samedi, 21 février 2026
Marty Supreme
Le titre de ce faux biopic (concentré sur une année de la vie présumée du pongiste Marty Reisman) fait allusion à la marque de balles de ping pong que le héros tente de lancer, grâce à l'argent apporté par une connaissance, un gosse de riches tombé dans ses filets.
Ainsi, Timothée Chalamet sort de sa zone de confort pour interpréter un type pas très sympathique (égocentrique, menteur, arrogant, voleur et magouilleur... entre autres), mais qui vit une histoire somme toute très américaine : d'origine modeste, il va vaincre l'adversité pour réaliser son rêve : devenir champion de tennis de table... et gagner sa vie avec.
Il y a donc des passages assez convenus dans l'intrigue, qui n'est pas sans rappeler celle de deux des Rocky : le premier pour l'ascension d'un outsider sous-estimé, le quatrième pour la lutte du pot de terre contre le pot de fer, l'antagoniste soviétique étant cette fois-ci remplacé par un adversaire japonais.
Ceci dit, les rares échanges sportifs qui sont présentés à l'écran sont très correctement mis en scène. On sait que Chalamet s'est longuement entraîné pour être crédible dans le rôle. Son principal concurrent est un authentique pongiste. S'ajoutent à cela d'abondants effets spéciaux (voir le générique de fin). Je note toutefois que, lors de l'ultime combat, particulièrement âpre, si le front de Marty se garnit de perles de sueur, sa chemise demeure impeccable... (Cette remarque est faite par celui qui fut, dans un lointain passé, un médiocre pongiste amateur.)
C'est malgré tout un bon spectacle, d'autant que Josh Safdie ne se montre pas maladroit dans le cœur du film : la mise en scène des heurs et malheurs du héros (et de celles et ceux qu'il embarque), entre réussites improbables et fiascos monumentaux. Parmi les moments mémorables, je note une scène de baignoire (dans un hôtel miteux), les aventures avec un chien nommé Moïse (Moses dans la version originale) et une monumentale fessée, administrée dans des circonstances que je me garderai de divulguer.
Sur le fond, le scénario essaie de contenter tout le monde. Les États-Unis des années 1950 sont décrits comme un pays d'inégalités gigantesques, où les riches exploitent les pauvres. (Ça, c'est pour la gauche.) D'un autre côté, c'est aussi le pays des opportunités, où un p'tit gars talentueux et opiniâtre peut espérer (s'il ne respecte pas trop les règles) faire son trou. Comme, en plus, le Marty est un patriote, il y a de quoi contenter la droite. (J'ai aussi relevé le fait qu'on nous conte l'histoire d'un juif pauvre exploité par de riches protestants, une audace louable en ces temps d'antisémitisme rampant.)
En revanche, du côté des personnages féminins, c'est assez stéréotypé. La mère du héros, sa maîtresse comme sa compagne (interprétée par Odessa A'zion, vue récemment dans Until Dawn) n'agissent qu'en relation avec Marty. Tout tourne autour de lui. Le film ne passe donc sans doute pas le test de Bechdel-Wallace... mais, comme le personnage principal est interprété par Timothée Chalamet (et pas par Gerard Butler, Liam Neeson ou Bruce Willis), c'est cool et l'on s'extasie sans peine. Il me semble que les scénaristes (et peut-être l'un des coproducteurs, un certain... T. Chalamet) ont ressenti de la gêne, puisque la conclusion du film replace le héros dans le "droit chemin".
21:32 Publié dans Cinéma, Histoire, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films


Écrire un commentaire