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samedi, 22 septembre 2007

La question humaine

   L'ombre de Shoah, l'excellent documentaire de Claude Lanzmann, plane sur ce film de fiction. La principale référence, non explicitée, est la lecture (faite par Kessler, le psy incarné par M. Amalric) de ce rapport SS sur l'extermination des juifs à Kulmhof (Chelmno). Dans Shoah, c'est Lanzmann lui-même qui lit le texte (mieux que ne le fait Amalric, à mon avis). L'autre référence est le plan qui montre, à plusieurs reprises, l'extérieur du complexe chimique, supposé situé en région francilienne. On retrouve un plan (qui n'était pas fixe dans Shoah) d'une zone industrielle de la Ruhr que Lanzmann fait défiler pendant sa lecture du fameux rapport. Enfin, le rêve de Kessler, dans lequel on aperçoit des tas de chaussures, fait écho à la "sélection" des futures victimes. On peut ajouter que la toute fin du film, un noir sonorisé par la scansion des noms des victimes, rappelle la fin de Sobibor, autre documentaire de Lanzmann (élaboré à partir de matériaux qu'il n'avait pas inclus dans Shoah), qui s'achève par la liste des convois de déportés, lue par Lanzmann.

   Mais l'originalité du film semblait résider dans le parallèle tracé entre la manière dont l'entreprise (ici la grande) et la bureaucratie nazie traitent la "main-d'oeuvre". La première heure du film est bonne. On est plongé au coeur de cette firme, plus particulièrement dans le vivier des jeunes cadres. Le réalisateur ne cède pas à la tentation esthétisante et ne cherche pas à faire de "belles zimages" avec les scènes de boîtes de nuit ou de rave. Les acteurs sont convaincants. Les personnages féminins, de la copine du psy à l'épouse du dirigeant, en passant par la secrétaire et la cadre "vorace" en apparence, sont particulièrement réussis.

   Je ne sais pas pourquoi mais après, cela se dégrade. La direction d'acteurs semble s'être relâchée. (Les scènes ont-elles été tournées dans l'ordre chronologique, ou bien le montage a-t-il été bâclé ?... Il est vrai que l'on aurait pu couper quelques morceaux : les 2h20 m'ont paru longues.) Cela ressemble de plus en plus à du mauvais Godard. Le noeud du film, à savoir la prise de conscience du psychologue, est vraiment mal mis en scène et, j'ose le dire, mal joué par Amalric, qui reste aussi glacé qu'auparavant (contrairement à sa petite amie, on ne perçoit pas de différence).

   La vraie réussite du film est de montrer comment la vie d'une entreprise peut faire ressurgir la mémoire de la Shoah. Mais le sujet dont j'ai entendu causer à la radio (la supposée analogue chosification des humains dans le monde entrepreneurial et dans l'empire nazi) n'est pas vraiment traité.

16:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma

jeudi, 20 septembre 2007

La dernière légion

   Nous sommes redevables de ce péplum des temps modernes à la famille de Laurentiis : le patriarche Dino, qui a produit moult fresques plus ou moins ambitieuses, et deux de ses filles. La distribution est alléchante, le sujet (les pérégrinations du dernier empereur romain d'Occident, Romulus Augustule) piquant.

   Au moins les acteurs sont bons (à part le gamin qui fait Romulus, par ailleurs trop jeune pour le rôle) : Colin Firth et Ben Kingsley jouent tantôt dans le registre épique, tantôt dans le second degré. Cela donne des moments plutôt agréables. Les scènes de baston sont aussi réussies. Les méchants (très très vilains qu'ils sont) assurent, pour notre plus grand plaisir.

   Le problème est qu'on n'y croit qu'à moitié : le scénario est souvent téléphoné. De plus, on a visiblement pratiqué des coupes, ce qui nuit au rythme du film (mais le fait tenir dans un format jugé sans doute acceptable, soit 1h35... et ça permet de faire des économies de pellicule). Il y a aussi des invraisemblances. Passent encore les déformations de l'histoire : c'est l'adaptation d'un roman, donc on accepte les "licences poétiques". Mais les costumes ne sont pas toujours fidèles à l'époque (le Ve siècle), à mon humble avis... et il y a un gros problème avec l'un des personnages... (suspens)

 

NE LISEZ PAS LA SUITE SI VOUS N'AVEZ PAS VU LE FILM...

OU ALORS NE VENEZ PAS VOUS PLAINDRE APRES !

   Je veux parler du "combattant byzantin", entouré de mystère au début. Son accoutrement serait mieux adapté au Moyen Age qu'à cette période. Mais il est nécessaire si l'on veut notamment que le spectateur de base (qui n'a pas encore compris qu'on lui ménage la méga surprise de sa race) s'étonne de la dextérité de ce chevalier... qui se révèle être une somptueuse brune (indienne), bien dotée par la nature aux endroits idoines. Cette ancienne Miss Monde tient bien son rôle (mais si vous observez bien la première scène de bagarre, où "elle" est encore masquée, il semble bien qu'il s'agisse d'une doublure, plus baraquée qu'elle)... avec un maquillage tout terrain, inoxydable !

   Au vu de la fin, j'ai un peu peur qu'on nous ménage une suite. Ce lien opéré entre l' "épée de César" et Excalibur est quand même assez farfelu...

 

14:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma