jeudi, 12 février 2026
Le Mage du Kremlin
Le nouveau film d'Olivier Assayas s'inspire d'un roman primé et de l'histoire de la Russie de ces trente-quarante dernières années. Il ne s'agit donc pas d'une biographie de Vladimir Poutine, même si son parcours politique est décrypté à l'aune du regard d'une "éminence grise", celle-ci n'ayant au départ aucun lien avec la politique.
La première partie (du film comme du livre, d'ailleurs) se déroule donc sans Poutine, mais elle permet de comprendre les circonstances qui ont permis son accession au pouvoir et le renforcement de son contrôle sur la société russe. C'est sans doute ici qu'Assayas dispose du plus de liberté cinématographique. Ce n'est pas pour moi la partie la plus convaincante, mais elle permet de resituer l'émergence de Poutine dans un contexte de chaos.
Quand celui-ci débarque à l'écran, sous les traits de Jude Law, c'est un choc. A l'origine, je rechignais à aller voir ce film, parce que je pensais que le choix de cet acteur (fort estimable au demeurant) n'était pas le bon. Je dois reconnaître que je me suis trompé. Law fait un Poutine très convaincant, ne tombant pas trop dans le mimétisme tout en restant crédible. Chapeau.
La suite est des plus passionnantes. Ayant été spectateur de ces événements, consultant divers journaux pour tenter de comprendre ce qui se passait en Russie, j'ai retrouvé l'ambiance de l'époque, de la décrépitude de Boris Eltsine aux premières exécutions d'opposants, en passant par la guerre en Tchétchénie et la tragédie du Koursk.
La distribution est bonne, qu'elle concerne les personnages réels (outre Poutine, Boris Berezovsky et Igor Setchine) que les personnages fictifs : celui du "mage" (certes inspiré de Vladislav Sourkov, mais à l'évidence résultat d'un mélange plus subtil), de sa compagne (dans la peau de laquelle j'ai eu du mal à reconnaître Alicia Vikander !) ou de l'interlocuteur états-unien. Plus ambigu est le statut de Dimitri Sidorov, décalque évident de Mikhail Khodorkovsky... et qui dans le roman se prénomme bien Mikhail. Pourquoi diable avoir modifié son identité pour le film ? Serait-ce pour épargner cet ancien oligarque, dont le passé sulfureux semble avoir été effacé de la mémoire collective depuis qu'il a subi les foudres du Kremlin ? C'est dommage, parce que son ambiguïté à lui aurait pu contribuer à mieux mettre en évidence celle du "Tsar".
Les commentateurs officiels ont souvent regretté la trop grande place laissée par le film aux arguments de Poutine, qu'ils sortent de sa bouche ou de celle de son conseiller officieux. Certes, le propos aurait pu être plus grinçant à leur égard, mais je trouve qu'Assayas et Carrère réussissent dans leur entreprise de rendre plus intelligibles les motivations de Poutine et de ceux qui le soutiennent.
A cela s'ajoute une interprétation tout en sobriété du "Mage", par Paul Dano, un excellent choix à double titre, puisque celui qui longtemps fit figure d'acteur de deuxième rang incarne un personnage qui semble de prime abord secondaire, avant que l'importance de son action n'apparaisse au grand jour. Je trouve cette mise en abyme très pertinente, les aspects moins reluisants du "héros" ressortant lors de ses rencontres avec la "femme de sa vie".
C'est donc un film exigeant, plutôt destiné à celles et ceux que la politique internationale intéresse, mais il m'a tenu en haleine du début à la fin.
21:32 Publié dans Cinéma, Histoire, Politique étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire

