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jeudi, 21 mai 2026

L'Abandon

   C'est l'histoire d'un mec... qui tentait de (bien) faire son boulot d'enseignant, honnêtement, respectueusement, discrètement. Samuel Paty pourrait correspondre au prof dont parle Jean-Jacques Goldman dans Il changeait la vie. Ce sont les derniers jours de la vie de cet homme que nous narre le film de Vincent Garenq, un réalisateur méticuleux auquel on doit (entre autres) L'Enquête et Présumé coupable.

   Toutefois, même si ce long-métrage a l'apparence d'une reconstitution (s'appuyant notamment sur la belle incarnation d'Antoine Reinartz), c'est -je pense- d'abord un film à thèse, ce qu'indique le titre. Paty est mort assassiné par un fanatique musulman, mais, selon l'auteur, sa mort aurait pu être évitée... s'il avait été davantage soutenu.

   La tableau brossé du fonctionnement du collège montre finalement peu de soutiens explicites au prof calomnié, le plus ferme venant de la (nouvelle) principale, très bien interprétée par Emmanuelle Bercot. Les profs sont divisés sur son cas, entre ceux qui ne partagent pas sa manière de procéder (et se taisent), ceux qui crèvent de trouille à l'idée d'être qualifiés d'islamophobes... et ceux qui sont prêts à exprimer publiquement leur opposition, au lieu de soutenir un collègue dont la vie quotidienne prend petit à petit la forme d'un chemin de croix. Ces aspects-là sont très bien mis en scène.

   Au niveau de la forme, Garenq évite le spectaculaire et le sanguinolent, l'assassinat de l'enseignant n'étant que suggéré. Il donne leur chance à beaucoup de personnages, en particulier les jeunes... au point  peut-être, de parfois sous-estimer leur part de responsabilité. Quant au meurtrier, son profil est juste effleuré. On a visiblement voulu éviter trop d'incarnation (et la possibilité d'identification)... mais cela nous prive d'une part de l'arrière-plan de cette affaire : l'arrivée en France de "faux réfugiés", des extrémistes religieux qui détestent l'Occident et encore plus la laïcité... et sont prêts à tuer pour cela.

   Derrière les jolis portraits nuancés des familles, on sent la volonté de prôner le "vivre ensemble", en pointant une minorité de responsables : l'imam intégriste, le père complètement aveuglé... et l'emballement des réseaux sociaux.

   Certains spectateurs trouveront sans doute aussi de l'intérêt dans la description (peu détaillée) des procédures de surveillance et de lutte contre l'islam radical, qui n'ont cependant pas fait le lien entre le jeune homme radicalisé et les menaces qui pesaient sur le prof de collège.

   Paradoxalement, alors qu'il a pour sujet un drame horrible, ce film est assez doux, à la recherche sans doute de l'apaisement.