vendredi, 24 avril 2026
Michael
La nouvelle dragée d'Antoine Fuqua (réalisateur, entre autres, des Equalizer) est un demi-biopic consacré au "roi de la pop", de son enfance (au début des années 1960) à l'émancipation définitive vis-à-vis de son père, au début des années 1990. On a reproché à ce film de passer sous silence les déviances intimes de Michael Jackson mais, à travers ce qu'il dit ou ne dit pas, il n'en demeure pas moins riche.
Ainsi, l'enfance de la vedette est marquée à la fois par les prémices du succès, les méfaits de l'autoritarisme du père et la poussive sortie des États-Unis de la ségrégation. Né en Indiana, Michael ne l'a pas vraiment connue, mais il en a ressenti des effets secondaires, comme le fait qu'à leurs débuts, lui et ses frères se produisent devant un public exclusivement afro-américain... et il a fallu attendre le milieu des années 1980 pour que MTV diffuse massivement les clips vidéos des artistes "non-blancs". C'est d'ailleurs l'une des raisons de l'immense succès de M. Jackson : son art parlait à tout le monde, sans distinction d'âge, de sexe, d'ethnie ou de classe sociale. C'était aussi un bon produit de marketing, soutenu par une promo massive, développant des produits dérivés et organisant des concerts de masse.
Le film réussit à nous faire toucher du doigt les raisons de ce succès, à commencer par la multitude de talents (chant, danse, écriture, composition, chorégraphie...) de Michael, remarquablement interprété (jusque dans ses ambiguïtés) par... son neveu, Jaafar, fils de Jermaine. Celui-ci est assez peu présent dans l'histoire, peut-être parce que, contrairement à ses frères, il n'avait pas quitté la Motown pour rejoindre CBS-Epic. Les amateurs de (bonne) musique afro-américaine regretteront que l'importance de Berry Gordy (fondateur de la Motown) n'apparaisse pas suffisamment. Sur le plan historique, le film rend toutefois (un peu) justice aux femmes qui ont découvert et soutenu les Jackson 5 à leurs débuts : Suzanne de Passe et Gladys Knight. En revanche, la place de Diana Ross est clairement minimisée, le sort le moins favorable étant réservé la petite sœur, Janet, absente du film.
Du côté des parents, on appréciera la prestation de Colman Domingo, en père à la fois violent et soucieux de la réussite de tous les membres du clan. Le film ne mentionne pas réellement son passé de musicien (qui pourtant permet de mieux comprendre certaines scènes). Quant à la mère, qui fut une jeune chanteuse prometteuse, on la réduit au rôle d'épouse soumise.
Au niveau de la distribution, il ne faut pas oublier l'autre révélation de ce film. En effet, Michael est interprété par deux comédiens : son neveu Jaafar à l'âge adulte et l'inattendu Juliano Valdi durant l'enfance. J'ai trouvé le gamin extraordinaire, à la fois dans la représentation scénique et les moments familiaux.
Là où Fuqua réussit son coup, c'est au niveau de la musique et des scènes dansées. C'est efficacement mis en scène, avec un son excellent (dont il faut profiter dans une belle et grande salle de cinéma). On a bien entendu gardé la voix de Michael. A plusieurs reprises, durant la séance, j'ai eu des fourmis dans les jambes, comme lorsque j'ai vu EPiC (consacré à Elvis Presley). L'un des moments de bravoure est la gestation de l'album Thriller, jusque dans le tournage du clip (pour lequel Fuqua a recruté sa propre fille, dans le rôle de la petite-amie fictive du héros du court-métrage). Mon regret est qu'on n'ait pas abordé celui de Billie Jean (une petite merveille), alors que Beat it bénéficie lui d'un assez long traitement.
Celles et ceux qui ne connaissent pas grand chose de MJ apprendront qu'il était cinéphile, qu'il appréciait un tas d'artistes différents... et qu'il souffrait du vitiligo.
De surcroît, quand on analyse soigneusement certaines scènes, on découvre un sous-texte qui, s'il avait été développé, aurait pu faire de ce film un quasi-chef-d’œuvre : Michael Jackson n'a pas vraiment eu d'enfance. Traumatisé par un père tyrannique, il est rapidement passé du statut de gamin martyr à enfant-star. Cela l'a obligé à évoluer beaucoup plus rapidement que les garçons de son âge, tout en refoulant un tas de choses. Il était clairement immature sur le plan affectif, ce que montre son attachement au monde enfantin et sa relation avec les animaux, qu'on croirait tout droit sortie d'un film Disney (ancienne époque). C'était toutefois à l'origine un gentil garçon, pétri de talents, devenu un produit commercial hautement rentable... et mentalement très perturbé, ce que le film ne montre pas.
22:28 Publié dans Cinéma, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, musique


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