lundi, 26 octobre 2026
Ni vue, ni connue
Imaginez un monde dans lequel Isabelle Huppert ne serait pas devenue une comédienne iconique, mais serait restée au stade de figurante, sous le nom de Corinne Maclou... Cependant, formée au théâtre, elle aurait des prétentions artistiques, aspirant, dans un premier temps, aux seconds rôles, rêvant, en secret, d'occuper le haut de l'affiche.
Marc Fitoussi (un des réalisateurs de Dix pour cent, auteur, jadis, de Pauline détective) s'est lancé dans cette périlleuse aventure et nous propose une variation satirique sur le Septième Art français, en s'attachant au parcours de différentes comédiennes.
J'ai trouvé particulièrement intéressante la mise en scène de la hiérarchie à l’œuvre dans ce milieu qui se veut tellement progressiste. Au sommet se trouvent les "divas", les actrices reconnues, sollicitées par les scénaristes, les réalisateurs, les journalistes, les publicitaires, les fans... et certaines collègues. Sandrine Kiberlain joue en théorie son propre rôle, mais son personnage pourrait aussi être un décalque de Catherine Deneuve, à sa grande époque. Cette "starisation" est présentée avec ironie, la vedette étant souvent "perchée"... et son nom mal prononcé, en dépit de la reconnaissance dont elle bénéficie.
Dans la dernière partie, l'intrigue jusque-là franco-française acquiert une profondeur supplémentaire, à l'occasion du tournage d'un film au Maroc. Les "sans grade" du cinéma hexagonal (qui bénéficient toutefois du généreux statut d'intermittent du spectacle) se rendent compte qu'il existe bien plus précaire qu'eux... certains figurants reproduisant même, à leur échelle, le mépris de classe dont ils sont l'objet en France. A l'autre bout de l'échelle, on comprend qu'une fonction est encore plus valorisante qu'actrice-vedette, celle de comédienne-réalisatrice, incarnée par Emmanuelle Bercot.
Les dialogues sont bien écrits, nourris de réflexions assassines, de petites vacheries. Ce n'est pas aussi cinglant ni aussi rythmé que De la Comédie-Française, mais cela rend la vision du film très agréable. Contrairement à Darondeau-Usclat, Fitoussi choisit de prendre son temps, pour creuser ses personnages. Ainsi, Kiberlain n'est pas (que) la pétasse prétentieuse qu'on semble nous présenter au début. Elle a bon fond et, si elle pense toujours à servir ses intérêts en premier, elle n'oublie pas les copines. En position intermédiaire se trouve Anne Marivin, qui "taffe" grâce aux séries télévisées, mais n'a pas réussi la grande carrière cinématographique qui lui était promise. La comédienne est vraiment excellente dans le rôle.
Et Isabelle Huppert dans tout ça ? Elle est très bien, même si je dois reconnaître qu'au début, j'ai eu du mal à accepter de la voir incarner la figurante. Derrière elle, je voyais sans cesse la grande actrice. Cela s'améliore par la suite, notamment par ce que ses partenaires de tournage la traitent comme du menu fretin, et qu'Huppert est rentrée dans le rôle de sous-fifre. Dans le même temps, Fitoussi insère des clins d’œil à sa carrière, aussi bien théâtrale que cinématographique, avec, par exemple, des allusions à Madame Bovary (de Chabrol) et La Syndicaliste.
Ce n'est certes pas un grand film, mais un plaisir de comédiennes, avec, en bonus, un peu de fond.
13:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

