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lundi, 03 août 2026

The Ugly

   Moins de deux mois après la sortie du décevant Colony, Sang Ho-Yeon est de retour sur nos écrans avec un film plus intimiste, mais qui traite un peu la même thématique, celle de la monstruosité (ou de la laideur) : est-elle plus externe qu'interne ? Ici, les zombies infectés sont remplacés par un artisan aveugle et son épouse, à laquelle les habitants du quartier donnaient un surnom infamant, en raison de son visage (supposé) disgracieux.

   Tout commence, de nos jours, par le tournage d'un reportage. Les journalistes s'intéressent à un graveur de sceaux, réputé pour son travail de qualité... alors qu'il est aveugle de naissance ! De surcroît, il a élevé seul son fils unique (qui l'épaule à l'atelier), à partir de la disparition de son épouse, il y a quarante ans.

   La découverte des ossements d'une jeune femme, dans le bois jouxtant la ville, réoriente le reportage. Les journalistes cherchent désormais à en savoir plus sur l'épouse. Leur enquête prend la forme d'une série d'entretiens : avec d'anciens collègues de travail, avec l'ancienne supérieure hiérarchique de la jeune femme, avec l'ancien patron de l'atelier de couture où elle travaillait. Ces entretiens sont des prétextes à retours en arrière, qui nous plongent dans la Corée du Sud des années 1970-1980, en pleine croissance économique. (Ce furent un peu ses "trente glorieuses".)

   Très vite, il apparait que la jeune femme a été assassinée, à l'époque, et que son corps a été enseveli. Les suspects ne manquent pas, à commencer par les membres de la famille. Les obsèques sont l'occasion de rencontrer les deux sœurs de la défunte (et le fils de l'une d'entre elles). Celle-ci était brouillée avec sa famille d'origine... Cela ne pourrait-il pas constituer un mobile de meurtre ? On est aussi intrigué par l'attitude du veuf, qui ne semble pas si éploré que cela. Mais c'est peut-être dû à son tempérament, ou à l'usure du temps. Ceci dit, la séquence "familiale" mérite à elle seule le détour, tant elle sort du cadre des convenances.

   D'autre suspects plausibles émergent au fur et à mesure des rencontres menées par la journaliste et le fils du graveur. Lui cherche à mieux connaître sa défunte mère, maintenant qu'il sait qu'elle ne l'a pas abandonné. De son côté, la jeune journaliste se prend de passion pour ce sujet et pour cette femme victime à la fois d'un acte de violence et des préjugés sociétaux : elle a été mise à l'écart et dénigrée à cause de sa laideur.

   Ainsi, l'ancienne supérieure hiérarchique pourrait avoir eu envie de se venger d'elle, pour une raison que je ne révèlerai pas. Le patron de l'atelier avait aussi un bon mobile, puisque son employée s'était mise à dénoncer publiquement son comportement déplacé. Complètent la liste des suspects une bande de voyous locaux (souvent employés pour "faire le ménage") et le bras droit du patron indélicat, dont l'autorité (et l'emploi) était menacée par l'attitude de l'ouvrière.

   Le mystère est longtemps maintenu, la solution émergeant lors de la visite d'un taudis, dont les murs sont tapissés de vieilles photographies, parmi lesquelles, qui sait, se trouve peut-être celle de la décédée. Durant tout le film, l'actrice qui l'incarne est, soit cadrée bas (sous la tête), soit filmée de dos, ou en gros plan, mais la majorité du visage dissimulée derrière ses longs cheveux noirs.

   Même si la fin m'a un peu déçu, j'ai trouvé le film très prenant, avec un bel hommage rendu au travail manuel, aux "gens de peu", et une solide dénonciation des préjugés basés sur le physique.

   Pour expliquer les quelques réserves que j'ai à l'égard de ce film, je suis obligé de dévoiler certains détails... Du coup,

 

ATTENTION

 

 

DIVULGÂCHAGES !

 

 

   Ce n'est qu'à la toute fin de l'histoire que l'on découvre le visage de Jeong Yeong-he, sur une photographie dénichée par la journaliste... et là, stupeur, on découvre qu'elle avait un physique assez ordinaire, ni beau ni horrible. La jeune femme avait le teint un peu mat, des traits pas très fins, mais j'ai du mal à comprendre ce qui pouvait justifier qu'on la qualifie de "mocheté" voire de monstre. Bien des personnes qui, dans le film, se moquent d'elle, ne sont pas plus jolies.

15:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films