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samedi, 26 mai 2012

Aloïs Nebel

   Ce film d'animation tchèque a suscité l'intérêt compte tenu du procédé utilisé : la rotoscopie, déjà à l'oeuvre dans A Scanner darkly et, plus récemment, Valse avec Bachir. Cela donne un somptueux noir et blanc, sombre à l'image de l'histoire, même si cette adaptation d'une bande dessinée (célèbre en République tchèque) ménage des moments lumineux dans cet univers crépusculaire.

   Le héros, Aloïs Nebel, est un employé des chemins de fer, à la gare de Bily Potok (village connu pour être le plus pluvieux du pays... on en a l'illustration dans le film !). C'est un taiseux, solitaire et complexé, particulièrement maniaque : il connaît par coeur les horaires et parcours des trains (qu'il se prend même à réciter, pour se calmer les nerfs... on comprend pourquoi par la suite) et considère comme une mission sacrée de régulièrement fermer à bloc le robinet d'eau potable de l'évier extérieur de la gare, que tant de gens laissent couler.

   Les trains occupent donc une place importante dans ce film. Ce sont les trains (électriques) de 1989, au moment de l'effondrement du régime communiste tchécoslovaque (en douceur : on a parlé de "Révolution de velours")... et de ceux de 1945, à vapeur, qui obsèdent le héros. Les moments qui mettent en scène ces derniers sont particulièrement évocateurs. La machine fait presque figure de monstre... et pour cause : le départ d'un train, des années auparavant, a été le théâtre d'un drame, qu'Aloïs revit, sans qu'on en découvre pourtant toutes les implications.

   Du coup, on se pose des questions. Les spectateurs occidentaux auront tendance à penser à une tragédie en particulier, mais c'est une fausse piste. Il faut avoir en tête le contexte tchécoslovaque. L'histoire n'en devient que plus étrange, avec cet homme entre deux âges, qui prend des risques inouïs pour, en 1989, passer d'Allemagne en Tchécoslovaquie... alors que des millions de gens ont en tête exactement l'inverse à cette date !

   Une des clés est une vieille photographie, sur laquelle figurent une femme et trois hommes. Au moins l'un des quatre est mort.

   A ce drame vécu à 44 ans d'écart s'ajoute la vie quotidienne laborieuse d'Aloïs Nebel (dont le nom signifie brouillard en allemand). A la gare, il côtoie un gros blaireau, qui trafique avec les troupes d'occupation soviétiques, sur le point de partir. Il s'est pris de sympathie pour un chat, qu'il a inclus dans la mécanique de ses gestes quotidiens. Son arrestation (temporaire) et la perte de son poste vont le conduire à Prague, où il va faire des rencontres déterminantes, avant de rentrer dans sa régon d'origine, pour le dénouement de l'histoire.

   C'est vraiment un très bon film, exigeant certes, mais d'une grande beauté plastique et plein d'humanité.

11:21 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film

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