lundi, 13 avril 2026
Je n'avais que le néant
J'ai raté ce film à sa sortie en salles. J'ai récemment profité d'une séance spéciale pour y remédier. Je fais partie de celles et ceux qui estiment que Shoah, de Claude Lanzmann, est un chef-d’œuvre, un documentaire aussi fort que novateur (pour son époque), que je n'ai toutefois jamais vu au cinéma, uniquement à la télévision et en DVD.
J'ai donc pris en pleine gueule certaines scènes, qui m'ont rappelé celles déjà vues sur petit écran, ici amplifiées par la salle obscure. Guillaume Ribot a puisé dans les quelque 220 heures de rushes non utilisés pour nous livrer une sorte de making of de Shoah, sur fond d'extraits des écrits du cinéaste, toujours très bien choisis.
On retrouve donc certains des intervenants les plus marquants du documentaire-fleuve : le rescapé miraculeux de Chelmno (qui a survécu à une balle dans la nuque...), le coiffeur de Treblinka (dont on apprend qu'il a sans doute fui Lanzmann avant d'accepter de témoigner), un autre, allemand, l'un des rares évadés des camps d'extermination, les paysans polonais qui ont (presque) tout vu, l'ancien cheminot qui n'a rien oublié, l'ex-SS Suchomel, malade du cœur (il en avait un !), piégé par une caméra cachée (la "paluche", qui n'enregistrait pas, mais transmettait les images à distance, à une régie située dans le combi loué par Lanzmann), les anciens membres des Einsatzgruppen, protégés par leur entourage, et qui ne se laissent pas berner, au point de pousser l'équipe à prendre la fuite...
De manière involontaire, certaines scènes (qui datent de plus de quarante ans) font écho à notre époque. On est ainsi stupéfait d'entendre un paysan polonais (qui ne maîtrise aucune langue étrangère) affirmer que Claude Lanzmann parle (français) avec "un accent juif" ! (S'il vivait en 2026, peut-être ironiserait-il sur la manière de prononcer son nom de famille...) C'est encore le nom du réalisateur qui est source d'ennuis puisque, pour nombre d'anciens nazis, il "sonne juif" et lui vaut donc des refus d'entretien. On constate que, bien avant que l'expression ne soit créée, il régnait déjà, entre 1973 et 1980, une sorte "d'antisémitisme d'atmosphère", que certains tentent aujourd'hui de minimiser.
Le film se termine sur une séquence forte, avec des survivants de la révolte du ghetto de Varsovie, l'un des chefs, devenu alcoolique, peinant à s'exprimer. Ici encore, un geste, une attitude, parle plus que des discours.
21:40 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire


Écrire un commentaire