dimanche, 03 octobre 2010
Le Bruit des glaçons
Dans ce film de Bertrand Blier, les glaçons sont une sorte de fil rouge. Présents dans le seau où trempe en permanence une bouteille de vin blanc, ils accompagnent le héros cancéreux (Jean Dujardin, en pleine forme, si j'ose dire) dans presque tous les actes de la vie quotidienne. Le bruit qu'ils font est aussi, je pense, une allusion au mouvement de la vie... jusqu'à la toute fin, que je ne révèlerai pas.
La grande originalité du film est d'incarner le cancer, en la personne d'Albert Dupontel (et de quelqu'un d'autre...), parfait dans le rôle. Les dialogues qui ont été écrits pour ce personnage sont particulièrement savoureux. On retrouve le Blier des Valseuses notamment. C'est donc un film parfois très cru, éventuellement provocateur, sur un sujet sensible.
On sent néanmoins que le réalisateur a eu du mal à tenir le rythme, qui fait alterner moments "calmes", entre tendresse et ironie, et vagues de tempête, parfois très violentes, souvent très drôles. Certaines scènes semblent trop longues, même si l'on a visiblement coupé au montage. Paradoxalement, ce film de moins d'1h25 (en durée effective) peut paraître parfois long... et parfois trépidant.
Les acteurs sont tous bons. Outre les deux mastodontes, on doit noter les prestations d'Anne Alvaro et Myriam Boyer, dans des rôles très différents.
Sur le site internet, en plus des extraits, on peut accéder à un making of pas extraordinaire, mais sympa. (j'adore la séquence des gifles !)
14:19 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema, cinéma, film
samedi, 02 octobre 2010
Une mystérieuse photographie de Rodez
Je l'ai trouvée à la Cité des Antiquaires, située dans la zone de Bel-Air, aux franges de Rodez. Cet été y ont été exposées des photographies tirées de vieilles plaques, remontant à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Cela méritait vraiment le déplacement ! (Même si les pièces ne sont plus en vue, on peut encore demander au responsable de les consulter : il les garde en magasin.) L'une d'entre elles a particulièrement attiré mon regard :
A l'arrière-plan, on voit se détacher la silhouette de la cathédrale, alors qu'au premier plan, à gauche, on distingue, de dos, des policiers (ou des gendarmes). Il semble que le terrain soit celui du foirail. Mais que diable faisaient-ils en ces lieux ? Quand et d'où la photographie a-t-elle bien pu être prise ? Pour répondre à ces questions, il convient d'agrandir un peu l'image :
Vous ne rêvez pas ! Il s'agit bien d'un avion, sans doute sur le point de se poser... devant un public massé au fond du pré. C'était donc une cérémonie officielle.
La date est difficile à donner avec précision. Vu ce que l'on entraperçoit de l'appareil et de la foule, je penche pour l'Entre-deux-guerres. On trouve des avions français qui ressemblent à celui-ci, notamment ceux de marque ANF Les Mureaux. Au départ, à cause de l'angle de la prise de vue, je pensais qu'il s'agissait du Chasseur de nuit. Mais, comme il n'a été construit qu'à deux exemplaires, il apparaît peu probable que l'un d'entre eux se soit retrouvé à Rodez !
Du coup, j'hésite entre deux autres appareils : le 115 R2B2
... et le 117 R2B2 :
Ceci dit, je ne suis pas spécialiste d'aéronautique ancienne. Il s'agit peut-être d'un autre type d'appareil.
Quant au lieu où le(la) photographe s'est placé(e), l'incertitude subsiste. Pour moi, il n'est pas possible que ce soit du Foirail même que la saisie ait été faite. J'ai donc pérégriné à travers la ville, essayant de retrouver l'angle de la prise de vue et le recul nécessaire. Cela m'a mené ici :
Je ne pense pas être à l'endroit exact. Il aurait fallu que je me décale légèrement sur ma droite, et que je monte dans l'immeuble récent situé à l'entrée du viaduc (côté Bourran). Une deuxième possibilité est de se placer à l'autre bout du pont, au début de la montée. Aujourd'hui, la vue est bouchée par de nombreuses constructions datant d'après la Seconde guerre mondiale. Qui plus est, il me semble que la pente a été accentuée à partir de la gendarmerie.
Reste à trouver la date exacte à laquelle la photographie a été prise. Peut-être y a-t-il une trace de la manifestation dans les archives des quotidiens aveyronnais de l'époque... D'après Christian Souyris (l'antiquaire), il existerait, quelque part à proximité de l'Amphithéâtre (rue de l'Amphithéâtre ?) une plaque commémorative, que j'ai vainement cherchée. Avis aux amateurs de chasse au trésor !
14:27 Publié dans Aveyron, mon amour, Histoire | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : histoire, photo, photos, photographie, photographies
vendredi, 01 octobre 2010
Deux-trois trucs sympas à faire au musée Denys-Puech
Ce musée est, à l'heure actuelle, le principal lieu d'exposition des oeuvres d'art contemporain (des XIXe, XXe et XXe siècles) à Rodez (et dans l'Aveyron). Au passage, on peut noter que sa construction a été en partie financée par l'artiste qui lui a donné, en plus de ses oeuvres, son nom (Soulages, gros radin !), ainsi que par une contribution de la cantatrice Emma Calvé.
Au rez-de-chaussée se trouvent des oeuvres du sculpteur, d'un peintre local et du photographe et dessinateur Eugène Viala. Ceux qui aiment à se divertir s'intéresseront aux deux sculptures évoquant la ville de Paris, la plus spectaculaire se trouvant au fond, à gauche. Regardez bien les monuments représentés. Ne trouvez-vous pas qu'il en manque un, disons, emblématique ?
A l'étage sont placées les expositions temporaires, d'un intérêt inégal.
La perle se trouve au sous-sol. Non, je ne parle pas des toilettes ! Il s'agit d'une petite salle de projection, où l'on s'assoit (se vautre) dans l'un des deux grands et voluptueux coussins. Si l'on a pris soin de fermer les rideaux derrière soi, on se retrouve enveloppé par les ténèbres... Il faut alors saisir la manette wii (ouiiii !), pour déplacer sur l'écran les photographies qui apparaissent... et se révèlent être de courtes séquences vidéo, qui ne sont pas sans lien les unes avec les autres.
Les changements s'effectuent au fur et à mesure que l'on fait s'entrechoquer, s'entrecroiser, s'éloigner les vignettes vidéo. Voilà pour l'activité physique. Mais le cerveau ne reste pas inactif, puisque le jeu consiste à trouver les liens qui unissent les deux, trois ou quatre séquences proposées à l'écran.
Au bout d'un moment, si l'on fatigue, on peut se contenter de végéter sur le coussin : la musique d'accompagnement est douce, reposante et, l'obscurité aidant, on peut même piquer un roupillon !
Bref, j'étais venu un peu en traînant les pieds et je suis reparti enchanté !
00:15 Publié dans Aveyron, mon amour, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, art, video
jeudi, 30 septembre 2010
Soldat de papier
Ce film russe a pour objectif de montrer les dernières semaines précédant l'exploit de Youri Gagarine, en 1961... du point de vue de l'un des médecins de l'équipe de cosmonautes. L'action se déroule sur deux sites : Moscou et la région de Baïkonour, au Kazakhstan (situé en U.R.S.S., à l'époque), où se construit le cosmodrome.
Le problème est qu'à trop vouloir faire preuve d'originalité, le réalisateur n'aboutit qu'à rater son sujet et susciter l'ennui. La première cause en est ce personnage principal, enfant narcissique qui a mal grandi, objet de vénération mais finalement creux... et qu'est-ce qu'il cause ! Il nous assène des tirades de banalités pseudo-philosophiques dont on se contrefiche !
Les deux héroïnes sont mieux campées. Il y a l'épouse officielle, la citadine, l'éduquée, la sophistiquée et l'autre, la maîtresse de province, plus rustre (mais tout aussi jolie).
Du point de vue de la mise en scène, le film souffre d'un gros défaut : la volonté d'introduire le plus possible d'éléments saugrenus dans une trame en apparence limpide. Cela ne tient pas la route, cela fait "faux", fabriqué (mal). Du coup, l'histoire perd beaucoup de sa force.
C'est en plus assez maniéré, avec des incohérences, comme ce héros qui, retrouvé après une nuit d'errance, est rasé de près, avec des vêtements quasiment impeccables, malgré la boue provoquée par la débâcle...
Il reste quelques (trop rares) moments de vrai cinéma (en particulier quand les personnages principaux ferment leur gueule), comme cette promenade à bicyclette sur la terre gorgée d'eau.
19:25 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinema, cinéma
mercredi, 29 septembre 2010
La Rivière Tumen
Le titre fait référence à un cours d'eau, un fleuve en réalité (bravo au traducteur qui a sans doute mal interprété le mot "river"...), qui sert de frontière entre la Chine, la Corée (du Nord) et la Russie :
Ici, il est question de la partie du fleuve séparant la Corée du Nord de la Chine. L'action se déroule l'hiver, quand le cours d'eau est gelé. Des centaines de Nord-Coréens tentent de franchir cette frontière : la Chine est pour eux un Eldorado, moins dur politiquement que leur pays natal... et surtout plus prospère.
Plusieurs éléments placés dans le cadre sont là pour nous rappeler cette différence : dans ce village chinois loin de tout, les familles ont le téléphone (fixe), la télévision et les enfants sont plutôt bien vêtus. Ceci dit, cette relative aisance est principalement due à l'argent gagné par les adultes qui sont partis travailler en ville, en Chine mais surtout à l'étranger (ici en Corée du Sud). Parfois, un peu de trafic vient mettre du beurre dans les épinards...
Une forme de solidarité se met en place : certains villageois acceptent d'aider les "voisins" coréens, qui font pitié. Mais, ici comme ailleurs, l'arrivée de ce flot de migrants provoque des tensions.
La mise en scène est simple d'apparence. Le réalisateur semble apprécier les plans fixes, parfois agrémentés d'un panoramique. Tout est donc dans la composition des plans, ce qu'on y montre, ce qu'on n'y montre pas. Ainsi, alors que la caméra est centrée sur la soeur du héros (muette depuis la mort de son père), l'apparition, discrète, dans un coin, d'un petit nuage caractéristique nous apprend que le grand-père est dans la pièce d'à côté, en train de fumer sa clope. De la même manière, on comprend ce qui s'est passé dehors, à la sortie de l'épicerie locale, quand on regarde, dans la scène suivante, le bras de l'un des protagonistes... et l'attitude des autres personnages envers lui.
Bref, beaucoup de choses sont dites par les images. Elles sont d'ailleurs parfois superbes, avec ces paysages enneigés, gelés. Les dialogues sont là plutôt pour faire émerger une tension ou la résoudre. Les moments forts sont souvent placés au niveau des repas, très ritualisés. C'est fou comme ce coin de Chine m'a fait penser au Japon (et le réalisateur s'est à mon avis inspiré du cinéaste nippon Ozu).
Le film vaut le déplacement pour le tableau qu'il propose de la vie villageoise (jusqu'au traditionnel cocufiage...) et la description des relations compliquées qui se nouent avec les migrants. Les jeunes garçons, au moins, ont le football pour sympathiser... d'autant que l'un des Coréens est un as du dribble !
Le rythme général n'est pas trépidant, mais j'avoue que j'ai été emballé !
19:39 Publié dans Chine, Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinema, cinéma






