jeudi, 09 mai 2013
Sous surveillance
Le nouveau film de Robert Redford (dont le titre original est The Company you keep) peut se lire à plusieurs niveaux. C'est d'abord un polar, avec un fugitif et une énigme concernant un crime commis plus de 40 ans auparavant. Une seconde énigme apparaît en cours d'histoire, autour du personnage d'un enfant. Les spectateurs découvrent la plupart des secrets en suivant l'enquête du jeune journaliste (hommage de Redford au "quatrième pouvoir", qu'il n'hésite pourtant pas à critiquer). C'est aussi un film politique, sur l'engagement gauchiste d'une partie de la jeunesse étudiante américaine des années 1960. C'est enfin un film sur l'amour, celui avec un grand A, inatteignable (?) et fugace (?), mais aussi celui qui dure.
Le scénario est bien ficelé et le casting alléchant. Robert (un peu âgé pour le rôle, même s'il s'entretient) a fait venir de vieux potes, comme Nick Nolte (qu'on a dû sortir de l'hospice sur un brancard, tant il semble voir du mal à se déplacer... et à parler, dans la V.O.) Susan Sarandon et Julie Christie. Ils sont accompagnés d'autres valeurs sûres comme Brendan Gleeson, Stanley Tucci, Chris Cooper et Terrence Howard, tous excellents seconds rôles. On a ajouté quelques djeunses, notamment Brit Marling, Anna Kendrick et l'énervant Shia LaBeouf (qui arbore durant tout le film la même barbe de trois jours et semble toujours mastiquer le même chewing gum)... sans doute pour élargir le public.
Toutefois, cela manque un peu de pêche. Redford n'est pas toujours crédible en fugitif. Heureusement que les autres assurent, autour de lui. Ce n'est donc pas LE grand film sur l'activisme politique. Il pose néanmoins de bonnes questions, sur l'engagement (superbe scène avec S. Sarandon en prison) et sur l'amour. Cela se suit sans déplaisir. C'est un peu meilleur que le décevant Lions et agneaux, sans plus.
23:12 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film
Stanko Kristic à Albi
Cet artiste d'origine yougoslave (il est serbe), arrivé en France il y a une quarantaine d'années (et installé dans le charmant village de Cordes-sur-Ciel), expose certaines de ses oeuvres à l'Hôtel Rochegude, à Albi, jusqu'au 15 mai. (C'est ouvert de 13 heures à 19 heures, sauf le mardi.)
Dès l'entrée dans la cour, on est accueilli par quatre sculptures de grande taille, le plus belle étant pour moi la licorne en acier inoxydable :
Elle est notamment accompagnée d'une "Centauresse comédienne" et d'une "Pégasine mama". C'est donc la mythologie grecque qui inspire Stanko Kristic, qui travaille toutes sortes de matériaux, principalement les métaux et la céramique.
A l'intérieur du bâtiment, les oeuvres sont réparties dans trois pièces. On y trouve des représentations de divinités grecques, notamment Zeus et Athéna, en buste. Mais la plus impressionnante est sans conteste Aphrodite, qui occupe presque la totalité de la hauteur de la salle :
L'absence de bras évoque évidemment la Vénus de Milo (qui est sans doute une représentation d'Aphrodite). On remarque aussi l'étrange lueur au niveau du visage : les statues de céramique sont éclairées de l'intérieur, ce qui, sur place, leur donne un aspect encore plus étonnant, que les photographies ne rendent que très partiellement.
De la mythologie grecque, Stanko Kristic a retenu l'importance de certains animaux, au premier rang desquels le taureau, présent une dizaine de fois dans l'exposition. J'ai été particulièrement impressionné par le "Taureau de combat" que voici :
Quand ce ne sont pas les taureaux qui l'inspirent, ce sont les chevaux. Ils sont aussi très présents. N'oublions pas que le plus célèbre d'entre eux est un animal géant, mais factice :
Ce "Cheval de Troie", cabré, est marqué de visages humains (parfois rieurs), ceux des soldats grecs cachés à l'intérieur. L'un d'entre eux est sans doute celui d'Ulysse. L'un des équidés est représentés dans une curieuse posture :
Intitulée "La Musique divine", cette oeuvre témoigne de l'influence du surréalisme sur l'artiste serbe. Notons que l'animal possède quatre pattes et deux bras ! On n'est donc pas très étonné de trouver, à quelques mètres de là, une sculpture rappelant le style de Picasso :
"La Puissance de la coiffe bleue" m'a fait penser à "La Femme qui pleure" :
Concernant la sculpture, je conseille d'essayer de la regarder de profil, des deux côtés. Il me semble que Kristic a essayé de transcrire en trois dimensions ce que Picasso avait réussi à représenter en deux.
Outre le surréalise et le cubisme, l'expressionnisme a inspiré l'artiste, notamment dans certaines représentations humaines, comme "Les Emotions nostalgiques" :
L'humour n'est pas absent de son oeuvre, comme dans "Bisou mon amour". De temps en temps, un petit clin d'oeil vient égayer le résultat d'un travail sérieux. C'est d'ailleurs parfois intrigant, comme dans "La Déesse Sylvie" :
Allez, je vous aide :
Sachez que cette oeuvre risque de ne plus être exposée, puisque c'est une commande. (La dame doit se prénommer Sylvie, je présume.) Les fautes d'orthographe sont volontaires. Appelons ça une licence poétique...
Et la politique dans tout cela ? Elle ne semble guère inspirer Kristic, qui ne l'aborde que dans une seule oeuvre, "Etude de la politique" :
Bref, pour lui, c'est du bla-bla. Un peu lapidaire, certes, mais la sculpture a de la gueule, si j'ose dire ! Je termine par une production un peu particulière, qui parlera aux Aveyronnais :
Elle s'intitule "L'Homme mouton".
Vraiment, si vous en avez le temps et l'occasion, d'ici le 15 mai, courez voir cette exposition, qui mériterait de figurer dans un musée aveyronnais.
13:05 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : art, culture, actualité


