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vendredi, 09 octobre 2026

The Social Reckoning

   Le titre de ce long-métrage fait évidemment penser à celui de David Fincher (The Social Network). Une quinzaine d'années plus tard, Facebook est devenue une entreprise tentaculaire, dont l'image cool et bienveillante se fissure. 

   Nous sommes en présence d'un de ces films-dossiers à l'américaine, comme Révélations (à propos de l'industrie du tabac), Citizenfour (centré sur Edward Snowden),  Pentagon Papers ou encore Dark Waters (sur le Téflon).

   Deux individus qu'au départ beaucoup de choses séparent vont unir leurs forces pour dénoncer les manipulations auxquelles se livre l'entreprise de Mark Zuckerberg. Frances est une ingénieure informaticienne, plutôt solitaire, un peu geek. Au départ, elle croit fermement en sa mission, au sein de la cellule de veille civique de Facebook. Jeff est un journaliste qui a déjà de la bouteille... mais à l'ancienne, plutôt technophobe. Il est amené à s'intéresser à l'entreprise pour des raisons politiques.

   Comme ce journaliste ne connaît pas grand chose au fonctionnement des réseaux sociaux, le film se révèle pédagogique pour les spectateurs non spécialistes. Grâce à ce qui est montré à l'écran et à ce que l'héroïne révèle progressivement à son correspondant secret, on comprend comment fonctionne la machinerie informatique.

   L'aridité de certaines démonstrations est contrebalancée par des décors soignés (avec une bonne utilisation visuelle des bécanes) et un humour aussi vachard que salutaire, distillé à intervalle régulier par différents personnages. Ainsi, Frances a parfois la dent dure pour le journaliste, qu'elle juge lent à la comprenette. (Dans le même temps, progressivement, une complicité naît entre eux.) D'autres scènes sont piquantes, notamment au sein de la rédaction du Wall Street Journal, la patronne ne ménageant pas son personnel. Enfin, on peut aussi profiter des séances de media training suivies par Zuckerberg, entouré de conseillers. Jeremy Strong incarne (très bien) un monstre froid, calculateur... et adepte d'un humour pince-sans-rire. Le tout est à savourer de préférence en version originale sous-titrée.

   Je dois ajouter que le charme des deux interprètes principaux contribue à l'intérêt du film. Jeremy Allen White campe un enquêteur scrupuleux et beau gosse. Concernant Mikey Madison (Frances), il est impossible d'ignorer son charme fou, auquel Jeff pourrait bien succomber...

   L'histoire est encadrée par deux moments particulièrement forts. L'introduction met en scène une automobiliste états-unienne blanche, en panne, rejointe par une patrouille de police. La manière dont la scène dérape révèle une grande maîtrise, des acteurs, des dialoguistes comme du réalisateur... (On en comprend mieux le sens, plus tard.) A l'autre bout du film, on suit la tentative de putsch des trumpistes, en 2021, à partir de la War Room de Facebook. C'est un peu appuyé, mais très prenant.

   Sans que ce soit un chef-d’œuvre, je dois dire que j'ai du mal à trouver des défauts à ce film, que je considère comme un beau travail d'éducation civique.

   P.S.

   J'attends avec impatience que nous soient proposées des œuvres du même genre sur X ou encore TikTok, la nouvelle entreprise de décervelage des jeunes.

Justin le Juste

   1915. Justin est un métayer analphabète, exploité par son propriétaire et incapable de se révolter. Ce n'est que lorsque des gendarmes viennent le chercher pour qu'il contribue à la défense de la patrie envahie qu'il renâcle. A partir de ce moment, il est emporté dans un flot d'aventures souvent abracadabrantesques... et c'est tout à fait normal, puisque ce film est une fable.

   Elle nous est racontée à la façon de retours en arrière, lors d'un entretien entre une journaliste du tout jeune Canard enchaîné (Alexandra Lamy, qui semble à peine sortie du tournage de Louise Violet) et un Justin barricadé dans une mairie. Dans le rôle, Alban Ivanov est assez convaincant.

   Je pense que ce montage inversé, pour classique qu'il soit, était nécessaire pour ne pas désarçonner une partie du public. En effet, au départ, Justin n'a rien du héros traditionnel. Au combat, il passe sans problème du côté allemand et il aide même un "Boche" à zigouiller une bande de tirailleurs sénégalais. Je rassure mes lecteurs progressistes : il va progressivement acquérir une conscience civique et même se faire un ami du seul tirailleur rescapé (qui parle français comme un Parisien du XXIe siècle).

   Dresser la liste des incohérences et des invraisemblances serait fastidieux, d'autant que c'est assumé par le réalisateur Eric Barbier (que j'ai connu plus inspiré avec La Promesse de l'aube).

   Petit à petit, Justin le non-patriote, l'autocentré, fait preuve de réelles qualités humaines, notamment le courage et la solidarité. Son parcours nous mène au cœur du propos du film (et du livre qui l'a inspiré), qui concerne les soldats mutinés et les fusillés pour l'exemple. Aux poilus d'origine paysanne et ouvrière du roman, Barbier a ajouté la journaliste féministe et le soldat colonial (incarné, bien entendu, par un acteur afrodescendant). Et voilà comment un film se déroulant pendant la Première Guerre mondiale prend le tour d'un tract intersectionnel.

   C'est anti-militariste, anti-clérical et anti-bourgeois. C'est parfois drôle, mais c'est souvent très convenu, très prévisible, "dans l'air du temps".