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vendredi, 21 septembre 2018

Burning

   Ce feu autour duquel tourne l'intrigue du film de Lee Chang-Dong est à prendre à la fois au sens littéral et au sens figuré. Au sens littéral, il s'agit des incendies provoqués (ceux de serres, celui d'une voiture). Au sens figuré, cela désigne le feu intérieur qui consume les trois personnages principaux. Haemi la travailleuse précaire voudrait donner un sens à sa vie, mais ne sait pas trop comment. Jongsoo le fils de paysan croit que la chance est enfin en train de lui sourire, quand l'amour frappe à sa porte.. mais il a du mal à exprimer ses sentiments. Ben le jeune millionnaire est en quête de sensations, pour continuer à prendre goût à la vie.

   Si ces personnages parlent (beaucoup dans la première moitié de l'histoire), ils ne se dévoilent guère. C'est peut-être le résultat d'une pudeur naturelle (ou inculquée dès le plus jeune âge)... ou un calcul, chacun ayant visiblement des choses à cacher. Ainsi Haemi prétend être tombée jadis dans un puits, à côté de chez elle... sauf que, lorsque l'on se rend sur place, il semble que ce puits n'ait jamais existé. Jongsoo revient chez son père tenir la ferme... où il ne reste qu'une génisse, bien mal en point. Quant à Ben, rien ne semble l'atteindre ; il oscille entre un ennui à peine dissimulé et un regard narquois posé sur ses contemporains.

   Les deux premières parties (la première sans Ben), assez bavardes, auraient dû me rebuter. Il y a comme un hommage à la Nouvelle Vague française dans ces scènes de dialogues qui ne nous apprennent rien, mais qui sont très bien jouées... et mises en scène avec talent. Le cadre, la photographie, les mouvements (discrets) de caméra concourent (avec la musique jazzy très chouette) à créer une atmosphère où la recherche esthétique voisine avec une tension grandissante.

   Le problème est que je suis parvenu à dénouer assez rapidement les fils. L'un des personnages parle par métaphore. Dès qu'on a saisi le truc, on comprend ce qui va suivre. On est aussi guidé par une scène clé, un soir, quand l'un des trois principaux protagonistes invite les deux autres chez lui. Ce que l'on voit dans la salle de bains est sans équivoque. Bref, au bout d'1h30, j'avais tout compris.

   Il restait à se "fader" encore presque une heure. Le réalisateur, soucieux de ménager le public mal-comprenant qui aurait (par mégarde) choisi de venir voir son film, utilise l'artifice du chat pour révéler la clé du mystère. A partir de là, on se dirige vers une fin prévisible, de manière languissante, trop soulignée. Au niveau de la mise en scène, c'est toujours aussi brillant, mais, franchement, j'ai plusieurs fois regardé ma montre.

   Pour tuer le temps, je me suis davantage concentré sur le propos politique qui sous-tend l'intrigue. Le creusement des inégalités sociales est visible à plusieurs reprises, à travers notamment le contraste entre le mode de vie luxueux de Ben (et de ses amis) et la dèche que connaissent Haemi et Jongsoo. C'est encore plus flagrant à travers le fonctionnement de la justice... mais là, il ne faut pas que j'en dise trop.

 

ATTENTION ! LA SUITE RÉVÈLE DES ÉLÉMENTS CLÉS DE L'INTRIGUE

 

   Outre Faulkner et Murakumi, les auteurs ont peut-être lu La Fontaine (Les animaux malades de la peste)... voire écouté Michel Sardou ! Le film met en scène une évidente discrépance judiciaire entre le traitement administré au père du héros (sanctionné par de la prison ferme pour outrage et rébellion) et la vie du personnage meurtrier, qui passe sans peine entre les mailles du filet.

   Le propos marxisant (on est en pleine lutte des classes) s'applique jusqu'au langage, puisque l'assassin, pour qui veut le comprendre, dit ce qu'il a fait et ce qu'il va faire... Encore faut-il savoir ce qu'est une métaphore.

   P.S.

   Toutes ces considérations sont peut-être superfétatoires, vu que ce qui nous est montré à l'écran pourrait n'être que... le produit de l'imagination de Jongsoo, qui tente d'écrire son roman, Haemi étant une incarnation de la femme idéale (pour lui), Ben étant son double narcissique décoincé.

   Fiction ou réalité ? A vous de choisir !

22:27 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Commentaires

Écouter Michel Sardou, ça c'est de la discrépance

Écrit par : Pascale | samedi, 22 septembre 2018

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Je me suis dit que placer une référence à Michel Sardou dans un billet sur un film art et essai sud-coréen serait du plus bel effet ! ;)

Écrit par : Henri Golant | samedi, 22 septembre 2018

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C'est en effet délicieux.

Écrit par : Pascale | dimanche, 23 septembre 2018

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Un drame humain considérable
Multiplié par les média...
Il faut des hommes irréprochables
Ou dans le doute on s'abstiendra.

Sur le très vieux chemin du vice
Que les hommes ambitieux choisissent

Il y a des génies qui écrivent.
Je ne vais pas m'en remettre. Merci pour la bonne pinte de rire.

Écrit par : Pascale | dimanche, 23 septembre 2018

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Oui on pense savoir ce que fait le millionnaire aux jeunes femmes, mais jamais le réal nous donne réellement la clé de l'histoire ... tout pourrait être tout à fait métaphorique. J'ai beaucoup aimé !
J'ai aimé ta critique aussi, tu écris très bien Henri golant !

Écrit par : Auroreinparis | lundi, 01 octobre 2018

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C'est l'un des intérêts de ce film assez brillant que de ne pas enfermer les spectateurs dans une seule interprétation possible... et merci pour le compliment ! ;)

Écrit par : Henri Golant | lundi, 01 octobre 2018

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