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vendredi, 09 juillet 2010

Bébés

   C'est produit par Studiocanal, sur une idée d'Alain Chabat. Quatre enfants sont suivis, deux dans des familles aisées de pays développés (au Japon et aux Etats-Unis), deux dans des pays en développement (en Mongolie et, pour les plus pauvres, en Namibie). Cela s'inspire un peu du film Le premier cri, autre documentaire "natalitaire".

   La grande différence est qu'alors que le précédent film s'achevait avec la naissance, celle-ci sert de point de départ à Bébés. Une courte séquence nous ramène toutefois un peu en arrière. Ensuite, on suit l'évolution comparée des quatre bambins, dans leurs familles respectives, dans leurs environnements respectifs. On a l'émoi de la naissance, la fragilité des premiers jours. Ils sont tous trognons. Mais, au bout de quelques semaines, les cheveux ont poussé, les traits de sont affirmés et ils sont nettement moins jolis, surtout qu'on ne nous cache rien de leur quotidien (le Mongol urine sur le dos, à l'aise dans la yourte et le Namibien chie sans complexe sur la cuisse de sa mère). Certains deviennent très capricieux.

   Les contextes familiaux sont différents : en Mongolie et en Namibie, il faut vite affronter les frères et soeurs, parfois très jaloux, alors qu'au Japon et aux Etats-Unis, on a affaire à des enfants uniques. Le film se veut aussi engagé : il confronte le luxe de protections dont bénéficient les enfants américain et japonais (avec de bien jolies chambres et une foultitude de jouets) à la précarité de la situation de l'Africain et du Mongol (un moment à la merci d'un coq audacieux). Il est évident qu'ils ne démarrent pas leurs vies avec les mêmes chances de s'y épanouir.

   Dans chaque pays, l'enfance est proche du monde animal. Trois fois sur quatre, les chats sont les compagnons privilégiés des gamins. En Mongolie, le frère aîné fait souffrir ce pauvre sac à puces, alors qu'aux Etats-Unis, le matou est mieux traité, mais pas très joueur ; au Japon, s'il fait montre d'une certaine jalousie au départ, il accepte vite la nouvelle arrivante. En Namibie par contre, seul un chien maigrichon accompagne les enfants.

   Dans chaque pays encore, on remarque la sexualisation des tâches : aux mères la gestion de la marmaille (les pères donnent un coup de main aux Etats-Unis et au Japon, mais l'on sent bien que ce n'est pas trop leur kif). Les papas, assez peu présents finalement, sont dans une fonction de pourvoyeur de biens pour la famille.

   On peut donc voir ce court film (1h15) de plusieurs manières : comme un document anecdotique, souvent drôle ou comme une tentative de sociologie comparative, inaboutie à mon avis.

   Il aurait été beaucoup plus audacieux de choisir des enfants de familles namibiennes et mongoles aisées (encore que cette dernière ne soit pas miséreuse) et, au contraire, de sélectionner des rejetons d'Américains et de Japonais pauvres. On pourrait ainsi accuser le film de contribuer à enraciner certains stéréotypes, d'autant plus que les mères ont été à mon avis "castées" : dans des genres très différents, elles sont assez mignonnes, sans être des "canons".

   Mais, dans la torpeur estivale, face à l'avalanche de bouses pour décérébrés qui occupent sans vergogne les écrans, ce petit film est assez rafraîchissant.

21:15 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinéma, cinema

jeudi, 08 juillet 2010

Les cultureux aiment Pierre Soulages

   C'est en tout cas ce qui ressort d'un sondage publié dans la revue Art absolument, il y a plus de deux mois. L'écho m'en est parvenu par le quotidien Le Monde du 15 avril 2010 :

LeMonde 15 04 2010.JPG

   Il s'agit du résultat d'un sondage réalisé auprès des adhérents de la Maison des artistes. Mais, d'après Le Point, sur 13 500 membres, seuls 2 881 ont répondu au questionnaire en ligne. Cela relativise un peu les résultats, puisque la participation se monte à 21 %... à comparer toutefois aux bases des sondages trop souvent utilisés par nos media : 700 à 1 000 personnes sont en général interrogées.

   Un autre défaut de cette consultation est de nous proposer l'avis de spécialistes (parfois concurrents), dont l'opinion n'est pas forcément annonciatrice de ce que retiendra la postérité.

   Mais le principal reproche que je fais à cette consultation est d'être orientée. En effet, les artistes ont été consultés en février 2010, alors que la rétrospective Soulages battait son plein au Centre Beaubourg. Difficile d'évacuer l'idée que l'actualité a pu influer sur le choix des votants. C'est, encore et toujours, un aspect de l'offensive Soulages...

mercredi, 07 juillet 2010

Une Aubrac authentique ?

   La célèbre vache tire son nom du relief sur lequel on la trouve : le plateau de l'Aubrac :

aubrac_carte_relief.jpg

   Notez qu'il existe un village nommé Aubrac, situé sur le territoire de la commune de Saint-Chély-d'Aubrac. Il n'est donc pas étonnant qu'une région naturelle aveyronnaise porte ce nom (elle est en gros délimitée par deux rivières, la Truyère et le Lot) :

Carte partie aveyronnaise.jpg
  
(La commune entourée de rouge est Rodez.)

   C'est le cas aussi en Lozère, même si là c'est l'autoroute A75 qui semble en être une limite :

Carte partie lozérienne.gif

   Enfin, une toute petite partie de l'Auvergne (dans le rectangle noir) complète le tout :

carte_auvergne_medium.jpg

   Il s'agit du Sud du Cantal, le canton de Chaudes-Aigues (où l'on peut faire de jolies balades), délimité au nord par la Truyère :

Chaudes-Aigues canton.jpg

   Tout ça pour dire quoi ? Ben que les Auvergnats en général et les Cantaliens en particulier ont parfois tendance à vouloir tirer la couverture à eux. L'Aubrac, c'est d'abord l'Aveyron, hein !

   Cependant, j'ai récemment vaqué aux alentours de Saint-Flour, une charmante commune située un peu au nord du canton de Chaudes-Aigues. Voici ce que j'ai acheté dans un commerce du centre-ville :

Peluche 1.JPG

   Cette peluche est censée incarner une vache Aubrac. (Une fausse Salers est aussi proposée à la vente.) Ce produit est commercialisé par l'entreprise CEDATEC, dont les commerciaux sont français, mais dont je me demande si les produits (tels que les peluches) ne sont pas importés d'Asie du Sud-Est...

   Le suspense est insoutenable... Vous vous demandez si je l'ai fait... Oui ! J'ai pressé le ventre de la vachette... et j'ai entendu ceci :


Dirty Diaries

   Du cul ! Du cul ! Du cul ! Mais attention, hein, c'est du cul noble, pas misogyne et c'est du vrai cinéma, pas de la vidéo bâclée pour samedis soirs esseulés, plutôt de l'art et essai revendicatif, parfois bien léché (au propre comme au figuré...). Je préviens les âmes sensibles : les gros plans anatomiques sont légion et, comme dirait un de mes anciens camarades de fac, "on voit vach'ment bien les steaks des dames !"

   Cela commence par une série de masturbations féminines, autofilmées. Première claque. On continue avec "Skin", le meilleur film de l'ensemble selon moi, assez stylisé, très beau, dont un extrait a été mis en ligne pour suce-hiter la curiosité des internautes.

   On continue avec une production qui associe les fruits au sexe... et à l'anus.  Faut aimer. Je pense qu'il y a une réelle volonté de choquer dans ce court-métrage, non pas par des actes, mais par des associations d'idées. Confirmation après visionnage : un trou du cul, c'est moche (et pas que dans le gouvernement Fillon).

   Ensuite vient une séquence de sexe hétéro classique, genre le retour de soirée qui se termine par une bonne baise. C'est sympa mais, comme "Skin" est passé avant, on voit la faiblesse formelle de cette séquence par rapport à la première.

   "Dildoman" est l'histoire d'un club échangiste, où le seul moyen pour un homme de pénétrer une femme est de se transformer en godemiché humain... C'est présenté sous la forme d'une animation en noir et blanc, les traits étant blancs, un peu comme dans le célèbre programme "la linea", diffusé jadis à la télévision française (un échantillon ici), quand elle se piquait d'inventivité. (Je vous parle d'un temps, que les moins de vingt ans...) Grosse différence toutefois : "la linea" n'avait presque rien de sexuel... mais était beaucoup plus corrosif que ce petit film.

   "Bodycontact" est une utilisation de la pornographie (et d'internet) pour dénoncer la beaufitude... Amusant, mais est-il besoin de "s'investir" autant pour arriver au résultat souhaité ?

   "Red like berry" m'a paru trop intello. A partir de ce moment-là, j'ai trouvé les films plus monotones. Ils sont très souvent une illustration et une défense de l'homosexualité féminine (y a des mecs hétéros pour qui regarder deux lesbiennes en action est "tripant"...). Je sais que cela est inhérent au projet, mais l'accumulation lasse, même si la séquence de baston entre gouines est originale. Ceux qui détestent la police goûteront tout particulièrement "Authority", très sado-maso.

   Fort heureusement pour moi, cette deuxième moitié a été illuminée par "Flasher Girl on Tour", l'histoire d'une exhibitionniste frappadingue qui vient kiffer sa race à Paris. C'est parfois hilarant... mais cette fille est vraiment complètement barrée !

   On termine avec "For the liberation of men", une apologie de la travelo attitude que j'ai peu goûtée. On remarque d'ailleurs qu'il a été peu question d'homosexualité masculine dans cette série, alors que, si elle avait été tournée par un Français, un Britannique ou un Américain, je pense qu'on aurait eu droit à notre lot de sodomies. (Les amateurs doivent se tourner du côté de Shortbus.)

   J'oubliais la musique. Les additionnelles ne m'ont pas paru terribles, mais les principaux morceaux d'accompagnement, signés Fever Ray, sont très sympas.

13:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : film, cinema, cinéma

lundi, 05 juillet 2010

Marga

   C'est le prénom d'une Allemande juive, épouse de Siegmund Spiegel (surnommé Menne), un vendeur de chevaux de Westphalie, dans la région de Münster (aujourd'hui dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, frontalier des Pays-Bas et de la Belgique). De 1943 à 1945, des paysans de leur village vont les cacher, les sauvant ainsi de l'extermination, qui a frappé tous les autres juifs de la contrée.

   Ce film montre donc l'exception (moins de 500 "Justes" ont été identifiés en Allemagne, contre plus de 2 500 en France, par exemple), mais une exception dont on a besoin aujourd'hui, l'Allemagne actuelle n'ayant plus rien à voir avec celle d'Hitler. Le film ne fait toutefois pas l'impasse sur l'antisémitisme d'une bonne partie de la population, le poids de la propagande gouvernementale... et la crainte qu'inspirent les forces de l'ordre et les activistes nazis. Plus subtilement, il montre aussi comment le patriotisme légitime des populations est récupéré par la propagande hitlérienne. (Notons cependant qu'il n'a pas suscité un intérêt exceptionnel en Allemagne, où, d'après le JDD, moins de 500 000 spectateurs l'ont vu.)

   C'est surtout un film d'intérieurs. C'est lié à l'enfermement que subissent les membres de cette famille juive mais, à part le père, qui a passé la fin de la guerre cloîtré dans un grenier, les autres ont eu une vie en apparence "normale", à ceci près qu'on les faisait passer pour catholiques. Le fait que l'un des scénaristes soit un metteur en scène de théâtre a dû peser dans les choix opérés... Les scènes de soirée et de nuit sont notamment très réussies.

   Dans deux fermes cohabitent donc juifs et catholiques (certains au courant, certains non), sous la menace des bombardements (on est en 1943, au début de l'histoire, et l'ouest de l'Allemagne subit déjà ce genre de désagréments). Le film joue essentiellement sur les tensions entre les personnages, partagés entre la jalousie et la philanthropie.

   C'est vraiment un beau film, humaniste, fondé sur une histoire vraie. (Il est inspiré des mémoires écrits par la rescapée.) Si l'on peut regretter quelques facilités, l'ensemble est toutefois de bonne facture.

   P.S.

   La vraie Marga est toujours vivante et le passionnant dossier de presse contient un entretien avec elle. On peut le retrouver, avec bien d'autres choses, sur le site internet du film.

   Sur l'opposition allemande au nazisme, on peut voir et revoir Sophie Scholl.