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mercredi, 28 octobre 2026

Moulin

   Il y a onze ans, Lázló Nemes avait marqué les esprits avec Le Fils de Saul, un des grands films sur la Shoah. Il tente de récidiver aujourd'hui, non pas avec un biopic sur Jean Moulin (erreur commise par nombre de critiques), mais par un portrait de la Résistance française à travers principalement les dernières semaines de la vie de Jean Moulin, plus ou moins modifiées.

   Le cinéaste tente de réponse à la question : qu'est-ce qu'un héros de la Résistance ? Ce n'est que rarement quelqu'un qui se bat les armes à la main. C'est plutôt quelqu'un de discret, qui fait du renseignement, du sabotage, de la contre-propagande... et qui œuvre à préparer la Libération du pays. Un échantillon de ces actes engagés nous est donné au tout début, à travers des images d'époque. La suite, fictionnée, nous en propose plusieurs développements.

   Gilles Lellouche est étonnant de sobriété et d'intériorité. Il est certes un peu vieux pour le rôle et il ne ressemble pas beaucoup au Jean Moulin historique, mais il est parfaitement crédible dans le rôle.

   Nemes a veillé à émailler le portrait de "Rex" / "Max" / "Jacques Martel" / "Patron" de détails authentiques (et parfois méconnus), comme sa passion pour l'art, son talent de dessinateur, sa vie de célibataire (après un mariage décevant)...

   Les cinquante premières minutes montrent les résistants en action, dans une semi-clandestinité où se croisent des personnes de (presque) toutes origines et opinions. La mise en scène de Nemes évoque les films noirs d'avant et d'après-guerre, avec une excellente utilisation de la semi-obscurité.

   La seconde partie évoque l'arrestation et le début de la détention, avant que les nazis n'identifient formellement "Max". Ce n'est pas la plus convaincante... d'autant plus, qu'en réalité, Moulin a sans doute été sévèrement malmené dès le deuxième ou troisième jour de détention. 

   La troisième partie a suscité des réactions horrifiées... et pourtant, ce qu'on nous y montre des tortures subies par les résistants est (pour qui connaît un peu cette période) au-dessous de la réalité... et bien moins gore que ce qu'on peut voir dans n'importe quel film d'horreur digne de ce nom (par exemple le récent Clayface). J'ai beaucoup aimé cette partie, qui montre le nazisme dans (presque) toute son horreur, alors que, de nos jours, on emploie les termes "fascisme" et "nazisme" à propos de tout et n'importe quoi.

   Alors, oui, certaines scènes ont été inventées (comme la venue de la comtesse dans les locaux de la Gestapo, la tentative de suicide de Moulin ou la mort de sa secrétaire). Mais ces personnages féminins ont un fond de réalité. Ils sont inspirés de femmes qui ont côtoyé Moulin, comme Suzanne Olivier, agent de liaison, Laure Diebold, sa secrétaire, Antoinette Sachs et Colette Pons, qui ont aidé à rendre crédible sa couverture de marchand d'art.

   De surcroît, Nemes réussit sa fin, grâce notamment à un double portrait biographique habilement construit, les photographies illustrant le côté Moulin s'arrêtant en 1943, tandis que celles illustrant le côté Barbie se poursuivant jusqu'en 1991...

   En dépit de quelques petits défauts, c'est pour moi un grand film sur la Résistance.

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