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mercredi, 28 décembre 2016

Algérie du possible

   Ce documentaire tourne autour de la mort d'Yves Mathieu, anticolonialiste français décédé dans un mystérieux accident de la route, en 1966, dans l'Algérie indépendante. Il a été réalisé par sa fille, Viviane Candas. Pour cela, il lui a fallu du temps, plus de quatre ans : parmi les personnes interrogées, on reconnaît l'avocat Jacques Vergès, mort en 2013 (et dont le frère est décédé le mois dernier).

   La première partie du film présente la lutte pendant la guerre d'Algérie. Yves Mathieu, ancien résistant, est à l'époque un avocat communiste, qui défend les combattants du FLN et les Métropolitains ou les pieds-noirs qui soutiennent sa cause. L'affaire la plus retentissante est celle de l'attentat contre les installations industrialo-portuaires de Marseille. Techniquement, à l'écran, la réalisatrice croise les images d'archives avec des reconstitutions s'appuyant sur des objets : toge d'avocat, stylo, carte d'identité... Cela donne un aspect concret aux propos qui sont tenus. Je reproche toutefois au film de ne pas clairement distinguer (pour les spectateurs non avertis) les images d'archives des extraits de fiction. Tout est mis sur le même plan.

   Pour les militants, le plus dur a commencé après la guerre, lorsque l'Algérie est devenue indépendante. Yves Mathieu est resté en Algérie. Il faisait partie de ceux qui pensaient que la libération de l'Algérie ne devait pas se limiter à un mouvement nationaliste, mais qu'elle devait s'accompagner d'une révolution sociale. A l'époque, le modèle yougoslave a du prestige chez les gauchistes. On a donc tenté une expérience d'autogestion dans les campagnes algériennes. Je dois avouer qu'à ce moment-là, j'ai un peu décroché.

   Mon intérêt s'est réveillé dès qu'il a été question d'éclaircir les circonstances de la mort d'Yves Mathieu. La réalisatrice nous décrit les tensions qui agitaient le pouvoir algérien à cette époque. En s'appuyant sur des témoignages précis, elle a le courage de dire ce que beaucoup savent depuis longtemps à propos du pouvoir exercé par le FLN : certains clans ont confisqué la révolution algérienne à leur profit et ont mis en place une dictature qui n'avait rien à envier à la domination coloniale française, dont elle a repris bien des travers. D'ailleurs, c'est fou comme la disparition d'Yves Mathieu m'a rappelé celle de Maurice Audin, autre pied-noir communiste favorable à l'indépendance de l'Algérie.

   Il reste que la mort d'Yves Mathieu conserve son parfum de mystère. Sur ce sujet précis, la réalisatrice n'a pu recueillir que des témoignages de seconde main. Officiellement, le décès est dû à un accident de la route, la voiture dans laquelle circulait l'avocat ayant été percutée par... un camion de l'armée algérienne. Curieux, tout de même.

   P.S.

   Les amateurs de curiosités apprécieront d'entendre un extrait d'un discours prononcé en français par Che Guevara, à l'occasion de sa venue en Algérie, en 1965. (Il y était déjà venu en 1963.)

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