dimanche, 04 octobre 2026
Le Berger et les ours
Sorti cet été, ce documentaire du Britannique Max Keegan nous plonge dans l'Ariège montagneuse, plus précisément dans ses estives, où les prairies nourrissent des brebis, des vaches, des chevaux, des biches... et des ours. Composé d'images tournées au début des années 2020 et d'autres plus anciennes (les moins récentes remontant sans doute au second mandat de Jacques Chirac, peut-être à l'année 2004), le film retrace la vie, le travail et les passions de plusieurs habitants, en particulier Yves, le berger, proche de la retraite, et Cyril l'élève de lycée agricole (qui est diabétique), fils d'agriculteurs... et passionné de nature, dont il est un observateur attentif, notamment des ours, qui le fascinent (contrairement à sa mère).
D'autres personnages sont mis en valeur, comme Lisa la stagiaire d'Yves, titulaire d'un BTS agricole et qui envisage de prendre la suite du vieil homme. On croise aussi d'autres éleveurs, des chasseurs, des militants écologistes, des politiques locaux...
L'une des grandes qualités de ce documentaire est que son réalisateur s'efface derrière les personnes qu'il filme. Il n'impose pas son discours, donnant la parole à tout le monde (davantage aux éleveurs qu'aux écolos, ceci dit).
L'autre atout majeur du film est la plongée qu'il offre dans les estives. On prend un bon bol d'air, en altitude, au soleil, sous la pluie, en pleine brume, le jour, la nuit. Celles et ceux qui ne la connaissent pas découvriront la vie quotidienne des bergers de haute montagne, loin de tout... et libres... du moins tant qu'aucune menace ne pointe à l'horizon.
Ici, il n'y a pas de loup, mais des rapaces (qui "nettoient" les carcasses)... et des ours, réintroduits après avoir disparu. Certains écologistes ont beau dire que ceux qui vivent à cheval sur la frontière franco-espagnole sont peu carnivores, sur les estives, les bergers constatent les dégâts. Régulièrement, ils retrouvent au moins un cadavre de brebis. Cela peut être aussi celui d'un veau, d'une vache, de chevaux... ou de l'un des chiens de garde, tué en faisant son devoir. La présence des Patou n'est que partiellement dissuasive et la pose de clôtures est loin d'être aussi efficace que ce qui est complaisamment affirmé dans les médias.
Se pose alors la question de la pérennité de cet élevage extensif (la solution de facilité consistant à enfermer les brebis dans des bâtiments, où elles seraient à l'abri des ours, mais "hors sol"). Yves reçoit deux successeurs potentiels : d'abord Lisa, puis un jeune homme un peu plus âgé, plus "moderne" dans son mode de vie comme dans sa conception de l'élevage. Les deux jeunes ont beau être motivés, ils découvrent l'âpreté du métier, à travers notamment la gestion des imprévus.
Autour de l'activité paysanne se greffent des scènes "de diversion". Le réalisateur nous montre en particulier la mère de Cyril, éleveuse anti-ours à grande gueule, qui suit attentivement la scolarité de son fils et est prête à l'accompagner en observation. La sociabilité rurale est mise à l'honneur, avec ses traditions (notamment ses chants), ses fêtes... Un beau mariage, signe d'espoir, conclut le film, véritable ode à un mode de vie simple et au labeur de gens ordinaires.
09:15 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, nature, environnement


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