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mercredi, 12 août 2020

L'Infirmière

   L'an dernier, j'ai découvert le réalisateur Kôji Fukada dans le cadre de la "quinzaine japonaise". A cette occasion, les spectateurs ont pu voir L'Homme qui venait de la mer, une oeuvre mystérieuse et contemplative, assez éloignée de ce film sur le plan formel. Sur le fond, on retrouve ici les obsessions du cinéaste : les relations sociales et un certain goût pour la marginalité.

   L'intrigue se déroule sur trois temporalités. La troisième est une sorte d'épilogue. Les deux autres se croisent pendant 1h30. La première (la principale) nous fait suivre la vie d'une infirmière libérale modèle (en apparence). Elle est dévouée à ses patients, inspire confiance aux familles. Elle est sur le point d'épouser un médecin divorcé, avec lequel elle travaille, à l'occasion.

   Le trouble naît de l'insertion de scènes postérieures (d'un an ou deux). La même actrice incarne une femme d'un genre très différent. Autant l'infirmière était effacée, mal fagotée, autant la seconde femme s'affirme, jusque dans son allure, assez classe. Les spectateurs les plus futés comprennent assez vite que rien n'arrive par hasard sur l'écran. Chaque scène de la deuxième trame chronologique répond à des éléments de la première.

   Notons que l'histoire baigne dans un univers essentiellement féminin. Quelques personnages masculins apparaissent, mais ce sont des "accessoires". Ainsi, dans le cabinet d'infirmières, on ne voit que des femmes. La famille chez laquelle se rend l'héroïne est composée de la grand-mère (en perte d'autonomie), de la mère (presque toujours au boulot) et des deux filles. Celles-ci incarnent deux archétypes. L'aînée, étudiante, s'habille en "djeunse" et semble dotée d'un caractère très indépendant. La cadette (plutôt lycéenne que collégienne) porte l'uniforme et correspond au stéréotype de l'adolescente mignonne.

   Au début, tout ne semble qu'harmonie, dans un monde réglé par des tâches quotidiennes... et un peu de musique classique (du Bach, si je ne m'abuse), diffusée pour apaiser la grand-mère. Un fait divers va perturber la vie de tous les protagonistes avec, en prime, l'intrusion des médias de masse. L'un des personnages va faire l'objet de harcèlement et de lynchage médiatiques. (C'est mis en scène avec plus de délicatesse que dans Le Cas Richard Jewell, où Eastwood manie la bétonnière et la truelle.) Dans le même temps, la relation entre deux des femmes prend un tour inattendu.

   C'est un film assez original, à découvrir.

14:33 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Commentaires

Bonjour Henri Golant, je pense que je n'ai pas tout compris de l'histoire. Je n'ai pas vu les trois temporalités. J'ai surtout compris que l'infirmière servait de bouc-émissaire sans qu'elle se défende vraiment. Et j'ai été très intriguée par la scène où elle rêve: elle rampe comme un chien et grognant. Et elle vit dans un appartement très ascétique. Etrange. Bonne après-midi.

Écrit par : dasola | mercredi, 12 août 2020

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La troisième "temporalité" est la nouvelle vie de l'héroïne, une fois que son neveu est sorti de prison, qu'elle a trouvé un autre travail à Tokyo... et qu'elle s'est vengée (du moins le croit-elle).

Au niveau des appartements, je trouve qu'il y a une symbolique inverse de l'apparence de l'héroïne. Quand elle était infirmière (et reconnue), elle vivait dans un logement assez coquet, dans un immeuble sécurisé (mais elle avait une apparence physique très banale). Un ou deux ans plus tard, la "réprouvée" vit dans une cage à lapin, mais, à l'extérieur, elle en impose.

Le fantasme "à quatre pattes" peut se lire dans cette optique : il symbolise peut-être le lâcher-prise de l'héroïne, qui sort des conventions dans lesquelles elle acceptait d'être enfermée auparavant. Elle laisse libre-cours à son côté animal, à sa libido et à son désir de vengeance.

Écrit par : Henri G. | mercredi, 12 août 2020

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