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vendredi, 03 mai 2013

La Saga des Conti

   J'ai un peu hésité à aller voir ce documentaire, consacré à la lutte des salariés de l'usine de pneumatiques Continental de Clairoix (à côté de Compiègne) pour deux raisons : je craignais le film militant lourdingue et j'avais l'impression que cela risquait d'être un peu funèbre.

   ... eh bien j'avais tort car, même si c'est incontestablement une oeuvre engagée, elle n'est ni pesante ni plombée par le pessimisme. C'est vivant parce que c'est filmé de l'intérieur, avec empathie. C'est de plus souvent drôle, les personnages principaux ne se prenant pas (trop) au sérieux. Si un large éventail des grévistes nous est proposé, le choix de suivre plus particulièrement quelques meneurs s'avère payant.

   Pendant l'essentiel du film, on est dans les pas d'un sympathique délégué CGT, Xavier Mathieu, à la fois brut de décoffrage et rusé, avec une "gueule" grande comme ça :

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   Il est très souvent accompagné d'un autre cégétiste emblématique du mouvement, Didier Bernard, le rocker au grand coeur, tatoué et "piercé" (à l'époque) :

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   On voit moins les syndicalistes de la CFDT et de la CGC (les cadres). C'est le représentant de la CFTC qui est principalement chargé d'incarner la voix modérée à l'écran... et il est un peu caricatural. On sent donc où vont les sympathies du réalisateur.

   Ces syndicalistes sont épaulés par un retraité, qui se joint à leur mouvement, Roland Szpirko :

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   Son intégration ne s'est visiblement pas faite sans heurt, même si c'est à peine abordé par le film. On reconnaît au bonhomme une compétence indéniable dans l'organisation d'un mouvement social, mais son appartenance à Lutte Ouvrière fait tiquer certains salariés de l'usine.

   Une fois la fine équipe présentée, on la voit en action. Bon, alors, ça fait quoi des salariés revendicatifs ? Ben, ça manifeste. On suit donc cette troupe très solidaire (la grande majorité des 1 200 personnes menacées par la fermeture a participé aux actions), d'abord à Compiègne, puis à Reims, à Paris, à Sarreguemines (où l'usine, moins moderne que celle de l'Oise à l'époque, n'était pas menacée parce que moins coûteuse...)... et même en Allemagne !

   On remarque (proximité de Compiègne oblige) que les manifestants ont eu tendance à se rassembler autour de statues de Jeanne d'Arc (copieusement garnies d'autocollants à l'occasion... shocking !) :

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   Ici, c'était à Compiègne, près de la statue équestre. Plus loin dans le film, il me semble que l'on voit l'autre statue (locale) de la Pucelle :

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   Je pense aussi que la grande manifestation parisienne est passée par la place saint Augustin, où se trouve une statue identique à celle de Reims :

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   Pour la petite histoire, signalons que le bourg de Clairoix, en périphérie de Compiègne, où se trouvait l'usine Continental, fut sans doute le lieu de détention de Jeanne d'Arc après qu'elle a été faite prisonnière par les troupes de l'infâme Jean de Luxembourg. (Le château a disparu à la fin du Moyen Age.)

   Ironie de l'affaire : quand j'ai recherché sur la Toile des traces vidéo de ces manifestations, j'ai notamment visionné un enregistrement de la manifestation parisienne. Voici ce qui est apparu à l'écran :

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C'est ce qui s'appelle de la publicité ciblée !

   La partie la plus émouvante est celle qui décrit l'organisation et le déroulement de la manifestation à Hanovre, avec les employés allemands. Ou comment les syndicalistes redécouvrent l'internationalisme... que les financiers mettent en pratique depuis des décennies (à leur profit). Ce fut aussi l'occasion de pratiquer une langue étrangère et d'apprendre un slogan fédérateur :

"Zu-sammen, zu-sammen, ja ! ja !"

   La partie la plus tendue fut celle des négociations, qui ont mis beaucoup de temps à démarrer, tant on a essayé d'enfumer les salariés... jusqu'au bout. Dans cette histoire, les pouvoirs publics français ont été d'une inefficacité (voulue ?) lamentable.

   La fin est apaisée. Une partie des objectifs ont été atteints. Mais, sur le fond, au-delà du succès du mouvement, il faut établir un constat d'échec : l'usine a fermé et de nombreux employés n'ont pas retrouvé de situation stable.

   P.S.

   Je recommande vivement ce documentaire aux salariés de l'usine Bosch d'Onet-le-Château.

Commentaires

Le Conseil des prud'hommes de Compiègne vient de donner raison aux salariés de Continental... plus de trois ans après leur licenciement :

http://www.lemonde.fr/economie/video/2013/08/30/continental-680-licenciements-invalides_3469046_3234.html?xtmc=continental&xtcr=2

Écrit par : Henri Golant | dimanche, 01 septembre 2013

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