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lundi, 25 février 2013

Hypocrisie départementale (3)

   Le quotidien Midi Libre publie aujourd'hui un entretien avec Guy Durand, maire de Millau et surtout chef de file de l'opposition de gauche au Conseil général de l'Aveyron. Il y conteste les affirmations de Jean-Claude Luche, le président du Conseil général, qui accuse à mots couverts le gouvernement Ayrault de mener les départements français à la ruine. Selon Guy Durand, Jean-Claude Luche tenterait de mettre sur le dos du gouvernement sa propre incapacité à maintenir l'équilibre des finances départementales.

   La charge est un peu unilatérale. Elle laisse de côté le contexte économique général, qui n'est pas en faveur des exécutifs en place. Néanmoins, en réfléchissant un peu, je me suis rappelé que Le Monde avait consacré au sujet un article fouillé, dans le numéro daté du 24 janvier 2013. Cet article est illustré par une carte intéressante :

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   Certaines informations présentes dans l'article vont dans le sens des affirmations de Jean-Claude Luche. On s'aperçoit que les gagnants de la péréquation (mis en valeur par une étoile) sont des départements gérés par la gauche : Seine-Saint-Denis, Seine-Maritime, Nord, Vaucluse et Bouches-du-Rhône.

   Par contre, les départements classés dans les perdants (mis en valeur par un éclair) sont souvent gérés par les socialistes et leurs alliés : Creuse, Nièvre, Haute-Garonne et Gers. Seul le Cantal est dirigé par une majorité de droite. Le gouvernement actuel ne cherche donc pas systématiquement à avantager les départements gérés par des personnes de la même sensibilité politique que lui.

   On arrive à des conclusions semblables si l'on s'intéresse aux couleurs utilisées sur la carte. En rose sont coloriés les départements riches, qui donnent plus qu'ils ne reçoivent. En vert sont coloriés les départements qui reçoivent plus qu'ils ne donnent. Surprise : les quatre départements du Massif Central dont les présidents hurlent à la spoliation (le Cantal, la Haute-Loire, la Lozère et l'Aveyron) et contestent la réforme des collectivités territoriales font partie des plus gros bénéficiaires de la solidarité financière (l'Aveyron un peu moins toutefois).

   Même si la gauche aveyronnaise a tendance à pilonner sans distinction l'action de la majorité départementale, il semble toutefois que Jean-Claude Luche ait choisi la posture de victime du gouvernement à des fins électorales.

Les Oscar 2013

   Plus que les César français, dont le palmarès 2013 me paraît particulièrement marqué par un certain parisianisme bien-pensant, les Oscar de cette année sont révélateurs de l'état du cinéma... et de la société américaine.

   Je ne suis pas mécontent qu'Argo ait été primé, même si ce n'est pas pour moi le meilleur film de l'année écoulée. J'aurais préféré que Django unchained obtienne la statuette, de même que celle du meilleur réalisateur pour Quentin Tarantino, même pas nommé dans cette catégorie (tout comme Ben Affleck). Qu'on lui attribue l'Oscar du meilleur scénario original n'est pas illogique mais, pour avoir revu récemment Django, je confirme que la mise en scène est vraiment très travaillée. (Suprême élégance, après avoir reçu le gros presse-papier, Tarantino a surtout pensé à remercier ses acteurs.) Je pense que, vu le contexte de violence par armes à feu (et le débat qu'elle provoque), il a paru peu opportun à nombre de membres de l'Académie de promouvoir un film qui traite avec autant de désinvolture l'usage des révolvers. (Zero Dark Thirty a été évincé du palmarès pour des raisons approchantes.) On se consolera avec le deuxième Oscar du second rôle pour l'excellent Christopher Waltz.

   C'était couru d'avance et c'est mérité : Daniel Day-Lewis est récompensé pour sa performance dans Lincoln, film qui repart beaucoup moins pourvu que ce qui était annoncé. Cela ne m'étonne qu'à moitié : Steven Spielberg a fait trop long, trop verbeux, même si c'est globalement du bel ouvrage (notamment grâce aux acteurs). Peut-être aussi certains votants n'ont-ils pas goûté cette vision de la politique, faite de compromis voire de compromissions. A Hollywood, on semble préférer Spielberg quand il fait rêver.

   Je ne suis en revanche guère emballé par la brochette de récompenses attribuée à L'Odyssée de Pi, film très surévalué à mon avis. Qu'Ang Lee ait obtenu l'Oscar du meilleur réalisateur pour ce long-métrage, où il n'est pas toujours à l'aise derrière la caméra, est limite un scandale, surtout quand on a vu ce qu'ont fait Tarantino ou même Spielberg. Pour les effets spéciaux, le prix paraît plus mérité... mais les votants ont peut-être été trop sensibles à certains aspects clinquants.

   En cette époque difficile de crise économique et de violences diverses, on a cherché un peu de bonheur dans les salles obscures... et l'on a récompensé ceux qui ont apporté juste un peu de joie, d'espoir. Cela permet de comprendre le choix des actrices (Jennifer Lawrence et Anne Hathaway), pour le premier comme le second rôle, ainsi que la statuette obtenue par le court-métrage d'animation Paperman, très réussi sur le plan visuel, mais assez passéiste sur le fond. Je me réjouis néanmoins que Jacqueline Durran ait été honorée pour les costumes (splendides) d'Anna Karenine.

   Au rayon des regrets, je range l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, qui a hélas échappé à A Royal Affair, que je ne saurais trop vous conseiller. Son interprète principale, Alicia Vikander, aurait (au moins) mérité de fouler le tapis rouge californien. Dans un autre genre, j'aurais aimé que Skyfall bénéficie de la reconnaissance des professionnels. Il a déjà eu celle du public, mais, la nuit dernière, on ne lui a pas laissé grand chose.

   P.S.

   Les curieux pourront s'amuser à chercher les signes de nervosité chez la chanteuse Adele, qui a interprété la chanson-titre en direct, devant ce public exigeant... et des millions de téléspectateurs. On la sent prendre de l'assurance au fur et à mesure qu'elle chante.

13:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film