samedi, 03 novembre 2007
Chrysalis
Cela commence par deux séquences qui, à priori, n'ont aucun lien entre elles (ce que le déroulement du film va s'évertuer à contredire, bien entendu) : une mère et sa fille discutent en voiture (cela se termine de manière surprenante... et fort bien mise en scène) ; deux flics (Dupontel et sa partenaire) prennent en chasse un méchant. Cette séquence-là introduit l'esthétique dominante du film : un noir et blanc bleuté, métallisé, très joli, où les plans fixes, soignés, croisent des scènes d'action très efficaces. (Mention particulière pour les combats auxquels participe Dupontel.)
C'est un polar futuriste (Paris avec des tours en son centre... c'est pour bientôt ?) bien maîtrisé, qui mêle plusieurs niveaux : la traque policière, l'expérimentation scientifique, la vengeance, les drames intimes et la politique de sécurité. L'interprétation est "haut de gamme" : Albert Dupontel (dans un rôle "à la Bruce Willis"), Marthe Keller, Estelle Lefébure (épatante !), Claude Perron (familière des films avec Dupontel... c'était aussi, rappelez-vous, la tenancière de sex-shop du Fabuleux destin d'Amélie Poulain !) et Marie Guillard sont excellents.
Et là, je lis les critiques professionnels... et je tombe des nues ! Le film se fait éreinter, alors que bien des productions médiocres bénéficient de l'indulgence des phénix de la pensée cinématographique ! Est-ce parce que c'est une production TF 1 ? Est-ce parce que Dupontel envoie chier ce petit monde ?
Franchement, ne vous laissez pas influencer. Si vous aimez les polars, la science-fiction, allez voir ce film, vous ne serez pas déçus !
17:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma
vendredi, 02 novembre 2007
This is England
C'est en partie autobiographique et cela se passe dans l'Angleterre des années 1980. On a donc droit à des images d'époque, principalement de la guerre des Malouines et du Premier ministre en place, j'ai nommé Margareth Thatcher.
La guerre des Malouines joue un rôle dans le film, puisque le père du héros y est mort. Le gamin est un peu déboussolé, en mal d'affection... et en butte aux moqueries de quelques (petits et) grands cons de son bahut. Tout change quand un skin le prend sous son aile. Le film est donc d'abord une histoire d'amitié(s), de socialisation. Cette bande de jeunes fait des âneries, mais ça passe. La performance du gamin est sensationnelle : le film mérite d'être vu rien que pour son interprétation.
Tout change quand débarque un "ancien", qui sort de taule... et qui ne cache pas son ultra-nationalisme et son racisme. Cela crée des tensions dans le groupe... on sent le drame se profiler... Le problème est, qu'aussi talentueux soit-il, le réalisateur n'a pas pris de recul sur cette époque et il n'apporte guère d'explications à cette flambée identitaire xénophobe.
Pour ceux qui ont connu cette époque (voire qui se sont rendus outre Manche), la nostalgie joue : on retrouve ces Anglais populaires à l'accent quasi incompréhensible, fringués comme des clodos... que dire des Anglaises... si... bizarres dans leurs accoutrements... si moches quoi... ben oui !
16:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma
jeudi, 01 novembre 2007
Le rêve de Cassandre
Pendant un petit moment (au moins 20 minutes), je me suis demandé : "Mais où Woody nous emmène-t-il ? Suis-je vraiment en train de regarder un film de Woody Allen ?" C'est désarçonnant. Pour clore son expérience britannique, il nous sert son film le moins "allénien", à tel point que je me suis parfois dit qu'il avait peut-être finalement été réalisé par le premier assistant.
Il ne faut pas se laisser perturber par ce début. Il est nécessaire à la construction du film, qui suit une ligne droite de montée de tension. Le montage a dû avoir pour but de faire alterner les scènes de manière à susciter un malaise de plus en plus grand. C'est réussi, en partie aussi grâce à la musique (jouée principalement sur des instruments à cordes).
Il s'agit, si l'on est "moderne", d'un thriller sociétal... en réalité, d'une tragédie grecque du XXIème siècle. Plusieurs indices sont insérés dans le film : l'intrigue tourne autour de la Fatalité, du Destin ; la femme dont l'un des héros tombe amoureux est actrice de théâtre ; de plus, à un moment du film, il est question d'une pièce antique d'Euripide, Médée ; enfin, le bateau éponyme du film contient le nom Cassandre...
Du coup, on peut prévoir pas mal de choses. La fin notamment est attendue. L'intérêt du film réside dans le jeu des acteurs, tous très bons (and very British) et les tiraillements qui sont le nœud de l'histoire. Qu'est-ce que la morale ? L'acquisition d'une fortune et la reconnaissance sociale sont-ils les graals de l'existence humaine ? A-t-on toujours le choix dans la vie ?
Même s'il n'est pas au sommet de sa forme, Woody étonne dans un genre qui ne lui est pas familier.
16:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma
mercredi, 31 octobre 2007
Rush Hour 3
Cette fois-ci, notre duo d'intellectuels sartriens vient foutre la merde en France ! Cela nous donne une belle collection de lieux communs. Alors, quand c'est un pays asiatique ou latino-américain qui est concerné, on rit de bon cœur à la caricature lourde. Soyons beaux joueurs, il y a un fond de vérité. La police française, un peu "virile", voire raciste ? Les rues de nos grandes villes, un brin dégueulasses ? Les chauffeurs de taxi, gros beaufs suffisants ? L'antiaméricanisme, primaire ? Les femmes, des mégères ou des mondaines ? C'est l'accumulation qui est grossière.
Et envoyez la musique ! Faites gicler les balles ! Zoomez sur les gonzesses canons !... Tout cela n'est pas très sérieux, ni subtil... mais on rigole bien. Les deux "héros" ne se mouchent pas du pied et ne sont pas mis sur un piédestal. Chris Tucker incarne certes un grand Black gouailleur et bon bagarreur, mais c'est aussi limite un crétin, un type qui n'arrive pas à ses fins. Jackie Chan interprète le personnage "respectable", oui, mais un gros coincé, corseté par une morale (en partie) d'un autre âge et un attachement infantile à certains moments du passé.
J'aime toujours autant les cascades, en particulier celles auxquelles participe J. Chan. (Il prend quelques risques, comme le semi-bêtisier nous le montre avec la scène de la table retournée...) Les vues de Paris sont superbes. Les dialogues sont efficaces... et les personnages français gratinés. Roman Polanski est délicieux en maniaque de la fouille rectale (quelle belle scène que celle qui le voit, à la fin du film, dresser son index -peut-être odorant- devant le nez de ses anciennes "victimes") et le couple (façon Deschiens) formé par Yvan Attal et Julie Depardieu est à croquer. Notons que nos amis américains ont tout de même eu la délicatesse d'atténuer ce portrait à travers la sculpturale, intelligente et débrouillarde Geneviève et le personnage d'Yvan Attal, que l'on voit évoluer positivement.
Reste toutefois que les scénaristes ne sont pas parvenus à s'émanciper des clichés concernant la France en général et Paris en particulier : la vision de la police remonte aux films des années 1950 et la manière dont l'antiaméricanisme français est montré laisse supposer que tout ce que dénonce le chauffeur de taxi est, au contraire, forcément bon. Il y a aussi un problème avec l'un des méchants : le fait qu'il fasse partie de la Cour pénale mondiale n'est pas innocent. On retrouve la méfiance éprouvée par les Yankees envers toute juridiction internationale. Ici il s'agit d'un décalque de la Cour pénale internationale, dont la fonction est déformée puisqu'en réalité, elle ne traite pas de la criminalité organisée.
15:15 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma
mardi, 30 octobre 2007
Le coeur des hommes 2
Ah, qu'ils sont forts les scénaristes ! Prenez quatre mecs, un peu burinés par la vie. On les choisit de manière à ce que les adultes de classe moyenne s'y reconnaissent : deux incarnent le "bas" de la classe moyenne (un fonctionnaire, le prof et un commerçant, le charcutier), deux le "haut" (un patron et un free lance). Ils sont parisiens et se retrouvent régulièrement dans une propriété, sans doute dans un coin de Provence. C'est cool, la vie de "Bobo" !
Ces quatre mecs se tapent des gonzesses sublimes... et les trompent tous plus ou moins. Ils essaient de la jouer copains avec ceux de leurs mômes qui sont adolescents ou jeunes adultes. Au moins, les blagues de cul sont bonnes : on rigole souvent. L'une des plus belles séquences est celle qui voit l'un des personnages (une indication : elle est gauchère) pratiquer une formidable distribution de gifles.
Au second degré, on s'aperçoit que ces couples flanchent plus ou moins pour plusieurs raisons. La principale est qu'ils sont fondés essentiellement sur le cul, très pratique pour nouer une relation, insuffisant quand il s'agit de fonder quelque chose de durable. Les concepteurs du film ne semblent pas s'en rendre compte (il n'y a aucun recul sur les personnages, mis en scène très complaisamment). On nous donne donc comme modèles ces sympathiques adolescents attardés. On peut boire un coup avec eux, guère plus.
17:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma
Paranoid Park
Gus van Sant nous la rejoue Elephant : il essaie de nous mettre dans la tête d'un adolescent désaxé, a souvent recours a des travellings élaborés et a choisi la musique avec beaucoup de soin. Dans ce film, il se rapproche un peu du Larry Clark de Wassup rockers. (On nous présente un monde de skaters, à la marge.)
D'où vient que j'aie été déçu ? Principalement du sentiment de "déjà vu" : dans ce film, Van Sant ne semble pas se renouveler. Cela reste plastiquement réussi, et il parvient à nous faire découvrir une partie de l'histoire au fur et à mesure que l'un des personnages prend conscience de ce qui lui est arrivé. Mais il ne bénéficie plus du sujet porteur d' Elephant (le massacre commis dans un lycée états-unien).
On peut toutefois mettre à son crédit une petite critique du mode de vie : les parents sont absents, essentiellement préoccupés (d'après ce qu'on entend dire aux jeunes) par le pognon. Et, même si c'est un film centré sur les mecs, on a un aperçu des filles : une gentille tasspé (très bien interprétée ceci dit... on reparlera de cette actrice, Taylor Momsen, à mon avis) et la copine, moins superficielle.
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lundi, 29 octobre 2007
Retour en Normandie
Vous avez sans doute vu (ou entendu parler de) Etre et avoir, le précédent film de Nicolas Philibert. Dans ce nouveau documentaire, il revient sur les lieux où il débuta comme assistant-réalisateur, sur le tournage de Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère, il y a 30 ans de cela.
Le film est intéressant à plusieurs niveaux. Il m'a d'abord permis de découvrir des extraits du film de 1976, que je ne connaissais pas, même si j'avais entendu parler du fait divers qui avait défrayé la chronique au XIXème siècle. Même si le jeu des acteurs peut paraître daté (pour le peu qu'on en voit), j'ai ressenti l'envie de voir ce "vieux" film.
Retour en Normandie intrigue aussi par son aspect enquête policière : Nicolas Philibert veut retrouver tous les protagonistes, à commencer par les acteurs non professionnels : des habitants du coin ont incarné les lointains occupants de la région qui s'étaient trouvés mêlés à l'affaire. Les retrouvailles sont souvent drôles, piquantes, émouvantes. Le "suspens" reste entier jusqu'à la fin quant à celui qui a interprété l'assassin, qui a suivi un parcours assez atypique.
Enfin, c'est aussi un documentaire sur ce qu'est devenu ce coin de Normandie au début du XXIème siècle. L'une des entrées est la profession exercée par tel ou tel ancien "acteur". Cela nous donne des séquences marquantes sur le métier d'agriculteur en particulier. Les témoignages des femmes nous font réfléchir, sur leur vie passée, leurs aspirations, la vie telle qu'elle est aujourd'hui.
Au final, une belle tranche de "cinéma-réalité", loin, très loin de la réalité fictive, scénarisée que nous présente la télé-poubelle.
15:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma

