mardi, 18 août 2026
La Fin d'Oak Street
En général, l'été, au cinéma, est la saison des grosses bagnoles, des avions, des extraterrestres, des requins... et des dinosaures. Cela donne souvent des films spectaculaires et pas prise de tête. C'est en sachant cela que je me suis décidé à aller voir la nouvelle œuvre de David Robert Mitchell, en dépit de la déception qu'avait suscitée Under the Silver Lake, il y a quelques années.
J'ai trouvé la partie "dinosauresque" du film très réussie. Les effets spéciaux sont bons et la montée en tension est bien gérée, entre les signes avant-coureurs et l'apparition successive de plusieurs espèces, plus ou moins dangereuses, les risques courus par les humains allant crescendo.
On sent aussi qu'il y a la volonté de rendre hommage à un certain cinéma, en particulier celui de Spielberg. La situation familiale du début, ainsi que l'ambiance de banlieue de classe moyenne, font furieusement penser à des œuvres des années 1970-1980... et cela tombe bien, puisque c'est le contexte de l'intrigue, précisé au début par la diffusion d'un épisode de La Croisière s'amuse (Love Boat dans la langue de Ronald Reagan) sur la télévision du salon.
Toutefois, celles et ceux qui s'attendent à une simple resucée des Jurassic Park et Jurassic World, saupoudrée d'une touche de modernité (avec des dinosaures dotés de poils et/ou de plumes), risquent d'être déçus. Mitchell a "épicé" son intrigue, tout d'abord en insérant entre les scènes d'horreur quelques instants cocasses, comme la découverte, par le voisin des héros, d'une énorme bouse dans son jardin, qu'il attribue, dans un premier temps, à une plaisanterie de mauvais goût.
Eh, oui ! Le cinéaste a tenu à ce que son public sache bien qu'un dinosaure, ça chie, ça baise... et ça raffole des glaces ! Les effets spéciaux sont mis au service de ces aspects "disruptifs", avec, en tête d'affiche, la scène de copulation grandeur nature...
L'autre intérêt du film est le détournement de sens opéré par le réalisateur à propos de ce quartier suburbain, propulsé à l'ère secondaire. En effet, tout ce qui, de prime abord, semblait ennuyeux rassurant dans cette banlieue (maisons et voitures standardisées, pelouses uniformes, cuisines équipées, jardins grillagés...) devient une source de danger : on ne sait jamais d'où va surgir la menace (à part de la forêt environnante, apparue comme par magie).
Sans surprise, la famille de héros, en crise au début de l'histoire, va se ressouder face à l'adversité. Anne Hathaway incarne (efficacement) à la fois une "maman grizzly" (prête à tout pour protéger sa progéniture) et une femme insatisfaite (de son mariage, de sa carrière). Ewan McGregor succède à nombre d'acteurs vedettes (Brice Willis, Tom Cruise, Matt Damon...) dans le rôle du père de famille besogneux, pas assez souvent là, tenté par la bouteille, mais brave type, au fond. Comme on est au début des années 1980, il va évidemment tenter d'endosser le costume de l'homme protecteur. Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir ce que le réalisateur en fait...
Mais la meilleure surprise est venue du personnage de Brian, le fils cadet, sans doute âgé de 13-14 ans. Je ne sais pas si Mitchell a un compte à régler avec son adolescence (ou certaines personnes de son passé), en tout cas, il a "gratiné" ce personnage, qui, au départ, ressemble à tant de garçons des films de genre : plutôt immatures à l'origine, ils évoluent au fur et à mesure des épreuves traversées... sauf que là, tout ne se passe pas comme dans les schémas classiques. Ainsi, Brian fantasme sur la fille des nouveaux résidents du quartier et, plus tard, la voyant en détresse, veut se porter à son secours (avec son petit arc et ses flèchounnettes... contre des dinos !). Une fois mise hors de danger, la demoiselle se révèle plutôt attirée par... la grande sœur de Brian (qui, elle, a su se servir énergiquement d'un couteau pliant dont elle avait eu l'intelligence de se munir). Plus tard, alors que la famille semble avoir trouvé un moyen d'échapper à ce cauchemar, le fils se couvre une nouvelle fois de ridicule, dans des circonstances que je m'interdis de révéler.
Du coup, je suis sorti de là assez satisfait, par la qualité des effets spéciaux et l'aspect gore de certaines scènes (les dinosaures transformant les humains en steak haché... et même en "steak à chier", si vous avez bien lu ce qui précède). En revanche, certains spectateurs de la salle où je me trouvais ont été perturbés par ces ruptures de ton... voire, comme mes quasi-voisins de rangée, n'ont pas compris pourquoi je riais à certaines scènes. Le film risque de rater sa cible et c'est bien dommage.
19:28 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

