samedi, 14 janvier 2012
Rodez, la pollution et la RN 88
Le serpent de mer du grand contournement de Rodez ne cesse de faire parler de lui. Pourtant, une partie du personnel politico-administratif local pensait avoir définitivement clos le dossier. Ainsi, la préfecture se cale sur les décisions ministérielles. Or, le gouvernement n'a inscrit ni le doublement de la RN 88 dans l'Aveyron ni le grand contournement de Rodez dans le SNIT (Schéma National des Infrastructures de Transport), dont la dernière version date d'octobre 2011) : lisez à partir de la page 55 du rapport (puis page 188). Les services de l'Etat n'estiment pas que le doublement de la RN 88 réponde à des enjeux de sécurité, de désenclavement (!!) ou de congestion (!!!).
Concernant le Conseil général, on a compris que Jean-Claude Luche et sa majorité ne feraient rien en faveur du décongestionnement du Grand Rodez. Le lancement du projet du "barreau de Saint-Mayme" n'est pour moi que de la poudre aux yeux... une poudre extrêmement coûteuse, puisqu'elle va pomper 25 millions d'euros (selon une première estimation)... soit presque un musée Soulages... pour une utilité comparable.
Dans l'agglomération ruthénoise même, les avis sont partagés. Le maire de Rodez, Christian Teyssèdre (partisan du grand contournement, financé au moins en partie par l'Etat), a, dans Le Ruthénois de la semaine dernière, révélé les réserves des maires de Luc-Primaube et de Druelle vis-à-vis d'un grand contournement. (Mais ce seront sans doute les premiers à râler quand la circulation automobile aura complètement saturé les axes routiers qu'empruntent leurs électeurs...)
Dans le numéro de cette semaine, c'est au tour de l'ancien maire de la commune du Piton, Marc Censi, d'intervenir. Il tape sur les doigts de Christian Teyssèdre, qu'il accuse d'avoir négligé le syndicat mixte de la RN 88. Mais, quand on lit entre les lignes, on s'aperçoit qu'il s'en prend aussi aux élus de droite. Malicieusement (à mon avis), il rappelle qu'à son époque, le projet de contournement du Puy-en-Velay paraissait mal parti... alors qu'il est aujourd'hui en voie d'aboutissement, avec une contribution de l'Etat supérieure à 80 millions d'euros. Et voilà pour ceux qui affirment que le gouvernement n'a plus d'argent... pour les projets des collectivités de gauche, bien entendu. Pour l'intérêt général, on repassera...
Marc Censi adresse aussi une pique à l'actuelle majorité départementale (de droite), puisqu'il se montre à nouveau fermement opposé à la transformation de l'actuelle rocade en autoroute urbaine, une idée qui pourtant trotte dans la tête de Jean-Claude Luche. Cela nous amène à un article du dernier numéro du Nouvel Hebdo, qui évoque un rapport de l'Observatoire régional de l'air en Midi-Pyrénées (l'ORAMIP), datant de 2006. Ce rapport, consacré au périphérique toulousain, peut s'avérer riche d'enseignements avant de décider de transformer la rocade en autoroute.
On peut aussi consulter avec profit un dossier plus récent (il date de 2010), consacré à la qualité de l'air dans le Grand Rodez. On y apprend que la pollution n'y est pas aussi élevée qu'on pourrait le croire (peut-être justement parce que la rocade n'a pas été transformée en autoroute). Certains points n'en restent pas moins critiques. Personne ne sera surpris de retrouver la zone comprise entre les ronds-points des Moutiers et de Saint-Félix. Au centre-ville, il semble que les rues Béteille et Saint-Cyrice, ainsi que l'avenue de Bordeaux, concentrent les nuisances les plus fortes.
Les récentes déclarations d'Yves Censi, député de la première circonscription de l'Aveyron (qui englobe le Grand Rodez), si elles sont sans doute inspirées par la proximité d'échéances électorales, ne devraient toutefois pas être critiquées avec tant de force par les élus de gauche du chef-lieu départemental. Au Grand Rodez, quelqu'un pourrait prendre l'initiative de discuter avec Yves Censi.
Mais il me semble que tout le monde attend le résultat des différents scrutins à venir avant de s'engager dans quoi que ce soit.
22:22 Publié dans Politique aveyronnaise | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, presse, médias, environnement, écologie
Intouchables
(Début novembre 2011)
- Il parait qu'Intouchables est pas mal, comme comédie. T'en penses quoi ?
- Pas grand chose : il vient de sortir et je ne l'ai pas vu. Par contre, je peux te recommander De bon matin (avec un Darroussin excellent) et L'Exercice de l'Etat (Michel Blanc et Olivier Gourmet é-pa-tants).
- J'en doute pas, mais ils ne sont pas encore à Rodez, tes films !
(Début décembre 2011)
- Bon, alors tu l'as vu, Intouchables ?
- Toujours pas ! Il y a une queue pas possible ! Je ne vais tout de même pas me taper une demi-heure avant de passer en caisse, puis une demi-heure dans la salle avant le début !
(Début janvier 2012)
- Ne me dis pas que tu n'as toujours pas vu Intouchables !
- Eh bien si ! J'avais autre chose à faire durant les fêtes... et j'ai un peu peur d'être déçu.
- Tu peux y aller ! C'est meilleur que Bienvenue chez les Ch'tis !
J'ai donc enfin vu le film-événement (en terme de nombre d'entrées). J'ai même eu le plaisir d'assister à une séance relativement peu suivie... mais dans la grande salle du Royal, ce qui n'est pas déplaisant.
Bon, à la base, cela fonctionne sur des clichés. On a un riche très riche, plutôt pincé, voire méprisant. On ne sait pas trop comment il a obtenu tout cela, ni comment une telle fortune se gère... mais on le voit bien dépenser sans compter ! Face à lui on nous a placé quasiment "une racaille" de banlieue, un Black en baskets et haut de survêtement, avec une tchatche d'enfer. Il est plutôt agressif et plein de préjugés, lui aussi.
Notons tout de suite que l'interprétation est excellente. François Cluzet fait tout passer par le visage et la diction ; c'est impressionnant. Omar Sy joue sur plusieurs registres. Certes, le rôle a été adapté pour lui (dans la vraie vie, c'est un Algérien, Abdel Sellou, qui a accompagné le tétraplégique... du coup, en Algérie, des voix se sont élevées pour regretter le changement opéré), mais il ajoute la subtilité à l'abattage. Parmi les seconds rôles (très bons), signalons Anne Le Ny (la réalisatrice de Ceux qui restent) et la pulpeuse Audrey Fleurot.
J'ai souvent ri. Il y a bien sûr le comique de situation, avec le "choc des cultures" du début, assez attendu, mais bien rendu. Il y a aussi tout ce qui touche aux handicaps de Philippe Pozzo di Borgo. Il y a enfin toutes les "vannes" que les personnages se lancent : ça chambre un max... et des deux côtés ! (Je dois d'ailleurs avouer que je ne connaissais pas celle du "Pas de bras, pas de chocolat !")
C'est autour du personnage -modifié- de Driss qu'un aspect social a été introduit dans l'histoire. Le personnage de la "mère" (la tante en réalité) est très touchant, et les difficultés de cette famille de banlieue issue de l'immigration ne sont pas montrées avec une ostentation excessive. D'un point de vue filmique, j'ai aussi apprécié les plans du quartier tout comme ceux du métro. Les auteurs ont un potentiel à exploiter dans le cinéma réaliste.
C'est par contre la limite du film. Bien qu'il soit inspiré d'une histoire vraie, le parcours de ces deux hommes est plutôt l'exception que la règle. La vie des handicapés moteurs est encore plus pénible que celle du héros, parce qu'ils n'ont pas les moyens financiers dont dispose Philippe. Quant à la famille d'Omar-Driss, elle parvient finalement à surmonter toutes les embûches, alors qu'une ou deux situations pouvaient déboucher sur un drame. En cette fin d'année 2011, on a voulu offrir aux Français un joli conte de fées.
P.S.
Aux États-Unis, on n'a pas forcément vu le film avec ce regard-là. La "politiquement correct" n'est pas tout à fait le même ici et là-bas. Ainsi, le personnage incarné par Omar Sy est à la base assez violent, homophobe et adopte vis-à-vis des femmes qu'il essaie d'entreprendre un comportement qui pourrait être qualifié de harcèlement outre-Atlantique. Et je ne parle même pas de la vision de la musique classique... dont Driss finit toutefois par s'accoutumer, de la même manière qu'il acquiert une certaine compétence en peinture. Un Français dirait qu'il finit par réellement s'intégrer tandis que le grand bourgeois se décoince.
16:43 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinéma, cinema

