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dimanche, 29 octobre 2006

Une vérité qui dérange

   Physiquement, Al Gore a un petit peu changé : il a vieilli, s'est empaté, mais, intellectuellement, il est au top et il a su trouver les moyens de rendre ses idées audibles. Il joue sur l'autodérision, mais on sent qu'il a encore en travers de la gorge le décompte des voix de novembre 2000. Résultat : 8 ans de perdus pour le pays et sans doute la politique étrangère la plus stupide depuis que les Etats-Unis existent.

   Le film nous montre Gore en déplacement, en conférence, préparant celle-ci (construisant ses documents d'appui, par exemple : vive l'ordinateur portable !), cherchant à l'améliorer. Pour bétonner ses interventions, il se fonde sur une foule de données statistiques, le résultats de nombreuses recherches. C'est globalement très convaincant (même si l'accumulation peut parfois lasser), d'autant plus qu'il a recours à quelques procédés très visuels (par exemple le coup de l'élévateur automatique !). Sur la forme, il est très bon parce qu'il utilise des analogies (par exemple entre le tabac et le réchauffement, entre le nucléaire et le réchauffement). Il aurait peut-être pu nuancer un peu sur le lien entre le réchauffement climatique et la fréquence des cyclones (pas encore unanimement reconnu par la communauté scientifique), ou encore rappeler que, si à l'ouest de l'Antarctique la glace fond, il n'en est pas de même à l'est. On appréciera les quelques piques lancées à l'administration Bush, dont certains membres ont une grande faculté de reconversion (dans le milieu pétrolier).

   J'ai aussi aimé la manière dont Al Gore part de son vécu pour border certaines questions. Toute la partie sur le tabac et sa culture, la ferme de son père, le cancer de sa soeur, est très touchante.  

 Reste, au-delà du film, l'action citoyenne : le début du générique de fin donne quelques conseils simples, que la plupart des spectateurs connaissent déjà à mon avis. Mais cela ne peut pas faire de mal.

  Le site officiel :

http://www.climatecrisis.net/

16:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Cinéma

samedi, 28 octobre 2006

The Queen

   Que Dieu sauve Helen Mirren ! Elle est la pierre précieuse dont ce film est l'écrin. Elle réussit à incarner Elizabeth II de manière saisissante, à tel point que, désormais, on serait légitimement amené à se demander, en regardant la vraie reine, qui est cette personne qui s'évertue à imiter Helen Mirren ! Un gros travail d'observation a été fait quant à la gestuelle, aux déplacements. Du coup, comme les dialogues sont ciselés, la reine paraît peut-être plus sympathique qu'elle ne l'est en réalité. C'est qu'elle est adorable, cette souveraine qui conduit son 4 x 4, connaît un peu de mécanique et finalement souhaiterait préserver un magnifique cerf (elle ne va toutefois pas au bout de son envie, un trait caractéristique du personnage, formaté par une éducation des plus rigides). Ceci dit, moi, j'aime bien : ce côté digne, guindé, mais aussi cette finesse d'esprit, ont leur charme. Le film a le mérite de nous faire toucher du doigt le fonctionnement de cette monarchie parlementaire particulière... avec une famille royale assez méprisable, mais sans plus. De ce point de vue Frears a perdu le mordant de sa jeunesse : si quelques piques sont lancées, le tout reste assez lisse.

    Mais c'est le traitement de l' "affaire Diana" qui m'a le plus déçu. Frears reprend pendant quasiment tout le film la version de la "princesse du peuple", tuée (au moins moralement) par une belle-famille perverse qui ne l'a jamais acceptée (mais, pour faire contrepoids, cette famille apparaît comme pas si inhumaine finalement, du moins certains membres).  Les dirigeants travaillistes sont montrés sous un jour positif : ils ont compris l'émotion populaire et sont en prise avec leur temps. J'y vois au contraire une forme de populisme. Le rôle de la presse de caniveau (dans la mort de Diana) est à peine évoqué (pour être aussitôt rejeté par ce bellâtre suffisant de Campbell). Il aurait fallu que M. Frears (ou son scénariste) approfondisse un peu la question. Cette marée de moutons qui se pressent avec leurs bouquets (et les messages plus ou moins débiles qui les accompagnent) sont les mêmes que ceux qui se ruaient sur les magazines consacrés à Diana. Par leurs achats (et par l'audience qu'ils accordaient aux émissions télévisées où il était question de l'ex miss Spencer), ils ont encouragé toutes les dérives. Il est vraiment dommage qu'un type comme Frears n'ait pas davantage fouillé son sujet. Valérie Lemercier, dans Palais Royal, avait pointé avec talent les ambiguïtés de la princesse décédée. Pour une fois, des Français se sont montrés plus subtils (bien que dans une comédie loufoque). Le recul, peut-être ?

19:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma

vendredi, 27 octobre 2006

A scanner darkly

  C'est étrange : j'ai très peu entendu parler de ce film, alors qu'il est très original, tant au niveau de l'histoire (adaptée de Philip K. Dick) que de la forme (avec la capture de l'aspect des acteurs transformée ensuite en animation colorée). Je trouve que ce n'est pas une simple coquetterie : c'est particulièrement bien adapté au sujet : la drogue, les conséquences de sa consommation régulière, le monde interlope des trafiquants et le côté fantastique de la représentation d'une société ultra-sécuritaire.

  Côté acteurs, on a du lourd : la bande de mecs est saisissante (avec Keanu Reeves et Robert Downey Junior excellents... les autres, moins connus, aussi !) et Winona Ryder est à croquer. Surveillez attentivement les dialogues : c'est du grand art, surtout quand Downey Jr se lâche ! Au niveau de la trame, on est dans du traditionnel : un film de dénonciation, qui s'appuie sur des éléments d'anticipation et pointe le pouvoir trop important de certaines "corporations".

  Vraiment un film à voir !

20:15 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma

Les Berkman se séparent

   Bon, ce n'est pas une sortie des plus récentes, mais tout lemonde n'a pas la chance de vivre dans ou à proximité d'une ville universitaire. C'est une tranche de vie qui est située au milieu des années 1980, avec la musique américaine de l'époque. A la base, ça n'a pas l'air palpitant : dans le quartier intello juif de New York, un couple est en crise. Les deux gamins ont du mal à absorber le choc. C'est d'ailleurs à l'un d'entre eux que le titre anglais du film fait allusion : "The squid and the whale".

   Finalement, le film est délicieux. Il est très bien interprété : les acteurs sont d'un réalisme épatant (mention spéciale à Laura Linney, sublime). Le scénario est nourri de détails quotidiens qui rendent le tout parfois croquignolesque (je pense que c'est à l'un des deux gamins, devenu réalisateur ou scénariste, que nous devons le film)... sans que les clichés ne soient absents : le père va se taper une jeune (une de ses étudiantes), sur laquelle va fantasmer un de ses fils, tandis que la mère va s'envoyer en l'air avec (entre autres) le prof de tennis (William Baldwin efficace).

   La psychologie des ados est travaillée. L'aîné en veut à mort à sa mère pour ses infidélités et choisit de prendre le parti de son père ; du coup, il semble envisager ses rapports avec les filles de manière différente, alors qu'en fait, il n'aspire qu'à retrouver une certaine intimité avec cette mère finalement si femme (et donc sexuée). Le cadet choisit la maman et rejette le père. Cependant, son comportement (les jurons, l'alcool, les prémices de la sexualité mal gérés) montre qu'inconsciemment il cherche à s'identifier à son père.

19:50 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma

mercredi, 25 octobre 2006

La citadelle assiégée

    C'est à la fois un documentaire et une fiction. C'est d'abord une fiction parce que l'histoire qui nous est racontée a été écrite à l'avance et les comportements des "acteurs" programmés, suscités. C'est aussi un documentaire parce qu'il filme de véritables animaux (et pas que des insectes : le caméléon, notamment, est saisissant), agissant "naturellement". Sur le site internet du film (http://www.tfmdistribution.fr/lacitadelleassiegee/), le metteur en scène s'exprime ainsi : "Le principe de réalisation a donc été de provoquer des comportements naturels".

   Le résultat est saisissant. les images sont d'une beauté à couper le souffle... et d'une précision, d'une netteté époustouflantes ! On est pris par la description de la vie des groupes d'animaux, puis par la confrontation. Le suspense est ménagé jusqu'au bout !

   Le gros reproche que je fais est lié à l'utilisation des animaux : provoquer la mort de centaines d'insectes (mais aussi d'un serpent) pour réaliser un film, d'aussi bonne qualité soit-il, aussi fidèle à la réalité soit-il, me paraît abusif. Mais, comme me l'a fait remarquer un collègue de travail, je ne suis qu'un citoyen blanc moyen, bien pensant, limite contaminé par le "politiquement correct"...

   Je reviens, pour terminer, sur le site internet officiel : il est très intéressant, donnant des informations tant sur la conception du film que sur le sujet lui-même.

18:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma

lundi, 23 octobre 2006

O Jérusalem !

  Je n'ai pas lu le livre de Lapierre et Collins dont ce film est l'adaptation. Sur un sujet très brûlant, E. Chouraqui essaie de faire preuve d'honnêteté (d'où l'importance du clair-obscur dans le film), mais de manière parfois malhabile. Certes, les acteurs sont très bons (je recommande les personnages de Ben Gourion et Golda Meir... un délice !), français comme anglo-saxons, mais, comme le film a été tourné en anglais, un sentiment de gêne s'installe, en dépit du fait que les Français doublent leur personnage. Les scènes de groupe sont par contre moins réussies. Le tout est parfois trop emphatique, souligné par une musique pas très imaginative.

  Concernant le contexte historique, du travail a été fait, ce qui permet de mettre en lumière pas mal d'aspects de la période entourant la (re)création de l'Etat d'Israël. Des extraits d'archives sont proposés. A cela s'ajoutent des scènes qui ont été calquées sur ce que les médias ont montré à l'époque (voir notamment la proclamation de l'indépendance par Ben Gourion). Cependant, le film insiste trop sur l'impact (indéniable) du génocide et laisse à l'arrière-plan le mouvement sioniste (même si deux groupes de combattants sionistes sont décrits) : il aurait fallu remonter au XIXe siècle. Je pense que, pour un non initié, ce n'est pas suffisamment clair. De plus, par delà l'histoire de la (re)naissance d'Israël, le film se consacre à un petit nombre de personnages impliqués dans la lutte à Jérusalem Est (la vieille ville, qui n'a été finalement conquise par les Israéliens qu'en 1967). C'est un facteur de confusion, entre le micro-combat (qui a une grande force symbolique : c'est dans la vieille ville que sont situés les Lieux Saints) et la lutte générale, qui n'est qu'accessoirement évoquée.

   L'image, elle, est plutôt soignée, ce qui fait que le film est assez plaisant à regarder. On nous offre de jolis plans sous la lumière du soleil levant, aussi plusieurs scènes à la nuit tombée. Le propos d'ensemble est généreux : l'entente était possible, le conflit évitable (entre gens raisonnables, mais il y a des imbéciles et des extrémistes dans les deux camps). Toutefois le film ne permet pas suffisamment de comprendre pourquoi. Au delà de la générosité de certains personnages, on a quand même souvent l'impression d'un mouvement inéluctable, d'une sorte de fatalité.

17:20 Publié dans Cinéma, Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma