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dimanche, 25 juin 2017

La dernière de Philippe Meyer

   Heureux habitants de l'Aveyron et des autres départements français, ça n'est pas pour me vanter, mais, ce matin, j'ai écouté France Culture.

   Dans le huis clos de vos salles de bains, il me semble vous entendre dire : "Mais, blogueur inconséquent, pourquoi diable écourter une grasse matinée aussi méritée que nécessaire, en ces temps troublés d'oppressante canicule et d'abstentionnisme triomphant ?"

   Peut-être, chers lecteurs, n'êtes-vous pas sans ignorer que, ce dimanche, était diffusée, pour la dernière fois en direct, l'émission L'Esprit public, animée par un mammifère omnivore nommé Philippe Meyer. Dans les contrées rouergates, il arrive que l'on s'intéresse à l'activité dudit mammifère. Certaines mauvaises langues iront jusqu'à affirmer que c'est parce que l'homo sociologus meyerus est ce qu'on appelle parfois un "Aveyronnais de Paris"... né dans le Palatinat, sous un échevinat auguste, celui de M. Ebinger.

   C'est au tournant des années 1980-1990 que je suis entré en contact (radiophonique) avec celui qui allait devenir le plus célèbre (et unique) chroniqueur matutinal de France. Aujourd'hui encore, j'ai peine à décrire l'impatience qui tenaillait l'étudiant d'alors, de retour précipité de la douche pour ne rater aucune miette des élucubrations de Philippe. Plus tard, c'est au volant de son rutilant véhicule d'occasion que le jeune actif a savouré les pointes et les piques du plus habile bretteur des ondes. C'était une autre époque, avant que ne fût inventée la baladodiffusion.  Déjà, le progrès faisait rage.

   Il m'est même arrivé de contribuer à la bonne tenue d'une émission présentée par Philippe Meyer, toujours sur le service public de radiophonie. A l'orée du XXIe siècle, l'animateur a sollicité ses auditeurs sachant auditer, afin qu'ils lui proposassent des définitions aussi rigoureuses qu'imaginaires de termes que les dictionnaires de langue française traitaient de manière trop traditionnelle.

   Prévoyant peut-être que son futur sur France Inter risquait de manquer d'avenir, l'ancien chroniqueur matutinal s'est mué en animateur politique, sur France Culture, le Temple de la connaissance élitiste accessible aux masses. Si "L'Esprit public" ressemblait parfois un peu trop à une conversation de salon entre hommes (et femmes) de bonne compagnie, l'émission avait l'immense mérite de laisser des personnes intelligentes développer des argumentations élaborées sur des sujets complexes, une entreprise ô combien ambitieuse en ces temps où le gazouillis numérique le dispute aux éructations télévisuelles.

   Hélas, trois fois hélas ! De nos jours, les radios publiques sont dirigées par des phénix qui ont souvent fait la preuve de leur incompétence dans d'autres institutions. Il était donc logique que les programmes qui font appel à l'intelligence (surtout s'ils sont des succès d'audience) deviennent la cible des gestionnaires qui, du futur, veulent faire table rase. L'an dernier, c'est "La prochaine fois, je vous le chanterai" qui a subi les foudres des Torquemada de la Maison ronde. Le 28 mai dernier, Philippe Meyer a annoncé l'arrêt programmé de "L'Esprit public", suite à un courrier dont chacun jugera de la délicatesse.

   Ce dimanche, l'animateur-journaliste-sociologue-toutologue, un peu ému, a conclu en chanson, s'inspirant de Roland de Lassus, un compositeur de la Renaissance.

   Je vous souhaite le bonjour ! Nous vivons une époque moderne.

jeudi, 15 juin 2017

Imbroglio dans la deuxième circonscription aveyronnaise

   Le premier tour des élections législatives a donné lieu à quelques surprises, dans l'Aveyron comme ailleurs. La deuxième circonscription, qui s'étend sur l'ouest du département, occupe une place à part. C'est la seule dont le titulaire ne se représentait pas, la députée socialiste Marie-Lou Marcel ayant choisi de soutenir la candidature de l'ex-PRG désormais LREM Anne Blanc.

Circonscriptions.jpg

   Dimanche dernier, celle-ci est arrivée en tête, loin devant celui qui, avant le scrutin, pouvait faire figure de favori, le gaulliste André At, un des piliers de la majorité de droite du conseil départemental. Très vite, il a annoncé son abandon, une attitude qui a suscité beaucoup de critiques, y compris dans son camp.

   Etant issu du milieu agricole, M. At devrait pourtant savoir qu'il faut attendre la fin de la foire pour compter les bouses. Là, il semble avoir piqué une petite crise (de dépit ?) et il est reparti, fier comme Artaban, dans sa bétaillère. Dans son camp, nombreux sont ceux qui pensent qu'avec un sursaut de participation, le second tour était jouable. De toute manière, il n'est pas convenable qu'un élu de la République traite aussi cavalièrement le suffrage universel.

   Du coup, le troisième du premier tour, Pascal Mazet (de La France insoumise), s'est senti pousser des ailes. Il a pensé pouvoir être repêché pour le second tour, comme deuxième candidat. Le tribunal l'a vite ramené sur terre, ce que le candidat conteste, à tort à mon avis.

   Voyons ce que dit le Code électoral à ce sujet (article L162) :

Second tour candidature.jpg

  Or, ni André At (arrivé deuxième) ni Pascal Mazet (arrivé troisième) n'atteignent le seuil de 12,5 % des inscrits : ils ont obtenu respectivement 11,62 % et 9,28 % (soit un peu moins de 6 500 voix pour P. Mazet). Le tribunal administratif s'est donc contenté d'appliquer la loi (il n'y a pas de "vide juridique", contrairement à ce qu'affirme P. Mazet) et, aussi étrange cela puisse-t-il paraître, une seule candidate sera donc présente dimanche prochain au second tour : Anne Blanc. La situation n'est pas si exceptionnelle qu'il y paraît. A chaque élection se jouant au scrutin majoritaire (législative, départementale), il arrive qu'un-e candidat-e qualifié-e pour le second tour jette l'éponge. Dans l'Aveyron, c'est rarissime, d'où peut-être l'étonnement de certains. Mais c'est ainsi que les choses se passent, conformément à la loi, depuis des dizaines d'années.

   Plutôt que de s'en prendre à la justice française, Pascal Mazet devrait plutôt déplorer l'attitude pusillanime d'André At et, surtout, le manque de constance civique des électeurs de La France insoumise. En avril dernier, au premier tour de la présidentielle, comme le montre une carte publiée par Le Monde, Jean-Luc Mélenchon était arrivé en deuxième position dans la circonscription ouest-aveyronnaise :

Aveyron résultats.jpg

   Ce genre de représentation a nourri les fantasmes de beaucoup de candidats (du FN et de LFI notamment). P. Mazet pouvait espérer récolter entre 10 000 et 12 000 voix. Pour que cela se vérifie, il aurait fallu que la participation soit aussi forte aux législatives qu'à la présidentielle et que la répartition des voix suive la même ventilation. Or, ceux qui ont voté pour tel candidat à la présidentielle n'ont pas forcément eu envie de voter pour un candidat du même bord aux législatives. Il y a un effet personnel important. Au lieu de crier à l'injustice, P. Mazet ferait mieux de réfléchir aux causes de son score mitigé.

lundi, 12 juin 2017

Branlée aveyronnaise

   Le résultat du premier tour des législatives dans l'Aveyron confirme l'adhésion (volontaire ou par défaut) d'une grande partie de l'électorat à ce qu'il faut bien commencer à appeler le "macronisme". Elle démontre aussi la perte de crédibilité des partis traditionnels... mais pas que.

   Commençons par la première circonscription, qui s'étend de Rodez à l'Aubrac. Le sortant Yves Censi réalise son pire score de premier tour, avec moins de 10 000 voix, dépassant à peine le seuil de 12,5 % des électeurs inscrits. En 2002, année de sa première victoire, il avait recueilli plus de 12 000 voix (16,7 % des inscrits), alors que la droite était profondément divisée. En 2007, année du sarkozysme triomphant, il culmine à 17 414 voix (23,3 % des inscrits). En 2012, face à la vague hollandienne (mais avec moins de concurrents sérieux à droite), il avait atteint le pic de 19 487 voix (près de 26 % des inscrits !).

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   Derrière la victoire qui se profile pour Stéphane Mazars, il y a clairement un désaveu du député sortant. De son côté, l'avocat multicarte (adjoint au maire de Rodez, conseiller d'agglomération et conseiller départemental...) a presque triplé son score de 2012, passant de moins de 7 000 à presque 20 000 voix. Il faut dire que cela fait un petit moment que l'on sentait que la circonscription pouvait basculer à gauche. En 2012, il n'avait pas manqué grand chose à Monique Bultel-Herment. Le paradoxe est que le lent travail des candidats PS (Christian Teyssèdre inclus) a finalement bénéficié au coucou PRG, qui arrive en tête dans 56 communes, contre seulement 14 pour Yves Censi. Laguiole est un symbole éclatant, qui a accordé 62 % des suffrages à Mazars, contre 24 % à Censi, qui a perdu environ 170 voix par rapport à 2012, son adversaire en ayant gagné une centaine.

   Un autre enseignement de ce scrutin est le mauvais score du candidat Front national : alors que l'époque était porteuse, Matthieu Danen recueille moins de voix que Jean-Guillaume Remise il y a cinq ans (3 232 contre 3 990) et à peine plus que la peu connue Marie-Claire de la Sayette en 2002 (2 973 voix). On appelle ça une jolie claque.

   Dans la deuxième circonscription (à l'ouest), la maire de Naucelle Anne Blanc, présidente du Pays Ségali et conseillère départementale (joli cumul), est sur le point de réussir son pari, soutenue par la députée sortante, Marie-Lou Marcel, une ex-frondeuse qui a senti le vent macronien souffler, assez puissamment pour que cela lui fasse retourner sa veste. Pour son principal adversaire, André At, c'est un coup dur. Il recueille à peine plus de 8 000 voix, contre environ 12 400 pour son ancien collègue Laurent Tranier en 2012, 19 000 pour Serge Roques en 2007, 17 000 pour le même en 2002. Le vice-président du conseil départemental est sous la barre des 12,5 % des inscrits. Seule sa deuxième place lui permet de participer au second tour.

   La situation semble moins compromise pour Arnaud Viala dans la troisième circonscription (grosso modo le Sud Aveyron). Il arrive en tête, avec 14 525 voix, soit environ 3 500 de plus que lors de la législative partielle de 2015... mais cela reste le plus mauvais score du candidat de la droite départementale à un scrutin législatif "normal" (organisé l'année de l'élection présidentielle) depuis 20 ans. Le pire est que le ballottage lui est imposé par un quasi-inconnu dans la région, Jean-Louis Austruy (à ne pas confondre avec le communiste Jean-Claude Austruy), doté de la miraculeuse étiquette "La République en Marche". Avec 13 122 voix, celui-ci est sur les talons du député sortant, ce que personne n'imaginait il y a encore une semaine. Va-t-on assister à une énorme surprise dans cette circonscription la semaine prochaine ? La réponse est en partie entre les mains des abstentionnistes.

   Je termine par "le troisième homme" de ces élections : le(la) candidat(e) de la France insoumise, qui est arrivé troisième dans chaque circonscription, en général assez loin des deux premiers (et des 12,5 % des inscrits, qui lui auraient permis de se maintenir au second tour)... sauf dans la deuxième circonscription : Pascal Mazet ne rend que quatre points à André At. C'est tout de même très en retrait par rapport aux scores réalisés par Jean-Luc Mélenchon dans les trois circonscriptions en avril dernier : respectivement 17,16 %, 22,05 % et 20,05 % des suffrages exprimés. Néanmoins, Pascal Mazet est arrivé en tête à Aubin, Cransac, Decazeville et Viviez. Cela promet pour les municipales de 2020 !

   P.S.

   Dernière minute : André At se retirerait de la course !

jeudi, 25 mai 2017

L'affaire Richard Ferrand

   La bombinette lâchée hier par Le Canard enchaîné a fait son petit effet. A un moment où une grande partie de l'électorat français compte sur Emmanuel Macron pour moraliser la vie politique de notre pays, l'affaire, pour peu importante qu'elle soit sur le plan financier, revêt une grande importance symbolique.

   Commençons par la partie annexe de cette affaire : l'emploi du fils comme assistant parlementaire. Cela a parfois été mis sur le même plan que les agissements de François Fillon. Comparons les deux cas. Richard Ferrand a trois enfants prénommés Emile, Louise et Rose. D'après Le Canard enchaîné, le premier a fait office d'assistant parlementaire pendant quelques mois, en 2014, pour un salaire brut total inférieur à 9000 euros.

   On a plus de détails sur le site Francetvinfo : le fiston a travaillé quatre mois pour son père et a touché au total moins de 7000 euros nets. Cela ressemble à un salaire réel, même si (restons soupçonneux jusqu'au bout) il conviendrait de vérifier que le fils du député a bien effectué ce pour quoi il était payé. A titre de comparaison, rappelons que, d'après Le Canard enchaîné du 1er février dernier, celui qui était entre 2005 et 2007 sénateur de la Sarthe a employé sa fille aînée Marie pendant 15 mois et son fils cadet Charles pendant presque 6, le tout pour un travail dont la réalité est contestée. De surcroît, ces rejetons ont été extrêmement bien payés (mieux que la plupart des assistants chevronnés). La fille a touché au total presque 60 000 euros (bruts), le fils un peu plus de 25 000. C'est surtout cette somme que l'on peut comparer aux émoluments d'Emile Ferrand : pour un travail (présumé) équivalent, il a touché presque trois fois moins.

   Il reste que, de la part d'une personne qui, par la suite, a condamné les pratiques de François Fillon, cela fait un peu tache. Ceci dit, il n'est pas impossible que l'excuse avancée par Ferrand soit parfaitement juste : en raison d'un surcroît de travail à sa permanence, il a eu un besoin urgent de main-d'oeuvre supplémentaire, une main-d'oeuvre en laquelle il puisse avoir entièrement confiance. Le fait qu'à l'époque son fils de 23 ans fût sans emploi a peut-être fait pencher la balance...

   En tout cas, c'est une raison plus vraisemblable -et moins méprisante- que celle avancée par un membre du cabinet du ministre. Fort heureusement, dès hier, Richard Ferrand a condamné ces propos sur son blog. Je pense que, si cette déclaration a bien eu lieu dans les termes rapportés par Francetv, il faut que son auteur soit sanctionné. De la part de celui-ci, ce n'était peut-être que de la maladresse (due à la nécessité de trouver une réponse rapide à une question imprévue)... ou bien, à l'image de ce que l'on reproche parfois aux militants d'En Marche ! (souvent diplômés voire très diplômés), la nouvelle manifestation d'une sorte de complexe de supériorité.

   Le point positif de l'histoire est qu'elle pourrait contribuer à faire inscrire dans la (future) loi l'interdiction, pour un-e parlementaire, d'employer un proche comme assistant.

   Le deuxième versant de l'affaire Ferrand touche sa compagne avocate. C'est celui qui prête le plus à polémique. Sur le fond, il n'est pas surprenant qu'une mutuelle décide de passer par une SCI pour louer un local qu'elle ne souhaite pas acheter. C'est une procédure courante dans plusieurs branches de l'économie. Ma curiosité a été piquée quand j'ai appris que la SCI liée à la compagne de Richard Ferrand avait été fondée après que le marché lui avait été attribué. Aux profanes, cela apparaîtra totalement invraisemblable, mais, dans ce secteur, ce n'est pas une pratique exceptionnelle. Il reste que la SCI SACA devait avoir bouclé au préalable son plan de financement. Pour en être sûr, il faudrait consulter son dossier de candidature (de 2010-2011) auprès des Mutuelles de Bretagne.

   Un autre point surprenant (relevé par Le Canard) est l'actionnariat de la SCI : 99 % des parts détenues par la compagne de R. Ferrand, 1 % par... un Aveyronnais (Serge C, un architecte, je crois). Au vu de la répartition du capital, il semble que cet ami du couple n'était là que pour "faire le deuxième". S'il s'avère que le conseil d'administration des Mutuelles de Bretagne était bien informé de l'implication de l'épouse dans la SCI, il semble que la ventilation du capital lui était inconnue : dans un reportage de France 3 Bretagne, l'actuel président du conseil d'administration, Rémy Salaun (par ailleurs militant communiste, donc pas suspect de macronphilie exacerbée) déclare "Il nous avait annoncé que sa femme détenait des parts dans cette SCI"... mais pas 99 %, visiblement. Cerise sur le gâteau (toujours selon Le Canard enchaîné), l'ami aveyronnais aurait revendu sa part de Saca à... l'une des filles (Louise) du couple Doucen-Ferrand. Bien que tout ait été fait dans les règles, il y a de quoi tiquer : on serait tenté de penser que l'ami aveyronnais a joué le rôle de facilitateur dans une combine légale.

   Quelques mots sur l'exploitation de l'affaire, pour terminer. Quelques personnes mal informées ou mal intentionnées  tentent d'exploiter les déboires du ministre. C'est ainsi qu'apparaissent des déformations : ce ne serait pas un membre du cabinet, mais Richard Ferrand lui-même, qui aurait tenu les propos méprisants sur les jeunes de Bretagne. Autre invention : l'actuel ministre aurait "fait acheter" aux Mutuelles de Bretagne le bien de sa compagne. Or, il n'avait pas voix au chapitre. Ce sont d'autres personnes que lui qui ont procédé au choix, en 2011. La vraie question qui demeure (à supposer qu'il y ait un doute) est la suivante : en 2011, la compétition a-t-elle été juste entre les trois offres ? (Ou, si vous préférez : l'offre de la Saca a-t-elle été la "mieux-disante" sans avoir accès à celles de ses concurrents ?)

   P.S.

   Ici ou là, on peut lire divers propos à propos de l'opportunité de la publication des détails de l'affaire. Certains affirment que Le Canard enchaîné était au courant depuis plusieurs mois et que, dans un premier temps, la rédaction a décidé de mettre le paquet contre François Fillon puis de ne pas gêner la candidature Macron contre Le Pen. Par contre, l'hebdomadaire penchant tout de même plutôt à gauche, il chercherait à mettre des bâtons dans les roues du nouvel exécutif, pour empêcher La République en marche d'obtenir seule la majorité absolue des députés.

   L'autre hypothèse est que des langues ne se sont déliées que récemment (après la nomination de Richard Ferrand dans le gouvernement Philippe) et que Le Canard utilise cette histoire pour faire comprendre au nouveau pouvoir que, s'il a dézingué certains de ses adversaires, il ne va pas le faire bénéficier d'un traitement de faveur pour autant.

mercredi, 10 mai 2017

Macron envoie val(l)ser Manuel

   L'ancien Premier ministre de François Hollande a essuyé un refus poli de la part de "La République en marche", le nouveau parti d'Emmanuel Macron. Visiblement, celui-ci ne souhaite pas qu'il porte ses couleurs à l'occasion des prochaines élections législatives. Curieux, alors que, durant la campagne présidentielle, Manuel Valls avait fait comprendre à plusieurs reprises qu'il penchait davantage du côté d'Emmanuel Macron que de celui de Benoît Hamon, le vainqueur de la primaire à gauche qu'il s'était pourtant engagé à soutenir. C'est de plus un tenant de la ligne sociale-libérale, susceptible de fédérer un bon paquet d'élus PS désireux de soutenir l'action politique du nouveau président de la République.

   Mais voilà. Aujourd'hui, à gauche, Manuel Valls a l'image du traître qui lui colle à la peau (comme Nicolas Sarkozy en son temps, lorsqu'il avait laissé tomber Jacques Chirac pour Edouard Balladur). De surcroît, il porte sur ses épaules une partie du bilan du quinquennat Hollande. Pour Emmanuel Macron, qui tente d'éviter de passer pour l'héritier de celui-ci et qui ambitionne de changer la façon de faire de la politique, accepter l'allégeance de l'ancien Premier ministre serait contre-productif... pour l'instant. A gauche, certains ajoutent que Macron, c'est Valls en mieux et que ce dernier a été quelque peu ringardisé par l'ascension du premier.

   Et puis, parfois, le diable se niche dans les détails. Manuel Valls n'est-il pas quelque peu "démonétisé", sur le plan politique ? Si, dans son département d'implantation (l'Essonne), Emmanuel Macron est bien arrivé en tête au premier tour (et l'a très largement emporté au second), tel n'est pas le cas dans la première circonscription législative, celle du député Manuel Valls. Les 26-27 avril derniers, Le Monde a publié une passionnante carte, progressivement enrichie, des résultats du premier tour de la présidentielle appliqués aux circonscriptions législatives. En voici un extrait :

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   J'ai entouré la première circonscription, qui apparaît en rouge rosé, signe que c'est le candidat Mélenchon qui est arrivé en tête, avec 25 à 30 % des suffrages exprimés. Le losange indique qu'il y a risque de quadrangulaire, avec En marche, le FN et LR. Le PS serait largué. Ça, c'est dans la version papier de l'article. Dans la version numérique, la supposition est autre :

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   Les auteurs voient plutôt un duel (au second tour de la législative) entre le candidat mélenchoniste et celui de "La République en marche", les deux autres ne pouvant se maintenir. A posteriori, cela permet de comprendre pourquoi Manuel Valls met un tel acharnement à se présenter sous les couleurs macronistes plutôt que sous celles du PS. D'un autre côté, on comprend pourquoi "La République en marche" voit la candidature Valls presque comme une gêne.

   Pour le confirmer, intéressons-nous aux résultats de la présidentielle dans la commune d'Evry, dont l'ancien Premier ministre fut maire pendant onze ans. Au second tour, sans surprise, ce fut un triomphe pour Emmanuel Macron. Mais au premier, c'est Jean-Luc Mélenchon qui était (largement) arrivé en tête, devant Emmanuel Macron, Marine Le Pen et François Fillon, Benoît Hamon étant distancé. Au niveau des inscrits, seuls les deux premiers dépassent les 12,5 %, le seuil pour se maintenir au second tour. Etendue à l'ensemble de la circonscription (qui comprend aussi Corbeil-Essonnes, au profil identique), l'analyse permet d'arriver à la conclusion qu'un candidat "insoumis" pourrait être en mesure de damner le pion à Manuel Valls en juin prochain... surtout si celui-ci n'a pas le soutien du nouveau président de la République. En revanche, un candidat estampillé "La République en marche" moins clivant peut espérer l'emporter au second tour contre le mélenchoniste, grâce aux reports de voix.

dimanche, 23 avril 2017

La revanche de François Bayrou

   Il n'était pas candidat à cette élection et pourtant, on peut affirmer (même s'il convient de ne pas vendre la peau de l'ourse lepéniste) que le centre risque fort de sortir vainqueur du scrutin présidentiel (mais pas forcément des législatives qui vont suivre).

   Celui que l'UMP (puis LR), Nicolas Sarkozy en tête, a tenté d'effacer de la scène politique, celui dont la main tendue a été repoussée par François Hollande en 2012, mais aussi celui qui aurait dû s'allier à Ségolène Royal en 2007, a finalement réussi à damner le pion aux partis de gouvernement qui ont longtemps écrasé le centre, sous la Ve République.

   Toutefois, soyons lucides. La défaite de LR et du PS est d'abord due à eux-mêmes. Marine Le Pen (tout comme Emmanuel Macron) ne serait pas au second tour si les partis de gouvernement avaient présenté des candidats vertueux et compétents. A droite, la première erreur a été de préférer Fillon à Juppé, dans un mouvement de droitisation où l'on sentait bien le regret de ne pouvoir soutenir à nouveau Nicolas Sarkozy, le chouchou des militants LR, mais complètement démonétisé en-dehors de son parti. Choisir Alain Juppé aurait coupé l'herbe sous le pied d'Emmanuel Macron. De surcroît, le maire de Bordeaux avait adopté un profil de rassembleur, ce dont le pays a besoin par les temps qui courent. Enfin, compte tenu de son âge (bientôt 72 ans), il n'aurait accompli qu'un mandat présidentiel, sans se soucier de sa réélection.

   La deuxième erreur de la droite a été de ne pas oser aller à l'encontre de l'entêtement de son candidat (François Fillon), une fois que l'ampleur du discrédit qui le touchait s'est avérée insurmontable. Compte tenu de la mobilisation de l'électorat de droite (plus discipliné que l'électorat de gauche), le remplacement, même tardif, de François Fillon par Alain Juppé, François Baroin ou un autre aurait sans doute suffi pour donner le coup de rein nécessaire à une qualification pour le second tour.

   Du côté de la gauche, le sectarisme n'a pas plus payé. Le primaire a débouché sur une victoire à la Pyrrhus, celle des opposants internes durant le quinquennat de François Hollande. Alors que la gauche de gouvernement n'est même pas majoritaire dans notre pays, comment certains ont-ils pu penser qu'en tirant un trait sur le bilan de Hollande ils pourraient l'emporter ? On voit là qu'à gauche, le sens des réalités n'est pas la qualité la mieux partagée. Cela se confirme avec l'extrême-gauche. Si finalement Jean-Luc Mélenchon a bien mené sa barque, il va terminer assez près de la qualification pour le second tour. Les querelles d'appareil et de personnes expliquent sans doute qu'aucun accord n'ait pu être trouvé avec Benoît Hamon, mais il est incontestable que leur union aurait pu déboucher sur autre chose que ce qui va rester comme un double échec.

   Quant au Front National, il progresse, mais pas spectaculairement. Si la participation se confirme à 77 % et si l'on envisage une part de bulletins blancs et nuls d'environ 3 %, un score de 21-22 % des suffrages exprimés correspondrait à 7-7,5 millions de voix pour Marine Le Pen. En 2012, elle en avait recueilli 6,4 millions. En face, le candidat LR (Fillon, contre Sarkozy en 2012) aura perdu quelque chose comme 3 millions de voix. CQFD.

samedi, 15 avril 2017

Le Breton de Macron vient d'Aveyron

   Présent dans l'ombre jusqu'au troisième trimestre 2016, Richard Ferrand est depuis passé sous les projecteurs. Le secrétaire général du mouvement d'Emmanuel Macron (En Marche !) est né à Rodez, une information qui circulait déjà dans la presse aveyronnaise, sans que cela suscite davantage de développement.

   Dès novembre dernier, dans Libération, on a pu lire un portrait du député PS du Finistère. Sans guère s'attarder sur la biographie de Richard Ferrand, la journaliste détaille le passage de l'authentique homme de gauche du côté de l'ex-banquier social-libéral. Elle évoque ses relations avec ses collègues socialistes et les tiraillements que le penchant libéral de Macron peut provoquer.

   A la fin de mars 2017, ce fut au tour du Monde d'évoquer le parcours de Richard Ferrand. Sa biographie est un peu plus détaillée, avec la précision de sa naissance à Rodez. L'article parle davantage de la cuisine interne d'En Marche, notant la forte présence de jeunes très diplômés. Mais le plus intéressant est la confiance absolue qui semble régner entre les deux hommes (Ferrand et Macron), le premier servant visiblement de "doublure" au second, dans nombre de meetings de Province.

   Le 9 avril dernier, il était l'un des deux invités de l'émission Questions politiques, sur France Inter. Dès le début, il a été accueilli par un portrait (de Carine Bécard) pas franchement cire-pompes (mais courtois). Cela m'a un peu rappelé une ancienne matinale (en février dernier, je crois), sur la même radio : le désormais candidat Macron n'avait pas été traité avec des gants. (De manière générale, on sent que, sur la radio publique, les journalistes et animateurs hésitent entre Hamon et Mélenchon...) De surcroît, par un curieux hasard, au cours de ladite émission, aucun des auditeurs qui sont passés à l'antenne n'était favorable à Emmanuel Macron...

   Mais revenons à Richard Ferrand. Sur France Inter, il m'est apparu assez balancé, faisant l'éloge des militants et des élus locaux du PS, mais pointant l'inefficacité (il aurait pu dire la médiocrité) de sa direction. Derrière son propos, il y a clairement l'idée que, si l'on veut une gauche de gouvernement (c'est-à-dire si l'on reste sur la démarche qui a été celle de François Mitterrand, qui a sorti les socialistes du ghetto d'opposition où certains voudraient les ramener aujourd'hui), c'est Emmanuel Macron qu'il faut soutenir. Il n'a toutefois pas été très convaincant sur la question portant sur la centralisation du mouvement En Marche ! Il est clair que, sans Macron, le mouvement ne signifie plus grand chose. Aussi étonnant cela puisse-t-il paraître, la démarche d'Emmanuel Macron n'est pas sans rappeler celle du Charles de Gaulle de la IVe République, au-dessus des partis, avec un RPF que l'on pouvait rejoindre tout en adhérant à un autre parti.

   Toujours sur France Inter, Richard Ferrand a été pertinent sur plusieurs sujets : la vague de ralliements à Emmanuel Macron, sa future (éventuelle) majorité parlementaire, la désignation des candidats et la montée (dans les sondages) de Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier sujet nous a valu un petit moment d'humour, en raison du lapsus commis par Richard Ferrand (qui ne s'est pas démonté) :


podcast

   De manière générale, j'ai apprécié le calme et la pondération du secrétaire général d'En Marche ! On est loin de l'excitation, de l'aigreur et des mensonges de nombre des concurrents d'Emmanuel Macron.  

   Il manquait à notre connaissance des informations locales. Elles nous ont été fournies cette semaine, dans un bon article de Centre Presse. On y apprend ses liens avec la région baraquevilloise, son bac passé en Allemagne (s'il est devenu germanophone, c'est un atout de plus), ses petits boulots (notamment pour la presse). Il a acquis une connaissance du public et du privé et c'est un bon technicien du processus parlementaire. C'est plutôt le genre de personne qui redonne confiance en la chose publique.

jeudi, 13 avril 2017

François Balkany

   La droite ne s'y attendait sans doute pas, mais le gendre idéal Macron est en train de se muer en véritable compétiteur politique. Cela implique de donner des coups, en particulier quand on en reçoit.  Du côté de Les Républicains, on semble avoir renoncé aux rumeurs de bas étage et aux caricatures nauséabondes pour concentrer les attaques selon un axe : présenter le candidat d'En Marche comme l'héritier de François Hollande. D'où le surnom qui lui a été affublé : Emmanuel Hollande. Pourquoi pas François Macron me demanderez-vous ? Il ne vous aura pas échappé que, dans le camp d'en-face, le candidat se prénomme lui aussi François.

   Ce dernier se plaisant à utiliser ce drôle de surnom, Emmanuel Macron a répliqué en le qualifiant de François Balkany. D'après l'article auquel mène le lien précédent, on peut constater qu'Emmanuel Macron a utilisé une figure de style, la prétérition ("Je ne l'appellerai pas..."). On peut aussi noter qu'un argument bien plus dérangeant pour François Fillon a été énoncé : le fait que celui-ci a été pendant cinq ans le Premier ministre de Nicolas Sarkozy et que donc on puisse lui attribuer autant qu'à l'ancien président de la République l'échec du précédent quinquennat.

   La réaction de François Fillon ne manque pas de sel. D'un côté, il adopte la posture présidentielle, pointant le supposé manque de contrôle de son adversaire. D'un autre, il se montre très méprisant pour Patrick Balkany. Le problème est que Patrick Balkany est un élu LR, réputé certes plutôt proche de Nicolas Sarkozy. L'an dernier, dans un premier temps, il avait obtenu l'investiture LR pour les législatives 2017, malgré son passif judiciaire. A l'époque, le vertueux François Fillon s'en accommodait fort bien. Mieux encore : le député des Hauts-de-Seine a donné son parrainage au candidat Fillon, ainsi qu'on peut le lire sur le site du Conseil constitutionnel (page 92 du document) :

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   C'est terrible à dire, mais, plus j'en apprends sur François Fillon, plus je le trouve pathétique.

samedi, 18 mars 2017

Etre préfet en Aveyron (1935-1955)

   Vendredi 17 mars a été donnée une passionnante conférence dans l'amphithéâtre des Archives départementales de l'Aveyron. Bien qu'assez copieusement remplie, la salle n'accueillait pas autant de spectateurs qu'en novembre dernier, quand la Société des Lettres aveyronnaise a célébré ses 180 ans.

   Pourtant, l'intervenant n'était pas n'importe qui. Marc-Olivier Baruch, ancien élève de Polytechnique et de l'ENA (promotion "Droits de l'Homme"), est surtout connu comme historien de la haute fonction publique et du gouvernement de Vichy. Il a mis ses connaissances et ses compétences au service d'une galerie de portraits qu'il a su rendre vivants.

   Après un aperçu bibliographique, l'auteur a présenté de manière synthétique l'ensemble des titulaires du poste entre 1935 et 1955 (à l'aide d'un tableau ma foi bien conçu). On remarque que la majorité avait effectué des études de droit, à la rigueur de lettres. Dans la liste, quelques parcours détonnent, comme celui d'un ingénieur agronome ou celui d'un officier de cavalerie (dont nous allons reparler). A l'époque, la préfecture aveyronnaise était classée "de troisième catégorie". On y envoyait des débutants dans la fonction, la plupart ayant été secrétaire général auparavant.

   Dans un second temps, Marc-Olivier Baruch a mis un coup de projecteur sur trois d'entre eux, Jean Moulin, Charles Marion et Louis Dupiech, dont le parcours est lié, d'une manière ou d'une autre, à la Seconde guerre mondiale.

   L'auteur n'a pas fait de révélation fracassante à propos de Jean Moulin (pour ceux qui connaissent un peu son histoire). Il a rappelé ses liens avec Pierre Cot (devenu ministre du Front populaire), qui lui ont permis de cumuler la direction de son cabinet avec son premier poste dans l'Aveyron. Le conférencier, bon connaisseur des rouages de l'administration française, a évoqué un détail de règlement qui explique le parcours de Jean Moulin. Pour pouvoir être nommé préfet hors-cadre (et se voir ainsi attribuer des missions plus intéressantes que la gestion au quotidien d'un département qu'on n'a pas choisi), il fallait avoir occupé au moins trois postes. D'où la bougeotte qui a parfois saisi certains hauts fonctionnaires... Marc-Olivier Baruch a évidemment rappelé l'antagonisme qui avait opposé, à ses débuts, le plus jeune préfet de France (de gauche) à certains élus (très) conservateurs (ainsi qu'à la presse qui les soutenait) de la "petite Vendée du Massif Central". Au départ de Moulin, cet antagonisme avait cédé la place à un incontestable respect mutuel. La preuve que les qualités de Jean Moulin étaient reconnues bien au-delà de son obédience politique est qu'en 1940, le ministre de l'Intérieur de Pétain a un temps songé à lui pour occuper un nouveau poste, comptant sur son sérieux et son sens des responsabilités, malgré son orientation politique pas franchement maréchaliste.

   Peu connu des profanes âgés de moins de 90 ans, Charles Marion n'en a pas moins laissé son empreinte sur l'Aveyron, où il a officié pendant plus de trois ans, par la grâce du gouvernement de Vichy (dont il était un chaud partisan). Mais, avant d'en arriver aux aspects peu reluisants du personnage, le conférencier nous l'a présenté à travers deux anecdotes, révélatrices de son franc-parler. Ainsi, un jour, en entendant une ravissante jeune femme lui répondre qu'elle n'avait pas encore d'enfant, le représentant de l'Etat se serait exclamé que, décidément, "on ne faisait pas pouliner les plus belles pouliches" ! Précisons que le parcours du préfet n'a pas été sans influence sur son goût pour la métaphore, puisque, d'après sa fiche Wikipédia, il fut un excellent cavalier, médaillé aux Jeux Olympiques de 1928 (Amsterdam) et de 1932 (Los Angeles). La deuxième anecdote met encore en scène le préfet avec une femme, celle-ci mère de famille nombreuse (10 enfants !). En apprenant cela, Charles Marion aurait déclaré : "Mais votre mari est un vrai pistolet à répétition !" On ignore trop souvent que la préfectorale abrite de grands poètes...

   Charles Marion est d'abord un militaire de carrière : il a été camarade de promotion du futur général de Lattre de Tassigny (à Saint-Cyr ou plutôt à l'école de cavalerie de Saumur ?). Dans l'Aveyron, il est devenu proche d'Henri Bousquet qui, à l'époque, se trouvait à la tête de la Société des lettres aveyronnaise. Ardent propagandiste de la Révolution nationale de Pétain (et antisémite forcené), il avait de bonnes relations avec le général de Castelnau... mais pas avec le docteur Ayrignac, fondateur de la Corporation paysanne.

   Au cours de ses recherches, dans les archives parisiennes comme aveyronnaises, Marc-Olivier Baruch a fait quelques découvertes. Son propos a été illustré de nombreux documents originaux (souvent des textes), projetés sur le grand écran de la salle. Le plus étonnant d'entre eux est peut-être une image, trouvée, un jour, dans un cahier consulté à Rodez :

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   On peut la trouver aussi aux Archives départementales de Savoie. La Savoie, où, avant-guerre, Jean Moulin fut directeur de cabinet du préfet, avant de devenir le plus jeune sous-préfet de France, à Annecy. Quelques années plus tard, Moulin était nommé à Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, un département que Charles Marion rejoignit après avoir quitté l'Aveyron, en 1943. Comme quoi, des parcours très différents peuvent se croiser, dans la préfectorale. (M-O Baruch a d'ailleurs projeté un document faisant état de mutations, parmi lesquelles se trouvaient celles de Jean Moulin et de... René Bousquet, alors jeune loup du radical-socialisme.)

   Après la conférence, la fin de Charles Marion a fait l'objet d'une question d'un membre du public. Celui-ci se demandait si le préfet n'avait pas été littéralement écartelé par des résistants savoyards. Cette rumeur infondée fut démentie par le conférencier... à raison : on sait que Charles Marion est mort fusillé... et pas de manière glorieuse.

   Le troisième préfet objet de l'attention particulière de Marc-Olivier Baruch est Louis Dupiech, en poste en 1944. D'abord légaliste (en 1940), il a progressivement basculé en faveur de la Résistance. Il est mort en déportation. Notons qu'en dépit de son arrestation par les Allemands, après guerre, quand il a été question de rendre hommage au préfet, son action a fait l'objet d'une enquête minutieuse. Signalons que son dévouement semble avoir déteint sur son fils Guy. Celui-ci, après avoir suivi des études dans le Sud-Ouest (y compris à Rodez, au lycée),  a intégré la toute jeune ENA et suivi une brillante carrière préfectorale.

   Dans la seconde partie de son exposé, Marc-Olivier Baruch a accéléré le rythme et traité de thèmes transversaux. Son propos a évoqué des aspects de la vie professionnelle des préfets. Il a ainsi été question de leur niveau de vie. Le conférencier estime leur revenu mensuel moyen (en 1945) à l'équivalent de 5000 de nos euros... ce qui ne semble pas avoir changé. Le coût d'une tenue était d'environ 1800 euros 2017. C'était beaucoup, pour un préfet... mais c'est finalement assez peu, en comparaison du prix des costumes que s'est fait offrir un certain François Fillon. Marc-Olivier Baruch serait-il un brin facétieux ?

   Un préfet, ça rencontre du monde. Et parfois ça invite. A Rodez, le restaurant Le Cheval noir, tenu par la veuve Bastide, a été le théâtre d'agapes mémorables. (On nous a parlé d'un gueuleton à 70 couverts...) Le conférencier s'est demandé ce qu'était devenu le restaurant en question, une incertitude à laquelle aucune des personnes présentes dans l'assistance n'a mis fin. (Et pourtant, on sentait que quelques-uns d'entre eux avaient envie de prouver à quel point ils sont cultivés, au besoin au détriment de M-O Baruch.)

   Ne reculant devant aucun sacrifice pour satisfaire la curiosité des érudits aveyronnais qui se ruent sur ce blog, je me suis mis en quête de cet établissement. Sachez qu'il existe toujours, mais sous un autre nom. Il est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Une idée ?... Ah, je vois le petit monsieur chauve du troisième rang qui s'agite sur son siège... Doucement, monsieur ! Un arrêt cardiaque est si vite arrivé ! Eh, oui, vous avez raison : il s'agit de l'Inter Hôtel, dit aussi hôtel de la Tour Maje.

   La conférence s'est poursuivie au rythme des anecdotes, souvent savoureuses. Il n'est pas possible ici de rendre compte de la richesse du propos. Mais sachez que Marc-Olivier Baruch a évoqué le prolongement d'une ligne ferroviaire aveyronnaise, les débuts de Pierre Baudis (papa de Dominique) en politique (sous les couleurs du RPF) et la propagande dans les premières années de la Guerre froide, s'appuyant (dans ce cas) sur une affiche qui manie le calembour :

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   Quant à ceux qui ont raté l'événement, il leur reste à guetter un prochain numéro des Etudes aveyronnaises, où le conférencier devrait livrer une version écrite de son propos d'hier soir.

mercredi, 15 mars 2017

Chez nous

   Lucas Belvaux est un réalisateur qui dose son effort : il a livré une quinzaine de films en 25 ans. Il est responsable de certains de mes plus grands émois cinéphiliques, avec sa trilogie Un Couple épatant - Cavale - Après la vie. Plus récemment, on a pu voir de lui 38 témoins.

   Ici, il se lance dans le film politique, tout en gardant sa "patte" sociétale. Ce n'est pas tant un brûlot anti-FN qu'un portrait de ceux qui votent pour lui, militent pour lui voire se présentent pour lui. Si Rosetta Emilie Dequenne, mère-courage et infirmière dévouée, attire le regard et la sympathie, c'est incontestablement André Dussolier qui tire la couverture à lui en Philippe Berthier, militant de longue date de l'extrême-droite, patriote sourcilleux, médecin attentif... et manipulateur habile. Par contre, j'ai été moyennement convaincu par la prestation de Catherine Jacob en Agnès Dorgelle (alias Marine Le Pen).

   La fachosphère s'est rapidement déchaînée contre un film qu'elle n'avait pas vu (comme il y a deux ans contre Un Français). Elle a eu tort. Le propos est nuancé. Si le portrait de certains militants ou sympathisants est grinçant, on sent l'empathie du réalisateur pour ceux qui sont cassés par la vie, quelles que soient leurs opinions. Derrière la polémique politique, Belvaux place le contexte social : les classes populaires et une partie des classes moyennes blanches se sentent larguées dans notre époque, abandonnées par ceux qui étaient censés les aider.

   C'est donc un film à thèse. Concernant le Bloc patriotique (alias le FN), Belvaux veut montrer qu'il n'a pas coupé tous les liens qui le relient aux néo-nazis qui ont nourri ses débuts. L'un des personnages-clés est Stanko (Guillaume Gouix, très bien), ancien petit ami de l'héroïne Pauline, que celle-ci recroise par hasard... et dont elle découvre les nouveaux tatouages, assez explicites sur le plan politique. Pourtant, ce militant "identitaire" va se révéler plus complexe qu'au premier abord. Sa relation avec l'héroïne pourrait le tirer vers le haut. Dans son comportement avec les garçons, il apparaît comme une figure paternelle à la fois autoritaire et bienveillante.

   Belvaux n'a cependant pas totalement réussi sa fin. L'intrigue politique se dénoue de manière assez prévisible, mais avec une pirouette (il faut bien regarder les affiches). C'est l'épilogue que je n'ai pas aimé. La réapparition (peu plausible) de certaines images refait basculer la vie intime de Pauline. Cette séquence alourdit inutilement le film, qui aurait dû se conclure sur les conséquences des choix de l'héroïne.

vendredi, 24 février 2017

Les collaborateurs des parlementaires aveyronnais

   En paraphrasant une célèbre formule, on pourrait affirmer que la démocratie est "un plébiscite de tous les jours". Conscients qu'elle n'est pas parfaite, les citoyen-ne-s doivent veiller à son amélioration. Ainsi, on peut porter au crédit de la présidence Hollande d'avoir fait voter une loi sur la transparence de la vie politique. De l'affaire Cahuzac aux déboires du couple Fillon (en passant par les pratiques douteuses du FN), l'actualité s'est chargée de nous rappeler combien l'être humain, même intelligent et cultivé, est susceptible de céder à la tentation du pot de confiture.

   Ces jours-ci, on reparle donc beaucoup des assistants parlementaires des députés et sénateurs. Curieusement, dans un article de Centre Presse, il n'est question que des premiers, dont la liste a été publiée sur le site de l'Assemblée nationale. Son équivalent pour les sénateurs est consultable sur le site de la Haute Assemblée. Ces documents synthétisent des informations que tout un chacun est censé pouvoir trouver sur le site de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique. Sauf que... les informations ne sont pas toujours à jour.

   Au passage, on remarque que la liste fournie par l'Assemblée nationale est plus facile à utiliser que celle du Sénat. Sur la première, les députés sont classés par ordre alphabétique et les noms de tous leurs collaborateurs sont donnés en une fois. Sur la seconde, ce sont les assistants parlementaires qui sont classés par ordre alphabétique. Du coup, si l'on veut savoir combien de personnes tel sénateur emploie, il convient d'éplucher toute la liste...

   Commençons par les députés. Yves Censi est le premier à apparaître dans la liste. Il emploie quatre personnes :

Aides Censi.jpg

   La première est sa collaboratrice depuis des années. La troisième est une militante LR, qui a été candidate aux municipales de 2014, à Rodez, sur la liste d'Yves Censi (où figurait aussi la première collaboratrice du député), mais n'a pas été élue. Aux départementales de 2015, associée à un ancien adjoint de Marc Censi (le papa d'Yves), elle a failli créer la surprise dans le canton de Rodez-1. Un peu plus tard, la même année, elle a connu sa troisième déconvenue électorale d'affilée lors des élections régionales. Candidate sur la liste menée par Dominique Reynié, elle n'a pas été élue (mais de peu).

   Les deux autres assistants d'Yves Censi sont moins connus (et l'ont rejoint plus récemment). On notera que le jeune homme (Benjamin Zaluski) a un profil plus "techno". Ancien de Sciences Po, il a effectué une partie de ses débuts professionnels en Israël. En France, il a fait (brièvement) partie du cabinet de François Fillon, lorsque celui-ci était Premier ministre :

Zaluski 4.jpg

   Quand on lit le descriptif de sa mission (sur son profil LinkedIn), on est amené à se demander s'il était au service du Premier ministre ou bien de l'élu sarthois... Plus récemment, ce brillant jeune homme a fait partie de l'équipe de campagne d'Alain Juppé (en course aux primaires de la droite et du centre).

   De son côté, la députée (socialiste) Marie-Lou Marcel emploie trois personnes.

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   Deux d'entre elles sont en place depuis plusieurs années (au moins depuis 2014). On notera que Mme Marcel partage toujours l'un de ses assistants avec une autre députée, Martine Martinel. La nouvelle de l'équipe est Catherine Delporte, qui remplace Bertrand Cavalerie, conseiller départemental, adjoint au maire de Capdenac-Gare et... candidat à la succession de Marie-Lou Marcel.

   Le troisième député aveyronnais, Arnaud Viala emploie, comme son collègue Yves Censi, quatre collaborateurs :

Aides Viala.jpg

   La première est une fidèle du député. La dernière pourrait être une commerçante locale, compagne du suppléant d'Arnaud Viala. Les deux autres sont arrivés plus récemment, en remplacement des précédents assistants. Une travaille désormais en région parisienne, l'autre, Jean-Robert Bosc, a semble-t-il préféré suivre Alain Marc au Sénat. Des deux nouveaux (Alexi Carrière et Thomas Urquijo), l'un (sans doute le premier) est un petit-cousin du député, ainsi qu'on a pu le lire le 28 janvier dernier dans Midi Libre :

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   Passons aux sénateurs. Alain Marc a légèrement remanié son équipe. D'après sa déclaration d'intérêts, il emploie toujours la militante Nathalie Bécu. Jean-Robert Bosc a fini par le rejoindre (peut-être après avoir pris le temps de "lancer" le nouveau député Viala). La nouvelle arrivée est Christelle Dressayre-Coupry, qui a de l'expérience dans le domaine, puisqu'elle a débuté comme assistante parlementaire en 2002. On notera que le sénateur s'est séparé de Paskalita Francheteau (qui travailla d'abord pour Jacques Godfrain) après s'être brouillé avec son ancien mentor.

   Terminons avec Jean-Claude Luche, l'ancien président du Conseil départemental de l'Aveyron. En matière de recrutement de collaborateurs, c'est une exception, puisqu'il n'emploie à ma connaissance qu'une personne, Marie Dousset, depuis ses débuts au Sénat. Curieusement, selon le document que l'on consulte, l'identité de l'assistante est masquée ou pas. Dans la déclaration publiée en 2015, son nom figure bien dans le neuvième point. Cependant, dans la déclaration publiée en 2016, une surface grisée recouvre cette partie. Pourquoi donc ? Y aurait-il eu un changement ? Pourtant, que ce soit sur le site du groupe UDI au Sénat comme sur le site du projet Arcadie (qui suit la vie parlementaire), la jeune femme apparaît comme unique collaboratrice du sénateur. Son profil LinkedIn ne semble pas avoir été mis à jour récemment, mais il indique que, depuis 2014, elle a fait autre chose que du travail parlementaire pour Jean-Claude Luche. Voilà un mystère à éclaircir...

   P.S.

   En matière de transparence, il reste des progrès à faire. Les élus ont "verrouillé" la consultation de leurs déclarations de patrimoine. Pourtant, elles contiennent des informations propres à éclairer les débats publics. Ainsi, combien de députés et sénateurs partisans de la suppression de l'ISF sont eux-mêmes assujettis à cet impôt ?

mardi, 14 février 2017

Des députés peu (pré)occupés

   Retour sur le bien-être animal en abattoir et l'attitude de nos élus. L'été dernier, je m'étais intéressé aux travaux de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale et plus particulièrement au rôle qu'avait pu y jouer le député aveyronnais Arnaud Viala, qui en était membre. A l'époque, la commission n'avait pas encore clôturé ses travaux. Il me manquait cinq comptes-rendus.

   Force est de constater que leur intégration dans le bilan ne change pas grand chose. A. Viala n'a été présent qu'à une seule des cinq séances concernées, la dernière, fort intéressante d'ailleurs, puisqu'elle a été le cadre d'une discussion avec Franck Ribière, un documentariste issu du monde agricole, qui s'est notamment intéressé aux abattoirs mobiles. Le député aveyronnais est allé jusqu'à poser une série de questions à l'intervenant :

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   Cette participation tardive n'améliore guère son bilan. Il n'a été présent qu'à 16 des 39 séances (41 % du total). 6 de ses 23 absences (notamment les 4 dernières) ont été excusées (ce qui ne signifie pas qu'elles étaient excusables, vu qu'on en ignore le motif). Pour les 17 autres (soit les trois quarts de ses absences), le député semble n'avoir pas fourni de justification.

   Je me suis replongé là-dedans après la lecture du compte-rendu des débats du 12 janvier dernier, en assemblée (censée être) plénière. (La vidéo est accessible ici.) Arnaud Viala a été présent dans l'hémicycle une partie de la journée (voir plus bas). Il est intervenu à deux reprises, après la discussion générale, lorsque l'article 1er a été abordé. Je dois dire que j'ai savouré le début de sa première intervention (la partie soulignée par moi n'est pas dans la vidéo ; après écoute attentive, je pense qu'elle a été coupée) :

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   Mais c'est le contexte de la seconde qui m'a le plus interloqué :

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   Tout d'abord, le député aveyronnais se dit opposé à la création d'un comité d'éthique, dont le texte prévoit pourtant une composition assez oecuménique (avec des représentants des industriels et des salariés du secteur, mais aussi ceux d'éleveurs, des associations de consommateurs et de défense des animaux...). Mais, ô surprise, dans sa réponse, Olivier Falorni a sorti la brosse à reluire ! Ses propos sont en contradiction avec ce qu'on peut déduire de la lecture des comptes-rendus. Soit ceux-ci sont incomplets, soit l'élu de gauche a flatté le député LR parce qu'il a senti qu'il avait besoin de l'appui d'au moins une partie des élus de droite pour faire aboutir le texte.

   La supposée forte implication du député aveyronnais n'est pas allée jusqu'à l'inciter à rester pour participer à tous les scrutins. Après examen de tous les amendements proposés (celui d'Arnaud Viala n'ayant pas été retenu), on a procédé à deux votes publics.

   Le premier scrutin a porté sur la possibilité, pour des parlementaires au besoin accompagnés des services vétérinaires, d'effectuer des visites surprises dans les abattoirs de leur circonscription (ce qu'ils peuvent déjà faire dans les prisons). Sur ce sujet, le gouvernement (par la voix du ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll), n'a pas suivi le rapporteur de la proposition de loi (Olivier Falorni, qui, rappelons-le, a présidé la commission d'enquête sur les conditions d'abattage). Résultat des opérations : l'amendement a été rejeté par... 20 voix contre 14. (Rappelons que l'Assemblée compte 577 députés !) Socialistes et Républicains ont fait pencher la balance du côté du refus, auquel s'est associé Arnaud Viala.

   Le second vote a porté sur la réintroduction d'une mesure qui avait été supprimée en commission : l'installation de caméras dans les abattoirs. En décembre dernier, cette suppression avait provoqué une petite polémique. Notons que, lors de la réunion de la commission des affaires économiques, le 14 décembre dernier, la majorité des députés concernés étaient présents. Cependant, parmi les absents, on relève le nom de Marie-Lou Marcel (députée de l'Ouest Aveyron). Arnaud Viala n'est décidément pas le seul à pratiquer l'école buissonnière...

   Mais revenons à la séance (supposée) plénière du 12 janvier. Olivier Falorni a proposé un amendement visant à rétablir l'installation de caméras dans les abattoirs. Il a été adopté à l'écrasante majorité de 87,5 % des votants... soit 28 députés sur 32 ! Courageux mais pas téméraire, Arnaud Viala (auparavant assis place 85) avait visiblement déserté les rangs de l'Assemblée à ce moment fatidique. (Mais je suis mauvaise langue : il était sans doute aux toilettes.) Les autres députés aveyronnais (Marie-Lou Marcel et Yves Censi) n'étaient même pas présents ce jour-là.

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   Pour ne pas se limiter à l'Aveyron, il est consternant de constater la faible présence des députés français lors des débats et des scrutins publics. Quand on en consulte la table, on s'aperçoit que, depuis décembre dernier, en deux mois et demi, seuls trois scrutins ont réuni plus de 300 élus !  Ils portaient sur la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre Bernard Cazeneuve, la prolongation de l'état d'urgence et le Grand Paris. Voilà des sujets dignes d'intéresser nos députés, visiblement pas très motivés par le travail de détail sur des sujets qui ont des conséquences sur notre vie quotidienne...

   Quant à la proposition de loi sur les abattoirs, elle est désormais sur le bureau de la commission des affaires économiques du Sénat... depuis le 13 janvier. A l'heure où j'écris ces lignes, le programme de travail du mois de février a été établi, et il ne prévoit pas l'examen de ce texte. Il risque donc de se perdre dans les limbes de la fin du quinquennat de François Hollande...

   Vivement mai-juin 2017, que la loi sur le cumul des mandats s'applique enfin, et qu'une partie de ces profiteurs perde un peu de ses privilèges !

lundi, 06 février 2017

Une célébrité aveyronnaise méconnue

   Je suis récemment retombé sur un "vieil" article du Monde, un portrait d'élus locaux publié dans le magazine M paru le 10 décembre dernier. Intitulé "Les Balkany du Roussillon", il évoque la carrière d'Alain et Joëlle Ferrand, qui se sont succédé à la tête de la mairie du Barcarès, au rythme des poursuites judiciaires dont ils ont été la cible.

   C'est un passage de l'article qui a attiré mon attention. Il y est fait mention d'une "enfance dans l'Aveyron". Après vérification dans l'excellent ouvrage de Roger Lajoie-Mazenc, Fantassins de la démocratie, j'ai réalisé qu'Alain Ferrand était né dans notre département, plus précisément à Aubin. D'après un article du Point de 2013, il serait fils d'agriculteur.

   Les ennuis judiciaires du couple expliquent que la presse aveyronnaise ne porte pas aux nues ce nouvel expatrié, qui semble avoir transmis sa passion de la politique à sa progéniture. Ainsi, lors de l'élection municipale partielle de 2011 (qui lui a permis de succéder à son épouse déclarée inéligible), Alain Ferrand a placé l'une de ses filles, Mathilde (l'aînée), sur sa liste, en 24e position, donc a priori non éligible... mais pas à la dernière place (la 27e), contrairement à ce qu'avait avait déclaré l'ex et futur maire.

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   Durant la campagne, celui-ci avait d'ailleurs autant communiqué sur sa famille que sur la liste qu'il conduisait, à tel point que les murs de la commune ont été décorés d'étranges affiches :

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   Une ancienne habitante de la région a même remarqué que ce n'était pas la première fois qu'Alain Ferrand utilisait sa famille pour mener sa carrière politique :

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   Le virus semble avoir contaminé la jeune Mathilde, puisque quatre ans plus tard, à l'occasion des élections départementales de 2015, elle a tenté sa chance, en binôme avec un vieux routier de la vie politique locale, Alain Got, maire de Saint-Laurent-de-Salanque et ancien conseiller général. Le scrutin fut serré, mais pas en la faveur de la fille du maire du Barcarès, qui a failli faire élire un binôme FN (dans lequel figurait Daniel Philippot, le frère de Florian).

   L'histoire (politique) familiale ne s'arrête pas là, puisqu'aux municipales de 2014 (de nouveau facilement remportées par Alain Ferrand), une autre fille du maire, prénommée Camille, est présente sur sa liste (peut-être pour remplacer son aînée, préservée pour les départementales à venir), en 22e position... a priori pas en position éligible... sauf que le scrutin se termine en triomphe pour papa, dont la liste obtient... 22 sièges ! (On a peut-être mieux calculé son coup qu'en 2011...)

samedi, 28 janvier 2017

Les boulettes de Jean-Mimi

   La cuisine politique aveyronnaise peut, parfois, se révéler savoureuse. Hélas, d'ordinaire, elle nous propose plutôt des plats précuits, sans saveur, où l'on aurait bien de la peine à reconnaître la "patte" d'un grand chef. Dans le département, Jean-Michel Lalle est l'un des élus qui pourraient prétendre au titre de "toqué" : il est maire de Rodelle (depuis 1989 !) et a été, de 1998 à 2015, conseiller général de l'Aveyron (et même vice-président de 2008 à 2015). S'ajoute à cela la présidence d'une structure intercommunale, d'abord nommée Bozouls-Comtal, devenue récemment Comtal-Lot-Truyère.

   Cela nous ramène à la récente élection du président de cette nouvelle intercommunalité... et à ses conséquences. Dans un premier temps, J-M Lalle a habilement manoeuvré : n'étant plus conseiller général (et se trouvant à la retraite), il a communiqué sur sa totale disponibilité. Il a aussi sous-entendu qu'il ne s'éterniserait pas à ce poste. Agé de bientôt 70 ans, il pourrait quitter la fonction après les prochaines élections municipales, en 2020. (Mais les promesses n'engagent que ceux qui les croient...) En sous-main, il a peut-être aussi fait quelques promesses aux maires qui l'ont soutenu...

   Une fois le président désigné, on est passé aux vice-présidents. Magnanime (et sans doute aussi pour éviter une guéguerre stérile), la majorité qui s'était portée sur J-M Lalle a laissé la première vice-présidence au candidat battu, Jean-Claude Anglars. Celui-ci doit espérer récupérer la présidence en 2020. Pour les suivants, il a fallu réaliser un dosage subtil. En effet, le territoire de la nouvelle communauté est quasi abracadabrantesque : il s'étend des portes de Rodez à l'Aubrac et à la frontière du Cantal ! Une communauté épousant les contours de la vallée du Lot était concevable, mais ici, de la part de certains élus de l'ancien canton de Bozouls, il y a eu clairement la volonté d'échapper à la fusion avec le Grand Rodez... où, pourtant, une forte proportion des actifs travaille... et où nombre d'habitants vont faire leurs courses !

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   Sur la carte ci-dessus, j'ai souligné le nom des communes dont les élus (presque tous maires) ont été désignés vice-présidents de la nouvelle intercommunalité. On remarque que toutes les communes de l'ancien canton de Bozouls ont été servies (Jean-Michel Lalle étant, rappelons-le, maire de Rodelle). Avec 13 vice-présidences prévues, on avait de quoi contenter 14 maires communes (en comptant le président de la communauté). Il était donc prévu d'en laisser 7 sans vice-présidence. En réalité, ce fut 8, puisque la commune d'Espalion a obtenu deux vice-présidences.

   D'un strict point de vue démographique, ce n'est pas totalement injustifié : la commune d'Espalion regroupe 4 500 des 19 000 habitants de la communauté. Mais cette (légère) prépondérance pourrait se concrétiser uniquement en terme de nombre de membres du conseil communautaire. De très mauvaises langues affirment que la seconde vice-présidence est venue récompenser la "trahison" de certains élus d'Espalion (notamment le maire et son adjoint), qui ont laissé tomber leur allié "naturel" (Jean-Claude Anglars).

   De surcroît, la désignation de ces vice-présidents est entachée d'illégalité. J-M Lalle (et les autres élus) ont "oublié" qu'il fallait procéder à un vote à bulletin secret. Sacrée boulette pour des politiques qui sont dans le système (pour certains) depuis plusieurs dizaines d'années ! La seconde boulette est encore plus croquignolesque, puisqu'elle nous apprend que les élus ne connaissent visiblement pas (assez bien) le code des collectivités territoriales !

   C'est l'article L5211-10 qui est en cause. Que dit-il ? Que, en règle générale, la nombre de vice-présidents ne doit pas excéder 20 % du nombre total de conseillers communautaires. La communauté Comtal-Lot-Truyère comptant 41 conseillers, le nombre de vice-présidents devrait être plafonné à... 8 (ou 9... j'y reviendrai).

   Or, ce sont bien 13 vice-présidents que l'on a, dans un premier temps, désignés. Pourquoi donc ? La suite de l'article nous apprend que le conseil communautaire peut décider, à la majorité des deux tiers, de fixer un nombre de vice-présidents plus élevé, dans la limite de 30 % des élus (ou de quinze vice-présidents). C'est là qu'on réalise que certains élus connaissent quand même un peu le code des collectivités, puisqu'ils ont fait jouer cette clause... mais l'ont mal appliquée.

   Ils ont effectué leur calcul à l'envers. Ils ont dû se dire qu'ils avaient droit à 30% de 41 élus, soit 12,3 vice-présidents, qu'ils pouvaient arrondir à l'entier supérieur, donc 13. En réalité, le calcul est un calcul de vérification, qui s'effectue après coup, pour s'assurer que le nombre de vice-présidents choisi rentre dans les clous. Donc, les élus ont voulu désigner 13 vice-présidents. Ce nombre représente 31,7 % du total des conseillers communautaires. C'est trop ! Et d'ailleurs, 13 vice-présidents pour une communauté d'à peine 19 000 habitants, c'est beaucoup trop ! 8 ou 9 auraient été largement suffisants... mais cela aurait fait des mécontents parmi les maires... privés d'une indemnité supplémentaire. (Contrairement aux conseillers communautaires de base, les vice-présidents peuvent être rémunérés.)

   Ce n'est pas la première fois que l'expérimenté Jean-Michel Lalle se prend les pieds dans le tapis. L'an dernier, il s'était un peu rapidement assis sur la laïcité à la française en autorisant, dans un premier temps, la tenue d'une cérémonie religieuse à l'occasion de l'inauguration d'un bâtiment financé par des fonds publics. Pour certains, ce n'était sans doute qu'un point de détail. Cependant, à une époque où un islam rétrograde et identitaire tente de se développer en France, il est vital que le personnel politique soit vigilant sur toute intervention du religieux dans la vie publique... quelle que soit la religion concernée.

   P.S.

   Concernant les vice-présidences de la communauté Comtal-Lot-Truyère, la presse a été parfois approximative sur l'identité de l'une des bénéficiaires. La maire de Saint-Hippolyte, Mme Lafon, ne se prénomme pas Christine mais Francine. Certes, elle n'est en place que depuis 2014, mais n'importe qui peut vérifier son identité en consultant le Livre des maires ou en se replongeant dans les résultats des dernières élections municipales...

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   La concernant, une énigme demeure, à propos de sa profession. Comme on peut le voir ci-dessus, le Livre des maires la présente comme "chauffeur", alors que toutes les autres sources que j'ai consultées (de mon-maire.fr au Monde, en passant par la-mairie.com) la présentent comme agricultrice.

vendredi, 27 janvier 2017

Une ministre qui manque de lettres

   Ce n'est qu'aujourd'hui (en lisant le dernier numéro de L'Hebdo) que j'ai pris connaissance de l'anecdote : en visite à l'école de gendarmerie de Tulle (le 13 janvier dernier), la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a laissé un petit mot sur le livre d'or... avec quelques fautes de français, que le quotidien Le Figaro s'est fait un plaisir de relever. Le document d'origine est visible sur le site de France 3 Limousin :

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   On va me dire : ce n'est pas grave, ce sont juste quelques erreurs d'étourderie ; concentrons-nous sur le fond plutôt que sur la forme. Voilà qui ne manque pas de pertinence... sauf que... la ministre semble coutumière du fait. Ainsi, Le Figaro (toujours lui) rappelle qu'on peut trouver ce genre de "bourdes" jusque sur le site internet de la ministre. Curieux, je suis allé y jeter un oeil... pour constater que les erreurs n'ont pas été corrigées (on pourrait aussi gloser sur l'emploi immodéré des majuscules) :

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   C'est tout de même la page de présentation de la ministre, qui (elle ou un-e quelconque employé-e) aurait pu faire l'effort de la rectifier. Ceci dit, après avoir consulté plusieurs billets publiés sur le site, je dois reconnaître que l'expression est en général de qualité irréprochable. D'autres que moi (un peu obsessionnels, peut-être... sont-ils aussi vigilants quant à la qualité de l'expression écrite des politiques qui ne sont pas issus de l'immigration ?) ont épluché le compte Facebook de la ministre... Faut vraiment avoir du temps à perdre... De mon côté, plus que l'orthographe de Mme Vallaud-Belkacem, c'est la teneur de certains commentaires à ses billets qui m'a fait bondir. En voici un exemple :

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   Comme vous l'avez sans doute deviné, le commentaire négationniste (qui pourrait valoir des poursuites à son auteure) a été "écrit" en réaction (je trouve que le terme est bien choisi) à un billet sur la journée de la mémoire des génocides. A ce propos, il serait bon quelqu'un signale à la ministre qu'elle devrait arrêter d'employer le mot "Holocauste", qui prête à confusion.

   Mais revenons à nos moutons. On attend de la ministre de l'Education qu'elle donne l'exemple. Trop de jeunes arrivent sur le marché du travail sans savoir rédiger la moindre phrase anodine sans faute. La récente volonté de la ministre d'appliquer une ancienne réforme de l'orthographe, dont presque plus personne ne voulait, réveille le soupçon de nivellement par le bas, qui a pesé sur tant de ses prédécesseurs...

vendredi, 20 janvier 2017

Une claque pour un gymnase

   C'est un peu la conclusion que l'on peut tirer de la lecture d'une tribune publiée dans le dernier numéro du Bulletin d'Espalion, qui consacre une page entière à la récente élection du président de la nouvelle communauté de communes Comtal-Lot-Truyère, qui s'est déroulée il y a à peine plus d'une semaine.

   Cette tribune est signée Jean-Noël Ruffat, conseiller municipal d'opposition, élu en 2014 sur une liste de sympathisants de l'ancien maire Gilbert Cayron ("Espalion dans l'action"). Que peut-on y lire ? Que le vote du maire d'Espalion et de ses proches aurait fait basculer le scrutin, permettant à Jean-Michel Lalle de damner le pion à Jean-Claude Anglars. Or, il se trouve qu'Eric Picard (le maire d'Espalion) est aussi le suppléant d'un conseiller départemental élu en 2015... Jean-Claude Anglars ! Comment expliquer ce revirement ?

   D'après Jean-Noël Ruffat, le choix de l'emplacement où devait être construit un nouveau gymnase a été déterminant dans cette querelle. L'ancien maire d'Espalion Gilbert Cayron (dont J-N Ruffat a été l'adjoint de 2008 à 2014) avait envisagé de l'installer dans la partie basse de la commune, à proximité d'un axe structurant, rendant son accès aisé. Arrivé à la tête d'Espalion en 2014, Eric Picard s'est empressé de modifier le projet, pour tenter d'implanter ledit gymnase tout en haut de la commune, sur le plateau de la gare, un endroit souvent encombré auquel, de surcroît, l'accès n'est pas aisé. On évoquait aussi les risques que les travaux d'aménagement pourraient faire courir à certaines rues environnantes.

   Le maire d'Espalion a dû finalement manger son chapeau. A la bronca d'une partie des habitants (dont Jean-Noël Ruffat) s'est ajouté le lâchage par la communauté des communes Espalion-Estaing, présidée par... Jean-Claude Anglars. Qui a dit que la vengeance est un plat qui se mange froid ?

   Au passage, signalons que, dans l'article adjacent qui raconte la soirée qui a vu Jean-Michel Lalle triompher de J-C Anglars, la photographie d'illustration montre les deux principaux protagonistes presque au même moment que celle parue dans la version papier de Centre Presse.

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   Toutefois, sur celle publiée par le Bulletin, le vaincu du jour ne fait pas la gueule. Etonnant, non ?

jeudi, 12 janvier 2017

Deuxième gifle pour Jean-Claude Anglars

   En a peine plus d'un mois, c'est la deuxième fois que le maire de Sébrazac, vice-président du Conseil départemental de l'Aveyron (et titulaire de bien d'autres fonctions) échoue à se faire désigner au poste qu'il convoite, alors qu'il est le favori.

   A la fin de novembre 2016, c'est le basculement d'une voix qui l'avait empêché de remporter l'investiture du centre et de la droite pour la prochaine élection du président du Conseil départemental, qui devrait avoir lieu mardi 24 janvier. Hier, pour l'élection du président de la nouvelle communauté de communes Comtal-Lot-Truyère, l'écart a été plus grand, puisque son adversaire du jour, Jean-Michel Lalle, l'a emporté par 24 voix contre 16, d'après Centre Presse.

   Pour comprendre le résultats de ce vote, il faut analyser la composition de cette nouvelle structure intercommunale, résultat de la fusion de trois communautés, celles d'Entraygues-sur-Truyère, d'Espalion-Estaing et de Bozouls-Comtal :

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   Cette fusion est une conséquence de la loi NOTRe, qui impose un seuil de 20 000 habitants, avec dérogation pour les territoires montagnards ou à faible densité. Dans le cas qui nous intéresse, la création de la communauté Comtal-Lot-Truyère est la conclusion d'un mouvement en plusieurs étapes, dont Jean-Claude Anglars comptait bien profiter.

   Sur la carte ci-dessus, j'ai entouré en jaune la communauté de communes d'Estaing, qu'il présidait. Elle a compté 4 puis 5 communes membres, avec l'arrivée du Nayrac, au début du XXIe siècle. Il y a un peu plus de deux ans, cet ensemble a fusionné avec les communes de l'Espalionnais et Campuac, isolée tout à l'ouest. Cette nouvelle communauté, baptisée Espalion-Estaing, regroupait un peu moins de 10 000 habitants, soit quasiment  autant que celles de Bozouls-Comtal (environ 7 500) et d'Entraygues (environ 2 500) réunies. Voilà qui posait son président J-C Anglars en favori pour mener la nouvelle structure. De surcroît, le vice-président du Conseil départemental de l'Aveyron, aussi président du pays du Haut-Rouergue, pensait pouvoir compter sur l'influence qu'il exerçait par ce biais.

   Mais, face à lui, il avait un vieux routier de la politique aveyronnaise, un de ses alliés du temps où il siégeait lui aussi au conseil général. La différence entre les deux est que le maire de Rodelle a lâché son mandat de conseiller, pour se concentrer sur ses mandats locaux. De plus, étant plus âgé que son collègue et rival, il a déjà fait valoir ses droits à la retraite. Il est donc totalement disponible pour la fonction, ce qui a pu faire pencher la balance de son côté.

   On ne peut pas non plus écarter l'hypothèse que le récent échec de J-C Anglars à la primaire départementale ait fait la preuve de sa perte d'influence.

   En tout cas, quelque chose me dit que le maire de Sébrazac n'a pas pris ce second échec avec philosophie. C'est en tout cas ce que l'on pouvait déduire de la photographie d'illustration publiée dans l'édition papier de l'article de Centre Presse : On voit clairement que J-C Anglars (qui se trouve à gauche) tire une tronche de dix kilomètres.

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   Curieusement, lorsque la version numérique a été mise en ligne, c'est une autre photographie qui a été choisie pour l'illustrer :

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   Etonnant, non ?

 

dimanche, 01 janvier 2017

La dernière légion

   C'est la dernière promotion dans l'ordre de la Légion d'honneur que François Hollande a désignée. Comme d'habitude, on y remarque la présence de beaucoup d'amis politiques. Je déplore toujours autant que des élus, des magistrats, des universitaires et des artistes qui ne font que leur métier soient distingués. (Cette fois-ci, on peut trouver le musicien électronique Laurent Garnier, par exemple...) Les médias ont souligné la présence de personnes qui ont fait preuve de courage lors de l'attentat de Nice du 14 juillet dernier. Leurs noms figurent sur la dernière page de la liste des nommés/promus du jour. (Ceux qui vont être décorés de l'Ordre national du mérite sont plus nombreux.)

   En la consultant, on tombe assez vite (page 6) sur une vieille connaissance des Aveyronnais : Cécile Pozzo di Borgo. L'ancienne préfète de notre département (entre 2011 et 2014) est, depuis son départ, en charge des T.A.A.F. (Terres Australes et Antarctiques Françaises). Elle devient officier, sur le contingent du Premier ministre Bernard Cazeneuve qui est, ne l'oublions pas, l'ancien ministre de l'Intérieur de Manuel Valls.

   Un autre haut fonctionnaire de la République est distingué : Pierre Valleix, procureur général près la Cour d'appel de Montpellier (dont dépendent les tribunaux aveyronnais, rappelons-le). Il devient chevalier, sur le contingent du ministère de la Justice. Les Aveyronnais ont entendu parler de lui à plusieurs reprises. L'an dernier, il était venu assister à l'installation, à Millau, d'une chambre détachée du TGI de Rodez. Il a aussi été mêlé à la série de procès mettant en cause les auteurs d'une page Facebook : après la relaxe du groupe en appel, il avait formé un pourvoi en cassation. (Hélas, la plus haute juridiction française a donné raison aux conducteurs inciviques.)

   Mais revenons à la liste des promus. Elle comporte de nombreux élus, notamment de la région Midi-Languedoc. La majorité d'entre eux se trouvent page 20 :

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   La liste comprend une Aveyronnaise, Anne Blanc, maire de Naucelle et conseillère départementale. Elle est accompagnée d'un ancien adjoint au maire de Toulouse (et ancien conseiller régional) centriste, Michel Valdiguié, d'un élu tarbais (Jean-Claude Palmade) et d'un autre, tarn-et-garonnais, Denis Roger. Du même département est issu, page suivante, l'ancien député-maire de Montauban (Roland Garrigues), qui figure lui sur le contingent du ministre de l'Intérieur, alors que les précédents sont promus sur celui du ministre des Collectivités territoriales, qui n'est autre que Jean-Michel Baylet, grand manitou du PRG. O surprise ! Outre Anne Blanc, deux des nouveaux chevaliers (Michèle Garrigues et Denis Roger) sont membres de ce parti, tout comme Bernard Charles, ancien député-maire de Cahors, que l'on trouve page 7, sur le contingent du Premier ministre.

   Du côté midi-pyrénéen, Rolande Sassano complète la liste (page 13), sur le contingent du ministère de l'Economie et des Finances. Ce n'est donc pas  tant l'ancienne conseillère régionale (figurant sur la liste de gauche soutenant Martin Malvy en 2004 et en 2010) que l'ex-bouchère et ex-présidente de la Chambre des métiers de l'Ariège qui a été distinguée.

    La gauche languedocienne n'a pas été oubliée, puisque le socialiste Michel Gaudy, vice-président du Conseil départemental de l'Hérault, est lui aussi présent page 20. (Il est promu officier.) Deux pages plus loin, au grade de chevalier, on trouve sa collègue gardoise Anne-Marie Vendeville, actuelle conseillère régionale de Midi-Languedoc (déjà présente sur la liste conduite par Damien Alary en 2010).

   A titre d'anecdote, je signale que, sur la même page, quelques lignes au-dessus, on sera surpris (ou pas) de découvrir le nom de Gilbert Mitterrand (un des fils de l'ancien président de la République), qui fut lui-même longtemps élu socialiste... et qui a dû attendre plus de 20 ans après la mort de son père pour être décoré. Peut-être lui avait-on déjà proposé la légion d'honneur auparavant et peut-être l'avait-il refusée ?

   Je termine sur une note d'humour. J'ai cherché à en savoir plus sur Isabelle Anglade, nommée chevalier (page 14). On nous la présente comme la présidente d'une société d'esthétique capillaire. En clair, son entreprise s'occupe de perruques et d'implants. Quand on sait quel prix François Hollande accorde à l'entretien de ses cheveux, on n'est qu'à moitié étonné. Mais le plus cocasse est que cette nomination est faite sur le contingent du ministère de l'Economie et des Finances. Il n'a échappé à personne que le titulaire du poste est Michel Sapin, qui pourrait bien avoir besoin des services de la dame !

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samedi, 03 décembre 2016

L'hémicycle de Midi-Languedoc

   Il en a été question aujourd'hui dans un article du quotidien Midi Libre. C'est l'un des sujets de déconnade au sein de la nouvelle (et artificielle) grande région... Mais ne riez pas trop, parce que c'est avec notre pognon que cela se fait !

   Voilà le problème : le conseil régional de Midi-Languedoc est composé de 158 élus, soit presque la somme exacte du nombre d'élus des anciens conseils régionaux de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon (91 + 68 - 1). Or, aucun bâtiment officiel existant ne peut contenir un groupe aussi nombreux. Du coup, c'est... au parc des expositions de Montpellier que se déroulent les assemblées plénières. Voici ce à quoi cela ressemble :

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   On nous a vendu la fusion comme devant être une source d'économies... On attend de voir. En tout cas, cette histoire d'assemblée plénière est en train de devenir une plaie budgétaire. D'après ce qu'a dit Carole Delga au cours de la dernière réunion, la visio-conférence serait sur le point de se mettre en place pour les commissions sectorielles, ce qui limiterait les déplacements. Néanmoins, il reste le cas des assemblées plénières et des réunions de la commission permanente.

   Construire ex-nihilo un nouveau bâtiment pour un usage somme toute limité serait, en ces temps de frugalité budgétaire, très mal vu (et sans doute superflu). On pourrait donc se contenter de louer une salle pour les quelques réunions qui s'imposent... Mouais. Il existe une autre solution, plus audacieuse, mais qui permettrait de réaliser de substantielles économies (à partir de 2021), sans remettre en question le fonctionnement du conseil régional : la réduction du nombre d'élus, d'au moins 30 %. Si l'on va jusqu'au tiers, l'assemblée plénière perdrait 53 conseillers, pour passer de 158 à 105 membres, ce qui ne serait guère plus élevé que le total de conseillers de l'ancienne région Midi-Pyrénées (91). Je pense que l'hémicycle toulousain pourrait supporter cette modification, sans qu'il soit nécessaire d'engager de dispendieux travaux.

   La conséquence serait la diminution de la représentation de chaque département. Pour les Aveyronnais, cela conduirait à passer de 8 à 5 conseillers régionaux... que de toute façon l'écrasante majorité de la population ne connaît pas. Pour rappel, voici ceux qui ont été élus en 2015 :

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   Le principal changement survenu depuis est le remplacement de Dominique Reynié par Christophe Saint-Pierre.

mercredi, 30 novembre 2016

Le choix de la continuité ?

   Les conseillers départementaux aveyronnais appartenant à la majorité de Jean-Claude Luche (30 sur 46) se sont réunis pour désigner le candidat de leur camp à sa succession. Cela fait plusieurs mois que les langues s'agitent à ce sujet. Cinq candidats s'étaient finalement déclarés, tous des hommes : Vincent Alazard, Jean-Claude Anglars, Jean-François Galliard, Jean-Philippe Sadoul et Bernard Saules.

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   Dans une assemblée désormais totalement paritaire, il est étonnant que les cinq candidats soient du même sexe. Leur moyenne d'âge est d'environ 59 ans, le plus jeune en ayant 52, le plus âgé 68. C'est d'ailleurs celui-ci qui a été élu : Jean-François Galliard. La prime à l'expérience ? Du point de vue professionnel, oui. Et du point de vue politique ? Il n'est conseiller départemental que depuis 2011, vice-président depuis 2015, ce qui fait dire à certains qu'il a gravi décidément très vite les marches du pouvoir.  Ces mauvaises langues sous-entendent que certains de ses concurrents étaient plus qualifiés car plus expérimentés que lui. Ce serait oublier qu'auparavant, il fut maire de Nant (de 1995 à 2008), même s'il fut battu par une liste de gauche en 2008.

   Mais revenons au scrutin. C'est dans La Dépêche du Midi qu'on peut en lire le compte-rendu le plus précis. Le premier tour n'a finalement mis aux prises que trois candidats, Jean-Philippe Sadoul et Bernard Saules ayant décidé de jeter l'éponge... peut-être sur les conseils d'amis bien placés. Résultat ? Une égalité parfaite entre les deux favoris, Jean-Claude Anglars et Jean-François Galliard, avec 12 voix chacun. Vincent Alazard arrive troisième, avec six voix. On notera que personne ne s'est abstenu ou n'a voté blanc... et que tout le monde était présent. Quel civisme ! Cela veut aussi dire que Jean-Claude Luche, le toujours président du Conseil départemental, a exprimé un vote... oui, mais lequel ? Mystère.

   Le second tour n'a pas plus permis de départager les deux candidats arrivés en tête, puisqu'ils ont obtenu 15 voix chacun. Damned ! Comment désigner le vainqueur ? Au bénéfice de l'âge ? A la longueur du pénis en érection ? Allait-on devoir organiser un duel entre les deux prétendants ? Et pourquoi pas un combat dans la boue ? Que nenni ! On procéda à un troisième tour. (C'est à ce genre de détails que l'on reconnaît un pays civilisé.) Comme par miracle, ce troisième tour vit se dégager une (courte) majorité, à 16 voix contre 14 pour Jean-François Galliard. Jean-Claude Anglars fou de rage, insulta l'assemblée, cracha par terre, renversa les tables et les chaises félicita dignement son adversaire victorieux. Celui que l'on a parfois surnommé "Mini-Luche", l'élu ultra-local cumulard, omniprésent dans la presse, celui dont on disait qu'il disposait des meilleurs réseaux, a été battu.

   Les supputations vont bon train concernant l'élu-e qui a fait basculer ce scrutin historique. D'abord, il ne faut pas exclure que plusieurs élu-e-s aient changé de vote (dans les deux sens), et qu'au final un-e de plus ait basculé en faveur de Jean-François Galliard. Le plus cocasse serait que l'élu à bascule soit Jean-Claude Luche lui-même. Mais je n'y crois guère. Pour qui suit un peu la politique aveyronnaise, il semble que l'actuel président du Conseil départemental, bien que très proche de l'élu de Sébrazac, ait plutôt misé sur les compétences (et la disponibilité) de l'ancien fiscaliste, de surcroît âgé de 68 ans, donc peu susceptible de s'incruster dans le poste. Il y a fort à parier que, s'il est élu président, l'ancien maire de Nant placera ses pas dans ceux de son prédécesseur.

   P.S.

   La désignation de Jean-François Galliard comme candidat de la Majorité départementale est aussi une petite révolution, puisque, s'il est élu en 2017, il sera le premier président du Conseil départemental à ne pas être né dans l'Aveyron depuis... Paul Ramadier, soit près de 70 ans. En effet, Jean-François Galliard est né à Alger, en 1948. Il est arrivé à Nant, avec ses parents, en 1962, année de l'indépendance de l'Algérie. C'est donc un "pied-noir".

mardi, 22 novembre 2016

Meurtre au Laguiole

   Hier lundi, l'émission L'Heure du crime, présentée par Jacques Pradel, sur RTL, était consacrée à un mystérieux crime, qui a été perpétré dans le métro parisien, en 1937. La particularité de ce meurtre est d'avoir été commis avec un couteau Laguiole, qui fut planté dans le cou d'une jeune femme, Laetitia Toureaux. (Rappelons que l'an dernier, l'émission s'était intéressée à l'affaire Fualdès.)

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   Aucun Aveyronnais ne semble mêlé à ce crime, qui porte plutôt la marque des Italiens : le couteau a été laissé dans la plaie. Or, la victime (née Yolande Nourrissat) était originaire du Val d'Aoste, Toureaux étant le nom de son mari, décédé quelques années auparavant. Comme la jeune femme avait la réputation de servir d'indic à la police et qu'elle a été vue en compagnie d'Italiens supposés fascistes, on a pensé à un règlement de compte politique.

   Deux universitaires américaines sont allées plus loin et ont publié en 2010 un ouvrage dans lequel elles développent la thèse que l'assassinat est lié à la Cagoule, l'organisation d'extrême-droite qui a tenté d'instaurer un régime fasciste en France dans l'Entre-deux-guerres. Leurs arguments sont résumés ici.

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   Cependant, dans l'émission radiophonique, Jacques Pradel comme son invité privilégient l'hypothèse du crime passionnel, confortée par l'envoi d'une lettre anonyme de dénonciation, 25 ans après les faits ! L'auteur présumé (resté inconnu) étant originaire de Perpignan, il n'est pas invraisemblable qu'il ait été en possession d'un couteau aveyronnais.

samedi, 19 novembre 2016

De l'art en barres

   Le dernier numéro du Canard enchaîné contient une demi-page sur les suites de l'enquête menée sur le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy... de 2007. Si, en cette période préélectorale, il ne faut pas écarter la possibilité de coups tordus (à l'image de ce que la droite a connu en 1994-1995, au plus fort de la rivalité entre Chirac et Balladur), on en apprend quand même de belles à propos des fréquentations de quelques hommes politiques... et de certains journalistes.

   Mais c'est pour une autre raison que la page 4 de l'hebdomadaire satirique a attiré mon attention. Il y est question d'une conversation entre l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin et l'homme d'affaires-entremetteur-facilitateur Alexandre Djouhri :

Djouhri 16 11 2016.jpg

   Vous noterez le prix demandé par le spéculateur collectionneur suisse : 2,4 millions d'euros. Peut-être vous rappelez-vous qu'en 2008, lors d'une vente aux enchères, une oeuvre de Soulages ("Peinture, 21 juillet 1958") s'était vendue plus d'un million et demi d'euros.

   C'est une nouvelle confirmation que je ne vis décidément pas dans le même monde que ces gens-là.

dimanche, 13 novembre 2016

Un numéro collector

   Voici ce que j'ai récemment trouvé en furetant chez un marchand de journaux :

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   Les initiateurs de cette publication ont sans doute voulu réaliser un coup éditorial, en prévision de l'élection présidentielle américaine (dont je reparlerai bientôt)... sauf qu'Hillary Clinton a été battue (au nombre de grands électeurs). Cette revue n'en est pas moins fort intéressante.

   Disons-le tout de suite : imprimée sur papier glacé, nourrie de nombreuses photographies (parfois originales), cette publication ne vise pas à présenter une biographie totalement objective de la candidate démocrate. C'est globalement une apologie de la dame, même si les côtés sombres du couple Clinton ne sont pas cachés.

   A ceux qui ne connaîtraient pas bien la vie d'Hillary, la revue apprendra qu'elle est issue d'un milieu républicain. La père, commerçant, était très autoritaire... et misogyne. Le paradoxe est que le mépris dont il a accablé son épouse (qui votait sans doute démocrate) n'a pas rejailli sur sa fille aînée, obéissante et bonne élève, en qui il plaçait beaucoup d'espoir.

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   Pour la petite histoire, sachez qu'elle est née à Chicago, Etat dont Barack Obama est devenu bien plus tard un élu emblématique ! A la récente présidentielle, l'Illinois est d'ailleurs l'un des Etats à l'avoir placée en tête. Elle y a même obtenu son septième score national, avec 55,4 % des voix, loin devant Donald Trump, qui n'y a récolté que 39,4 % des suffrages exprimés. Quand on regarde les résultats en détail, on s'aperçoit que, conformément à ce qui a été constaté dans les autres Etats, la démocrate semble réaliser de meilleurs scores dans les zones urbaines plutôt que dans les zones rurales :

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   Sans surprise, c'est dans le comté de Cook (entouré en noir) qu'elle a "performé", avec 74,4 % des suffrages exprimés. Cette circonscription englobe le centre de Chicago (où Hillary a vécu ses premières années) et la banlieue chic de Park Ridge, où la famille s'est ensuite installée. C'est assez révélateur de la diversité de l'électorat d'Hillary Clinton : elle s'est attirée les suffrages des minorités (ici les Noirs du centre-ville) et de certaines populations aisées (en général d'un bon niveau scolaire).

   Mais revenons à notre revue. Plusieurs articles évoquent le précoce intérêt d'Hillary pour les élections. Au lycée, elle a cependant connu l'échec, battue par... un garçon quand elle briguait la présidence des élèves. Elle s'est rattrapée à l'université de Wellesley, réservée aux filles... et de sensibilité républicaine ! Dès la première année, elle s'est fait élire présidente des élèves, qu'elle tente d'orienter dans un sens plus "moderne".

   Cela m'amène à aborder une question que je ne pensais pas avoir à traiter : le physique d'Hillary Clinton. Ces derniers temps, j'ai entendu des propos peu obligeants à son égard, me rappelant la goujaterie dont Eva Joly fut aussi la cible.

   A la fac, elle est devenue une intello à grosses lunettes, pas très soucieuse de son apparence vestimentaire, visiblement :

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   En réalité, elle savait s'arranger quand elle le voulait :

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   Sur cette dernière photographie, elle est un petit peu plus jeune, mais là n'est pas vraiment la question. Dès qu'une femme brigue un poste politique d'importance, son physique est l'objet de toutes les attentions, ce qui n'est pas le cas de ses camarades ou concurrents masculins.

   Sur le fond, je dirais qu'Hillary est restée la femme engagée de sa jeunesse jusqu'au premier mandat présidentiel de Bill Clinton. Après l'échec de la création d'une sécurité sociale, confrontée à la haine des républicains et aux scandales sexuels de son mari, elle se blinde et devient une professionnelle de la politique. Ça lui a servi pour la suite (et sa carrière de sénatrice puis de secrétaire d'Etat), mais cela a constitué un inconvénient pour affronter Donald Trump, pourtant moins compétent qu'elle pour exercer la fonction présidentielle.

   Quelques mots sur la France. Bien que conçue au Royaume-Uni, la revue comporte un texte d'accompagnement qui a été rédigé à l'intention d'un lectorat français. On le voit aussi au niveau des photographies. L'une d'entre elles montre Hillary en compagnie de Nicolas Sarkozy, l'autre avec François Hollande, à chaque fois sur le perron de l'Elysée. Les auteurs ne se sont pas risqués à en ajouter une avec Alain Juppé !

vendredi, 04 novembre 2016

Snowden

   Avec Olivier Pierre Oliver Stone aux manettes, Nicolas Cage dans la distribution et une chanson signée Peter Gabriel, on est dans le "film de gôche"... qui plus est coproduit par des Frenchies. Alors on peut se demander s'il était bien utile de consacrer un nouveau long-métrage à l'informaticien et lanceur d'alerte Edward Snowden, moins d'un an et demi après le documentaire Citizenfour. J'ai été d'autant plus inquiet qu'au début, lorsque nous sont montrées les premières scènes d'hôtel (datant de 2013), j'ai eu comme une impression de déjà-vu. (Stone semble avoir allègrement pompé sur le documentaire.)

   Fort heureusement, la majorité de l'intrigue s'évertue à nous montrer d'où vient Snowden (sans remonter trop loin). L'action se déroule entre 2004 et 2013. On découvre un jeune homme, sans doute surdoué mais inadapté au système scolaire, plutôt conservateur et patriote de tempérament. Il cherche (vainement) à s'engager dans les forces spéciales puis se tourne vers la CIA... par conviction. Eh, oui. Pour nous, Européens, qu'un jeune Américain censé être éduqué (voire cultivé) puisse ambitionner sincèrement d'intégrer l'une des plus malfaisantes organisations du monde a de quoi stupéfier. C'est dire le bourrage de crâne qui a sévi (et qui sévit sans doute encore) de l'autre côté de l'Atlantique. On y croit d'autant plus que Joseph Gordon-Levitt s'est glissé à la perfection dans la peau du personnage.

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   Le scénario a choisi de contrebalancer l'intrigue politique par la description de la vie sentimentale du héros. Il rencontre une sorte d'intermittente du spectacle gauchisante... et canon, puisqu'elle a les traits (et les formes) de Shailene Woodley, en qui tous les ados reconnaîtront l'héroïne de Divergente. Le couple qu'ils forment, aussi charmant soit-il, m'a paru assez improbable.

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   De surcroît, on peut regretter le voile pudique posé sur les relations avec la Russie de Poutine, qui apparaît ici comme le sauveur du citoyen-engagé-rejeté-par-son-pays-d'origine. Cela aurait mérité une petite enquête, quitte à écorner un peu l'image du chevalier blanc de l'informatique.

   Tout cela passe néanmoins en raison de la qualité de la mise en images. Stone se livre à quelques effets de distorsion et joue sur tout ce qui est vitré (ou à cristaux liquides). Certains plans sont visiblement là pour nous faire penser au Big Brother de 1984. Mais, surtout, il a réussi à intégrer à l'intrigue et à l'écran l'utilisation de l'informatique. (En lisant le générique de fin, on s'aperçoit que plusieurs sociétés ont contribué à la création de ces effets.)

   C'est donc un film militant, plaisant, mais pas un chef-d'oeuvre.

vendredi, 28 octobre 2016

"Le Canard enchaîné" en bande dessinée

   Il y a quelques semaines est sorti aux éditions des Arènes un ouvrage intitulé L'incroyable histoire du Canard enchaîné. Les auteurs (Didier Convard et Pascal Magnat) ne sont pas membres de l'équipe de l'hebdomadaire satirique, mais ils en sont des sympathisants. Et comme cette année, on célèbre le "centenaire bis" de la naissance du journal, l'occasion était belle.

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   Le début rappelle à ceux qui l'ignoreraient que Le Canard est né deux fois, la première version, créée en 1915, n'ayant pas connu le succès. Pourtant, dès le début, les journalistes ont pour ambition de dénoncer les mensonges de la mauvaise presse, au service de la propagande de guerre. C'est aussi l'occasion de mettre un visage sur des noms qui soit figurent encore en page 7 du journal, soit sont régulièrement cités lorsqu'il est question de son passé.

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   Je vous laisse goûter le jeu de mots qui orne l'une des vignettes. Le style du dessin est classique, même si les auteurs ne s'interdisent pas, de temps en temps, un peu de fantaisie. Dans cette histoire, notre guide est un canard qui parle... et qui a même la langue bien pendue.

   Ce livre n'est toutefois pas une hagiographie. Il ne cache pas l'aveuglement dont l'hebdomadaire a fait preuve face à la montée du nazisme. Il fait aussi le bilan du comportements de ses rédacteurs et dessinateurs pendant la Seconde guerre mondiale. Tous n'ont pas été honorables.

   La lecture est globalement instructive. La vie du journal suit celle du pays. Certaines anecdotes sont peu connues, comme le cas de ce concurrent marseillais, nommé Le Merle blanc, qui avait un temps débauché une partie de l'équipe du Canard. Il est aussi question de la tentative de meurtre dont Léon Blum fut la cible, en février 1936, et de l'histoire du numéro imprimé à Londres, pendant la Seconde guerre mondiale.

   En 1944, le journal reparut mais connut des temps difficiles. Sa dernière mue intervint avec la Ve République. L'hebdomadaire développe les enquêtes et se pose en organe d'opposition au pouvoir gaulliste, qui le lit avec attention.

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   C'est la Une du 4 juin 1958, une de celles qui sont reproduites dans l'ouvrage. Mais la période gaulliste a été surtout marquée par la chronique "La Cour" (par Ribaud et Moisan), qui associait langage relevé et dessin chiadé pour brosser un tableau satirique du nouveau régime.

   A partir des successeurs de de Gaulle, l'histoire prend la forme de vignettes, qui toutes évoquent une "affaire" dans laquelle des puissants ont trempé. Gauche et droite n'en sortent pas grandis et l'on peut se désoler que la chronique de la Ve République puisse se limiter à une série de scandales. C'est néanmoins un rappel salutaire, qui permet de prendre du recul par rapport à notre époque.

   A la fin, le ton en général enjoué se fait chagrin, avec la liste des morts successives de collaborateurs victimes de l'âge ou d'un accident. Il devient même grave avec le rappel des récentes tueries parisiennes, de janvier et novembre 2015 :

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   Notez le choix des couleurs : le noir associé au rouge, avec du blanc, comme sur le drapeau à croix gammée.

   Malgré les drames, malgré la médiocrité de notre personnel politique, malgré l'arrogance des riches, les auteurs ont voulu terminer sur une note d'humour, cette arme si utile pour ridiculiser les puissants.

   P.S.

   Dans ce travail de grande qualité, il me semble avoir repéré deux petites erreurs : page 126 une confusion entre Gérard et Philippe de Villiers ; page 133 une autre confusion, entre millions et milliards à propos de l'affaire des frégates de Taïwan.

samedi, 15 octobre 2016

José Bové repart en campagne

   Cette semaine, l'annonce de l'expulsion de José Bové du Canada a fait la Une des médias français, avant que son séjour ne soit finalement autorisé. Il semble évident que le député européen a programmé sa venue au Canada pour qu'elle coïncide avec la visite du Premier ministre français, Manuel Valls, le tout dans le contexte de la ratification du traité économique entre l'Union européenne et le Canada.

   La question qui se pose est celle-ci : le gouvernement français a-t-il suggéré de ne pas laisser entrer Bové, ou bien est-ce une initiative purement canadienne ? Si tel est le cas, l'expulsion est-elle le fait de fonctionnaires un peu trop zélés, ou bien avaient-ils reçu des instructions ? C'est troublant, parce que, si l'on ne considère que des personnalités françaises, on constate qu'Alain Juppé, bien que condamné peu de temps auparavant par la justice française, avait pu enseigner à l'ENA québécoise. Quant à Marine Le Pen, elle n'a rencontré aucune difficulté pour effectuer une visite de propagande en mars dernier (même si elle a été tenue à l'écart).

   Concernant Alain Juppé, la lecture de son blog (qu'il tient depuis des années) mérite le détour. Il ne paraît pas avoir "fait le ménage" dans ce qu'il a écrit durant son séjour canadien. Du coup, c'est avec plaisir qu'on peut encore lire le billet du 7 mai 2005, sobrement intitulé "Mexico". Alors que l'essentiel du propos est consacré à la mondialisation, le dernier paragraphe évoque l'avenir de celui qui n'est plus à l'époque qu'un ancien Premier ministre :

Juppé blog 07 05 2005.jpg

   Je sens qu'on va me dire que, depuis mai 2006, de l'eau a coulé sous les ponts (de la Garonne, mais aussi de la Seine...) et que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis, selon la formule proverbiale. Et, comme Alain Juppé se considère sans doute comme le contraire d'un imbécile... Notons que le billet a suscité -à l'heure où j'écris ces lignes- 92 commentaires, tous datés de mai 2006. Certains font état de la triste situation (économique, sociale, politique, morale...) de notre pays... sous Chirac et Villepin.

   Mais revenons à nos moutons... et même à nos brebis laitières, puisqu'il est question de José Bové. Cela fait plusieurs mois qu'il sonne le tocsin contre les dangers du traité de libre-échange avec le Canada. Le 11 septembre, il avait signé une tribune dans Libération, dans laquelle il évoquait un gros problème : le traité aboutit à la reconnaissance de certaines AOP fromagères, en laissant tomber toutes les autres. Au départ, ses propos ont eu peu d'écho. Ils ont même été tournés en dérision dans Le Canard enchaîné du 14 septembre :

CanardEnchaîné 14 09 2016.jpg

   J'ai été surpris de lire sous la plume d'un journaliste de mon hebdomadaire préféré, une conclusion qui semble plutôt se réjouir d'une éventuelle baisse du prix de ces fromages. Faut-il rappeler à cet imbécile que le prix de ces produits, qui peut paraître élevé en comparaison de celui de concurrents bas-de-gamme, se justifie (entre autres) par l'exigence du cahier des charges des appellations et par la volonté de fournir un revenu décent aux producteurs de denrées agricoles ? L'auteur aurait pu contacter le député européen, par ailleurs lecteur du Volatile depuis des années :

Canard Bové lapresse b.jpg

   J'ai souligné dans l'article les noms de certains fromages dont l'appellation n'est pas reconnue par le traité. Si l'on en consulte le texte officiel, on constate que seules les "grosses marques" ont obtenu la reconnaissance de leur AOP, comme le comté, le reblochon, le roquefort (ouf !), le camembert, le brie, l'emmental, le maroilles (erreur dans l'article du Canard), le cantal, le bleu d'Auvergne... mais pas celui des Causses, ni le rocamadour, ni le laguiole ! 

   Un article du Monde a pris le contrepied de la position de José Bové. Il explique (ce qui n'est pas faux) que le traité signé, bien qu'imparfait, représente un progrès par rapport à la situation actuelle. D'ailleurs, il ne fait pas l'unanimité du côté canadien non plus. On peut penser que les producteurs canadiens qui proposent actuellement des fromages copiés sur des modèles européens redoutent de voir débarquer les originaux. Mais il existe aussi une production fermière locale, qui a peur de se voir manger par les "gros".

   C'est aussi une crainte que peuvent nourrir des producteurs français : voir débarquer en Europe des fromages "Canada dry", qui ressemblent aux nôtres, portent (presque ?) le même nom mais ne sont pas produits selon les mêmes critères ni, surtout, sur le même terroir. De surcroît, le Canada étant lié aux Etats-Unis par l'ALENA (Accord de Libre-Echange Nord-Américain), ne pourrait-il pas constituer un cheval de Troie pour des industriels yankees ? Plus vraisemblablement, les concurrents des AOP non reconnues pourront leur tailler des croupières à l'exportation. Or, rien ne dit que les petits fromages d'aujourd'hui ne deviendront pas grands demain. Les actuels géants du secteur ont tous démarré petits.

   La presse française n'a pas été la seule à discuter des propos de José Bové. Dès mai 2016, La Presse (quotidien montréalais) s'est faite l'écho des déclarations du député européen, suivie en septembre par son concurrent Le Devoir. La semaine dernière, on pu voir dans le même journal une caricature plutôt sympathique :

Caricature LeDevoir 12 10 2016.jpg

   Signalons que dimanche 17 (demain, à l'heure où j'écris ces lignes) sera diffusée l'émission Tout le monde en parle (version québécoise), qui a apparemment été enregistrée jeudi 13. José Bové figure parmi les invités.

   On va dire que j'en fais un peu trop à propos du député européen. Pourtant, l'Aveyronnais que je suis n'a jamais été une "groupie" du paysan rebelle... même si je reconnais que j'ai suivi avec bienveillance sa défense du Roquefort et le conflit qui l'a opposé à une entreprise de restauration rapide dont je me garde bien de fréquenter les établissements. J'ai aussi une opinion plutôt favorable du député européen, qui a cosigné un bouquin très intéressant en 2014. Entre 2009 et 2014 (durant son premier mandat), il faisait partie des plus assidus (au contraire des Philippe de Villiers, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon) :

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   Depuis sa réélection, en 2014, son activité ne semble pas avoir faibli, d'après ce qui figure sur le site VoteWatch.

samedi, 01 octobre 2016

Un couteau anal

   Septembre a sonné la rentrée pour l'équipe de Groland, dont la nouvelle émission s'appelle "Le Zapoï", une sorte de zapping entre les chaînes d'un bouquet satellite naze, qui n'est pas sans rappeler la forme prise par le best-of sorti en DVD il y a plus de dix ans (Grolandsat).

   Du coup, pour les vieux fans, l'émission a un petit goût de déjà-vu, d'autant plus que certains anciens sketchs (très bons au demeurant) sont recyclés dans la nouvelle mouture. Il manque aussi à celle-ci le dynamisme insufflé naguère par le tournage en direct du faux journal.

   Néanmoins, au détour d'un sujet, on peut trouver son bonheur. C'était le cas samedi dernier. Après une petite pique destinée à l'ancien président Nicolas Sarkozy, a été diffusée une série de bandes-annonces jouant sur les récents problèmes de Jean-Marc Morandini. On a pu voir ensuite une parodie de publicité fromagère et un reportage s'inspirant des Jeux paralympiques.

   Mais c'est la petite fiction qui lui a succédé qui a attiré mon attention. On y découvre Jules-Edouard Moutic au réveil, dans la chambre d'un hôtel aussi luxueux que discret. Dans le lit, il découvre un curieux objet :

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   On le voit un peu mieux quelques secondes plus loin :

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   Il s'agit sans doute d'un couteau Laguiole... peut-être un faux, s'il est cranté. Mais que diable faisait-il dans le lit et quel est le lien avec l'anus de Jules-Edouard Moutic ? Je laisse à chacun le loisir de le découvrir.

   La suite de l'émission propose plusieurs sujets croquignolesques, comme celui consacré à la supposée pollution d'un bassin situé en zone urbaine, un autre célébrant l'excellence du système scolaire grolandais, un autre encore mettant en scène la dépendance de certains consommateurs aux produits de haute technologie dont on nous rabat les oreilles.

   J'ai été moins emballé par le reportage consacré à un Américain croyant avoir trouvé un tableau de valeur chez lui... et je n'ai pas trop compris ce que venait faire Jean Lassalle dans l'émission (pas plus que Gérard Depardieu, un peu plus loin). Fort heureusement, la bonne humeur était de retour avec le sujet "VMVN" ("Vis ma vie de nain") !

   Il y a donc à boire et à manger dans l'émission, qui ne me semble pas avoir encore trouvé son rythme de croisière.

samedi, 03 septembre 2016

Une élue aveyronnaise de plus en plus choyée

   Il en est question, de manière anonyme, dans le dernier numéro de L'Hebdo. Un article évoque les prochaines élections législatives (celles de 2017), dans la première circonscription de l'Aveyron, qui englobe un vaste territoire, allant de Rodez à l'Aubrac. Le sortant est Yves Censi. Il compte bien se représenter, mais son colistier devrait changer. Depuis 2002, il s'agit d'André Raynal, maire de Cantoin (depuis 1983 !), l'une des communes les plus au nord du département. Cet ancien agriculteur songe peut-être à la retraite (il a 68 ans), ou bien il n'est plus très chaud pour servir de béquille rurale à un député assez peu présent sur le terrain.

   Selon L'Hebdo, c'est une femme qui serait pressentie pour former un nouveau duo avec le député sortant. Son nom n'est pas donné, mais, compte tenu des informations qui figurent dans l'article, on est amené à penser qu'il s'agit de Magali Bessaou. Elle n'est pas encore connue du grand public : elle n'est devenue maire de La Loubière qu'en 2014 (elle menait la seule liste de candidats sur sa commune) et conseillère départementale en 2015 (élue dès le premier tour, en duo avec le maire de Bozouls, Jean-Luc Calmelly).

   En cela, elle est bénéficiaire de la loi sur les collectivités locales votée par la gauche. La carte des cantons a été modifiée et les candidatures ont pris la forme d'un binôme homme/femme. Intérêt supplémentaire de la loi de 2013, les exécutifs départementaux ont dû davantage s'ouvrir aux femmes. A peine élue conseillère, Magali Bessaou devient vice-présidente et n°2 de la commission qui a en charge les collèges.

   Cela explique qu'elle ait été mise en valeur lors de la rentrée 2016. La presse s'est faite l'écho de l'action du Conseil départemental, évidemment incarné par son président Jean-Claude Luche. Mais les articles publiés ont pris soin de mentionner le nom des personnes qui accompagnaient celui-ci. Parmi ces noms figure celui de Magali Bessaou, présente aussi sur la photographie d'illustration. (Ci-dessous, sur la droite, c'est la femme qui semble regarder en direction du photographe.) Celle qui est parue dans Centre Presse est la même que celle que l'on peut trouver sur la page d'actualités du Conseil départemental :

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   Si l'article est bien signé par un journaliste, la photographie semble avoir été fournie par le Conseil départemental. D'ailleurs, dans le quotidien, elle n'est pas créditée. Ne vous offusquez pas trop vite : c'est une pratique courante, qui s'étend aux chaînes de télévision, ravies de disposer d'extraits vidéo "offerts" par les équipes de communication des politiques (ou des entreprises) qui font l'actualité. Cela permet d'éviter la publication d'une image prise sur le vif, mais qui, parfois, ne met pas particulièrement en valeur la personnalité. J'en ai une en mémoire, prise lors du salon de l'agriculture 2011, et publiée par le Bulletin d'Espalion.

   La croissante visibilité de Magali Bessaou a suscité des rumeurs, l'une d'entre elles lui prêtant le projet de concourir à la présidence du Conseil départemental, lorsque Jean-Claude Luche s'en retirerait. Dans L'Hebdo, on peut lire un démenti de sa part, disant qu'on la mettait en avant parce qu'elle est une femme. De surcroît, l'assemblée aveyronnaise héberge un nombre important de vieux renards de la politique, qui n'ont sans doute pas l'intention de lui servir la présidence sur un plateau d'argent. En tout cas, elle fait partie de la "famille" de la majorité départementale, et ce depuis un petit moment déjà. Alors qu'elle n'était encore que conseillère municipale de La Loubière, elle avait pour fonction (au sein du Conseil général de l'Aveyron) la formation des élus locaux. Elle a aussi très tôt fait partie de l'Association des maires de l'Aveyron (qu'elle dirige aujourd'hui). Comme on peut le voir sur son profil (sur l'annuaire des élus du Conseil départemental), elle cumule désormais beaucoup d'activités.

   C'est un paradoxe : deux lois initiées par un gouvernement de gauche bénéficient (dans un premier temps) surtout à des élues de droite, puisque celle-ci contrôle la majorité des exécutifs locaux. Il reste à ces élues locales, désormais plus nombreuses, à convaincre les électeurs qu'elles ont une conscience de l'intérêt général plus aiguë que certains de leurs collègues masculins.

vendredi, 22 juillet 2016

La France russe

   C'est le titre du livre publié par Nicolas Hénin, un journaliste français qui a passé dix mois dans les geôles de l'Etat islamique il y a deux-trois ans. Très critique du régime de Bachar el-Assad, il s'en prend ici à l'influence qu'exerce l'un de ses principaux soutiens, la Russie de Vladimir Poutine.

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   L'auteur y déplore qu'en raison des actes terroristes qui ont frappé notre pays, les efforts du contre-espionnage français se soient massivement déployés dans une direction, négligeant les autres menaces, la première d'entre elle étant pour lui l'influence russe.

   Elle séduit différentes catégories de personnes, parmi lesquelles on trouve des gauchistes, qui voient dans la Russie actuelle l'héritière de l'URSS, alors que l'idéologie en place a complètement changé. Il y a aussi ceux qui, d'un point de vue géopolitique, trouvent pertinent de s'appuyer sur la Russie pour contrebalancer l'influence américaine. Il y a aussi tous ceux qu'une petite somme d'argent ou quelques honneurs habilement distribués suffisent à acheter. Et il y a surtout tout une mouvance de droite extrême et d'extrême-droite, séduite par le caractère autoritaire du gouvernement de Vladimir Poutine... voire par certaines idées nauséabondes qui peuvent circuler en Russie (et ailleurs).

   La propagande russe est donc véhiculée (parfois mot à mot... le livre propose quelques exemples) par des Français de bonne volonté, stipendiés ou pas, mais aussi par une galaxie d'associations et de sites internet liés au Kremlin. On notera aussi le rôle important de l'ambassadeur Alexandre Orlov, en poste à Paris depuis 2008, et qui, visiblement, sait se faire des amis. Nicolas Hénin cite les noms de quelques personnalités françaises particulièrement russophiles.

   Parmi celles-ci se distingue Thierry Mariani, député UMP originaire du Vaucluse (en région PACA), aujourd'hui représentant les Français de l'étranger. A l'Assemblée, il est vice-président du groupe d'amitié France-Russie, où il siège depuis plus de vingt ans. Certaines mauvaises langues ont un temps suggéré que c'est son épouse (depuis 2005) d'origine russe qui l'aurait fait basculer dans le camp poutinien. Il s'avère que l'intérêt du député pour la Russie remonte très loin, à l'époque de la Guerre Froide. En tout cas, à l'heure actuelle, il copréside (avec un proche de Vladimir Poutine) la principale organisation de lobbying russe en France, l'Association Dialogue Franco-Russe.

   Si le Kremlin s'est approché d'élus UMP, le courant n'est pas forcément bien passé avec Nicolas Sarkozy lorsqu'il était président. Cela m'amène à l'une des révélations de ce livre, à propos d'un "incident" s'étant déroulé lors du G8 d'Heiligendamm (en Allemagne), en 2007. La vidéo d'un président français supposé "pompet" a fait le tour de la Toile. En réalité, d'après une source anonyme (sans doute l'une des personnes qui accompagnait le président) qu'évoque Nicolas Hénin, Nicolas Sarkozy (qui ne boit quasiment jamais d'alcool), sortait d'un entretien houleux avec Vladimir Poutine. Le président français se serait montré présomptueux. En face, le président russe aurait été particulièrement menaçant (genre caïd de banlieue). D'ailleurs, en regardant attentivement la vidéo (ce qu'avait fait à l'époque une journaliste de Libération), on s'aperçoit que N. Sarkozy est un peu essoufflé... et estomaqué, sans doute par ce qu'il vient d'entendre.

   Au chapitre des révélations, on a une analyse approfondie de l'affaire du contrat Mistral. Vu la manière dont les choses avaient parfois été présentées à l'époque, j'avais eu l'impression que l'annulation n'était due qu'à la politique étrangère russe (dont l'impérialisme n'a pas grand chose à envier à celui d'Oncle Sam). A la lecture du livre, on réalise que le contrat signé sous Nicolas Sarkozy était très avantageux pour la partie russe... qui avait visiblement bénéficié de soutiens efficaces, côté français.

   Je pourrais continuer longtemps sur ce livre (d'une lecture agréable), qui évoque, entre autres, le financement russe du Front national (un vrai parti de l'étranger !), le projet de construction, au coeur de Paris, d'une église orthodoxe (soupçonnée d'être le paravent des services d'espionnage russes) ou encore les bobards véhiculés sur le conflit en Ukraine.

   On l'a compris, c'est globalement un livre à charge (argumenté), mais qui présente aussi le point de vue russe. A Moscou, on semble être un peu paranoïaque : on voit des ennemis partout. Au niveau des mentalités, il y a aussi un décalage : les dirigeants russes sont très conservateurs, notamment sur le plan des moeurs, et manquent de culture démocratique.

   Cela nous ramène au Moyen-Orient. La France a-t-elle raison de s'allier à la Russie, qui soutient le régime meurtrier de Bachar el-Assad ? N'est-ce pas là le pire message adressé aux civils musulmans... et une opportunité de recrutement offerte à l'Etat islamique ?

dimanche, 17 juillet 2016

Une "vieille" affaire aveyronnaise

   Il en est question dans le dernier numéro de L'Hebdo, paru vendredi 15 juillet. Les débuts remontent à une dizaine d'années. Je dois dire qu'à l'époque, je suis passé complètement à côté de cette histoire, qui n'a pas dû faire la Une de la presse locale.

   De quoi s'agit-il ? D'un conflit entre ce qui était à l'époque le Conseil général de l'Aveyron (aujourd'hui Conseil départemental) et une société de conseil (privée), Labhya. Celle-ci a été créée en 2001 par un Aveyronnais revenu au pays, Frédéric Soulié. En 2002, elle acquiert un laboratoire, qui va finalement s'installer à Flavin (juste à côté de Rodez). C'est ce laboratoire qui va rencontrer quelques difficultés avec le Conseil général, difficultés qui ont débouché sur une procédure judiciaire.

   Comme ce sont les décisions d'une collectivité territoriale que Labhya a contestées, c'est devant le Tribunal administratif de Toulouse que l'affaire a été portée. Celui-ci a donné raison au Conseil général. Labhya a fait appel. Le 13 octobre 2011, la Cour administrative d'appel de Bordeaux a donné raison au laboratoire. D'une part, elle a invalidé le jugement du tribunal toulousain (qui avait rejeté le recours de Labhya pour des questions de forme). D'autre part, sur le fond, la Cour a estimé que la société d'économie mixte créée sous l'impulsion du Conseil général de l'Aveyron n'était pas encore légalement constituée au moment de l'appel d'offres et que donc elle n'aurait pas dû y répondre ni bien sûr l'emporter. De surcroît, les règles d'équité n'ont pas été respectées entre les deux candidats.

   L'histoire ne s'arrête pas là. Mécontent de ce jugement, le Conseil général a porté l'affaire devant le Conseil d'Etat, dont la décision a été rendue le 19 décembre 2012. (Centre Presse l'a évoquée, sur sa page Facebook.) Elle confirme totalement le verdict de la Cour de Bordeaux. Les dépens auxquels le Conseil général est condamné passent de 2000 à 3000 euros.

   Notons que la décision a fait jurisprudence. Elle est désormais citée dans des revues juridiques. Un prof de droit grenoblois lui a même consacré une chronique, en 2013 (voir page 4 de son CV).

   Et ce n'est pas (encore) terminé ! Si Labhya a obtenu le remboursement de ses frais de justice, le labo n'est (à ma connaissance) pas parvenu à décrocher le marché convoité. Il entend donc être dédommagé. (Notons que cette affaire ne semble pas avoir entravé le développement de Labhya. D'après le Journal de la CCI aveyronnaise de janvier dernier [page 11], entre 2003 et 2016, l'entreprise est passée de 5 à 30 personnes et le chiffre d'affaires a quasiment septuplé.) Quant à la SEM Aveyron Labo, elle existe toujours, mais sous le statut de Groupement d'Intérêt Public.

   Et puis... je me suis demandé s'il n'y avait pas des implications politiques à cette histoire. Pour cela, il faut remonter aux élections municipales de 2008 (auxquelles j'avais consacré un billet peut-être parfois inutilement acerbe). Frédéric Soulié (le patron de Labhya, à l'époque en conflit avec le Conseil général, dirigé par une coalition UMP - divers droite) avait monté une liste classée à droite (sur laquelle figurait, en dernière position, le maire sortant, Marc Censi)... alors que l'UMP soutenait sa propre liste (menée par Régine Taussat et Bernard Saules). On peut penser que cette liste avait le soutien de la Majorité départementale, celle qui avait décidé la création de la société d'économie mixte qui avait indûment décroché le marché. Marc Censi n'aurait pas voulu laisser les clés de "sa" ville (et de l'agglomération) à un groupe trop proche de l'ancien président du Conseil général Jean Puech, qu'il déteste. Comme la liste menée par le socialiste Christian Teyssèdre l'a emporté dès le premier tour, on ne saura pas si une réconciliation était possible.

   Pour cela, intéressons-nous aux élections cantonales de 2008, sur le canton de Rodez-Ouest. Christian Teyssèdre l'a largement emporté, au second tour, sur un candidat Nouveau-Centre, Jean-François Théron (ancien adjoint de Marc Censi). Au premier tour avait été éliminé (notamment) Bruno Astoul, soutenu par l'UMP (et fils de Michel, qui fut le premier adjoint de... Marc Censi). Or, celui-ci figurait en 10e position sur la liste Taussat (aux municipales), alors que J-F Théron était placé 33e sur la liste Soulié. L'étendue de la victoire de Christian Teyssèdre (au second tour) n'était peut-être pas due qu'à l'engouement qu'il a suscité : entre les deux tours, la participation a perdu 2 000 voix, dont beaucoup de droite, qui ont sans doute manqué à Jean-François Théron.