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mercredi, 12 août 2026

Lawrence d'Arabie

   C'est l'un des bonheurs de cet été caniculaire : la ressortie sur grand écran de films d'animation ou de longs-métrages classiques, restaurés. Voilà un excellent prétexte pour se ruer dans les salles obscures (climatisées). En revanche, pour "choper" le film de David Lean, il faut s'armer de courage. Il n'a pas bénéficié d'une distribution aussi large que Kill Bill ou Cowboy Bebop.

   C'est un peu par hasard, au cours d'une pérégrination estivale, que j'ai eu l'occasion de me replonger dans ce qui peut être considéré comme un quasi-chef-d'oeuvre. Nous n'étions pas nombreux dans la salle, pour une séance (en version originale sous-titrée) de près de 3h40, avec un entracte... et deux introductions musicales aveugles, l'écran demeurant (temporairement) totalement noir... permettant de commencer à jouir de la musique composée par Maurice Jarre, l'un des atouts majeurs du film.

   Un autre intérêt de cette réédition en salle est de pouvoir profiter de la mise en scène inspirée de D. Lean, qui a fait du désert un personnage de son histoire.

   C'est aussi l'occasion de retrouver des acteurs épatants : le magnétique Peter O'Toole dans le rôle-titre, auquel je préfère toutefois Omar Sharif, en nationaliste arabe intransigeant, suivant un code d'honneur rigoureux. A noter aussi la prestation d'Anthony Quinn en chef tribal grande gueule. Elle fut jugée caricaturale par une partie du public moyen-oriental... mais quelle performance d'acteur ! Alec Guinness, quant à lui, fait le job en prince arabe... dont on a plus ou moins foncé le teint selon les scènes !

   Il y a donc quelques imperfections dans cette œuvre d'une incontestable ampleur. On a évidemment souligné la faible présence d'acteurs régionaux (du moins pour les rôles de premier plan). On aurait pu relever le recours à "la nuit américaine" : de nombreuses scènes de nuit (notamment dans le désert) ont été tournée de jour. L'usage de filtres n'empêche pas de constater que, bien que se déplaçant de nuit, humains comme chameaux ont une ombre ! (On est sans doute prié de croire que c'est celle projetée par la Lune...)

   Autre absence notable : celle des femmes. Aucun personnage principal ni secondaire n'est féminin. Leur présence (fugace) se limite à celle de figurantes, incarnant les épouses et filles des chefs de tribus arabes. L'intrigue se déroule clairement dans "un monde de mecs", certains d'entre eux entretenant des relations plus qu'amicales avec les personnes du même sexe. Mais le film reste très allusif à ce sujet (on est en 1962-1963).

   Il reste un souffle incontestable. Celui de l'Histoire, qui voit les Arabes du Proche-Orient se libérer de la domination turque... pour tomber sous celle des Britanniques (et des Français). Celui aussi de l'aventure d'un étrange prophète aux yeux bleus, cet Européen à la culture classique devenu un homme du désert, à la fois fascinant et perturbé. Le concernant, on remarque que le scénario refuse tout manichéisme, évitant aussi bien l'idolâtrie que le dénigrement systématique (une leçon pour les metteurs en scène contemporains).

   P.S.

   Il est des coïncidences qui ne manquent pas de sel : Lawrence d'Arabie ressort en salles au moment où L'Odyssée de Christopher Nolan y triomphe. Force est de constater que le casting des deux films-fleuves a été construit de manière diamétralement opposée : dans un cas, on fait jouer des personnages "caucasiens" par des acteurs afro-descendants, dans l'autre, on impose des acteurs hollywoodiens (souvent blancs) dans tous les rôles principaux, y compris ceux de protagonistes arabes.

   Pour la petite histoire : quelques années avant de décéder, l'authentique Thomas Edward Lawrence avait achevé sa traduction de l’œuvre d'Homère.