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samedi, 19 novembre 2016

De l'art en barres

   Le dernier numéro du Canard enchaîné contient une demi-page sur les suites de l'enquête menée sur le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy... de 2007. Si, en cette période préélectorale, il ne faut pas écarter la possibilité de coups tordus (à l'image de ce que la droite a connu en 1994-1995, au plus fort de la rivalité entre Chirac et Balladur), on en apprend quand même de belles à propos des fréquentations de quelques hommes politiques... et de certains journalistes.

   Mais c'est pour une autre raison que la page 4 de l'hebdomadaire satirique a attiré mon attention. Il y est question d'une conversation entre l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin et l'homme d'affaires-entremetteur-facilitateur Alexandre Djouhri :

Djouhri 16 11 2016.jpg

   Vous noterez le prix demandé par le spéculateur collectionneur suisse : 2,4 millions d'euros. Peut-être vous rappelez-vous qu'en 2008, lors d'une vente aux enchères, une oeuvre de Soulages ("Peinture, 21 juillet 1958") s'était vendue plus d'un million et demi d'euros.

   C'est une nouvelle confirmation que je ne vis décidément pas dans le même monde que ces gens-là.

jeudi, 22 mai 2014

Nicolas Sarkozy, l'Europe... et (surtout) la France

   L'ancien président de la République semble, depuis sa semi-retraite, affectionner les petits coups médiatiques. Il y a deux mois, en pleine campagne des municipales, il s'était "invité" dans Le Figaro, surtout pour répondre aux attaques d'ordre judiciaire. Cette fois-ci, dans Le Point, s'il profite de la campagne des élections européennes, c'est pour aborder le sujet de fond.

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   La photographie qui illustre la couverture est reproduite en pages intérieures. On y remarque un Nicolas Sarkozy serein, le visage marqué par une barbe de deux jours... C'est son côté rebelle ! Plus loin dans l'article, une autre photographie le montre en plein mouvement, à peine sorti d'un véhicule :

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   L'hyperactif ex-président est montré tenant nonchalamment deux téléphones en main, souriant, sans cravate et le ventre bien rentré. Conclusion : Nico tient la forme !

   La tribune commence par une phrase qui semblera familière à beaucoup : "D'aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours senti viscéralement français." C'est la première partie qui me disait quelque chose. Une mienne connaissance m'a signalé une chanson de Jean-Jacques Goldman, Ton Autre Chemin, qui commence de la même manière. Mais le thème de la chanson me paraît trop éloigné de celui de la tribune.

   Et puis... je me suis enfin rappelé qu'une autre chanson, de Barbara, démarre de façon similaire : "Du plus loin que me revienne - L'ombre de mes amours lointaines". Il s'agit de Ma plus belle histoire d'amour, qui se conclut par "C'est vous".

   Mais les cinéphiles m'en voudraient de ne pas citer ce qui pourrait bien être la source (inconsciente ?) de Nicolas Sarkozy, à savoir un film de Martin Scorsese, Les Affranchis, dans lequel l'un des personnages déclare : "Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu être un gangster."

   Que déduire de cela ? Que cette tribune, au-delà du thème affiché (la construction européenne), est un cri d'amour lancé par l'ancien bad boy de la politique hexagonale à l'électorat français ? Poursuivons la lecture pour en avoir le coeur net.

   Si le premier paragraphe exprime l'attachement profond de N. Sarkozy à la France et à l'Europe, il est curieux qu'il n'y soit fait aucune mention de l'origine hongroise de son père, par exemple. De par l'histoire de sa famille, l'ancien président est un incontestable produit de l'Europe. Mais la référence à un passé migratoire a peut-être semblé inopportune, surtout vu ce qu'il avait l'intention d'écrire sur Schengen.

   La suite rappelle ce que certains lecteurs de France et d'ailleurs ont peut-être oublié, à savoir que la construction européenne a garanti au continent des décennies de paix, en se fondant sur la réconciliation d'ennemis dits héréditaires, la France et l'Allemagne. Au passage, les relectures successives (évoquées dans un autre article du Point, qui raconte la gestation du coup médiatique) ont laissé passer une bourde historique : "Rien qu'avec nos voisins allemands, nous nous sommes régulièrement combattus tous les trente ans, et ce depuis la bagatelle de trois siècles !" Voyons voir... J'ai eu beau chercher sur la page wikipedia consacrée aux guerres ayant impliqué la France, même en tenant compte de la division du territoire allemand en une kyrielle de principautés, je ne suis pas arrivé à trouver un affrontement franco-germanique tous les trente ans. La plume du nègre du président aura sans doute dérapé...

   Pour revenir à la construction européenne, presque deux semaines après le 9 mai, il n'aurait pas été incongru que Nicolas Sarkzoy tire un coup de chapeau à d'illustres aînés comme Jean Monnet ou Robert Schuman. Mais, compte tenu de ce qu'il avait l'intention d'écrire sur le fonctionnement de l'Union européenne, cela a sans doute semblé inopportun.

   La prose (ex)présidentielle se veut pédagogique quand elle évoque les conflits qui ensanglantent les territoires (en rouge) se trouvant aux portes de l'Union (en bleu) et les menaces qui en découlent :

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   On notera que si N. Sarkozy cite l'Afrique du Nord, la Turquie, la Syrie et l'Ukraine, il omet de parler de la Russie, principal élément perturbateur en Europe de l'Est. Quant à la liste des dangers, si elle évoque la faillite des Etats, les trafics et le terrorisme, elle omet d'évoquer explicitement l'intégrisme religieux... tout comme la financiarisation de l'économie. Il est certains lecteurs que l'ancien président n'a visiblement pas envie d'offusquer.

   Sans surprise, N. Sarkozy se félicite que le fonctionnement de l'Union européenne bride les envies de changement de certains de ses adversaires politiques, qu'il ne nomme pas (mais on comprend de qui il s'agit). On remarque aussi un gros appel du pied à la droite souverainiste, qu'il s'agit d'empêcher de céder à la tentation du Front national :

"[...] il y eu et il y a encore des contresens et des erreurs qui sont commis par ceux qui font de l'Europe une nouvelle idéologie et qui voudraient qu'il y ait les intelligents d'un côté -comprenez les Européens (comprenons les fédéralistes)- et les populistes bornés de l'autre -comprenez les souverainistes. Ce clivage est absurde [...], il nous faut reconnaître, et surtout corriger, les graves erreurs qui furent commises au nom d'une pensée unique de plus en plus insupportable aux oreilles d'un nombre de Français chaque jour grandissant."

   Je dois dire que j'ai été quelque peu interloqué de lire sous la plume de l'ancien président une dénonciation de la "pensée unique", même s'il y a en la matière sans doute un détournement de sens.

   Juste après, il prend le temps de défendre la candidature à l'Académie française d'Alain Finkielkraut. C'est curieux. Même si celle-ci a suscité une assez forte opposition, elle n'a pas empêché ce médiatique imprécateur de rejoindre les Immortels. C'est là encore un signe envoyé, cette fois-ci aux "républicains", aux anciens souverainistes de gauche et à tous ceux qui estiment que la France est en déclin.

   Dans la foulée, il s'en prend aux accords de Schengen, qu'il accuse à demi-mots d'être responsables de l'immigration incontrôlée qui se jette aux portes de l'Union. Cette fois-ci, le message est clairement adressé à l'électorat UMP qui serait tenté par le Front national. La parution de cette tribune aurait été souhaitée par les dirigeants de ce parti, pour mobiliser les troupes et tenter d'éviter un éventuel succès du mouvement frontiste aux élections européennes, comme les sondages l'annoncent.

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   Mais, au-delà de la politique politicienne, ce sont les propositions de Nicolas Sarkozy qui méritent l'attention. Il demande un renforcement de l'axe franco-allemand, en particulier sur le plan économique. Il propose (il n'est pas le premier) que l'on cesse de vouloir tout fait à 28 et que les pays de la zone euro accentuent leur intégration... sous la houlette des "poids lourds" de l'Union. Une pointe de gaullisme surgit quand il réclame de renationaliser certaines compétences, pour concentrer le travail communautaire sur un petit nombre de sujets vitaux : l'industrie, l'agriculture, le commerce, l'énergie, la recherche. D'un autre côté, les fédéralistes apprécieront que l'ancien président souhaite confier un rôle plus important en matière législative au Parlement... en rognant sur les pouvoirs de la Commission. Comme on le voit, il y a matière à débat.

   P.S.

   Dans ce numéro du Point, l'éditorial de Franz-Olivier Giesbert est consacré à l'Europe. Voici ce qu'on peut y lire, dans l'un des derniers paragraphes :

Victor Hugo, notre génie national, a écrit dans un drame romantique, Les Burgraves : "Il y a aujourd'hui une nationalité européenne comme il y avait au temps d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide une nationalité grecque." C'est tout aussi vrai aujourd'hui, au temps de Günter Grass, Yasmina Reza, Michel Tournier et Umberto Eco, qui, de notre Vieux Continent, s'adressent au monde entier. Sans parler d'Airbus, de Soulages et de Daft Punk. (C'est moi qui souligne.)

   Dommage. La chute casse tout l'effet.

 

dimanche, 24 juin 2012

Le Monarque, son fils, son fief

   Ce livre "fait le buzz", comme on dit. Son auteure dirige le cabinet de Patrick Devedjian au Conseil général des Hauts-de-Seine. Elle a utilisé le principe du roman à clés pour vider son sac, en clair raconter les travers de la vie politique dans le département le plus riche de France (ou le deuxième plus riche, après Paris).

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   Le Monarque est Nicolas Sarkozy. Il est une grande déception pour l'auteure, qui a cru en lui et milité avec ardeur pour son élection. Il est aussi surnommé Rocky, pour son tempérament, par analogie avec Sylvester Stallone... et parce qu'il est fan de boxe, détail qui n'avait pas percé dans les médias jusqu'à présent. (On avait plutôt fait ressortir sa passion pour la course et le vélo, sports plus "présentables".)

   La première Première dame est Cécilia Sarkozy, que l'on rencontre peu dans le livre, puisqu'elle s'est éclipsée après l'élection présidentielle de 2007. La garden-party de cette année-là est néanmoins l'occasion de brosser un joli portrait de la troupe d'ambitieux qui s'accroche à la lumière. Les médias ne sont pas mieux servis, qui contribuent à la "pipolisation" de la vie politique.

   La deuxième Première dame est Carla Bruni. On la voit encore moins que la première, signe qu'elle n'intervient pas dans la politique des Hauts-de-Seine. On peut lire par contre ce que pensent d'elle les rombières de Neuilly... et ce n'est pas forcément à son avantage !

   Préfet Tigellin est Claude Guéant, dévoué corps et âme au président, éventuellement exécuteur des basses oeuvres. A cette occasion, j'ai découvert qu'un Tigellin a réellement existé : c'était un favori de l'empereur Néron, qui devint préfet du prétoire. Dans le livre, il apparaît rarement, à chaque fois plutôt menaçant.

   Maître Jourdain est Henri Guaino. On ne le croise qu'exceptionnellement.

   Conseiller aux Cultes est Patrick Buisson, sorte d'éminence grise du président (un conseiller occulte, si l'on préfère). Il s'occupe davantage de la politique nationale que des affaires altoséquanaises.

   Langue-de-VIP est Pierre Charon, qui entre un peu plus souvent en relation avec le petit monde du "neuf-deux". Le portrait qui est fait de lui est assez gratiné. Son surnom mêle habilement la propension du bonhomme à balancer des vacheries et son carnet d'adresses, riche en personnalités du show-biz.

   Langue-de-Bois est Franck Louvrier, le "communicant". Si le descriptif de sa fonction est péjoratif, dans le livre, il n'est pas dépeint comme quelqu'un de particulièrement dangereux. Il n'en est pas moins l'un des artisans de la "pipolisation" de l'image de Nicolas Sarkozy.

   Cheftaine est Emmanuelle Mignon. On la rencontre très peu, mais on sent bien que c'est quelqu'un de redouté, une des rares personnes à pouvoir et oser tenir tête au président. Son surnom vient de son passé chez les scouts (version traditionnelle : la dame est très catholique).

   Sherpa Marly est Jean-David Levitte, le très compassé conseiller diplomatique de l'Elysée, qui a sans doute été le véritable ministre des Affaires étrangères, au début du quinquennat. (La biographie à laquelle mène le lien précédent comporte au moins une erreur : Moissac, où Levitte est né, est située dans le Tarn-et-Garonne, pas le Tarn.) On peut l'opposer au titulaire du poste en 2007, Bernard Kouchner, surnommé Muet d'Orsay ! Dans le livre, la description d'un voyage retour dans l'avion présidentiel est particulièrement cruelle pour l'ancien French doctor.

   Deux autres figures emblématiques du début du mandat sont à peine égratignées. Gazelle du Sénégal est bien entendu Rama Yade, que l'on nous montre présentant son mari à la garden-party de 2007 avec un cynisme déconcertant. Belle-Amie est Rachida Dati. Je dois avouer que je ne comprends pas la fascination qu'elle semble exercer sur nombre d'observateurs de la vie politique. C'est pour moi un personnage creux, arriviste et incompétent. Le livre sous-entend quand même que celle que l'on désigne comme "la favorite" n'a pas entretenu que des relations professionnelles avec le nouveau maître des lieux.

   A l'image de l'espace de décision qui lui a été laissé en 2007, le Premier ministre François Fillon apparaît très effacé. Son surnom, @fdebeauce, fait allusion au compte twitter qu'il a un temps discrètement entretenu.

   On passe maintenant à la petite jungle de la Principauté, à savoir les Hauts-de-Seine. L'Arménien est évidemment Patrick Devedjian, présenté comme un Don Quichotte de la politique. On découvre l'ancien militant d'Occident sous un jour méconnu. Sa plus proche collaboratrice, Baronne (alias Marie-Célie Guillaume, l'auteure), éprouve beaucoup d'admiration pour lui... et pas mal d'affection. Elle fait état des rumeurs qui ont circulé sur les relations entre les deux piliers de l'exécutif altoséquanien. Devedjian a une réputation de séducteur... et figurez-vous que Baronne n'est pas qu'un directeur de cabinet travailleur, efficace et redoutable avec ses adversaires : c'est aussi une très jolie femme :

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   La voici quand elle est venue présenter son livre au Grand Journal. La voilà en compagnie de Patrick Devedjian, en 2011, à l'issue d'élections dont on va reparler plus bas :

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   Chacun semble avoir sa vie privée de son côté, mais il n'est pas exclu qu'un petit quelque chose ait eu lieu entre eux...

   Autour gravite la faune UMP du département, du plus âgé, Don Léonard (Charles Pasqua, furieux de voir Devedjian faire le ménage dans les comptes), au plus jeune, le Dauphin (Jean Sarkozy, faux-jeton comme pas deux). Pas très loin se trouvent les Thénardier, alias Isabelle et Patrick Balkany. Leurs interventions nous valent des moments particulièrement savoureux... ou ignobles, tant la manière qu'ils ont de pratiquer la politique déshonore, pour moi, la chose publique.

   Arrivent ensuite les seconds couteaux, parfois redoutables, toujours malléables. Trépané du Local est Alain-Bernard Boulanger, maire de Villeneuve-la-Garenne, présenté comme un personnage falot, avide d'honneurs, mais pas désireux de mouiller sa chemise pour les obtenir.

   Cinglé Picrochole est l'une des cibles privilégiées de l'auteure. On va comprendre pourquoi. Il s'agit de Philippe Pemezec, maire du Plessis-Robinson, connu pour ses écarts de langage (il a même été condamné pour injures), voire ses démonstrations de force. Il a menacé Baronne à plusieurs reprises, ce qui a conduit celle-ci à déposer une main courante au commissariat. Le dernier chapitre raconte comment l'élu a fini par s'excuser... Mais les couteaux n'ont semble-t-il pas été complètement rentrés. Aux récentes élections législatives, Philippe Pemezec a été battu de justesse par Jean-Marc Germain, le directeur de cabinet de Martine Aubry, pourtant pas implanté localement et désigné tardivement. Par rapport au scrutin de 2007, le candidat UMP n'a pas perdu grand chose, alors que son adversaire de gauche a gagné près de 4 000 voix. Elles ne viennent sans doute pas toutes de son camp...

   Culbuto du Centre est Hervé Marseille, le roi de la volte-face, toujours en quête d'une place... et qui, à force d'avaler des couleuvres, a fini par devenir sénateur. C'est un centriste, à l'image de son chef, l'Humoriste Attitré, alias André Santini, bien sûr.

   Lesieur Homais est Jean-Jacques Guillet, maire de Chaville. C'est surtout un ancien d'Occident, devenu proche de Charles Pasqua. Il est utilisé pour éjecter Patrick Devedjian de la présidence de la fédération UMP. Notons qu'il a rencontré quelques difficultés pour conserver son siège de député. Alors qu'en 2007, surfant sur la vague sarkozyenne, il avait été réélu dès le premier tour, en 2012, il ne l'a emporté qu'au second, avec seulement un peu plus de 3 000 voix d'avance

   Le Doyen d'Age est Charles Ceccaldi-Raynaud, qui entretient une relation passionnelle avec sa fille Joëlle, au point de vouloir torpiller sa carrière politique. Dans le livre, il est surtout question de sa manière très personnelle d'introduire les séances du Conseil général, assez "vieille France".

   On termine ce florilège avec Chihuahua, alias Thierry Solère, un jeune homme plein d'avenir. Il est présenté comme un proche de Jean Sarkozy... encore que... Il ne semble pas être d'une inébranlable fidélité. La fin du livre de Marie-Célie Guillaume le montre se ralliant à Patrick Devedjian... et, ô surprise, on le retrouve candidat UMP dissident en 2012... contre Claude Guéant, l'un de ceux qui ont tenté de déboulonner l'Arménien. Les mauvaises langues disent qu'une partie de la gauche a voté pour lui, rien que pour faire battre l'ancien ministre de l'Intérieur. (Au second tour, la socialiste Martine Even ne semble pas avoir bénéficié du report des voix qui s'étaient portées sur les autres candidats de gauche une semaine auparavant... et son total personnel a même diminué !) Pour moins de 400 voix, il est donc arrivé au parachuté Guéant la même mésaventure qu'à Ségolène Royal.

   L'auteure réserve aussi quelques piques au personnel politique de Rockyville, Neuilly-sur-Seine pour les intimes. Le quatrième chapitre relate par le menu la déconfiture de Gominet, alias David Martinon, qui échoue lamentablement dans sa conquête de la mairie. A cette occasion, on commence à découvrir Jean Sarkozy à la manoeuvre... et l'on croise un authentique homme politique, bien plus honnête que la bande qui prétend régir le département : Jean-Christophe Fromantin, pourtant affublé du peu valorisant pseudo de Braconnier. Il faut dire qu'il a réussi la totale : il a successivement conquis la mairie de Neuilly (en 2008), le canton de Neuilly-sur-Seine Nord (en 2011) et, en 2012 le siège de député occupé naguère par Nicolas Sarkozy, puis Joëlle Ceccaldi-Raynaud (qui avait sèchement battu Fromantin en 2007, on l'a oublié).

   Signalons qu'en 2011, Jean-Christophe Fromantin avait battu, au second tour des cantonales, Marie-Cécile Ménard, que l'on retrouve dans le livre sous le pseudo de Dioraddict, présentée comme une "amie d'enfance" de Nicolas Sarkozy (qui lui avait "légué" son canton)... et qui est souvent la première victime collatérale des revirements de son fils Jean.

   Pour compléter le tableau, il ne manque que Recalé, un fidèle parmi les fidèles, qui n'a jamais obtenu la reconnaissance politique qu'il estime mériter : Arnaud Teullé. (Ceci dit, comme David Martinon, il  a reçu un beau lot de consolation... Et vive le piston !)

   Ce petit monde ne pourrait pas vivre sans des journalistes bien introduits, chargés de transmettre la bonne parole. Deux en particulier sont évoqués par Marie-Célie Guillaume. Papillon Kabyle est sans risque d'erreur Saïd Mahrane, qui travaille au Point et a pondu une série d'articles outrageusement flatteurs sur le Dauphin, notamment celui intitulé L'irrésistible ascension de Jean Sarkozy. Je suis dans l'expectative concernant Duchesse Aquarel, dépeinte comme une femme de grande beauté, sûre d'elle, familière de la droite. Ce doit être une journaliste du Figaro (la Pravda, dans le livre !). Sophie de Ravinel me paraît être arrivée trop tardivement. Ce pourrait être Marguerite Lefebvre. Mais je me plante peut-être complètement.

   D'autres personnages interviennent ponctuellement. Certains n'ont pas de véritable rôle politique : ils font partie de l'entourage privé de l'auteure. D'autres se distinguent à une occasion. C'est le cas de Madame de P., une élue UMP de province qui accepte de payer de sa personne pour faire avancer un dossier en faveur de la commune qu'elle gère ! Les médias ont évidemment fait leurs choux gras de la fin du chapitre VII (Rocky ou le monologue du périnée). Ce qui est dit du parcours de la dame nous conduit à penser qu'il s'agit de Marie-Josée Roig. Mais ce qui est dit de la population de la commune et de l'agglomération qu'elle gère ne correspond pas à Avignon (les chiffres sont trop élevés).

   D'autres chapitres sont particulièrement enlevés, à commencer par le quatrième (Du rififi à Rockyville), qui narre la bataille des municipales 2008 à Neuilly. Le neuvième (Banana République) relate l'affaire de l'EPAD et l'inacceptable aveuglement de N. Sarkozy. La cinquième (Mao est mort) nous montre les coulisses du Conseil général, avec Isabelle Balkany en virago. Les manigances sont à leur comble dans Drôle de guerre, qui voit Patrick Devedjian se faire évincer de la tête de la fédération UMP. La revanche intervient dans le chapitre suivant (le douzième), intitulé La grande bataille (celle des cantonales 2011), qui voit Isabelle Balkany mordre la poussière... et Patrick Devedjian triompher de ses adversaires. Mais que d'énergie dépensée en des querelles stériles !

   C'est très bien écrit, plein d'humour, d'allusions... et de révélations. Un livre à lire... et à faire lire.

vendredi, 18 mai 2012

Hollande s'inspire (un peu) de Sarkozy

   La découverte du casting gouvernemental m'a quelque peu interpellé. C'est fou comme certains choix présidentiels (ce n'est évidemment pas Jean-Marc Ayrault qui a pesé le plus dans les nominations) semblent ressembler à ceux de 2007.

   Ainsi, François Hollande a choisi comme Premier ministre un homme qui ne lui ferait pas d'ombre, tout comme Nicolas Sarkozy avait choisi François Fillon. De surcroît, il a nommé quelqu'un dont il sait qu'il lui sera fidèle. La différence est que les liens entre Hollande et Ayrault sont anciens, alors que le rapprochement Fillon-Sarkozy remontait à 2005 (quand Fillon avait été "débarqué" du gouvernement).

   La ressemblance continue aux Affaires étrangères : un ancien Premier ministre, Laurent Fabius, succède à un autre, Alain Juppé. Les deux ont été considérés comme "présidentiables" à un moment de leur carrière... et ils auraient pu être des rivaux pour le président qu'ils ont finalement décidé de servir. La différence est que Juppé n'a atterri aux Affaires étrangères qu'après une série de péripéties, qui l'ont mené du Développement durable à la Défense... en passant par la démission, suite à une défaite aux législatives. En nommant Laurent Fabius, Hollande rassure à l'étranger, où le bonhomme est connu. C'est peut-être aussi l'indication qu'il ne va pas y consacrer la plus grande partie de son énergie. On notera aussi que le ministre délégué aux Affaires européennes, Bernard Cazeneuve, n'est pas un spécialiste, signe que c'est le duo Hollande-Ayrault (celui-ci germanophone) qui va piloter les relations avec l'UE.

   L'Education nationale confirme la première impression. L'agrégé de philosophie Vincent Peillon succède (à 5 ans d'écart) à l'agrégé de lettres Xavier Darcos. Le passé montre qu'il ne suffit pas d'être un brillant produit du système éducatif français pour savoir correctement le gérer.

   Le ministère de la Justice est de nouveau l'occasion de promouvoir un représentant des "minorités visibles". Christiane Taubira sera-t-elle la Rachida Dati du gouvernement de gauche ? Elle n'est a priori pas plus compétente qu'elle dans le domaine juridique (c'est plutôt une économiste de formation), mais, contrairement à l'ancienne garde des Sceaux, elle a derrière elle une belle expérience politique et plusieurs mandats locaux et nationaux. François Hollande a donc voulu nommer une politique chevronnée, militante de gauche, pas une technicienne en droit. C'est aussi une manière de récompenser la mouvance "montebourienne" du PS, qui l'a soutenu au second tour de la primaire socialiste. C'est enfin un signe en direction de l'outre-mer, dont l'électorat l'a en général plébiscité : en Guyane (département dont C. Taubira est l'élue), il est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle (avec 42,61 % des voix) et l'a largement emporté au second (avec 62,05 % des voix).

   Passons à l'Economie, où il fallait un "poids lourd", compte tenu des enjeux actuels. Pierre Moscovici correspond au profil... et son cas n'est pas sans ressembler à ceux de Jean-Louis Borloo et François Baroin. Comme le premier, il ambitionnait de décrocher le poste de Premier ministre. Comme le second, il était d'une autre obédience que celle du président élu (chiraquienne pour Baroin, strauss-kahnienne pour Moscovici). On remarque aussi que les trois hommes ont une petite réputation de dilettante. C'est peut-être révélateur du fait que la politique économique ne se décidera vraisembleblement pas à Bercy...

   C'est un autre "poids lourd" qui a été nommé au ministère du Travail : Michel Sapin, qui se serait sans doute aussi bien vu à l'Economie... voire à Matignon. C'est un "bon soldat", un peu à l'image de ce que fut Xavier Bertrand, même si le socialiste semble avoir plus d'envergure.

   Il est possible que le gouvernement compte sa Rama Yade : Najat Vallaud-Belkacem. Les deux femmes sont nées à l'étranger (respectivement au Sénégal et au Maroc), mais les familles n'appartenaient pas à la même catégorie sociale (beaucoup plus aisée pour les Yade). Elles sont passées par Sciences Po Paris. Toutes deux ont été nommées à un poste symbolique : les Droits de l'homme et le Droit des femmes. Toutes deux sont d'une grande beauté... et d'une certaine timidité quand il s'agit d'affronter le suffrage universel. Le temps nous dira si le nouveau porte-parole du gouvernement a plus de fond que l'ancienne ambassadrice à l'Unesco.

   Le portefeuille de l'outre-mer semble destiné à être occupé par un élu ultramarin. A la Guadeloupéenne Marie-Luce Penchard (elle-même fille de Lucette Michaux-Chevry, qui fut deux fois ministre) succède son grand rival Victorin Lurel qui, rappelons-le, fut le seul président de Conseil régional reconduit à l'issue du premier tour, en 2010. Signalons qu'avec George-Pau Langevin (nommée à la "Réussite éducative"), cela donne finalement 3 membres du gouvernement issus des anciens DOM-TOM.

   Enfin, il faut toujours caser un trublion, auquel on doit beaucoup. Ce fut le cas de Patrick Devedjian, chargé (de 2008 à 2010) de "la mise en oeuvre du plan de relance". C'est aujourd'hui le cas d'Arnaud Montebourg, qui se voit attribuer le "redressement productif". Dire que c'est à cause de ce genre de gadget qu'on va nous priver (un peu) d'Audrey Pulvar !

   Je vais m'arrêter là. Bien entendu, les différences entre les gouvernements Ayrault et Fillon sont plus grandes que les ressembances, mais certaines coïncidences n'en sont pas moins troublantes. Faut-il y voir le résultat de l'action de conseillers en com' plus ou moins inspirés ?

   Il reste un aspect comique, scato-sexuel, qui n'a pas échappé à la presse : on passe d'un "trou du cul" [Fi(ll)on] à une "tête de noeud"... "Ayrault" se prononçant, pour les arabophones, comme le mot "pénis" en argot !

samedi, 12 mai 2012

Premier "Groland" de l'ère Hollande

   La fine équipe s'en est donné à coeur joie ce samedi (sadi, pour les initiés). Dès le début de l'émission, on sentait que le résultat du second tour de l'élection présidentielle française n'était pas pour déplaire au présentateur du JT :

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   Le premier sujet développé était sportif : la "régate des emmerdes" est une manière ludique d'analyser le scrutin du 6 mai... et ce qui attend "Régime minceur", vainqueur de "Bolloré-Fouquet's":

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   Il a aussi été question du positionnement des médias durant le dernier quinquennat. On se demande longtemps ce qui peut inquiéter Michael Kael :

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   Toujours prête à rendre service, l'équipe de Groland a proposé un moyen imparable d'éviter que des invités ne s'incrustent lors d'une soirée, surtout s'il est question de politique :

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   De retour à l'actualité "sérieuse", l'émission s'est intéressée au rejet de la loi sur le harcèlement (par le Conseil constitutionnel), à travers un reportage "engagé" de Francis Kuntz :

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   Les faits de société ne sont donc pas absents de ce journal très politique. C'est ainsi qu'il a été question des effets révolutionnaires d'une pizza :

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   Mais, très vite, on est revenu au "président normal". Celui-ci commence à déteindre sur son voisin grolandais, qui doit (ré)apprendre quelques gestes de la vie quotidienne, avec plus ou moins de réussite :

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   Le show-biz est lui aussi contaminé par la "normalitude", à travers Albert Dupontel, venu en pote expliquer comment on peut être un artiste pété de thunes et un actif "normal" :

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   Mais l'actualité n'est pas toujours aussi joyeuse. Certains de nos compatriotes souffrent dans leur vie quotidienne, faite d'humiliations et de renoncements. La solution ? Peut-être celle-ci :

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   L'équipe de Groland s'en est aussi pris à la vision apocalyptique que certains adorateurs du président déchu ont tenté de transmettre, imaginant, par exemple, que France Inter est devenu un vecteur de la propagande islamiste :




   J-E Moustic, toujours caustique, en a remis une couche, en présentant un fait divers qualifié de "sarkozyste" :

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   L'émission s'est achevée par une série de brèves, dont une exclusivité : le nom de la nouvelle correspondante de TF1 à Tulle :

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samedi, 05 mai 2012

Les approximations de Nicolas Sarkozy

   A l'image de François Mitterrand qui, en 1988, a appuyé sa campagne sur une Lettre à tous les Français, qui fut notamment publiée dans la presse, Nicolas Sarkozy et son équipe ont mis au point un document détaillé à l'adresse des électeurs, la Lettre au peuple Français.

   Rétrospectivement, on sent qu'elle a servi de cadre à la campagne. Tous les thèmes développés par le candidat y sont présents. Même si le coeur de la brochure est consacré à des aspects économiques (au sens large), on peut remarquer la place prise par les questions de société. La "droitisation" du président sortant était donc en germe (prévue ?) dans le programme... ou bien (si l'on est plus "sarkophile"), il n'y a pas eu droitisation... ou encore (si l'on est plutôt "sarkophobe"), la droitisation était perceptible dès l'avant-campagne.

   Le sortant essaie de valoriser son bilan, qui n'est pas que négatif. Mais les illustrations (nombreuses) qui accompagnent le document sont parfois un peu biaisées.

   On commence par la baisse de la délinquance, illustrée par un histogramme mettant en valeur le contraste entre les années du gouvernement Jospin (en rouge), qui ont vu les chiffres augmenter, et (en bleu) les années Chirac-Sarkozy (qui fut ministre de l'Intérieur, ne l'oublions pas). Attention toutefois : la baisse est celle des "faits constatés", c'est-à-dire les "crimes et délits portés à la connaissance des services de police et des unités de gendarmerie et consignés dans une procédure transmise à l’autorité judiciaire". Quand la police ou la gendarmerie n'a pas donné suite au signalement d'une infraction, celle-ci ne figure donc pas dans les statistiques. Celles-ci sont-elles davantages "arrangées" sous la droite que sous la gauche ? Impossible de l'affirmer.

   Par contre, on peut noter que le choix de l'échelle de l'histogramme (près des trois-quarts de la hauteur ont été supprimés) accentue l'impression de baisse. Si l'on veut en avoir une idée plus juste, il faut imaginer que les barres sont beaucoup plus hautes... et donc que la baisse (réelle) n'est pas aussi grande qu'on veut bien le dire :

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   D'autre part, il y a différentes catégories de faits de délinquance. Toutes ne suivent pas la même évolution, comme on peut le constater en lisant -par exemple- le rapport sur la criminalité et la délinquance en France en 2008. Voici ce que l'on peut trouver page 14 :

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   On constate que les crimes et délits contre les personnes ont vu leur nombre augmenter continuellement depuis 1995 (et même 1987). Les "autres infractions (dont stupéfiants)" ont connu une évolution assez proche, même si quelques périodes de baisse (notamment 2002-2004 et 2005-2007) sont à noter.

   Pour avoir une idée plus précise du bilan du duo Sarkozy-Fillon depuis 2007, il faut consulter la version 2010 (publiée en 2011 en fait) du rapport sur la délinquance. Voici ce que l'on peut lire page 8 :

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   En fonction des catégories, le bilan est plus ou moins flatteur, au point que, même sur le site internet de TF1, on s'est inquiété des chiffres 2011 de la délinquance.

   Soyons honnêtes : de la même manière que l'on ne peut pas attribuer tout le mérite de la baisse de tel type de délinquance à l'action du président (ou d'un ministre), on ne peut lui imputer totalement l'infamie de la hausse des chiffres. Le contexte socio-économique joue... mais le candidat Sarkozy refuse de le reconnaître... et c'est écrit en gros, page 16 de la Lettre :

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    Par contre, on pourrait reprocher au sortant la baisse des effectifs des forces de l'ordre (n'oublions pas que policiers et gendarmes sont des fonctionnaires). Le candidat y a visiblement songé, puisque la Lettre met en valeur l'augmentation du nombre de membres de la police... scientifique. Celle-ci compte environ 2 000 personnes... à comparer aux quelques 140 000 policiers.

   Il conviendrait aussi d'étudier la répartition des forces de l'ordre. On sait déjà qu'à Paris, les "beaux quartiers" sont mieux servis que les zones populaires. Et ailleurs ?...

   Le même "maquillage" est à l'oeuvre quand il s'agit de traiter de l'évolution du nombre d'étudiants étrangers. Page 17 de la Lettre, on trouve le mâgnifique graphique que voilà :

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   Ici encore, on a coupé le document (l'échelle des ordonnées commence à 100 000), même si le résultat est moins déformant que dans le cas des faits de délinquance. Puisqu'on nous donne des chiffres assez anciens, il faut plutôt regarder l'évolution globale. La coupure se situe autour de 2003, première année où l'influence du gouvernement Raffarin a pu se faire sentir à ce niveau (l'année scolaire s'étendant de septembre 2002 à juin 2003 a été en partie le résultat de la gestion du gouvernement Jospin). C'est donc sous un gouvernement de gauche que le nombre d'étudiants étrangers a le plus progressé : de 150 000 à 250 000 (+ 67 %).

   Sous Nicolas Sarkozy, la progression n'a été que d'une vingtaine de milliers (moins de 10 %). Si l'on examine les chiffres en les centrant sur la période Sarkozy, cela donne un histogramme moins flatteur, comme celui qui a été publié sur le site de RFI :

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   Le président sortant s'attribue donc à tort les mérites d'une politique d'ouverture (et de "captation des cerveaux") initiée par le gouvernement Jospin. A contrario, il aurait pu se flatter, auprès d'un électorat xénophobe, de ses résultats en matière de limitation de l'entrée d'étrangers en France...

   Passons à la lutte contre l'immigration clandestine. Le président vante son bilan, certes pas négligeable dans ce domaine (page 23 de la Lettre) :

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   Il oublie de préciser qu'une bonne partie de ces reconduites à la frontière sont réalisées outre-mer (en Guyane et à Mayotte notamment), comme les sénateurs ont pu le relever :

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   En métropole, ce sont essentiellement des citoyens roumains et bulgares (des Roms notamment) qui sont expulsés, comme le reconnaît le ministre de l'Intérieur Claude Guéant. Il ne reste donc que quelques milliers de ressortissants africains et asiatiques expulsés de métropole, loin des rêves des électeurs du Front national qui verraient en Nicolas Sarkozy un efficace rempart contre ce genre d' "invasion".

   La Lettre accorde aussi une grande place aux questions d'éducation. Les mêmes artifices sont utilisés pour représenter l'évolution du nombre d'élèves et d'enseignants (page 33) :

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   Concernant le nombre d'élèves, on remarque deux choses. La première est que la période chronologique est très vaste (elle démarre en 1990)... et qu'elle ne va pas au-delà de 2008 ! L'objectif est d'accentuer l'idée de baisse des effectifs. On remonte donc loin dans le temps, puisque, depuis 1998, la baisse est assez faible et que, depuis quelques années, on constate au contraire une ré-augmentation des effectifs. Ajoutez à cela le tronquage de l'échelle des ordonnées (qui démarre à 11 600 milliers... soit 11,6millions...), et le lecteur moyen aura l'impression d'une chute vertigineuse (et récente) du nombre d'élèves...

   Concernant le nombre de profs, on retrouve le tronquage de l'échelle des ordonnées (qui démarre à 820 000 !) et l'amputation de la période la plus récente, qui évite d'avoir à dire que le nombre d'enseignants diminue depuis dix ans, comme l'a relevé Libération.

   Quand représenter une évolution n'arrange pas le candidat, il joue sur la comparaison avec d'autres pays, comme dans le cas de la pauvreté. Page 51 de la Lettre se trouve un petit histogramme qui permet tout juste de constater que le taux de pauvreté en France en 2010 (calculé comment ?) est plus bas que le taux moyen de l'UE... et beaucoup bas que celui des pays d'Europe du Sud. Mais ce ne sont là qu'une minorité de pays de l'UE. Qu'en est-il ailleurs ?

   L'Observatoire des inégalités permet d'accéder à une comparaison plus complète des taux de pauvreté en 2010 :

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   Cela permet de réaliser que, si la France se situe bien dans la "fourchette basse", les pays membres de l'Union européenne dans lesquelles le taux de pauvreté est moins élevé sont plus nombreux qu'on ne le dit.

   Que dire alors de l'évolution du taux de pauvreté en France :

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   En gros, depuis 2002-2004, il se remet à augmenter. La faiblesse relative du taux actuel est le résultat de politiques antérieures, liées au "modèle social français", plus redistributif que d'autres. C'est ce modèle qui est mis à mal depuis une dizaine d'années.

   Le manque de travail des Français serait-il en cause ? La lecture des illustrations proposées page 63 de la Lettre pourrait le laisser penser :

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   L'histogramme de la durée hebdomadaire ne dresse qu'une comparaison partielle... et partiale. Elle est partielle parce qu'elle ne fait figurer qu'un petit nombre de pays, soigneusement choisis. Si l'on compare la durée hebdomadaire du travail des Européens ayant un temps plein (d'après Eurostat), la comparaison perd de sa pertinence :

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   On voit que les Français travailleraient moins longtemps que les Bulgares, les Tchèques, les Grecs, les Espagnols, les Chypriotes, les Autrichiens, les Polonais, les Slovènes, les Britanniques, les Islandais, les Suisses, les Croates et les Turcs... mais plus longtemps que les Danois, les Irlandais, les Lituaniens, les Luxembourgeois, les Finlandais et les Norvégiens. On remarque que, parmi les pays où les actifs à temps plein travaillent plus longtemps, on trouve beaucoup de pays à l'économie vacillante, alors que les pays très développés sont souvent ceux où la durée hebdomadaire est la plus faible.

   Pour nuancer ces informations, il faudrait croiser avec les actifs à temps partiel... et surtout avec la productivité horaire du travail, ce qu'a fait Le Monde, dans un article du 6 janvier 2011 :

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   O surprise ! Les actifs français sont les troisièmes plus productifs de l'Union européenne, loin des Luxembourgeois, mais juste derrière les Belges... et surtout loin devant les ressortissants d'autres pays qui nous sont donnés en exemples.

   On peut aussi critiquer le graphique sur les durées annuelles. C'est un quasi-copié-collé d'un document de l'INSEE, auquel on a ôté l'une des courbes :

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   Les auteurs de la Lettre ont choisi de retirer la courbe qui présente la moyenne de six pays européens. On comprend pourquoi quand on voit qu'elle se rapproche de plus en plus de la courbe française. Bien entendu, il faudrait savoir quels sont ces six pays et même construire une courbe avec les données concernant les 26 autres membres de l'Union européenne mais, franchement, ce petit bidouillage fait mauvais genre. Il est hélas à l'image d'une Lettre qui contient trop de demi-vérités, voire de mensonges.

vendredi, 04 mai 2012

Cheval et pouvoir

   L'élection présidentielle est décidément (presque) partout. Même l'érudite conférence de Daniel Roche, Cheval et politique à l'époque moderne (XVIe - XVIIIe siècles), qui s'est tenue vendredi soir aux Archives départementales de Rodez, n'y a pas échappé.

   Ainsi, en introduction, l'historien n'a pas pu s'empêcher de tracer un parallèle entre la visite du maréchal Pétain à Arles, en décembre 1940 (au cours de laquelle les gardians locaux lui ont offert la corde qui attache les chevaux de Camargue "symbole de leur attachement à la France et à sa personne")...

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    ...et la prestation équestre, dans la même région, d'un candidat à l'élection de 2007... que tout le monde a reconnu, sans qu'il soit nécessaire de le nommer. (Il me semble que certaines "têtes grises" présentes dans la salle ont un peu tiqué.)

Cheval Camargue 2007 b.jpg

   Le reste de la conférence fut plus solennel, parfois aride. Dans l'une des parties, Daniel Roche a évoqué la représentation du pouvoir politique, en liaison avec le cheval. L'époque moderne a vu se développer en France les statues équestres, royales en général. Il semblerait que la mode soit venue d'Italie (où l'on a en premier redécouvert l'antiquité romaine - on pense à la statue de Marc Aurèle). Le roi Henri II aurait initié le mouvement, suivi par Henri IV et Louis XIII.

   Louis XIV ne pouvait pas faire moins bien que son père et son grand-père. Le Bernin fut chargé de la sculpture. Le souverain ne fut apparemment pas satisfait du résultat :

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   Alors que les autres oeuvres montraient tel roi ou empereur chevauchant une monture calme, marchant de l'avant, ici c'est l'énergie et la fougue qui sont mises en valeur. Le monarque qui se voulait absolu a peut-être mal perçu cette représentation, lui qui avait connu enfant les troubles de la Fronde. Le risque que l'on puisse évoquer la perte du contrôle du cheval et le désarçonnement du cavalier a dû aussi lui passer par la tête. Du coup, la statue a été remaniée à plusieurs reprises.

   Napoléon Bonaparte a su mieux gérer sa propagande. Jacques-Louis David l'a aussi représenté sur un cheval fougueux, le Premier consul restant calme :

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   Cela nous ramène tout naturellement à Nicolas Sarkozy, parfois abusivement caricaturé en Napoléon... jusqu'en Italie (en Toscane plus précisément), à l'occasion du carnaval 2012 :

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   Le stratège politique sera-t-il éjecté de sa monture par les électeurs français ? Réponse dimanche.

Détournement, suite

   Il faut décidément remercier les "communicants" du président sortant. L'affiche de campagne dont ils sont les auteurs a stimulé la créativité des internautes farceurs (plus ou moins inspirés). Or, les électeurs viennent de recevoir le matériel du second tour, dans une enveloppe de grand format. Il s'agit des bulletins de vote et des nouvelles professions de foi, sur lesquelles figurent la reproduction de la nouvelle affiche de chaque candidat.

   Celle de Hollande joue la continuité stricte. Celle de Sarkozy, recadrée, a son texte modifié :

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   Certaines personnes ont trouvé qu'il manquait toutefois un mot (ou deux), pour que le message soit plus explicite. Voici une proposition :

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vendredi, 09 mars 2012

Détournement odieux

   Je tiens à remercier Midi Libre, dont la Une de ce vendredi 9 mars m'a inspiré une blagounette d'une grande subtilité, comme vous allez pouvoir en juger :

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   J'en profite pour conseiller la lecture de ce quotidien qui, depuis une semaine, publie des articles en lien avec les 50 ans de la fin de la Guerre d'Algérie, notamment sur les rapatriés.

samedi, 25 février 2012

N. Sarkozy toujours aux basques de Jeanne d'Arc

   L'inauguration du QG de campagne de Nicolas Sarkozy a été l'occasion d'une belle opération de communication. On a fait visiter les lieux aux journalistes, qui ont noté la présence de telle ou telle photographie, de tel ou tel objet. Tout cela est calculé, bien entendu. Mais ces professionnels de l'information ont très rarement fait preuve d'une once d'esprit critique.

   Ainsi, dans le bureau du candidat, situé à l'étage, sont accrochées diverses photographies, l'une le représentant en compagnie de Nelson Mandela, une autre en visite outremer (à Mayotte... sans Claude Guéant), une autre dans une usine (c'est vraiment le "président du peuple", hein). Le diaporama publié sur le site du Parisien nous permet de constater aussi la présence d'une affiche du film Jeanne d'Arc, de Victor Fleming, avec Ingrid Bergman :

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   La voici en grand :

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   D'après un journaliste de i>Télé, c'est son conseiller en communication Franck Louvrier qui la lui aurait offerte. Un cadeau dont la présence en ces lieux n'a évidemment rien d'innocent.

   La Pucelle est présente aussi à travers la biographie que lui a consacrée l'historienne Colette Beaune (c'est l'édition de poche) :

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   On voit mieux le livre dans une vidéo mise en ligne sur le site du Parisien :

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   Voici la couverture :

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   On veut visiblement nous faire comprendre que notre président se cultive (il en a donc le temps !). Le choix de l'ouvrage est peut-être lié à la présence de l'historienne lors de la venue de Nicolas Sarkozy à Domremy, pour les 600 ans de la naissance de Jeanne.

   Ce déplacement avait bigrement inspiré les internautes, qui ont produit à cette occasion une floppée de caricatures en général de bonne qualité.

vendredi, 17 février 2012

"La France Forte"

   C'est l'un des jeux du moment sur la Toile : le détournement de l'affiche officielle de la campagne de Nicolas Sarkozy, dont le titre est aussi le nom du site officiel.

   La première info surprenante est que la photographie qui sert de base à l'affiche a été prise... en Grèce ! Très vite, les internautes (pas franchement admirateurs du président de la République) se sont déchaînés. Sur le site du Nouvel Observateur, on peut visionner une trentaine de parodies, ma préférée étant la numéro 15 (inspirée de l'affaire du catalogue La Redoute) :

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   Les amateurs de drogue dure trouveront encore plus de détournements ici et . Il existe même un site (créé par les Jeunes Socialistes ?) permettant de créer sa propre parodie. Je me suis livré à l'exercice. Voici ce que cela donne :

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   Mais, point n'est besoin de site spécialisé pour s'amuser avec l'affiche de campagne. Avec des logiciels de base et un peu d'imagination, on peut se la jouer "classique", avec une référence au yacht de Vincent Bolloré :

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   Mais peut-être que, sur une affiche présidentielle, il conviendrait de ne laisser que le visage du candidat. Cela pourrait donc donner ceci (à partir d'une image récupérée ici) :

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   Je reconnais que ce n'est guère original. Les Guignols de l'info eux-mêmes, dans l'émission du 16 février, ont émis une hypothèse "classique" sur le lieu de la prise de vue :

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   Si l'on essaie d'élever le niveau, on peut associer le visage présidentiel aux résultats de la politique économique qu'il a menée durant son quinquennat. Vous allez voir comme cela donne tout son sens au regard de Nicolas Sarkozy. Commençons par l'évolution de la dette publique :

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   Continuons avec la courbe du chômage :

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   Je termine par deux remarques. La première est sur le démarrage de la campagne officielle du sortant. Le fait qu'une affiche, des vidéos et un site internet aient pu être lancés aussi rapidement prouve qu'elle est en gestation depuis des semaines, voire des mois. Il était donc plus que temps que Nicolas Sarkozy se déclare, ne serait-ce que par souci d'équité vis-à-vis de ses adversaires.

   Le seconde remarque est la troublante proximité entre cette affiche et celle de François Mitterrand, en 1988, comme l'a relevé le quotidien gratuit 20minutes :

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   Le slogan, quant à lui, aurait été emprunté à la campagne de 1981 de Valéry Giscard d'Estaing. Il reste à savoir de quel ancien président Nicolas Sarkozy va connaître le sort : le vaincu piteux de 1981 ou le réélu triomphant de 1988 ?

samedi, 28 janvier 2012

Troisième salve sur Jeanne d'Arc

   J'ai attendu qu'un peu de temps soit passé avant de procéder à un dernier sondage de la Toile. Cela m'a permis de récupérer des caricatures publiées dès le début du mois de janvier (et qui m'avaient échappé) ainsi que d'autres, plus récentes. On peut les classer en plusieurs catégories.

   Logiquement, ainsi que je l'ai relevé dans mon premier billet consacré à ce sujet, on remarque que les dessinateurs internautes ont souvent choisi d'illustrer la concurrence entre Nicolas Sarkozy et le Front national. Ainsi, Romain Broussard (qui a un joli coup de pinceau numérique, je trouve), pointe le côté nécrophile de la tentative de récupération :

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   Reste à savoir qui prend l'avantage sur l'autre. Reginald Stockart propose une interprétation ambiguë :

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   Nicolas Sarkozy est-il à la poursuite de la Pucelle, dont il essaie de récupérer une partie de l'aura dont elle jouit auprès de la population française ou bien a-t-il une longueur de retard sur une grande blonde (Marine Le Pen) dans la récupération de Jeanne ?

   C'est aussi ce que semble sous-entendre Frap :

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   Mais plusieurs caricaturistes ont plutôt senti que le président de la République avait réussi son coup. Ainsi, sur le site islamogauchiste al-har, on trouve l'une des rares représentations (peu ressemblante) d'un Jean-Marie Le Pen furieux :

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   Aurel, lui, a choisi de montrer le dépit de sa fille Marine, qui peine(rait) à recueillir les 500 parrainages nécessaires à sa candidature à l'élection présidentielle :

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   On retrouve ici je jeu de mots sur les "voix" (celles qu'on croit entendre et celles qu'on espère récupérer). Au passage, je suis d'avis qu'il y a une belle hypocrisie chez ceux qui évoquent la collecte des 500 parrainages. Tout le monde sait très bien que Marine Le Pen sera candidate en 2012 et donc qu'elle aura recueilli les fameuses 500 signatures. Mais, comme le nombre d'élus FN est trop faible, elle a besoin du paraphe de politiques qui ne sont pas de sa sensibilité... et ceux-ci ne doivent pas donner l'impression qu'ils donnent leur parrainage trop facilement... N'oublions pas que 2014 sera une autre année électorale cruciale, pour le personnel politique local.

   Sur Rue89, j'ai trouvé une autre illustration du rôle des voix, que l'on trouvera plus ou moins angélique :

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   La réponse de Jeanne a aussi souvent inspiré les dessinateurs de la Toile, soit en réponse brute de décoffrage, dans le style très stylisé de Z'arno (dont je recommande le blog, où l'on peut notamment trouver une fort belle illustration des ralliements de droite à François Bayrou...) :

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   ... soit en liaison avec les Le Pen, comme chez Axl :
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   On remarque aussi que, dans l'épopée johannique, certains caricaturistes privilégient l'image du bûcher. Il s'agit éventuellement de suggérer que l'on inflige un nouveau supplice à la pauvre Jeanne, comme sur le site lafenschagauche :

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   Si l'association avec la flamme du FN n'est pas des plus originales, l'ajout du commentaire de Jeanne ne manque pas de sel.

   Mais, plus fréquemment, le bûcher est relié à l'avenir politique de Nicolas Sarkozy, qu'on imagine sombre, comme sur Bakchich :

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   Le point de vue est encore plus militant sur le blog de Joël Heirman (on passe du questionnement hypothétique à l'invitation à l'action) :

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   Quand ce n'est pas le bûcher qui a inspiré les dessinateurs, c'est le verbe "bouter"... parfois de manière vraiment peu subtile, comme sur onceuponatribe, qui propose un drôle de mélange entre Jeanne d'Arc, Claude Guéant, l'expulsion des immigrés et les élections à venir :

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   Mais c'est parfois plus élaboré. J'ai noté le lien étabi avec la difficulté à lutter contre la crise économique, par exemple chez Iturria :

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   Les lecteurs attentifs auront remarqué l'erreur de datation sur le site de Sud-Ouest. Le dessin a été mis en ligne le 7 janvier, pour une publication papier dans l'édition du 8 janvier (2012), qui était bien un dimanche, contrairement au 8 décembre (2011), qui était un jeudi.

   La meilleur caricature du genre est pour moi celle de Makowh :

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   Il réussit le tour de force de réunir la pêche aux voix, le verbe "bouter" (jeux de mots à la clé) et la crise économique... avec, en bonus, l'assimilation des électeurs aux moutons ! Cela nous ramène d'ailleurs aux représentations du FN. Nombre d'internautes, dessinateurs (comme Damien Chavanat) ou pas, pensent que ceux qui tombent dans le panneau (qu'il soit tendu par N. Sarkozy ou M. Le Pen) sont des benêts :

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   Mais le plus étonnant est qu'en raison de la richesse de l'actualité du mois de janvier, François Hollande a fait irruption dans les commentaires johanniques, ainsi que je l'avais déjà remarqué dans mon deuxième billet consacré à ce sujet. Nicolas Sarkozy doit se battre sur deux fronts... et, finalement, le plus périlleux n'est pas celui qu'on croit, selon Mediapart :

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   C'est au point que Jeanne est parfois représentée (par Reginald Stockart) préférant le président du Conseil général de Corrèze à l'ancien maire de Neuilly :

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   Cela culmine quand, au Panthéon hollandien, sous la plume de René Le Honzec, la Pucelle fusionne avec la référence mitterrandienne, la seule véritablement revendiquée par le candidat du PS :

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   Notons que ce dessin est une sorte d'image en miroir de celui proposé la veille :

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   Mais cessons-là l'examen de ces tentatives de récupération (que l'on pourrait poursuivre, tant l'iconographie johannique numérique est riche). Sachez qu'elles ont lassé certains internautes, qui n'ont voulu représenter la Pucelle que vierge de toute référence politique. C'est sans doute à une femme, Ancelotte, que l'on doit la production la plus exaspérée :

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   Plus douce (voire sulpicienne) est la protestation de Bap (signature de "blogue à part") :

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   C'est d'ailleurs sur le même site que, deux jours plus tard, on peut trouver l'une des plus belles représentations de Jeanne en armes... mais neutre politiquement :

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   Cette dernière est une sorte de pied-de-nez aux nationalistes intransigeants, puisqu'elle est un détournement de la statue d'Emmanuel Frémiet, située place des Pyramides, qui elle-même fait l'objet d'un détournement de sens par le Front national :

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mercredi, 11 janvier 2012

Une actualité décidément très johannique

   Il y a quelques jours de cela, je ne m'étais pas trompé en affirmant que la parution des hebdomadaires politiques allait nous valoir de nouvelles représentations de la Pucelle.

   Ainsi, Le Canard enchaîné de ce mercredi contient plusieurs allusions à Jeanne d'Arc, ma préférée étant celle-ci :

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      Lefred-Thouron a dû, comme d'autres, entendre de beaux esprits déplorer les tentatives de récupération dont Jeanne a fait l'objet... l'indignation conduisant ces mêmes personnes à oublier quelque peu la manière dont le parcours de la jeune femme s'était achevé...

   Charlie Hebdo (dont le site internet a bien survécu à l'attaque subie à la fin de 2011) fait plus fort, consacrant une page entière à récupérer à son tour la "bonne Lorraine". Ce n'est pas toujours drôle, mais c'est parfois piquant. Ainsi Charb nous propose une version communiste de la Pucelle :

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   Je suis sûr que certains se disent que cette image a comme un air de déjà vu... Pas faux... si l'on se souvient de l'Exposition internationale de 1937 et du pavillon soviétique, au sommet duquel se trouvait ceci :

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   Une autre des caricatures fait référence à un aspect marquant de la vie culturelle des Français d'après la Seconde guerre mondiale :

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   Cette fois-ci, c'est Moulinex qui doit se retourner dans sa tombe !

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   Notons au passage que Riss a pris soin d'encrer en bleu-blanc-rouge le texte d'accompagnement. L'hebdomadaire satirique contient d'autres dessins mettant en scène Jeanne d'Arc, plus loin dans le numéro de la semaine. L'un d'entre eux m'a fait sourire :

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   C'est encore de Riss, qui a réussi à faire s'entrechoquer deux sujets qu'a priori rien ne reliait !

   Sur la Toile, c'est toujours le scrutin de 2012 et la concurrence entre le président de la République et la famille Le Pen qui inspirent les internautes "croqueurs". On retrouve donc logiquement les jeux sur le mot "voix", comme chez Dilem :

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   On a aussi assisté au retour de Jean-Marie Le Pen au premier plan médiatique. Lui et Nicolas Sarkozy sont présentés dans des positions alternatives, le dindon de la farce n'étant pas toujours le même.

   Pour laplote, c'est Sarkozy qui semble avoir réussi son coup :

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   Pour Placide, le vieux lion semble garder la main sur l'héritage symbolique de Jeanne d'Arc :

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   On remarque la présence de sa fille Marine sur cette caricature. Elle revient assez souvent, en compagnie de Nicolas Sarkozy et, une fois, ô surprise, en présence d'un autre (ex) homme politique qui a défrayé la chronique en 2011 :

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   Si, dans ce cas, le ton est graveleux, sans être vulgaire, sur d'autres dessins, il peut devenir un peu moins léger :

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   La référence aux origines hongroises du président revient plutôt sous les crayons (ultra)conservateurs, pas forcément sans talent, d'ailleurs :

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   Je dois reconnaître que cette Jeanne rigolarde, néanmoins inspirée, a de la gueule. On note aussi une nouvelle référence au vocabulaire associé à la geste johannique ("bouter").

   Quand la droite nationaliste ne pointe pas l'arbre généalogique métissé de Nicolas Sarkozy, elle se gausse de son inculture (supposée) :

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   Mais la nouveauté de ce début de semaine est l'arrivée dans le bain caricatural de l'adversaire numéro 1 de Nicolas Sarkozy pour la prochaine présidentielle : François Hollande. C'est deusa qui a dégainé le premier (la première ?), associant la modernité du fameux "sale mec" (le genre même de polémique bidon gonflée par la valetaille médiatique, associée à des politicards de bas étage) au traditionnel "boutons" :

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   Plus croquignolesque est le "dessin identitaire" proposé par croColive :

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   A Sarkozy d'Arc est opposé un double François, Hollande s'évertuant à régulièrement manifester un grand respect pour ce qu'incarne l'unique président de la République issu de son parti politique. C'est habile de sa part, parce que, dans ce domaine au moins, il fait preuve d'une relative constance. Qui plus est, avec le temps, une partie du mauvais bilan des présidences tontonnesques est passée à l'as. Restent quelques magouilles, ainsi que de bons souvenirs. C'est aussi un bon moyen de fédérer son camp. La démarche de François Hollande n'est finalement pas très éloignée de celle de son rival.

dimanche, 08 janvier 2012

Une pucelle de 600 ans

   Le déplacement de Nicolas Sarkozy (à Domremy et Vaucouleurs) pour la célébration du 600e anniversaire (présumé) de la naissance de Jeanne d'Arc a donné lieu à une débauche d'articles de presse, plus ou moins intéressants. Cela a sans doute permis à leurs lecteurs de se (re)familiariser avec l'histoire de Jeanne d'Arc, qui n'est plus enseignée et dont la majorité de nos concitoyens ne savent bien souvent que ce qu'ils en ont vu à la télévision (qui privilégie un peu trop souvent le clinquant des théories fumeuses).

   Plus intéressant fut le florilège de caricatures publiées principalement sur la Toile. Les auteurs ont souvent fait le lien entre le président de la République et un aspect de l'épopée johannique. Sur Le Post, olivero a mis en valeur l'approche de l'élection présidentielle (le second tour, puisqu'il est question du mois de mai) :

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   Sur agoravox, na! est moins optimiste pour l'actuel occupant de l'Elysée :

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   Sur Le Post encore, jocelynjosso semble aller dans le même sens, mais lui s'appuie sur un élément plus tragique de la vie de Jeanne :

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   Bien évidemment, les observateurs ont relevé la pêche aux voix à laquelle se livre Nicolas Sarkozy, notamment Tropicalboy, foncièrement antisarkozyste :

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      On notera le souci de doter le président-en-campagne-mais-qui-ne-veut-pas-le-dire d'un costume médiéval... et d'un âne pour monture, sans doute pour relever la majesté de la démarche présidentielle.

   Jusqu'à il y a peu, on avait tendance à accuser l'ancien maire de Neuilly de marquer Jean-Marie Le Pen à la culotte. On retrouve encore cette interprétation à l'occasion de ce 600e anniversaire, chez Christian Creseveur :

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   Le dessinateur s'est appuyé sur la passion entretenue par le président pour le cyclisme. Cependant, depuis une paire d'années, ce n'est plus au "père" du FN que l'on compare Nicolas Sarkozy, mais à sa fille. Il est donc logique que la majorité des caricatures parues ces derniers jours ménagent une place à Marine Le Pen.

   C'est sur la rivalité entre les deux (futurs) candidats que les satiristes se sont penchés. A tout seigneur tout honneur, Plantu, dans Le Monde daté du 7 janvier, met en scène la dispute autour de Jeanne d'Arc:

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   Avec son sens de l'à-propos, Plantu fait se télescoper deux événements apparemment non liés. Mais il donne du sens à ce rapprochement : à quoi sert de se quereller à propos de Jeanne d'Arc quand des puissances financières se servent de la France comme terrain de jeu ? Le déchirement du drapeau national pourrait être interprété comme l'affaiblissement de notre pays dans des disputes sans fin, pendant que l'essentiel se joue ailleurs.

   La rivalité devient frontale sous le crayon de GdB :

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   S'il n'est pas inintéressant, ce dessin n'en souffre pas moins de la comparaison avec la production de Plantu. Je l'ai choisi parce qu'il est aussi révélateur de l'un des emprunts effectués par les caricaturistes à l'imagerie johannique : le verbe "bouter".

   On retrouve celui-ci dans deux créations antagonistes, l'une (de wingz) mettant en scène Nicolas Sarkozy...

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   ... l'autre (trouvée sur lasemainedegaby) centré la nouvelle présidente du Front national :

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   Les connaisseurs auront deviné quel est le document source du photomontage : l'affiche du film de Jacques Rivette Jeanne la Pucelle (plus précisément du premier volet : Les Batailles)... qui ne m'avait pas enthousiasmé, à l'époque.

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   Mais le plus étonnant est la place accordée par les caricaturistes à Nadine Morano, ministre chargée de l'Apprentissage et de la Formation professionnelle, donc a priori pas super concernée par la commémoration de la naissance de Jeanne d'Arc. Mais elle est née à Nancy (elle a d'ailleurs passé son enfance dans un quartier populaire emblématique : le Haut du Lièvre) et est élue de Toul, deux villes de Lorraine donc.

   De surcroît, avant de prendre le nom de Morano, elle s'est appelée Pucelle... cela ne s'invente pas ! Comme en plus la dame n'est pas réputée pour sa subtilité, elle en prend plein la figure :

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   On commence gentiment avec Baudry (sur Le Post), qui pointe deux travers de la ministre : sa passion compulsive pour Twitter et son côté groupie de Nicolas Sarkozy. C'est joliment dit, je trouve.

   L'identification progresse avec un nouveau photomontage trouvé sur lasemainedegaby :

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   Il est inspiré d'une photographie extraite du film de Victor Fleming (pas emballant non plus), dans lequel Ingrid Bergman incarnait la "bonne Lorraine" :

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   On retrouve Tropicalboy, plus incisif : il fait le parallèle entre la démarche du patron (N. Sarkozy) et le comportement de son employée dévouée :

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   C'est sur le site d'une talentueuse dessinatrice (qui signe Kate ou Kat) que j'ai trouvé la plus ancienne dénonciation de cette tentative de récupération, à la date du 30 décembre 2011 :

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   On n'ose en effet imaginer ce que certains auraient pu faire dire à cette pauvre Jeanne si elle avait été blonde ! (Oui, elle était bien brune... et pas très grande : autour d'1m60 !)

   Pour la petite histoire, la dessinatrice a récidivé le 6 janvier :

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   Sur le fond, on pourrait objecter à l'auteure que c'est bien au cours de la Guerre de 100 ans qu'un début de conscience nationale a émergé dans notre pays, même si ce fut variable dans l'espace et dans le temps. Vercingétorix, lui, a vu son rôle "national" exalté à partir du XIXe siècle.

   Cela nous amène à aborder un aspect a priori anecdotique de la représentation de Jeanne d'Arc : le drapeau (ou plutôt l'étendard) qu'elle brandit. Le véritable était blanc, à fleurs de lys. S'y trouvaient deux anges et surtout l'expression "Jhesus Maria". On la retrouve très souvent sur les tableaux et les sculptures consacrées à la sainte... par exemple à Rodez, dans l'église Saint-Amans :

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   Tel n'est pas le cas dans les caricatures publiées ces jours derniers. Ainsi, Bar-zing nous montre la Pucelle accoutrée d'une drôle de manière, les couleurs semblant fantaisistes :

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   Je vois bien quelle est l'intention derrière : cet héritage monarchiste de droite, xénophobe, est comparé à du crottin. C'est pertinent dans le contexte actuel, mais la référence historique est approximative concernant Jeanne.

   Sur urtikan.net, Deligne n'est pas plus dans le vrai quand il affuble la Pucelle d'un drapeau tricolore :

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   Là encore, le propos est construit, et pas idiot sur le fond : Nicolas Sarkozy compte sur le sentiment patriotique de certains électeurs pour assurer sa victoire en 2012. Pour cela, il ressort de "vieilles références". Notons que le dessinateur a croisé ce sujet avec la réforme des retraites (sans cesse remise sur l'établi...).

   Rappelons toutefois que le drapeau tricolore, créé lors de la Révolution française, n'est devenu emblème national que dans la seconde moitié du XIXe siècle.

   Ce florilège risque de s'enrichir la semaine qui vient : les hebdomadaires qui paraissent entre le mercredi et le vendredi devraient contenir quelques caricatures savoureuses. Il est même possible que le sujet refasse l'actualité des quotidiens. Plantu, qui s'était lancé naguère dans une série strauss-kahnienne (il en a même fait un bouquin), vient à nouveau (dans le numéro daté du 8 janvier 2012) de puiser dans les références johanniques pour commenter l'actualité :

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   Pour drôle que soit le dessin, il s'appuie, comme tant d'autres, sur une idée reçue : Jeanne a très peu gardé les moutons, même si elle a beaucoup contribué aux travaux de la ferme. Il faut dire que l'idée a été longtemps véhiculée par les histoires saintes et illustrée par des peintres reconnus, comme Lenepveu :

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samedi, 24 septembre 2011

Deux-trois choses sur certains ancêtres de Nicolas Sarkozy

   Je vais rebondir sur un article publié dans Le Monde daté du vendredi 23 septembre (pour la version papier) : "Sarkozy, l'Israélo-Palestinien", signé Natalie Nougayrède. (J'ai naguère beaucoup apprécié la couverture de l'actualité russe par cette ancienne correspondante à Moscou, dont le rappel à Paris m'avait paru soudain. Devenue une sorte d'éditorialiste à l'International, elle a été un temps ostracisée par Bernard Kouchner.)

   Commençons par observer l'habillage. J'ai d'abord lu l'article dans la version papier. Il est illustré par ce montage photographique :

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   Le cadre, rapproché, suggère une grande intimité. Si le président français est plus souriant avec son homologue palestinien, on remarque toutefois que le Premier ministre israélien B. Nétanyahou semble sur le point de lui "rouler une pelle" !

   Mais les lecteurs de la seule version numérique se sont vu offrir une autre illustration :

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   Elle est plus ancienne (Ehud Olmert n'est plus Premier ministre depuis environ deux ans et demi) et plus institutionnelle. Le président français est dans un rôle d'intermédiaire. (Notons au passage que cette image le montre moins âgé, les cheveux moins grisonnants...) Si les sourires sont là, l'ambiance n'est tout de même pas aussi intime que sur la version papier. (Les esprits particulièrement pointilleux auront relevé la légère différence orthographique dans le titre. C'est la version publiée sur la Toile qui est juste... et cela tombe bien : chaque "facette" a droit à sa majuscule... mais pas à la poignée de mains !)

   Tout cela nous amène aux ancêtres maternels du président français (dont il est question dans l'article). S'il est bien catholique, fils de deux parents nés catholiques, de quatre grands-parents catholiques, l'un de ceux-ci a connu une vie agitée, comme on peut le lire dans un passionnant dossier publié par Le Nouvel Observateur en 2010.

   On apprend que le grand-père maternel de N. Sarkozy, Aron Benedict Mallah, est né dans la communauté juive de Salonique, ville que sa mère a quittée en compagnie de ses enfants après la mort de son époux. Voilà le (futur) grand-père installé en France, très attaché à sa nouvelle patrie. Il épouse Adèle Bouvier et se convertit au catholicisme. Le couple n'a eu que deux filles, Suzanne (sans descendance) et Andrée (la mère de Nicolas). Durant la Seconde guerre mondiale, la famille quitte Paris pour la zone non occupée (jusque fin 1942), puis reste cachée en Corrèze.

   Presque tous les frères et soeurs du grand-père Benedict (qui sont demeurés juifs) ont échappé à l'extermination. L'exception est la petite soeur Henriette (née en 1911, peu avant la mort du père de Benedict). D'après Le Nouvel Observateur, elle aurait été déportée en 1943 de Salonique (le berceau familial), où elle était revenue s'installer. Cependant, quand on cherche une Henriette Mallah parmi les victimes de la Shoah, les deux réponses trouvées ne concordent pas totalement avec cette version.

   La première Henriette Mallah était plus âgée (née en 1895) et notée comme originaire de Cavalla (Kavala), située dans une région proche de Salonique (Thessalonique) :

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   Elle a été déportée à Auschwitz à partir de Drancy en avril 1944.

   La seconde Henriette Mallah était plus jeune, née en 1911 à Salonique. Cela correspondrait à la grand-tante de Nicolas Sarkozy. Mais elle aussi a été déportée à Drancy puis Auschwitz, en 1944. On peut en déduire que, si c'est bien la bonne personne, l'article du Nouvel Obs contient deux approximations, sur la date et le lieu de départ de la déportation... à moins que la grand-tante ne soit une autre Henriette Mallah, ou que, dans les registres, elle porte le nom de son mari, déporté avec elle et leur fille.

   Je penche pour la première solution (une erreur du Nouvel Observateur). Voici pourquoi. Sur un site sépharade qui traite de la déportation des juifs de Salonique, j'ai trouvé l'information suivante :

"Dans une note confidentielle, l'Ambassadeur allemand à Paris, en date du 15 juillet 1943, transmet à Roethke une liste de 32 juifs de Salonique ayant la nationalité française et signale qu'il ont été "expédiés" (abberfördert worden) sans préciser si c'était vers Auschwitz ou Drancy (CDJC, CXXV-32)"

   Il est logique de conclure que la soeur du grand-père de Nicolas Sarkozy, si elle était retournée, à un moment de sa vie, s'installer à Salonique (où elle était née), était ensuite revenue en France métropolitaine, d'où elle avait été déportée. Quant à la confusion des dates, elle est peut-être due au fait qu'Henriette Mallah n'a pas été immédiatement envoyée de Drancy à Auschwitz. Elle a pu être internée dans le camp situé au nord-est de Paris dès 1943, avant d'être déportée en Pologne en 1944.

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dimanche, 12 septembre 2010

De Pierre Perret à Nicolas Sarkozy

   D'habitude, je n'aime pas les attaques sur le physique des gens. Je me suis même déjà pris le chou  avec des collègues au sujet de Sarkozy quand les attaques ciblaient uniquement sa taille.

   Mais là, franchement, la parodie que je vous propose d'écouter est vraiment bien fichue. Comme vous vous en doutez sûrement après avoir vu le titre, c'est la chanson Le Zizi qui a été détournée. L'interprète est censée être Carla Bruni... Y a eu un gros boulot sur les rimes, moi j'vous l'dis !

samedi, 17 juillet 2010

République irréprochable

   J'ai repensé aux propos tenus par le candidat Nicolas Sarkozy pendant la campagne de 2007. J'ai revu le petit film de propagande qui  avait été tourné à cette occasion.

   "Le président de la République, c'est l'homme de la Nation, ce n'est pas l'homme d'un parti, ce n'est pas l'homme d'un clan." Jolie formule... qui a été mise en pratique, à des degrés divers. D'un côté, il y a les has been qui ont pu revenir dans le bain grâce à l'attention présidentielle (Bernard Kouchner, Frédéric Mitterrand au gouvernement, Michel Charasse au Conseil constitutionnel... et pourquoi pas Jean-Luc Hees à Radio France). De l'autre, il y a des personnages plus prometteurs. Eric Besson a semble-t-il fait passer son ambition avant ses convictions. Il fut pourtant coordonnateur et préfacier d'une critique acerbe du sarkozysme :

L'inquietante_rupture_tranquile_de_monsieur_Sarkozy.pdf

   L'arrivée de Philippe Val (ancien rédacteur en chef de Charlie Hebdo) à France Inter peut passer pour un beau symbole d'ouverture, mais, quand on  a vu la suite, on se demande qui s'est le plus ouvert à l'autre... Par contre, l'arrivée de Didier Migaud à la Cour des Comptes, tout comme l'attribution de la présidence de la commission des Finances de l'Assemblée nationale à un socialiste, sont deux manifestations de modernisation de la vie politique française telle que Nicolas Sarkozy l'avait annoncée. Mais il y a aussi la face sombre, celle du "clan du Fouquet's", dont les membres sont soupçonnés être les grands gagnants de la politique sarkozyenne...

   "Je veux que les nominations soient irréprochables." Quel exemple choisir ? Là, il faut regarder du côté des entreprises (semi)publiques. Le cas d'Henri Proglio, bombardé à la tête d'E.D.F., illustre assez bien à quel point les mauvaises habitudes ont la vie dure. Si les personnes choisies pour exercer de hautes responsabilités sont souvent compétentes, la manière dont elles ont été désignées rappelle encore et toujours le "fait du prince".

   "Je veux que le Parlement ait davantage de pouvoirs." Pas facile à mettre en pratique lorsque les lois sont presque toutes issues de projets gouvernementaux. Et quand, par malheur, une partie des députés ou des sénateurs de la majorité se rebelle (ou fait mine), le pouvoir exécutif a tendance à sortir le gourdin.

   "Je veux que les ministres soient moins nombreux, quinze, au maximum, et qu'ils rendent des comptes" François Fillon inclus, on en est à 21 ministres... auxquels il faut ajouter 17 secrétaires d'Etat, eux aussi membres du gouvernement. Quant à rendre des comptes... au président, oui, mais aux citoyens, non !

   "Mais je veux changer la pratique de la République. Plus de simplicité, plus de proximité"... Je n'ai pas l'impression que les pratiques en vigueur au sommet de l'Etat aient changé... Quant à la simplicité et à la proximité, on ne peut pas dire que la réforme des collectivités territoriales aille dans ce sens, même si, au départ, on pouvait y croire.

   A la fin, il est question d'une "démocratie moderne, qui sera exemplaire au regard du monde". Cela fait écho à la plaquette du candidat, plus précisément au deuxième point, "Une démocratie irréprochable", où il est écrit (en caractères gras, s'il-vous-plaît) "Je veillerai rigoureusement à l'indépendance de la justice"... alors qu'il tente de faire le contraire. Les multiples affaires tournant autour de Liliane Bettencourt et d'Eric Woerth, loin de poser la France en modèle, la présentent comme un repoussoir aux yeux des démocrates du monde entier.

   Dans les dernières secondes de ce film à diffusion nationale, les Aveyronnais auront vu passer quelques visages connus :

Sarkozy viaduc.jpg

   Avec le viaduc de Millau à l'arrière-plan, la scène est (presque) grandiose. Elle se déroule pendant la campagne de 2007, en janvier me semble-t-il, la date figurant sur l'article du Figaro étant sans doute erronée. (Comment Nicolas Sarkozy pourrait-il encore être "candidat" à l'élection présidentielle en novembre 2007 ?)

   A gauche de l'image se trouve Jean Puech, qui était encore président du conseil général de l'Aveyron à l'époque. Il a depuis renoncé à ce mandat... et essuyé une belle défaite aux élections sénatoriales de 2008 ! A droite, on note la présence de Jacques Godfrain (encore maire de Millau en 2007, il a été déboulonné l'année suivante) et Yves Censi, qui a conservé son mandat (unique, c'est à signaler) de député de la première circonscription de l'Aveyron (à l'époque, il avait peur que le fiston Puech ne lui pique la place). A gauche de tout ce beau monde, dans la séquence originale, se trouvent, sauf erreur de ma part, Brice Hortefeux et Jean-François Roverato (le papy barbu juste à côté de J. Puech), P.D.G. du groupe Eiffage, qui a construit le viaduc (et tire de son exploitation de substantiels profits).

   C'est dingue mais, si on laisse de côté une seconde scène (qui doit avoir été tournée en province, mais il n'est pas facile de dire où), l'Aveyron est le seul département clairement identifiable dans ce film ! N'existerait-il pas d'autres versions, dans lesquelles seule une partie de la fin serait changée ?

samedi, 03 juillet 2010

Comment les médias ont rendu compte de la visite de Nicolas Sarkozy en Aveyron

   Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas m'intéresser aux médias locaux (à une exception près), mais à leurs collègues nationaux, quotidiens et hebdomadaires.

   L'Aveyron, a fortiori le Carladez, c'est loin, enclavé... et pas très "hype" pour qui prise la vie de citadin friqué. Du coup, quand le président de la République se déplace dans un coin paumé, on n'envoie pas forcément de journaliste accrédité. On compte puiser dans les comptes-rendus des agences de presse... quitte à commettre des erreurs.

   La dépêche AFP a été tout simplement recopiée par plusieurs organes de presse, notamment L'Express, Le Point et La Croix, qui ont utilisé les mêmes photographies (une seule pour Le Point)... et publié la même erreur, orthographiant mal le nom de la commune de Mur-de-Barrez ("Mur-de-Barrèze" à chaque fois). A l'étranger, le même texte est publié dans dans le quotidien suisse Le Temps, par exemple... Et, ô surprise ! Midi Libre est pris les doigts dans le pot de confiture :

Midi Libre Sarkozy Brommat 01 07 2010 ter2.jpg

   On ne retrouve cependant pas cette erreur sur le site de France24, qui a pourtant puisé à la même source, parce que la dépêche a été contractée, le passage incriminé ayant disparu du texte final.

   Fort heureusement, ce manque de professionnalisme n'est pas étendu à tout ce qui a été publié sur le sujet. Dans Le Point lui-même, un second article a été écrit à partir d'une dépêche de l'agence Reuters... sans faute. On peut faire la même remarque à propos du Nouvel Observateur, qui s'est appuyé sur le travail d'une autre agence, Associated Press (AP).

   Je trouve quand même sidérant que ce soit l'agence de presse française (l'AFP) qui fournisse un billet comportant une erreur grossière, alors que ses concurrentes britannique (Reuters) et américaine (Associated Press) ont été plus performantes (mais moins prolixes au niveau des photographies, semble-t-il).

   Ah ben, tiens, causons un peu des photos. Si vous avez jeté un coup d'oeil aux articles vers lesquels mènent les liens précédents, vous vous êtes aperçus que certaines "têtes" se sont arrangées pour figurer dans le champ des photographes et des caméras. S'il est parfaitement normal que les agriculteurs rencontrés par Nicolas Sarkozy soient représentés en sa compagnie, on peut se demander ce que viennent faire le président du Conseil général, Jean-Claude Luche, et le député de la circonsciption Yves Censi (ainsi que son collègue Alain Marc, élu de la région de Millau !) alors que, d'après la presse, ils n'ont joué aucun rôle dans cette manifestation soigneusement organisée, cadrée et minutée... Faut-il préciser que tout ce beau monde est à l'U.M.P. ?

   De son côté, le conseiller général et maire de Brommat (écharpe apparente) Francis Issanchou semble avoir su jouer des coudes pour figurer aux premières loges :

Issanchou Sarkozy 2010.jpg

   On note aussi la présence de l'ancien omniprésident du Conseil général de l'Aveyron, Jean Puech, visible notamment dans une vidéo disponible sur le site du quotidien auvergnat La Montagne. (On peut d'ailleurs lire avec profit le récit de la journée par le correspondant cantalien du journal.)

   Sur le sujet, j'ai aussi bien aimé le "post" d'un blogueur, très attaché aux détails du déroulement de la visite.

   Je me dois aussi de signaler une vidéo de Karl Zéro dans laquelle celui-ci se veut critique du président... tout en manifestant un certain mépris pour les Aveyronnais.

   Un petit cadeau, pour terminer. Je me suis permis de détourner une photographie prise pendant la visite (on la trouve sur le site de La Dépêche du Midi et le blog d'Alain Marc). J'ose espérer que nos éminences aveyronnaises ne se formaliseront pas trop de cette pochade :

Alain Marc Sarkozy 2010.jpg

samedi, 17 octobre 2009

Les ânes font-ils de la politique ?

   J'aime bien la randonnée. Mais que diable la politique vient-elle faire là-dedans ? Eh bien, il s'avère que ce samedi, j'ai avalé un sympathique parcours dans le Cantal, pas très loin de l'Aveyron, puisqu'il s'agit de la partie cantalienne de l'Aubrac (la moins riche, disent les mauvaises langues).

   En tout début d'après-midi, le temps était couvert et, au sommet des collines, je peux vous dire qu'on entendait siffler le vent ! Le temps s'est éclairci par la suite. J'aime bien ce parcours de randonnée, prévu pour durer 4 heures (mais que je termine en 3h15 - 3h30, pauses incluses... y a pas de raison que je ne me vante pas un peu, hein).

   On passe par des prés, on croise des bovins si typiques :

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   Jolie scène, non ? Pour continuer la marche, il me fallait longer la clôture, à droite. J'ai fait un petit détour, sous le regard étonné des autres bovidés du pré.

   Parfois, je me réjouis de ne pas avoir à en traverser un, vu le regard que l'on me jette :

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   Tout ça pour dire que le coin est magnifique et que, quand on se retrouve en hauteur, la vue est imprenable :

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   Là, on est proche du départ. On distingue bien le bourg de Chaudes-Aigues.

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   A ce moment-là, on a atteint le premier sommet et on amorce la première descente, qui va mener à la confluence du Remontalou (le cours d'eau communal) et de la Truyère (LA célébrité de la région) :

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   En remontant, on a une intéressante vue du barrage de Lanau :

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   Dans la partie boisée, on entend ou voit fréquemment des animaux. Aujourd'hui, il m'a semblé percevoir les mouvements d'un cervidé, en fuite. Je n'ai pas tardé à comprendre pourquoi : j'ai vite croisé la route d'un chasseur du samedi, accompagné de deux chiens. Plus loin, c'est même une battue qui était organisée... J'espère qu'ils n'ont pas attrapé la bête. Plus loin, quand on revient sur Chaudes-Aigues, on croise notamment des ânes :

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   Celui-ci était assez timide. Par contre, le cheval qui était avec lui dans le pré s'est approché puis, quand il a vu que je n'avais rien à lui donner à manger, s'est désintéressé de moi.

   J'ai retrouvé des ânes en toute fin de randonnée, quand je suis retourné sur le parking où je m'étais garé. J'étais en train de me changer quand j'ai été abordé par une vieille dame, qui m'a demandé si j'avais vu son mari, qu'elle m'a décrit. Je lui ai répondu que non. Nous avons ensuite engagé la conversation. Elle m'a dit qu'elle devait le retrouver ici. Il était en train de promener leur chien et devait la rejoindre pour nourrir les ânes.

   Nourrir les ânes ??? En effet, derrière le parking, dans un petit pré fermé par du grillage haut, trois ânes venaient d'arriver. Ils observaient les humains (pas très nombreux) présents sur le parking. Au loin, une bande de papys rigolards jouait à la pétanque. Deux femmes sont venues ranger leurs courses dans leur voiture... provoquant une manifestation particulièrement bruyante des équidés aux longues zoreilles !

   Peu de temps après est arrivé le mari, qui a laissé le chien à sa femme et s'est approché du grillage. Il a dénoué un sac en plastique et a tendu un quignon de pain à l'âne gris (doté d'une robe magnifique, comme vous allez pouvoir le constater plus bas) en lui disant : "Allez Sarko, viens !" Et l'âne gris s'est approché !!!!!

   Là, j'ai éclaté de rire !

   La grand-mère était un peu gênée. Elle m'a dit que le surnom ne venait pas d'eux. Ce sont des habitants du coin qui, un jour, voyant son mari apporter de la nourriture aux ânes, lui auraient dit : "Alors, tu vas donner à manger à Sarko ?"

   Il est donc temps de vous présenter l'animal en question. sachez tout d'abord qu'il est très sensible aux médias :

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   Quand il m'a vu dégainer mon appareil photo numérique, il s'est empressé de prendre la pose !

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   Vous noterez son envie de passer avant les autres ânes...
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   ... au besoin en poussant un peu du museau.
   Il paraît aussi que, lorsque "Sarko" n'est pas content, il pique une crise et qu'on l'entend des kilomètres à la ronde !
   Vraiment, les gens sont médisants !
   Pour les amateurs de mauvais esprit :