samedi, 17 juillet 2010
République irréprochable
J'ai repensé aux propos tenus par le candidat Nicolas Sarkozy pendant la campagne de 2007. J'ai revu le petit film de propagande qui avait été tourné à cette occasion.
"Le président de la République, c'est l'homme de la Nation, ce n'est pas l'homme d'un parti, ce n'est pas l'homme d'un clan." Jolie formule... qui a été mise en pratique, à des degrés divers. D'un côté, il y a les has been qui ont pu revenir dans le bain grâce à l'attention présidentielle (Bernard Kouchner, Frédéric Mitterrand au gouvernement, Michel Charasse au Conseil constitutionnel... et pourquoi pas Jean-Luc Hees à Radio France). De l'autre, il y a des personnages plus prometteurs. Eric Besson a semble-t-il fait passer son ambition avant ses convictions. Il fut pourtant coordonnateur et préfacier d'une critique acerbe du sarkozysme :
L'inquietante_rupture_tranquile_de_monsieur_Sarkozy.pdf
L'arrivée de Philippe Val (ancien rédacteur en chef de Charlie Hebdo) à France Inter peut passer pour un beau symbole d'ouverture, mais, quand on a vu la suite, on se demande qui s'est le plus ouvert à l'autre... Par contre, l'arrivée de Didier Migaud à la Cour des Comptes, tout comme l'attribution de la présidence de la commission des Finances de l'Assemblée nationale à un socialiste, sont deux manifestations de modernisation de la vie politique française telle que Nicolas Sarkozy l'avait annoncée. Mais il y a aussi la face sombre, celle du "clan du Fouquet's", dont les membres sont soupçonnés être les grands gagnants de la politique sarkozyenne...
"Je veux que les nominations soient irréprochables." Quel exemple choisir ? Là, il faut regarder du côté des entreprises (semi)publiques. Le cas d'Henri Proglio, bombardé à la tête d'E.D.F., illustre assez bien à quel point les mauvaises habitudes ont la vie dure. Si les personnes choisies pour exercer de hautes responsabilités sont souvent compétentes, la manière dont elles ont été désignées rappelle encore et toujours le "fait du prince".
"Je veux que le Parlement ait davantage de pouvoirs." Pas facile à mettre en pratique lorsque les lois sont presque toutes issues de projets gouvernementaux. Et quand, par malheur, une partie des députés ou des sénateurs de la majorité se rebelle (ou fait mine), le pouvoir exécutif a tendance à sortir le gourdin.
"Je veux que les ministres soient moins nombreux, quinze, au maximum, et qu'ils rendent des comptes" François Fillon inclus, on en est à 21 ministres... auxquels il faut ajouter 17 secrétaires d'Etat, eux aussi membres du gouvernement. Quant à rendre des comptes... au président, oui, mais aux citoyens, non !
"Mais je veux changer la pratique de la République. Plus de simplicité, plus de proximité"... Je n'ai pas l'impression que les pratiques en vigueur au sommet de l'Etat aient changé... Quant à la simplicité et à la proximité, on ne peut pas dire que la réforme des collectivités territoriales aille dans ce sens, même si, au départ, on pouvait y croire.
A la fin, il est question d'une "démocratie moderne, qui sera exemplaire au regard du monde". Cela fait écho à la plaquette du candidat, plus précisément au deuxième point, "Une démocratie irréprochable", où il est écrit (en caractères gras, s'il-vous-plaît) "Je veillerai rigoureusement à l'indépendance de la justice"... alors qu'il tente de faire le contraire. Les multiples affaires tournant autour de Liliane Bettencourt et d'Eric Woerth, loin de poser la France en modèle, la présentent comme un repoussoir aux yeux des démocrates du monde entier.
Dans les dernières secondes de ce film à diffusion nationale, les Aveyronnais auront vu passer quelques visages connus :
Avec le viaduc de Millau à l'arrière-plan, la scène est (presque) grandiose. Elle se déroule pendant la campagne de 2007, en janvier me semble-t-il, la date figurant sur l'article du Figaro étant sans doute erronée. (Comment Nicolas Sarkozy pourrait-il encore être "candidat" à l'élection présidentielle en novembre 2007 ?)
A gauche de l'image se trouve Jean Puech, qui était encore président du conseil général de l'Aveyron à l'époque. Il a depuis renoncé à ce mandat... et essuyé une belle défaite aux élections sénatoriales de 2008 ! A droite, on note la présence de Jacques Godfrain (encore maire de Millau en 2007, il a été déboulonné l'année suivante) et Yves Censi, qui a conservé son mandat (unique, c'est à signaler) de député de la première circonscription de l'Aveyron (à l'époque, il avait peur que le fiston Puech ne lui pique la place). A gauche de tout ce beau monde, dans la séquence originale, se trouvent, sauf erreur de ma part, Brice Hortefeux et Jean-François Roverato (le papy barbu juste à côté de J. Puech), P.D.G. du groupe Eiffage, qui a construit le viaduc (et tire de son exploitation de substantiels profits).
C'est dingue mais, si on laisse de côté une seconde scène (qui doit avoir été tournée en province, mais il n'est pas facile de dire où), l'Aveyron est le seul département clairement identifiable dans ce film ! N'existerait-il pas d'autres versions, dans lesquelles seule une partie de la fin serait changée ?
17:05 Publié dans Politique, Politique aveyronnaise | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, sarkozy, ump
mardi, 13 juillet 2010
Robin des Bois
Ridley Scott revisite la légende du "prince des voleurs", avec une brochette de vedettes. On peut reconnaître, jusque dans les seconds rôles et les figurants, des visages aperçus dans d'autres films du même réalisateur, notamment l'éblouissant Kingdom of Heaven.
Robin des Bois se déroule d'ailleurs à peu près à la même époque. Il pourrait en être une suite. (Il y a une allusion évidente dans la séquence du début, avec Richard Cœur de Lion.) Je me demande d'ailleurs si ce film n'est pas une commande, pour laquelle on tente de réutiliser les ficelles du film de croisade... mais pour en faire une grosse machine à cash.
Ce n'est qu'à moitié convaincant. Si c'est en général assez bien joué, le scénario ne m'a pas emballé. La légende traditionnelle a été déformée pour servir un propos idéologique. Loin de s'attaquer aux riches pour donner aux pauvres, le héros pense d'abord à sa pomme... et à la délicieuse Marianne (Cate Blanchett, seule véritable lumière dans ce film, dont l'interprétation rappelle un peu, si on laisse l'âge de côté, celle d'Uma Thurman dans la version du mythe réalisée en 1991 par John Irvin.)
On en fait aussi un patriote anglais, toutes les mauvaisetés venant des horribles Français, ou des Anglais passés sous leur coupe. Même si les deux "nations" (plutôt leurs noblesses respectives) sont rivales à l'époque, il me semble que le déroulement du règne de Jean Sans terre est "tordu" pour coller aux idées des scénaristes (un peu comme dans Master and commander, où le rival américain de l'histoire est devenu français dans la version filmée).
C'est donc un film manichéen, parfois inspiré, mais assez énervant. Au contraire de bien des acteurs, Russel Crowe semble s'ennuyer ferme (et peut-être regretter le régime et les séances de muscu qu'il a dû endurer pour "entrer" dans le rôle...).
13:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : film, cinema, cinéma


