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samedi, 29 novembre 2025

Eleanor the Great

   Eleanor Morgenstein a 94 ans. Elle vit une retraite paisible en Floride, où elle cohabite, depuis une dizaine d'années, avec sa meilleure amie Bessie, veuve comme elle. Celle-ci a parfois des nuits agitées, troublées par des souvenirs enfouis, ceux de son enfance en Pologne : Bessie est une rescapée de la Shoah, tandis qu'Eleanor, juive aussi, est née aux États-Unis.

   La première partie nous fait suivre la vie quotidienne de ces deux mamies, l'une timide, l'autre plutôt grande gueule : c'est Eleanor, qui "harponne" l'employé peu zélé d'une supérette pour qu'il aille chercher dans les stocks le produit qui a disparu des rayons. Elle ose davantage que son amie, qui est ravie de suivre son sillage. La vivacité de la nonagénaire n'épargne pas sa famille (sa fille et son petit-fils) que son retour à New York (dans des conditions que je laisse à chacun le soin de découvrir) n'enchante pas trop.

   C'est là que la situation dérape : se sentant seule et ne parvenant pas à faire son deuil, Eleanor va se laisser entraîner dans une série de mensonges... ou plutôt de demi-mensonges : les souvenirs qu'elle raconte ne sont pas faux, mais ce sont ceux de Bessie, pas les siens. Tout cela est mis en scène avec délicatesse, de la subtilité, des non-dits. Pour sa première réalisation, Scarlett Johansson fait preuve d'une incontestable maîtrise.

   Une relation prend de plus en plus de place, celle nouée entre Eleanor et Nina, une étudiante, fille d'un présentateur vedette de la télévision, qui vient de perdre sa mère et ne trouve personne à qui parler. De surcroît, cette mère était juive (contrairement à son père), ce qui accroît le nombre de questions que se pose la jeune femme.

   Dans ce film, les hommes sont au second plan... et ce n'est pas un problème, tant les relations entre les personnages féminins sont riches. Il y a bien sûr celle entre Eleanor et Bessie, mais aussi celles entre Eleanor et sa fille Lisa, entre Eleanor et Nina, entre Eleanor et April (une authentique rescapée des camps)...

   Si les mensonges d'Eleanor suscitent le malaise (un peu à l'image de ce qu'on ressent en regardant Marco, l'énigme d'une vie), la réalisatrice ne juge pas, elle donne sa chance à chaque personnage, avec ses qualités et ses défauts. Cela va même un peu trop loin à mon goût, puisque, dans le dernier quart d'heure, on sent la volonté de réconcilier tout le monde. Cela n'en demeure pas moins une histoire forte, servie par de très bons interprètes.

Commentaires

Je l'ai trouvée plutôt facile à déménager Eleanor. Pour moi elle revient à New York comme pour vivre une nouvelle expérience, toujours prête à repartir à zéro.
Un chouette film, avec de beaux personnages et de belles relations. ça fait du bien.

Écrit par : Pascale | dimanche, 30 novembre 2025

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La raison pour laquelle Eleanor quitte (apparemment) aussi facilement le Floride pour New York est, à mon avis, le décès de Bessie. Une scène nous montre l'héroïne en train de se débarrasser des draps de la défunte. Je pense qu'elle n'est plus capable de dormir dans la chambre où elle a partagé tant de choses avec elle.

La manière dont Scarlett réalise son film (de manière assez subtile et dans un style "léché") m'a un peu rappelé le "Good night and good luck" de Clooney (même si le sujet est très différent). Les comédiens reconnus qui s'aventurent dans la réalisation sont en général très formalistes (pour éviter l'accusation d'amateurisme) et ils savent comment diriger leurs collègues.

Dans le film de Scarlett, le montage est lui aussi soigné. Il me semble que la dernière scène, au cours de laquelle Bessie, par l'intermédiaire d'Eleanor, complète le récit de sa déportation, durant une nuit d'insomnie, nous ramène au tout début du film, au moment où les deux femmes se réveillent, plus tard que d'habitude. Eleanor dit qu'elles ont bien mérité une grasse matinée, sans que l'on comprenne immédiatement pourquoi.

Écrit par : Henri G. | dimanche, 30 novembre 2025

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