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mercredi, 28 février 2018

La Juste Route

   Ce film en noir et blanc a pour cadre la Hongrie de l'immédiat après-guerre. En 1945, un bourg est en fête : l'épicier local marie enfin son fils, avec une fille de paysans (auparavant entichée d'un gars parti rejoindre la résistance communiste). Au village, tout le monde (ou presque) s'y prépare. Dans le même temps, à la gare ferroviaire voisine, descendent deux rescapés de la Shoah, qui transportent avec eux deux mystérieuses caisses, qui contiendraient des parfums ou des articles d'hygiène.

   Très vite, la nouvelle se répand dans le village. L'intrigue se déploie alors sur deux plans : on suit le parcours des juifs (à pieds) et des deux caisses (sur un chariot), de la gare jusqu'au centre du village. On ne sait pas trop où ils vont exactement ni ce qu'ils viennent faire ici... d'autant que les deux hommes (un âgé, l'autre jeune adulte) sont quasiment mutiques.

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   Au sein de la population du village, trois familles semblent en savoir plus. La venue de ces juifs ne les arrange pas du tout et réveille des souvenirs que l'on voudrait bien voir rester enfouis. C'est un peu comme si un battement d'ailes de papillon était sur le point de provoquer la naissance d'un cyclone dans ce village.

   Le plus gratiné est l'épicier, qui est aussi secrétaire de mairie. Dans l'arrière-boutique, il conserve un étrange album de famille. Quant au coffre de la mairie, il renferme quelques documents compromettants. Plusieurs des adultes du village sont prêts à en découdre avec les arrivants, bien que ceux-ci ne formulent a priori aucune revendication ni menace. D'un autre côté, certains habitants ne supportent plus cette ambiance délétère, ni le poids de la culpabilité.

   C'est tout l'intérêt de ce film que de montrer les différentes attitudes des habitants et les conséquences de leur choix sur leur vie de tous les jours. Il convient aussi d'éclaircir le mystère de la présence de ces voyageurs, qui ne sont pas du village, mais sont peut-être apparentés à certains des habitants.

   C'est un petit film bien ficelé, bien filmé, qui joue beaucoup sur le non-dit. Dans sa conclusion, il est assez ambigu, mais à nous, Français, dont le pays a aussi connu une période d'occupation allemande (et un gouvernement collaborateur), il évoque bien des choses.

Commentaires

Je l'ai vu et ai fini par faire une sieste donc je n'en ai pas parlé.
J'étais intriguée par la fin néanmoins... manifestement je n'ai rien raté.

Écrit par : Pascale | samedi, 03 mars 2018

La fin peut être comprise de plusieurs manières, à mon avis. (Attention, si des personnes qui n'ont pas vu le film sont en train de lire ceci, je signale que je vais "divulgâcher".)

Les deux rescapés de la Shoah sont montrés comme très dignes, mais ils ne viennent rien réclamer d'autre que de procéder à une cérémonie funéraire. On peut penser qu'ils sont de la famille de certains des habitants qui ont été déportés (après avoir été dénoncés aux nazis) et dont les biens ont été "récupérés" par d'autres habitants du village. Mais ils ne demandent (et n'obtiennent) pas réparation.

Du coup, c'est une sorte de justice immanente qui s'exerce. Le fils de l'épicier renie son père et son ex-future épouse, qui avait vocation à travailler dans la boutique, l'incendie. Un autre bénéficiaire des spoliations se pend. Quant à l'épicier lui-même, au cimetière, il fait preuve d'un peu d'humanité, ce qui lui a manqué auparavant.

Écrit par : Henri Golant | samedi, 03 mars 2018

Merci.

Écrit par : Pascale | lundi, 05 mars 2018

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