samedi, 20 juin 2026
L'Objet du délit
J'ai fini par aller voir le dernier film d'Agnès Jaoui, au départ peut-être surtout pour passer au total 2h30 en zone climatisée. Il ne sort pas à n'importe quel moment : en pleine affaire Bruel et à une époque où les idées portées par le mouvement MeToo sont (heureusement) en train de porter leurs fruits (du moins, en France)... non sans dérives.
C'est aussi l'occasion pour Agnès Jaoui de nous livrer un tableau savoureux d'un petit monde, celui de l'opéra. On a déjà vu un peu la même chose ailleurs, avec divers microcosmes, ceux du cinéma, de la littérature, du journalisme politique, de l'art contemporain...
On n'est donc guère surpris de découvrir, dès le début de l'histoire, les petits (et grands) travers des professionnels du spectacle lyrique, avec une audition qui semble truquée. Sur le fond, c'est savoureux, mais, sur la forme, j'ai tiqué, puisque les chanteuses qui sont auditionnées (pour divers rôles des Noces de Figaro, de Mozart) semblent toutes doublées par la même cantatrice. De surcroît, pour certaines, le play-back est plus qu'évident. Je ne sais pas ce qu'en pensent les authentiques amateurs d'opéra, mais, moi, ça m'a gêné durant presque tout le film. C'est d'autant plus regrettable que les pièces musicales (chantées ou non) qui nous sont proposées sont de toute beauté.
Cette première partie est aussi réjouissante par sa description du politiquement correct à l’œuvre dans ce milieu, les meilleures intentions pouvant parfois conduire à des situations contradictoires.
Quant à la préparation de la représentation, elle suit un cours accidenté. J'ai bien aimé quand cela commence à partir en sucette, à plusieurs reprises, jusqu'à la fin.
Du côté des interprètes (hors simulation lyrique), c'est très inégal. Chez les dames, Agnès Jaoui ne s'est pas donné le plus beau rôle et elle manie bien l'auto-dérision. Eye Haïdara est plus convaincante ici en jeune prodige revendicative qu'en agent de terrain dans Mata. En revanche, la voix de fausset adoptée par le personnage de Claire Chust m'a irrité, même si je reconnais qu'elle excelle à incarner une cruche. Une autre voix agaçante est celle de son assistante, dont le ton plaintif a fini par me porter sur le système. Complète ce trio décevant Tiphaine Daviot, pas très convaincante en soprano pistonnée.
Chez les messieurs, Daniel Auteuil et Maxime Pambet font le job. C'est Vincenzo Amato qui m'a le plus impressionné. Il est le baryton vedette, chargé d'incarner l'odieux comte Almaviva... et il n'a pas sa langue dans la poche ! Il est d'ailleurs intéressant de noter les parallèles que Jaoui et ses scénaristes ont tracés entre l'intrigue de l'opéra et celle du film, qui se font parfois bigrement écho.
Peu convaincu au départ, j'ai été finalement conquis, par les décors, la musique, les dialogues (parfois truculents)... et la présence régulière à l'écran d'énormes bites phallus, d'abord plutôt blancs et durs, ensuite plus grands, noirs et... flexibles. Je n'ai pas encore réussi à en tirer tout le sens philosophique profond, mais, en tout cas, Jaoui s'est bien amusée avec ces accessoires !
Je regrette peut-être sa conclusion un peu trop "vivre ensemble". Agnès est une empathique, un peu la grande sœur qui, voyant sa famille (celle du spectacle) se déchirer, tente de réconcilier tout le monde. J'aurais aimé un ton un peu plus cinglant, mais le film n'en dit pas moins quelques vérités, ce qui semble avoir déplu à la brigade de la bien-pensance qui officie dans les médias, qui a moyennement apprécié le film.

