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vendredi, 26 juin 2026

Celui dont on ne doit pas prononcer le nom

   Avant-hier, mercredi, certains lecteurs de Centre Presse ont dû penser à un bug en lisant l'un des articles du quotidien aveyronnais :

Lauras CP 24 06 2026.jpg

(cliquer sur l'image pour l'agrandir.)

   Il y est question d'un mouvement de grève dans un collège de l'agglomération ruthénoise, dirigé contre la nomination d'un nouveau principal-adjoint... dont le nom n'est jamais mentionné !

   Compte tenu des craintes exprimées par les grévistes qui ont communiqué avec la presse, pour un habitant du coin, il n'est pas difficile de faire le lien... d'autant qu'un autre média aveyronnais, L'Hebdo, avait vendu la mèche quelques jours auparavant, le vendredi 19 juin :

Lauras L'Hebdo 19 06 2026 b.jpg

   Pour résumer : la nomination de M. Lauras au collège des Quatre-Saisons s'est faite dans la plus grande discrétion, discrétion suivie par les grévistes, qui manifestent contre sa venue sans (semble-t-il) le nommer... discrétion prolongée par le principal quotidien aveyronnais, qui se garde de donner l'identité de la personne dont l'arrivée est tellement redoutée. (C'est même à un point où je ne suis pas parvenu à retrouver l'article sur le site du quotidien, alors que la version publiée dans La Dépêche du Midi est accessible en ligne... Cerise sur le gâteau : aucun de ces deux articles n'est signé, ce qui signifie soit que c'est l'ensemble de la rédaction qui l'endosse, soit qu'il s'agit d'une version à peine remaniée du papier communiqué par les grévistes. Ainsi va la presse locale...)

   Cette mini-polémique n'est que la dernière péripétie d'un contentieux qui remonte au moins à 2021. A cette époque, M. Lauras, principal du collège Fabre à Rodez, est contesté par une partie du personnel, notamment enseignant, qui obtient sa suspension par le ministère de l’Éducation nationale. L'ex-principal (qui est aussi à l'époque adjoint au maire de Rodez) conteste cette décision, qui l'a conduit à être muté dans le Gard, dans le lycée-collège de la commune de... Milhaud ! (A ne pas confondre avec Millau l'Aveyronnaise... Qui a dit que les fonctionnaires de l'EN manquaient d'humour ?)

   Voilà pourquoi sans doute M. Lauras a choisi le tribunal administratif de Nîmes (dans le Gard) pour contester cette décision... et il a obtenu (partiellement) gain de cause, comme on peut le lire dans la décision, accessible en ligne (et dont une version pdf figure ci-dessous) :

DTA_2104178_20240326.pdf

   Le tribunal a cassé la suspension du principal parce que l'EN n'a pas bien respecté la procédure... et parce que cette sanction n'était pas suffisamment motivée. En d'autres termes : cela manquait de preuves.

   Voulant sans doute calmer le jeu, le ministère n'a pas fait appel de la décision et a re-muté M. Lauras, d'abord dans un autre collège aveyronnais, à Cransac, dans le bassin decazevillois, à une quarantaine de kilomètres de Rodez, où le fonctionnaire demeurait adjoint au maire. On peut présumer qu'il est intervenu pour décrocher un poste plus proche... et, le mois dernier, il a fini par en obtenir un, au lycée Foch, le grand établissement public de centre-ville, à Rodez. (Entre temps, il a perdu sa fonction d'adjoint au maire, la liste du sortant Christian Teyssèdre ayant été battue.)

   Cette nomination surprise a provoqué un premier psychodrame, le mois dernier. Contre toutes les règles administratives (dont eux-mêmes sont bénéficiaires, quand ils demandent une mutation), les enseignants du bahut se sont mobilisés contre l'arrivée de l'ex-principal dans leur lycée... et ils ont obtenu gain de cause ! Nul doute que le succès de ce premier mouvement a donné des idées à leurs collègues des Quatre-Saisons, dont il n'est pas impossible qu'ils adhèrent aux mêmes syndicats...

   Bilan ? M. Lauras a peut-être trop précipité les choses, voulant à tout prix revenir travailler dans la ville où il a officié pendant des années. Il aurait peut-être dû laisser un peu plus de temps au temps... mais, d'un autre côté, on ne peut qu'être inquiet du fonctionnement proche de celui d'un Soviet de certains établissements d'enseignement. Dans le public, à l'heure actuelle, la direction ne peut pas choisir les titulaires (fonctionnaires) qui viennent y enseigner... mais, visiblement, les profs peuvent décider qui a le droit de les diriger.