dimanche, 12 avril 2009
Ponyo sur la falaise
C'est le dernier animé de Miyazaki (le père, parce que le fils avait officiellement assumé la direction des Contes de Terremer, où la patte du papa était néanmoins décelable). L'action se passe à notre époque, au Japon, en zone littorale (côté sud du pays). Le père est marin-pêcheur, la mère auxiliaire de vie dans une maison de retraite. Le fiston est le héros de l'histoire. Il partage la vedette avec le personnage éponyme, la sirène (personnage apparenté à Kiki, la petite sorcière) qu'il va nommer Ponyo.
Le dessin est toujours aussi bien léché. On retrouve, dans les mouvements, les qualités qui ont fait le succès notamment de Princesse Mononoke et de Nausicaä, de la vallée du vent. L'influence de la culture européenne se fait aussi toujours sentir. Ainsi, dans les profondeurs de l'océan vit un personnage qui doit beaucoup au capitaine Nemo de Jules Verne (en moins cynique toutefois)... et l'une des séquences les plus enlevées, sur une musique calquée sur celle de Wagner, nous permet d'assister à une formidable chevauchée des super-poissons.
Une grande attention a été portée aux mouvements des personnages. J'ai notamment en tête une scène où l'on voit Sosuke se débarrasser précautionneusement des jumelles qu'il porte en bandoulière ou une autre au cours de laquelle Ponyo ôte le seau qu'elle tient au bras. Même la psychologie enfantine est abordée avec un grand sérieux... sous un jour presque exclusivement positif toutefois : si l'on excepte un bébé affamé plein de morve, ces bambins sont plus adorables et attendrissants les uns que les autres. (Une chose m'a frappé : le héros -dans la version française- ne s'adresse pas à ses parents en les appelant "papa" ou "maman", mais en utilisant leurs prénoms.)
Les scénaristes ont donc choisi de mettre l'accent sur l'histoire enfantine, plutôt que sur le monde des adultes. Les personnages les plus en phase avec le héros sont paradoxalement les retraitées percluses de rhumatismes. Il a donc été décidé de ne pas développer l'histoire du côté du père de la sirène, dont on sent à un moment du film qu'il semble avoir un projet assez cataclysmique, projet que l'évasion de sa fille fait, au propre comme au figuré, tomber à l'eau.
Du coup, le film reste au niveau de la gentillesse, nimbée dans un halo de fantastique. C'est sympathique, mais cela ne vole pas aussi haut que les précédents films de Miyazaki.
01:10 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinéma, cinema, films
jeudi, 09 avril 2009
Agnus Dei
Le titre est le nom d'une prière et signifie "agneau de Dieu". C'est une référence à Jésus et à sa mort. Une victime sacrificielle est donc au cœur de l'histoire. Il s'agit du mari de l'héroïne qui revient de France en Argentine. Le film va se charger de nous faire comprendre, par petites touches, comment on en est arrivé là et pourquoi l'enlèvement du grand-père affable, en 2002, fait remonter à la surface la période de la dictature militaire, plus précisément l'année 1978 (celle de la coupe du monde de football en Argentine).
Ce sont les mêmes acteurs qui incarnent les personnages principaux à 24 ans d'intervalle (sauf pour la petite-fille). Du coup, on a beaucoup joué sur les coiffures, les vêtements et le maquillage pour montrer le temps qui passe. Cela fonctionne, en gros.
La construction est habile. La trame est celle de l'année 2002, émaillée de retours en arrière... pas forcément placés dans l'ordre chronologique. Cela complique un peu le suivi du film, mais c'est pertinent : les séquences "anciennes" interviennent quand leur souvenir revient à l'un des personnages... avec quelques accommodements toutefois, histoire de ménager un peu de suspense.
Ceux qui ne connaissent pas les années 1976-1983 en Argentine ne vont pas apprendre grand chose : ce n'est pas une leçon d'histoire. Par contre, ils verront comment une dictature peut transformer la vie d'une famille de classe moyenne, y compris 25 ans après les faits.
15:32 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film
mercredi, 08 avril 2009
Monstres contre aliens
Les "aliens" sont, bien entendu, des extra-terrestres...mais tout le monde n'étant pas anglophone, il aurait peut-être été utile de modifier le titre. C'est la dernière production des studios Dreamworks. C'est donc un dessin animé visible à plusieurs niveaux. C'est d'abord une comédie sympatoche pour petits et grands, avec des personnages hauts en couleurs. L'espèce de matière flasque cyclopéenne se taille un franc succès chez les jeunes (pis chez certains "grands" aussi). Parfois, cela part dans tous les sens... en tout cas, c'est "animé" !
Au second degré, c'est émaillé de clins d'œil, par exemple à Rencontres du troisième type, à Star Wars... C'est aussi une critique gentille du monde des adultes, avec ce président des États-Unis qui se prend pour Bruce Willis et qui s'avère être un gros gaffeur pétochard. On se moque aussi sans méchanceté de ces films hollywoodiens dans lesquels les extra-terrestres ont toujours le bon goût de débarquer... aux États-Unis.
C'est aussi un joli portrait de femme. L'un des monstres est "Suzanne". Rien ne la destinait à devenir un super-héroïne. Elle devait visiblement devenir une épouse dévouée à son journaleux de mari... mais tout dérape et ce film est aussi l'histoire de son affirmation, de l'acquisition de son indépendance. Cela ne va pas changer le monde, mais cela contribue à mettre quelques idées à l'endroit dans la tête de nos chers bambins.
00:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film
mardi, 07 avril 2009
Tulpan
Ce titre un peu mystérieux n'est autre que le prénom de la jeune femme que convoite le héros du film, Asa. On ne la voit pratiquement jamais : on distingue ses yeux quand elle observe le dialogue entre son prétendant et ses parents à travers l'ouverture d'un drap et on entraperçoit son dos et sa nuque dans la cabane où le pauvre Asa essaie de pénétrer (en tout bien tout honneur, évidemment).
Le pauvre garçon n'est pas bien futé. Il a achevé son service militaire dans la marine, ce qui est plutôt valorisant (il en a d'ailleurs gardé l'uniforme pour impressionner la famille), mais il est doté d'oreilles assez décollées (moins toutefois que celles du prince Charles, comme il peut le démontrer au cours du film !), qui déplaisent à sa dulcinée. Le problème est qu'en plus d'être mignonne, elle est la seule femme disponible de toute la région. Si notre héros ne parvient pas à se marier, on ne lui confiera pas de troupeau et il ne pourra donc pas s'installer sur place comme éleveur.
C'est cet aspect du film qui m'a le plus séduit. Parce que bon, cette histoire d'amour contrarié lasse vite (surtout quand on apprend que la jeune convoitée veut poursuivre ses études "à la ville" et que la mère ne veut pas la donner à un paumé qui revient de l'armée). De nombreuses scènes ont été tournées dans la steppe kazakh, si aride, parfois traversée par des tornades de sable. C'est sur de gigantesques surfaces que les bergers guident leurs troupeaux. Notre héros Asa n'est d'ailleurs pas très habile en la matière... mais une évolution se dessine.
Certaines séquences avec les brebis sont fortes par leur aspect documentaire non simulé (je pense notamment à la mise-bas). L'intervention du vétérinaire, aux prises avec une chamelle et son petit, est à la fois drôle et criante de vérité. De la même manière, un grand soin a été apporté aux séquences d'intérieur, dans les yourtes. Les tâches sont sexuées. Les femmes sont d'abord des ménagères... et elles chantent.. pour mon plus grand plaisir quand il s'agit de la sœur du personnage principal... mais il est évident que sa fille a des progrès à accomplir (sa voix stridente m'a été particulièrement insupportable). On sent toutefois que, dans le couple, la hiérarchie peut parfois s'inverser. On retrouve donc dans ce film des éléments déjà présents dans d'autres fictions comme Le Mariage de Tuya ou Le Chien jaune de Mongolie (je ne l'ai pas chroniqué, mais je peux vous assurer qu'il est très bien).
Le séjour en ville est quelque chose qui travaille les jeunes. Le plus jeune fils de la sœur d'Asa demande sans cesse à ce qu'il l'y emmène. Le meilleur ami du héros essaie de l'y entraîner. Ce personnage mérite tout particulièrement le détour. C'est une sorte de livreur-marchand ambulant, qui parcourt la steppe dans son drôle de véhicule, écoutant Boney M à fond la caisse et tapissant les parois internes de photos érotiques ! On sent qu'il en pince pour la sœur d'Asa, que ses parents ont sans doute mariée de force à un homme bien plus âgé qu'elle. Le héros lui-même, comme sa dulcinée, envisage finalement de partir en ville. Entre l'envie de vivre et la résignation, le cœur des personnages balance...
14:27 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film
Gran Torino
Imaginez que l' Inspecteur Harry (ou le Maître de guerre) soit à la retraite et qu'il vienne de perdre son épouse. On se retrouve avec un vieux blanc aigri, misanthrope, raciste, homophobe (très souvent filmé en contre-plongée, comme pour accentuer ses défauts)... et très attaché à ses armes.
Voilà un rôle taillé sur mesure pour notre ami Clint, le cinéaste républicain le plus intelligent des États-Unis ! Les scénaristes ont la bonne idée de lui flanquer dans les pattes de nouveaux voisins, asiatiques, hauts en couleur : la grand-mère crache encore plus ignominieusement que notre ex-soldat, ex-ouvrier de chez Ford. En plus, le fiston, une vraie "tafiole", risque de passer sous la coupe d'un gang local. Il n'y a guère que la sœur aînée qui mérite le détour : elle est intelligente, courageuse et ne manque pas de répartie.
Évidemment, le salaud a un grand cœur et ce film est l'histoire de l'ouverture de ce cœur. Eastwood manie la pâte humaine comme il sait si bien le faire (revoyez par exemple l'excellent Million dollar baby ou encore L'Echange). La caméra sait suivre le personnage principal aussi bien à l'intérieur (quand il est invité chez ses voisins Hmongs ou qu'il bricole dans son garage) qu'à l'extérieur (quand il intervient pour mettre fin à une agression ou qu'il fanfaronne sur son patio). On retrouve un peu le tempérament de Dirty Harry, parfois emprunté, tête de cochon et mauvais langage (en version originale sous-titrée, ça déchire... même si je préfère la voix française de Clint). On notera au passage un message "politiquement incorrect" : les liens d'amitié sont plus importants que ceux du sang... surtout quand la famille est indigne !
Tout ça pour dire quoi, au final ? Ben j'ai adoré, j'ai ri (même -surtout ?- aux blagues racistes auxquels le personnage croit à moitié)... et j'ai eu les yeux qui piquent, à la fin. Tout n'est pas dit concernant ce dernier quart d'heure. Le film terminé, on réfléchit et on se dit que l'ancien ouvrier cancéreux a donné une sacrée leçon de vie à son jeune apprenti.
00:58 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : film
lundi, 06 avril 2009
Welcome
Le titre a un double sens... pas seulement parce qu'il est (en partie) une antiphrase. C'est d'abord la référence au rejet dont font l'objet les immigrants, rejet non assumé dans le "pays des Droits de l'Homme", à l'image du paillasson sur lequel figure la fameuse inscription. C'est aussi le symbole du dialogue qui s'instaure entre quelques Français et ces Kurdes ou Afghans, en anglais. Ce film très français est donc souvent sous-titré !
J'ai hésité à aller le voir. J'ai eu peur d'un prêchi prêcha "gauche alternative", chiant et manichéen. Heureusement, le réalisateur a eu l'habileté de ne pas présenter systématiquement les policiers comme d'horribles fachos... et il a nuancé le tableau des milieux immigrés, à travers notamment l'histoire du mariage arrangé... sans parler des vols.
Les acteurs sont très bons. C'est prenant. Un bon film "social" français, ça ne se refuse pas ! Ceci dit, c'est un peu larmoyant, un peu trop souligné par la musique, mais il est vrai que ces histoires ne sont pas d'une grande gaieté. Le cas du jeune footballeur irakien est d'autant plus attendrissant qu'il cherche à rejoindre sa dulcinée. On a voulu donner des migrants mis au premier plan l'image la plus humaine possible. Autre intérêt du film : la description de Calais et des installations portuaires, souvent de nuit. Une vraie réussite.
01:19 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film

