dimanche, 14 novembre 2010
Un curieux objet
C'est un objet qui est récemment entré en ma possession, en pleine nuit. Je circulais sur les routes aveyronnaises lorsque soudain, du côté de Marcillac-Vallon, un événement imprévu m'a conduit à m'arrêter. Lorsque je suis reparti, j'avais en ma possession ce curieux objet :
J'en vois qui sourient déjà... Pour ceux qui n'en ont pas encore deviné l'usage, voici un petit indice :
Vous avez sans doute reconnu un éthylotest. J'ai donc rencontré une patrouille de gendarmerie... et j'ai soufflé dans l'embout en plastique, que j'ai pu garder après le contrôle, l'objet étant à usage unique.
Je n'avais pas dû "souffler" depuis 7-8 ans. J'en étais donc resté aux petits sacs gonflables, avec une cartouche changeant de couleur en fonction du taux d'alcoolémie.
Décidément, on n'arrête pas le progrès !
14:14 Publié dans Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : de tout et de rien
samedi, 13 novembre 2010
Des sacs-cabas "identitaires"
Récemment, de passage dans l'hypermarché Géant Casino pour faire deux-trois courses, je fus attiré par de curieux objets placés en bout de rayon, à proximité des caisses.
Ce sont des sacs-cabas, d'assez grande taille donc, destinés à recevoir les achats des consommateurs. Ils sont plus grands et ont l'air plus solides que les sacs en plastique réutilisables proposés par toutes les grandes surfaces. (Ils ont un peu la même texture que les sacs distribués pour la collecte sélective des déchets, vous savez, ces grands sacs blancs à poignées jaunes.) Ils sont donc logiquement plus coûteux : 1,90 euro contre environ 0,15 pour les sacs en plastique.
L'une des faces nous propose une vue classique de la cathédrale de Rodez et de ses environs immédiats, by night, ce qui est plus chic.
L'autre côté est plus généraliste :
Il illustre les deux grands terroirs, du nord et du sud de l'Aveyron, avec leurs animaux caractéristiques (la vache Aubrac et la brebis Lacaune) ainsi que les productions emblématiques (l'aligot et le Roquefort). On a pris soin de faire figurer, à l'arrière-plan, le désormais célèbre viaduc de Millau.
En ballade dans le vieux Rodez, j'ai remarqué qu'on pouvait se procurer ce sac à la Maison de la Presse. Reste à savoir si les Aveyronnais vont adhérer au "sac identitaire".
16:37 Publié dans Aveyron, mon amour | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : société, environnement, économie
vendredi, 12 novembre 2010
Vénus noire
C'est le quatrième long-métrage d'Abdelattif Kechiche, auteur de La Faute à Voltaire, L'Esquive et de La Graine et le mulet. Ce cinéaste engagé, au style vif, s'est intéressé à la vie de Saartjie Baartman, qui fut surnommée "la Vénus hottentote". On pourrait s'attendre à un film historique à visée documentaire (donc plutôt ennuyeux), mais c'est un véritable portrait de société(s) que nous livre le réalisateur, à travers l'histoire peu commune de cette femme. Cela m'a rappelé, dans un autre genre, Gangs of New York, de Scorsese.
Kechiche a construit son film autour de deux séquences "scientifiques", la première montrant, après la mort de la jeune femme, la conférence tenue par Georges Cuvier à son sujet, la dernière exposant les traitements administrés au corps de la défunte, permettant son analyse scientifique. D'où le postulat : réduite à l'état de bête curieuse durant sa vie, la Vénus noire est restée un objet après sa mort.
Ensuite, cela démarre fort avec une séquence située à Londres. On assiste à l'intégralité du spectacle de foire dont elle est la vedette. Juste après, on découvre l'envers du décor, qui n'est d'ailleurs pas ce que l'on croyait forcément. Kechiche jette immédiatement le trouble. Bien qu'il ait choisi de clairement dénoncer l'attitude esclavagiste et le voyeurisme des Européens, il laisse entendre que la jeune femme y trouve son intérêt, même si elle s'est fait "rouler" par ses prétendus associés. La caméra est près des corps, des regards et s'éloigne un peu pour filmer les groupes, que ce soit dans un théâtre, dans un bar ou dans un salon. C'est très bien fichu, quel que soit le type d'éclairage retenu.
L'un des moments forts est la séquence du tribunal, où cette ambiguïté concernant le statut de la Vénus est toujours présente. Le problème est qu'elle s'exprime peu, ne parlant véritablement que l'afrikaner (un peu l'anglais et un tout petit peu le français sur la fin). Les acteurs, qu'ils soient britanniques, flamands ou français, sont tous excellents. Je pense qu'on a beaucoup puisé dans le vivier théâtral, avec profit.
Kechiche joue avec les spectateurs, puisqu'ils nous rend complices de ce spectacle d'avilissement, celui de Sarah Baartman, mais aussi celui de Yahima Torres, l'actrice qui incarne avec brio cette femme peu expressive mais aux talents artistiques indéniables. Dans quelle mesure ne sommes-nous pas venus voir un film, mais un "monstre" (ou du moins sa représentation) ? Peut-on comparer les spectateurs de cinéma à ces masses qui se pressaient aux spectacles de foire ?
Les effets de surprise sont bien préparés. Cela nous vaut quelques superbes moments de cinéma, l'un dans le théâtre anglais, quand la Vénus décide de sortir de son rôle de "sauvage" pour interpréter une berceuse, l'autre dans un salon parisien, quand, avec sa "goura", elle entame un dialogue musical impressionnant avec le violoniste de la soirée.
Le changement de protecteur (elle passe sous la coupe de celui interprété par le fantastique Olivier Gourmet) voit l'héroïne commencer sa descente aux enfers. Les salons de classieux deviennent libertins... pour finir dans la prostitution, puis la mort. L'une des scènes de maison close vient encore nous rappeler un thème cher à Kechiche : le poids de l'Europe dans le malaise africain, ce groupe de prostituées pluriethnique étant là pour satisfaire les caprices tarifés de Blancs européens riches. On remarque néanmoins que le réalisateur n'est pas tombé dans la charge outrancière et ménage, à chaque étape de la vie de Sarah Baartman, une place pour la nuance, introduisant des personnages humanistes, se permettant même d'affiner le portrait des exploiteurs, les rendant humains... trop humains hélas.
Si les 2h40 ne vous ont pas épuisés, restez pendant le générique de fin, pendant lequel nous sont proposés deux extraits vidéo, datant de 2002. Le premier montre les circonstances du vote, à l'Assemblée nationale française, de la loi de restitution de la dépouille. Le second a été tourné en Afrique du Sud, au moment des obsèques nationales organisées en l'honneur de l'enfant du pays.
L'histoire se décline en bande dessinée (dont l'auteur, Renaud Pennelle, joue un personnage dans le film), où figure la partie africaine de la vie de la Vénus :
L'auteur a récemment été invité sur France Culture, pour parler de son œuvre, des conditions de sa réalisation.
Si vous vous documentez sur la question, vous verrez que, bien que le film dure 2h40, il n'a pas épuisé son sujet. Kechiche a notamment décidé de ne pas développer le contexte africain de son histoire, que l'on peut découvrir dans un passionnant article de la revue L'Histoire, de février 2003.
14:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, film, cinema, histoire
mercredi, 10 novembre 2010
Satanés Auvergnats... de 1942 !
On en apprend tous les jours. Vous avez tous entendu parler de la très mauvaise plaisanterie de notre ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, proférée devant caméras à l'université d'été de l'UMP en 2009. Bon, cela nous a permis de réaliser qu'un membre du gouvernement pensait pouvoir tenir des propos ouvertement racistes... sans que les journalistes présents s'aventurent à diffuser les extraits gênants. (C'est dire aussi si les politiques ont confiance en la complaisance -la soumission ?- des médias de masse.)
Brice Hortefeux, croyant échapper à la polémique, avait sorti une excuse bidon, affirmant avoir plaisanté non pas sur les Arabes, mais sur les Auvergnats. Cela a permis aux satiristes de se déchaîner, saisissant la moindre occasion d'employer le mot "Auvergnat", dans un contexte particulier.
Sans le savoir, nombre d'entre eux ont perpétué une pratique née sous l'occupation allemande. En effet, lorsque, en 1942, les autorités allemandes ont imposé aux juifs le port de l'étoile jaune, certaines personnes, qualifiées d' "amis des juifs", ont décidé de porter une étoile un peu particulière, avec une inscription en son centre : "swing", "zazou", "goï"... ou encore...
L'histoire ne se répète pas mais, parfois, elle a de drôles de façons de bégayer...
21:06 Publié dans Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (1)
mardi, 09 novembre 2010
Du nouveau sur la cathédrale de Rodez
C'est un article de La Dépêche du Midi de vendredi 5 novembre qui a donné un coup de projecteur sur une conséquence inattendue des travaux (perpétuels...) d'entretien de la merveille du centre-ville ruthénois : la redécouverte d'inscriptions anciennes, sur une tour située au coin sud-ouest de l'édifice :
La photographie (ci-dessus) illustrant l'article montre l'inscription ornant le côté sud de la tour (donnant sur la rue Gambetta). Voici ce qu'on peut voir sur le côté ouest, face à la place d'Armes (d'où sont prises en général les photographies d'ensemble) :
La traduction de ces inscriptions donne lieu à des variantes. La première, qui figure sur la photographie du haut, dit ceci : FACESSANT AEGYPTIORUM INSANE PYRAMIDUM MOLES * VALEANT ORBIS MIRACULA. (Il pourrait y avoir une "faute de gravure", INSANE ayant été malencontreusement écrit à la place de INSANAE.)
La Dépêche cite une prof du collège Jean Moulin, qui traduit ainsi : "Que se tiennent loin les travaux des insensées pyramides des égyptiens. Que se perpétuent les miracles du monde." Dans un article publié dans Les Cahiers de Framespa, j'ai trouvé deux autres versions, l'une ancienne ("Eclipsez-vous, masses insensées des Pyramides d'Egypte, palissez, merveilles du monde."), l'autre, récente, de Jacques Bousquet ("Que s'effacent les masses absurdes des pyramides des Egyptiens. Salut aux vraies merveilles du monde.") Allez, comme je suis en forme, je me lance. Voici ma proposition : "Que s'éloignent les masses monstrueuses des pyramides égyptiennes. Longue vie aux merveilles du monde."
Explications : FACESSANT vient du verbe "Facesso", qui signifie s'éloigner, se retirer. Il est ici conjugé à la troisième personne du pluriel. Il s'applique donc au mot MOLES, les masses, accompagné de la double forme génitive AEGYPTIORUM PIRAMIDUM (de pyramis, la pyramide). Il serait peut-être plus correct de traduire par "des Egyptiens". D'autre part, si INSANE est mis pour INSANAE, traduire par "les masses des monstrueuses (folles, insensées) pyramides" serait plus juste grammaticalement, mais je trouve que ma version rend mieux le sens. Quant au verbe "Valeo", il signifie régner, être fort, bien se porter.
Sur la face ouest (voir photo du bas), on trouve la deuxième inscription : NOS AUGUSTI SANCTAE QUAE CONSACRAT LOCI SPECIEM MIREMUR.
La prof de collège traduit par "Admirons l'aspect de ce lieu auguste qui est consacré à une sainte." L'ancienne version était : "Admirons la beauté de ce lieu auguste et consacré à la sainte Vierge." Jacques Bousquet propose : "Nous autres, admirons la beauté du lieu auguste consacré par la sainte (Vierge)." Je propose ceci : "Nous, admirons l'éclat du lieu majestueux qui est consacré à la Sainte." (N'oublions pas qu'il s'agit de la cathédrale Notre-Dame de Rodez.)
Explications : il est difficile de traduire MIREMUR autrement que par "admirons". Par contre, je pense qu'il faut maintenir la présence du "nous". On ne s'est pas échiné à graver NOS pour des prunes ! AUGUSTI ("majestueux" plus qu' "auguste"... c'est dans le ton du très monarchique "Longue vie..." de l'autre inscription) et LOCI sont manifestement liés (deux formes génitives, qui complètent SPECIEM). "Species" peut signifier l'apparence, la beauté. Je trouve qu' "éclat" rend bien l'idée.
D'après Fernand de Mély, dans un compte-rendu des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de 1919, c'est en 1831 que ces inscriptions auraient été masquées :
22:04 Publié dans Aveyron, mon amour, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : photo, art, christianisme, histoire, culture





