Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 17 juin 2017

Augustin Alphonse Marty, illustre inconnu

   Hier vendredi, au Centre européen de Conques,  a démarré un nouveau cycle de conférences, la première (la précédente ayant été annulée en raison d'un problème de transport) étant consacrée à un Aveyronnais qui a joué un rôle important dans l'organisation de la Poste pendant la Première guerre mondiale, Augustin Alphonse Marty. Elle a été prononcée par Sébastien Richez qui, fait exceptionnel, est resté debout pendant toute son allocution, qu'il a su rendre vivante par sa connaissance du sujet et le choix des illustrations qu'il a projetées sur le grand écran de la salle.

actualité,histoire,france,société,culture

   On peut qualifier cet Aveyronnais de méconnu parce que, même si son rôle au sein de ce qu'on appelait à l'époque les PTT ne faisait l'objet d'aucun mystère, son identité même a été source d'approximations. Le conférencier a d'ailleurs eu l'humilité de reconnaître que, jusqu'à il y a récemment, il se trompait à propos du prénom de Marty. Comme, dans la plupart des documents officiels le mentionnant, son nom n'était précédé que de l'initiale A, les chercheurs en avaient conclu (un peu rapidement) qu'il se prénommait Alfred. On en a la preuve dans un appel à témoins lancé il y a quelques années sur le site du musée de La Poste :

actualité,histoire,france,société,culture

   Cette erreur se retrouve dans des ouvrages dits historiques, mais qui n'ont pas été rédigés par des spécialistes de la question... comme celui-ci :

actualité,histoire,france,société,culture

   Précisons que, dans ses articles plus récents (comme ici), Sébastien Richez a corrigé l'erreur et donne désormais la véritable identité du postier aveyronnais. Pour arriver à ce résultat, il a dû fouiller dans les archives de l'entreprise, qui contiennent plus de 300 dossiers au nom de Marty !

   Comme le précise son acte de décès (que j'ai trouvé sur la page créée sur un site de généalogie par Michel Roussel, qui, me semble-t-il, était présent à la conférence), Augustin Alphonse Marty est né à Conques le 28 mai 1862. (Un doute subsiste sur le lieu exact : était-ce dans la "maison des sources" ou à Cambelong ? Mystère.)

actualité,histoire,france,société,culture

   Son père était... facteur ! En réalité, c'était un ancien soldat (né en 1818), gravement blessé au bras en Algérie, à qui l'on avait attribué cette fonction en compensation du préjudice subi. Mais ce n'était pas une sinécure pour autant. A l'époque, les tournées s'effectuent à pieds, sur plusieurs dizaines de kilomètres... La tournée du père était scindée en deux, s'effectuant sur deux jours.

   De son mariage avec Marie Hortense Cadrieu (à Saint-Parthem, pas très loin de Conques) sont issus 8 enfants, Augustin Alphonse étant le sixième. Notons que la lignée n'est pas éteinte. Des descendants (indirects, semble-t-il) se trouvaient hier dans la salle. Un descendant direct habiterait en Loire-Atlantique, mais, d'après le conférencier, il ne s'est pas montré très intéressé par l'histoire familiale...

   Sébastien Richez nous a ensuite présenté la carrière d'Augustin Alphonse Marty. Celui qui a fini inspecteur général des PTT a commencé comme simple "surnuméraire" à Blois en 1880 (à 18 ans, donc). On ne sait rien de sa formation ni de ses études. En tout cas, à ses débuts, il a beaucoup bougé, passant à Beauvais (en 1881), Bordeaux (en 1884) et Rouen (en 1886), avant d'intégrer (par concours interne, sans doute) l'Ecole Nationale Supérieure des PTT (ENSPTT), en 1888. C'est le premier tournant de sa carrière. Il en sort trois ans plus tard, deuxième de sa promotion, ce qui lui permet d'accéder à des postes administratifs hauts placés, jusqu'à l'inspection générale, décrochée en 1906, année où il devient chevalier de la légion d'honneur (la décoration est visible sur la photographie qui figure au début de ce billet). Entre 1906 et 1914, il a été chargé de missions spéciales, comme de réfléchir à l'avancement des fonctionnaires ou de traiter de l'abus de bien social commis par le directeur des Postes de la Seine.

   Il occupe des fonctions importantes aux PTT à l'époque où la distribution du courrier connaît de profonds changements. A la fin du XIXe siècle les facteurs sont passés à la tournée unique, quotidienne, à vélo. Leur administration prend d'ailleurs en charge l'impôt qui pèse à l'époque sur ce véhicule. Le XXe siècle voit l'arrivée des automobiles (à moteur thermique... ou électrique). Au départ, les PTT ne possèdent pas les voitures, qui sont louées à des compagnies privées. Cette nouveauté permet d'accélérer la levée du courrier dans les boîtes postales dans les grandes villes. Les commerçants sont même incités à en acheter, pour en faire profiter leurs clients.

   L'année 1914 est le second tournant dans la carrière d'Augustin. Il est nommé patron des Postes à Paris. Il constate la grande inefficacité du traitement du courrier (par les militaires) depuis la déclaration de guerre. En moyenne, la correspondance entre les soldats et leur famille met 10 à 12 jours à leur parvenir... dans le meilleur des cas. Cela peut prendre parfois plus de deux semaines. Voilà qui lui semble inadmissible, à une époque où, grâce au train, les PTT réussissent à transmettre le courrier classique en deux jours maximum. Marty va être nommé inspecteur général technique de la Poste militaire. En un peu plus d'un mois, il met en place un nouveau système qui permet de diviser par trois le temps d'acheminement du courrier. Huit gares "régulatrices" (reliées par un "train de rocade") sont désignées, entre Paris et le front, divisé en secteurs postaux. Chaque jour, par télégraphe, la position des unités était transmise à ces gares, ce qui permettait de ventiler le courrier trié auparavant par des bataillons de femmes, à l'Hôtel des Postes, rue du Louvre (à Paris) :

actualité,histoire,france,société,culture

   Sébastien Richez a émis l'hypothèse que le personnage que j'ai encadré en rouge ci-dessus soit Augustin Marty lui-même, venu poser pour cette photographie de propagande. Il reste que les femmes ont joué un rôle important dans le tri et l'acheminement du courrier (comme factrices). Le conférencier a même trouvé un document extrêmement rare, présentant une femme... au volant d'une automobile des PTT, sans doute sur le quai d'une gare parisienne :

actualité,histoire,france,société,culture

   Le traitement du courrier est devenu plus efficace aussi grâce à la modification de l'adresse postale, simplifiée : on a supprimé certaines lignes, la dernière servant au premier tri. Elle comportait le secteur postal. (Il en existait 154 au total, en comptant les fixes et les mobiles.) La cadence a considérablement augmenté : de 500 lettres par personne et par heure, on est passé à 3 000 !

   Une autre disposition a rationalisé le traitement du courrier : la séparation des types d'envoi. Les lettres ordinaires et cartes postales étaient traitées rue du Louvre, alors que les recommandés et les paquets postaux (à distinguer des colis, qui n'étaient pas des envois labellisés PTT) partaient à Paris-Conservatoire.

   Il est difficile d'établir des chiffres précis sur les volumes totaux traités à Paris, les quantités étant souvent estimées par sac. Pour 1915, on parle de 20 millions d'envois par jour, plus de la moitié consistant en du courrier émis ou destiné aux soldats. Cette prouesse aurait même fait l'admiration de l'ennemi. Peut-être ne s'agit-il là que de propagande (des articles allemands traduits ayant été publiés dans la presse française), mais il semblerait que la mécanique bien huilée mise en place par Augustin Marty ait fait des jaloux outre-Rhin.

   Tant de talent et de dévouement méritait bien récompense. Celui qui était chevalier de la légion d'honneur depuis 1906, officier depuis 1913, a été élevé au grade de commandeur en 1920. Un an auparavant, il avait été décoré de la croix de guerre par le maréchal Pétain en personne. Sa dernière grande mission fut de réorganiser les services postaux de l'Alsace-Lorraine tout juste réintégrée, sous les ordres d'Alexandre Millerand, qui allait bientôt devenir président de la République.

   De son oeuvre, il a laissé un témoignage dans un livre (aujourd'hui quasiment introuvable), La Poste militaire en France, campagne de 1914-1919, publié en 1922. Il y évoque notamment l'essor du mandat (créé en 1817) pendant le conflit. Ce moyen sécurisé d'envoyer de l'argent (désormais rapidement) a permis aux poilus de transmettre leur solde à l'arrière et aux familles de leur faire parvenir de petites sommes pour améliorer leur quotidien. On attribue aussi à Augustin Marty la création de la Poste automobile rurale (si précieuse dans les campagnes), même si son développement, à partir de 1927, est postérieur à son départ en retraite, survenu en 1924.

   Il est décédé le 21 septembre 1940... à Rodez, où il ne résidait sans doute pas en permanence (bien qu'il y  eût de la famille). Soit il y était en villégiature, soit il venait rendre visite à son ancien adjoint et ami Lacroix, qui lui habitait le chef-lieu aveyronnais.

   P.S.

   A ceux qui désireraient en savoir plus, je conseille de patienter jusqu'à l'automne prochain. A cette époque sera publiée la biographie d'Augustin Marty, rédigée par Sébastien Richez. Cette sortie est prévue en même temps que l'édition d'un timbre commémoratif.

lundi, 12 juin 2017

Branlée aveyronnaise

   Le résultat du premier tour des législatives dans l'Aveyron confirme l'adhésion (volontaire ou par défaut) d'une grande partie de l'électorat à ce qu'il faut bien commencer à appeler le "macronisme". Elle démontre aussi la perte de crédibilité des partis traditionnels... mais pas que.

   Commençons par la première circonscription, qui s'étend de Rodez à l'Aubrac. Le sortant Yves Censi réalise son pire score de premier tour, avec moins de 10 000 voix, dépassant à peine le seuil de 12,5 % des électeurs inscrits. En 2002, année de sa première victoire, il avait recueilli plus de 12 000 voix (16,7 % des inscrits), alors que la droite était profondément divisée. En 2007, année du sarkozysme triomphant, il culmine à 17 414 voix (23,3 % des inscrits). En 2012, face à la vague hollandienne (mais avec moins de concurrents sérieux à droite), il avait atteint le pic de 19 487 voix (près de 26 % des inscrits !).

politique,france,actualité,médias,presse

politique,france,actualité,médias,presse

   Derrière la victoire qui se profile pour Stéphane Mazars, il y a clairement un désaveu du député sortant. De son côté, l'avocat multicarte (adjoint au maire de Rodez, conseiller d'agglomération et conseiller départemental...) a presque triplé son score de 2012, passant de moins de 7 000 à presque 20 000 voix. Il faut dire que cela fait un petit moment que l'on sentait que la circonscription pouvait basculer à gauche. En 2012, il n'avait pas manqué grand chose à Monique Bultel-Herment. Le paradoxe est que le lent travail des candidats PS (Christian Teyssèdre inclus) a finalement bénéficié au coucou PRG, qui arrive en tête dans 56 communes, contre seulement 14 pour Yves Censi. Laguiole est un symbole éclatant, qui a accordé 62 % des suffrages à Mazars, contre 24 % à Censi, qui a perdu environ 170 voix par rapport à 2012, son adversaire en ayant gagné une centaine.

   Un autre enseignement de ce scrutin est le mauvais score du candidat Front national : alors que l'époque était porteuse, Matthieu Danen recueille moins de voix que Jean-Guillaume Remise il y a cinq ans (3 232 contre 3 990) et à peine plus que la peu connue Marie-Claire de la Sayette en 2002 (2 973 voix). On appelle ça une jolie claque.

   Dans la deuxième circonscription (à l'ouest), la maire de Naucelle Anne Blanc, présidente du Pays Ségali et conseillère départementale (joli cumul), est sur le point de réussir son pari, soutenue par la députée sortante, Marie-Lou Marcel, une ex-frondeuse qui a senti le vent macronien souffler, assez puissamment pour que cela lui fasse retourner sa veste. Pour son principal adversaire, André At, c'est un coup dur. Il recueille à peine plus de 8 000 voix, contre environ 12 400 pour son ancien collègue Laurent Tranier en 2012, 19 000 pour Serge Roques en 2007, 17 000 pour le même en 2002. Le vice-président du conseil départemental est sous la barre des 12,5 % des inscrits. Seule sa deuxième place lui permet de participer au second tour.

   La situation semble moins compromise pour Arnaud Viala dans la troisième circonscription (grosso modo le Sud Aveyron). Il arrive en tête, avec 14 525 voix, soit environ 3 500 de plus que lors de la législative partielle de 2015... mais cela reste le plus mauvais score du candidat de la droite départementale à un scrutin législatif "normal" (organisé l'année de l'élection présidentielle) depuis 20 ans. Le pire est que le ballottage lui est imposé par un quasi-inconnu dans la région, Jean-Louis Austruy (à ne pas confondre avec le communiste Jean-Claude Austruy), doté de la miraculeuse étiquette "La République en Marche". Avec 13 122 voix, celui-ci est sur les talons du député sortant, ce que personne n'imaginait il y a encore une semaine. Va-t-on assister à une énorme surprise dans cette circonscription la semaine prochaine ? La réponse est en partie entre les mains des abstentionnistes.

   Je termine par "le troisième homme" de ces élections : le(la) candidat(e) de la France insoumise, qui est arrivé troisième dans chaque circonscription, en général assez loin des deux premiers (et des 12,5 % des inscrits, qui lui auraient permis de se maintenir au second tour)... sauf dans la deuxième circonscription : Pascal Mazet ne rend que quatre points à André At. C'est tout de même très en retrait par rapport aux scores réalisés par Jean-Luc Mélenchon dans les trois circonscriptions en avril dernier : respectivement 17,16 %, 22,05 % et 20,05 % des suffrages exprimés. Néanmoins, Pascal Mazet est arrivé en tête à Aubin, Cransac, Decazeville et Viviez. Cela promet pour les municipales de 2020 !

   P.S.

   Dernière minute : André At se retirerait de la course !

samedi, 10 juin 2017

Nouvelles arnaques au téléphone

   C'est un sujet dont j'ai déjà parlé il y a des années de cela. Depuis, j'aurais pu y consacrer d'autres billets, mais, bon, la question étant traitée par divers médias, je n'en ai pas vu l'utilité. Il se trouve que, très récemment, j'ai reçu un coup de fil qui m'a donné envie de remettre le couvert.

   Au téléphone une (jeune femme) m'a annoncé que j'avais gagné un bon d'achat de mille euros dans une grande surface. Bigre ! Le montant de la somme m'a un peu interloqué. Et puis, en arrière-plan, j'entendais des bruits qui laissaient penser que mon interlocutrice travaillait dans un centre d'appel, sans doute pas en France.

   Dans la suite de la conversation, la dame m'a donné un code (celui qui allait me permettre de profiter de ce fabuleux bon d'achat) et, surtout, elle m'a communiqué LE numéro qu'il fallait absolument appeler pour valider mon gain. Elle m'a même fait répéter pour vérifier que j'avais bien tout pris en notes. (Comme j'avais un peu de temps libre au moment de l'appel, j'ai, dans un premier temps, joué le jeu, par curiosité.)

   Voici donc le numéro à ne pas appeler :

08 99 17 93 41

   Cette arnaque n'est pas si récente que cela. Elle remonte à au moins deux ans. Il en a été question sur LCI, en septembre 2015 (pour Conforama) et octobre 2015 (pour les grandes surfaces classiques). Sur un site dédié, on peut aussi lire des témoignages d'arnaqués, avec d'autres exemples de numéros surtaxés.

mercredi, 07 juin 2017

Le héros de la télé

   L'Aveyronnais Timothée Cros continue de faire les beaux jours de l'émission Les 12 coups de midi. Il a dépassé les 70 participations et tente de découvrir sa troisième étoile (la première remontant à avril dernier). Cela lui vaut les honneurs cette semaine du magasine Télé Loisirs, qui l'a placé en Une :

actualité,médias,télévision,société,france

   Page 4, il fait l'objet d'une grande partie de l'éditorial :

actualité,médias,télévision,société,france

   Plus loin, les pages 12-13 lui sont consacrées. Le jeune homme y parle de ses points forts et de certains de ses points faibles, du super-champion Christian auquel on commence à le comparer. Cette supposée rivalité est montée en épingle (tout comme les rapprochements avec les ravissantes jeunes candidates) pour pimenter le jeu et augmenter l'audience... mais on peut dire à nouveau que c'est déjà terminé depuis un moment pour Timothée. Son élimination (officielle) devrait se produire dans les jours qui viennent. Selon mes informations, il va quand même finir deuxième meilleur candidat de tous les temps (pour ce jeu). Une belle performance, pour un étudiant de 24 ans.

jeudi, 25 mai 2017

L'affaire Richard Ferrand

   La bombinette lâchée hier par Le Canard enchaîné a fait son petit effet. A un moment où une grande partie de l'électorat français compte sur Emmanuel Macron pour moraliser la vie politique de notre pays, l'affaire, pour peu importante qu'elle soit sur le plan financier, revêt une grande importance symbolique.

   Commençons par la partie annexe de cette affaire : l'emploi du fils comme assistant parlementaire. Cela a parfois été mis sur le même plan que les agissements de François Fillon. Comparons les deux cas. Richard Ferrand a trois enfants prénommés Emile, Louise et Rose. D'après Le Canard enchaîné, le premier a fait office d'assistant parlementaire pendant quelques mois, en 2014, pour un salaire brut total inférieur à 9000 euros.

   On a plus de détails sur le site Francetvinfo : le fiston a travaillé quatre mois pour son père et a touché au total moins de 7000 euros nets. Cela ressemble à un salaire réel, même si (restons soupçonneux jusqu'au bout) il conviendrait de vérifier que le fils du député a bien effectué ce pour quoi il était payé. A titre de comparaison, rappelons que, d'après Le Canard enchaîné du 1er février dernier, celui qui était entre 2005 et 2007 sénateur de la Sarthe a employé sa fille aînée Marie pendant 15 mois et son fils cadet Charles pendant presque 6, le tout pour un travail dont la réalité est contestée. De surcroît, ces rejetons ont été extrêmement bien payés (mieux que la plupart des assistants chevronnés). La fille a touché au total presque 60 000 euros (bruts), le fils un peu plus de 25 000. C'est surtout cette somme que l'on peut comparer aux émoluments d'Emile Ferrand : pour un travail (présumé) équivalent, il a touché presque trois fois moins.

   Il reste que, de la part d'une personne qui, par la suite, a condamné les pratiques de François Fillon, cela fait un peu tache. Ceci dit, il n'est pas impossible que l'excuse avancée par Ferrand soit parfaitement juste : en raison d'un surcroît de travail à sa permanence, il a eu un besoin urgent de main-d'oeuvre supplémentaire, une main-d'oeuvre en laquelle il puisse avoir entièrement confiance. Le fait qu'à l'époque son fils de 23 ans fût sans emploi a peut-être fait pencher la balance...

   En tout cas, c'est une raison plus vraisemblable -et moins méprisante- que celle avancée par un membre du cabinet du ministre. Fort heureusement, dès hier, Richard Ferrand a condamné ces propos sur son blog. Je pense que, si cette déclaration a bien eu lieu dans les termes rapportés par Francetv, il faut que son auteur soit sanctionné. De la part de celui-ci, ce n'était peut-être que de la maladresse (due à la nécessité de trouver une réponse rapide à une question imprévue)... ou bien, à l'image de ce que l'on reproche parfois aux militants d'En Marche ! (souvent diplômés voire très diplômés), la nouvelle manifestation d'une sorte de complexe de supériorité.

   Le point positif de l'histoire est qu'elle pourrait contribuer à faire inscrire dans la (future) loi l'interdiction, pour un-e parlementaire, d'employer un proche comme assistant.

   Le deuxième versant de l'affaire Ferrand touche sa compagne avocate. C'est celui qui prête le plus à polémique. Sur le fond, il n'est pas surprenant qu'une mutuelle décide de passer par une SCI pour louer un local qu'elle ne souhaite pas acheter. C'est une procédure courante dans plusieurs branches de l'économie. Ma curiosité a été piquée quand j'ai appris que la SCI liée à la compagne de Richard Ferrand avait été fondée après que le marché lui avait été attribué. Aux profanes, cela apparaîtra totalement invraisemblable, mais, dans ce secteur, ce n'est pas une pratique exceptionnelle. Il reste que la SCI SACA devait avoir bouclé au préalable son plan de financement. Pour en être sûr, il faudrait consulter son dossier de candidature (de 2010-2011) auprès des Mutuelles de Bretagne.

   Un autre point surprenant (relevé par Le Canard) est l'actionnariat de la SCI : 99 % des parts détenues par la compagne de R. Ferrand, 1 % par... un Aveyronnais (Serge C, un architecte, je crois). Au vu de la répartition du capital, il semble que cet ami du couple n'était là que pour "faire le deuxième". S'il s'avère que le conseil d'administration des Mutuelles de Bretagne était bien informé de l'implication de l'épouse dans la SCI, il semble que la ventilation du capital lui était inconnue : dans un reportage de France 3 Bretagne, l'actuel président du conseil d'administration, Rémy Salaun (par ailleurs militant communiste, donc pas suspect de macronphilie exacerbée) déclare "Il nous avait annoncé que sa femme détenait des parts dans cette SCI"... mais pas 99 %, visiblement. Cerise sur le gâteau (toujours selon Le Canard enchaîné), l'ami aveyronnais aurait revendu sa part de Saca à... l'une des filles (Louise) du couple Doucen-Ferrand. Bien que tout ait été fait dans les règles, il y a de quoi tiquer : on serait tenté de penser que l'ami aveyronnais a joué le rôle de facilitateur dans une combine légale.

   Quelques mots sur l'exploitation de l'affaire, pour terminer. Quelques personnes mal informées ou mal intentionnées  tentent d'exploiter les déboires du ministre. C'est ainsi qu'apparaissent des déformations : ce ne serait pas un membre du cabinet, mais Richard Ferrand lui-même, qui aurait tenu les propos méprisants sur les jeunes de Bretagne. Autre invention : l'actuel ministre aurait "fait acheter" aux Mutuelles de Bretagne le bien de sa compagne. Or, il n'avait pas voix au chapitre. Ce sont d'autres personnes que lui qui ont procédé au choix, en 2011. La vraie question qui demeure (à supposer qu'il y ait un doute) est la suivante : en 2011, la compétition a-t-elle été juste entre les trois offres ? (Ou, si vous préférez : l'offre de la Saca a-t-elle été la "mieux-disante" sans avoir accès à celles de ses concurrents ?)

   P.S.

   Ici ou là, on peut lire divers propos à propos de l'opportunité de la publication des détails de l'affaire. Certains affirment que Le Canard enchaîné était au courant depuis plusieurs mois et que, dans un premier temps, la rédaction a décidé de mettre le paquet contre François Fillon puis de ne pas gêner la candidature Macron contre Le Pen. Par contre, l'hebdomadaire penchant tout de même plutôt à gauche, il chercherait à mettre des bâtons dans les roues du nouvel exécutif, pour empêcher La République en marche d'obtenir seule la majorité absolue des députés.

   L'autre hypothèse est que des langues ne se sont déliées que récemment (après la nomination de Richard Ferrand dans le gouvernement Philippe) et que Le Canard utilise cette histoire pour faire comprendre au nouveau pouvoir que, s'il a dézingué certains de ses adversaires, il ne va pas le faire bénéficier d'un traitement de faveur pour autant.

mercredi, 10 mai 2017

Macron envoie val(l)ser Manuel

   L'ancien Premier ministre de François Hollande a essuyé un refus poli de la part de "La République en marche", le nouveau parti d'Emmanuel Macron. Visiblement, celui-ci ne souhaite pas qu'il porte ses couleurs à l'occasion des prochaines élections législatives. Curieux, alors que, durant la campagne présidentielle, Manuel Valls avait fait comprendre à plusieurs reprises qu'il penchait davantage du côté d'Emmanuel Macron que de celui de Benoît Hamon, le vainqueur de la primaire à gauche qu'il s'était pourtant engagé à soutenir. C'est de plus un tenant de la ligne sociale-libérale, susceptible de fédérer un bon paquet d'élus PS désireux de soutenir l'action politique du nouveau président de la République.

   Mais voilà. Aujourd'hui, à gauche, Manuel Valls a l'image du traître qui lui colle à la peau (comme Nicolas Sarkozy en son temps, lorsqu'il avait laissé tomber Jacques Chirac pour Edouard Balladur). De surcroît, il porte sur ses épaules une partie du bilan du quinquennat Hollande. Pour Emmanuel Macron, qui tente d'éviter de passer pour l'héritier de celui-ci et qui ambitionne de changer la façon de faire de la politique, accepter l'allégeance de l'ancien Premier ministre serait contre-productif... pour l'instant. A gauche, certains ajoutent que Macron, c'est Valls en mieux et que ce dernier a été quelque peu ringardisé par l'ascension du premier.

   Et puis, parfois, le diable se niche dans les détails. Manuel Valls n'est-il pas quelque peu "démonétisé", sur le plan politique ? Si, dans son département d'implantation (l'Essonne), Emmanuel Macron est bien arrivé en tête au premier tour (et l'a très largement emporté au second), tel n'est pas le cas dans la première circonscription législative, celle du député Manuel Valls. Les 26-27 avril derniers, Le Monde a publié une passionnante carte, progressivement enrichie, des résultats du premier tour de la présidentielle appliqués aux circonscriptions législatives. En voici un extrait :

politique,macron,france,ps,parti socialiste,actualité

   J'ai entouré la première circonscription, qui apparaît en rouge rosé, signe que c'est le candidat Mélenchon qui est arrivé en tête, avec 25 à 30 % des suffrages exprimés. Le losange indique qu'il y a risque de quadrangulaire, avec En marche, le FN et LR. Le PS serait largué. Ça, c'est dans la version papier de l'article. Dans la version numérique, la supposition est autre :

politique,macron,france,ps,parti socialiste,actualité

   Les auteurs voient plutôt un duel (au second tour de la législative) entre le candidat mélenchoniste et celui de "La République en marche", les deux autres ne pouvant se maintenir. A posteriori, cela permet de comprendre pourquoi Manuel Valls met un tel acharnement à se présenter sous les couleurs macronistes plutôt que sous celles du PS. D'un autre côté, on comprend pourquoi "La République en marche" voit la candidature Valls presque comme une gêne.

   Pour le confirmer, intéressons-nous aux résultats de la présidentielle dans la commune d'Evry, dont l'ancien Premier ministre fut maire pendant onze ans. Au second tour, sans surprise, ce fut un triomphe pour Emmanuel Macron. Mais au premier, c'est Jean-Luc Mélenchon qui était (largement) arrivé en tête, devant Emmanuel Macron, Marine Le Pen et François Fillon, Benoît Hamon étant distancé. Au niveau des inscrits, seuls les deux premiers dépassent les 12,5 %, le seuil pour se maintenir au second tour. Etendue à l'ensemble de la circonscription (qui comprend aussi Corbeil-Essonnes, au profil identique), l'analyse permet d'arriver à la conclusion qu'un candidat "insoumis" pourrait être en mesure de damner le pion à Manuel Valls en juin prochain... surtout si celui-ci n'a pas le soutien du nouveau président de la République. En revanche, un candidat estampillé "La République en marche" moins clivant peut espérer l'emporter au second tour contre le mélenchoniste, grâce aux reports de voix.

dimanche, 23 avril 2017

La revanche de François Bayrou

   Il n'était pas candidat à cette élection et pourtant, on peut affirmer (même s'il convient de ne pas vendre la peau de l'ourse lepéniste) que le centre risque fort de sortir vainqueur du scrutin présidentiel (mais pas forcément des législatives qui vont suivre).

   Celui que l'UMP (puis LR), Nicolas Sarkozy en tête, a tenté d'effacer de la scène politique, celui dont la main tendue a été repoussée par François Hollande en 2012, mais aussi celui qui aurait dû s'allier à Ségolène Royal en 2007, a finalement réussi à damner le pion aux partis de gouvernement qui ont longtemps écrasé le centre, sous la Ve République.

   Toutefois, soyons lucides. La défaite de LR et du PS est d'abord due à eux-mêmes. Marine Le Pen (tout comme Emmanuel Macron) ne serait pas au second tour si les partis de gouvernement avaient présenté des candidats vertueux et compétents. A droite, la première erreur a été de préférer Fillon à Juppé, dans un mouvement de droitisation où l'on sentait bien le regret de ne pouvoir soutenir à nouveau Nicolas Sarkozy, le chouchou des militants LR, mais complètement démonétisé en-dehors de son parti. Choisir Alain Juppé aurait coupé l'herbe sous le pied d'Emmanuel Macron. De surcroît, le maire de Bordeaux avait adopté un profil de rassembleur, ce dont le pays a besoin par les temps qui courent. Enfin, compte tenu de son âge (bientôt 72 ans), il n'aurait accompli qu'un mandat présidentiel, sans se soucier de sa réélection.

   La deuxième erreur de la droite a été de ne pas oser aller à l'encontre de l'entêtement de son candidat (François Fillon), une fois que l'ampleur du discrédit qui le touchait s'est avérée insurmontable. Compte tenu de la mobilisation de l'électorat de droite (plus discipliné que l'électorat de gauche), le remplacement, même tardif, de François Fillon par Alain Juppé, François Baroin ou un autre aurait sans doute suffi pour donner le coup de rein nécessaire à une qualification pour le second tour.

   Du côté de la gauche, le sectarisme n'a pas plus payé. Le primaire a débouché sur une victoire à la Pyrrhus, celle des opposants internes durant le quinquennat de François Hollande. Alors que la gauche de gouvernement n'est même pas majoritaire dans notre pays, comment certains ont-ils pu penser qu'en tirant un trait sur le bilan de Hollande ils pourraient l'emporter ? On voit là qu'à gauche, le sens des réalités n'est pas la qualité la mieux partagée. Cela se confirme avec l'extrême-gauche. Si finalement Jean-Luc Mélenchon a bien mené sa barque, il va terminer assez près de la qualification pour le second tour. Les querelles d'appareil et de personnes expliquent sans doute qu'aucun accord n'ait pu être trouvé avec Benoît Hamon, mais il est incontestable que leur union aurait pu déboucher sur autre chose que ce qui va rester comme un double échec.

   Quant au Front National, il progresse, mais pas spectaculairement. Si la participation se confirme à 77 % et si l'on envisage une part de bulletins blancs et nuls d'environ 3 %, un score de 21-22 % des suffrages exprimés correspondrait à 7-7,5 millions de voix pour Marine Le Pen. En 2012, elle en avait recueilli 6,4 millions. En face, le candidat LR (Fillon, contre Sarkozy en 2012) aura perdu quelque chose comme 3 millions de voix. CQFD.

lundi, 17 avril 2017

Jackpot pour le futur agriculteur aveyronnais

   Il y a deux semaines, au jeu "Les 12 coups de midi", on avait quitté le jeune Timothée Cros avec un capital d'un peu plus de 65 000 euros et un record de "coups de maître" consécutifs. Il a bien progressé depuis, puisque, aujourd'hui, grâce à la découverte de "l'étoile mystérieuse" (dont l'image n'était plus masquée par aucune case), il a atteint les 145 000 euros de gains, ce qui le place dans les vingt meilleurs joueurs de l'histoire de l'émission. Au passage, remarquons que la personnalité à découvrir était bien celle dont le nom circulait sur les réseaux sociaux, à savoir Annie Girardot :

actualité,société,télévision,france,occitanie,médias

   Que dire de cette émission du lundi de Pâques, sinon que tout a concouru au succès de l'Aveyronnais ? Lors du face-à-face (le "coup fatal"), il a affronté la moins redoutable des trois concurrents du jour. La première (une étudiante en biologie) avait été rapidement éliminée et le deuxième (un gérant d'hôtel) a tenté un duel qui a tourné au bénéfice de la troisième candidate, tombée sur une question facile. Ce n'est peut-être que le fait du hasard, mais, là encore, il a bien fait les choses. Après tout, il aurait été injuste qu'un-e autre candidat-e bénéficie des efforts fournis par le jeune Timothée lors des précédentes émissions.

   Pour lui, l'aventure continue !

dimanche, 02 avril 2017

Un (futur) agriculteur à l'honneur

   ... et c'est un Aveyronnais ! Depuis un peu plus d'une semaine désormais, Timothée Cros, un étudiant originaire de la commune de Cantoin, en plein Nord-Aveyron, casse la baraque aux 12 coups de midi, un jeu animé par Jean-Luc Reichmann et diffusé quotidiennement sur TF1.

   Ce n'est pas le premier candidat aveyronnais à s'y distinguer. Il y a quelques années de cela, Pierre-Marie Roques, originaire de Flagnac (une commune proche de Decazeville), avait tenu plus d'un mois, empochant au total près de 200 000 euros !

   Le fils d'agriculteur de l'Aubrac n'en est pas encore là, mais, au moment où j'écris je tape ces lignes, il a déjà gagné plus de 65 000 euros, battant au passage le record de "coups de maître" (sans-faute à l'avant-dernière épreuve du jeu) d'affilée : 7 en autant de participations. Bravo, jeune homme ! Sa réussite a même fait un peu perdre les pédales à Centre Presse, qui a titré un peu vite après sa huitième victoire :

société,actualité,france,occitanie,télévision,médias

   Or, si Timothée Cros a bien remporté sa huitième victoire d'affilée vendredi 31 mars, il n'a pas réalisé de "coup de maître" cette fois-ci.

   Cela n'enlève rien au mérite du jeune homme, dont la soudaine popularité n'est pas liée qu'à ses brillants résultats. Il est sympathique et simple... et c'est un fils d'agriculteurs, une profession dont les difficultés font régulièrement l'actualité. Attention toutefois : au vu de ce qu'il a dit au cours des émissions précédentes, je ne pense pas que l'exploitation de ses parents soit une de celles qui rencontrent les plus grandes difficultés. Lui-même n'est sans doute pas tout à fait l'incarnation moyenne du futur jeune agriculteur : il termine une école d'ingénieur, après avoir naguère décroché un bac S avec mention. Si son parcours est révélateur des changements qui traversent la société agricole (les exploitants sont de plus en plus diplômés), il se situe quand même plutôt au niveau de l'élite. Nombre de ses futurs collègues en sont restés à un bac pro, éventuellement complété par un BTS ou une formation proposée par une Chambre d'agriculture.

   Quoi qu'il en soit, ce candidat de Cantoin dispose d'une solide culture générale, aussi bien en littérature, cinéma, sports qu'en sciences, histoire et géographie. Il me semble doué aussi de bonnes capacités de déduction, une qualité indispensable à la réussite dans ce genre de jeux.

   Et puis, parfois, la chance, voire la Providence, s'en mêle. Ainsi, ce brillant candidat a failli passer à la trappe dès le 27 mars. A deux reprises, dans la première partie de l'émission, il est tombé sur des questions qui ne l'ont pas inspiré. (Soyons honnêtes : je n'aurais peut-être pas fait mieux... et, surtout, je ne serais pas arrivé jusque-là !) Le voilà donc lancé dans un duel (pour conserver sa place dans la partie). Il a défié une autre candidate, qui est tombée sur une question de... football :

société,actualité,france,occitanie,télévision,médias

   La question était d'une difficulté telle que je peux affirmer sans crainte de me tromper que la très grande majorité des téléspectateurs ne connaissait pas la bonne réponse. D'après la FIFA (tout comme d'après L'Equipe), à l'origine se trouverait un sport... chinois, même si l'on attribue l'invention du football moderne aux Anglais. La candidate s'est logiquement trompée, permettant à notre petit Aveyronnais de continuer à jouer.

   Quand on regarde un paquet d'émissions, on se rend compte que ces questions de duel ont beau être de difficultés assez inégales, en général, elles ne sont pas les plus ardues du jeu. Du coup, ce sont les personnes défiées (celles qui ont répondu juste au premières questions de l'émission) qui s'en sortent le plus souvent, comme cela est d'ailleurs arrivé à Timothée à plusieurs reprises. Ici, on se dit que 99 % des candidats auraient répondu faux. La question était donc conçue pour faire perdre la personne sur laquelle elle tomberait. Mais ce n'est peut-être que le fait du hasard...

   Il n'en fait pas moins curieusement bien les choses. Ainsi, aujourd'hui samedi, le fils d'agriculteurs aveyronnais (qui a fait montre de la même formidable culture générale que les jours précédents) a dû répondre à quelques questions diablement piégeuses pour lui :

société,actualité,france,occitanie,télévision,médias

société,actualité,france,occitanie,télévision,médias

société,actualité,france,occitanie,télévision,médias

   Même si la première question est assez difficile, on ne peut pas nier qu'il y a quand même de fortes chances qu'un habitant de l'Aveyron, qui plus est cultivé, en connaisse la réponse. La deuxième et la troisième sont de véritables cadeaux, ce qui est surprenant à ce niveau du jeu. De surcroît, les deux premières questions ont été posées pendant le face-à-face, où parfois, la partie étant serrée, le moindre élément compte.

   On va dire que je vois le mal partout. Peut-être n'est-ce que le résultat d'un tirage au sort. Mouais... En tout cas, cette suite de hasards heureux bénéficie au candidat aveyronnais, et c'est tant mieux pour lui. Il est en train de se constituer un joli pactole pour démarrer dans la vie. Cerise sur le gâteau, il donne une excellente image de l'Aveyron et des jeunes agriculteurs. N'est-ce pas l'essentiel ?

   P.S.

   Sur la Toile, dans les tréfonds des réseaux sociaux, il se murmure qu'il a poursuivi son parcours et qu'il aurait déjà gagné une vingtaine de fois. (Rappelons que les émissions sont enregistrées à l'avance.) Concernant l'image de l'étoile mystérieuse, il se dit qu'elle cacherait une actrice française aujourd'hui décédée et qui aurait eu quelques problèmes avec l'alcool...

mardi, 14 mars 2017

La Poste du Faubourg en pleine déliquescence

   Cet après-midi, je me suis arrangé pour quitter le boulot plus tôt, histoire de passer à la Poste de mon quartier avant la fermeture. Quand je suis arrivé devant l'entrée, quelle ne fut pas ma surprise de trouver le rideau de fer baissé, avec pour seule explication cette pancarte :

14 03 2017.jpg

   C'est hélas la continuation d'un assez macabre feuilleton, celui de la marche vers la fermeture possible de ce bureau de Poste de proximité. La rumeur a commencé à courir en janvier 2016. Les craintes se sont confirmées l'été dernier : pour la première fois, le bureau a été fermé pendant un mois et demi !

   En décembre, les syndicats ont alerté les élus locaux, comme on a pu le lire dans La Dépêche du Midi puis dans Centre Presse :

CPresse 22 12 2016 b.jpg

   La menace s'était précisée en février dernier.

   Non mais, franchement, pour les personnes qui travaillent, qui partent au boulot tôt le matin et qui n'ont pas la possibilité de revenir au Faubourg avant 13 heures, ces nouveaux horaires d'ouverture ne sont d'aucune utilité ! C'est juste bon à contenter les retraités, les femmes au foyer et les chômeurs. Les actifs (qui financent pourtant la chose...) peuvent aller se brosser !

   Et vive le service public !

vendredi, 27 janvier 2017

Une ministre qui manque de lettres

   Ce n'est qu'aujourd'hui (en lisant le dernier numéro de L'Hebdo) que j'ai pris connaissance de l'anecdote : en visite à l'école de gendarmerie de Tulle (le 13 janvier dernier), la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a laissé un petit mot sur le livre d'or... avec quelques fautes de français, que le quotidien Le Figaro s'est fait un plaisir de relever. Le document d'origine est visible sur le site de France 3 Limousin :

politique,société,médias,presse,journalisme,france

   On va me dire : ce n'est pas grave, ce sont juste quelques erreurs d'étourderie ; concentrons-nous sur le fond plutôt que sur la forme. Voilà qui ne manque pas de pertinence... sauf que... la ministre semble coutumière du fait. Ainsi, Le Figaro (toujours lui) rappelle qu'on peut trouver ce genre de "bourdes" jusque sur le site internet de la ministre. Curieux, je suis allé y jeter un oeil... pour constater que les erreurs n'ont pas été corrigées (on pourrait aussi gloser sur l'emploi immodéré des majuscules) :

politique,société,médias,presse,journalisme,france

   C'est tout de même la page de présentation de la ministre, qui (elle ou un-e quelconque employé-e) aurait pu faire l'effort de la rectifier. Ceci dit, après avoir consulté plusieurs billets publiés sur le site, je dois reconnaître que l'expression est en général de qualité irréprochable. D'autres que moi (un peu obsessionnels, peut-être... sont-ils aussi vigilants quant à la qualité de l'expression écrite des politiques qui ne sont pas issus de l'immigration ?) ont épluché le compte Facebook de la ministre... Faut vraiment avoir du temps à perdre... De mon côté, plus que l'orthographe de Mme Vallaud-Belkacem, c'est la teneur de certains commentaires à ses billets qui m'a fait bondir. En voici un exemple :

politique,société,médias,presse,journalisme,france

   Comme vous l'avez sans doute deviné, le commentaire négationniste (qui pourrait valoir des poursuites à son auteure) a été "écrit" en réaction (je trouve que le terme est bien choisi) à un billet sur la journée de la mémoire des génocides. A ce propos, il serait bon quelqu'un signale à la ministre qu'elle devrait arrêter d'employer le mot "Holocauste", qui prête à confusion.

   Mais revenons à nos moutons. On attend de la ministre de l'Education qu'elle donne l'exemple. Trop de jeunes arrivent sur le marché du travail sans savoir rédiger la moindre phrase anodine sans faute. La récente volonté de la ministre d'appliquer une ancienne réforme de l'orthographe, dont presque plus personne ne voulait, réveille le soupçon de nivellement par le bas, qui a pesé sur tant de ses prédécesseurs...

dimanche, 22 janvier 2017

Basculements démographiques

   Les médias se sont récemment fait l'écho des derniers résultats du recensement partiel de la population française, qui aboutissent aux populations légales 2014. (Il y a trois ans de décalage entre la publication des estimations et la référence des données.)

   Au niveau national, on a souligné le fait que la population de la France continue d'augmenter et qu'elle dépasse désormais les 67 millions d'individus. Au niveau régional, on a mis en valeur le dynamisme de la région Midi-Languedoc. Au niveau départemental, on s'est félicité que l'Aveyron ait enrayé son déclin démographique, même si l'augmentation est une des plus faibles du pays.

   Quand on regarde le détail des résultats, on s'aperçoit que les évolutions sont très contrastées en Rouergue. L'essentiel du dynamisme repose sur l'aire urbaine de Rodez, la commune chef-lieu exclue... ou pas ? En fait, quand on compare les données chiffrées les plus récentes (celles fournies en 2016 et 2017, pour les années 2013 et 2014), on constate que, quel que soit le critère retenu (la population municipale ou la population totale), Rodez a regagné des habitants (un peu moins de 400 en terme de population totale, un peu plus de 340 en terme de population municipale), y compris par rapport aux années précédentes. Certes, ce n'est pas une augmentation fulgurante, mais cela ressemble quand même à un retournement de tendance.

   Là n'est pas toutefois la principale information contenue dans les récentes publications. La hiérarchie des villes aveyronnaises a été modifiée. Ainsi, Onet-le-Château peut désormais prétendre à la place de troisième commune aveyronnaise, sa population municipale (11 837 habitants) ayant dépassé celle de Villefranche-de-Rouergue (11 822 habitants). Cependant, au niveau de la population totale, cette dernière reste troisième (12 592 contre 12 406).

   Le basculement est plus prononcé dans un autre cas. Derrière Rodez, Millau, Villefranche, Onet et Saint-Affrique, Luc-La-Primaube a subtilisé la sixième place à Decazeville : 6 084 contre 5 899 habitants (en population totale), 5 898 contre 5 686 (en population municipale).

dimanche, 15 janvier 2017

Un détail révélateur

   J'aime bien les séries policières, surtout quand elles comportent une touche d'humour. Dans le genre, depuis une dizaine d'années, je trouve que c'est NCIS (la série d'origine, pas les pâles copies qui sont sorties ensuite) qui réussit le mieux. Mais, depuis quelques années, je prends plaisir à regarder Meurtres au paradis, une coproduction franco-britannique tournée en Guadeloupe (et en anglais). Signe que j'aime cette série : j'apprécie d'en revoir des épisodes, de temps à autre.

   Ce fut le cas récemment, la chaîne France Ô rediffusant la saison 1, à l'époque où officiait le plus attachant des duos d'enquêteurs, composé du britishissime Ben Stiller et de la piquante Sara Martins (qu'on a pu voir récemment dans un épisode de Cherif).

   La vision successive des épisodes 5 et 6 (L'Ange gardien et Dernière plongée) a été l'occasion d'une découverte, grâce à un détail que je n'avais jamais remarqué auparavant :

médias,télévision,actualité,france

   Cette capture d'écran a été effectuée au début de l'épisode 5. On y voit l'inspecteur nettoyer le tableau blanc dont il se sert pour synthétiser les éléments d'une enquête en cours. Pour lancer la nouvelle, il enlève les éléments de la précédente.

   Or, ce qui est écrit sur le tableau blanc correspond aux éléments de l'épisode suivant, au cours duquel un plongeur, nommé Benjamin Lightfoot, est retrouvé mort noyé. A un moment de l'enquête, les policiers vont s'intéresser à un plaisancier, qui se fait appeler Danny Barba (Fernandez de son vrai nom).

   Voilà qui tend à prouver une chose : soit les épisodes ne sont pas tournés dans l'ordre, soit l'ordre de diffusion des épisodes a été modifié après leur tournage.

dimanche, 01 janvier 2017

La dernière légion

   C'est la dernière promotion dans l'ordre de la Légion d'honneur que François Hollande a désignée. Comme d'habitude, on y remarque la présence de beaucoup d'amis politiques. Je déplore toujours autant que des élus, des magistrats, des universitaires et des artistes qui ne font que leur métier soient distingués. (Cette fois-ci, on peut trouver le musicien électronique Laurent Garnier, par exemple...) Les médias ont souligné la présence de personnes qui ont fait preuve de courage lors de l'attentat de Nice du 14 juillet dernier. Leurs noms figurent sur la dernière page de la liste des nommés/promus du jour. (Ceux qui vont être décorés de l'Ordre national du mérite sont plus nombreux.)

   En la consultant, on tombe assez vite (page 6) sur une vieille connaissance des Aveyronnais : Cécile Pozzo di Borgo. L'ancienne préfète de notre département (entre 2011 et 2014) est, depuis son départ, en charge des T.A.A.F. (Terres Australes et Antarctiques Françaises). Elle devient officier, sur le contingent du Premier ministre Bernard Cazeneuve qui est, ne l'oublions pas, l'ancien ministre de l'Intérieur de Manuel Valls.

   Un autre haut fonctionnaire de la République est distingué : Pierre Valleix, procureur général près la Cour d'appel de Montpellier (dont dépendent les tribunaux aveyronnais, rappelons-le). Il devient chevalier, sur le contingent du ministère de la Justice. Les Aveyronnais ont entendu parler de lui à plusieurs reprises. L'an dernier, il était venu assister à l'installation, à Millau, d'une chambre détachée du TGI de Rodez. Il a aussi été mêlé à la série de procès mettant en cause les auteurs d'une page Facebook : après la relaxe du groupe en appel, il avait formé un pourvoi en cassation. (Hélas, la plus haute juridiction française a donné raison aux conducteurs inciviques.)

   Mais revenons à la liste des promus. Elle comporte de nombreux élus, notamment de la région Midi-Languedoc. La majorité d'entre eux se trouvent page 20 :

politique,actualité,ps,société,france,parti socialiste,2017

   La liste comprend une Aveyronnaise, Anne Blanc, maire de Naucelle et conseillère départementale. Elle est accompagnée d'un ancien adjoint au maire de Toulouse (et ancien conseiller régional) centriste, Michel Valdiguié, d'un élu tarbais (Jean-Claude Palmade) et d'un autre, tarn-et-garonnais, Denis Roger. Du même département est issu, page suivante, l'ancien député-maire de Montauban (Roland Garrigues), qui figure lui sur le contingent du ministre de l'Intérieur, alors que les précédents sont promus sur celui du ministre des Collectivités territoriales, qui n'est autre que Jean-Michel Baylet, grand manitou du PRG. O surprise ! Outre Anne Blanc, deux des nouveaux chevaliers (Michèle Garrigues et Denis Roger) sont membres de ce parti, tout comme Bernard Charles, ancien député-maire de Cahors, que l'on trouve page 7, sur le contingent du Premier ministre.

   Du côté midi-pyrénéen, Rolande Sassano complète la liste (page 13), sur le contingent du ministère de l'Economie et des Finances. Ce n'est donc pas  tant l'ancienne conseillère régionale (figurant sur la liste de gauche soutenant Martin Malvy en 2004 et en 2010) que l'ex-bouchère et ex-présidente de la Chambre des métiers de l'Ariège qui a été distinguée.

    La gauche languedocienne n'a pas été oubliée, puisque le socialiste Michel Gaudy, vice-président du Conseil départemental de l'Hérault, est lui aussi présent page 20. (Il est promu officier.) Deux pages plus loin, au grade de chevalier, on trouve sa collègue gardoise Anne-Marie Vendeville, actuelle conseillère régionale de Midi-Languedoc (déjà présente sur la liste conduite par Damien Alary en 2010).

   A titre d'anecdote, je signale que, sur la même page, quelques lignes au-dessus, on sera surpris (ou pas) de découvrir le nom de Gilbert Mitterrand (un des fils de l'ancien président de la République), qui fut lui-même longtemps élu socialiste... et qui a dû attendre plus de 20 ans après la mort de son père pour être décoré. Peut-être lui avait-on déjà proposé la légion d'honneur auparavant et peut-être l'avait-il refusée ?

   Je termine sur une note d'humour. J'ai cherché à en savoir plus sur Isabelle Anglade, nommée chevalier (page 14). On nous la présente comme la présidente d'une société d'esthétique capillaire. En clair, son entreprise s'occupe de perruques et d'implants. Quand on sait quel prix François Hollande accorde à l'entretien de ses cheveux, on n'est qu'à moitié étonné. Mais le plus cocasse est que cette nomination est faite sur le contingent du ministère de l'Economie et des Finances. Il n'a échappé à personne que le titulaire du poste est Michel Sapin, qui pourrait bien avoir besoin des services de la dame !

politique,actualité,ps,société,france,parti socialiste,2017

mardi, 20 décembre 2016

Comment est-ce possible ?

   Récemment, je me trouvais dans un hypermarché de l'agglomération ruthénoise (appelons-le "Minus"). J'ai notamment déambulé dans le rayon "arts de la table", à la recherche de petites fourchettes, vous savez celles qui sont très utiles pour manger des produits souvent servis à l'occasion des fêtes de fin d'année. (Normalement, j'aurais dû me rendre dans une boutique située rue du Bal, en centre-ville, mais là, j'ai profité de l'occasion pour jeter un coup d'oeil.)

   Arrivé aux casiers regorgeant de couverts, j'ai machinalement jeté un oeil aux couteaux. Voici ce sur quoi je suis tombé :

société,économie,france

   Dès le premier regard, on repère le produit bas-de-gamme. Au toucher, on se rend vite compte que c'est un objet qui ne risque pas de faire de vieux os. Et que dire de son pris : 3 euros ! Pourtant, le nom d'un fabricant est gravé sur la lame :

société,économie,france

   De plus, en retournant le couteau, on peut voir une étiquette censée rassurer les acheteurs (avec un beau drapeau tricolore) :

société,économie,france

   La marque Jean Dubost n'est pas une invention de fraudeur tentant de faire passer sa camelote pour ce qu'elle n'est pas. Ce coutelier a pignon sur rue à Thiers et il communique sur le "made in France".

société,économie,france

   Qu'est-ce à dire ? Ce coutelier thiernois est-il victime d'un contrefacteur, qui aurait dupé la centrale d'achat qui approvisionne l'hypermarché ? Ou bien y a-t-il une réponse un peu moins limpide ?

   En cherchant sur la Toile, on peut facilement trouver des avis de consommateurs, notamment de ceux qui ont acheté des couteaux de cette marque. Force est de constater qu'ils sont contrastés. Soit ils soulignent la qualité de la marchandise, soit ils expriment la satisfaction d'un bon rapport qualité-prix (ce qui pourrait être traduit par "les couteaux ne sont pas d'une qualité exceptionnelle, mais, vu le prix payé, ça me suffit amplement"), soit ils témoignent d'une grande déception, comme ici.

   Cela fait quelques années déjà que le public informé sait que des couteaux Laguiole fabriqués en Chine peuvent être vendus sous marque thiernoise. (A côté de cela subsiste une importante production auvergnate de qualité et fabriquée sur place.) L'été dernier, Thierry Moysset, le directeur de la Forge de Laguiole, allait plus loin, affirmant qu'à Thiers même, il existait une production bas-de-gamme, ce à quoi j'avais du mal à croire.

   J'en ai trouvé confirmation sur le site d'Honoré Durand, un concurrent de la Forge (mais qui, comme elle, fabrique presque intégralement ses couteaux en Aveyron) :

société,économie,france

   Derrière ces couteaux bas-de-gamme se trouvent donc des robots, pas des ouvriers, un travail nettement moins élaboré et des matières premières moins coûteuses.

lundi, 05 décembre 2016

Mauvaise traduction

   Actuellement, France Ô rediffuse la saison 5 de Meurtres au paradis, une série policière (comique) produite par la BBC et tournée en Guadeloupe. L'été dernier, c'est sur France 2 que les épisodes avaient été programmés, notamment "Le Rocher de la discorde", qui met en scène une rivalité entre l'île de Sainte-Marie (anglaise, mais autrefois française) et un département d'outremer nommé Saint-Robert, tout aussi fictif.

médias,france,actualité,télévision

   Au cours de cette scène, l'inspecteur Humphrey Goodman (débarqué d'Angleterre) se fait expliquer les subtilités de l'histoire et de la géographie locales. Sur la carte murale, j'ai entouré l'île de Saint-Marie, située juste au nord de sa rivale Saint-Robert, les deux étant encadrées par d'autres bien réelles, la Guadeloupe (en forme de papillon) au nord et la Dominique au sud. Dans la réalité, comme on peut le constater dans l'image extraite de GoogleEarth ci-dessous, rien ne se trouve entre la Guadeloupe (et ses dépendances) et la Dominique :

médias,france,actualité,télévision

   La "francitude" n'en constitue pas moins l'un des aspects de l'intrigue. Le scénario égratigne la présence française à travers le personnage antipathique du président du Conseil général François Tromeur (qui a de petits airs de Laurent Wauquiez) :

médias,france,actualité,télévision

   C'est une caricature de "Parisien", homme arrogant et mari volage, ce qui me fait dire que les scénaristes se sont trompés de cible. Ce n'est pas un élu local que le personnage aurait dû représenter, mais un haut fonctionnaire, comme un préfet ou un haut commissaire.

   La langue française est elle aussi présente dans l'épisode, à travers certains dialogues (dans la version originale anglaise)... et à travers la Une d'un journal local (côté français), qui comporte une coquille :

médias,france,actualité,télévision

   Voilà une erreur ("history" devenue "historie" ou lieu d'"histoire") qui n'aurait pas échappé à un oeil français !

dimanche, 04 décembre 2016

Tourisme culturel

   De temps à autre, pour des raisons professionnelles ou bien personnelles, il m'arrive de me rendre dans le département du Tarn. Même s'il est (pour moi) moins joli que l'Aveyron, il se visite avec plaisir, aussi bien en milieu urbain qu'en zone rurale.

   Je me suis récemment retrouvé à Gaillac. D'habitude, je me cantonne à un quartier de cette petite ville. Là, comme j'avais un peu de temps devant moi, je me suis baladé un peu partout, sans but précis. Je me contentais d'observer l'architecture ancienne (qui n'est pas sans rappeler celle du vieil Albi) lorsque mon regard fut attiré par une étrange plaque :

société,france,occitanie,toulouse

   J'ai apprécié ce pied-de-nez au tourisme de l'anecdote, qui tente de mettre en valeur la moindre pierre pour peu qu'un vague évêque ou comte d'une époque reculée ait uriné dessus. Si un jour vous passez par Gaillac, levez donc un peu la tête rue de la Portanelle.

   Pas très loin de là se trouve une ancienne abbaye, où sont logés aujourd'hui un musée, l'office du tourisme et... la Maison des vins, où il est possible de déguster gratuitement quelques-uns des crus de la région. Si, en plus, on achète une ou deux bouteilles, on peut approfondir (sur place puis chez soi) sa connaissance des liquides fermentés locaux...

mardi, 22 novembre 2016

Meurtre au Laguiole

   Hier lundi, l'émission L'Heure du crime, présentée par Jacques Pradel, sur RTL, était consacrée à un mystérieux crime, qui a été perpétré dans le métro parisien, en 1937. La particularité de ce meurtre est d'avoir été commis avec un couteau Laguiole, qui fut planté dans le cou d'une jeune femme, Laetitia Toureaux. (Rappelons que l'an dernier, l'émission s'était intéressée à l'affaire Fualdès.)

société,politique,france,médias,journalisme

   Aucun Aveyronnais ne semble mêlé à ce crime, qui porte plutôt la marque des Italiens : le couteau a été laissé dans la plaie. Or, la victime (née Yolande Nourrissat) était originaire du Val d'Aoste, Toureaux étant le nom de son mari, décédé quelques années auparavant. Comme la jeune femme avait la réputation de servir d'indic à la police et qu'elle a été vue en compagnie d'Italiens supposés fascistes, on a pensé à un règlement de compte politique.

   Deux universitaires américaines sont allées plus loin et ont publié en 2010 un ouvrage dans lequel elles développent la thèse que l'assassinat est lié à la Cagoule, l'organisation d'extrême-droite qui a tenté d'instaurer un régime fasciste en France dans l'Entre-deux-guerres. Leurs arguments sont résumés ici.

société,politique,france,médias,journalisme

   Cependant, dans l'émission radiophonique, Jacques Pradel comme son invité privilégient l'hypothèse du crime passionnel, confortée par l'envoi d'une lettre anonyme de dénonciation, 25 ans après les faits ! L'auteur présumé (resté inconnu) étant originaire de Perpignan, il n'est pas invraisemblable qu'il ait été en possession d'un couteau aveyronnais.

vendredi, 04 novembre 2016

Puissance éducative

   J'ai souri en lisant hier un article du quotidien aveyronnais Centre Presse. Il est consacré aux devoirs à la maison et à leur contestation par certains parents d'élèves espagnols. Ceux-ci trouvent qu'on bourre trop le crâne de leurs chérubins... mais on peut légitimement les soupçonner de ne pas apprécier d'avoir à surveiller les devoirs de leurs enfants le soir après le boulot.

presse,médias,journalisme,actualité,société,france,éducation,enseignement

   Je me suis fait un plaisir de relever l'héneaurme faute d'orthographe présente dans le titre. Gageons que son rédacteur (pas nécessairement le même que celui de l'article) n'a pas dû consacrer beaucoup de temps, jadis, après les cours, à perfectionner sa maîtrise de la langue française.

   Sur le fond, l'article est aussi contestable en raison de la comparaison abusive qu'il utilise pour appuyer le mouvement des parents d'élèves. Il se contente de mettre en regard le nombre d'heures consacrées aux devoirs à la maison et les résultats aux tests Pisa... comme si un seul facteur permettait d'expliquer le succès ou l'échec d'une masse d'élèves !

   Il est aussi intéressant de relever les deux "bons" exemples mis en valeur par l'article : la Finlande et la Corée du Sud, dont les élèves obtiennent de bons résultats sans avoir à trimer après les cours chez leurs parents. Il est un autre facteur dont l'article aurait pu faire mention : le plus ou moins grande homogénéité des populations. Ainsi, l'écrasante majorité de la population finlandaise est issue du même groupe ethno-culturel, la principale minorité étant celle des suédophones, une population associée à un pays voisin et plus riche que la Finlande. Quant aux immigrés, ils représentent sans doute environ 4% de la population. En Corée du Sud, l'homogénéité est peut-être encore plus grande : la seule minorité est chinoise, qui pèse vraisemblablement moins de 1% du total. (Sur le plan religieux, la diversité est plus importante qu'en Finlande, avec la cohabitation du bouddhisme et de différentes formes de christianisme.) Attention : je ne dis pas que la diversité des origines ethno-culturelles des élèves suffit à expliquer leurs résultats, mais je fais remarquer que cela pourrait être un critère aussi (voire plus) pertinent que le nombre d'heures de devoirs à la maison.

   Enfin, l'article semble classer la Corée du Sud dans la catégorie des pays dont le système scolaire est très peu coercitif avec les enfants (puisqu'il impose peu de devoirs à la maison). C'est un contresens total. Si le temps scolaire semble s'arrêter assez tôt dans la journée, il est massivement suivi d'heures de cours complémentaires. De surcroît, le nombre de jours passés à l'école dans l'année est très élevé : 220 en Corée du Sud, 190 en Finlande... contre moins de 180 en Espagne (et moins de 150 en France).

   On pourrait continuer comme cela encore longtemps. Mon but n'est pas de dénigrer tel journal ou tel article, mais de faire comprendre que sur ce sujet (comme parfois sur d'autres), des médias, en reprenant des affirmations toutes faites, transmettent une image déformée de la réalité. Dans le cas qui nous occupe, il s'agit de faire croire que l'école, le collège et le lycée français seraient trop exigeants avec les élèves... une guignolade qui tombe d'elle-même quand on constate les lacunes de certains bacheliers (voire diplômés du supérieur) qui postulent à des emplois.

jeudi, 13 octobre 2016

Des Auvergnats en Rouergue

   Sous-titrée "Quand les évêques de Clermont étaient abbés de Conques", cette conférence était proposée vendredi 7 octobre au Centre européen de Conques. L'intervenant était un jeune chercheur, Sébastien Fray, que sa thèse a conduit à travailler sur l'abbaye rouergate.

   Son propos était centré sur deux des abbés de Conques, Etienne (Etienne Ier pour certaines sources, Etienne II pour d'autres), dont on pense qu'il officia entre 942 et 984, et Begon, qui lui succéda, de 984 aux environs de 1010. Il se trouve que ces deux abbés pratiquaient une sorte de "cumul des mandats", puisqu'ils étaient aussi évêques.

   Dans l'Aveyron, on a longtemps pensé qu'ils ne pouvaient être qu'évêques de Rodez... sauf qu'on ne trouve aucun prélat de ces noms-là à l'époque concernée. Par contre, ils correspondent à ceux des évêques de Clermont. Ainsi, selon Sébastien Fray, Begon serait à l'origine de la construction de la cathédrale de Clermont, son prédécesseur Etienne ayant lancé la construction d'une autre église romane.

   L'une des principales sources est constituée par les Gesta abbatum de Conques, datant du XIIe siècle, mais dont on ne possède que des copies. Le conférencier (s'appuyant sur un article qu'il a publié il y a deux ans dans la revue Etudes aveyronnaises) en a proposé une analyse "pointue", démontrant que le document est en fait constitué de deux textes différents, le second, abusivement désigné comme une "chronique" (une brève narration des événements, année après année), étant en fait des Gesta (ordonnées autour de la liste des abbés).

   La copie utilisée date du XVIIe siècle. Elle a pu être comparée à une autre, dite "copie de Lacoste" (du nom d'un érudit local du XIXe siècle), découverte cet été à la bibliothèque municipale de Cahors ! C'est un événement moins rare qu'on ne l'imagine, à tel point que les historiens ne désespèrent pas de trouver, un jour, une version du manuscrit du XIIe siècle. En croisant ces sources avec le Livre des miracles de Sainte-Foy, rédigé par Bernard d'Angers (sous l'abbatiat d'Adalgaire/Adalguier, un des successeurs de Begon), les historiens arrivent à la conclusion qu'il y a (au moins) deux versions de l'histoire de cette époque, qui pourraient correspondre à l'existence de deux clans chez les moines. On en aurait la traduction sur le tympan même de l'église abbatiale, achevé au début du XIIe siècle :

Evêque Clermont.jpg

   Ce détail a déjà été évoqué par un autre historien, Frédéric de Gournay (venu à Conques en 2013). La crosse dont on voit une extrémité, en bas, est une référence à la fonction d'évêque. L'homme penché aux pieds du démon est de plus tonsuré. Ce serait donc aussi un moine, plus précisément un abbé, Begon, accompagné de ses neveux emprisonnés dans un filet. Or, ces figures de l'histoire de l'abbaye ont été placées du côté des damnés... Pourquoi donc ? Réponse un peu plus tard dans la conférence.

   Avant cela, il convient d'en savoir plus sur les relations entre les abbayes de Conques et de Figeac. Au Xe siècle, elles sont intimement liées. Il apparaît qu'Etienne et Begon étaient aussi abbés de Figeac. A cette époque, les relations entre les deux établissements ne semblent pas mauvaises. Il en est autrement  aux XIe - XIIe siècles. Figeac a été rattachée à Cluny, qui cherche sans doute à mettre la main sur Conques, par l'intermédiaire de l'abbaye lotoise. La polémique a donné naissance à de faux documents, défendant tel ou tel point de vue. Sébastien Fray évoque une donation de Pépin d'Aquitaine, censée dater de 838.

   D'autres documents, authentiques, subissent dans leur rédaction l'influence de l'époque. Il en est ainsi des Gesta abbatum de Figeac (écrites entre 1074 et 1096 et sans doutes connues de l'auteur des Gesta abbatum de Conques). Elles s'évertuent à montrer la supériorité de cette abbaye sur celle de Conques.

   Il s'avère que, dans certaines abbayes, il existait au moins deux abbés, l'un dit "séculier" (pour les historiens), l'autre "selon la règle". Etienne le cumulard était donc évêque de Clermont, abbé de Conques et de Figeac. Résidant principalement en Auvergne, il avait, sur le terrain, des abbés "effectifs" (sans doute membres des communautés monastiques) pour le seconder : Hugues à Conques, Calston à Figeac. Pire (ou mieux encore) : Begon, qui a succédé à Etienne à tous les postes, était vraisemblablement son co-abbé (ou abbé assistant) à Conques ! On a d'autres exemples de cumul, avec Jean, qui fut abbé de Conques, de Beaulieu-sur-Dordogne et d'Aurillac... ou encore Odon de Cluny (qui fut aussi abbé d'Aurillac) et Adralde, un de ses successeurs qui cumula Conques et Aurillac.

   L'abbaye rouergate était donc incontestablement tournée vers le nord, au Xe siècle. Aucune relation avec les comtes du Rouergue n'est perceptible avant 960. On a bien, au siècle précédent, un Bernard Plantevelue comte d'Auvergne et du Rouergue, mais il n'a acquis ce territoire qu'après avoir fait assassiner un certain Bernard le Veau.

   Concernant Etienne, on sait en réalité peu de choses. Il n'est jamais mentionné par Bernard d'Angers, alors que l'auteur des Gesta abbacum lui tresse des louanges. Il était le fils d'un vicomte de Clermont (lieutenant des comtes d'Auvergne et des ducs d'Aquitaine), titre auquel accéda l'un de ses frères, Robert. On se demande encore s'il fut d'abord évêque de Clermont ou abbé de Conques. Au passage, à l'époque, on n'a pas la même conception de l'identité qu'aux périodes ultérieures. On ne se dit pas auvergnat ou rouergat, mais plutôt aquitain. (Au IXe siècle, un comte de Toulouse s'est fait proclamer duc d'Aquitaine.) L'arrivée d'Etienne à Conques pourrait être liée à une parenté avec Jean, l'abbé cumulard dont il était question plus haut. Tous seraient membres de la lignée des Matfrédides (liés à un Matfred de Clermont). On attribue parfois à Etienne (peut-être à tort) la première version de la Majesté de Sainte Foy (remaniée par la suite). Une question demeure à ce sujet : la statue reliquaire rouergate a-t-elle inspiré celles qui ont été construites aux Xe-XIe siècles, s'est-elle seulement inscrite dans un mouvement global (propre au Sud-Ouest) ou bien fut-elle la seconde initiée par Etienne, qui a fait réaliser, à Clermont, une autre statue reliquaire (une Vierge à l'enfant, aujourd'hui disparue) ?

société,histoire,occitanie,france,spiritualité

   Quant à Begon II, il appartient à la famille des Austrinides, implantée dans le Rouergue, aussi bien du côté de Conques que vers Calmont. L'abbé de Conques avait des biens à Flagnac et Sénergues. Ses neveux (dont le père serait un Matfred, cousin germain d'Etienne et recteur de Conques) ont dirigé l'abbaye de Conques. Le fait que les seigneurs de Calmont s'intéressent tout particulièrement à l'abbaye pourrait s'expliquer si le domaine de Calmont est un ancien "château monastique" dépendant de Conques. Notons que les sires de Calmont dirigent aussi l'abbaye de Figeac !

   Un autre aspect intéressant de la conférence de Sébastien Fray portait sur la moralité de tel ou tel personnage, à l'aune de sources parfois contradictoires. Ainsi Bernard, abbé de Beaulieu-sur-Dordogne et évêque de Cahors, est perçu très positivement à Conques, avec laquelle il se montra fort généreux... mais ce fut avec des biens "prélevés"... à Cahors ! Begon bénéficie du même traitement dual, selon le point de vue que les auteurs adoptent. Il est dépeint de manière très négative par Bernard d'Angers, pour avoir puisé dans le trésor de Sainte-Foy afin de payer la rançon de l'un de ses neveux, Hugues. Celui-ci avait été capturé par le seigneur de Gourdon, peut-être en défendant Conques. Ne pouvant porter les armes, l'abbé avait sans doute eu recours à ses neveux laïcs pour protéger "son" abbaye. Les sources clermontoises sont plus élogieuses à son sujet. Quant aux Gesta abbacum, rédigées sous Begon III (apparenté à Begon II), elles ne disent rien de négatif. Elles sont plus dures avec le successeur de Begon II, Adalgaire, qu'elles accusent d'avoir pillé le trésor monastique pour tenter (sans succès) de se faire élire archevêque de Narbonne ! Pourtant, Bernard d'Angers ne trouve que des qualités à Adalgaire. Allez comprendre... Peut-être était-il reconnaissant à l'abbé de l'accueil qu'il avait reçu à Conques ?

   Terminons par un retour sur le tympan, élaboré sous l'abbé Boniface, très respectueux du texte de Bernard d'Angers (et peut-être issu d'une famille rivale des Austrinides qui ont eu la main sur Conques avant lui). On y voit bien Begon II et certains de ses neveux, qui apparaissent tonsurés. Or, ils n'étaient pas membres du clergé, tout en dirigeant Conques. Mais, pour les auteurs du XIIe siècle, qui vivaient dans un monde marqué par la réforme grégorienne (qui sépare strictement les clercs des laïcs et les séculiers des réguliers), la situation des époques carolingienne et robertienne (les IXe et Xe siècles) est difficile à comprendre. Cela explique aussi le fouillis qui règne dans les sources à propos de la succession des abbés. On fait parfois se succéder des personnes qui ont exercé leur autorité en même temps à Conques, mais sous différents statuts. La question est ardue, mais elle fut traitée avec clarté et érudition, à l'image de cette conférence, de très haute tenue.

mercredi, 14 septembre 2016

PSG - Arsenal, match doublement nul

   Mardi 13 septembre, l'équipe qatarie a reçu l'équipe anglaise au Parc des princes. Le match s'est achevé sur un score de parité : 1-1. Mais ce n'est pas le seul domaine dans lequel les protagonistes ne se sont pas départagés. Pour le comprendre, il suffit de consulter la composition des équipes :

société,actualité,paris,france,angleterre

   Le Paris-Saint-Germain, censé défendre les couleurs de la France, ne comptait que trois Bleus : le gardien Alphonse Aréola, le milieu Adrien Rabiot et son collègue Blaise Matuidi.

   A priori, en face, la "francitude" semblait moins bien représentée (ce qui ne serait pas illogique, vu que l'équipe est anglaise), avec deux Frenchies dans le onze de départ : le milieu Francis Coquelin et le défenseur Laurent Koscielny. Mais il faut leur ajouter l'attaquant Olivier Giroud, rentré en seconde mi-temps.

   Match nul ? En fait non, puisqu'il ne faut pas oublier l'entraîneur d'Arsenal, Arsène Wenger. Avantage donc au club londonien, plus français que le parisien... et même plus français qu'anglais (au niveau de l'effectif), puisqu'un seul joueur à la rose a foulé la pelouse du stade hier soir (Alex Oxlade-Chamberlain). On notera que le manager venu de chez nous a beaucoup puisé dans le vivier hispanique pour composer son équipe, qui comptait ce soir-là trois joueurs espagnols, ainsi qu'un Chilien et un Colombien.

jeudi, 01 septembre 2016

Une mystérieuse plaque minéralogique

   Aujourd'hui, après être sorti du boulot, je me suis arrêté à un feu. Mon attention a été attirée par la plaque minéralogique du véhicule qui me précédait. L'autocollant situé à gauche indiquait l'origine française du conducteur. Celui qui avait été collé à droite (là où l'on trouve souvent l'emblème d'une région administrative) m'a interloqué... et intrigué :

france,société,identité

   Le I (avec les vaguelettes au-dessus) m'a immédiatement fait penser à une île, dont je ne reconnaissais pas la forme. Le Ø m'a perturbé. Il me faisait penser à une lettre des alphabets nordiques. Y aurait-il un lien avec le Danemark ou la Suède, alors que la voiture semblait avoir été immatriculée en France ?

   Du coup, une fois rentré chez moi (après néanmoins avoir pris le temps de me doucher...), je me suis rué sur la Toile, où j'ai rapidement trouvé la réponse à mon questionnement. Il s'agit de l'île d'Oléron, située en Charente-Maritime, dans la Nouvelle-Aquitaine. En voici une vue satellite, trouvée sur le site geoportail :

france,société,identité

   La forme concorde parfaitement avec celle dessinée au-dessus des lettres de l'autocollant. Notons que l'île, grande d'un peu moins de 180 km², est presque de la taille de Rodez Agglomération.

   Il me semble que ce localisme de la plaque minéralogique se développe davantage depuis qu'il a été question de créer de nouvelles grandes régions administratives. Dans l'Aveyron, sous différentes formes, le 12 est désormais fortement représenté par les autocollants placés sur les véhicules du département. On sent davantage d'attachement de la population à celui-ci qu'à la région, qu'on l'appelle Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Occitanie ou d'un autre nom.

   Attention toutefois à respecter la règlementation : la plaque minéralogique doit comporter une référence à une région et à l'un des départements qui la composent. C'est ce qu'on appelle un "identifiant territorial". Cette partie, située à droite des numéros de la plaque, ne peut pas être occupée par un autocollant désignant un seul territoire. (Il faut disposer celui-ci ailleurs, sur la carrosserie.) Le véhicule derrière lequel j'étais arrêté, au feu, sur lequel aucune mention de département ou de région n'était visible, se trouvait donc en infraction.

   P.S.

   Ces derniers jours, j'ai remarqué que les plaques minéralogiques issues d'autres départements sont particulièrement nombreuses autour de Rodez. L'approche de la rentrée des classes, loin d'avoir tari le flux touristique, semble avoir au contraire incité un certain public à venir profiter des beaux jours en Aveyron.

dimanche, 14 août 2016

Le Mémorial de Verdun

   C'est désormais le musée "officiel" de la bataille de Verdun, ce qu'il n'était pas à l'origine. Inauguré en 1967, le Mémorial (résultant d'une initiative privée) avait pour principal objectif d'honorer les anciens combattants. Il se trouve en dehors de la ville, en hauteur, sur le territoire d'un village détruit (celui de Fleury). Je l'ai connu il y a des années de cela, dans sa deuxième époque, après qu'on avait rajouté de multiples objets. J'en avais gardé un souvenir mitigé : les véhicules et les armes m'avaient passionné, mais les panneaux explicatifs étaient vieillots et parfois d'une lecture fastidieuse.

   Le bâtiment (ré)inauguré par Angela Merkel et François Hollande en mai dernier a été profondément modifié, surtout à l'intérieur. Vu de l'extérieur, il semble n'avoir subi que des retouches mineures. Voici comment il était il y a quelques années :

histoire,france,guerre,vacances,culture

   Et le voici en 2016, par une belle fin d'après-midi d'été :

histoire,france,guerre,vacances,culture

   Les canons n'ont pas disparu ; ils ont été déplacés en contrebas, à proximité d'allées bordées de pelouses. Les abords sont donc plus jolis qu'autrefois. Mais on remarque surtout l'apparition d'un étage supplémentaire, sous la forme d'une verrière. C'est à cet endroit qu'a été placée l'exposition temporaire  présentant l'histoire du site. On y trouve aussi une buvette, des toilettes et une terrasse très commode, d'où l'on a vue notamment sur l'Ossuaire de Douaumont :

histoire,france,guerre,vacances,culture

   C'est une visite complémentaire qui s'impose, encore plus pour des Aveyronnais, l'Ossuaire ayant été construit à l'initiative de l'évêque de Verdun de l'époque, un certain Charles Ginisty, originaire de la commune de Saint-Saturnin-de-Lenne, dans l'Aveyron.

   Mais revenons au Mémorial. L'entrée se trouve sur le côté, au sous-sol, et non plus sur le devant (par les grandes portes en bois) comme autrefois. La visite commence par une petite vidéo, résumant la géostratégie de la Première guerre mondiale, à l'aide de cartes animées. En trois-quatre minutes, elle réussit le tour de force de synthétiser l'essentiel des mouvements de troupes en Europe, de manière très accessible.

   De là on arrive dans la salle principale. A partir de ce moment, presque tout le musée est trilingue (allemand-anglais-français), un gros effort ayant été fourni tant au niveau des panneaux que des images projetées et des textes lus.

   L'avant-Verdun est présenté par un historien allemand, qui souligne la préparation minutieuse de l'offensive des troupes de Guillaume II, de surcroît très bien renseignées sur l'état des forts et le niveau de protection du côté français. L'espionnage fonctionnait dans les deux sens. S'y ajoutait l'interrogatoire des prisonniers. Le haut-commandement français ne s'est pas montré particulièrement perspicace sur ce coup-là (comme sur tant d'autres, d'ailleurs).

   Le clou de cet étage est une maquette animée, située juste après la présentation. La région de Verdun a été reconstituée en relief. Au-dessus de la maquette, trois vidéo-projecteurs y impriment diverses animations. On comprend très bien le déroulement de la bataille, le tout étant complété par un écran triple, sur lequel s'affichent des images d'époque légendées.

   Ensuite commence un parcours encadré d'énormes tronçons de bois, censés figurer un réseau de tranchées. Du coup, cette partie du musée prend la forme d'un labyrinthe, où chaque recoin réserve des surprises. On y découvre les troupes coloniales, les différents forts de la région (Vaux, Douaumont...), des véhicules et le fonctionnement de la fameuse Voie sacrée. On ne doit pas négliger le sol non plus, puisqu'une partie du dallage est transparente, laissant voir divers objets en relation avec les combats. C'est la partie du musée où j'ai passé le plus de temps.

   A l'étage du dessus, on découvre une masse d'objets de toute sorte, classés par thèmes. Les panneaux explicatifs sont plus nombreux. On a visiblement fait en sorte qu'ils ne soient pas trop longs. Çà et là, des fiches cartonnées sont disposées pour éclairer les visiteurs. Les plus futés comprendront à quels endroits il faut tirer sur des languettes... qui ouvrent de grands tiroirs vitrés. On peut aussi se contenter d'écouter (à l'aide de casques) les témoignages lus (enregistrés), parfois très durs.

   Ce deuxième niveau est celui des armes, des uniformes et des avions. On nous y présente aussi davantage la vie quotidienne des soldats, leur alimentation et l'importance du courrier. On les découvre artisans voire artistes, tant leurs productions, issues de matériaux de récupération, sont parfois extraordinaires. Très dur est le coin consacré aux soins et à la chirurgie, avec toute la panoplie du matériel médical de l'époque, innovations comprises. Les âmes sensibles éviteront de regarder un court documentaire traitant des divers traumatismes (physiques, mentaux) subis par les "poilus", les images les plus saisissantes étant sans conteste celles des "gueules cassées".

   On se dirige tout doucement vers la fin de l'étage. Confortablement installé (si l'on a pu se saisir d'une des places assises), on regarde un film racontant l'après-Verdun, des années 1920 à la reconstruction du Mémorial. On y retrouve des images célèbres (la rencontre Kohl-Mitterrand de 1984) et d'autres moins connues, comme cette cérémonie franco-italo-allemande de 1936, les visiteurs d'outre-Rhin déployant une croix gammée et faisant le salut nazi... à Douaumont !

   Si l'on veut poursuivre la visite, il faut grimper deux étages (l'étage intermédiaire étant réservé à l'administration) ou prendre l'ascenseur. On arrive au niveau où se trouvent l'exposition temporaire, la buvette et la terrasse. On peut aussi y manipuler de grandes tablettes numériques, qui permettent de visualiser les champs de bataille et de croiser trois couches d'informations. De retour au sous-sol, on peut passer par la librairie, d'une richesse incroyable sur le premier conflit mondial.

   Doté de riches collections, érudit sans être chiant, moderne dans sa scénographie, le Mémorial est un lieu à découvrir pour toute personne qui s'intéresse un peu à la Première guerre mondiale.

jeudi, 11 août 2016

Le Laguiole vu d'ailleurs

   Hier, en lisant le quotidien régional L'Est Républicain, je suis tombé sur un article intitulé "Le Laguiole, un couteau indémodable". (Il est paru dans les autres quotidiens dépendant du même groupe de presse, Ebra, contrôlé par le Crédit Mutuel.)

actualité,presse,médias,économie,france

   L'article principal évoque l'histoire aveyronnaise du couteau et s'appuie principalement sur le témoignage du directeur de la Forge de Laguiole, Thierry Moysset. Si les propos rapportés ont bien été tenus, on peut en déduire qu'il a profité de l'entretien pour balancer une petite vacherie sur le compte des fabricants thiernois. Je ne sais pas si l'on a contracté de manière un peu abrupte les propos du gérant, mais ce qui est écrit n'est pas tout à fait exact.

   Si des Laguiole bas-de-gamme sont bien vendus sous des marques thiernoises, ce sont (à ma connaissance) uniquement les premiers prix. C'est néanmoins l'occasion de rappeler que certains entrepreneurs auvergnats ont délocalisé une partie de leur production en Chine, comme le révélait il y a cinq an un billet du blog d'un journaliste du Monde. (Au passage, signalons que Thierry Déglon, le patron de coutellerie à l'époque maire de Thiers, a été battu par une liste socialo-communiste aux municipales de 2014, pourtant peu favorables à la gauche.)

   Je rassure nos amis thiernois : la chronologie (sommaire) qui accompagne l'article rend hommage au rôle des couteliers auvergnats dans la perpétuation du Laguiole. La langue de Thierry Moysset a peut-être fourché en raison du récent rapprochement entre les producteurs de Thiers et certains couteliers aveyronnais (qu'une mauvais esprit de ma connaissance qualifie d'assembleurs plus que de couteliers).

   L'article principal est complété par un second, plus court, intitulé "Bataille juridique pour la marque Laguiole".

actualité,presse,médias,économie,france

   Ici, c'est le maire de Laguiole (Vincent Alazard) qui sert de référence au journaliste. Celui-ci s'est peut-être à nouveau un peu emmêlé les crayons, à propos de la décision de la Cour de Justice de l'Union européenne, dont j'ai parlé l'an dernier. En effet, l'article affirme que c'est à la commune de Laguiole que le tribunal a donné raison, alors que c'est la Forge qui a obtenu (partiellement) gain de cause contre Gilbert Szajner.

   Ce papier est un travail un peu approximatif (certes, sur un sujet complexe), mais qui offre une belle publicité aux couteaux aveyronnais.

mardi, 09 août 2016

Jeanne d'Arc en réclame

   Ah, l'été, ses balades et ses brocantes ! C'est toujours l'occasion de faire d'étonnantes découvertes. Ainsi, le week-end dernier, en compagnie d'une personne chère à mon coeur, j'étais sur le point de quitter un énorme vide-grenier (où j'avais par ailleurs déjà trouvé mon bonheur), lorsque mon regard s'arrêta sur un carton, posé au sol, duquel émergeaient de vieux journaux. Le titre d'une revue attira mon attention : La Femme chez elle.

histoire,france,société,presse

   Ce numéro date du 15 septembre 1931. D'autres sont un peu plus anciens (d'un ou deux ans). On s'adresse visiblement aux épouses bourgeoises. Le premier article traite des "colifichets et fanfreluches". Le suivant est intitulé "Nos bébés". Plus culturel, un autre évoque l'Espagne, "terre de contrastes et de traditions". Côté pratique, une rubrique courrier répond aux questions des lectrices et des patrons sont fournis pour donner de l'ouvrage aux habiles couturières. L'ensemble est entrecoupé de publicités, l'une d'entre elle méritant particulièrement le détour :

histoire,france,société,presse

   Plantée sur un fougueux destrier, en armure et cheveux aux vents, la Pucelle brandit une bouteille du précieux liquide, le tout étant vanté par un homme vêtu d'un uniforme, une double garantie de qualité censée rassurer les ménagères.

   Mais le plus cocasse réside dans l'argumentation : la benzine est réputée enlever toute tache sans laisser d'auréole... un comble pour un produit promu par une sainte !

vendredi, 05 août 2016

L'alcool dans la guerre

   C'est le thème d'une exposition temporaire, visible jusqu'au 1er décembre 2016 au musée de la bière de la commune de Stenay, située dans le département de la Meuse et la région Lorraine Grand-Est. C'est l'une des très nombreuses manifestations qui entourent le centenaire de la bataille de Verdun. J'ai d'ailleurs découvert avec surprise combien les animations étaient nombreuses, aussi bien celles promues par l'office de tourisme départemental que celles, moins spectaculaires, organisées au niveau local et (heureusement) annoncées dans la presse.

   Le lieu mérite lui-même l'attention du visiteur. Le musée est un ancien magasin aux vivres, devenu malterie par la suite, avant que de successifs changements de propriétaires n'orientent l'activité vers le dépôt de charbon, la champignonnière ou encore le casernement de troupes.

   Les trois quarts des locaux sont consacrés aux collections permanentes. On nous explique d'abord quels sont les constituants de la bière, avant de passer à l'historique. Les plus anciennes traces remontent à la période néolithique, en Mésopotamie. Sachez qu'à l'époque c'étaient des femmes qui fabriquaient le précieux breuvage.

   On vogue ensuite de l'Antiquité gallo-romaine à l'époque moderne, en passant par les changements introduits au Moyen-Age. Les moines ont joué un rôle important. Mais les transformations (techniques et économiques) décisives sont intervenues lors des Révolutions industrielles, jusqu'aux ultimes changements contemporains. Plusieurs salles abordent des aspects techniques de la fabrication, mais j'ai été plus sensible à celle consacrée à la publicité et à la propagande véhiculées par la bière et ses supports.

   C'est dans la dernière partie du musée que l'on découvre l'exposition temporaire, consacrée à l'alcool pendant la Première guerre mondiale. Une idée reçue consiste à opposer les Français amateurs de vin aux Allemands gros consommateurs de bière. Il y a quand même un fond de vérité, si bien que, sur les représentations des "poilus", le jus de raisin fermenté est très souvent présent :

actualité,histoire,france,allemagne

   En réalité, les Allemands fabriquaient et consommaient aussi beaucoup de vin... et même une sorte de champagne ! Ceci dit, ils buvaient surtout de la bière, certains soldats emportant même leur chope fétiche dans les tranchées !

   Du côté français, on note une séparation entre le Nord et le Sud, le premier étant davantage une terre de "biérophiles", le second une terre de vinophiles. Pour nombre d'entre eux, la guerre a été l'occasion de découvrir et de s'habituer à la consommation de nouveaux breuvages... y compris les eaux-de-vie, certes nettement moins répandues que les boissons moins alcoolisées.

actualité,histoire,france,allemagne

   En 1914, seuls 25 centilitres étaient attribués quotidiennement aux "poilus" (avec 6 centilitres d'eau-de-vie). Au moment de la bataille de Verdun, on est passé à 50 centilitres, le litre étant atteint avant la fin du conflit. La gourde réglementaire servait d'outil de mesure. Celle qui figure ci-dessus a subi un traitement un peu "spécial" (que je ne révèlerai pas... mais qui est expliqué dans le musée), traitement dont l'objectif était de permettre au poilu d'augmenter légèrement et subrepticement sa ration de vin...

   Le mot "pinard" s'est répandu dans le langage courant, sans doute en relation avec le pinot, cépage très présent en Champagne, Lorraine et Alsace.

   J'ai aussi été surpris par la diversité des contenants. C'est fou comme on a pu faire varier la taille, la forme, la décoration et la couleur des bouteilles. Les catalogues des fabricants proposaient un choix impressionnant de modèles :

actualité,histoire,france,allemagne

   Les vins et les bières n'étaient pas les seuls concernés. Les alcools forts (ou tout simplement de synthèse) ont connu un indéniable succès. On note la propension des commerciaux à vanter leurs effets thérapeutiques ! A chaque affection du corps (voire de l'âme) correspondait au moins une substance alcoolisée, propre à guérir du mal de crâne, de la fatigue, des douleurs diverses... et même des hémorroïdes.

actualité,histoire,france,allemagne

   Pourtant, depuis la fin du XIXe siècle, de virulentes campagnes combattaient l'alcoolisation des masses, surtout la consommation des boissons fortes, le vin ayant meilleure réputation... et un poids économique plus important.

   Mais, face à la dureté des combats et de la vie quotidienne, les "petits remontants" étaient bien utiles... et parfois commandés par les officiers, pourtant chargés de lutter contre les abus. Un extrait du documentaire Apocalypse Verdun aborde la question... et la relie à l'alimentation générale des soldats. Il est notamment question des bouchers aux armées. Ames sensibles s'abstenir.

   Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur cette passionnante exposition, à voir si vous en avez l'occasion. Elle est présentée par un dossier de presse bien conçu.

   P.S.

   Sur le sujet, on peut lire aussi avec profit une page du site des Archives de Lyon.

lundi, 25 juillet 2016

L'Engrenage - Mémoires d'un trader

   Les éditions J'ai Lu (une filiale du groupe Flammarion) ont profité de la sortie en salles du film L'Outsider pour rééditer (avec une nouvelle couverture) le livre que Jérôme Kerviel avait écrit au cours de l'instruction de son premier procès.

économie,cinéma,cinema,film,films,france

   A sa lecture, on s'aperçoit qu'il a beaucoup inspiré le scénario du film de Christophe Barratier. On part de la découverte de ses prises de positions extrêmement risquées (et frauduleuses), avant de revenir en arrière. Le livre remonte plus loin que le film, puisqu'il évoque le parcours scolaire de Jérôme Kerviel. Mais il est plus discret sur sa vie sentimentale. Il semble que, dans l'adaptation cinématographique, le personnage incarné par Sabrina Ouazani soit un mélange de deux des amies du "héros".

   Au niveau du travail à la banque, c'est plus détaillé que dans le film. On comprend mieux en quoi cela consiste, même si je dois avouer que, parfois, j'ai un peu lâché prise. C'est quand même très technique pour un profane comme moi.

   Au détour d'une page, on se rend compte des petites modifications auxquelles on a procédé pour tourner le film. On a eu raison de couper, pour rendre l'intrigue plus lisible.

   Mais c'est la troisième partie de l'ouvrage qui m'a le plus intéressé : elle traite du parcours judiciaire de Jérôme Kerviel, de son arrestation à la veille de son premier procès (ce qu'on ne voit pas dans le film). Plus tôt dans l'ouvrage, le jeune homme a affirmé éprouver de l'admiration pour le juge Renaud Van Ruymbeke. La première partie de l'instruction semble l'avoir confirmé dans ce sentiment. Mais, plus le temps a passé, plus Kerviel a senti qu'il était considéré comme le coupable désigné. La Société Générale semble avoir "bétonné" les déclarations de ses employés, afin de rejeter toute la faute sur un seul homme : Kerviel. Les juges d'instruction auraient été abusés par les manoeuvres de la banque, qui aurait profité de leur mauvaise connaissance du fonctionnement d'une salle des marchés.

   On suit ce nouveau "présumé coupable" dans le tourbillon médiatique et la farandole des avocats, beaucoup n'ayant proposé leurs services que pour se faire de la publicité. De temps en temps, l'auteur se livre un peu plus : on sent qu'il est sorti de là complètement lessivé.

   Même si c'est un plaidoyer pro domo, ce livre n'en mérite pas moins le détour, pour la vision interne qu'il propose et pour le portrait d'une société (la nôtre) tombée dans le vertige de l'argent facile et des paillettes médiatiques.

   P.S.

   Le texte est (parfois) entrecoupé de documents, les plus nombreux figurant en fin d'ouvrage. Ce sont des courriels, des contrats ou des extraits d'autres types de documents. Ils sont là pour appuyer les affirmations de Jérôme Kerviel. Les plus saisissants sont ceux situés tout à la fin, anonymisés, qui évoquent les conditions dans lesquelles certains de ses anciens collègues ont négocié leur licenciement... et leur silence. Seul regret : dans la version de poche, les caractères de ces documents sont vraiment très petits.

mercredi, 13 juillet 2016

Du Nutella customisé

   Récemment, j'ai contribué à relancer la consommation des ménages. Dans le chariot (que je poussais avec puissance et dignité) s'est retrouvé un étrange pot de Nutella, aux couleurs de l'Euro 2016 de football :

france,société,euro 2016,football,actualité

   Notez la disposition des représentants nationaux. Les Français sont en grand, au sommet, entourés des Italiens et d'un Portugais. A l'opposé se trouve un Allemand. Les commerciaux du groupe Ferrero ont eu du nez, puisque la finale du dernier championnat d'Europe a opposé (comme personne ne l'ignore) la France au Portugal. On remarque que seuls douze pays sont représentés : outre les précédemment cités, on trouve la Belgique, l'Autriche, la Roumanie, la Pologne, la Russie, l'Espagne, l'Angleterre et peut-être l'Irlande du Nord (ou la Turquie).

   Qu'en est-il dans les autres pays ? Je n'ai trouvé des pots aux couleurs de la compétition que dans trois pays. Bien entendu, l'Italie figure dans le lot :

france,société,euro 2016,football,actualité

   En Allemagne, la présentation est plus sobre :

france,société,euro 2016,football,actualité

   La palme de l'originalité revient au "pot belge", qui existe sous deux versions, égalité des sexes oblige :

france,société,euro 2016,football,actualité

france,société,euro 2016,football,actualité

   En creusant un peu le sujet, je suis tombé sur un article publié à l'occasion du décès de Michele Ferrero, la "père" du Nutella. On y apprend que les Français sont les plus gros consommateurs mondiaux de la pâte à tartiner chocolatée, devant les Allemands, les Italiens et les Suisses. Quant à la Belgique, elle occupe aussi une place à part : le Nutella y détient plus de 50 % de parts de marché, le groupe Ferrero y possède une importante usine... et l'équipe des "diables rouges" faisait partie des favoris, avant le début de la compétition.

samedi, 09 juillet 2016

L'équipe de France de la diversité

   C'est la conclusion à laquelle on arrive quand on analyse la composition de l'effectif (les 23) sélectionné par Didier Deschamps pour l'Euro 2016 de football. En complétant les informations glanées sur le site de L'Equipe par des recherches complémentaires, on fait même quelques trouvailles.

   La première remarque est que cette équipe est composée massivement de joueurs nés en France (20 sur 23). Les trois nés à l'étranger (Patrice Evra au Sénégal, Samuel Umtiti au Cameroun et Steve Mandanda en République Démocratique du Congo) sont arrivés très jeunes en France (avant l'âge de trois ans). Il n'y a donc pas de naturalisés de complaisance dans ce groupe. Notons que 19 des 20 joueurs nés en France ont vu le jour en métropole (dont 1 en Corse : Adil Rami), le vingtième (Dimitri Payet) étant originaire de La Réunion.

actualité,presse,médias,journalisme,france,football,actualité,euro 2016

   L'outremer est en réalité davantage présent dans l'effectif. En effet, Anthony Martial est né dans l'Essonne de parents martiniquais, tandis que Kingsley Coman est né à Paris de parents guadeloupéens. Cela nous amène à nous intéresser aux départements métropolitains de naissance de 19 des 23 sélectionnés.

actualité,presse,médias,journalisme,france,football,actualité,euro 2016

   Sans surprise, la région Ile-de-France domine, avec 7 joueurs (2 de Paris, 2 de Seine-et-Marne, 1 d'Essonne, 1 des Hauts-de-Seine et 1 de Seine-Saint-Denis). Sinon, tous les coins de l'Hexagone sont représentés, sauf la Bretagne.

   En piochant un peu plus, je suis tombé sur des informations portant sur les ascendants (parents, grands-parents) des joueurs. 8 d'entre eux ont des parents étrangers et 4 autres ont au moins un grand-parent étranger. Cela donne la carte suivante, avec, en rouge, les pays d'origine des parents, et, en jaune, les pays d'origine des grands-parents non français :

actualité,presse,médias,journalisme,france,football,actualité,euro 2016

   Sans surprise, l'Afrique domine chez les parents étrangers. Ceux de Moussa Sissoko et de N'Golo Kanté sont maliens. Ceux d'Adil Rami sont marocains. Ceux de Paul Pogba sont guinéens. Ceux de Blaise Matuidi sont angolais. Ceux d'Eliaquim Mangala sont congolais (de R.D.C.). Enfin, le père de Bacary Sagna est sénégalais. Complète le tableau Hugo Lloris, dont le père est originaire d'Espagne, plus précisément de Catalogne.

   Quand on remonte jusqu'aux grands-parents, les résultats changent. Ainsi, c'est l'Europe qui est l'origine la plus fréquente. Sachez qu'Olivier Giroud a deux grands-mères italiennes, que Laurent Koscielny a un grand-père polonais... et que la nouvelle icône du football français, Antoine Griezmann, a deux grands-parents (du côté maternel)... portugais ! La palme de l'origine la plus exotique revient à Yohan Cabaye, dont l'une des grands-mères est d'origine vietnamienne.

   Qu'en est-il de ceux qui jouent le plus ? Prenons l'exemple de la récente demi-finale, contre l'Allemagne. Deux des trois joueurs nés à l'étranger se trouvaient sur le terrain, tout comme six des huit joueurs (remplaçants inclus) qui ont au moins un parent étranger. Les quatre joueurs qui ont au moins un grand-parent étranger ont foulé la pelouse, ce qui n'est le cas que d'un seul des joueurs qui n'ont aucune ascendance étrangère proche : Dimitri Payet, le Réunionnais. J'ai comparé avec la composition de l'équipe qui a disputé le premier match (contre la Roumanie) : remplaçants inclus, 11 des 14 joueurs qui ont foulé la pelouse du Stade de France ce vendredi 10 juin ont une ascendance étrangère. Les trois autres (D. Payet, A. Martial et K. Coman) ont des parents domiens.

   Ce sont aussi très majoritairement des joueurs qui évoluent à l'étranger. En demi-finale, 12 des 14 rentrés sur le terrain évoluaient l'année écoulée dans un championnat étranger. (Les deux exceptions sont Blaise Matuidi, du PSG, et Samuel Umtiti, de Lyon.) C'était même pire lors du match contre la Roumanie, qui a seulement vu Matuidi fouler la pelouse.

   Voyons ce qu'il en est pour l'ensemble des 23 sélectionnés. 18 évoluent dans un championnat étranger, dont 11 au Royaume-Uni ! D'ailleurs, en demi-finale, 8 des 14 Français qui ont foulé la pelouse jouaient la saison passée dans un club anglais ! Cela me rappelle la "promotion" de 1998 (celle des champions du monde), dans laquelle les salariés de clubs italiens étaient nombreux (Zidane, Desailly, Deschamps, Boghossian, Djorkaeff et Thuram), même si les clubs anglais pointaient déjà le bout de leur nez. En 2016, 5 des sélectionnés jouaient dans un club londonien, 4 dans l'un des deux clubs de Manchester, 1 à Newcastle et 1 à Leicester.

actualité,presse,médias,journalisme,france,football,euro 2016

   Après le championnat britannique viennent les championnats français (5 sélectionnés), italien (3 sélectionnés), espagnol (2 sélectionnés), allemand (1 sélectionné)... et mexicain (1 sélectionné : André-Pierre Gignac).

actualité,presse,médias,journalisme,france,football,actualité,euro 2016

   Conclusions ? Les sélectionnés en équipe de France sont d'abord des joueurs nés et formés en France. Ils ont souvent une ascendance étrangère. Le football a pu être perçu comme un bon moyen de réussir dans la vie (plus que l'école, en tout cas). Enfin, ces très bons joueurs sont partis gagner leur croûte à l'étranger, dans des championnats relevés, pas très loin de la France métropolitaine.

   P.S.

   Si l'on considère le cas des "grands absents" (côté français) de cet Euro (évoqués dans un article du Monde), on constate qu'ils rentrent dans ce schéma. Tous sont nés en France métropolitaine (Raphaël Varane ayant un père martiniquais). Trois recrues potentielles sont nées de parents étrangers : sénégalais pour Mamadou Sakho, maliens pour Lassana Diarra, centrafricains pour Kurt Zouma. Sur les sept grands absents, deux évoluaient dans le championnat français (Diarra à Marseille, Debuchy à Bordeaux). Des cinq autres, deux jouaient en Angleterre, trois en Espagne.

jeudi, 07 juillet 2016

Sur quel pied danser

   C'est une comédie musicale, sur fond de crise économique et d'inégalité des sexes. Quand on a dit ça, on a tout dit et on n'a rien dit. L'ambiance générale évolue quelque part entre celle de Discount et celle de Jeanne et le garçon formidable (avec Virginie Ledoyen).

   L'intrigue semble être inspirée des difficultés rencontrées par l'entreprise Charles Jourdan, spécialisée dans la fabrication de chaussures de luxe. On a d'ailleurs droit à quelques extraits d'actualités anciennes, qui présentent ce secteur économique... où ne travaillaient à l'origine que des hommes, d'après les images montrées.

   Tel n'est plus le cas de nos jours. Dans l'usine Jacques Couture, seul le patron est un homme. Il a les traits de François Morel, qui lui prête sa bonhomie, mais aussi sa rouerie. Le portrait est toutefois nuancé, à l'image du film, qui n'est pas manichéen. Tous les employés de l'usine sont des femmes. L'histoire commence avec l'arrivée d'une petite nouvelle, Julie (Pauline Etienne, déjà remarquée dans La Religieuse), visiblement sans diplôme, qui trime d'intérim en CDD et voit dans cette boîte l'occasion de décrocher enfin un CDI, quel que soit le boulot proposé.

cinéma,cinema,film,films,société,france

   Elle va côtoyer une bande d'ouvrières aux caractères bien trempés. On apprend dans le dossier de presse que ce sont surtout des danseuses de formation (recrutées en Rhône-Alpes). Je trouve qu'elles jouent bien. Il y a la contremaître(sse ?), assez "vieille école", qui a la confiance du patron, mais qui défend les intérêts de ses collègues. Il y a au moins une fofolle, une révolutionnaire, une timide suiveuse... et la vieille grincheuse, un peu revenue de tout, qui va prendre l'héroïne sous son aile. Un autre personnage féminin sort du lot : celui de la secrétaire, incarnée par Julie Victor, pleine d'entrain.

   A ma grande surprise, je n'ai pas été horripilé par les parties chantées. Les chansons sont interprétées par les actrices (et les acteurs). Elles ont été enregistrées en studio. On a donc droit à du play-bac, ce qui laisse du souffle aux comédiennes, qui exécutent des chorégraphies parfois sophistiquées. J'ai même préféré les parties dansées à leur accompagnement musical. Elles s'insèrent très bien dans l'intrigue.

   Il faut quand même dire un mot des hommes. Outre le directeur de l'usine, on croise le grand patron du groupe, un jeune ambitieux, plein de classe et tout sourire... un bel hypocrite, surtout. Dans le rôle, Loïc Corbery est une révélation.

cinéma,cinema,film,films,société,france

   Les autres mâles sont les chauffeurs-livreurs d'une société qui travaille souvent avec l'usine. L'un d'entre eux attire le regard de Julie. Une (possible) histoire d'amour va donc se juxtaposer à la lutte sociale... et entrer en conflit avec.

   Je mettrai toutefois deux bémols à mon enthousiasme. D'abord, je trouve le film un peu trop en empathie avec les deux jeunes héros. Je me reconnais davantage dans certains personnages plus âgés. Je trouve que l'héroïne et son petit copain ont des comportements un peu irresponsables. Cela m'amène à la fin (que je ne vais pas raconter, bien entendu), que je n'ai pas aimée et qui ne me semble pas réaliste.

   Mais, si l'on supporte ces inconvénients, on passe un bon moment, avec une comédie originale, qui dit des choses sur la société française d'aujourd'hui.