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samedi, 13 juin 2026

La Bataille de Gaulle - L'âge de fer

   Il y a quelques années de cela, le scénariste Antonin Baudry avait révélé un certain talent de réalisateur avec Le Chant du loup. Il a pris son temps avant de retourner derrière la caméra, avec ce qui n'est pas véritablement un biopic, mais un film de guerre et de résistance, qui prend parfois la forme d'un cours d'histoire.

   La première qualité de ce film est de mettre en avant des épisodes de la Seconde Guerre mondiale qui n'ont pas souvent figuré à l'écran. Ainsi, on découvre celui qui n'est encore que le colonel de Gaulle lors de la bataille de Montcornet (en mai 1940), au cours de laquelle il a dirigé plusieurs unités de char contre l'envahisseur allemand, avec une certaine habileté... mais aussi de l'audace... et un poil d'inconscience, Simon Abkarian réussissant à nous faire toucher du doigt le mélange de courage et d'arrogance du personnage. C'est aussi l'occasion de mettre en scène le sens de la formule du futur général :

- Mon colonel, c'est la débandade !

- Ai-je l'air de débander ?

   Sans être aussi savoureux, le reste des dialogues est tout de même souvent marqué par un indéniable savoir-faire, ne serait-ce que parce que l'on s'est visiblement beaucoup inspiré des Mémoires de Charles de Gaulle, ainsi que de ses lettres, notes et carnets. Cela donne ce ton souvent sentencieux au héros, pas toujours bien assimilé par Abkarian, qui donne parfois l'impression de réciter un texte littéraire.

   Les spectateurs attendent sans doute les débuts du personnage à Londres, mais Baudry a l'intelligence de ne pas trop s'attarder dessus, notamment sur l'Appel du 18 juin, déjà amplement traité dans le De Gaulle de Gabriel Le Bomin. Il préfère mettre en scène les rencontres avec Winston Churchill (qui parlait sans doute mieux le français que de Gaulle l'anglais). Celui-ci est interprété par l'excellent Simon Russell Beale (qui nous a ravis naguère en incarnant cette pourriture de Beria dans La Mort de Staline). C'est l'un des aspects les plus réussis de ce long-métrage : la confrontation de ces deux têtes de lard, qui s'estimaient mutuellement mais n'hésitaient pas à se jouer des coups en douce.

   Un autre mérite du film est de montrer à quel point fut difficile la construction de la Résistance extérieure. Au début, ce n'est qu'une bande d'amateurs, des patriotes de tout bord qui ne disposent pas de moyens importants. De plus, quand le mouvement a commencé à prendre de l'ampleur, de Gaulle aurait dû, à plusieurs reprises, en être évincé, par l'amiral Muselier (qui a eu l'idée de la Croix de Lorraine), par le général Catroux (plus accommodant que de Gaulle mais moins charismatique... et moins tenace), par l'amiral Darlan (ancien second de Pétain)... et par le général Giraud, que l'on verra sans doute dans le second volet, qui sort bientôt.

   A la vision de ce film, on comprend aussi mieux pourquoi de Gaulle a eu, par la suite (notamment une fois revenu au pouvoir, en 1958), de telles réticences vis-à-vis des gouvernements britanniques et états-uniens, qui, durant la guerre, lui ont souvent mis des bâtons dans les roues et l'ont tenu à l'écart de certains moments importants.

   Le premier de ces épisodes est celui de Mers el-Kébir, qui a failli torpiller définitivement la toute jeune France Libre. Je trouve que le film est un peu dur pour les Britanniques et ne montre pas assez la raideur jusqu'au-boutiste des officiers de marine français.

   Moins connues sont les pérégrinations de Charles de Gaulle en Afrique sub-saharienne : Cameroun, Tchad et Congo font partie des premières colonies ralliées à la Résistance extérieure. C'est l'occasion pour le réalisateur de montrer le recrutement en partie africain des FFL (Forces Françaises Libres), sous la houlette notamment du général Leclerc (auquel je trouve que cette première partie ne rend pas assez hommage). Cela nous vaut aussi une séquence pittoresque en zone équatoriale, avec de Gaulle imperturbable dans son uniforme (à l'intérieur duquel il doit pourtant crever de chaud) et négligeant les conseils de Spears, l'attaché britannique qui tente d'arrondir les angles avec Churchill. Lorsque l'attaché lui propose un produit pour lutter contre les insectes volants, il s'attire cette réponse cinglante du chef de la France Libre :

- Les moustiques ne piquent pas le général de Gaulle !

   Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir ce qui suit cette déclaration péremptoire du héros qui, à l'époque, s'était mis à parler de lui à la troisième personne !

   Le véritable moment de bravoure est sans conteste la séquence consacrée à la bataille de Bir Hakem (au printemps 1942). En se battant à un contre dix, avec beaucoup moins de matériel, les FFL sont parvenues à infliger de lourdes pertes aux Italiens et à l'Afrika Korps de Rommel, ralentissant suffisamment leur progression pour permettre aux Britanniques de regrouper leurs forces, permettant à moyen terme la victoire cruciale d'El-Alamein. Ce fut l'honneur retrouvé de l'armée française et c'est filmé avec un souffle quasi épique.

   Dans cette bataille, on retrouve la composition hétérogène des FFL. La mise en scène insiste plutôt sur la composante africaine, mais il faut savoir qu'il y eut aussi des unités originaires du Pacifique, comme le rappelle un reportage récemment diffusé à la télévision publique.

   Certains spectateurs s'étonneront peut-être de la présence d'une femme (une seule) au sein des combattants. Ce n'est pas une invention "politiquement correcte", pour se mettre en conformité avec l'air du temps. Cette femme (hors du commun) était Susan Travers, une Britannique qui commença la guerre comme ambulancière dans la Croix-Rouge, avant de rejoindre la France Libre puis la Légion étrangère. Hélas, le film ne dit presque rien d'elle, la présentant comme très proche du général Koenig (qui commandait les troupes à Bir Hakeim). En fait, elle était sa maîtresse... et lui marié, ce qui, à l'époque, était socialement inacceptable. Son rôle a donc été minoré (voire ignoré) pendant des décennies.

   Je suis conscient que, l'époque étant extrêmement riche, le film ne pouvait pas tout dire. Il regorge tout de même d'anecdotes (comme celle des habitants de l'île de Sein, parmi les premiers à rejoindre la France Libre en 1940) et, s'il est assez scolaire dans sa forme, plusieurs scènes témoignent d'un effort d'inventivité.

   Les 2h40 passent sans problème. C'est au final pour moi un bon spectacle, instructif de surcroît.

Commentaires

Le ai-je l'air de débander risque de devenir culte.
Et la formule très Chuck Norris sur les moustiques aussi.

Très instructif en effet. Tant de choses que j'ignorais sur le Général et pire... sur cette période.

Écrit par : Pascale | mardi, 16 juin 2026

Répondre à ce commentaire

La formule sur les moustiques serait authentique. L'historien Julian Jackson la cite dans l'imposante biographie qu'il a consacrée à Charles de Gaulle.

C'est encore plus beau !

Écrit par : Henri G. | dimanche, 12 juillet 2026

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