Ce fut au tour du général français d'instrumentaliser les médias pour, au lendemain du Débarquement de Normandie, asseoir l'idée qu'il était le chef légitime du gouvernement français de transition, forçant un peu la main des dirigeants états-uniens.

   Sur le terrain, c'est tout aussi épique que dans le premier volet. A la bataille  de Bir-Hakeim répond celle (encore plus méconnue) de Ksar Ghilane, au sein de la campagne de Tunisie. Au général Koenig succède le général Leclerc (Niels Schneider, excellent), auquel le film rend un hommage mérité.

   Je suis moins satisfait de la manière dont la Résistance intérieure est représentée. L'accent est mis sur les difficultés à l'unifier, mais les actions réalisées au quotidien ne sont pas assez bien mises en valeur (à mon avis). Je ne suis pas très convaincu non plus par la manière d'incarner Jean Moulin. Peut-être aura-t-on une bonne surprise cet automne avec Gilles Lellouche.

   Quoi qu'il en soit, ce deuxième volet est marqué, comme le premier, par un certain souffle. La mise en scène est efficace et souvent inspirée. Simon Abkarian emporte définitivement l'adhésion en Charles de Gaulle. Les spectateurs préfèreront peut-être ce volet, parce qu'il montre l'ascension, jusqu'à la Libération de Paris, à laquelle ont participé tant d'anonymes, français comme étrangers (notamment les Espagnols de La Nueve). De mon côté, j'ai plutôt un faible pour la première partie, qui met davantage en exergue les difficultés des débuts... et instille un humour incongru, salutaire, moins présent dans ce second volet. Le film n'en est pas moins hautement recommandable.