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vendredi, 09 octobre 2026

Justin le Juste

   1915. Justin est un métayer analphabète, exploité par son propriétaire et incapable de se révolter. Ce n'est que lorsque des gendarmes viennent le chercher pour qu'il contribue à la défense de la patrie envahie qu'il renâcle. A partir de ce moment, il est emporté dans un flot d'aventures souvent abracadabrantesques... et c'est tout à fait normal, puisque ce film est une fable.

   Elle nous est racontée à la façon de retours en arrière, lors d'un entretien entre une journaliste du tout jeune Canard enchaîné (Alexandra Lamy, qui semble à peine sortie du tournage de Louise Violet) et un Justin barricadé dans une mairie. Dans le rôle, Alban Ivanov est assez convaincant.

   Je pense que ce montage inversé, pour classique qu'il soit, était nécessaire pour ne pas désarçonner une partie du public. En effet, au départ, Justin n'a rien du héros traditionnel. Au combat, il passe sans problème du côté allemand et il aide même un "Boche" à zigouiller une bande de tirailleurs sénégalais. Je rassure mes lecteurs progressistes : il va progressivement acquérir une conscience civique et même se faire un ami du seul tirailleur rescapé (qui parle français comme un Parisien du XXIe siècle).

   Dresser la liste des incohérences et des invraisemblances serait fastidieux, d'autant que c'est assumé par le réalisateur Eric Barbier (que j'ai connu plus inspiré avec La Promesse de l'aube).

   Petit à petit, Justin le non-patriote, l'autocentré, fait preuve de réelles qualités humaines, notamment le courage et la solidarité. Son parcours nous mène au cœur du propos du film (et du livre qui l'a inspiré), qui concerne les soldats mutinés et les fusillés pour l'exemple. Aux poilus d'origine paysanne et ouvrière du roman, Barbier a ajouté la journaliste féministe et le soldat colonial (incarné, bien entendu, par un acteur afrodescendant). Et voilà comment un film se déroulant pendant la Première Guerre mondiale prend le tour d'un tract intersectionnel.

   C'est anti-militariste, anti-clérical et anti-bourgeois. C'est parfois drôle, mais c'est souvent très convenu, très prévisible, "dans l'air du temps".

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